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15/12/2016

Lip, la renaissance d'une marque française

Lip, la renaissance d'une marque française

logo lip 2.pngLes Français nés après 1995 n'ont pas connu les derniers vestiges de ce monde où la France avait encore une industrie de qualité. La plupart des marques françaises ont soit mis la clef sous la porte, soit été rachetées par d'autres firmes transnationales. Certaines pour survivre ont du baisser en qualité, c'était le cas des montres Lip, un fleuron de l'horlogerie française. Après une grave crise sociale en 1973 et une autogestion ratée, la marque a pris une orientation qui scella, pensait-on, sa destinée en devenant le cadeau des revues pour personnes âgées. Fabriquées en Chine avec des composants de piètre qualité, l'image des montres Lip se dégrada fortement.

Fondée à Besançon en 1867, Lip a eu son heure de gloire après guerre en étant associée par exemple au Général de Gaulle et c'est sur cette image positive que le nouveau PDG de la marque, Philippe Bérard, cherche à lui donner un nouveau souffle au bout de quatre décennies d'errance. Après un exil dans le Gers, à Lectoure, où la marque fut détenue jusqu'en 2000 par un industriel local, Jean-Claude Sensemat, elle effectue depuis 2015 son retour en Franche-Comté. L'objectif est de vendre 30000 montres par an et de recréer des emplois autour du savoir-faire franc-comtois.

Les gammes actuelles proposées par Lip sont abordables et permettent d'avoir à son poignet des montres au design recherché et qui mobilisent un esprit retro. La stratégie de Lip consiste depuis 2015 à remettre à la vente les montres qui ont fait la réputation de la marque, comme De Gaulle, Churchill ou Himalaya. Mais c'est avec la gamme dessinée par Roger Tallon (décédé en 2011), le célèbre concepteur graphique français qui a notamment travaillé sur le TGV et le Minitel que la marque ose de nouveau faire de la montre un manifeste esthétique. L'audace d'une France qui ne doutait pas encore d'elle-même fait irruption dans notre époque marquée par le déclin. La gamme Mach 2000 ne sera pas au goût de tous, mais la collection pour femme propose des montres d'une grande qualité esthétique pour un prix abordable (autour de 170€).

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Une montre Lip, ce n'est pas un simple gadget. Et la marque l'a bien compris, profitant de la tendance actuelle chez les Français à préférer la fabrication hexagonale, le fameux « made in France ». Au-delà de l'aspect marketing, déclamé malheureusement en anglais dans les revues spécialisées, le goût pour la fabrication française est en effet au cœur du succès actuel de Lip. Plus de 300 bijouteries vendent aujourd'hui la marque (à Lille chez Maty), au-delà des espérances de son PDG. Et ce succès suscite de l'intérêt avec déjà quelques reportages télévisés et quelques articles dans la presse. Au Cercle Non Conforme nous souhaitons apporter notre modeste contribution à cette renaissance.

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Il faut dire que la marque sait viser un public diversifié. Nos aînés seront heureux de porter une marque leur rappelant les Trente glorieuses et les trentenaires et les quadra de posséder un objet retro, de qualité, fabriqué en France participant d'une démarche de consommation citoyenne, ou militante. D'où le développement de l'image du « lipster ». Acheter Lip c'est préférer le style et le savoir-faire français au bling bling post-moderne ou aux montres en plastique pour des prix allant de 150€ à 400€. Pour Noël, vous pouvez faire un beau cadeau français, autour d'un repas français, avec du vin français et du champagne français.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

13/12/2016

Chronique d'exposition : Les temps mérovingiens, Trois siècles d'art et de culture (451-751), musée de Cluny, Paris

Chronique d'exposition : Les temps mérovingiens, Trois siècles d'art et de culture (451-751), musée de Cluny, Paris

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Du 26 octobre 2016 au 17 février 2017 se tient au musée du Moyen Âge à Paris, le musée de Cluny, dans le quartier latin, une exposition temporaire sur les Mérovingiens. L'occasion de se replonger dans l'art et la culture de cette dynastie souvent caricaturée et méconnue. Les Français n'ont souvent retenu que de pathétiques clichés de guerriers germaniques à moustaches, d'un « bon roi Dagobert ayant mis sa culotte à l'envers », et autres âneries de ce type.

