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23/02/2017

Chronique animé: Shin Sekai Yori

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Dystopie et science-fiction ont toujours fait bon ménage. Parmi les œuvres plus emblématiques, nous retrouvons bien évidemment Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, publié en 1932 dans la langue de Shakespeare. Acclamé même par l’idéologie orthodoxe du moment, le roman décrit un futur sinistre. Bien sûr, nos chiens de garde prennent toujours le soin de s’arrêter au bon moment : aucun rapport entre le livre et la société actuelle, le mondialisme et le progressisme. Mieux vaut dénoncer la novlangue de l’administration Trump en feignant d’être soi-même une partie de Big Brother1. Ils sont drôles…

Revenons au sujet. Je parle de cette pépite à cause de son association à un roman japonais sorti en 2008 du nom de Shin Sekai Yori. Ecrit par Yusuke Kishi, auteur à succès au pays du Soleil, ce livre lui a permis de gagner un prix national de science-fiction là-bas. Les noms anglais du Meilleur des Mondes (« Brave New World ») et Shin Sekai Yori (« From the New World ») sont très proches. Par conséquent, on comprend aisément le rapprochement qui a été effectué à maintes reprises. Mais qu’en est-il réellement ? Pour le savoir, nous allons nous intéresser plus singulièrement à l’adaptation en série animée de Shin Sekai Yori, datant de 2011. En effet, il n’existe pas de traduction française officielle du livre.

L’histoire se situe mille ans après notre ère. Nous suivons Saki Watanabe, une fille âgée de 12 ans, et ses amis. Ils vivent dans une communauté agraire de 3000 habitants, possesseurs de puissants pouvoirs télékinésiques. Ce petit bout d’humanité subsiste quelque part au Japon dans un environnement idyllique de 50km2 délimité par une limite sacrée. Il n’existe pas de système monétaire et la technologie a involué. La science reste très présente mais elle est non progressiste et se borne à la compréhension du monde. Celui-ci est redevenu un lieu à découvrir, peuplé de créatures plus étranges les unes que les autres.

Malgré ce cadre quasi-utopique, on comprend que quelque chose de malsain se trame dès le premier épisode. La série ne se maintient pas dans le mystère, les tenants et les aboutissants se dévoilent rapidement. Les enfants sont justes incapables de décoder les événements, parce qu’ils sont modelés dès leur plus jeune âge. Le but est de contrôler leurs pouvoirs qui peuvent mettre en danger toute la stabilité de la société. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.


Comme dans Le meilleur des mondes, la manipulation mentale et le conditionnement caractérisent cet univers. L’originalité de Shin Sekai Yori est d’utiliser le bouddhisme Zen, une éducation ouverte, l’entraide, l’amour comme instruments de contrôle. On peut également faire un parallèle avec le livre d’Huxley sur l’importance de l’usage du sexe mais la comparaison trouve ici sa limite, comme nous allons le voir. Les humains de Shin Sekai Yori emploient le sexe à la manière des Bonobos2 pour résoudre les conflits et atténuer le stress. Ne soyez donc pas étonné de voir de l’homosexualité. Cette mention des bonobos et d’autres éléments indiquent que l’auteur a puisé abondamment dans la littérature biologiste et évolutionniste, plus particulièrement celle liée à l’éthologie. Ce n’est pas pour rien que les « extaterranus » sont proches des rats taupes nus. Il est à noter que le célèbre éthologiste Konrad Lorenz est mentionné clairement à une reprise dans le roman.

Par mégarde, beaucoup de commentateurs se sont trompés et ont associé trop hâtivement Shinsekai Yori et Le meilleur des mondes à cause de leurs titres semblables. Or, L’agression, une histoire naturelle du mal de Konrad Lorenz transpire tout au long du déroulement de l’intrigue de manière plus abondante. La série interroge clairement les limites de l’éthique en les confrontant à celles de l’éthologie et on retrouve une partie des idées développées par notre scientifique germanophone.

En outre, ce n’est pas une vraie dystopie à proprement parler, la fin de l’Histoire n’a pas encore sonné. On retrouve en trame de fond une réflexion sur la vie des civilisations, les âges d’or et les âges sombres. Rien que ça ! J’en ai trouvé Shin Sekai Yori que plus palpitant. On sait par quel chemin nous entrons mais on est vraiment surprit vers là où on est amené. En la regardant, je me suis rappelé une fameuse citation de Lovecraft : « Les sciences, chacune allant dans sa propre direction, nous ont jusqu'ici fait peu de mal ; mais, un jour, l'imbrication de savoirs disparates ouvrira des fenêtres si terribles sur la réalité et sur notre position effrayante au sein de celle-ci, que tout ceci nous rendra fous ou nous fera fuir dans la sécurité d'un nouvel âge sombre. » De manière plus anecdotique, l’œuvre m’a fait aussi un peu penser à la façon dont le Japon traite sa période d’occupation de la Chine et de la Corée.

