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19/02/2017

Chronique littéraire: Xavier Eman "Une fin du monde sans importance"

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Xavier Eman, Une fin du monde sans importance

(Editions Krisis, 2016)

 

Pour dépeindre l'esprit de notre époque, les chroniques de Xavier Eman n'ont pas leur pareil. Après avoir écrit plusieurs dizaines (voire centaines) de ces chroniques originales prenant la forme de nouvelles, courts récits et autres réflexions, l'auteur publie enfin son premier recueil. Une fin du monde sans importance nous permet ainsi de retrouver une bonne soixantaine de ses textes, extraits d'Eléments ou de son blog A moy que chault.

Servies par une plume acerbe et un style d'écriture agréable, les chroniques de Xavier Eman témoignent d'un esprit aiguisé qui scrute le monde actuel avec amertume et réalisme. Pour cela, l'auteur utilise les scènes simples du quotidien, que ce soit une conversation avec les collègues de travail ou une visite au supermarché du coin. Le constat y est clair : le monde moderne est mou, petit, décrépi, minable même. L'obsession du paraître qui y règne n'a d'égal que le vide abyssal de ce qu'il a à proposer aux gens. C'est d'ailleurs ceux-ci, les gens qui nous entourent, les gens d'aujourd'hui, qui sont le principal sujet des réflexions et constatations de Xavier Eman. On pourrait même se demander si notre époque est comme elle l'est est à cause des gens ou si ceux-ci sont comme ça à cause d'elle...

Dans la plupart des chroniques, nous suivons le personnage de François, sorte d'anti-héros catalogué par ses contemporains comme « intello, réservé, assez laid, maladroit et taiseux ». Ajoutez-y un soupçon de cynisme et de méchanceté et vous y êtes ! C'est par les yeux et l'esprit de François que notre époque se voit analysée. Tous ses totems (le travail, la consommation, les loisirs, les petites habitudes...) sont mis à mal par l'ironie et la clairvoyance de François. Sorte de fataliste actif, il se débat, désabusé, entre les gens qu'il croise et côtoie au quotidien... Et que cette galerie de personnages emblématiques de notre temps est savoureuse ! Rebelles du dimanche, bourgeois suffisants, femmes modernes, couples et familles merdiques, tout le monde en prend pour son grade. François (l'auteur?) lui-même est traité à la même enseigne : il est loin d'être parfait, le sait et l'assume. Il constate la décrépitude d'une bonne partie de ce qui l'entoure mais a quand même la volonté d'évoluer... quand il ne s'enferme pas dans cet alcool-refuge qui lui paraît souvent être la seule manière de s'échapper de son environnement immédiat.

Ce qui est plaisant avec Xavier Eman, c'est que le lecteur peut se retrouver lui aussi piqué par une tirade assassine ou un trait d'esprit humoristique. Sommes-nous aussi parfaits que nous le pensons ? Sommes-nous vraiment ceux que nous disons être ? Vivons-nous en accord avec nos principes, avec nos valeurs ? Evitons-nous la facilité ? Avant de critiquer les autres, regardons-nous dans un miroir. Ce renvoi à certaines de nos imperfections est salvateur car il mène ceux qui veulent évoluer et grandir, ceux qui, surtout, en ont la volonté (un terme qui n'a jamais paru si inactuel) au chemin exigeant de la verticalité.

Ann et Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

07/02/2017

Illusions perdues et contradictions inextricables de la droite souverainiste !

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Illusions perdues et contradictions inextricables de la droite souverainiste !

Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt le dernier hors-série de la Nouvelle Revue d’Histoire, No 13 d’Automne-hiver 2016, ayant comme sujet de dossier « Terrorismes-Histoire et actualité ». Un tel sujet était effectivement, par les temps mouvementés et cruciaux pour l’avenir de notre civilisation qui courent, plus que d’actualité. Dans cette lecture édifiante, nous avons apprécié la qualité d’une série d’articles qui revisitaient l’histoire du terrorisme contemporain depuis ses débuts (royalistes ou jacobins) et à travers ses manifestations les plus emblématiques (anarchistes de la fin du XIXe, indépendantistes et terroristes d’extrême gauche du XXe etc). Parmi d’autres contributions, on a remarqué tout particulièrement celle de Gabriele Adinolfi (1) qui présentait les « années de plomb » sous un point de vue différent de celui des documentaires et des dossiers des médias systémiques ou des ouvrages des spécialistes attitrés des « droites extrêmes européennes ».

La partie pourtant la plus intéressante du dossier, pour le temps présent, était celle consacrée au terrorisme islamique, nouvelle réalité à laquelle sont confrontés la plupart des peuples de l’Europe de l’ouest aujourd’hui. On pouvait donc s’attendre à ce que ce sujet de la plus grande importance fût le plus amplement traité. Après deux articles sur la question de savoir si le terrorisme est « consubstantiel à l’Islam » ainsi que sur les sources du financement du terrorisme, on tomba sur un article plus étendu signé par Yvan Blot et intitulé « Le terrorisme islamiste en France Histoire et perspectives ».

L’auteur n’est pas un inconnu : ancien membre du GRECE, ainsi que cofondateur du Club de l’Horloge avec Henry de Lesquen, il est passé par la plupart des formations de la droite républicaine, nationale et/ou souverainiste (RPR, FN, UMP, RIF) pour être présenté aujourd’hui, au sein d’un milieu national et identitaire en pleine déroute idéologique, en tant que spécialiste bien averti de l’Islam radical ou comme il dit « révolutionnaire ». Il est également l’auteur, entre autres, du livre « Le terrorisme islamiste une menace révolutionnaire », publié aux éditions Apopsix ainsi que de « La Russie de Poutine », ouvrage dithyrambique (préfacé aussi par Philippe de Villiers) à classer dans la production littéraire du nouveau tropisme de la droite nationale et souverainiste.