Sur le plan de l'histoire, nous connaissons en grande partie les Mérovingiens par l’œuvre de Grégoire de Tours (538-594). Mais là aussi, certaines considérations de l'auteur relèvent plus de la légende, de l'hagiographie et de la propagande que de la vérité historique. Grégoire de Tours y présente par exemple Clovis comme le « nouveau Constantin » et on sait combien l'Eglise et la royauté franque surent s'appuyer l'une sur l'autre pour tâcher de garder un semblant d'organisation socio-politique durant l'Antiquité tardive.

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Garde de l'épée de Childeric Ier (inhumé à Tournai)

Les Mérovingiens symbolisent cette période où la romanité perdure mais recule (le cas ambigüe du Pactus Legis Salicae), où le christianisme progresse dans les campagnes (les fameux pagus d'où viennent les « païens ») et où les pratiques germaniques se maintiennent, en particulier les faides (comme la faide royale de 570 à 613 qui se termina par le supplice de Brunehaut) et les partages entre les fils du roi (à la mort de Clovis en 511 ou de Clothaire Ier en 561 par exemple). On ne peut pas alors véritablement parler de féodalité mais les hommes de l'époque tentent de se placer sous la protection d'un aristocrate exerçant des fonctions politico-militaires. Les querelles familiales, nombreuses, finiront par favoriser l'avènement des Pippinides, basée en Austrasie, dès la bataille de Terty en 687 qui leur permet de mettre la main sur la Neustrie, non sans soubresaut. Charles Martel, réputé pour avoir mis en échec un raid des musulmans d'Espagne en 732 du d'abord ferrailler pour maintenir l'autorité austrasienne en Neustrie (victoires à Amblève, Vinchy et Nery entre 716 et 720).

Austrasie, Neustrie, des régions disparues des mémoires et qui pourtant sont le poumon du dynamisme du Haut Moyen Age. Structurés par de nombreux diocèses et des villes de première importance comme Cologne, Tournai, Reims ou Paris, irrigués par des routes commerciales entre la Frise et le royaume Lombard et déjà vertébrée par le Rhin, la Meuse ou le Rhône, le monde des Mérovingiens est au carrefour de l'Europe et entretient des liens avec Byzance. Les découvertes archéologiques mais aussi les différents débats historiographiques nous ont permis de revaloriser cette période souvent jugée « sombre » car elle aurait symbolisée un recul de la civilisation au profit de la barbarie. Certes, la royauté franque est marquée, comme nous l'avons évoqué, par une instabilité politique plus forte en apparence, en raison du partage des terres et des querelles entre clans familiaux, mais il faut bien mal connaître la Rome impériale pour imaginer que tout ne fut que stabilité politique...

catalogue d'expo cluny mérovingiens.jpgL'exposition du Musée de Cluny permet de valoriser les temps Mérovingiens à travers la culture matérielle : monnaie, fibules, armement... et ravira à n'en pas douter les amateurs d'histoire, les reconstitutions historiques où tous les passionnés de ces temps où l'Europe était à l'heure germanique. Les pièces exposées du trésor de Childéric, le père de Clovis, sont d'une rare beauté, tout comme les pièces d'armement (casque par exemple). Le Haut Moyen Âge est en effet marqué dans son ensemble, jusqu'à son excroissance tardive par le phénomène viking, par une grande beauté de ces pièces, souvent ornées, rehaussées de pierres précieuses et qui démontrent toute la richesse et la puissance des aristocraties. Le christianisme, si il a pénétré, n'a pas encore totalement éradiqué les traditions païennes autant romaines que germaniques. Les défunts sont inhumés avec armes ou bijoux et certains ont dans la bouche l'obole à Charon. Un contraste avec la période carolingienne où l'inhumation se fait dans un simple linceul blanc et où les traces de paganisme (offrandes, oboles, …) ont disparues.