La richesse du propos est surprenante car il sait se renouveler au cours du récit et nous lance un pavé au milieu de la mare dans la dernière ligne droite. Cette série qui semble anodine sort à maintes reprises des cadres de la bien-pensance. D’une façon assez cocasse, certaines personnes l’ont remarqué et ont crié au loup puisque quand on décode le message final, il est assez couillu. La science-fiction se sublime dans la description d’un réel, devenu quasi-interdit d’appréhension par des voies directes. Cependant cette médiation (forcément indirecte) empêche qu’une partie des spectateurs saisissent le propos, d’autant plus qu’ils sont dans une position bien souvent passive qui ne pousse aucunement à dépasser l’implication émotionnelle provoquée par la narration.

Porté par un scénario et un univers haletant, soutenue par une animation et une bande originale de qualité, j’ai ressenti l’influence, bien au-delà du Meilleur des mondes, d’autres grandes créations de la science-fiction. Comment ne pas penser à : Dune, La stratégie d’Ender, Nausicaä de la vallée du vent, Akira, Starship Troopers, Ghost In The Shell et Battle Royale3.

Un point qui m’a fait adorer Shin Sekai Yori est que nous ne sommes pas en présence d’une création manichéenne assez creuse comme le film The Giver dont Shin Sekai Yori partage des éléments en commun. Ici, le propos est tragique4 (au sens athénien du terme) sans être totalement amoral. Le mal est un sous-produit du bien et inversement selon les situations ainsi que les points de vues. Les droits de l’homme qui se confrontent enfin au réel.

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Malgré les louanges que j’ai adressés à cette pierre angulaire de l’animation japonaise, la série pâtit de quelques défauts, tous issus de son rythme particulier. Par exemple, elle fait le choix de ne pas poser le décor au premier épisode pour ensuite rétrograder dans les deux épisodes suivants. Regardez donc le premier épisode deux fois. Beaucoup d’informations y sont données et vous risquez de passer à côté de détails importants. D’autre part, j’aurais aimé que l’ouverture de la dernière partie soit développée davantage, nous aurions pu profiter du point de vue renouvelé de l’héroïne sur cette communauté si particulière. Autre aspect qui me chagrine est que beaucoup de personnages manquent un peu de développement, ils se font happer par l’histoire, ce qu’ils représentent et les réflexions qu’on développe à travers eux. Le scénario est tellement dense qu’il a fallu faire des choix pour le faire tenir sur 25 épisodes.

Heureusement les quelques défauts sont largement compensés par le reste. Shin Sekai Yori renouvelle son média grâce à son univers particulier, ses sujets de fonds normalement réservés à une niche et son scénario solide. Si je devais faire une liste des 5 meilleures séries d’animation que j’ai vues, elle en ferait partie, pour trois raisons que je n’ai pas mentionnées auparavant. Premièrement, le personnage principal est une réussite, une sorte de réconciliation entre Antigone et Créon, sans exagération. Deuxièmement, pour les questions qu’elles nous amènent à nous poser dont :

  • Est-ce que la vérité suffit à changer quelqu’un ?

  • Est-ce que tout le monde peut supporter la vérité ?

  • Devons-nous tout savoir ?

Troisièmement pour ces pointes philosophiques placées ici ou là du genre : « La résistance d’une chaine ne dépend que de son maillon le plus faible. » Je vous laisse méditer là-dessus. Bon visionnage. Et, si vous avez le courage, jetez un coup d’œil ensuite au roman qui est très proche de son adaptation5.

PS : Michel Drac a très bien présenté le livre majeur de Konrad Lorenz sur l’agression. Un bon complément qui vous fera comprendre Shin Sekai Yori. Vidéo ici.

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

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1 http://mashable.france24.com/divertissement/20170128-donald-trump-1984-george-orwell

2 Le livre la voie virile montre une dichotomie intéressante ente communautés de bonobos et communautés de chimpanzés.

3 La peur que la prochaine génération détruit tout

4 Le fait aussi qu’on connait une partie des évènements à l’avance me fait dire que Shin Sekai Yori a un côté tragique.

5 Vous pouvez trouver une traduction officieuse en anglais.

 

25/01/2017

Chronique de film : Your Name de Makato Shinkai

Chronique de film : Your Name de Makato Shinkai

Sortez le champagne, ce n’est pas tous les jours que vous me verrez écrire un article pour émettre un avis positif sur une comédie romantique en salle. Celles que j’ai appréciées se comptent sur les doigts d'une main. Mais je dois bien admettre que Your Name, est une vraie réussite. A l’heure où je vous parle, ce film d’animation japonais est en train d’exploser le box-office1, dépassant même les réalisations d’Hayao Miyazaki.

Your Name est réalisé par Makato Shinkai, adapté d’un roman écrit par Shinkai lui-même. La première œuvre que j’ai regardé de lui s’appelle la voix d'une étoile (The Voices of a Distant Star). Ce court-métrage mélange subtilement la Guerre Eternelle, chef d’œuvre de la littérature de science-fiction2, et Neon Genesis Evangelion, véritable OVNI dont je n’ai jamais compris les raisons de sa popularité. Dans ce court animé de 25 minutes, on retrouve déjà les thèmes favoris de l’artiste: le temps, la distance, l’amour, l’espace. On y aperçoit aussi sa patte graphique, avec l’utilisation de l’After Effect, qui sert à mettre en œuvre des moments purement poétiques.