Dès le début de son article et jusqu’à la fin, Yvan Blot qualifie d’une manière très répétée l’islamisme radical de « mouvement révolutionnaire » ; son but avoué et assumé est de distinguer cet « islamisme révolutionnaire » de l’Islam ou de l’ensemble des musulmans afin de le placer dans la même catégorie anthropologique, « révolutionnaire » et a-morale que le nihilisme anarchiste, le communisme ou les fascismes. Il nous met bien sûr avant tout en garde en signalant que « cet islamisme révolutionnaire ne se confond pas avec l’Islam, pas plus que la terreur jacobine ne recouvre l’histoire de l’idéologie républicaine en France » et même s’il ne nie pas les liens entre radicalité et présence musulmane il évite d’établir clairement un rapport de cause à effet entre l’une et l’autre : « Toutefois, c’est également une erreur de croire qu’il faudrait établir une séparation parfaitement étanche entre l’Islam révolutionnaire extrémiste et l’ensemble des musulmans de France. […] il est aussi faux de prétendre qu’il n’y a aucun lien sociologique entre le terrorisme de l’Islam révolutionnaire et la population d’obédience musulmane, même si le constat scientifique conduit à des conclusions « politiquement incorrectes » ».

Force est pourtant de constater que malgré les « constats scientifiques » et quelques allégations (très partiellement en réalité) « politiquement incorrectes », l’analyse de Monsieur Blot est dépourvue tant de clarté que de précision. Une approche sérieuse du terrorisme islamique ne peut commencer que par une définition de l’Islam en général, puisque même les analystes les plus modérés ou les plus partiaux du phénomène auraient la plus grande peine du monde à nier les liens entre la matrice religieuse et ses expressions théologico-politiques les plus radicales. L’auteur présente très justement les thèses du prédicateur islamiste Indo-pakistanais Al Mawdudi pour qui «l’islam  n’est pas du tout une religion au sens classique du mot » mais plutôt « une conception totale du monde, politique, religieuse, sociale, esthétique, morale etc. Ce n’est pas une construction intellectuelle mais une « interpellation », un appel à se mobiliser pour faire régner l’islam sur la terre entière. C’est donc un mouvement aussi affectif qu’intellectuel. ». Ce qu’il ne semble pas comprendre ou vouloir admettre en revanche c’est que cette définition, censée exprimer l’idéologie des seuls « islamistes révolutionnaires », décrit  magistralement la réalité de l’Islam en tant que culture (au sens spenglérien du terme) et Civilisation. Certes Monsieur Blot admet encore une fois que « La référence au Coran chez les djihadistes est en effet centrale. » mais pour lui l’élément le plus important qui façonne la physionomie du djihadisme islamiste est son aspect « révolutionnaire » : « Mais on oublie souvent l’autre terme essentiel : « révolutionnaire ». Cela veut dire qu’on a affaire à un mouvement totalitaire et d’une extrême violence […]. » Et à l’auteur de citer les Démons de F. Dostoïevski afin d’expliquer que le djihadiste partage la « psychologie » du révolutionnaire qui « libère ses pulsions agressives au point de pouvoir tuer sans le moindre remords […] justifie ses actions meurtrières par des raisonnements idéologico-religieux permanents […] » et « […] marginalise ses propres sentiments d’humanité et son sens moral dès lors qu’ils s’opposent à la cause révolutionnaire. ». L’Europe aurait déjà fait l’expérience de ce type de terrorisme avec les anarchistes du XIXe siècle, les bolcheviques et fascistes si bien que « l’islamisme révolutionnaire n’a de ce point de vue aucune originalité, sinon la motivation religieuse coranique. »

En pourtant cette différence « minime », constitue précisément l’originalité la plus grande et la plus significative du terrorisme islamique… En effet celui-ci loin d’être le fruit de tensions ou de contradictions sociales et historiques internes des sociétés européennes, constitue un article d’importation, un phénomène issu d’autres références que celles des mouvements révolutionnaires européens (en l’occurrence la matrice idéologique rousseauiste dans ses différentes variantes et adaptations historiques pour l’anarchisme, le communisme et le fascisme) et de populations culturellement autres et n’ayant probablement pas le même sens de l’humanité, de la morale ou du raisonnement que nous. D’où cette nouvelle et tout à fait inédite pratique du terrorisme islamique qui consiste à provoquer des carnages par des attentats aveugles et à viser indistinctement le plus grand nombre possible de victimes, contrairement à la logique ciblée des divers terrorismes historiques européens (anarchistes, nationalistes, indépendantistes ou même gauchistes) et de la violence politique classique en général. Le comportement des djihadistes n’est pas en réalité celui de révolutionnaires qui cherchent à « libérer le peuple » ou à « défendre l’ordre national et social » mais celui d’envahisseurs sévissant en pays ennemi où tout est à détruire et/ou à prendre ; et puisque Monsieur Blot aime bien les références historiques on voudrait lui rappeler que le terrorisme aveugle fut précisément le procédé tactique par lequel furent ouvertes les hostilités de la guerre de l’Algérie (considérée au début soit comme une émeute, soit comme une guerre civile larvée comportant un certain danger de partition), conflit toujours actif sur le temps historique long, d’autant plus qu’il est transféré sur le sol de l’ancienne métropole. N’est-il alors jamais passé par l’esprit de certains que, dans des conditions d’invasion de l’Europe et de grand remplacement suicidaire, ce type de guerre asymétrique pourrait être les prémices ou du moins le signe avant-coureur d’une guerre ethnique larvée en passe de devenir ouverte et généralisée ?