On regrettera cependant la muséographie et la scénographie qui ne mettent pas suffisamment en valeur les pièces et leur caractère clinquant (or et grenat par exemple), tout comme les explications qui ne permettent pas suffisamment de comprendre historiquement les Mérovingiens. Le catalogue d'exposition (à 39€) est en revanche d'une grande qualité. Cette visite sera également l'occasion pour vous de découvrir ou redécouvrir les merveilles du Musée de Cluny, même si le médiéviste que je fus déplore là aussi la muséographie... La Dame à la licorne vaut en tout cas le déplacement, mais d'autres pièces exposées, en particulier le mobilier religieux, sauront vous enchanter.

Jean / C.N.C.

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27/11/2016

Big Other ?

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 Big Other ?

Nous avions publié sur le C.N.C. la très bonne intervention de François Bousquet lors du dernier colloque de l'Institut Iliade. Ce dernier revenait sur « Big Other » et cette tendance à préférer les autres avant les nôtres dans la mentalité occidentale.

Dans le Coeur Rebelle*, Dominique Venner écrivait en effet ces lignes : « La France se partagea en deux camps. Un nouveau « parti intellectuel » se formait. Son propos était simple : ce qui venait de l'adversaire était estimable et digne d'éloge. La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin. »

Big Other et la troisième voie géopolitique

Big Other prend en partie racine dans la fascination qu'exerce le mouvement des non-alignés et ses grandes figures auprès de la gauche occidentale. Ce mouvement qui pouvait ressembler à une « troisième voie » géopolitique entre bloc de l'ouest capitaliste et bloc de l'est communiste piloté par l'URSS regroupe depuis son acte fondateur à Bandoeng en Indonésie en 1955 les pays du « tiers-monde » selon l'expression d'Alfred Sauvy. S'il connut son heure de gloire dans les années 1970, il atteint assez rapidement ses limites. Aujourd'hui, le mouvement des non-alignés, qui a perdu de sa vigueur et de sa raison d'être depuis la fin de la guerre froide, se compose de 120 pays. Si ceux-ci refusent souvent de suivre les préconisations du FMI, de la Banque Mondiale ou de l'OMC, il n'empêche que leur « non-alignement » est tout à fait relatif, entre cubains favorables à la Russie et Saoudiens favorables aux Etats-Unis. Le 16ème sommet s'est par ailleurs tenu en... Iran**, un pays qui n'est pas inconnu de certains milieux dissidents reprenant souvent à leur compte cette rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste caricaturale du mouvement des non-alignés.

Houari Boumediene, président de la République algérienne fut une figure marquante du mouvement des non-alignés. Cet ancien colonel de l'ALN lors de la guerre d'Algérie s'était mué en défenseur des opprimés. Lors de la conférence d'Alger en 1973, il réunissait tout l'aréopage des « leaders » du tiers-monde : Fidel Castro, Mouammar Kadhafi ou Saddam Hussein. Un an plus tard, à l'ONU, il prononçait un discours au sujet des matières premières sous un tonnerre d'applaudissements. Quelle était en résumé la pensée de Boumediene ? La défense des peuples du tiers-monde, la nationalisation des matières premières, l'hostilité à l'Occident englobant « Américains », Européens et Israéliens. Boumediene est un exemple de ces grandes figures des non-alignés, défenseurs des opprimés à l'ONU, mais pratiquant une politique autoritaire dans son pays. Depuis le coup d'Etat en 1965, l'Algérie était en effet dirigée d'une main de fer par cet ancien officier de l'ALN. Arabisation forcée, liquidation des rivaux du FLN, corruption, socialisme étatique et nationalisations massives. Même les anciennes figures du FLN comme le Commandant Azzedine ou Hocine Aït Ahmed s'insurgeaient contre la confiscation de l'indépendance. Le communiste Benjamin Stora leur donna d'ailleurs la parole dans un reportage en 2002 « Algérie, été 1962, l'indépendance aux deux visages ». Je m'arrêterai là. Je ne parlerai pas plus longtemps de l'Algérie à la place des Algériens. Le mouvement des non-alignés ne faisait que poursuivre les luttes d'indépendance et le combat contre les puissances occidentales, mais surtout il était un courant au service de quelques grands noms qui cherchaient une place sur la scène internationale.

