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03/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur les Mers et océans

Que Charles Baudelaire a raison de vanter les Hommes libres qui toujours chériront la mer. Eléments consubstantiellement étrangers à l'animal terrestre qu'est l'être humain, les mers et océans n'ont de cesse que de refuser de se laisser apprivoiser. Les mythologies regorgent de récits dans lesquels la Nature reprend ses droits. Ainsi de Poséidon, Dieu des mers et océans, coupable de furieuses colères. De même, les récits de raz-de-marée et de cités englouties comme l'Atlantide font se sentir l'Homme vulnérable face à l'imprévisibilité de l'élément aquatique. Elément prédominant tel que l'indique la Genèse, élément destructeur tel qu'elle apparaît dans le Déluge, la mer revêt des attributs similaires dans les religions monothéistes. Le combat entre l'homme et les mers et océans apparut dès l'organisation des premières sociétés humaines établies sur les côtes. Tout à la fois objet d'émerveillement et de terreur, l'imaginaire voyait ces vastes étendues mouvantes peuplées de créatures monstrueuses. Mare incognita, les mers furent longtemps considérées comme des fins du monde, à plus forte raison avant la révolution galiléenne affirmant la sphéricité de la Terre, amorcée par Pythagore dès le 5ème siècle avant Jésus-Christ. Les rapports de l'homme à la mer évoluent au fur et à mesure des améliorations des techniques de navigation. Au cabotage succèdent les grandes traversées maritimes. S'il est un fait acquis aujourd'hui que Christophe Colomb ne mit les pieds sur le continent américain que de nombreux siècles après les Vikings, l'anthropologue Jacques de Mahieu va plus loin en indiquant que les Hommes du Nord descendirent jusqu'en Amérique du Sud, et furent, avant eux, devancés par les Troyens. Ce sont néanmoins les Grandes découvertes qui modifièrent radicalement la perception de l'Homme aux territoires maritimes ou "merritoires" pour reprendre l'expression du géographe Camille Parrain. Indéniablement, les Grandes découvertes confirment de la manière la plus empirique la sphéricité du globe terrestre. Mais on ne dompte jamais les océans, quand bien même on les traverse. Sans évoquer les furieuses et meurtrières batailles navales des Guerres du Péloponnèse à Guadalcanal, en passant par Lépante, la mer demeure un danger constant que ne vaincra aucune technologie. Nombreuses sont les fois lors desquelles La Mer n'a pas voulu..., pour reprendre le titre de l'un des ouvrages trilogiques de Saint-Loup. L'écrivain-guerrier qui écrit justement que "Maintenant que des milliers de plaisanciers découvrent la mer, et particulièrement la navigation traditionnelle à la voile, avec plus de bonne volonté et d'enthousiasme que d'expérience, nous voyons que si les amateurs ont multiplié les bêtises de tout ordre, l'Océan n'a pas voulu en prendre acte et leur a fait crédit. " Alain Colas sur Manureva, Loïc Caradec, Eric Tabarly, mais encore Daniel Gilard, co-équipier d'Halvard Mabire, même des navigateurs parmi les plus expérimentés ne revinrent pas de leur long voyage. L'Homme ne prend jamais tout à fait la mer... Nombreux furent les peintres, écrivains et poètes à rendre hommage à la mer à travers leur art. Les cinéastes ne furent en reste et ne manquèrent pas de s'inspirer justement de Daniel Defoe, Jules Verne ou Michel Tournier. Plongée, c'est le cas de le dire, dans sept films de ce genre cinématographique.

 

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ALL IS LOST

Film américano-canadien de Jeffrey C. Chandor (2013)

Traverser les océans n'est pas sans danger. Tandis qu'il traverse en solitaire l'Océan indien, un navigateur découvre à son réveil que la coque sur tribord de son voilier de douze mètres a été éventrée lors d'une collision avec un container à la dérive. Privé de radio et de tout matériel de navigation, le monocoque est pris dans une furieuse tempête. C'est de justesse que le navigateur expérimenté survit. Notre marin n'en est pas pour autant tiré d'affaire. L'océan est infesté de requins et les réserves alimentaires fondent à vue d'œil sous un Soleil implacable. Seuls un sextant et quelques cartes marines permettent au navigateur de tenter de gagner une voie de navigation empruntée par des cargos et demander de l'aide...

Un seul acteur et aucun dialogue, si l'on fait exception de quelques jurons bien compréhensibles, au cours d'une centaine de minutes qui illustrent huit jours de naufrage. Un seul acteur dont on ne sait rien. Seulement, devine-t-on l'existence d'une famille à l'aide d'une photographie. Chandor séquestre le spectateur sur le monocoque malmené en ne procédant à aucun flash-back, ni scène extérieure à l'embarcation. Un tel exercice de style peine évidemment à tenir le spectateur en haleine tout au long de l'œuvre et l'on peut reprocher un certain manque d'intensité dramatique. Un seul acteur donc, mais c'est Robert Redford, monstre redoutable du cinéma, qui réalise une grosse performance scénique à 77 ans. Le film n'en est pas moins plaisant.

 

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LE CRABE-TAMBOUR

Film français de Pierre Schoendoerffer (1977)

Quittant Lorient, l'escorteur d'escadres Jauréguiberry est chargé d'assister des chalutiers de pêche sur les bancs de Terre-Neuve pour sa dernière mission avant démilitarisation. Au cours de la traversée, le commandant, le médecin-capitaine et le chef mécanicien se remémorent Willsdorff, dit le Crabe-Tambour, un personnage qu'ils ont côtoyé naguère tandis qu'il participait aux guerres d'Indochine et d'Algérie. Partisan du maintien de l'Algérie française, le Crabe-Tambour avait rejoint les rangs de l'Organisation de l'Armée secrète. Préférant le légalisme à la clandestinité, le commandant avait été contraint de manquer à sa parole et rompre le contact avec le Crabe-Tambour, aujourd'hui patron de l'un des chalutiers escortés. Si proches après tant de temps. Et pourtant, les mauvaises conditions météorologiques empêchent le commandant de saluer l'ancien O.A.S. en personne. Le cancer du poumon qui condamne le commandant à une mort imminente est bien peu de choses face aux tourments de sa trahison à l'égard de Willsdorff...

A-t-on besoin de présenter ce splendide drame de la Marine militaire ? Il est un crime de ne pas l'avoir vu. Cinéaste militaire par excellence, Schoendoerffer ne laissa le soin à personne d'adapter à l'écran son propre roman, inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume qui participa d'ailleurs au tournage comme conseiller technique. Un film à l'ambiance mortifère dans lequel la Grande faucheuse rode, prête à enlever les soldats tourmentés à jamais que la France a trahi. Eux qui avaient choisi De Gaulle plutôt que leur idéal et prendre les armes au sein de l'O.A.S. Une part d'eux-mêmes est morte en Algérie et les tourments de l'honneur, bafoué ou manqué, hanteront leurs nuits jusqu'à leur dernier souffle. Quelques critiques bien-pensants se sont étranglés du portrait nostalgique et nationaliste de la France coloniale puissamment interprété par Jean Rochefort, Claude Rich, Jean Perrin et Jacques Dufilho, qui rivalisent d'une souveraine sobriété. Adieu Vieille Europe, que le Diable t'emporte ! Un chef-d'œuvre !

 

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THE DISCIPLE

Titre original : Lärjungen

Film finlandais d'Ulrika Bengts (2013)

L'été 1939, âgé de treize ans, Karl Berg débarque sur la petite île déserte de Lågskär, perdue en pleine mer Baltique, afin d'être l'apprenti du gardien du phare, Hasselbond, accompagné de son épouse et de ses deux enfants. Jugé trop jeune, le gardien refuse son enseignement à l'apprenti, pourtant bien contraint de demeurer sur l'île, le bateau désormais reparti. Karl va s'échiner à se lier d'amitié avec Gustaf, le souffre-douleur et fils de Hasselbond. Karl se révèle entreprenant et dégourdi et est progressivement accepté du gardien-tyran, au point que ce dernier commence à favoriser l'apprenti à son propre fils. L'amitié entre les deux jeunes garçons se double bientôt d'une forte rivalité. Par-dessus tout, Hasselbond interdit tout mensonge dans son entourage. Mais lui-même ne semble pas exempt de reproches...

Un huis clos à ciel ouvert ! Aussi paradoxale que puisse paraître cette assertion, c'est bien ce tour de force que réalise la réalisatrice en situant son intrigue sur une minuscule île des 6.500 sauvages îles Aland, situées au beau milieu de la Baltique, dont la Suède et la Finlande se disputaient la souveraineté. La Société des Nations mit un terme au conflit en attribuant l'île à la Finlande malgré que le dialecte parlé par la maigre population soit rattaché au suédois. Mais parlons plutôt du film pour indiquer que Bengts dresse de magnifiques portraits de chacun de ses personnages vivant sous l'emprise d'un ombrageux gardien de phare dont la vie est dédiée au seul exercice de sa profession. Le film est intégralement filmé en lumière naturelle, offrant à la réalisation un caractère diaphane des plus envoutants. Il est également servi par un époustouflant trio d'acteurs principaux. Un bijou froid.