Un autre point sur lequel notre analyste n’est pas non plus d’une grande clarté ce sont les causes de l’apparition de cet « islamisme révolutionnaire » qui « ne serait sans doute pas apparu sans la mise en contact de la société occidentale moderne et d’un monde musulman sous-développé et s’estimant humilié par l’Occident. » Il en arrive même à considérer que finalement l’explosion de l’intégrisme musulman serait une réaction à la sécularisation de l’occident et au triomphe du matérialisme : « Le cœur du conflit n’est pas vraiment entre le christianisme et l’islamisme mais entre la société matérialiste déchristianisée occidentale (que le philosophe Heidegger appelle le Gestell utilitariste) et une interprétation puriste de l’islam (salafisme, wahhabisme). ». Cependant il serait très utile de rappeler également à Monsieur Blot que l’Europe chrétienne médiévale fut, malgré certaines périodes courtes, en guerre permanente avec le monde musulman (2), que le Wahabbisme est apparu dans un endroit qui n’a jamais connu d’emprise occidentale, que le salafisme s’appuie sur les plus grandes autorités de la théologie et de la jurisprudence musulmanes et que les populations chrétiennes d'Orient actuelles ont été réduites à l’état de minorités infimes bien avant leur tentative d’anéantissement total par l’État islamique et autres salafistes, ce qui constituait seulement le dernier acte d’un drame pluriséculaire dont le grand réalisateur fut l’islam et l’islam seul, dans toutes ses variantes ! D’autre part, sans vouloir nier l’impact négatif de l’emprise, des interventions ou de la colonisation occidentales au sein du monde musulman, il serait complètement absurde de prétendre que l’islamisme récent « ne serait sans doute pas apparu sans la mise en contact de la société occidentale moderne [...]» ou que « le modèle séculier individualiste occidental ne peut qu’entretenir l’islamisme et assurer sa résilience dans la mesure où il est à l’origine de l’apparition et de l’expansion de ce mouvement. », puisque l’histoire du monde islamique est une succession d’émergences de mouvements politico-religieux réformateurs et/ou messianiques prétendant redonner à l’islam sa vigueur et son éclat d’antan. Et sur ce point-là on pourrait encore consulter l’historien et politologue Nabil Mouline, qui semble être d’un avis assez différent de celui d’Yvan Blot : « À court terme, Daech peut apparaître comme le fils monstrueux de l’Arabie saoudite, et l’Arabie saoudite comme un Daech qui a réussi et s’est “routinisé”. Mais si l’on s’inscrit dans la longue histoire arabo-musulmane, on pourrait également y voir la banalité de l’exceptionnel. Aussi aberrant qu’il nous semble aujourd’hui, Daech est un mouvement messianique qui s’inspire des méthodes de conquête du pouvoir et des stratégies de légitimation d’une bonne partie des mouvements politico-religieux qui ont émergé en terre d’islam depuis le Moyen Âge. Des Daech, le monde musulman en a déjà connu beaucoup." (3)

Mais il y a pourtant un pays qui, contrairement à l’Occident décrépit et matérialiste, a réussi à affronter victorieusement le phénomène islamiste et qui nous offre de plus le paradigme de la bonne gestion des communautés musulmanes : « Pour l’instant le seul système qui semble avoir éteint cette révolution islamiste est le système russe. » La recette de cette réussite qui gagna l’admiration de Monsieur Blot avait consisté en l’écrasement de la rébellion tchétchène avec une puissance de feu disproportionnelle, l’établissement d’une bonne entente avec un pouvoir local (fantoche) et un soutien technique et financier constant (méthode du bâton et de la carotte ou comment racheter la mafia tchétchène) à la reconstruction du pays : « la Russie a passé un accord avec le nouveau président tchétchène Ramzan Kadyrov sur la base suivante : aide financière considérable, notamment pour la reconstruction de la capitale Grozny, et liberté de culte totale pour les musulmans avec lois spécifiques dans l’État fédéré de Tchétchénie. En échange, soumission complète à l’autorité fédérale russe et enseignement du patriotisme russe à tous les niveaux ». Blot en arrive même à se féliciter du fait que « des Tchétchènes combattent à titre privé avec les armées des républiques autonomistes du Donbass en Ukraine. », preuve parmi d’autres, selon lui, de la grande réussite de la stratégie de Poutine. Ce monsieur n’a apparemment aucun doute sur les motivations réelles des mercenaires islamistes tchétchènes (ô pardon, volontaires musulmans, anciens islamistes repentis et patriotes grand-russiens fraîchement éclairés) que le pouvoir corrompu et mafieux de Kadyrov a mis à la disposition de ses partenaires de Moscou pour le sale boulot en Ukraine de l’est… Il a bien sûr le droit imprescriptible d’admirer le système de « pacification » russe en Tchétchénie et d’en penser tout le bien qu’il veut, mais l’acceptation inconditionnelle des versions médiatiques russes et leur exaltation quasi stalinienne est une preuve, quoi qu’il en soit, d’un manque de discernement gravissime ou d’une malhonnêteté intellectuelle et d’un parti pris trop flagrants. Ce qui est surtout très intéressant chez lui c'est l'exaltation inconditionnelle de la politique de Poutine avec la proposition simultanée d'un modèle intégrationniste "patriotique et spirituel" destiné aux populations musulmanes issues de l'immigration qui résident en France. Dans cet article consacré au terrorisme musulman et aux moyens de l’enrayer, la référence au cas russe a en fait valeur de paradigme puisque « La Russie n’a pas misé sur la « laïcité » mais sur la religion, islam en Tchétchénie et orthodoxie sur l’ensemble du territoire fédéral. » et qu’ « Elle a surtout misé sur le patriotisme comme force effective de rassemblement national et de promotion d’un idéal pour tous, et notamment pour la jeunesse. » M. Blot souhaiterait ainsi un projet similaire pour la France qui devrait proposer « un idéal patriotique et spirituel aux populations musulmanes déracinées. » « […] un idéal qui rassemble : c’est ce que fait aujourd’hui en Russie le patriotisme. »

