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19/02/2017

Chronique littéraire: Xavier Eman "Une fin du monde sans importance"

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Xavier Eman, Une fin du monde sans importance

(Editions Krisis, 2016)

 

Pour dépeindre l'esprit de notre époque, les chroniques de Xavier Eman n'ont pas leur pareil. Après avoir écrit plusieurs dizaines (voire centaines) de ces chroniques originales prenant la forme de nouvelles, courts récits et autres réflexions, l'auteur publie enfin son premier recueil. Une fin du monde sans importance nous permet ainsi de retrouver une bonne soixantaine de ses textes, extraits d'Eléments ou de son blog A moy que chault.

Servies par une plume acerbe et un style d'écriture agréable, les chroniques de Xavier Eman témoignent d'un esprit aiguisé qui scrute le monde actuel avec amertume et réalisme. Pour cela, l'auteur utilise les scènes simples du quotidien, que ce soit une conversation avec les collègues de travail ou une visite au supermarché du coin. Le constat y est clair : le monde moderne est mou, petit, décrépi, minable même. L'obsession du paraître qui y règne n'a d'égal que le vide abyssal de ce qu'il a à proposer aux gens. C'est d'ailleurs ceux-ci, les gens qui nous entourent, les gens d'aujourd'hui, qui sont le principal sujet des réflexions et constatations de Xavier Eman. On pourrait même se demander si notre époque est comme elle l'est est à cause des gens ou si ceux-ci sont comme ça à cause d'elle...

Dans la plupart des chroniques, nous suivons le personnage de François, sorte d'anti-héros catalogué par ses contemporains comme « intello, réservé, assez laid, maladroit et taiseux ». Ajoutez-y un soupçon de cynisme et de méchanceté et vous y êtes ! C'est par les yeux et l'esprit de François que notre époque se voit analysée. Tous ses totems (le travail, la consommation, les loisirs, les petites habitudes...) sont mis à mal par l'ironie et la clairvoyance de François. Sorte de fataliste actif, il se débat, désabusé, entre les gens qu'il croise et côtoie au quotidien... Et que cette galerie de personnages emblématiques de notre temps est savoureuse ! Rebelles du dimanche, bourgeois suffisants, femmes modernes, couples et familles merdiques, tout le monde en prend pour son grade. François (l'auteur?) lui-même est traité à la même enseigne : il est loin d'être parfait, le sait et l'assume. Il constate la décrépitude d'une bonne partie de ce qui l'entoure mais a quand même la volonté d'évoluer... quand il ne s'enferme pas dans cet alcool-refuge qui lui paraît souvent être la seule manière de s'échapper de son environnement immédiat.

Ce qui est plaisant avec Xavier Eman, c'est que le lecteur peut se retrouver lui aussi piqué par une tirade assassine ou un trait d'esprit humoristique. Sommes-nous aussi parfaits que nous le pensons ? Sommes-nous vraiment ceux que nous disons être ? Vivons-nous en accord avec nos principes, avec nos valeurs ? Evitons-nous la facilité ? Avant de critiquer les autres, regardons-nous dans un miroir. Ce renvoi à certaines de nos imperfections est salvateur car il mène ceux qui veulent évoluer et grandir, ceux qui, surtout, en ont la volonté (un terme qui n'a jamais paru si inactuel) au chemin exigeant de la verticalité.

Ann et Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

10/02/2017

A propos de « Pornocratie », le dernier documentaire d'Ovidie

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« Pornocratie, les multinationales du sexe », un documentaire d'Ovidie

Première diffusion en janvier 2017 sur Canal+

 

Souvent pris à la légère ou considéré comme tabou, le sujet du porno mérite pourtant que l'on s'y attarde sérieusement, ce que nous avons plusieurs fois fait en ces pages (en particulier avec notre article « Le porno, une arme du libéralisme »). N'est-il pas, en effet, l'une des émanations les plus toxiques du monde moderne ?

Ayant baigné depuis plus de 15 ans dans ce milieu, la réalisatrice et ex-actrice Ovidie connaît bien son sujet et a à son actif aussi bien des films X que des livres et documentaires sur le sexe. Si l'on peut lui reprocher sa trop grande ouverture d'esprit, son féminisme (qui peut parfois se comprendre vu le milieu où elle évolue) ou que sais-je encore ?, je la trouve souvent très juste lorsqu'elle traite de la sexualité de notre époque. Ovidie est selon moi une fille intelligente qui, même si elle est loin de nos idées, mérite notre attention.

Son dernier documentaire en date a été diffusé il y a quelques semaines et s'intitule Pornocratie, les multinationales du sexe. Ovidie y dresse un tableau saisissant de l'industrie du porno, dont, à priori, vous ne savez pas grand chose.

Sa première constatation est que cette industrie a été bouleversée complètement en 10 ans. Le coupable ? Internet. Ou plutôt les « tubes », ces plate-formes à la Youtube recensant des millions de vidéos visibles par tous gratuitement. Précurseurs des tubes pornos, Youporn, créé en 2006, propose ainsi plus de 10 millions de vidéos mises en lignes sans autorisation (95% des vidéos regardées aujourd'hui sont piratées). Les actrices, réalisateurs et producteurs interrogés dans le documentaire sont unanimes : cette gratuité et cet accès grand public posent un épineux problème. Difficile de leur donner tort... Certes, les intérêts financiers de chacun sont en jeu mais tous semblent d'accord pour affirmer que le porno doit être payant et accessible seulement aux adultes.