J’avais trouvé excellent 5 centimètres par seconde et The Garden of Words, enfin des œuvres récentes qui parlaient d’amour intelligemment et que je ne trouvais pas ridicules. Alors que par le passé Makato Shinkai donnait une vision de l’amour plutôt amère dans Your Name elle se veut plus douce sans être niaise pour autant. J’y reconnais une histoire typique d’Extrême-Orient avec toute sa naïveté reposante. Cette naïveté ne peut perdurer en Europe à l’heure du grand remplacement et de la cas-socialisation. Nos rues sont trop sales et nos concitoyens trop aliénés pour que la magie et la poésie y trouvent leur place.

Je ne veux pas vous gâcher la découverte du scénario de Your Name, c’est pourquoi je ne m’y attarderai pas. Le film est assez riche pour écrire sur d’autres aspects tout aussi intéressants. Je pense notamment à la représentation du japon urbain et du japon rural. J’ai particulièrement aimé comment ces deux mondes sont employés pour traiter du thème de la tradition. De mon point de vue, l’auteur cherche à nous montrer que même si tous les détails de la tradition ont été perdus, il reste quand même l’esprit qui les anime, la conscience de sa place dans l’univers. « La tradition c’est ce qui ne passe pas » écrivait Dominique Venner. Pourtant, le réalisateur montre d’un autre côté que finalement toutes les traditions tendent à se perdre dans notre vie urbanisée et hyper-individualisée3. Par le film, on sent que le Japon traverse une véritable crise existentielle qui rentre en résonance avec leur rapport particulier à l’éphémère et aux catastrophes. Je ne nommerai pas cette transformation comme étant l’occidentalisation du Japon mais bien une domestication face à la marchandise.

J’ai adoré le film pour ces purs moments de contemplation, ces moments où le réalisateur pointe l’index vers l’infini, une de ses marques de fabrique. Si vous avez aimé Interstellar pour certains plans magnifiques, vous ne serez pas déçu avec Your Name. Toute la beauté, la violence, l’immanence, l’éternité de la nature y sont superbement représentés. Makato Shinkai développe un animisme hérité du Shintoïsme et il va bien au-delà. J’y ai vu un rapport au divin proche d’un certain paganisme, un panthéisme pour tout dire qui ne se limite pas à l’immanence pure. Ici, le monothéisme et le polythéisme sont les deux faces d’une même pièce. Il est tout, il est un, il est multiple. La plupart des personnes passeront à côté de sujet puisque nous sommes devenus incapable de le voir. Je demeure tout de même assez surpris de ne pas avoir lu de chronique le mentionnant car, il est central dans le déroulement du film. Me rappelant Louis-Ferdinand Céline, je crois que « nous rêvons d'être sans légende, sans mystère, sans grandeur. Les cieux nous vomissent. »4.

Beaucoup parlent d’un chef d’œuvre comparable voire supérieur au Voyage de Chihiro. De mon côté, je trouve que c’est une perte de temps que de vouloir départager deux perles. D’autre part, je n’ai pas toutes les clés pour comprendre ce qui fait le génie d’une création. Tout ce que je peux affirmer est que vous devez le voir en famille et plus particulièrement en couple, vous ne perdrez pas votre temps.

Valentin/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

1 http://www.lefigaro.fr/cinema/2017/01/22/03002-20170122ARTFIG00010--your-name-le-n1-des-films-japonais-rentre-dans-le-box-office-mondial.php

2 Je l’avais découvert grâce à une vidéo de Piero San Giorgio. Il n’est pas juste divertissant mais nourrit véritablement l’esprit, aidant à mieux comprendre notre présent et notre futur.

3 Cela ne nous rend pas plus indépendants pour autant.

4 Louis-Ferdinand CÉLINE, Les Beaux Draps

 

22/10/2016

Chronique de film : L'Odyssée de Jérôme Salle (2016)

 L'Odyssée de Jérôme Salle (2016)

odyssée cousteau.jpgAutour de la figure de Jacques-Yves Cousteau, interprété par Lambert Wilson, L'Odyssée, film de Jérôme Salle, César du meilleur premier film pour Anthony Zimmer, nous entraîne dans trente années qui vont forger un mythe en même temps que changer le monde : 1949-1979. Deux mondes que toute oppose. Derrière l'Odyssée, nous assistons plutôt à une série d'odyssées, celle de la famille Cousteau, celle de la France triomphante des Trente Glorieuses, celle, au final, de l'écologie balbutiante.

Le film démarre en 1949, Jacques-Yves Cousteau, marié à Simone Melchior, fille et petite fille d'Amiral, quitte la Marine nationale et décide de mener différentes campagnes océanographiques. Il achète alors la Calypso, qu'il retape avec famille et volontaires et avec laquelle il va mener des expéditions financées par des sociétés pétrolières prospectant pour l'extraction offshore puis par une chaîne de télévision états-unienne. En 1979, le film se termine au moment de la mort de son deuxième fils, Philippe, dans un accident avec son hydravion sur le Tage.