Dans son grand enthousiasme pour ce modèle ingénieux, dont les mérites, soit dit en passant, nous paraissent plus que douteux, Yvan Blot ne s’est évidemment pas aperçu de l’ampleur des différences entre la Russie et la France : les Tchétchènes sont un peuple autochtone, homogène, en nombre relativement limité, enraciné sur un territoire périphérique et participant en tant qu’entité territoriale à une structure fédérale, alors qu’en France nous avons des populations immigrées déracinées, aux origines multiples, en grand nombre, à une démographie galopante et résidant dans un État centralisateur et jacobin, allergique à toute idée de fédéralisation, ne serait-ce qu’à l’égard de ses propres régions et identités locales ! Ainsi la solution serait-elle la mise en place par l’État français d’un « patriotisme pour tous » (sic) et d’une identité spirituelle basé à la fois sur le catholicisme et l’islam (un islam modéré, « français », des Lumières ?) ? Cela paraît tout à fait impossible vu que les racines de la France ne sont pas « autant musulmanes que chrétiennes » et que celle-ci serait, normalement, peu disposée à permettre la création sur son sol (à moins de s’y voir forcée) d’éventuelles entités territoriales « avec lois spécifiques (lesquelles ? La charia appliquée au niveau local ?) dans l’État fédéré ». Le fédéralisme fut précisément rejeté tant par la France des Bourbons que par la France révolutionnaire, bonapartiste et/ou républicaine (qui par ailleurs n’a jamais fait preuve de tendresse particulière vis-à-vis des revendications culturelles des Bretons ou des Basques)…

On doit pourtant reconnaître à Monsieur Blot le mérite de rester, malgré toutes ses contradictions, fidèle à lui-même : il croit toujours au vieux bon modèle intégrationniste ; mu par un vieux réflexe bourgeois, il préfère critiquer la « tentation révolutionnaire » plutôt que de se rendre à la réalité et envisager des solutions plus claires, réalistes et efficaces. Il croit que « les traditions sont toujours le meilleur rempart contre la tentation révolutionnaire » mais il omet de préciser de quelles traditions il s’agit et, dans le cas qui nous occupe, d’examiner si un « idéal patriotique et spirituel pour tous » est possible à fabriquer à partir de traditions complètement antithétiques et incompatibles. Son modèle, c’est en réalité le mème modèle assimilationniste et intégrationniste qui échoua dramatiquement en Algérie et dont l’échec en métropole risque d’amener le peuple français dans les heures véritablement les plus sombres de son histoire ! On conviendra, bien sûr, que « l’idéal occidental est purement formel et froid (laïcité, droits de l’homme) », et c’est justement pourquoi nous le désavouons et le combattons, mais on ne peut pas oublier non plus que le mot patrie signifie terre des ancêtres et qu’un peuple n’est jamais un agrégat d’individus unis entre eux seulement par des « idéaux » artificiels. Que devrait-on voir alors dans ce « patriotisme pour tous » ou ces « idéaux », sinon le recyclage d’un universalisme occidental éculé, dont les nouvelles versions « spirituelles et patriotiques » seraient à la vérité aussi « purement formelles et froides » que celles dans lesquelles il a déjà été appliqué ?

Le cas d'Yvan Blot donne surtout raison à l'analyse qui considère le modèle russe comme une version alternative (folkloriquement patriotique et spirituelle) de l'universalisme occidental et l'influence politique russe comme un facteur nullement favorable à la stratégie de la remigration. La droite libérale-conservatrice et plus récemment souverainiste, contre laquelle Dominique Venner s'était inlassablement battu dans sa jeunesse, demeure aujourd'hui plus que jamais un leurre et un obstacle majeur face au combat radical pour une Europe libre et fidèle à ses racines et son identité profonde!

Pour notre part, face aux solutions impossibles, nous soutenons plus que jamais celle de la remigration, comme la seule réaliste et la plus viable. Et en cela nous avons des sources puissantes d’inspiration et de clarté qui, hélas, sont actuellement en passe de glisser dans l’oubli ou d’être « édulcorées »:

« Parmi tous ses enseignements elle [la guerre d’Algérie] montre aussi que l’impensable peut, contre toute atteinte, advenir. Vers 1960 et au-delà l’impensable, c’était l’expulsion du million de pieds-noirs d’Algérie. Personne ne l’avait imaginé, pas même le général De Gaulle. Pourtant cela eut lieu en application du précepte « la valise ou le cercueil ». L’impensable c’était aussi, dans les décennies qui ont suivi l’indépendance, l’arrivée de plusieurs millions d’Algériens en France. L’impensable, aujourd’hui, c’est, par exemple, le retour chez eux de ces Algériens et d’autres immigrés africains. Retenons du passé que l’impensable peut, un beau jour, devenir réalité. » Dominique Venner (4)

Basile Cérialis / C.N.C.