Notre désarmement intellectuel

La déclaration de La Havane de 1979, rédigée sous l'impulsion de Fidel Castro, avait pour objet « l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non-alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques ». Une bonne part de cette doctrine s'est retrouvée dans le « tercerisme » des mouvances nationalistes révolutionnaires. Fort bien. Mais quid du racisme et des discriminations qui sont, dans l'esprit des pays non-alignés et de leurs militants en Europe, forcément le fait des Occidentaux ? Le mouvement des non-alignés a très largement influencé la gauche hors PCF. Nous chasser de leurs territoires, violer nos femmes, éviscérer nos enfants, cela n'avait pas suffit. Il fallait continuer l'effort de guerre par la séduction de l'opinion. « Le parti intellectuel » dont parlait Dominique Venner, composé entre autres de catholiques de gauche et de marxistes, avait été séduit par les fellagas, comme il a toujours été séduit par cette figure romantique des révolutionnaires indigènes : le Che ou les Vietcongs par exemple.

C'est en mai 68 que la jeunesse de gauche radicale, peu séduite pas la bureaucratie de l'URSS et de ses relais du PCF se prendra de passion pour les luttes du tiers-monde et en particulier le Vietnam d'Ho-Chi-Minh. Des étudiants hirsutes allaient se mêler à d'anciens porteurs de valise du FLN dans leur fascination pour ces figures de l'indépendance qui diffusaient un discours de lutte contre les puissances occidentales. Le « parti intellectuel » allait donc poursuivre sa basse besogne : culpabiliser les Européens. C'est donc depuis la guerre d'Algérie, et d'une manière générale depuis la décolonisation, que le champ libre a été donné à tous ceux qui nous jugent « coupables » d'avoir « opprimé » les autres. Et peu importe si en Algérie, ce sont des « petites gens » et des harkis fidèles à la France qui ont fini démembrés dans des flaques de sang. Et peu importe si aujourd'hui c'est la Chine officiellement communiste qui pille l'Afrique. L'Algérie a porté en elle une nouvelle ère : la lutte des classes n'oppose plus désormais les bourgeois et les prolétaires d'une même nation. Elle oppose désormais les « pauvres » et les « riches » à l'échelle mondiale. Et même si les chefs des pauvres vivent dans des palais, ils sont du bon côté de la barrière : avec les opprimés.

L'occidental, figure du mal

L'occidental est la figure du mal alors que le « pauvre du tiers-monde » est une figure rédemptrice. Ces visages bigarrés, ces combattants héroïques ont une cause, alors que l'Occident lui, n'en a plus. Et parce qu'ils ont une cause, des croyances, alors ils sont plus dignes d'intérêt que l'Occidental moyen. Pourtant les germes du pan-islamisme étaient déjà là dans le pan-arabisme d'un Boumediene et autres « non-alignés ». C'est débarrassés des derniers oripeaux de l'Europe - le nationalisme et le socialisme – qu'émergent les Frères Musulmans ou un mutant comme l'Etat islamique. On pourra toujours chercher la main invisible des « Occidentaux », des universitaires s'accordent à dire que l'EI progresse sur les cendres des échecs du baassisme. En détruisant symboliquement la ligne Sykes-Picot, l'EI a porté un message jusqu'au cœur du monde arabo-musulman : là où les chefs de l’indépendance ont échoué, eux réussiront. Parce que le « nationalisme arabe » replacé sur le temps long historique n'était dans de nombreux états – sauf peut-être en Syrie et en Egypte – que le retour dans l'histoire des peuples arabo-musulmans. Après l'effondrement ottoman, il y aura eu l'effondrement européen. Soviétiques et Américains sont parvenus à geler la situation jusque dans les années 80. Mais c'est peu à peu, et a fortiori depuis le début des années 1990 que s'effectuent le retour de l'histoire et le retour des civilisations.