Selon eux, l'industrie dite traditionnelle du porno (celle qu'Ovidie défend) est à l'agonie à cause de la nouvelle donne constituée par les plate-formes gratuites et par l'apparition parallèles de véritables multinationales du porno. Celles-ci se comptent sur les doigts de la main mais ont, en quelques années, concentré la plupart des studios et des sites du genre. Le cas le plus emblématique est celui de la société Mindgeek dont l'ancien dirigeant était un informaticien allemand du nom de Fabian Thylmann. Aucunement issu du milieu du porno, l'homme a réussi en 3 ans à avoir le monopole quasi-total des vidéos diffusées dans le monde entier via les tubes qu'il possédait. Quand on sait que plus de 100 milliards de vidéos de ce type sont regardées chaque année à échelle planétaire, ça fait plutôt réfléchir sur l'influence des sociétés qui gèrent ces flux... Toujours aussi tentaculaire, la société Mindgeek est aujourd'hui quasiment anonyme. Thylmann n'est plus à sa tête et personne ne paraît connaître l'identité de ses dirigeants. Seraient-ils liés à la pègre comme ça a été souvent le cas dans l'industrie pour adultes ?


Les profits sont colossaux. Mindgeek faisait ainsi il y a quelques années 40 millions de dollars de bénéfices par mois ! Comme les autres multinationales du porno, tout est trouble dans ces sociétés qui n'utilisent le sexe que comme générateur de profits et qui sont dirigées par ce que l'auteur appelle des « geeks ». Toujours hébergées dans des paradis fiscaux, elles se soustraient aux regards et aux réglementations, ce qui était bien moins le cas des sociétés du porno « traditionnel ». Celles-ci oeuvraient plus légalement et offraient un cadre plus sécurisant à tous. Oui... mais elles ont été balayées par la nouvelle donne et peu d'entre elles existent encore à l'heure actuelle.

Les sociétés ont changé et les conditions de travail aussi. Ovidie parle ainsi d' « uberisation du X ». Accompagnant la décrépitude de la société, le porno va toujours plus loin dans le glauque et l'exploitation. Fini le porno des années 70 ! Les actrices sont obligées, si elles veulent travailler dans ce milieu, d'accepter des pratiques sexuelles impensables il y a encore 10 ans à échelle si généralisée ! Une scène du documentaire nous montre justement une actrice évoquant avoir pris « 3 bites dans le cul » (en même temps, cela va sans dire). Un mois de travail et la débutante a déjà connu la double pénétration! Ces dégradations des conditions de travail (tant à un niveau financier que physique et psychologique) s'accompagne d'une dangerosité accrue pour les acteurs. Moins de réglementations, moins de contrôles et c'est le retour des MST à l'image de la syphilis qui a largement touché le milieu il y a quelques années! Pour étouffer ce genre de scandale, les multinationales telles Mindgeek ont même essayé de créer des laboratoires pour contrôler eux-mêmes les analyses de sang des acteurs...

Ovidie conclut son documentaire par cette pensée :

« Avec l'arrivée des multinationales du sexe, ce qu'on connaissait du porno a laissé place à un secteur soumis aux mêmes règles que l'ensemble du monde ultralibéral.

Un capitalisme sauvage, une politique de la terre brûlée, un mépris pour les travailleurs.

Quand on y réfléchit bien, Mindgeek, c'est un peu le Monsanto du porno. »

C'est une bonne conclusion à un documentaire très bien mené. Comme nous l'avons déjà dit ici, le porno est une arme du libéralisme. Et l'on sait que le libéralisme se caractérise avant tout par l'absence de frontières, d'interdits, tant sur le plan des mœurs que sur celui de l'économie. L'un accompagne inévitablement l'autre, ce qu'Ovidie ne souligne (et pour cause!) pas ou trop peu. L'évolution de l'industrie du porno me semble ainsi fort logique, d'autant que je doute fort que « l'industrie traditionnelle » que regrette la réalisatrice était si vertueuse que ça... même si, avec le recul, elle paraîtrait presque inoffensive car, au moins, elle restait à sa place et n'influait pas l'ensemble de la société comme c'est le cas aujourd'hui. 

Rüdiger / C.N.C

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07/02/2017

Illusions perdues et contradictions inextricables de la droite souverainiste !

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Illusions perdues et contradictions inextricables de la droite souverainiste !

Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt le dernier hors-série de la Nouvelle Revue d’Histoire, No 13 d’Automne-hiver 2016, ayant comme sujet de dossier « Terrorismes-Histoire et actualité ». Un tel sujet était effectivement, par les temps mouvementés et cruciaux pour l’avenir de notre civilisation qui courent, plus que d’actualité. Dans cette lecture édifiante, nous avons apprécié la qualité d’une série d’articles qui revisitaient l’histoire du terrorisme contemporain depuis ses débuts (royalistes ou jacobins) et à travers ses manifestations les plus emblématiques (anarchistes de la fin du XIXe, indépendantistes et terroristes d’extrême gauche du XXe etc). Parmi d’autres contributions, on a remarqué tout particulièrement celle de Gabriele Adinolfi (1) qui présentait les « années de plomb » sous un point de vue différent de celui des documentaires et des dossiers des médias systémiques ou des ouvrages des spécialistes attitrés des « droites extrêmes européennes ».

La partie pourtant la plus intéressante du dossier, pour le temps présent, était celle consacrée au terrorisme islamique, nouvelle réalité à laquelle sont confrontés la plupart des peuples de l’Europe de l’ouest aujourd’hui. On pouvait donc s’attendre à ce que ce sujet de la plus grande importance fût le plus amplement traité. Après deux articles sur la question de savoir si le terrorisme est « consubstantiel à l’Islam » ainsi que sur les sources du financement du terrorisme, on tomba sur un article plus étendu signé par Yvan Blot et intitulé « Le terrorisme islamiste en France Histoire et perspectives ».