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(1) « Italie :’’Nos années de plomb’’ » pages 45-50 de la Nouvelle Revue d’Histoire, Hors-série No 13 Automne-Hiver 2016

(2) Avant le déclenchement des Croisades, l’Empire gréco-romain de Constantinople avait vécu en situation de guerre quasi permanente avec le monde musulman, surtout dans ses thèmes (circonscriptions militaires et administratives) anatoliens où les conflits étaient sans répit.

(3) Nabil Mouline L’Obs n° 2692 du 9 juin 2016

(4) Nouvelle Revue d’Histoire, numéro 8, septembre-octobre 2003, « La guerre d’Algérie est-elle terminée ? »

 

30/12/2016

Chronique de livre : Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde

 Chronique de livre : Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde

petit traité.jpgSylvain Tesson a 33 ans en 2005 lorsqu'il publie son Petit traité sur l'immensité du monde aux Éditions des Équateurs. La plume de notre géographe-aventurier est déjà de qualité et on laisse notre regard cheminer sur les pages comme l'auteur trace son chemin dans les immensités sibériennes, sur les cathédrales françaises ou dans l'altitude tibétaine. « Quelle que soit la direction prise, marcher conduit à l'essentiel. » et l'ouvrage, assez court (167 pages), également ; abordant non seulement l'esprit du vagabondage mais aussi des réflexions autour d'éléments plus concrets comme le bivouac. Un bémol toutefois, l'auteur semble un peu trop pétri de certitudes sur un grand nombre de sujets et certains propos de ce Petit traité ... contrastent avec ceux tenus récemment dans son dernier ouvrage Sur les chemins noirs dont on connaît le contexte et qui dénote une plus grande maturité.

Sylvain Tesson exalte un goût de vivre, une soif de l'aventure et se fait le chantre d'un nomadisme romantique aux confins du monde. Il cherche à fuir la laideur du monde moderne, et on le comprend. Relatant de nombreuses expériences vécues il exhume dans le quatrième chapitre la figure du wanderer de Goethe mais également celle de l'Anarque jüngerien, ce qui n'est pas pour me déplaire. Qu'est-ce que le wanderer ? Le vagabond romantique allemand du XIXeme siècle qui chemine sans savoir où il va dormir le soir même avec son « âme ouverte à tous les vents ». Une figure qui refusait en quelque sorte les bouleversements issus du XVIIIeme siècle : sacralisation de la propriété, rationalisme scientifique, aménagement du territoire, refoulement de la nature sauvage.

En romantique, Tesson fait aussi l'éloge de la poésie : « Sur la piste, pour combattre le vide, il y a la poésie ! Le vagabond peut réciter des vers inépuisablement. La poésie remplit les heures creuses. Elle entretient l'esprit et gonfle l'âme. Elle est un rythme mis en musique. » Mais d'une poésie qui s'adapte à la géographie puisqu'il sélectionne les auteurs en fonction du terrain : « Péguy sur la plaine, arasée, Hugo dans le marais, Apollinaire en altitude, Shakespeare dans la tempête, Norge quand je suis saoul. » ce qui constitue en effet une alternative intéressante aux chansons scouts et autres chants militaires.

Mais pourquoi vagabonder, marcher, s'aventurer, voyager ? Parce que « ouvrir les yeux est un antidote au désespoir » et parce que « Voyager, ce n'est pas choisir les ordres, c'est faire entrer l'ordre en soi. ». Etant moi-même randonneur, tout cela me parle, même si je suis en désaccord avec Tesson lorsqu'il considère que la marche n'a pas à régler nos questionnements existentiels. Voilà d'ailleurs une de ses certitudes battues en brèche par sa chute et ses chemins noirs... Il n'y a pas simplement une seule façon d'aborder l'aventure et la marche. L'ouvrage de Tesson fait écho par certains points au récit d'Erik L'Homme dans Des pas dans la neige, pas seulement parce que le Petit traité... évoque le yéti qui nous rappelle l'homme sauvage, mais parce qu'il y a ici une démarche et une expérience de vie, un regard face à l'existence qui se rapproche. Pourtant là où Erik L'Homme n'hésite pas à dire que chaque pas nous rapproche de nous-même, on ressent un peu chez Tesson une volonté quasi ascétique de s'éloigner de soi-même.

Ce Petit traité... est un essai riche, à lire au moins une fois et à emmener avec soi lorsqu'on se décide à affronter les plaines et les forêts, ou à escalader les parois qui se dressent face à nous, y compris dans notre existence.

Jean / C.N.C.

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Sur le même thème :

Chronique de livre : Sylvain tesson, Sur les chemins noirs

Chronique de livre : Erik L'Homme, Des pas dans la neige

Chronique de livre : Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

 

29/12/2016

Michel Déon, bien au-delà des Hussards…

Michel Déon, bien au-delà des Hussards…

michel déon.jpgL’écrivain et académicien Michel Déon s’est éteint hier, à l’âge vénérable de 97 ans et après avoir offert plus de 40 romans à la littérature française dont il restait l’un des plus élégants et brillants représentants.

Maurrassien, ancien secrétaire de rédaction de l’Action Française, Michel Déon n’était pourtant pas un esprit très politique, mais bien plus un romantique, un aventurier et un rêveur. Il se plaisait d’ailleurs à entretenir des amitiés et des centres d’intérêts dépassant les clivages idéologiques et les sectarismes partisans. Il était beaucoup plus sensible à la qualité humaine qu’aux étiquettes politiques et aimaient les hommes droits, fidèles, courageux et sensibles aux beautés comme aux failles du monde.