Centré sur les rapports complexes avec son fils Philippe, la narration est assez classique, voire convenue, mais les scènes d'exploration sous-marine et Antarctique rehaussent l'ensemble. Vous saurez vous laisser entraîner dans ses différentes aventures sur ces nouveaux fronts pionniers vers les confins du monde des glaces et du monde sous-marin. Le film peut toutefois s'avérer poignant tant il rentre dans l'intimité du Commandant et de sa famille. Devenant de plus en plus détestable au fur et à mesure du film mais sachant regagner la sympathie du spectateur, celui-ci est bousculé dans ses représentations par son fils Philippe, préoccupé par l'écologie. Une Odyssée ? Au sens littéraire sûrement, au sens d'Homère, pas vraiment, tant J.Y.C. se laisse happer par les tentations de son époque. Simone Melchior semble une bien terne Pénélope, écumant son Whisky dans les logis de la Calypso...

Le rêve Cousteau se transforme ainsi peu à peu en cauchemar pour son équipage et son épouse, attachés à la Calypso, alors que le Commandant se rend dans les soirées mondaines à New-York ou à Paris. La décrépitude de son épouse, qui ressemble de plus en plus à une tenancière de bistrot de province, contraste avec l'allure de son mari, toujours impeccablement habillé, signant des autographes et séduisant les femmes. L'archétype de l'homme français, séducteur et agaçant qui parvient parfois à conquérir l'Amérique.

Mais peut-on vraiment, à la fin du film, se défier de l'homme au bonnet rouge ? Pas vraiment. Le père et le mari ont sûrement, comme tout homme, leur part d'ombre et leurs limites, mais Cousteau est au-delà de ça. Déterminé et égoïste mais surtout génie et pionnier, il est à l'origine du moratoire qui empêche l'exploitation de l'Antarctique jusqu'en 2048. Ses apports au monde de la plongée et à la connaissance des mondes sous-marins nous sont aujourd'hui précieux. Paul Watson, fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society en 1977 le compte comme l'une de ses inspirations.

Utopiste, homme de son temps, le mythe Cousteau méritait-il d'être abordé sous un angle aussi intimiste ? C'est essentiellement sur ce point que les critiques pourront débattre. Et les conflits d'héritage entre sa nouvelle épouse et son fils Jean-Michel n'y sont probablement pas pour rien. En s'arrêtant en 1979, à la mort de Philippe, après une discussion avec Jean-Michel et sur une image de la famille réunie en 1949, le film ne cherche-t-il pas à s’immiscer dans ses querelles de famille ? Etait-il cependant nécessaire de dépeindre cet homme d'exception sous les traits aussi banals d'un père de famille inattentionné ou d'un mari volage ? Les Français ont-ils toujours besoin d'égratigner leurs icônes et de faire leur examen de conscience ? Si l'Odyssée redonne la part belle à ses proches, le film montre en définitive que rien de toute cette aventure n'aurait été possible sans la vision et la flamme ardente du Commandant. Nul n'est irremplaçable ? Pas sûr... Avec la fin de Cousteau, c'est aussi une certaine France qui s'est éteinte, une France ambitieuse et sûre d'elle-même. Quelque chose que nos enfants ne connaîtront sûrement jamais.

Jean/C.N.C.

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19/10/2016

Copier-Cloner (court métrage de Louis Rigaud)


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16/10/2016

Chronique de film : Captain Fantastic de Matt Ross

 Captain Fantastic de Matt Ross (2016)

captain fantastic.jpgMarteau de Thor autour du cou, Viggo Mortensen nous conduit dans Captain Fantastic à vivre une véritable aventure entre deux mondes que tout oppose. Lui, en père de famille écolo vivant avec ses enfants dans une forêt du nord-ouest des Etats-Unis, et le reste de sa famille, représentant l'Amérique industrielle, consumériste, protestante et bourgeoise. Mais ne nous y trompons pas, le film n'est pas véritablement manichéen. Il est plutôt une porte ouverte à la réflexion sur notre monde, mais aussi sur les façons de s'en extraire.

Car l'éducation des enfants de Ben Cash, le nom du personnage qu'incarne Viggo Mortensen, n'est pas du tout une éducation babacool. L'idéal de ce père de famille omnipotent, c'est la République de Platon, celle des philosophes rois et les enfants sont élevé à la dure : entraînement intensifs, maniement des armes, alpinisme extrême, chasse au couteau, etc... on est loin des caricatures du hippie loufoque refaisant le monde entre deux pétards. De drogue d'ailleurs ici il n'en est pas question. On parle de nourriture bio et locale et les enfants maîtrisent les sciences, la philosophie politique ou la musique classique dès le plus jeune âge.

Privilégiant la discussion et l'élévation intellectuelle, les enfants de la famille Cash sont en complet décalage avec leurs cousins, ignares et férus de jeux videos violents et abrutissants. Une éducation que tout oppose. Chez les Cash, on ne cache pas la vérité aux enfants, même à leur plus jeune âge, il n'y a pas de tabou, ni sur la nudité, ni sur la sexualité, ni sur la violence, ni sur la mort. A l'inverse de la famille de leurs cousins, où les tabous sont nombreux. La question se pose ici, les adultes ne pensent-ils pas trop souvent à la place de leurs enfants, les préservant de la réalité de la vie dans ce qu'elle peut avoir de dur, mais les exposant à bien d'autres dangers : l'ignorance ou la bouffe chimique.