 

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FIDELIO, L'ODYSSEE D'ALICE

Film français de Lucie Borleteau (2014)

Âgée de trente ans, Alice réalise son rêve de devenir marin. Dans quelques jours, elle embarquera comme mécanicienne sur le Fidelio parmi un équipage exclusivement masculin. Aussi, doit-elle se résoudre de laisser à quai son ami Félix. A bord du navire de marine marchande, Alice apprend que l'homme dont elle vient de prendre la place vient de mourir. Egalement, Gaël, le commandant du vieux cargo n'est autre que son premier grand amour. Si la jeune femme est éperdument amoureuse de Félix, la solitude du grand large lui impose de se questionner sur la fidélité. Alice cède aux avances de son ancien amoureux, ce qui ne manque pas de se savoir très rapidement sur le navire. Une embarcation sur laquelle tout n'est pas rose. Dans sa cabine, Alice tombe par hasard sur le carnet de l'ancien mécanicien décédé qui renseigne la jeune femme sur la vie du rafiot et de l'équipage. Elle apprend également que le navire n'est pas aux normes et est habitué aux problèmes mécaniques...

Voilà un premier long-métrage maîtrisé de bout en bout ! Borleteau filme admirablement le microcosme du personnel marin dans ce film dans lequel l'on parle français, anglais évidemment mais également le roumain et... le tagalog, dialecte philippin. Les mers sont également plaisamment filmées au gré des traversées au long cours. Certes, la jeune réalisatrice possède cet art mais c'est surtout son héroïne qui retient l'attention. Un marin a une femme dans chaque port dit-on. Mais lorsque l'on est "une" marin, on peut se permettre également d'avoir un homme dans chaque bateau. Tourmentée au début et progressivement gagnée par la solitude et la mélancolie sexuelle, Alice cède à ses pulsions. Nul portrait féministe pourtant, mais celui d'une jeune femme qui a décidé d'être actrice de son destin. Ariane Labed y crève l'écran, pleine d'une sincérité troublante. A voir !

 

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MANINA, LA FILLE SANS VOILES

Film français de Willy Rozier (1952)

Gérard Morère est un étudiant parisien de 25 ans. Tandis qu'il assiste à une conférence d'archéologie, il apprend que l'épave d'un navire phénicien coulé au large des côtes de la Corse pendant les guerres du Péloponnèse contiendrait un trésor. Immédiatement, cette révélation fait écho à une plongée sous-marine qu'il avait effectué cinq années auparavant à proximité des Îles Lavezzi et lors de laquelle il avait pu voir des fragments d'amphores. Morère se persuade qu'il sait où se trouve le trésor de Trolius et qu'il doit partir à sa recherche. Des amis et un aubergiste acceptent de financer son entreprise. A Tanger, l'étudiant s'associe avec Eric, contrebandier de cigarettes qui le convoiera jusque sur le lieu du supposé naufrage. Parvenu en Corse, le chasseur de trésor fait la connaissance de la magnifique Manina, 18 ans et fille du gardien du phare, qui prend un bain de Soleil sur les rochers... Le contrebandier Eric s'aiguise d'autant plus l'appétit que Morère préfère compter fleurette...

Second film de Brigitte Bardot, alors âgée de 18 ans et premier grand rôle après son apparition au milieu du long-métrage. Il n'est pas le meilleur film de B.B., loin de là même..., mais les acharnés de l'icône y trouveront leur bonheur. Sculpturale dans son bikini blanc ou noir, on comprend aisément qu'un chercheur de trésor y perde son latin, son grec et ses amphores ! B.B. sauve à elle seule le film du naufrage. Point de sexisme et admettons que l'acteur suisse Howard Vernon campe également son rôle avec talent. Effroyable bluette avec des dialogues d'aucune envergure, la réalisation de Rozier offre quand même de belles images de plongée sous-marine. Un Grand bleu avant l'heure. On y entend également avec plaisir des chants traditionnels en langue corse ! Si Dieu créa la femme B.B., Rozier n'inventa pas le cinéma...

 

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PÊCHEUR D'ISLANDE

Film français de Pierre Schoendoerffer (1959)

A Concarneau en 1959, l'armateur breton Mével ordonne au second d'équipage Guillaume Floury, surnommé Yan, de prendre la place du capitaine blessé dans une précédente tempête après qu'il soit parvenu à ramener l'embarcation à bon port. Yan commandera le chalutier Pêcheur d'Islande pour la première fois. Qu'à cela ne tienne que ledit chalutier ait une bien mauvaise réputation. Car on le dit porter malheur. Qu'à cela ne tienne donc et ce à plus forte raison que Yan fait la connaissance dans le bureau de Mével de sa fille Gaud, récemment rentrée de Paris. Les deux jeunes adultes ne restent pas indifférents l'un à l'autre. Au large, la pêche est bien maigre. Voulant faire ses preuves, Yan l'espérait au contraire miraculeuse. Il décide de gagner les dangereuses eaux au large de l'Irlande et de pêcher frauduleusement dans les eaux territoriales. Dénoncé par Jenny, sa maîtresse jalouse de Gaud, Yan est renvoyé. La mauvaise réputation du bateau empêche Mével de trouver un nouveau successeur. Yan reprend le commandement du Pêcheur d'Islande bientôt porté disparu...

Schoendoerffer ne fut pas le premier à porter à l'écran le roman éponyme de Pierre Loti ; Jacques de Baroncelli s'y étant déjà essayé en 1924. Le réalisateur modernise l'histoire et prend de nombreuses distances avec le texte initial, notamment en incluant des scènes maritimes à la différence du roman dont l'intrigue se passe intégralement en terre armoricaine. Il n'est d'ailleurs pas sûr que ce Pêcheur soit une adaptation de Loti. Le film n'en demeure pas moins une belle réussite bien que le Schoendoerffer de 1959 ne soit pas encore le génialissime réalisateur dont le talent explose six ans plus tard avec La 317ème Section. L'intrigue est solide et les personnages bien campés ; Charles Vanel en tête. Un film intéressant sur la pêche d'Islande, aussi dangereuse que mythique dans l'univers marin, à laquelle les Flamands préféreront le terme de pêche à Islande.

 

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TEMPÊTE

Film français de Samuel Collardey (2015)

Âgé de 36 ans, Dominique a une vie toute consacrée à son dur métier de pêcheur en haute mer. Ce n'est que trop rarement qu'il reste à terre en compagnie de ses enfants dont il a hérité de la garde après sa séparation avec son épouse Chantal. Dom fait preuve d'une inextinguible envie de se montrer à la hauteur de la tâche malgré ses longues absences et se rêve en patron de son propre chalutier associé avec son fils Matteo. Avec sa sœur Maylis, Matteo tente de ne pas trop faire payer au père de manquer nombre d'événements au sein du foyer des Sabes-d'Olonne. Les adolescents autonomes n'en mènent pas moins leur vie. Mais les choses se compliquent lorsque l'assistante sociale et la juge menacent Dom de lui retirer la garde des enfants s'il ne passe pas plus de temps à terre. Et Maylis, seulement âgée de seize ans, doit se résoudre d'affronter seule l'avortement d'un foetus non viable. Afin de les conserver auprès de lui, Dom se résout à transformer son rêve d'affaire en réalité. Sans apport financier mais de la hargne, il dépose des dossiers auprès des banques...

Dominique, Chantal, Matteo et Maylis Leborne, quatre comédiens amateurs qui campent leur propre rôle dans ce long-métrage quasi-documentaire qui gagne son pari d'avoir la force d'un coup de poing qui se reçoit avec la tendresse d'une caresse sur la joue. Collardey offre une formidable immersion dans le quotidien professionnel et familial d'un marin pêcheur vendéen. Aux longues et harassantes campagnes de pêche succèdent de trop fugaces moments de bonheur en famille bien que le père peine à offrir une éducation et se comporte plus en grand frère immature et maladroit dans ses sentiments. Et ce foutu argent qui manque immanquablement... La représentation de la figure paternelle ne manquera pas d'offusquer les plus puritains des spectateurs. Collardey révolutionne le cinéma social français. A voir absolument que ce film enthousiasmant et généreux !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

27/08/2016

Chronique de livre : Jean-Pierre Cousteau « Pierre-Antoine, l'autre Cousteau »

 

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Jean-Pierre Cousteau, Pierre-Antoine, l'autre Cousteau

(Via Romana, 2016)

 

Figure souvent oubliée ou négligée du combat de plume mené sous l'Occupation, Pierre-Antoine Cousteau -ou PAC- (1906-1958), le frère aîné du célèbre commandant Cousteau (d'où le titre : l'autre Cousteau) méritait d'être remis à l'honneur. Si plusieurs publications récentes (son Proust digest ou le recueil d'articles de Je Suis Partout que j'avais chroniqué en ces pages) ont permis de redonner une certaine actualité à ce talentueux et louable combattant qui fut « le plus grand polémiste de sa génération » selon certains, il nous manquait à son sujet une biographie en bonne et due forme venant compléter l'étude de Benoît Loeuillet consacrée au parcours journalistique de PAC entre 1932 et 1944 et qui avait paru il y a une bonne dizaine d'années maintenant.