Si l’histoire retiendra son appartenance au fameux groupe des « hussards », en compagnie de Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin, il se plaisait lui-même à expliquer le caractère largement artificiel et ponctuel de ce « rapprochement ». Il n’aimait pas se sentir enfermé dans ce « concept » idéologico-publicitaire assez largement adolescent. Il aura même, à la fin de sa vie, des mots très durs sur la qualité littéraire et la pérennité de l’œuvre du dandy Nimier.

Au-delà de son œuvre, considérable, empreinte tout à la fois de fougue et de mélancolie, Michel Déon était également de ces hommes que l’on dit avec tristesse et nostalgie « d’un autre temps ». Cultivé, courtois, amical, élégant, frondeur… Très français, peut-être trop, ce qui peut expliquer son exil irlandais lui permettant d’échapper au spectacle de la déréliction et de la déliquescence de sa patrie tant aimée…

A l’occasion d’un numéro de la petite revue littéraire que je l’ai plaisir de co-animer avec le camarade Patrick Wagner, « Livr’arbitres », nous l’avions contacté pour solliciter un texte de sa main. Il s’était montré d’une grande disponibilité et d’une extrême amabilité… Depuis lors, il était devenu un « ami » de la revue et nous adressait régulièrement ses encouragements, ses conseils et ses vœux… J’avais bien évidemment été très touché par cette attitude et cette bienveillance qui contrastent tellement avec la morgue et la frénésie narcissique que l’on croise désormais si souvent chez les jeunes écrivaillons qui, après avoir publié deux autofictions pour trentenaires dépressives, se prennent pour des génies littéraires et ne rêvent que de passages chez Laurent Ruquier pour vendre leur soupe et baiser des fans... Autre temps, autres mœurs… Et c’est en faisant ce constat amer que l’on ressent encore plus douloureusement la disparition du grand écrivain.

Le meilleur moyen de lui rendre hommage, c’est bien sûr d’honorer sa mémoire à travers ses livres qu’il faut lire, relire et faire découvrir aux plus jeunes générations, en commençant peut-être par « Les poneys sauvages » ou le merveilleux « Je vous écris d’Italie ».

Xavier Eman / C.N.C.

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28/12/2016

Chronique de livre : Richard Dawkins, Le gène égoïste

Chronique de livre : Richard Dawkins, Le gène égoïste

dawkins.jpgÀ l'occasion de la sortie de l’édition anniversaire fêtant les 40 ans du livre Le Gène égoïste, le Cercle Non Conforme souhaite vous présenter un des ouvrages de biologie les plus controversés/commentés, trônant parmi les volumes scientifiques les plus vendus de tous les temps. Celui-ci traite de l’évolution des êtres vivants et s’inscrit dans la lignée du néo-darwinisme. Son auteur, Richard Dawkins est devenu célèbre en grande partie grâce à ce succès de vente. Anglais d’origine, ce biologiste et éthologue à l’accent mélodique, a passé une partie de sa carrière à la prestigieuse université d’Oxford et a reçu de nombreux prix internationaux pour ses travaux. L’adjectif « vulgarisateur » qui lui est souvent accolé ne lui est pas usurpé, il faut lui reconnaître un véritable talent pour promouvoir ses idées1.

Richard Dawkins s’est aussi illustré dans l’athéisme militant, participant notamment à des émissions télévisuelles contre des religieux, dans la réalisation de documentaires2, ou encore en étant à la tête de sa propre fondation. Il a écrit Pour en finir avec Dieu (en anglais : « The God Delusion ») qui mériterait que l'on se penche dessus dans une autre chronique pour son côté « SJW de l’athéisme » et sa résonance mondiale. En outre, l’auteur nous gratine de ces réflexions libérales3 (au sens anglo-saxon) que je perçois arrogantes sur la société et la politique en général. L’exemple récent, assez révélateur, est sa réaction à l’élection de Donald Trump et au BREXIT4, parlant de « bigoterie redneck » et d’électeurs « sans éducation » et « anti-intellectuels ». La science étant désormais associée directement à la vérité, on n’hésite pas à dire n’importe quoi en l’utilisant comme bouclier de nos jours. Je lui donne raison sur un point, les mauvais électeurs sont anti-intellectuels. L’intellectuel de gauche (pléonasme) ne passe plus son temps qu’à accompagner le mouvement du capital globalisé et à reformater les temps de cerveaux disponibles selon la ligne du Parti informe au nom de la lutte contre – insérez la bête immonde adéquate. Il s’est coupé du peuple pour délirer dans le concept et mieux lui cracher dessus ; le déclassé de la mondialisation ne peut pas aimer un VRP des plus zélés du système qui le détruit. En lisant cela, certains internautes pourraient rebrousser chemin. Je vous rassure, Dawkins traîne, certes, des facéties critiquables, il n’en demeure point un crétin et ne s’étend que peu sur les thèmes susnommés dans la présente œuvre chroniquée.

Avant de poursuivre, soyons clair, l’auteur de ces lignes n’est pas un expert en biologie et n’a pour arme qu'un peu d’esprit critique et d’intérêt pour les domaines de la connaissance en général. Mon but ici n’est pas de confirmer/infirmer la théorie du gène égoïste, de vous donner une réponse définitive sur le sujet mais plutôt de piquer votre curiosité. Je crois fermement qu’il subsiste des sujets qui ne peuvent être explorés dans un texte de 1.000-1.500 mots. Je me tiendrai ici à exposer les lignes de force qui structurent Le Gène égoïste et mes points d’étonnement. Pour le reste, vous y travaillerez.