C'est parce qu'ils connaissent la vérité que les enfants apprennent à gérer le décès de leur mère, élément qui va permettre à l'histoire de prendre son envol. A travers ce drame, qui se mue souvent en comédie, et qui vous conduira sûrement à manifester une palette d'émotions très différentes, on peut trouver des allusions à d'autres films comme Little Miss Sunshine ou La Route. La mort de la mère et la complicité qui existe entre M. Cash et son fils, Bodevan, n'est pas sans rappeler le film de John Hillcoat qui amène à réfléchir sur notre dépendance à la société industrielle.

Mais ce film est aussi un moyen de pointer les contradictions d'un père qui peut se muer en despote. Son aversion pour le christianisme touche ses limites dans une allusion subtile aux communautés chrétiennes vivant en marge de la modernité. Le protestantisme ne se limite pas au capitalisme de Max Weber et aux éléments caricaturaux du parti républicain. Son anti-nationalisme new age tranche avec une éducation enracinée, hygiéniste et guerrière. Sa soif de liberté avec son refus d'accepter les choix de ses proches.

De limite, il est question dans ce film, car c'est bien l'absence de limite qui conduit les deux modèles vers l'absurde. Tout l'intérêt du film réside donc dans la dernière partie à savoir comment ces contradictions vont se résoudre. Si la trame narrative est assez classique, Captain Fantastic est un film à voir d'urgence, qui mettra mal à l'aise les hommes post-modernes que nous sommes mais qui espérons le, conduira à de substantielles évolutions dans notre rapport à notre environnement, à l'éducation des enfants, à notre corps et aux autres.

Jean/C.N.C.

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08/10/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Drogue

 Et si la drogue venait à disparaître ? En Amérique du Sud, en Asie, la production de cocaïne, héroïne et cannabis connaît une baisse constante. Certes, de nouvelles drogues font leur apparition mais, globalement, la tendance se révèle être à la baisse. La lutte contre les cartels de Colombie et du Mexique semble enfin porter ses fruits tandis que les pressions internationales s'accentuent sur les pays producteurs du centre asiatique dont les gouvernements semblent prendre le problème à bras le corps. Egalement dans le reste du monde. Moyennant contreparties, ça aide... A l'exception de l'Amérique du Sud et contre toute attente, les producteurs de stupéfiants n'opposent pas la résistance la plus farouche. Plus particulièrement en Afghanistan, au Pakistan, en Iran, en Turquie, en Egypte, au Maroc, au Kenya, au Burkina Faso ou au Nigéria. Oh !... pas par philanthropie rassurez-vous ! Quelles sont les nouvelles marottes des narcotrafiquants ? Le trafic d'armes ? Trop cher et dangereux ! La fausse monnaie ? Les organes ? Trop contraignant ! Non, le top du top, le nec plus ultra aujourd'hui, c'est le trafic d'êtres humains. La prostitution direz-vous alors ? Mais c'est que ça coûte cher de loger, nourrir et soigner des damoiselles. Quel trafic d'êtres humains alors ? Curieuse coïncidence ? Les Etats mentionnés plus haut calquent quasi-parfaitement ceux concernés par le déferlement migratoire, pays d'émigration ou de transit, qui sévit et s'accentue sur notre vieux continent. C'est pratique des migrants. Pas de stockage, pas de coûts de production. Juste quelques frais logistiques et encore... la marchandise n'est pas regardante. Etablir ce lien est-il signe de pensée démente ? En réalité, pourquoi les trafiquants se priveraient-ils d'abandonner les trafics traditionnels pour d'autres transactions tout aussi juteuses et moins risquées ? Car les nouveaux clients des dealers ne sont autres que les nouvelles élites négrières. Avouons que ça change du junkie obligé de faucher un téléphone pour se payer sa dose ! Gouvernants et financiers se délectent de voir arriver la marchandise en quantités toujours plus importantes. Les autorités sont même prestement dépêchées pour recueillir le fruit illicite des nouvelles routes de trafics internationaux. C'est un peu comme si les douaniers du port de Marseille accouraient, sourire aux lèvres et bras grands ouverts, pour demeurer ébaubis devant des containers débarquant moult cocaïne et résine de cannabis. Les migrants sonneront peut-être le glas de la came... Et si la drogue venait à disparaître, arrêterions-nous pour autant d'être tous des toxicomanes en puissance ? Car si la drogue est un produit de synthèse, que d'autres sont les additifs alimentaires comme la cellulose microcristalline E460 contenue dans cette délicieuse saute risotto que vous appréciez tant ou l'acide benzoïque E210 qui fait de vos raviolis préférés un véritable délice pour vos papilles ? Le junkie du coin de la rue est juste un peu plus drogué que les autres... Il est même finalement plus traditionaliste ou conservateur ! Plus de dealers, plus de drogues, l'empoisonnement légal est devenu obligatoire ! Tels des hackers qui conceptualisent des virus pour mieux vendre l'anti-virus, Monsanto crée des cancers qu'entretient Bayer, bailleur de fonds du nouveau cartel supranational qui se dessine. Bayer rachète donc Monsanto. Si Pablo Escobar avait épousé Al Capone, on ne serait qu'à des années lumières de ce mariage criminel. La lune de fiel, c'est vous qui la payez ! Récapitulons ! Des trafiquants convoient des migrants pour travailler à bas salaire dans des usines, pour certaines participant de l'empoisonnement général de la population mondiale. La boucle est bouclée. Schéma simpliste ? Tant pis ! Snif...