Ecrite par son fils, Jean-Pierre Cousteau, la présente biographie se base sur un corpus de documents souvent inédits, à savoir la correspondance de PAC (avec sa femme lorsqu'il était détenu mais pas seulement) et son journal de prison (Intra muros, qui devrait être publié prochainement pour la première fois). Si l'auteur s'efforce de rester objectif quant au parcours et aux choix de son père, son témoignage est évidemment emprunt d'amour filial mais aussi d'une certaine fierté exprimée très élégamment. Et il peut être fier : PAC n'était pas n'importe qui !

Esprit vif et alerte dès son plus jeune âge, cultivant la liberté de pensée, PAC ne faisait pas partie des tièdes. C'était un homme d'engagement, ne pouvant se résoudre à rester silencieux en une période qu'il savait fondamentale pour l'avenir de l'Europe. Pacifiste depuis toujours mais abusivement présenté comme un horrible « nazi français », PAC l'inclassable (« anarchiste de droite et de gauche » selon son fils) paya comme tant d'autres le prix fort pour avoir été un ennemi implacable de la démocratie parlementaire et du communisme...

Rien ne le prédisposait pourtant à un tel destin... Ni sa famille, ni son parcours scolaire, ni même ses premières idées politiques très à gauche. Devenu journaliste au début des années 1930, il se fait vite remarquer par la qualité de ses écrits et embrasse la cause fasciste auprès de Pierre Gaxotte qui le fait rejoindre le fameux journal Je Suis Partout. PAC y vécut une véritable aventure de presse marquée par des amitiés qui le suivront toute sa vie (Brasillach, Soupault... mais surtout Rebatet) et un engagement sans faille pour une France régénérée au sein d'une nouvelle Europe. Très critique envers Vichy, Laval, Luchaire et même Abetz, PAC fait figure de dur au sein du petit monde de la collaboration jusqu'à ce que les événements de 1944 le poussent à fuir en Allemagne puis en Autriche. Arrêté fin 1945 par la police française, il est condamné à mort. Comme on le sait, PAC ne connaîtra pas le sort qui fut réservé à Brasillach. Il passera 8 ans en prison, ayant finalement été gracié -au même titre que Rebatet et d'autres- par Vincent Auriol. Dernier journaliste « collaborateur » à être libéré en France, il sortira affaibli de cette longue épreuve et sera terrassé par la maladie en 1958, à seulement 52 ans.

La particularité du livre de Jean-Pierre Cousteau est qu'il fait la part belle aux huit années de prison que subit son père. Ce dernier, dans les écrits mentionnés plus haut, fait état de son quotidien de prisonnier, de ses occupations (le sport mais surtout la lecture et l'écriture) mais aussi de ses pensées les plus profondes sur son parcours, la vie, son époque etc. Je me suis délecté de ces nombreuses pages de réflexion d'un homme libre (par l'esprit) ne se plaignant jamais de son sort et qui regarde de haut la comédie humaine et sa petitesse. Voici par exemple ce que PAC écrivit le 9 juin 1953, peu avant sa sortie de prison :

« Ce n'est pas parce que je refuse toute valeur à la loi du nombre érigée en système de gouvernement qu'il faut méconnaître les indications du suffrage universel. Le système est déplorable pour l'administration de la chose publique. Mais il est précieux (…) dans la mesure où il permet de savoir ce que veut une nation. Elle se juge à son choix. Les peuples « asservis » ont le bénéfice du doute. Pas les peuples démocratiques. Les Français ont trop montré qu'ils préféraient à quiconque Herriot, Blum, Auriol, Bidault, Moch et Teitgen pour qu'il soit possible de s'obstiner à les estimer. »

Servies par un style d'écriture savoureux, une grande intelligence et souvent même par un humour très fin, ces pages permettent de mieux comprendre ce personnage perdu dans une période si vile de l'histoire contemporaine (la « libération » et tout ce qui a suivi). Bien évidemment, les événements liés à l'épuration sauvage de notre pays sont souvent évoqués alors que lui croupit derrière les barreaux. PAC constate à quel point les vainqueurs et leur simulacre de justice salissent ceux qui ont cru dans un autre modèle pour l'Europe :

« Le sadisme des « épurateurs » consiste justement à créer cette confusion en mélangeant sous l'étiquette « collaborateurs » les adversaires politiques et les simples fripouilles dont il aurait fallu de toute façon se débarrasser même si la guerre avait tourné autrement. »

Feignant de s'étonner des horreurs de l'épuration, « effroyable explosion de bestialité », il ironise sur le silence des « belles âmes » de son temps :

« Elles n'ont rien su, rien vu, rien entendu. Elles ont ignoré que dans les villes de France on promenait sur les places publiques des femmes tondues, nues, marquées au fer rouge. Elles ont ignoré que dans toutes les prisons de France, on suppliciait des détenus ramassés au petit bonheur, avec des raffinements de férocité qui font paraître dérisoire la science des bourreaux chinois. (…) pour rien, pour le plaisir. »

Vomissant la faiblesse et la tiédeur (Mais pourquoi avoir choisi Franz-Olivier Giesbert pour préfacer le livre ? PAC en aurait été horrifié!), PAC était de cette race d'hommes faisant passer l'honneur avant tout. Il se tint toute sa vie la tête haute et paya fort cher (que ce soit à un niveau personnel ou familial) cette vertu. Vouloir combattre pour ses idées, ne pas se taire face à la décadence de son temps, il en avait fait sa raison de vivre. « Je n'ai à me justifier devant personne. Une seule chose était inconcevablement déshonorante, c'était de ne pas prendre parti. » disait-il... Oui, PAC a souhaité la victoire de l'Allemagne nationale-socialiste, « la dernière chance de l'homme blanc ». C'était logique pour lui et il s'en expliqua longuement lors de son procès, en 1946. « Epouvanté par la décadence de la France » ayant mené à la débâcle de 1940, persuadé que le libéralisme économique avait fait son temps et que seule l'option du socialisme national était désormais possible, PAC considérait qu'il n'y avait que cette solution qui aurait permis à la France de rester elle-même et d'aller de l'avant. Pacifiste, son antisémitisme se voulait avant tout une réaction à la déclaration de guerre des communautés juives du monde entier envers le IIIe Reich dès 1933.

Pierre-Antoine, l'autre Cousteau est complété de riches annexes où l'on trouvera plusieurs articles de PAC écrits dans les dernières années de sa vie pour Rivarol ou d'autres publications. C'est une excellente initiative ! Le livre se termine d'ailleurs par le superbe et émouvant « Testament et tombeau de PAC » publié par Lucien Rebatet peu après la mort de son ami. Je ne résiste pas à l'envie d'en reproduire les dernières lignes :

« Nous ne pouvons, hélas ! Ni remplacer PAC ni l'imiter. Il est irremplaçable et inimitable. Il ne nous reste qu'à poursuivre notre tâche de notre mieux. Quand bien même nous serions recrus de dégoût et de lassitude devant les bassesses et la monotonie de la lutte politique, la disparition de Cousteau nous fait un devoir de persévérer. Nous le lui avons tous promis. Je sais que ce fut une de ses dernières satisfactions. Peut-il exister promesse plus sacrée que celle faite à un tel combattant ? »

Rüdiger / C.N.C.

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23/08/2016

Pour en finir avec les vieilles lunes

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Pour en finir avec les vieilles lunes

Alors que la France est traversée par une vague d'attentats sans précédent depuis 1995 - série inaugurée par le Groupe Islamique Armée Algérien le 25 juillet 1995 à la gare Saint-Michel par la pose d'une bombe artisanale dans le RER B entraînant la mort de 8 personnes et faisant plus de 117 blessés – il est peut être temps de revoir nos orientations et prises de positions face au réel qui nous domine aujourd'hui.

Il est bien évident que rien ne va s'arrêter. Bien au contraire, il est à prévoir que les attentats vont désormais s'enchaîner avec une intensité décuplée. Certes, nous ne sommes pas dupes. Comme le rappelle Francis Cousin, il y a l'histoire des apparences, à la surface des choses, et l'histoire radicale dialectique des grandes profondeurs. Mais que ces attentats soient organisés, téléguidés de l'extérieur ou qu'il s'agisse d'un terrorisme étatique importe finalement peu. Ils existent et frappent.

1- Nous sommes bel et bien au cœur d'un choc de civilisation.

L'analyse de la situation en France (ce qui Lénine appelle « le moment actuel ») est sans ambiguïté. Nous pouvons retourner le problème dans tous les sens, trouver ici ou là des dérivés, il n'empêche !

Nous sommes en guerre. Mais contrairement à ce que pensent certains, cette guerre n'est pas neuve et ne date pas des récents attentats commis en France et en Allemagne.

