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23/02/2017

Chronique animé: Shin Sekai Yori

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Dystopie et science-fiction ont toujours fait bon ménage. Parmi les œuvres plus emblématiques, nous retrouvons bien évidemment Le meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, publié en 1932 dans la langue de Shakespeare. Acclamé même par l’idéologie orthodoxe du moment, le roman décrit un futur sinistre. Bien sûr, nos chiens de garde prennent toujours le soin de s’arrêter au bon moment : aucun rapport entre le livre et la société actuelle, le mondialisme et le progressisme. Mieux vaut dénoncer la novlangue de l’administration Trump en feignant d’être soi-même une partie de Big Brother1. Ils sont drôles…

Revenons au sujet. Je parle de cette pépite à cause de son association à un roman japonais sorti en 2008 du nom de Shin Sekai Yori. Ecrit par Yusuke Kishi, auteur à succès au pays du Soleil, ce livre lui a permis de gagner un prix national de science-fiction là-bas. Les noms anglais du Meilleur des Mondes (« Brave New World ») et Shin Sekai Yori (« From the New World ») sont très proches. Par conséquent, on comprend aisément le rapprochement qui a été effectué à maintes reprises. Mais qu’en est-il réellement ? Pour le savoir, nous allons nous intéresser plus singulièrement à l’adaptation en série animée de Shin Sekai Yori, datant de 2011. En effet, il n’existe pas de traduction française officielle du livre.

L’histoire se situe mille ans après notre ère. Nous suivons Saki Watanabe, une fille âgée de 12 ans, et ses amis. Ils vivent dans une communauté agraire de 3000 habitants, possesseurs de puissants pouvoirs télékinésiques. Ce petit bout d’humanité subsiste quelque part au Japon dans un environnement idyllique de 50km2 délimité par une limite sacrée. Il n’existe pas de système monétaire et la technologie a involué. La science reste très présente mais elle est non progressiste et se borne à la compréhension du monde. Celui-ci est redevenu un lieu à découvrir, peuplé de créatures plus étranges les unes que les autres.

Malgré ce cadre quasi-utopique, on comprend que quelque chose de malsain se trame dès le premier épisode. La série ne se maintient pas dans le mystère, les tenants et les aboutissants se dévoilent rapidement. Les enfants sont justes incapables de décoder les événements, parce qu’ils sont modelés dès leur plus jeune âge. Le but est de contrôler leurs pouvoirs qui peuvent mettre en danger toute la stabilité de la société. Je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.


Comme dans Le meilleur des mondes, la manipulation mentale et le conditionnement caractérisent cet univers. L’originalité de Shin Sekai Yori est d’utiliser le bouddhisme Zen, une éducation ouverte, l’entraide, l’amour comme instruments de contrôle. On peut également faire un parallèle avec le livre d’Huxley sur l’importance de l’usage du sexe mais la comparaison trouve ici sa limite, comme nous allons le voir. Les humains de Shin Sekai Yori emploient le sexe à la manière des Bonobos2 pour résoudre les conflits et atténuer le stress. Ne soyez donc pas étonné de voir de l’homosexualité. Cette mention des bonobos et d’autres éléments indiquent que l’auteur a puisé abondamment dans la littérature biologiste et évolutionniste, plus particulièrement celle liée à l’éthologie. Ce n’est pas pour rien que les « extaterranus » sont proches des rats taupes nus. Il est à noter que le célèbre éthologiste Konrad Lorenz est mentionné clairement à une reprise dans le roman.

Par mégarde, beaucoup de commentateurs se sont trompés et ont associé trop hâtivement Shinsekai Yori et Le meilleur des mondes à cause de leurs titres semblables. Or, L’agression, une histoire naturelle du mal de Konrad Lorenz transpire tout au long du déroulement de l’intrigue de manière plus abondante. La série interroge clairement les limites de l’éthique en les confrontant à celles de l’éthologie et on retrouve une partie des idées développées par notre scientifique germanophone.