 

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L'HOMME AU BRAS D'OR

Titre original : The Man with the golden arm

Film américain d'Otto Preminger (1955)

A Chicago, Frankie Machine est croupier dans le tripot clandestin de Schwiefka. Sa femme Zosh demeure prisonnière de son fauteuil roulant, les deux jambes paralysées, après un accident dont le croupier est responsable. Evidemment, elle ne manque pas de lui en vouloir. Pour s'extirper de son infernal quotidien, Machine a sombré dans la dépendance à la morphine. De retour dans le foyer après une énième cure de désintoxication, il manifeste un désir ardent de changer de vie et devenir batteur dans un orchestre de jazz, après s'être essayé à l'instrument en cure. Mais le toxicomane a le plus grand mal à décrocher ; tenu qu'il est par son dealer Louïe auprès de qui il a contracté des dettes. Par ailleurs, Machine se sent de plus en plus troublé par sa voisine Molly qui tente de lui venir en aider pour un sevrage total. Sentant son mari s'éloigner, Zosh voit d'un mauvais œil les ambitions artistiques de son mari qui l'éloignerait du domicile, de même que son rapprochement avec la voisine...

Adaptée du roman de Nelson Algren, l'œuvre de Preminger est la première grande production hollywoodienne à évoquer le sujet de la toxicomanie et les ravages qu'elle engendre. La drogue, ce sujet alors tabou aux Etats-Unis... C'est sans surprise que la censure y mit sa pincée de poudre en refusant le visa de sortie d'un film jugé immoral. Un film qui a bien évidemment vieilli au regard des productions contemporaines. L'Homme de Preminger montre une vision trop feutrée des prises de drogue et la réalisation sombre trop souvent dans le mélodrame le plus effroyable. Il n'en reste pas moins que sont tout simplement génialissimes les séquences de sevrage du héros, magistralement interprété par Frank Sinatra dont l'investissement fut total. Une valeur sûre du cinéma noir américain à la mise en scène brillante.

 

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LAS VEGAS PARANO

Titre original : Fear and loathing in Las Vegas

Film américain de Terry Gilliam (1998)

1971, le journaliste Raoul Duke roule en direction de la ville du péché, accompagné de son avocat Maître Gonzo. Duke est chargé par sa rédaction de couvrir la célèbre course de motos des 400 miles qui se double d'une grande fête populaire. Les deux acolytes sont effectivement parfaitement disposés à goûter à tous les plaisirs stimulants, emmenant avec eux un large panel de stupéfiants: cocaïne, marijuana, poppers, mescaline et autres psychotropes. Profondément immatures, l'avocat et le journaliste refusent la mort de l'Amérique insouciante des années 1960 et le retour d'un certain puritanisme. Défoncés aux acides, le duo ne manque pas d'attirer l'attention sur eux dès leur arrivée à l'hôtel. Leur état ne s'améliore guère le lendemain et jour de la course. Pénible est le réveil au troisième jour, à plus forte raison lorsque Duke constate que la chambre d'hôtel est saccagée et que Gonzo a repris l'avion en direction de Los Angeles. Duke prend la fuite à son tour mais la police a tôt fait de le rattraper...

Séparé des Monty Python, Gilliam passe seul derrière la caméra et entreprend l'adaptation au cinéma du roman Fear and loathing in Las Vegas : A savage journey to the heart of the American dream de Hunter S. Thompson. Si Johnny Depp et Benicio del Toro se montrent à la hauteur et sauvent la réalisation du naufrage total, Las Vegas Parano ne réjouira que les bas de plafond se complaisant dans cette succession fatigante de délires hallucinatoires de peu d'intérêt. Le film ne manque pourtant pas d'égratigner le consumérisme et l'impérialisme américain au Viet Nâm, mais le tout est noyé dans un psychédélisme confus et outrancier. Cuisant échec commercial lors de sa sortie, le film devint culte peu après pour une raison que le cinéphile ignore. La bande originale, en revanche, vaut un long détour jusque la Cité du vice.