Derrière les discours séduisants de tant de chefs d'Etat « non-alignés » se niche un ressentiment contre l'Occident, c'est à dire, dans leur esprit, du blanc, comme l’atteste l'Afrique du Sud de l'ANC, où la lutte communiste a laissé place à une guerre ethnique. C'est l'Européen ou le descendant d'Européens qui est le coupable à abattre. A l'heure de l’hyper-classe globalisée, c'est toujours le fermier blanc qu'on assassine quand bien même l'Afrique connaît de plus en plus de milliardaires. Jugez-en vous même, le nigérian Aliko Dangote a une fortune personnelle équivalente au PIB de la Guinée. Profitant de l'explosion urbaine au Nigeria, sa société de cimenterie sera bientôt une des plus importante du monde. Vous en avez déjà entendu parler ? Bien sur que non. Car en vertu de la propagande des fameux « non-alignés » sur la propriété de la terre et des ressources, l'exploiteur, le riche, c'est forcément le Blanc, l'Occidental. Le Grand remplacement qui s'annonce n'est que la suite de ce mouvement de décolonisation du tiers-monde : la démographie en Algérie comme en Afrique du sud était en défaveur des blancs. Elle l'est aujourd'hui sur notre territoire. Les réseaux qui luttent contre le « neo-malthusianisme » sont d'ailleurs soutenus par les catholiques tiers-mondistes et les islamistes. Le contrôle des naissances dans le tiers-monde ? N'y pensez même pas ! Là où les Occidentaux s'efforcent d'imposer la planification des naissances, les imams appellent à rejeter cette forme de « néo-colonialisme » qui s'oppose aux enseignements de l'islam. En réponse à l'islam, mais aussi à un occident oscillant entre « nihilisme » post-moderne libéral-libertaire et écologie anti-nataliste, les catholiques tiers-mondistes défendent la natalité. C'est en partie un des objets de l'Encyclique du Pape argentin, Laudato Si qui poursuit sur ce point Caritas In Veritate de Benoit XVI***. Cela explique bien des choses quant à la défense du « migrant » originaire du tiers-monde...

Big Other dans le camp national

« Ce qui venait de l'adversaire était estimable et digne d'éloge. La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin. » Oserais-je dire que cette idée a fait du chemin jusque chez les anciens compagnons de route de Dominique Venner ? C'est peut-être en effet une posture toute girardienne qui s'est emparée de certains. Pourquoi girardienne ? Car je crois déceler une forme de rivalité mimétique. On finit trop souvent par ressembler à celui qu'on combat et qu'on a longtemps combattu... La lutte idéologique contre les intellectuels marxistes a conduit une bonne partie de notre mouvement à s'enivrer comme eux des déclarations tonitruantes des chefs d'Etat « non-alignés » contre « l'Occident ». Le soutien quasi unanime aux « rebelles du Donbass » n'en étant qu'un énième avatar. Untel regardera avec tendresse l'Iran islamique, l'autre n'aura pas de mots assez dithyrambiques pour louer la révolution socialiste arabe de Kadhafi et le dernier chaussera ses espadrilles che guevaresques pour faire de Chavez un héraut de la lutte des identités ! Lorsqu'une poignée de jeunes européens tout juste sortie de l'enfance tombe à Maïdan, c'est à l'inverse d'un seul bond que tout le monde les cloue au pilori : Suppôts du sionisme ! De l'Occident ! Du Capital ! Houari Boumedienne ne renierait pas un tel galimatias...

La lecture de certaines publications proches de nous est édifiante : articles hagiographiques sur les différentes figures du « tiers-monde » ou défense d'un « bon islam » qui n'est pas soutenu « par les américano-sionistes », c'est tout le panel des « autres » qui est intégré au cœur même de ce qui furent nos rangs. Ne pas encenser les chefs d'Etat qui, à nos marges, « résistent aux Atlantistes » vous rend immédiatement suspect, refuser de rentrer dans des débats théologiques sur le « bon » et le « mauvais » islam, vous ravale dans la cour des thuriféraires des chocs des civilisations et exprimer une méfiance envers la Foi des peuples du tiers-monde n'est que le signe de votre « nihilisme » d'occidental. Même lorsque les « chefs d'Etat non-alignés » sont coupables d'avoir du sang européen sur les mains, nombreux sont ceux qui les encensent.