L’auteur n’est pas un inconnu : ancien membre du GRECE, ainsi que cofondateur du Club de l’Horloge avec Henry de Lesquen, il est passé par la plupart des formations de la droite républicaine, nationale et/ou souverainiste (RPR, FN, UMP, RIF) pour être présenté aujourd’hui, au sein d’un milieu national et identitaire en pleine déroute idéologique, en tant que spécialiste bien averti de l’Islam radical ou comme il dit « révolutionnaire ». Il est également l’auteur, entre autres, du livre « Le terrorisme islamiste une menace révolutionnaire », publié aux éditions Apopsix ainsi que de « La Russie de Poutine », ouvrage dithyrambique (préfacé aussi par Philippe de Villiers) à classer dans la production littéraire du nouveau tropisme de la droite nationale et souverainiste.

Dès le début de son article et jusqu’à la fin, Yvan Blot qualifie d’une manière très répétée l’islamisme radical de « mouvement révolutionnaire » ; son but avoué et assumé est de distinguer cet « islamisme révolutionnaire » de l’Islam ou de l’ensemble des musulmans afin de le placer dans la même catégorie anthropologique, « révolutionnaire » et a-morale que le nihilisme anarchiste, le communisme ou les fascismes. Il nous met bien sûr avant tout en garde en signalant que « cet islamisme révolutionnaire ne se confond pas avec l’Islam, pas plus que la terreur jacobine ne recouvre l’histoire de l’idéologie républicaine en France » et même s’il ne nie pas les liens entre radicalité et présence musulmane il évite d’établir clairement un rapport de cause à effet entre l’une et l’autre : « Toutefois, c’est également une erreur de croire qu’il faudrait établir une séparation parfaitement étanche entre l’Islam révolutionnaire extrémiste et l’ensemble des musulmans de France. […] il est aussi faux de prétendre qu’il n’y a aucun lien sociologique entre le terrorisme de l’Islam révolutionnaire et la population d’obédience musulmane, même si le constat scientifique conduit à des conclusions « politiquement incorrectes » ».

Force est pourtant de constater que malgré les « constats scientifiques » et quelques allégations (très partiellement en réalité) « politiquement incorrectes », l’analyse de Monsieur Blot est dépourvue tant de clarté que de précision. Une approche sérieuse du terrorisme islamique ne peut commencer que par une définition de l’Islam en général, puisque même les analystes les plus modérés ou les plus partiaux du phénomène auraient la plus grande peine du monde à nier les liens entre la matrice religieuse et ses expressions théologico-politiques les plus radicales. L’auteur présente très justement les thèses du prédicateur islamiste Indo-pakistanais Al Mawdudi pour qui «l’islam  n’est pas du tout une religion au sens classique du mot » mais plutôt « une conception totale du monde, politique, religieuse, sociale, esthétique, morale etc. Ce n’est pas une construction intellectuelle mais une « interpellation », un appel à se mobiliser pour faire régner l’islam sur la terre entière. C’est donc un mouvement aussi affectif qu’intellectuel. ». Ce qu’il ne semble pas comprendre ou vouloir admettre en revanche c’est que cette définition, censée exprimer l’idéologie des seuls « islamistes révolutionnaires », décrit  magistralement la réalité de l’Islam en tant que culture (au sens spenglérien du terme) et Civilisation. Certes Monsieur Blot admet encore une fois que « La référence au Coran chez les djihadistes est en effet centrale. » mais pour lui l’élément le plus important qui façonne la physionomie du djihadisme islamiste est son aspect « révolutionnaire » : « Mais on oublie souvent l’autre terme essentiel : « révolutionnaire ». Cela veut dire qu’on a affaire à un mouvement totalitaire et d’une extrême violence […]. » Et à l’auteur de citer les Démons de F. Dostoïevski afin d’expliquer que le djihadiste partage la « psychologie » du révolutionnaire qui « libère ses pulsions agressives au point de pouvoir tuer sans le moindre remords […] justifie ses actions meurtrières par des raisonnements idéologico-religieux permanents […] » et « […] marginalise ses propres sentiments d’humanité et son sens moral dès lors qu’ils s’opposent à la cause révolutionnaire. ». L’Europe aurait déjà fait l’expérience de ce type de terrorisme avec les anarchistes du XIXe siècle, les bolcheviques et fascistes si bien que « l’islamisme révolutionnaire n’a de ce point de vue aucune originalité, sinon la motivation religieuse coranique. »

En pourtant cette différence « minime », constitue précisément l’originalité la plus grande et la plus significative du terrorisme islamique… En effet celui-ci loin d’être le fruit de tensions ou de contradictions sociales et historiques internes des sociétés européennes, constitue un article d’importation, un phénomène issu d’autres références que celles des mouvements révolutionnaires européens (en l’occurrence la matrice idéologique rousseauiste dans ses différentes variantes et adaptations historiques pour l’anarchisme, le communisme et le fascisme) et de populations culturellement autres et n’ayant probablement pas le même sens de l’humanité, de la morale ou du raisonnement que nous. D’où cette nouvelle et tout à fait inédite pratique du terrorisme islamique qui consiste à provoquer des carnages par des attentats aveugles et à viser indistinctement le plus grand nombre possible de victimes, contrairement à la logique ciblée des divers terrorismes historiques européens (anarchistes, nationalistes, indépendantistes ou même gauchistes) et de la violence politique classique en général. Le comportement des djihadistes n’est pas en réalité celui de révolutionnaires qui cherchent à « libérer le peuple » ou à « défendre l’ordre national et social » mais celui d’envahisseurs sévissant en pays ennemi où tout est à détruire et/ou à prendre ; et puisque Monsieur Blot aime bien les références historiques on voudrait lui rappeler que le terrorisme aveugle fut précisément le procédé tactique par lequel furent ouvertes les hostilités de la guerre de l’Algérie (considérée au début soit comme une émeute, soit comme une guerre civile larvée comportant un certain danger de partition), conflit toujours actif sur le temps historique long, d’autant plus qu’il est transféré sur le sol de l’ancienne métropole. N’est-il alors jamais passé par l’esprit de certains que, dans des conditions d’invasion de l’Europe et de grand remplacement suicidaire, ce type de guerre asymétrique pourrait être les prémices ou du moins le signe avant-coureur d’une guerre ethnique larvée en passe de devenir ouverte et généralisée ?