Nous sommes en guerre depuis la fin des trente glorieuses, depuis le regroupement familial, depuis l'acceptation d'une immigration massive extra-européenne sur notre territoire.

Nous vivons en état d'urgence permanent depuis au minimum une trentaine d'années. D'impolitesses en incivilités, d'indifférences en racisme ordinaire, le « vivre ensemble » imposé à nos concitoyens n'est plus qu'un immense champs de ruine dont les prémices nous apparaissent désormais lointains.

Le choc migratoire intense qui déferle sur l'Europe depuis quelques mois n'est que l'aboutissement logique de dizaines d'années de saupoudrage constant.

Nous savons que le mouvement des « réfugiés » est un mouvement organisé par le capital qui a besoin de main d’œuvre nouvelle pour casser le coût du travail. Nous savons qu'il existe des filières immigrationnistes. Nous savons qu'au travers du « grand remplacement » c'est à une substitution de main d’œuvre que nous assistons. Nous savons, comme le dit encore Francis Cousin, que « les hommes ne sont pas des oies sauvages et qu'il n'existe pas de cycles de migration naturelles ».

Nous savons que l'ennemi mortel qui se cache derrière le paravent de l'immigration se nomme Grand Capital et sa cohorte d'idiots utiles.

Qu'importe ! Le réel s'impose à nous. On peut l'appeler comme on veux : choc du futur, comme Alvin Toffler, choc des religions, comme l'abbé Guillaume de Tanouarn ou encore choc des civilisations, comme Samuel Huntington, la réalité c'est que l'Europe doit aujourd'hui faire face à une tentative de balkanisation et d'hétérogénéisation sans précédent.

Cependant, tout n'est pas aussi simple. N'en déplaise aux complotistes de tout poil et aux géopoliticiens de salon, les vagues migratoires qui se déversent à nos frontières se moquent bien de ces concepts d'occidentaux repus, elles n'en ont même sans doute jamais entendu parler. Elles se meuvent avec « leurs tripes », avec leur inconscient de peuples en mouvement. Loin d'intellectualiser leur action, c'est un instinct primaire de conquête de territoire qui les anime. Instinct animal décuplé par la masse.

Attentats et vagues migratoires sont constitutifs d'un même appel : celui d'une haine de l'Occident, d'un passé fantasmé d'une colonisation douloureuse, des mouvements de peuple sur la longue Histoire. C'est la continuation de l'expansion des Omeyyades (661-750) et celle de l'Empire Ottoman (1389 prise de Kosovo) mais par d'autres moyens. Éternel balancier. Que le spectacle de la marchandise l'ait mis en branle n' a guère d'importance. Il arrive que les monstres échappent à leur créateur.

Une chose est sure : nous n'assistons pas à la fin de l'Histoire, comme le crient certains bien-pensants, mais à son retour effectif après des décennies de consensus mou et d'opulence capitaliste. « Sous le choc de la vague migratoire, l’Europe se disloque, se désintègre, se déconstruit. (…) les historiens dateront certainement de cette affaire, de ces années 2015-2016, le début de la décomposition de l'Europe » pouvait-on lire dans Le Monde dans son numéro du 26 février dernier.

« Prétendre qu’il n’y a pas un choc des civilisations entre l’occident localisé et moribond et l’Islam déterritorialisé en pleine santé est une sottise qui empêche de penser ce qui est advenu, ce qui est, et ce qui va advenir », écrit pour sa part Michel Onfray, avant de poursuivre : « Refuser la réalité du choc des civilisations ne peut se faire que si l’on ignore ce qu’est une civilisation, si l’on méprise l’Islam en lui refusant d’en être une, si l’on déteste la nôtre par haine de soi »1.

L'Histoire est faite de mouvements de peuples et de conquêtes territoriales. L'Europe l'a un peu oublié depuis qu'elle est entrée dans la domination absolue de la marchandise et a quitté ce que Dominique Venner nommait l'horizon de la guerre. Celui-ci se rappelle aujourd'hui à notre bon souvenir et frappe de nouveau à notre porte.

Nul besoin de tomber dans les délires psychotiques de groupuscules appelant à la croisade. Seul l'impératif de faire face au réel nous conduit à penser que nous entrons dans une phase de confrontation ethno-culturelle de grande intensité.

2 – Y-a-t-il une solution politique et non violente au choc de civilisation ?

Pour les plus vieux d'entre nous qui avons résisté aux molles années 90, rien ne laissait présager une accélération aussi brutale de l'Histoire. Ces vagues migratoires d'intensité inégalée constituent en l'espèce une « divine surprise » propre à forcer la décision. Les attentats récents s'y agglomèrent comme autant de parasites sur un corps malade, tout à la fois charges émotionnelles et électrochoc psychologique. Le chaos semble proche et l'heure des choix se profile.

Un parallèle saisissant pourrait être fait avec la situation de l'Algérie Française en 1961 et la création de l'OAS. Mais comparaison n'est pas raison, dit-on.

Pourtant, qui pourrait encore croire à une issue non-violente ? La situation semble inextricable.

Boris Le Lay a récemment évoqué l'existence possible de « maquis mobiles musulmans » actifs sur le territoire national. Même s'il convient d'être prudent sur le caractère réel de telles informations, la chose paraît suffisamment sérieuse pour être suivie de près.

Depuis Saint-Etienne-du-Rouvray chacun sait aujourd'hui que des attentats peuvent surgir sur n'importe quelle partie du territoire. Chacun sait également que des années de saupoudrage migratoire ont propulsé des communautés allogènes même dans les coins les plus reculés de France.

La remigration ? Beau concept en vérité, techniquement réalisable. Mais qui peut raisonnablement penser que la chose se fera sans tensions et sans heurts ?

Un retour du sentiment patriotique arasant les sentiments communautaires ? Ce serait se résigner à une lecture instantanée de l'actualité et d'une d'absence totale de recul sur les faits. N'en déplaise à certains, le véritable « vivre ensemble » n'est pas le patriotisme. Ce dernier est désormais un fourre-tout bien commode qui cache en réalité la fracture ethnique et justifie l'assimilation.

Le patriotisme d'avant 1945 avait encore du sens : celui d'une vision autour d'un drapeau et d'une Nation par un peuple sans changement ethno-culturels profonds, communiant dans d'identiques modèles de comportements, de pensées et de sensibilités. De nos jours tout est différent. Nous sommes désormais placés au cœur d'une opposition tendue entre deux mondes et deux civilisations.

L'unité nationale que certains veulent nous vendre est un leurre. Qui est aux commandes de cet enfumage ? L'oligarchie et le gouvernement qui ont tout intérêt à ce que les fractures ne s'élargissent pas pour maintenir, un tant soit peu, leur monde vivant.

« C'est pourquoi, il ne faut plus jamais parler des «populations musulmanes» pour désigner nos compatriotes de confession musulmane mais d'un peuple, le nôtre dont ils doivent désormais faire partie intégrante » écrit Guillaume Bigot, essayiste et membre fondateur du Comité Orwell (sic!)2.

En vérité, le clivage à venir ne se fera pas sur la base des patriotes contre l'anti-France, pour reprendre le fantasme récurent des vieilles barbes de l'extrême-droite française, mais entre la tribu et la mixité, le clan et l'indifférencié, le socialiste et le libéral, l'enraciné et le mondialiste, l'humain et l'homo œconomicus, le défenseur de la nature et le prédateur productiviste, la communauté et la société.

Devant cette horizon de la guerre qui refait surface, il est donc à craindre un affrontement sans égal entre communautés autochtones et allogènes. Nous allons connaître ce retour de la barbarie, du clan et de la tribu. Nos banlieues sont des poudrières, nos métropoles des coupes-gorges et des territoires entiers sont en voie de « dhimmisation ». Parallèlement, les années qui viennent seront des années d'intenses radicalités explosives (Francis Cousin). Les luttes de classes vont se réveiller.

Nous vivons des temps incertains mais riches de sens à venir. A l'instar de Régis Debray, ne nous condamnons pas à un « pastiche des destins hors série qui nous ont précédé, raflant les premiers choix et nous laissant les doublures ».

Le 20 juillet dernier à Saint-Astier, François Hollande a appelé les Français à rejoindre les différentes réserves des forces de sécurité. Chiche !

Intégrons la réserve opérationnelle. Mais intégrons là dans un but bien précis : celui d'apprendre en restant au contact de la réalité du terrain

Il y a un ordre des tâches historiquement fondé. Le travail insurrectionnel est aujourd'hui le travail politique numéro un.

Guillaume Le Carbonel/C.N.C.

1 Chronique mensuelle de Michel Onfray, Mars 2015 N°118 in mo.michelonfray.fr

2 In Le Figaro 26/07/2016

17/08/2016

Plaidoyer pour la puissance maritime : la thalassocratie ou la mort

 Plaidoyer pour la puissance maritime : la thalassocratie ou la mort

Charles_De_Gaulle_PascalSubtil_1.jpgLe 7 mai 2014, Boulevard Voltaire publiait, comme le site le fait régulièrement, un entretien d'Alain de Benoist par Nicolas Gauthier. Comme cela devient de plus en plus fréquent, un passage m'a particulièrement interloqué :

Nicolas Gauthier : "A peu près à la même époque se faisait sentir la nuance, dans les milieux « nationalistes », entre « européistes » et « occidentalistes ». Ce clivage vous semble-t-il toujours d’actualité, à un moment où d’autres font se superposer les notions d’Occident ou de chrétienté ? De fait, l’Occident ne serait-il pas aujourd’hui le pire ennemi de l’Europe ?"