Le combat pour l'identité devient alors suspect et se retrouve dénaturé. L'identité n'est plus alors la défense d'un héritage et dans une perspective un peu plus existentialiste une projection de puissance d'un peuple sur un territoire. Le combat pour l'identité devient une simple défense de la langue ou de la « souveraineté » contre « l'uniformisation » et « l'impérialisme » initiés par le bloc anglo-américain. Quand elle n'est pas simplement perçue comme le produit d'une « ingénierie sociale » au service des intérêts capitalistes... Nous n'avons plus le droit d'affirmer notre volonté de puissance, sans quoi nous serions forcément obligés d'entrer en conflit avec les autres. Il faut éliminer le conflit avec les autres et considérer que « toutes les identités se valent », car, comme si cela ne suffisait pas, il a fallu aussi intégrer le relativisme post-moderniste dans notre boîte à idées. Tout se vaut ! La lutte d'un identitaire à Paris, d'un bolivariste à Caracas, d'un gardien de la Révolution à Téhéran et d'un jeune du Hamas à Gaza. Il faut « doubler la gauche sur sa gauche » en étant encore plus socialiste, plus pro-palestinien, plus pro-ceci ou anti-cela qu'elle ! Il faut montrer patte blanche, ou plutôt, patte rouge. Le Maïdan et les bombardements sur Gaza ? C'est pareil ! Faisons fi de la nuance et de nos intérêts en tant que civilisation.

Pour une critique positive

La figure de « Big Other » s'est imposée dans le camp national et identitaire, sur la longue route pavée de nos échecs et de nos désespoirs. Selon certains et comme au temps de la guerre froide, notre salut viendra des Russes, des Iraniens ou des Arabes. C'est une certitude ! Et si des nationalistes prennent les armes, c'est forcément parce qu'ils sont soutenus par les Etats-Unis ! Aucun doute ! Car si nous n'arrivons à rien, ce n'est pas de notre faute, mais d'un « Système » qui nous écrase. Alors quand certains obtiennent quelques menus succès, comme à Mariupol, c'est forcément louche. «  La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin » écrivait donc Dominique Venner. C'est exactement ce qui se passe en Ukraine où les nationalistes ukrainiens qui se réfèrent aux corps-francs allemands, à Junger ou au Coeur Rebelle – qu'ils ont encore honoré cette année dans un silence de cathédrale de la mouvance nationale française - sont honnis, là où les forces eurasiatiques bardées de breloques soviétiques sont encensées.

Ainsi à l'heure où l'ultra-gauche fait peau neuve et s'adapte au monde post-guerre froide de la mondialisation néo-libérale et où le monde arabo-musulman se débarrasse de ses derniers oripeaux occidentaux au profit d'un islam régénéré, nous devrions avoir d'autres objectifs que de récupérer le flambeau de luttes éculées oscillant entre panarabisme et théologie de la libération latino-américaine. L'histoire européenne est suffisamment riche en modèles et en idées pour que n'allions pas chercher dans je ne sais quel livre vert les sources de notre renaissance. Quitte à puiser à l'ultra-gauche, autant fouiner chez les post-situationnistes, les écologistes et les anarchistes qui ont compris que les luttes actuelles concernent d'abord et avant tout le territoire et l'échelon local. Qu'avons nous à gagner à puiser chez ceux qui veulent, in fine, notre disparition ? Chez ceux dont l'horizon indépassable de l'économie est la « nationalisation » des matières premières ? A l'heure de l'écologie radicale, cela pose question. L'intégralité des pays d'Afrique tropicale, dont la démographie galopante est un problème pour l'Europe, appartiennent au mouvement des non-alignés. Pensez-vous vraiment que ces Etats se soucient de nos intérêts vitaux d'Européens ? Si nous acceptons que la question centrale est le territoire et par extension la pérennité du peuple qui habite le territoire, alors il faudra admettre que les idéologies servent souvent de prétexte à la lutte pour les territoires que se livrent les peuples. Les idéologies n'ont pas véritablement d'importance capitale, elles sont souvent cosmétiques. Ce qui compte surtout dans l'histoire, c'est la dynamique d'un peuple souhaitant défendre ou conquérir un territoire au détriment d'un autre peuple. Il ne faut donc pas voir seulement dans le non-alignement une lutte « idéologique » contre « l'impérialisme capitaliste occidental » mais aussi une lutte des peuples du « tiers-monde » contre les peuples Européens et leurs descendants.