Un autre point sur lequel notre analyste n’est pas non plus d’une grande clarté ce sont les causes de l’apparition de cet « islamisme révolutionnaire » qui « ne serait sans doute pas apparu sans la mise en contact de la société occidentale moderne et d’un monde musulman sous-développé et s’estimant humilié par l’Occident. » Il en arrive même à considérer que finalement l’explosion de l’intégrisme musulman serait une réaction à la sécularisation de l’occident et au triomphe du matérialisme : « Le cœur du conflit n’est pas vraiment entre le christianisme et l’islamisme mais entre la société matérialiste déchristianisée occidentale (que le philosophe Heidegger appelle le Gestell utilitariste) et une interprétation puriste de l’islam (salafisme, wahhabisme). ». Cependant il serait très utile de rappeler également à Monsieur Blot que l’Europe chrétienne médiévale fut, malgré certaines périodes courtes, en guerre permanente avec le monde musulman (2), que le Wahabbisme est apparu dans un endroit qui n’a jamais connu d’emprise occidentale, que le salafisme s’appuie sur les plus grandes autorités de la théologie et de la jurisprudence musulmanes et que les populations chrétiennes d'Orient actuelles ont été réduites à l’état de minorités infimes bien avant leur tentative d’anéantissement total par l’État islamique et autres salafistes, ce qui constituait seulement le dernier acte d’un drame pluriséculaire dont le grand réalisateur fut l’islam et l’islam seul, dans toutes ses variantes ! D’autre part, sans vouloir nier l’impact négatif de l’emprise, des interventions ou de la colonisation occidentales au sein du monde musulman, il serait complètement absurde de prétendre que l’islamisme récent « ne serait sans doute pas apparu sans la mise en contact de la société occidentale moderne [...]» ou que « le modèle séculier individualiste occidental ne peut qu’entretenir l’islamisme et assurer sa résilience dans la mesure où il est à l’origine de l’apparition et de l’expansion de ce mouvement. », puisque l’histoire du monde islamique est une succession d’émergences de mouvements politico-religieux réformateurs et/ou messianiques prétendant redonner à l’islam sa vigueur et son éclat d’antan. Et sur ce point-là on pourrait encore consulter l’historien et politologue Nabil Mouline, qui semble être d’un avis assez différent de celui d’Yvan Blot : « À court terme, Daech peut apparaître comme le fils monstrueux de l’Arabie saoudite, et l’Arabie saoudite comme un Daech qui a réussi et s’est “routinisé”. Mais si l’on s’inscrit dans la longue histoire arabo-musulmane, on pourrait également y voir la banalité de l’exceptionnel. Aussi aberrant qu’il nous semble aujourd’hui, Daech est un mouvement messianique qui s’inspire des méthodes de conquête du pouvoir et des stratégies de légitimation d’une bonne partie des mouvements politico-religieux qui ont émergé en terre d’islam depuis le Moyen Âge. Des Daech, le monde musulman en a déjà connu beaucoup." (3)

Mais il y a pourtant un pays qui, contrairement à l’Occident décrépit et matérialiste, a réussi à affronter victorieusement le phénomène islamiste et qui nous offre de plus le paradigme de la bonne gestion des communautés musulmanes : « Pour l’instant le seul système qui semble avoir éteint cette révolution islamiste est le système russe. » La recette de cette réussite qui gagna l’admiration de Monsieur Blot avait consisté en l’écrasement de la rébellion tchétchène avec une puissance de feu disproportionnelle, l’établissement d’une bonne entente avec un pouvoir local (fantoche) et un soutien technique et financier constant (méthode du bâton et de la carotte ou comment racheter la mafia tchétchène) à la reconstruction du pays : « la Russie a passé un accord avec le nouveau président tchétchène Ramzan Kadyrov sur la base suivante : aide financière considérable, notamment pour la reconstruction de la capitale Grozny, et liberté de culte totale pour les musulmans avec lois spécifiques dans l’État fédéré de Tchétchénie. En échange, soumission complète à l’autorité fédérale russe et enseignement du patriotisme russe à tous les niveaux ». Blot en arrive même à se féliciter du fait que « des Tchétchènes combattent à titre privé avec les armées des républiques autonomistes du Donbass en Ukraine. », preuve parmi d’autres, selon lui, de la grande réussite de la stratégie de Poutine. Ce monsieur n’a apparemment aucun doute sur les motivations réelles des mercenaires islamistes tchétchènes (ô pardon, volontaires musulmans, anciens islamistes repentis et patriotes grand-russiens fraîchement éclairés) que le pouvoir corrompu et mafieux de Kadyrov a mis à la disposition de ses partenaires de Moscou pour le sale boulot en Ukraine de l’est… Il a bien sûr le droit imprescriptible d’admirer le système de « pacification » russe en Tchétchénie et d’en penser tout le bien qu’il veut, mais l’acceptation inconditionnelle des versions médiatiques russes et leur exaltation quasi stalinienne est une preuve, quoi qu’il en soit, d’un manque de discernement gravissime ou d’une malhonnêteté intellectuelle et d’un parti pris trop flagrants. Ce qui est surtout très intéressant chez lui c'est l'exaltation inconditionnelle de la politique de Poutine avec la proposition simultanée d'un modèle intégrationniste "patriotique et spirituel" destiné aux populations musulmanes issues de l'immigration qui résident en France. Dans cet article consacré au terrorisme musulman et aux moyens de l’enrayer, la référence au cas russe a en fait valeur de paradigme puisque « La Russie n’a pas misé sur la « laïcité » mais sur la religion, islam en Tchétchénie et orthodoxie sur l’ensemble du territoire fédéral. » et qu’ « Elle a surtout misé sur le patriotisme comme force effective de rassemblement national et de promotion d’un idéal pour tous, et notamment pour la jeunesse. » M. Blot souhaiterait ainsi un projet similaire pour la France qui devrait proposer « un idéal patriotique et spirituel aux populations musulmanes déracinées. » « […] un idéal qui rassemble : c’est ce que fait aujourd’hui en Russie le patriotisme. »