A de B : "Le clivage existe toujours, bien sûr : je me sens moi-même profondément européen, mais absolument pas « occidental ». Mais ce qu’il importe surtout de réaliser, c’est que la notion « d’Occident », telle qu’elle est comprise aujourd’hui, est une aberration géopolitique. L’Europe appartient à la Puissance de la Terre, tandis que les États-Unis représentent la Puissance de la Mer. L’histoire, disait Carl Schmitt, est avant tout une histoire de la lutte entre la Terre et la Mer. En dépit de tout ce qu’on nous serine à Bruxelles comme à Washington, les intérêts des Européens et des Nord-Américains ne sont pas convergents mais opposés. Quant à la notion « d’Occident chrétien », qui n’a que trop longtemps fait oublier la dimension universelle (et universaliste) de la religion chrétienne, elle a perdu toute signification depuis que la religion est devenue une affaire privée. L’Europe et l’Occident se sont aujourd’hui totalement disjoints – au point que défendre l’Europe implique, en effet, bien souvent de combattre l’Occident. Ne se rapportant plus à aucune aire géographique ni même culturelle particulière, le mot « Occident » devrait, en fait, être oublié."

Cet extrait nous a été rapporté en commentaire de l'article intitulé « Occident ? » où il était question de développer une certaine idée de l'Occident qui différait de l'Occident médiatique et financier structuré par quelques villes mondiales et villes globales cosmopolites où se localisent les principaux lieux de commandement de la mondialisation. Ces considérations sont surtout mues par une hostilité aux Etats-Unis qui est appuyée par une certaine fascination pour l'eurasisme. Nous y reviendrons.

Je m'inscris en faux face à ce développement. Sur la question religieuse par exemple, il ne faudrait pas résumer l'Occident à la France laïque. Les processions sont encore par exemple organisées en Espagne ou au Portugal et de nombreux souverains sont aussi les chefs de leurs Églises (comme au Royaume-Uni pour le cas le plus connu). Comme le rappelle Anastasia Colosimo dans Les bûchers de la liberté, le blasphème est encore condamnable pénalement dans certains Etats de l'U.E. (comme l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, l'Italie ou la Pologne). Aux Etats-Unis, la religion est omniprésente et les procès se font en jurant sur la Bible. « L'Occident chrétien », même s'il a bien changé, existe bel et bien : les Etats-Unis sont un pays comptant presque exclusivement des protestants et des catholiques revendiqués (80% de la population) dont la pratique religieuse reste importante et il en va de même en Europe. En 2008, seul 13% des « Américains » n'ont aucune pratique religieuse (contre 72% des Français la même année) et 75% des « Américains » avaient lu un passage de la Bible dans l'année écoulée (contre 21% des Français). Par ailleurs, l'U.E. elle-même doit beaucoup, comme je l'ai écrit dans un article précédent, aux réflexions sur la paix continentale des catholiques et c'est principalement la démocratie-chrétienne qui a œuvré à son édification (Schuman, Adenauer, De Gasperi). L'Occident reste donc majoritairement chrétien, quand bien même ce christianisme est souvent libéral, ou social, en tout cas démocratique. Et sécularisé. Par ailleurs, l'influence du christianisme ne se limite nullement à la pratique religieuse, mais se retrouve aussi dans les valeurs de la société : la fraternité ou la charité en sont deux exemples. Sur ce seul point, on pourrait déjà contester le postulat d'Alain de Benoist.

Mais ce qui nous intéressera dans cet article et qui a été la raison de sa rédaction, ce sont les considérations tenues sur la question maritime.

« L'Europe, issue de la mer » (Pierre Royer)

A titre d'anecdote, et pour contester le fond même du propos, le nom même d'Europe vient d'une thalassocratie : il s'agissait d'une princesse phénicienne. L'Europe tient donc son nom de la mer...

Par ailleurs, quid de cette opposition catégorique entre Occident et Europe ? L'Occident a été Européen avant d'être « euro-américain » et c'est bel et bien ce qu'il fallait entendre de nos articles et c'est bien ce que nous comprenons lorsqu'un Dominique Venner utilise le terme Occident. Il en va de même dans toute la pensée non-conformiste (qu'on pense à Thierry Maulnier) ou chez Samuel Huntington qui explique qu'historiquement, l'Occident était européen. Oublier que l'Occident a été façonné par les Européens puis par les descendants d'Européens c'est déjà manifester une lecture partiale et partielle de l'histoire européenne. Il n'est pas possible d'affirmer que « l'Europe appartient à la puissance de la Terre » et que ce sont les Etats-Unis qui ont bâti un Occident autour d'une « puissance de la mer ». C'est historiquement faux puisque la première thalassocratie atlantique est espagnole. Athènes, Rome, la Frise du Haut Moyen Âge, la Scandinavie « viking », Venise, Gênes, le Portugal, l'Espagne, la France, la Hollande ou l'Angleterre ont toutes été des puissances maritimes à des époques et à des échelles diverses, et toutes ces puissances ont contribué à l'émergence d'une civilisation « occidentale » (compris dans sa dialectique avec l'Orient et les autres civilisations en général- Chine, Inde, civilisations pré-colombiennes...). Cette civilisation était sous l'Antiquité circonscrite à l'Europe et à la Méditerranée. A la suite des « Grandes découvertes », elle s'est étendue à d'autres territoires. L'ancienne « mer Océane », l'Océan l'Atlantique est alors devenu un « lac occidental ».

La dimension maritime est donc inhérente à l'histoire européenne et l'Europe compte un grand nombre de personnages fameux liés à la mer. Qu'on songe simplement à Pythéas, à Erik le Rouge, à Jean Bart, à Colomb, à Henri le Navigateur et à Vasco de Gama, à Cartier, à Cook, à Lapérouse, à Amundsen… L'esprit européen s'est exprimé sur les mers et les océans du globe et nous a laissé entre autre quelques œuvres littéraires, dont les plus fameuses sont celles de Jules Verne. Mais on pourra aussi penser à l'aventurier et écrivain audois Henri de Monfreid. Jamais les Européens n'auraient pu développer de brillantes civilisations sans la mer. Les sciences doivent beaucoup au monde de la mer et parmi elle la géographie, en particulier la cartographie (portulans, globes, planisphères…), l'astronomie (les premiers marins se repéraient grâce aux astres) et bien évidemment les techniques (constructions à clins, astrolabes, amélioration de la boussole, sextant...). La navigation est d'ailleurs le moyen par lequel l'Homme, et au premier chef les Européens, purent appréhender les éléments : le vent autant que les mouvements de l'eau des mers et des océans. Le sort de l'Europe s'est aussi souvent joué sur mer : victoire des Athéniens à Salamine contre les Perses, victoire des Romains au Cap d'Ecnome contre Carthage, victoire d'Octave et de ses partisans à Actium contre Marc-Antoine et Cléopâtre, victoire de la flotte dirigée par Don Juan d'Autriche à Lépante contre les Ottomans. Ce ne sont que quelques exemples de batailles qui ont permis aux Européens de se prémunir des subversions orientales. Qu'on dise aussi à un Irlandais, un Breton, un Basque, un Portugais, un Espagnol ou un Gênois dont l'histoire et le quotidien sont marqués par la mer que « L'Europe c'est la puissance de la Terre ». L'Europe c'est à la fois la Terre et la Mer. C'est d'ailleurs ce qu'illustre bien l'hermine chez les Bretons. Et c'est pour cette raison que nous avons un phare comme logo : ancré sur Terre, il éclaire la mer et permet de surveiller les passages stratégiques mais aussi d'indiquer la route à suivre. Si l'Europe a dirigé le monde, c'est grâce à sa domination maritime, c'est un fait indéniable. S'il y a bien eu une grande entreprise digne de l'esprit européen, c'est l'aventure maritime.