 

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MARIA, PLEINE DE GRÂCE

Titre original : Maria full of Grace

Film américano-colombo-équatorien de Joshua Marston (2004)

Elle est belle Maria, cette jeune colombienne de 17 printemps ! Elle est belle et elle se désespère d'étouffer dans sa petite ville de la banlieue de Bogota. Maria Alvarez est tellement belle qu'elle n'aura pas tardé à succomber à l'amour. Maria est belle et enceinte de trois mois d'un piètre mécanicien peu enclin à se soucier de son avenir. Maria vit chichement dans une petite maison surpeuplée de rien moins que sa mère, grand-mère, sœur et son neveu. Au sein de la maison, notre Cendrillon latina est exploitée par sa famille avec les tâches ménagères autant que par son employeur dans la plantation de roses dans laquelle elle travaille. Maria n'a qu'un rêve : fuir sa vie pour en commencer une autre. Elle rencontre Franklin et Javier. Les deux hommes constituent une fantastique opportunité pour aider la belle à quitter la Colombie. Mais Javier est un narcotrafiquant qui transforme Maria en mule, chargée de convoyer aux Etats-Unis 70 boulettes de cocaïne dans son estomac. Elle est belle Maria...

Au péril de leur vie, les mules franchissent les douanes l'estomac chargé de sachets compressés de cocaïne. La moindre fissure de l'un d'eux, et c'est l'overdose assurée. Le moindre doute des douaniers, et ce sont de longues années passées à l'ombre des barreaux. L'on sent immédiatement que le réalisateur américain n'a pas pris le sujet à la légère et ne manqua pas de recueillir de nombreux témoignages pour augmenter la crédibilité de son film. Et c'est parfaitement réussi ! Cette réussite, on la doit aussi à la gracieuse Maria, pleine de Grâce. Et puisque Maria est belle, citons Catalina Sandino Moreno qui campe brillamment son rôle de jeune femme aussi libre que fragile et innocente, et rêveuse d'une autre vie. La scène lors de laquelle Maria ingurgite, selon un processus strict car vital, chaque boulette de cocaïne qui va accompagner plusieurs milliers de kilomètres durant son fœtus, est une merveille de cinéma. Un film d'une force extraordinaire à voir absolument.

 

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OUBIER PALERME

Titre original : Dimenticare Palermo

Film italien de Francesco Rosi (1989)

Carmine Bonavia se déclare candidat à la mairie de New York. La lutte contre le trafic de drogue constitue le thème principal du candidat d'origine sicilienne. Au cours de sa campagne électorale, Bonavia rencontre Gianna, une jeune journaliste italienne qui lui suggère au contraire de mener son combat contre la drogue par le prisme d'une légalisation qui ruinerait la Mafia. De même, Gianna lui conseille de se rendre à Palerme. Immigré de la deuxième génération, Bonavia n'a d'ailleurs pas oublié ses racines îliennes. Aussi, l'homme politique décide-t-il de joindre l'utile à l'agréable en suivant les conseils de la journaliste et en profitant des charmes palermitains lors de son voyage de noces avec sa jeune épouse Carrie. Le piège tendu par Gianna se referme sur Bonavia bientôt accusé du meurtre d'un jeune vendeur de fleurs. Tenant entre ses mains la carrière politique de Bonavia, Cosa Nostra enjoigne au candidat d'accepter un marché...

Valeur sûre du cinéma transalpin, Rosi est au crépuscule de sa carrière lorsqu'il transpose à l'écran le roman éponyme d'Edmonde Charles-Roux. Cinéaste engagé, le caractère du réalisateur s'émousse dans cet avant-dernier long-métrage. Plusieurs curieux raccourcis mêlés à quelques invraisemblances gâchent quelque peu un film puissamment porté par la musique d'Ennio Morricone. L'idée est pourtant plaisante : un métrage sur la drogue et la Mafia qui se double d'une quête identitaire d'un homme déraciné souhaitant renouer avec l'île que son père a quitté pour s'extirper du contexte lourd de violence qui gangrène la Sicile. L'on s'y perd quand même un peu parfois et le thème de la Mafia est mieux traité dans nombre d'autres films. Palerme est en revanche superbement représentée par le cinéaste. Pas le meilleur Rosi mais du Rosi quand même.

 

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REQUIEM FOR A DREAM

Film américain de Darren Aronofsky (2000)

Héroïnomane notoire, Harry Goldfarb ne fait rien de ses journées qu'il laisse filer en compagnie de sa petite amie Marion et de son ami Tyrone. Perpétuellement dans le nirvana, le trio espère une vie meilleure, très différente de celle qui se dessine à court terme tant il s'enfonce toujours plus dans le désespoir. En matière d'addiction, Harry est allé à bonne école. Sara, sa mère, souffre d'une autre drogue : la télévision. Veuve depuis de nombreuses années et vivant seule à Coney Island, elle n'a pour seul compagnon que son petit écran. Sara en est certaine ! Elle participera un jour à son émission préférée. Afin d'épouser au mieux les codes esthétiques de la télévision, la mère juive s'astreint à un régime draconien, composé de pilules amphétaminées, pour revêtir le jour J sa plus belle robe rouge. Les rares sorties de Sara l'amènent chez le prêteur sur gage. Elle aime son fils bien que celui-ci ne cesse de déposer son écran chez le prêteur pour se payer ses doses. Chacun à leur manière, ils vont connaître l'enfer...