Dans son grand enthousiasme pour ce modèle ingénieux, dont les mérites, soit dit en passant, nous paraissent plus que douteux, Yvan Blot ne s’est évidemment pas aperçu de l’ampleur des différences entre la Russie et la France : les Tchétchènes sont un peuple autochtone, homogène, en nombre relativement limité, enraciné sur un territoire périphérique et participant en tant qu’entité territoriale à une structure fédérale, alors qu’en France nous avons des populations immigrées déracinées, aux origines multiples, en grand nombre, à une démographie galopante et résidant dans un État centralisateur et jacobin, allergique à toute idée de fédéralisation, ne serait-ce qu’à l’égard de ses propres régions et identités locales ! Ainsi la solution serait-elle la mise en place par l’État français d’un « patriotisme pour tous » (sic) et d’une identité spirituelle basé à la fois sur le catholicisme et l’islam (un islam modéré, « français », des Lumières ?) ? Cela paraît tout à fait impossible vu que les racines de la France ne sont pas « autant musulmanes que chrétiennes » et que celle-ci serait, normalement, peu disposée à permettre la création sur son sol (à moins de s’y voir forcée) d’éventuelles entités territoriales « avec lois spécifiques (lesquelles ? La charia appliquée au niveau local ?) dans l’État fédéré ». Le fédéralisme fut précisément rejeté tant par la France des Bourbons que par la France révolutionnaire, bonapartiste et/ou républicaine (qui par ailleurs n’a jamais fait preuve de tendresse particulière vis-à-vis des revendications culturelles des Bretons ou des Basques)…

On doit pourtant reconnaître à Monsieur Blot le mérite de rester, malgré toutes ses contradictions, fidèle à lui-même : il croit toujours au vieux bon modèle intégrationniste ; mu par un vieux réflexe bourgeois, il préfère critiquer la « tentation révolutionnaire » plutôt que de se rendre à la réalité et envisager des solutions plus claires, réalistes et efficaces. Il croit que « les traditions sont toujours le meilleur rempart contre la tentation révolutionnaire » mais il omet de préciser de quelles traditions il s’agit et, dans le cas qui nous occupe, d’examiner si un « idéal patriotique et spirituel pour tous » est possible à fabriquer à partir de traditions complètement antithétiques et incompatibles. Son modèle, c’est en réalité le mème modèle assimilationniste et intégrationniste qui échoua dramatiquement en Algérie et dont l’échec en métropole risque d’amener le peuple français dans les heures véritablement les plus sombres de son histoire ! On conviendra, bien sûr, que « l’idéal occidental est purement formel et froid (laïcité, droits de l’homme) », et c’est justement pourquoi nous le désavouons et le combattons, mais on ne peut pas oublier non plus que le mot patrie signifie terre des ancêtres et qu’un peuple n’est jamais un agrégat d’individus unis entre eux seulement par des « idéaux » artificiels. Que devrait-on voir alors dans ce « patriotisme pour tous » ou ces « idéaux », sinon le recyclage d’un universalisme occidental éculé, dont les nouvelles versions « spirituelles et patriotiques » seraient à la vérité aussi « purement formelles et froides » que celles dans lesquelles il a déjà été appliqué ?

Le cas d'Yvan Blot donne surtout raison à l'analyse qui considère le modèle russe comme une version alternative (folkloriquement patriotique et spirituelle) de l'universalisme occidental et l'influence politique russe comme un facteur nullement favorable à la stratégie de la remigration. La droite libérale-conservatrice et plus récemment souverainiste, contre laquelle Dominique Venner s'était inlassablement battu dans sa jeunesse, demeure aujourd'hui plus que jamais un leurre et un obstacle majeur face au combat radical pour une Europe libre et fidèle à ses racines et son identité profonde!