Alain de Benoist, pour sa part, apprécie Carl Schmitt qui a théorisé le Nomos de la Terre. Il n'aura échappé à personne que Carl Schmitt est un grand juriste allemand ayant notamment travaillé sur le politique. L'Allemagne est, dans son histoire, avant tout une puissance continentale. C'est ce qui motiva donc la West Politik de Guillaume II qui permit au Reich de se constituer une flotte et un empire colonial avant la Première Guerre mondiale pour devenir d'ailleurs la deuxième puissance maritime en 1914 derrière l'Angleterre et devant la France. La géopolitique allemande passe souvent pour une politique des grands espaces influencée par Ratzel (on songera au fameux Lebensraum, l'espace vital). Mais il faut nuancer cette approche. Ratzel ne s'est pas contenté de défendre une « pensée-continent », il a aussi finement analysé les réussites britanniques, qui reposaient sur le contrôle de territoires et de lieux stratégiques (Suez, Gibraltar, Malaka, Hong-Kong...) et a déjà perçu dans l'enclavement russe un élément de faiblesse. Un autre géopoliticien fameux, Karl Haushofer, avait préconisé une alliance entre l'Allemagne, la Russie et le Japon contre les puissances anglo-saxonnes. Le pacte germano-soviétique apparaît à ce titre comme une riposte des puissances de la Terre. Le Japon ayant pour objectif la domination du Pacifique face aux Etats-Unis.  C'est bien sur mer que certains empires auront perdu, sans forcément le percevoir sur le moment. Comme Bonaparte après la défaire de Trafalgar, l'échec d'Hitler sur l'Angleterre n'est-il pas responsable de la fuite en avant à l'Est et au final de la victoire des « puissances de la mer » qui s'adjugèrent la moitié d'un continent européen promis aux soviétiques...? C'est en effet une Allemagne dépourvue de ses territoires coloniaux après 1918 et qui doit affronter les Alliés, c'est à dire les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France qui sont (ou redeviennent pour la France) des puissances maritimes. L'Allemagne va essentiellement miser sur la puissance terrestre, conduisant aux victoires éclaires du début de la guerre (1939-1941). En quelque sorte si l'Allemagne nationale-socialiste a souscrit à la théorie de « l'espace-vital » de Ratzel, c'est à dire à la « pensée continent » mais également en partie aux théories quasiment eurasiatiques de Haushofer, c'est bien parce que de leur côté, les anglo-saxons avaient théorisés, et mis en pratique, la puissance maritime. Cité par Christian Royer dans Géopolitique des mers et des océans, A. Muller dans La Seconde Guerre de Trente Ans (1914-1945) paru en 1947 démontre bien la continuité des deux conflits sur le plan géopolitique entre une Mitteleuropa centrée autour de l'Allemagne qui se posait en « maître de la terre » et des Alliés qui se posaient en « maître de la mer ». Mais en 1982, Braudel écrivait : « Seuls les ratés de l'économie et du commerce se dotent toujours d'armées formidables, tandis que les maîtres de l'économie se contentent de contrôler les voies et moyens de communication ». Nationaux-socialistes et soviétiques en sont de parfaits exemples lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette « pensée-continent » a été renforcée par l'apparition du chemin de mer et le développement, plus tardif, des autoroutes. En effet, l'ère colombienne qui s’étend du XVeme au XIXeme siècle se caractérise par la domination maritime. L'essor du chemin de fer, puis de l'automobile, laisse penser aux puissances terrestres qu'elles pourront équilibrer la domination maritime. Le développement de l'aviation et de l'aérospatiale va ruiner très rapidement ces espérances et on peut considérer que dès leurs parutions, les théories « continentalistes » étaient déjà obsolètes. L'aviation reprend d'ailleurs un vocabulaire maritime, on y parle d'atterrissage et de navigation...

Un bon exemple de confusion à ce sujet concerne donc la Russie. Là aussi il a été pris l'habitude de percevoir ce pays comme une puissance continentale et d'en faire beaucoup avec « l'eurasisme », souvent à partir d'auteurs assez anciens. Pourtant, dans les faits, la Russie actuelle n'a de cesse de chercher à protéger ses ambitions maritimes : soutien à Bachar el Assad en Syrie pour défendre son port en eau profonde en Méditerranée (Tartous), annexion de la Crimée, tensions autour de l'enclave de Kaliningrad, coopération avec la Chine (manœuvres militaires, OCS), discussions autour des îles Kouriles avec le Japon, enjeux autour de la route maritime Arctique, largage d'un drapeau russe au Pôle nord pour s'adjuger une partie des eaux territoriales et des fonds sous marins qui submergent « son » plateau continental, incursion dans la Manche, la Russie a, à rebours des théories en vogue, bien compris que la puissance passe par une politique maritime ambitieuse et déterminée soutenue par un important dispositif spatial et aérien. Un des plus grands navire-école de la planète est d'ailleurs le STS Mir, basé à Saint-Petersbourg. En tonnage, la marine russe est d'ailleurs la deuxième du monde derrière les Etats-Unis et devant la Chine malgré sa vétusté et quelques autres difficultés. La géographie des grands espaces est encore ici malmenée. Séduisante sur le papier, elle ne résiste pas aux faits. L'immensité du territoire est plus un problème pour les Russes qu'un atout. Par ailleurs nous sommes en ce début du XXIeme siècle dans une géographie des territoires, et non dans une géographie des grands espaces continentaux, en partie en raison de la mondialisation. Les territoires maritimes y occupent une place de choix. 71% de la surface du globe est composé de mers et d'océans et 90% des échanges commerciaux empruntent des routes maritimes.

Pour une géopolitique française

Comme l'écrivait Napoléon : «  Un État fait la politique de sa géographie ». L'empereur, qui fit, un peu malgré lui, tout le contraire, avait pourtant raison. En tant que Français, nous avons le privilège d'être entouré par la Méditerranée, l’Atlantique, la Manche et la mer du Nord et d'avoir la deuxième ZEE du monde avec nos DROM-COM. Se refuser à « penser la mer » ou à « gouverner la mer » est donc le meilleur moyen de laisser cette tâche aux anglo-saxons. Il nous faut, à l'inverse de ce que semble supposer Alain de Benoist, nous réapproprier la question maritime. Aucun dirigeant français ne pourra faire l'économie à l'avenir d'une politique maritime si nous souhaitons résister au nouvel âge géopolitique qui s'est ouvert. D'ailleurs le programme régional de Marine Le Pen prévoyait un ambitieux volet maritime. Avec le basculement vers le Pacifique, la France a par exemple un atout avec ses 6,1 km² de ZEE (4,8 km² pour la Polynésie française et 1,3 km² avec la Nouvelle Calédonie). Délaisser ces territoires serait criminel. Se contenter d'être une puissance continentale, par romantisme, tropisme ou suivisme allemand ou russe, c'est s'assurer d'être une puissance croupion, une puissance limitée comme le furent l’empire carolingien, empire terrestre assailli par les Vikings au nord et la piraterie arabo-berbère au sud. Se refuser d'être une puissance maritime, c'est condamner l'Europe à n'être qu'une périphérie, voire une marge, par rapport à des puissances affirmées ou émergentes qui sont désormais dans le Pacifique : Etats-Unis, Chine, Japon, Australie, Mexique... Nous entrons dans une ère Pacifique qui explique le tournant des Etats-Unis vers l'Asie-Pacifique et qui se manifeste par d'épineuses questions territoriales : îles Kouriles, Taïwan, Nouvelle-Calédonie, mer de Chine, autant de points chauds qui voient les puissances se frotter ou être contestées. La Chine utilise par exemple des milices privées en mer de Chine pour ne pas être officiellement impliquée dans quelques barbouzeries... Les principaux observateurs de la planète en matière de géopolitique et de relations internationales considèrent que les ambitions chinoises dans cette mer, au détriment du Vietnam, du Japon ou des Philippines, constituent le principal point chaud pour la sécurité mondiale.

Il est urgent de revenir aux fondamentaux de la géopolitique française. C'est en effet sous les Capétiens que la France prend conscience du rôle de la mer : la première ouverture maritime s'effectue sous Philippe Auguste. Aucune vision politique d'ampleur ne peut se passer de la mer. Même durant la guerre de Cent Ans, Français et Anglais s'affrontèrent en mer. Le souverain emblématique en terme de politique maritime est Louis XIV, certes influencé par son entourage et en particulier par deux hommes : Colbert et Vauban. Avec Colbert il put développer une ambitieuse politique navale (construction d'un flotte, édification de phares, développement de la corderie royale...) et avec Vauban il influença le monarque dans ses choix militaires pour borner le pré-carré national. Napoléon, qui délaissa les mers, où il fut vaincu, s'engagea dans une course continentale à l'Est ce qui mena la France à la défaite. C'est sous la Restauration, la Monarchie de Juillet et le Second empire que la France redevient une puissance maritime. Le retour de la France s’effectue d'abord timidement par la conquête de l'Algérie puis, sous le Second empire, par les campagnes en Crimée et au Mexique. Durant ces décennies clefs, la Marine militaire est perfectionnée, de nombreux brevets sont déposés, de nombreux phares sont érigés pour éclairer nos côtes et la cartographie marine s'améliore. C'est donc la première véritable politique ambitieuse depuis Louis XIV. Il est a peu près certains que si le Second empire n'avait pas chuté, la France aurait très rapidement été en mesure de rivaliser avec l'Angleterre sur les mers, mais fort heureusement pour eux, la IIIème République ne manifesta aucune ambition maritime.