Là encore, le réalisateur s'inspire d'un roman, cette fois-ci de Hubert Selby. Clint Mansell signe une des meilleures musiques de tous les temps pour ce film merveilleusement sordide ! Qui a vu Requiem en conserve un souvenir indélébile. Jamais le détail de l'existence explosivement terne d'un drogué n'a été montré avec autant de force que par Aronofsky qui use et abuse de tous les effets stylistiques modernes du cinéma. Rien ne semble pouvoir détourner les protagonistes de l'abîme destructeur dans lequel ils plongent progressivement. Les corps se désirent puis se décharnent. Marion se prostitue pour une simple dose. Le sang ne coule plus dans le bras gangréné de Harry. Sara s'inflige les pires tortures pour quelques minutes de gloire espérées à la télévision. La dernière demi-heure est un sommet hallucinant et hallucinatoire du cinéma. Bref un film magistral et éprouvant sur la toxicomanie au point qu'il demeure un sujet d'étude en faculté de psychologie.

 

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TRAINSPOTTING

Film anglais de Danny Boyle (1996)

Edimbourg dans les années 1990. Au chômage, Mark Renton a l'existence confuse de tout junkie qu'il est. Il peut difficilement compter sur ses amis pour le remettre dans le droit chemin. Lors de ses moments de lucidité, il se dit qu'il lui serait profitable de se séparer d'eux : Spud, un crétin encore plus héroïnomane que lui, Sick Boy le fan de James Bond, Tommy, ex-gars bien sous tous rapports, qui sombre dans la drogue maintenant qu'il a été plaqué par sa petit amie et Begbie. Si ce dernier est clean niveau drogue, il compense par une alcoolémie aiguë et d'inqualifiables crises de démence violente. Oui, pour Renton, décrocher de la drogue est synonyme de se séparer de ses douteux camarades. Tant bien que mal, le renaissant parvient à se sevrer et découvre d'autres plaisirs auprès de Diane, lycéenne délurée. Découvrant qu'elle n'est âgée que de quinze ans, Renton veut la quitter mais l'adolescente menace de le dénoncer. Autre vie, autres ennuis qui se cumulent bientôt aux précédents. Car le démon de l'héroïne réapparait...

Quand il n'a rien de mieux à faire, un trainspotter, ferrovipathe en français, observe les mouvements de locomotives et wagons dans les gares. Irvine Welsh est l'auteur du roman éponyme transposé à l'écran par Boyle qui lance la carrière d'Ewan McGregor au cinéma. Faisant s'alterner comédie et voyeurisme tragique, le cinéaste dépeint le quotidien d'une fine équipe de toxicomanes dans une Ecosse désenchantée, touchée de plein fouet par le chômage. L'on rit souvent à la vue de ces pieds nickelés finalement plus bêtes que méchants. Et l'on ressent un profond malaise en voyant le corps bleu de ce bébé mort faute de soins d'une mère qui ne fut pas héroïne. Lorsque le réalisateur se rend coupable de présenter le shoot comme un orgasme multiplié par mille, c'est pour mieux faire redescendre le spectateur à la glauque réalité. Un film dur, fort bien fait et sans concession. De New Order à Blur, la bande originale sonne bien.

 

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UN MAUVAIS FILS

Film français de Claude Sautet (1980)

Bruno Calgagni rentre en France après un long séjour de six années aux Etats-Unis. Condamné là-bas à cinq ans de pénitencier pour trafic d'héroïne, il n'aura guère eu le temps de faire du tourisme. Sa pauvre mère n'aura pas survécu à la douleur d'un fils emprisonné. Dès son atterrissage à Roissy, il est informé par la police des contrôles auxquels il devra se plier. Ouvrier dans le bâtiment, son père René accueille bon gré mal gré Bruno au sein du foyer familial parisien mais la situation se dégrade aussitôt ; le paternel accusant le fils du suicide de son épouse. Sur le chemin de la repentance, Bruno trouve un emploi temporaire de manutentionnaire. C'est ensuite dans une librairie que Bruno travaille. La librairie, tenue par l'homosexuel Adrien Dussart, réinsère plusieurs toxicomanes. Bruno y fait la connaissance de Catherine. Un soir de déprime, le couple replonge...

Du grand cinéma français ! Sautet nous avait habitué à croquer la bourgeoisie avec la plus grande acerbité. Il s'attache désormais au prolétariat. Que dire de ce film si ce n'est qu'il est tout ce que le spectateur recherche ? Profond, sobre, touchant, bien filmé, bien joué. Yves Robert est magistral, Jacques Dufilho extraordinaire et le couple Brigitte Fossey - Patrick Dewaere fonctionne à merveille. Un rôle malheureusement de composition pour le plus grand écorché vif du cinéma français adulé par ses compatriotes, détesté par l'intelligentsia culturelle et la critique. Au point que son nom fut supprimé de la distribution du film dans plusieurs journaux et remplacé par les initiales P.D. Dewaere avait commis le crime de lèse-majesté de frapper un journaliste qui l'avait trahi et révélé le secret de son prochain mariage. Raison de plus pour aimer Dewaere !

Virgile / C.N.C.

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