Pour notre part, face aux solutions impossibles, nous soutenons plus que jamais celle de la remigration, comme la seule réaliste et la plus viable. Et en cela nous avons des sources puissantes d’inspiration et de clarté qui, hélas, sont actuellement en passe de glisser dans l’oubli ou d’être « édulcorées »:

« Parmi tous ses enseignements elle [la guerre d’Algérie] montre aussi que l’impensable peut, contre toute atteinte, advenir. Vers 1960 et au-delà l’impensable, c’était l’expulsion du million de pieds-noirs d’Algérie. Personne ne l’avait imaginé, pas même le général De Gaulle. Pourtant cela eut lieu en application du précepte « la valise ou le cercueil ». L’impensable c’était aussi, dans les décennies qui ont suivi l’indépendance, l’arrivée de plusieurs millions d’Algériens en France. L’impensable, aujourd’hui, c’est, par exemple, le retour chez eux de ces Algériens et d’autres immigrés africains. Retenons du passé que l’impensable peut, un beau jour, devenir réalité. » Dominique Venner (4)

Basile Cérialis / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

(1) « Italie :’’Nos années de plomb’’ » pages 45-50 de la Nouvelle Revue d’Histoire, Hors-série No 13 Automne-Hiver 2016

(2) Avant le déclenchement des Croisades, l’Empire gréco-romain de Constantinople avait vécu en situation de guerre quasi permanente avec le monde musulman, surtout dans ses thèmes (circonscriptions militaires et administratives) anatoliens où les conflits étaient sans répit.

(3) Nabil Mouline L’Obs n° 2692 du 9 juin 2016

(4) Nouvelle Revue d’Histoire, numéro 8, septembre-octobre 2003, « La guerre d’Algérie est-elle terminée ? »

 

28/12/2016

Grâce de Jacqueline Sauvage : un autre regard

 Grâce de Jacqueline Sauvage : un autre regard

648x415_plusieurs-centaines-personnes-rassemblees-paris-23-janvier-2016-defendre-jacqueline-sauvage.jpgHollande ne cesse pas de nous surprendre et la grâce accordée à Jacqueline Sauvage en est une nouvelle démonstration.

Beaucoup se sont réjouis de cette décision, souvent pour de mauvaises raisons. Les féministes considérant que Jacqueline Sauvage n'avait fait que réagir à un mari criminel et les milieux nationalistes s'insurgeant qu'on condamne cette mère de famille alors qu'on laisse en liberté la racaille... Oui mais voilà, tout cela n'a rien à voir avec le fond de l'affaire et il faut en revenir à quelques principes simples pour comprendre en quoi c'est une mauvaise décision.

Bien sur, on ne souhaite à personne de passer 10 ans en prison, et pas particulièrement à une mère de famille qui a déjà dû subir, comme n’ont cessé de le rabâcher ses défenseurs, un mari violent. Mais la loi est la loi et si certaines lois sont stupides et illégitimes, nous en convenons, ici la loi n'est en l’occurrence pas trop mal faite.

Dans un état de droit, c'est à la justice de condamner les actes délictueux et c'est aux citoyens de la saisir. La condamnation de Jacqueline Sauvage était donc plutôt logique, car elle n'a pas eu recours à la justice, et parce qu'elle a privilégié le meurtre au droit. Jacqueline Sauvage a été condamnée par deux fois par des jurys populaires, représentants le peuple français. C'est donc contre une décision prise par les représentants du peuple français qu'Hollande s'est positionné. Cela démontre une nouvelle fois que les lobbies, les minorités agissantes (en l'espèce les féministes) et le quatrième pouvoir (les médias) ont plus de poids que les trois autres pouvoirs dont on peine d'ailleurs parfois à saisir ce qu'ils ont encore de séparé...

Il est évident qu'une justice idéologique comme celle rendue par de nombreux magistrats de gauche a décrédibilisé les institutions judiciaires aux yeux des Français et que si ces derniers n'ont plus confiance en la justice ou se font « justice eux-mêmes » c'est aussi en lien avec cette défiance. Oui mais voilà, en France, tout le monde a le droit à une défense, car nous ne sommes pas dans une justice tribale. Si Salah Abdelslam a droit à une défense, le mari de Jacqueline Sauvage y avait droit aussi*. Cette dernière ne lui a pas seulement retiré la vie, elle lui a aussi retiré le droit de s'expliquer, le droit de nous approcher un peu plus près de la vérité, cette vérité que les jurys ont cru déceler en la condamnant deux fois.

Si on autorise le meurtre du mari de Jacqueline Sauvage, tué de coups de fusil dans le dos, alors que des buralistes qui prônent la légitime défense sont condamnés (comme dans le Tarn à 7 ans de prison), c'est la défiance envers la justice qu'on accroît, c'est un permis de tuer qu'on octroie, c'est l'ensauvagement généralisé qu'on autorise. On ouvre la boîte de Pandore des vengeances et des justices différenciées, on rompt avec le principe d'égalité devant la loi. C'est en quelque sorte un saut en arrière vers l'Ancien Régime, où le souverain rend la justice (ici Hollande prenant une décision allant contre la décision populaire) où on est jugé en fonction de ses soutiens (comme c'est hélas trop souvent devenu une habitude, le cas de Christine Lagarde en est un autre exemple), bref si il n'y a plus d'égalité devant la loi, c'est la rupture du pacte qui fait le peuple français. Il n'y a plus UN peuple français mais DES Français.

Je ne cesse de penser que tous les signes d'une forme de néo-féodalité (bien que je maintiens la critique de ce terme comme je l'avais fait par le passé) sont présents. L'a-société tribalisée de consommation, hyper-connectée et nourrie à l’émotionnel détruit à petit feu le modèle français qui prétendait revenir aux sources gréco-romaines en ré-inventant le citoyen et en adossant la justice à la Raison. Certains s'en réjouissent, vouant aux gémonies la République, ils ont tort et ils s'en apercevront quant il sera trop tard.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Note :

* l'illustration de l'article montre bien la confusion mentale des lobbies féministes qui comparent des situations matrimoniales difficiles au terrorisme islamique. De Daesh à M. Sauvage, oppression patriarcale ?

Pour en savoir plus :

Vu du droit : Hollande a un don

Vu du droit : Affaire Sauvage, le culte des coupables innocents

Bellica : Jacqueline Sauvage a-t-elle été victime de la justice patriarcale ?