La faiblesse de l'Europe n'est donc pas due aux seuls Etats-Unis mais au fait qu'elle leur a laissé le rôle de gouverner les mers, pour en faire un véritable « thalassokrator ». Pierre Royer a d'ailleurs à ce sujet des mots limpides : « Rien n'est plus révélateur de la volonté de puissance d'un pays que la place qu'il accorde à sa marine de combat. De ce point de vue, l'attitude des pays européens, qui furent tous, à des titres et des moments divers, de grandes puissances navales, est très significative : la plupart ont renoncé à la projection de puissance, donc à la puissance tout court. »

La mer est en enjeu majeur en terme de ressources et d'énergies. On comprend donc bien l'importance du « lobby bleu », de la gestion des ressources halieutiques, du rôle que peut jouer la conservation marine et les différentes ONG comme Sea Shepherd. C'est bien parce que la France délaisse beaucoup trop sa dimension maritime et que même sa pensée dissidente n'en fait que peu de cas que je suis assez pessimiste, pour le moment, sur notre capacité à relever la tête. Combien de temps pourra-t-elle conserver la Polynésie ? Et combien de temps va-t-elle pouvoir encore jouer la montre vis à vis de la Nouvelle Calédonie, premier producteur mondial de nickel ?

Nous nous retrouvons donc à peu près dans la même situation que Maurras dans Kiel et Tanger lorsque celui-ci déplorait l'union continentaliste de Kiel en 1895 entre la France, l'Allemagne et la Russie contre la thalassocratie britannique et aurait préféré une politique volontariste en matière maritime. Cette vision continentaliste, développée par une nouvelle droite souvent germanophile voire russophile conduit à l'Eurosibérie d'un Guillaume Faye ou à l'eurasisme. Mais l'eurasisme est une théorie russe qui n'a rien à voir avec la France. L'eurasisme n'est qu'une reculade, un funeste abandon de toute volonté de puissance qui nous soit propre. Un symptôme de la désillusion de nos contemporains. A l'inverse, et pour rester pragmatique, nous aurions fortement à faire avec le Groupe de Visegrad (Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie) et l'Intermarium naissant qui inclut également d'autres pays comme les états baltes ou l'Ukraine. La Pologne mène en effet une politique maritime volontaire depuis quelques années et l'objectif des relations entre les pays d'Europe centrale et orientale est bien de faire coopérer les trois mers : la mer Baltique, la mer Adriatique et la mer Noire. La meilleure stratégie pour la France consisterait donc à s'allier avec les pays d'Europe du sud pour contrôler notre limes africain en Méditerranée, à s'allier avec l'Intermarium pour faire un lien avec les trois mers qui cernent l'Europe centrale et orientale et de valoriser notre ZEE. Les spécialistes de la question maritime l'écrivent, nous assistons à une nouvelle course à la mer. Nous devons en faire partie. D'autant que la France est encore la première puissance maritime de l'UE. Ce qui nous manque c'est donc une vision et sur ce point plus personne n'en a, ni ceux qui nous gouvernent, ni la pensée dissidente.

C'est pour cette raison qu'en plus d'une politique maritime ambitieuse qui deviendrait une cause nationale, et qui ne concernerait pas seulement la volet militaire, mais aussi la recherche scientifique, technique, l'exploration sous-marine, la protection environnementale, les énergies ou la pêche, je préconise entre autre une « union latine » qui réunirait les pays de l'Europe du sud et du sud-ouest (Italie, France, Espagne et Portugal) et qui serait en mesure de maîtriser la Méditerranée, l'Atlantique, la Manche, la mer du Nord et des passages stratégiques : le Pas-de-Calais, Ouessant ou Gibraltar. Dans l'histoire, il a souvent été question de géographie, d'ambition et de volonté, plus que de théorie.

Jean / C.N.C.

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14/08/2016

Une société possible

 Une société possible

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Il existe un archipel européen composé de neuf îles, situé à cheval entre les plaques eurasienne et nord-américaine dont la population totale est de 250000 habitants. L'île la moins peuplée compte 430 habitants et la plus peuplée 134000. Sa superficie totale est de 2333 km2 ; sa langue, le Portugais. J’arrêterai ici l’énumération de données, le but de cet article n’étant pas d’élaborer une brochure touristique ni un manuel de géographie pour débutants destinés à des randonneurs de Basse Saxe en Birkenstock, mais plutôt de comprendre en quoi cette société s’approche de la définition de « la société parfaite ».

C’est en effet bien une société (du latin societas, socius étant le compagnon, l’associé: chacun incarne sa fonction dans le corps sociétal, comme un membre d’un corps qui ne fonctionne que parce que chacune de ses parties connaît sa place et sa fonction, et s’associe aux autres afin que tout soit coordonné pour le bien commun. Le taux de chômage y est bien plus bas que sur le continent. Les habitants ne passent pas le commencement de la journée agglutinés contre la sueur et les pores les uns des autres, dans les transports en commun. On travaille là où l’on habite. On ne « perd pas de temps » : on habite la durée Bergsonienne. Le fruit du travail est concret, ses retombées sur le quotidien aussi, on est impliqué et responsabilisé dans ce que l’on fait.

Ici, on connaît ses voisins, leurs noms, leur histoire. On leur parle, on les respecte. On connaît les dates, les tragédies et les anecdotes, tout ce qui fait l’histoire d’une famille. On accorde de la valeur aux pierres et aux fantômes. Les maisons et objets de famille sont gardés et les vieilles photos chéries ; les musées sont vivants, à l’intérieur des maisons. On comprend la valeur de l’héritage et de la transmission. La population est homogène à tous les niveaux. 99% de Portugais, 99% catholiques. Il n’existe pas de conflits liés au « choc de cultures », à l’imposition d’une « façon de vivre », ces questions n’ont pas lieu d’être, puisque tout le monde partage les mêmes codes et les mêmes valeurs.

On ne ferme pas toujours sa porte à clé, on laisse les fenêtres ouvertes. On ne se méfie pas, on est bienveillant et obligeant. Les rares véhicules de police prennent racine devant le commissariat, faute heureuse de besoin de courses poursuites endiablées dans les rues. On se promène à toute heure et en tout endroit sans crainte. Il n’y a ni grande criminalité, ni gangs, ni attentats, ni violences, ni agressions quotidiennes. Les rares problèmes sont dus au trafic de drogue sur les bateaux qui font escale, ou aux émigrants revenus car chassés des Etats-Unis.

On plante ce qui pousse naturellement, sans engrais, sans pesticides ; on mange ce que l’on pêche et ce que l’on cultive, et ce que l’on y cultive ferait envie au jardin des Hespérides.

Les paysages sont d’une beauté fière et indomptée, et se méritent au prix d’heures de marche et d’efforts pour en admirer la sublime palette de couleurs, contrastes et variétés. Des cratères de volcans succèdent aux massifs d’hortensias, des plateaux lunaires se détachent de sentiers perdus dans la brume, une flore luxuriante côtoie des sommets arides. Certains villages ne sont accessibles que par des sentiers glissants que l’ont ne parcourt qu’à pied ou à dos d’âne. Il s’en dégage une puissance humble, sûre d’elle même, d’avoir su conserver et chérir la splendeur de ce qui est et existe de Beau et de naturel.

Pas d’immeubles, pas de tours, peu de constructions laides modernes, un respect de la nature, jusqu’ici miraculeusement préservée, une compréhension et acceptation de ce qu’ « habiter un territoire » signifie réellement. La menace la plus grande actuelle étant le tourisme qui se développe. Espérons que l’appât du profit ne supplante pas ici aussi la volonté de préserver et de respecter. Des séismes et éruptions volcaniques ont souvent lieu, des pertes animales, humaines et matérielles sont à déplorer, mais cela paraît un bien maigre coût à payer dans le temps en comparaison de ce que l’on vit quotidiennement sur le continent, avec malheureusement plus aucun des avantages cités ci-dessus.

Comment revenir alors sans ressentir avec grande violence le contraste entre cette société cohérente et la nôtre, qui n’aurait jamais du cesser de l’être ? Ce n’est ni l’Atlantide ni les îles des Bienheureux, mais bel et bien un exemple de société vivante, vivable et possible qui subsiste, forte, de nos jours. Les raisons de ce succès ont-elles besoin d’être évoquées ?

Ad augusta per angusta

Aspasie/C.N.C.

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11/08/2016

Regard sur l’Actu #30: Terrorisme et immigration, ici et ailleurs

«L’année va être épouvantable jusqu'à l'élection présidentielle. » nous prédit Marc Trévidic, cet ancien juge anti-terroriste que l'on entend beaucoup ces derniers mois. Il poursuit: « La tentation va être grande pour l’organisation terroriste état islamique de s’en prendre au pays. On est dans une guerre en temps de paix. (...) Mon espérance à moyen terme, et je pense qu'on y arrivera, c’est l’essoufflement suite au degré d’horreur. » Si essoufflement il y a, j'imagine que ce ne sera pas au nombre d'attaques terroristes que l'Europe risque de subir... et de tous les changements qui vont en résulter dans nos sociétés.