En outre, ce n’est pas une vraie dystopie à proprement parler, la fin de l’Histoire n’a pas encore sonné. On retrouve en trame de fond une réflexion sur la vie des civilisations, les âges d’or et les âges sombres. Rien que ça ! J’en ai trouvé Shin Sekai Yori que plus palpitant. On sait par quel chemin nous entrons mais on est vraiment surprit vers là où on est amené. En la regardant, je me suis rappelé une fameuse citation de Lovecraft : « Les sciences, chacune allant dans sa propre direction, nous ont jusqu'ici fait peu de mal ; mais, un jour, l'imbrication de savoirs disparates ouvrira des fenêtres si terribles sur la réalité et sur notre position effrayante au sein de celle-ci, que tout ceci nous rendra fous ou nous fera fuir dans la sécurité d'un nouvel âge sombre. » De manière plus anecdotique, l’œuvre m’a fait aussi un peu penser à la façon dont le Japon traite sa période d’occupation de la Chine et de la Corée.

La richesse du propos est surprenante car il sait se renouveler au cours du récit et nous lance un pavé au milieu de la mare dans la dernière ligne droite. Cette série qui semble anodine sort à maintes reprises des cadres de la bien-pensance. D’une façon assez cocasse, certaines personnes l’ont remarqué et ont crié au loup puisque quand on décode le message final, il est assez couillu. La science-fiction se sublime dans la description d’un réel, devenu quasi-interdit d’appréhension par des voies directes. Cependant cette médiation (forcément indirecte) empêche qu’une partie des spectateurs saisissent le propos, d’autant plus qu’ils sont dans une position bien souvent passive qui ne pousse aucunement à dépasser l’implication émotionnelle provoquée par la narration.

Porté par un scénario et un univers haletant, soutenue par une animation et une bande originale de qualité, j’ai ressenti l’influence, bien au-delà du Meilleur des mondes, d’autres grandes créations de la science-fiction. Comment ne pas penser à : Dune, La stratégie d’Ender, Nausicaä de la vallée du vent, Akira, Starship Troopers, Ghost In The Shell et Battle Royale3.

Un point qui m’a fait adorer Shin Sekai Yori est que nous ne sommes pas en présence d’une création manichéenne assez creuse comme le film The Giver dont Shin Sekai Yori partage des éléments en commun. Ici, le propos est tragique4 (au sens athénien du terme) sans être totalement amoral. Le mal est un sous-produit du bien et inversement selon les situations ainsi que les points de vues. Les droits de l’homme qui se confrontent enfin au réel.

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Malgré les louanges que j’ai adressés à cette pierre angulaire de l’animation japonaise, la série pâtit de quelques défauts, tous issus de son rythme particulier. Par exemple, elle fait le choix de ne pas poser le décor au premier épisode pour ensuite rétrograder dans les deux épisodes suivants. Regardez donc le premier épisode deux fois. Beaucoup d’informations y sont données et vous risquez de passer à côté de détails importants. D’autre part, j’aurais aimé que l’ouverture de la dernière partie soit développée davantage, nous aurions pu profiter du point de vue renouvelé de l’héroïne sur cette communauté si particulière. Autre aspect qui me chagrine est que beaucoup de personnages manquent un peu de développement, ils se font happer par l’histoire, ce qu’ils représentent et les réflexions qu’on développe à travers eux. Le scénario est tellement dense qu’il a fallu faire des choix pour le faire tenir sur 25 épisodes.

Heureusement les quelques défauts sont largement compensés par le reste. Shin Sekai Yori renouvelle son média grâce à son univers particulier, ses sujets de fonds normalement réservés à une niche et son scénario solide. Si je devais faire une liste des 5 meilleures séries d’animation que j’ai vues, elle en ferait partie, pour trois raisons que je n’ai pas mentionnées auparavant. Premièrement, le personnage principal est une réussite, une sorte de réconciliation entre Antigone et Créon, sans exagération. Deuxièmement, pour les questions qu’elles nous amènent à nous poser dont :

  • Est-ce que la vérité suffit à changer quelqu’un ?

  • Est-ce que tout le monde peut supporter la vérité ?

  • Devons-nous tout savoir ?

Troisièmement pour ces pointes philosophiques placées ici ou là du genre : « La résistance d’une chaine ne dépend que de son maillon le plus faible. » Je vous laisse méditer là-dessus. Bon visionnage. Et, si vous avez le courage, jetez un coup d’œil ensuite au roman qui est très proche de son adaptation5.