 

06/12/2016

Regard sur l'actu #33 : « Petit tableau des renouveaux et des conservatismes politiciens »


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Regard sur l'actu #33 : « Petit tableau des renouveaux et des conservatismes politiciens »

 

Relativisons la défaite du FPÖ en Autriche

Le FPÖ autrichien et son candidat Norbert Höfer ont perdu les élections présidentielles du 4 décembre face au candidat écologiste Alexander van der Bellen à 48,3% contre 51,7%.

Une victoire aurait été assurément une bonne nouvelle qui aurait poursuivi une certaine dynamique en œuvre en Occident. Elle aurait pu permettre un rapprochement entre l'Autriche et le groupe de Visegrad par exemple. Trop iconoclaste pour le moment.

La défaite est très largement à relativiser; elle n'a rien d'infamante et n'est en aucun cas « écrasante » comme se plaît à le dire la presse de gauche.

Pour commencer, rappelons que le poste de président en Autriche n'a pas la même importance qu'en France et qu'une défaite aux présidentielles n'empêchera pas le FPÖ de pouvoir se positionner en bonne place à d'autres échéances électorales. Le score de 48,3% est un excellent score, le meilleur en Europe pour un parti de cette nature.

Par ailleurs, il semblerait que le sujet des rapports avec l'UE, et donc avec l'Allemagne, ce qui n'est pas négligeable lorsqu'on est autrichien, ait plus pesé encore que la question migratoire. Van der Bellen aurait aussi mis de l'eau dans son vin sur l'utopie migratoire. Il s'agit donc surtout de maintenir un statu quo vis à vis de l'UE.

D'un autre côté, cette opposition marque la faillite des partis politiques traditionnels : socio-démocrates, démocratie chrétienne, liberal-conservatisme. Une défaite de la droite nationale au profit des écologistes, dans un pays assez préoccupé par sa qualité de vie, n'est pas une catastrophe et ne peut pas être perçu avec notre seul regard de Français où l'écologie politique est une vaste arnaque.

Le résultat du référendum italien est-il vraiment une bonne nouvelle ?

Mateo Renzi proposait aux Italiens une modification du fonctionnement des institutions dans un pays marqué par près de sept décennies d'instabilité et qui est au cœur des jeux de pouvoir. Vatican, Etats-Unis, franc-maçonnerie, mafias…  Une des manifestations les plus sanglantes fut la violence des années de plomb. L'Italie est un pays à la souveraineté limitée où corruption et féodalités ont encore la belle vie. Les mouvements régionalistes, même ceux qualifiés « d'extrême-droite » agissent souvent par pur égoïsme territorial, refusant par exemple de payer pour les « terroni » du sud. L'Italie est une nation inachevée.

60% des électeurs ont pourtant rejeté sa réforme, ce qui est perçu comme une brillante victoire des « eurosceptiques » face à l'homme lige de Merkel. C'est peut-être vrai et l'ère politique qui s'ouvre désormais peut conduire à une majorité composée de partis politiques hostiles à l'Eurozone et à la politique germano-bruxelloise. Le M5S, Forza Italia ou la Lega Nord sont autant de mouvements qui peuvent tirer les marrons du feu. Mais il s'agit de mouvements qui sont en réalité divisés et il sera compliqué d'obtenir des majorités solides. Par ailleurs, rien n'indique que les partis qui seront en mesure de remporter d'éventuelles élections législatives vont appliquer leur programme : la Lega Nord a déjà largement déçue sur l'immigration lorsqu'elle pouvait agir et le précédent de Syriza en Grèce nous invite à la plus grande prudence.

Ce que favorise cette défaite, c'est la poursuite du statu quo actuel et le règne des partis. On se souvient que « l'extrême-droite » se réjouissait de la démission du Général de Gaulle après l'échec du référendum sur la réforme territoriale et qu'elle n'a pas hésité à soutenir Giscard en 1974. Que nous a apporté la démission du Général de Gaulle ? Le banquier Pompidou, l'européiste Giscard, la fausse droite chiraquienne, le gauchisme partout avec la victoire symbolique de 68... Une autre époque, certes, mais il y a peut-être un côté gaullien dans l'attitude de Renzi.

La fin d'une ère, sauf au FN ?

L'année 2016 est une année charnière. Avec la défaite de Clinton, c'est toute la politique américaine post-guerre froide qui a été ébranlée. Cette politique faite d'un hard power interventionniste et d'un soft power consumériste, libéral libertaire, post-moderne et multiculturel.

En Allemagne, le recul de la CDU, en particulier au profit de l'AfD, pourrait entamer lourdement la démocratie-chrétienne, un pilier du jeu politique allemand et de la construction européenne. En France aussi, nous assistons à quelques bouleversements significatifs.

Avec la primaire des Républicains, c'est la fin conjointe du chiraquisme, incarné par Juppé et sa campagne à gauche, et du sarkozysme, ou la droite bling bling. C'est la raison pour laquelle, en off, nous étions favorables à la victoire de Fillon. Bourgeois catholique du grand ouest. Stratégie payante aux primaires.

Avec Macron et Valls c'est sûrement la fin de la gauche française telle que nous l'avons connue avec sa politique d'assistanat délétère. C'est la fin du Mitterrandisme incarné par Hollande et c'est la fin, aussi, des leaders de gauche avec des passés trotskistes ou maoïstes. C'est peut-être à gauche que le « renouveau » est d'ailleurs le plus probant. A suivre.

Avec la défaite de Duflot qui fait suite au départ de J.V. Placé, c'est la fin d'une certaine façon d'agir au sein des Verts. Et peut-être l'émergence d'une écologie politique beaucoup plus proche de l'écologie associative et des préoccupations quotidiennes des Français.