Le « non-alignement » était en grande partie une arme  au service du « tiers-monde » et de ses dirigeants emblématiques. Une arme efficace qui a massivement séduite les intellectuels gauchistes mais aussi ceux qui tentèrent par chez nous l'émergence d'une troisième voie. Voila une des racines de Big Other. Notre principal problème est donc que nous avons été dépossédés de l'Occident. L'Occident, ce n'est plus ce monde hérité de la Grèce, de Rome, qui a été christianisé, qui a connu l'humanisme et les grandes « idées » de l'ère moderne, c'est le vide post-moderne et l'universalisme abstrait, c'est un certain christianisme devenu fou, sans racine et sans Dieu. Ce sont les mêmes qui ont encensé toutes les luttes indigénistes qui ont vidé l'Europe de sa substance. Le tragique de l'idéologie Big Other, c'est qu'elle n'épargne personne, même pas ceux qui la combattent. Car elle est, de façon ironique, profondément occidentale.

La solidarité internationale, c'est très bien, mais pas si elle passe avant la défense de l'Europe et des Européens.

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

* p. 67 de l'édition de 2014

** le terme d'islamophobie qui s'est imposé en France doit d'ailleurs beaucoup à la révolution islamique d'Iran qui fascina une partie de la gauche.

*** cela explique nos précautions quant à la revue d'écologie intégrale Limite.

Première publication : le 2 juin 2016

15/11/2016

Chronique de bandes dessinées : Marsault, BREUM #1 et #2

 Marsault, BREUM #1 et #2

(éditions RING, 2016)

Samedi 12 novembre, à la boutique Humeurs Noires à Lille, Marsault, bras tatoués bien visibles, enchaîne les dédicaces. Il est 15h25, je pense arriver tout juste et pourtant, je ne repartirai qu'à 17h00 après 1h30 dans la file d'attente. Je laisse derrière moi autant de monde dans la boutique qu'il y en avait devant moi à mon arrivée. Énorme succès. Incontestable. Mérité ?

breum 1.jpgBREUM #1 – Attention ça va piquer et BREUM #2 – Blindage en liberté sont parus aux éditions RING en septembre 2016. Ils sont en quelque sorte une réponse à la censure dont a été victime Marsault après que des harpies féministes aient fait en sorte de lui couper le crayon. Ironie du siècle ? Alors qu'internet apparaît aujourd'hui comme un espace de liberté, c'est par l'édition que Marsault va au contraire retrouver la sienne. Au passage, on pourra saluer les éditions RING qui font un travail exemplaire permettant de maintenir la liberté d'expression dans ce pays en proie au totalitarisme gauchiste. L'esprit Charlie semble bien loin...

Marsault, c'est un peu le Famine (Peste Noire) de la BD. Mais là où Famine fait mouiller le slip des gauchistes par sa musique et son univers franchouillard bien rural, Marsault colle des sueurs froides à la bobocratie par son talent pour le dessin. Son coup de crayon, qui n'est pas sans rappeler la BD satirique française des années 80' à la Fluide Glacial délivre des tonnes de haine et de violence gratuite, juste pour le plaisir d'offrir. Mangez en tous, c'est cadeau. Références nauséabondes assurées. Ne cherchez aucun philosophie chez Marsault, autre que celle d'une liberté de ton qui secoue le bassin au fusil mitrailleur.

breum 2.jpgMarsault c'est le talent, le style bien de chez nous de la BD non-conforme et l'absence de tabous. Mais c'est aussi l'humour, le second degrés, l'expression de tout ce qu'on ose pas dire en public. Un mec te fait chier avec ses conneries, tu lui adresses un sourire poli, là où Marsault lui explose la cabine au char d’assaut. Inutilement violent ? Peut-être. Et c'est d'ailleurs la limite qu'on trouvera à toute cette génération maniant la violence artistique comme réponse aux consciences anesthésiées par le politiquement correct. Mais on ne force personne à lire Marsault et il n'a jamais prétendu être un « penseur dissident ».