Il faudrait déjà que les Etats entendent réagir comme il se doit pour contrer une menace qu'ils refusent de nommer: l'immigration-invasion de l'Europe. Tant que le Système actuel sera en place, rien ne changera. Quelles mascarades que cet état d'urgence et ses mesurettes! Freinées par la religion des Droits de l'Homme et une oligarchie lâche et égoïste, on constate que plus nous sommes attaqués, tués, ridiculisés, plus le Système s'enfonce dans son logiciel. Du pape François qui ne « ne pense pas qu’il soit juste d’associer islam et violences » aux médiats subventionnés voulant maintenant cacher l'identité et le nom des terroristes islamistes, suivant en cela les préconisations du gourou BHL, jamais la tête de l'autruche ne se sera enterrée si profondément! L'Etat fait semblant de réagir comme à l'accoutumée et la justice française fait tout son possible pour éviter les amalgames avec le succès que l'on connaît. Adel Kermiche, l'un des égorgeurs de Saint-Etienne-du-Rouvray, n'avait-il pas été remis en liberté alors qu'il constituait une menace grave?

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Ils nous haïssent dès leur plus jeune âge

La logique est imparable: des millions de non-Blancs installés sur notre continent nous vouent une haine implacable et ce, dès leur plus jeune âge (sur l'explication de cette haine, voir ici). Les cas de radicalisation d'adolescents issus de l'immigration extra-européenne abondent et ces dernières semaines n'ont pas été avares en révélations: dès 14/15 ans, on trouve des candidats pour partir en Syrie comme le rappelle Trévidic dans l'article cité plus haut et l'on a beaucoup parlé de Mourad Hamyd, beau-frère de Chérif Kouachi et soupçonné de participation dans l'attentat visant Charlie Hebdo. Lui qui était décrit par la presse comme « jeune lycéen sans histoire, petit frère rangé d’une famille élargie tourmentée »... Un dernier cas récent: cette adolescente de 16 ans interpellée à Melun pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et "provocation à la commission d'actes de terrorisme par un moyen de communication en ligne". Si les perquisitions n'ont rien donné et qu'on se dit qu'il y avait peu de chances qu'elle passe réellement à l'acte, il n'en demeure pas moins que ces différents cas sont très emblématiques de cette nouvelle génération qui n'entend pas vraiment obéir aux règles du vivrensemble!

Y a bon les aides!

D'après une enquête du Wall Street Journal, « au moins cinq des terroristes (des attentats de Paris et Bruxelles) touchaient des aides sociales ». Quel scoop! Qui n'a pas encore conscience que les communautés d'où proviennent les terroristes vivent (relativement bien d'ailleurs) grâce à la manne infinie des aides sociales? Même Salah Abdeslam « qui n'avait en théorie pas droit au chômage car il gérait un bar, avait reçu 19.000 euros d'aides sociales » en deux ans... Voilà bien résumée la situation de pays comme la France ou la Belgique! Quoi qu'ils fassent, qu'ils travaillent ou non, qu'ils grugent ou non, ils ont tous droit à la cascade d'aides! Pas de discrimination ici: les immigrés en priorité! Selon le même journal, « réclamer des allocations sociales est d'ailleurs l'un des conseils donné par le groupe État islamique (EI) pour obtenir "de l'argent facile" ». Ils auraient tort de se priver en même temps! Heureusement, le problème est pris à bras-le-corps par nos gouvernements et ça ne rigole plus:

« L'État belge affirme que depuis quelques mois les contrôles ont été renforcés. En France, en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark, plus d'une centaine d'individus ont ainsi été privés d'aides sociales après s'être rendus en Syrie. »

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Le tourisme dans une mauvaise période...

…qui ne fait sans doute que commencer! C'est Paris et l'Ile-de-France qui sont boudés en priorité. Moins 10% au niveau des nuitées sur le premier semestre 2016! Moins 56% de touristes japonais! Bref: « la peur des attentats fait fuir les touristes les plus aisés », ce qui est une nouvelle victoire de la Hollandie! Mais pas de panique au gouvernement, pensez! Le secrétaire d'Etat chargé de la promotion du tourisme, Matthias Fekl, trouve que tout roule: « la France a battu un record de fréquentation avec 85 millions de voyageurs alors qu'il y avait déjà des attentats ». Naviguons à courte vue alors! Matthias, si je puis me permettre, il n'y a pas que les attentats qui font fuir les touristes. Il aussi l'insécurité endémique de la capitale où nombre de touristes asiatiques se sont fait plumer ces derniers temps par de la racaille partageant bien souvent des origines communes avec les djihadistes... Quelle image de la France dans le monde! Quel rayonnement lui donnent ses enfants de papier qui, quand ils n'attaquent pas les touristes ici, profitent de leurs voyages (en Thaïlande par exemple où la racaille a pris ses quartiers) pour faire une publicité utile au développement du rayonnement de la France!

Même la braderie de Lille est annulée cette année! Monsieur Fekl, un commentaire? Les populations dont je parlais ont tellement changé le visage de la France que nous nous sommes habitués à voir disparaître nombre de festivités par peur des sempiternels « débordements » et « incivilités » mais la braderie de Lille qui n'aura pas lieu est un symbole fort. « La haine » (comme ils diraient dans les médiats), dans sa version terroriste (et non racaille), a encore gagné!

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Détour par le Maroc

Non, je ne suis pas allé passer mes vacances dans le royaume chérifien mais celui-ci m'intéresse car il constitue (certes moins que son voisin algérien) une menace réelle pour la France, l'Espagne et l'Europe de par la radicalisation croissante d'une partie de sa société. Prenons un exemple simple, lié à cette période estivale: les plages marocaines « sont désormais gardées pour prévenir les menaces d'individus munis d'armes blanches contre les femmes en maillot. » On lit dans le Point:

« À l'extrémité la plus radicale de l'éventail marocain, des fondamentalistes, cet été encore, ont tenté d'imposer l'interdiction du maillot de bain deux-pièces sur les plages, y compris pour les touristes – les Marocaines, elles, l'ont abandonné depuis longtemps. Les autorités n'ont évidemment pas donné suite. Mais il n'est plus rare du tout de voir, comme au Moyen-Orient, des femmes se baignant en longue robe, officiellement par « décence islamique »

Face à cette islamisation, une bonne partie de la société marocaine réclame pourtant plus de liberté de conscience et un poids moins fort de la religion. Inquiets par la tournure des choses, « les plus éduqués rêvent de plus en plus de partir faute de pouvoir vivre à leur guise ». En somme, des nouveaux immigrés pour l'Europe et un pays dont la dangerosité ne va que décupler à deux pas de nos frontières méridionales... Quelles bonnes nouvelles pour nous! Heureusement que les autorités marocaines sont moins timides que les nôtres dans leur guerre contre le terrorisme! Le Maroc semble également un informateur de choix:

« En Europe, en particulier en France, les services marocains ont une grande réputation d'efficacité. Après l'attentat du Bataclan, ils avaient mis les services français sur la piste de l'appartement de Saint-Denis où s'était réfugié, chez une cousine d'origine marocaine, l'un des terroristes. On sait aujourd'hui que les Marocains avaient envoyé aux services français la photo de Petitjean, jeune converti français et un des deux tueurs qui ont assassiné le prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, les avertissant qu'il risquait de commettre un attentat. »

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Une résistance timide mais qui se développe

Face aux attentats et à toutes les menaces liées, on constate une variété d'actes de résistance dans notre pays et ailleurs. Cela va des formes les plus stupides (la ridicule « attaque » aux lardons d'une mosquée qui a vu son auteur se faire sérieusement condamner par une justice implacable dès qu'il s'agit de « Français de souche ») à des mesures locales salutaires telle celle du maire (divers droite) de Rive-de-Gier dans la Loire. Suite aux derniers actes terroristes, il « a annoncé mercredi qu’il refuserait dorénavant « systématiquement » toutes les demandes de rapprochement familial ou de séjour sur sa commune ». On espère que le FN suivra...

Quelques déclarations de personnalités osant s'exprimer dans cette société aseptisée sont à relever. Ce n'est pas grand chose mais c'est mieux que rien. La courageuse Brigitte Bardot a ainsi « choqué » les bien-pensants avec son «Stop à l'Aïd-el-Kebir humain» tandis que l'inénarrable Nadine Morano a dénoncé l' « invasion massive arabo-musulmane » que subit notre pays. C'est assez rare de l'entendre sous cette désignation pour être noté.

Par ailleurs, les peuples, constatant avec raison l'incapacité des Etats à les protéger, se ruent sur les armes d'auto-défense (ainsi en Allemagne). Cela ne semblera pas forcément révolutionnaire à tout le monde mais me paraît très positif car un réel changement s'opère dans les mentalités de ceux qui veulent bien voir. On passe d'une confiance aveugle envers l'Etat à une nécessité personnelle qui amène à reprendre ses responsabilités. Nous n'en sommes pas encore aux méthodes corses (voir ainsi les menaces du FLNC à l'encontre des « islamistes radicaux de Corse ») mais les choses avancent tout de même. Ne soyons donc pas de complets pessimistes. Si l'Europe, en cette période fondamentale de son histoire, refuse de reprendre en main son destin, elle crèvera.

Rüdiger / C.N.C.

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