Le Gène égoïste est une tentative de réponse à une question fondamentale qui traverse le darwinisme : « Quelle est l’unité de la sélection naturelle ? ». Pour notre scientifique favori, ce n’est ni l’espèce, ni le groupe, ni l’individu mais le gène. Il demeure l’unité de sélection du vivant parce qu’il réussit à combiner trois caractéristiques : longévité, fécondité, fidélité de duplication. Mais qu’est-ce qu’un gène me dirait vous ? Ici, si vous avez entrepris des études de S.V.T. au lycée, oubliez la définition scolaire ; on y emploie souvent le gène indistinctement du cistron, morceau d’ADN codant une protéine particulière. Ici c’est un bout d’ADN de taille variable, se situant entre le chromosome et le cistron. Plus il est grand, plus il a de chances d’être détruit à la prochaine méiose à cause de la redistribution génétique.

Les gènes sont immortels bien qu’ils ne survivent que quelques semaines dans leurs cellules. Ses fidèles copies de lui-même lui donnent l’occasion de transcender sa mortalité. En tant qu’individus, nous ne sommes que temporaires ; les populations peuvent se mélanger, les gènes demeurent. Le rôle des êtres vivants pour le gène n’est que celui de véhicule.

N’entendez pas, par ailleurs, le terme égoïste dans son sens classique. Il est opposé à celui d’altruiste : est considéré égoïste ce qui augmente ses chances de survie aux dépens des autres ; est considéré comme altruiste l’inverse. Dans le cas du gène, il favorise sa copie au détriment des autres. Cet égoïsme du gène transparaît à tous les niveaux des êtres vivants notamment avec la notion de stratégies évolutivement stables (SES), la théorie du jeu appliquée à l’évolution. Au vu de l’importance de la théorie du jeu pour la pensée économique libérale et le contexte politique de la sortie du Gène Égoïste (arrivée au pouvoir de Thatcher et Reagan dans les années 70), on comprend pourquoi le livre a été taxé de porte-parole du darwinisme social et de l’ultra-libéralisme. Le livre, pourtant, ne donne pas l’occasion de statuer sur ces questions humaines. Il s’attache juste à mathématiser les choix des gènes pour, par exemple, mieux expliquer l’altruisme chez les individus qui partagent un patrimoine génétique très proche (théorie de la sélection des parentèles). Cette mathématisation ne doit pas choquer, après tout comme l’expliquer Dawkins, qu’elle soit consciente ou non, elle est présente, il suffit de regarder la forme en spirale d’une coquille d’escargot5.

Le chapitre nommé « la bataille des sexes » est passionnant. Il étaye entre autres l’émergence du sexe mâle et femelle. N’en déplaise à « Jean Bourdieu », étudiant moyen en fac de sociologie, la différenciation sexuelle est une réalité factuelle, lui qui nous assomme de sa vulgate en mode automatique : « La nature, cette sale construction sociale des classes dominantes blanches hétérosexuelles cisgenres qui oppressent les oppressés du capital ». Tel qu’il est, le livre ne cherche pas à résoudre la question : « Nature ou culture ?». Les gènes sont juste un paramètre dans l’équation de l’être humain, pas l’unique déterminant de ses comportements.

Parlons-en de cette influence. Les gènes dirigent leurs hôtes indirectement. Ils leur fournissent les outils et des règles générales basiques à suivre afin de survivre dans des environnements imprévisibles. Ces instructions peuvent prendre cette forme : « Si quelque chose a un goût sucré, manges-en, c’est bon pour toi ». Bien sûr, le code n’est pas écrit dans un langage humain comme ici et peut être contourné : la surabondance nocive du sucre dans nos sociétés n’était pas prévue dans le plan.

D’autre part, il est à noter qu’un gène n’a de sens qu’en relation avec d’autres gènes. Ainsi, un gène codant des dents effilées et tranchantes est peut-être un bon gène pour un carnivore, mais est inadapté pour un herbivore qui a besoin de dents plates. Cette notion de complémentarité peut sembler paradoxale avec celle d’égoïsme. Le volume regorge d’exemples de cette lutte de forces contradictoires dans la nature.

Dawkins est un écrivain virtuose, il mélange avec habileté : un détachement scientifique, une passion rare et une pincée d’imagination. Je me suis montré sévère avec Dawkins au début de l’article, parce que le livre est un vrai bijou et il me peine de voir une personne aussi talentueuse gaspiller parfois son énergie. Il communique ses idées et celles de ses confrères brillamment : il laisse beaucoup de places à tous ces chercheurs inconnus du grand public qui ont façonné sa pensée. Malheureusement, aussi génial qu’il soit en tant qu’auteur, je doute qu’il puisse nous expliquer clairement le fonctionnement du système administratif français. Il reste des choses seulement accessibles à Dieu6

Il est impossible de parler de l’intégralité du livre dans une chronique, je conseille donc le livre à tous les curieux. Je le recommande particulièrement aussi à tous ceux qui défendent des positions créationnistes/antiévolutionnistes. Des positions qu’on ne voit bizarrement (ou pas) que chez les islamistes, la « dissidônce » et les catholiques intégristes. Pour moi cela revient à défendre l’idée que la terre est plate. Malheureusement, la parure d’antitout et l’œcuménisme sont à la mode. Ces comportements expliquent en partie l’athéisme militant de Dawkins. Il est dommage qu’il ne s'en prenne pas à l’obscurantisme progressiste qui nie les réalités biologiques (manque de courage ?). Quelle que soit sa formation originelle, son milieu, toute personne doit éviter de s’échapper du réel, le principe de réalité doit être préféré. Si quelque chose contredit le modèle, il nous impose de le modifier, plus difficile à dire qu’à faire.