Avec Mélenchon, c'est la digestion du dinosaure politique qu'est le PCF et, progressivement, de quelques officines au passé trotskiste comme la LCR (devenu NPA). Un paradoxe toutefois. Mélenchon (65 ans) sera le candidat le plus vieux avec Fillon (62 ans) et incarnera, malgré le renouveau impulsé par le Front de gauche, la « vieille gauche » des syndicats, de l'Education nationale, des luttes sociales et sociétales du deuxième XXeme siècle (autant les 35h que l'avortement).

Au FN, Marine Le Pen a sûrement bien conscience de cette tendance puisqu'elle cherche à faire du neuf avec du vieux. Son père ayant déjà été un homme politique de la IVème République et candidat à de nombreuses reprises sous la Vème, on comprend qu'elle souhaite insister sur son prénom, plus moderne, et qu'elle ait pu appuyer sur l'idée de « vague » associé au bleu marine. Dans les faits, le FN incarne pourtant encore la « vieille politique » de la Vème République : le parti dirigé par un chef charismatique visant les présidentielles sur un compromis gaullo-communiste.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

01/12/2016

La jeunesse n’est plus dans la rue…

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Version écrite de la dernière chronique d'Arnaud de Robert sur Radio Libertés. Il y évoque la transformation de nos rues...

S’il y a bien une chose qui a changé en quarante ans, c’est la rue. Quand j’étais gosse, la rue était l’espace de jeu privilégié du gamin des villes. Je crois d’ailleurs avoir passé la majorité de mon temps extrascolaire dans la rue. Vélo, billes, saute-mouton, foot, cow-boys et indiens, policiers et voleurs, skateboard, roller … Chaque fin de journée comme depuis des siècles la rue se peuplait d’enfants qui l’espace de quelques heures s’inventaient des mondes, vivaient des aventures extraordinaires avec trois bouts de carton, devenaient les héros d’un quartier pour un pénalty arrêté. La rue faisait les bandes, les copains, délimitait des territoires, générait des frontières, annonçait les bagarres, les triomphes et les défaites. On explorait le réel sur un pâté de maisons. Hiérarchies, rivalités, amours, jalousies, passions et haines prenaient corps en nous par cette école du trottoir. Nos parents, incroyablement permissifs, ou tout simplement humains, nous offraient cet inestimable cadeau à apprivoiser, la liberté. Cela n’allait pas sans heurts, sans risques, sans pleurs. La rue pouvait être une rude école. Mais elle était toujours la promesse d’une découverte de soi et des autres, l’artère qui irriguait notre imagination. Dehors, on pouvait devenir ce que l’on voulait : magicien, super-héros, justicier de l’espace, chef sioux ou grand braqueur de banque. A coup de « Pan t’es mort », on ritualisait une sociabilité forte et on répétait les leçons que nous apprenait quelques centaines de mètres de goudron.

Aujourd’hui les rues sont vides. Vides d’enfants. La rue s’est rationalisée. Elle est désormais un enjeu commercial entre fast-foods, boutiques de téléphonies et agence bancaires. Il faut slalomer entre les scooters, les panneaux publicitaires, la profusion de voitures plus ou moins bien garées. Le trottoir s’est comme rétréci pour laisser place au profit, un impératif d’adultes.

Bien sûr, la peur de l’accident, la crainte du pédophile ont joué à plein sans démontrer une hausse de l’un des deux. Mais le fait d’être abreuvé en permanence par des faits divers sordides et toujours plus morbides, effrayants insinue une espèce de peur inconsciente chez des parents angoissés qui considèrent désormais la ville comme menaçante voire toxique. L’irruption d’une immigration massive et jeune a aussi poussé à l’accroissement de cette peur par l’ajout de l’agression et du racket avec pour résultat dans un premier temps, la captation de la rue par la jeunesse immigrée. Mais même ces gosses-là ne sont plus dehors. Car l’autre cause de désertification de la rue est la révolution numérique. Portables, tablettes, ordinateurs sont venus au secours d’enfants surprotégés donc cloîtrés. Le résultat final laisse perplexe. Des générations qui grandissent en espace clos, transportés en permanence d’un lieu délimité à un autre par des parents-taxis bien plus présents que nos parents. Moins de jeux mais plus d’occupations. On ne grandit plus, on accroît ses compétences via les activités extrascolaires. On ne joue plus ensemble, on communique et on rivalise. Et quand enfin on peut sortir, avec l’adolescence c’est toujours pour un déplacement précis entre deux points déterminés et sous le contrôle vigilant de parents surveillants.

Cette mutation sociale, fruit d’une conjonction d’événements et d’actions pas si fortuites que ça entraîne un bouleversement de l’espace et de sa gestion. Les enfants surprotégés deviennent des adultes de vases-clos, des individus qui ne sont biens et en sécurité que dans des cadres protégés de l’extérieur. Ils vivent dans des bulles et n’explorent plus le monde que de manière virtuelle et fantasmée. Mais ce n’est pas leur faute, c’est la nôtre. Nous avons désinvesti le réel, nous avons quitté la rue pour le flux. Nous avons permis que s’accomplisse une forme totalisante de contrôle social normatif. La rue appartient à celui qui y descend dit-on. Donc la rue appartient à l’argent et plus aux enfants. De même qu’il n’y a pas de pays sans paysan, il n’y a pas de rue sans enfants, de quartier sans identité et de ville sans fierté, de Nation sans peuple. A l’heure du virtuel, la reconquête du réel passe par celle rue, pour nous et surtout pour nos enfants. Bonne journée !

Arnaud de Robert

Source: Paris Vox