Comme tous les mecs inclassables (et je me range dedans) plutôt réac, certains mettront Marsault dans cette veine des auteurs et artistes « anarchistes de droite ». Mais au fond, ça n'a pas une grande importance. Marsault parlera aux esprits libres au-delà de toutes les considérations politiques. Maintenant, c'est pas sur que ça plaise à vos beaux-parents à Noël. Mais vous pouvez toujours essayer...

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

13/11/2016

Chronique de bande dessinée : Tom Kaczynski, Derniers tests avant l'Apocalypse

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L’apocalypse sera urbanistique

Derniers tests avant l’apocalypse de Tom Kaczynski (éditions Delcourt) est une bande dessinée composée de plusieurs récits indépendants. Tous stigmatisent le vide existentiel, le manque de buts et de valeurs du monde contemporain, ainsi que l’errance et l’absurdité quotidienne qui en découlent. Le monde court à sa perte, et celle-ci se s’instille entre les chantiers d’immeubles, les laboratoires et les start-ups. Le « sauvage » reprendra le dessus sur « la civilisation », puisque celle-ci est morte.

L’automobile et les autoroutes, tout d’abord, sont évoquées : « La voiture est un incubateur, le centre-ville, lui, est devenu une coquille vide ; une périphérie urbaine s’est développée, avec ses voies sans issue, désespérantes allégories ; nous sommes piégés dans un labyrinthe sans fin, comme des anneaux de Moebius »(100 000kms). On y vit un cauchemar entre le Crash de Ballard et les échappées fantomatiques sur autoroute de Paris Texas de Wenders. L’automobile règne, et l’on travaille pour s’acheter une voiture qui nous conduit au travail.

L’urbanisme est aussi traité comme un fléau maléfique, où les tours en construction ont une âme et où les habitants deviennent fous au pied d’elles (976m2) : « Il s’agissait d’une amnésie géographique, d’une sorte de fragmentation mémorielle de l’espace ». Les aires de construction sont ici les non-lieux révélateurs du manque d’appartenance à un lieu, à son histoire, d’autres coquilles vides dénuées de sens et de but.

Bioéconomie est le récit le plus étrange et complexe du recueil. Une start-up isolée et aseptisée se fait théâtre de rituels pagans divers et vise à s’enfoncer vers le « sauvage » avec des employés poussés à retrouver leur « animalité », à « renouer avec leurs « ancêtres paléolithiques » au milieu de leurs open-space aux façades super designs. On nage ici en pleine hallucination de la projection d’un monde moribond qui se cherche une essence animale pour survivre : « J’ai plaqué ma main contre la vitre. C’était un geste primal, pas du tout prémédité, mais je restai là un bon moment à contempler mon sang se coaguler dans le logo de la prochaine méga-entreprise globale ».

On est bien loin des BD faciles distrayantes : ces récits sont des critiques glacées dans leur ton et virulentes dans leur contenu, ce sont presque des fables philosophiques. On ressort de la lecture tout aussi fasciné par tant de lucidité que vide et interloqué. La narration visuelle est de très haut niveau et les textes sont tout aussi soignés et acerbes. On trouve un côté Tetsuo-esque dans la relation homme-machine-environnement qui rappelle bien sur aussi Metropolis. Le trait est clair et précis, et évoque Daniel Clowes, Adrian Tomine ou Charles Burns.

Dans cet univers malheureusement si proche du nôtre, à la fois post-new age, design et aseptisé, pré-transhumaniste, les humains sont tout aussi soumis et dociles. La sacro-sainte société de consommation est traitée par l’auteur pour ce qu’elle est : un rassemblement d’icones vides et de rituels absurdes, et son analyse nous laisse un arrière-goût de nihilisme lucide.

Aspasie / C.N.C

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19/10/2016

Copier-Cloner (court métrage de Louis Rigaud)


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