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

1 Le terme « promouvoir » peut sembler péjoratif. Je ne cherche pas à donner de jugements sur la véracité des idées ici, je reconnais uniquement son talent à les diffuser dans le réseau humain.

2 Tout ce qu’il a fait à la télévision n’était pas que dans le but de promouvoir l’athéisme.

3 Ce qui entraîne des contradictions chez lui, mais j’y reviendrai si j’ai le temps dans une autre chronique.

4 https://www.scientificamerican.com/article/richard-dawkins-and-other-prominent-scientists-react-to-trump-rsquo-s-win/?wt.mc=SA_Twitter-Share

5 Pour les snobs marxiens superficiellement contre le monde de la quantité, la baisse tendancielle du taux de profit de Karl Marx, ce sont des maths ou pas .

6 Dawkins n’approuve pas cette blague.

 

Bonus : Laurent Obertone sur le gène égoïste


 

21/12/2016

Chronique de livre, Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

Chronique de livre, Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

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Le regard des princes à minuit est un ouvrage atypique et singulier d'Erik L'Homme dans un esprit toutefois assez proche de ses aventures au Pakistan, Des pas dans la neige. Destiné à de vieux ados ou à de jeunes adultes, il cherche à travers une série de nouvelles de proposer une voie pour une nouvelle chevalerie dans un monde, le nôtre, qui en est l'antithèse. Promouvant une philosophie à la fois libertaire, vitaliste et enracinée, cet ouvrage est assez déroutant dans le fond comme dans la forme.

L'auteur met en parallèle des extraits d'un roman de chevalerie d'un certain Cosme d'Aleyrac, les Sept Bacheliers ou l'Epreuve périlleuse, rédigé en 1190 et adressé aux futurs chevaliers avec des récits inventés par l'auteur mettant en scène de jeunes adultes. Le sabotage d'un relais télévisuel, l'ascension de Notre-Dame de Paris, une danse polonaise endiablée sonnant comme une ode à l'amour courtois, des bagarres clandestines à la Fight Club et bien d'autres aventures endiablées permettent aux différents protagonistes de contester le monde orwellien dans lequel nous vivons, de se sentir libre, de vivre vivant, d'être les dignes représentants d'ordres de chevaleries contemporains, un peu loufoques, mais tellement nécessaires. Le récit est très touchant bien que parfois un peu brouillon, et le roman de chevalerie d'une grande noblesse.

Le regard des princes à minuit est un livre qui incite nos jeunes à affronter leurs peurs, à repousser mais aussi à accepter leurs limites, à agir avec courage, à respecter les femmes ainsi que leur histoire. Il les pousse à se questionner sur eux-mêmes. « Qui es-tu ? Qu'as-tu fait ? Que feras-tu ? » demande ainsi le vieillard-magicien au bachelier Clivelon. A cet période charnière de la vie où se manifeste souvent une crise du sens et une recherche de soi dans le supermarché des valeurs de la post-modernité, cet ouvrage permet à certains jeunes de hiérarchiser les valeurs, de déterminer ce qui est le vrai, bon et juste, ce qui est légitime et dans quel environnement culturel ils sont nés au-delà de la société de consommation et de l'uniformisation mondiale. Erik L'Homme y défend la liberté, si importante dans notre civilisation depuis les cités grecques, mais aussi la loyauté, le courage et surtout l'exigence de vérité. Merlin dit à Arthur : « Je vais te dire quelle est la plus grande vertu. C'est la vérité. Voilà, oui, il faut la vérité avant toute chose. Quand un homme ment, c'est une part de notre monde qu'on assassine. ». Orwell quant à lui écrivait que « dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ». Un homme droit ne peut pas tricher, ni avec lui-même, ni face aux autres. La fin de l'ouvrage est d'ailleurs limpide : « Tu as été choisi parce qu'on t'a senti capable de déceler le vrai du faux, capable de suivre ta propre voie au fil de cette quête essentielle. »

Petit précis d'une vision existentialiste et poétique de la vie où ce qu'on accomplit a plus d'importance que tout, cet ouvrage est à placer entre les mains des cœurs purs en devenir. Il les convaincra sûrement de vivre leur existence comme une quête, une quête dont le Graal leur échappera peut-être toujours. Mais le Graal n'est-ce pas au fond de se connaître soit même? Le socratique "Connais toi toi-même" était écrit sur le fronton de Delphes et c'est derrière cette quête que se cachent toutes les grandes aventures. Erik L'Homme expliquait bien dans Des pas dans la neige qu'à défaut d'homme sauvage, c'est soi-même qu'on trouve dans un tel périple. Dans des temps angoissants ou la houle ballotte une jeunesse dépossédée d'elle-même, il est plus que nécessaire de bâtir des amers. Des lumières peuvent encore scintiller dans l'obscurité des temps contemporains, à nous de les aider à s'allumer pour donner à nos jeunes le goût de vivre, le goût de l'aventure et le goût de la connaissance.

Plaidoyer pour la lecture et pour les livres, il n'est pas encore trop tard pour le mettre au pied du sapin et pourquoi pas susciter des vocations de poète-aventurier chez les ados de votre entourage.

Jean / C.N.C

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