PS : Michel Drac a très bien présenté le livre majeur de Konrad Lorenz sur l’agression. Un bon complément qui vous fera comprendre Shin Sekai Yori. Vidéo ici.

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

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1 http://mashable.france24.com/divertissement/20170128-donald-trump-1984-george-orwell

2 Le livre la voie virile montre une dichotomie intéressante ente communautés de bonobos et communautés de chimpanzés.

3 La peur que la prochaine génération détruit tout

4 Le fait aussi qu’on connait une partie des évènements à l’avance me fait dire que Shin Sekai Yori a un côté tragique.

5 Vous pouvez trouver une traduction officieuse en anglais.

 

20/02/2017

Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, homme politique né d’une PMA entre le grand capital et les Minotaures de la repentance (par Bernard Lugan)

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Lancé sur le marché politique tel un nouveau smartphone, vous êtes, Monsieur Macron, un ignorant butor dont les propos concernant la colonisation sont doublement inadmissibles.

1) En premier lieu parce qu’ils furent tenus à Alger, devant ces rentiers de l’indépendance qui, pour tenter de cacher leurs échecs, leurs rapines et la mise en coupe réglée de leur pays, mettent sans cesse la France en accusation.
Certains qui, parmi votre auditoire, applaudirent à vos propos d’homme soumis (cf. Houellebecq), et
devant lesquels vous vous comportâtes effectivement en dhimmi, sont en effet ceux qui, le 1er novembre 2016, publièrent un communiqué exigeant que la France :


« (…) présente des excuses officielles au peuple algérien pour les crimes commis durant les 132 ans de colonisation et pour les crimes coloniaux perpétrés à l’encontre du peuple algérien afin de rappeler les affres de la répression, de la torture, de l’exil, de l’extermination et de l’aliénation identitaire car l’histoire du colonialisme restera marquée par ses crimes de sang et ses pratiques inhumaines ».

Candidat à la présidence de la République française, vous avez donc donné votre caution à de telles exigences autant outrancières qu’insultantes. Ce faisant, vous vous êtes fait le complice des pressions et chantages que l’Algérie exerce à l’encontre de la France afin d’obtenir d’elle une augmentation du nombre des visas ou tel ou tel avantage diplomatique ou financier. En d’autres temps, vous auriez donc pu être poursuivi pour « Atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».

2) Ensuite parce que vos propos constituent non seulement un recul de l’état des connaissances, mais également le viol de ce consensus historique auquel étaient arrivés les historiens des deux rives de la Méditerranée. Or, par ignorance ou par misérable calcul électoraliste, vous les avez piétinés.
Au nom de quelle légitimité scientifique avez-vous d’ailleurs pu oser les tenir ? Avez-vous seulement entendu parler des travaux de Jacques Marseille, de ceux de Daniel Lefeuvre ou encore des miens ?

Oser parler de « crime contre l’humanité », maladroitement rectifié en « crime contre l’humain », au sujet de la colonisation revient en réalité à classer cette dernière au niveau des génocides du XXe siècle, ce qui est proprement scandaleux. Sur ce terrain, vous voilà donc encore plus en pointe que Christiane Taubira, ce qui n’est pas peu dire...
Pierre Vidal-Naquet, pourtant militant de la décolonisation et « porteur de valises » assumé du FLN écrivait à ce sujet :


« Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich est une entreprise idéologique frauduleuse, guère moins frelatée que l’identification, à Sétif, (…)  de la répression coloniale aux fours crématoires d’Auschwitz et au nazisme (…). Ou alors, si les massacres coloniaux annoncent le nazisme, on ne voit pas pourquoi la répression sanglante de la révolte de Spartacus, ou encore la Saint-Barthélemy, ne l’auraient pas tout autant annoncé… En histoire, il est dangereux de tout mélanger. Un sottisier peut-il tenir lieu d’œuvre de réflexion ? (…) L’air du temps de la dénonciation médiatique (…), le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique ».  J’ajoute électoralistes.

Vous devriez pourtant savoir, Monsieur le candidat à la présidence de la République, qu’en créant l’Algérie, la France donna un nom à une ancienne colonie ottomane, traça ses frontières, unifia ses populations, y créa une administration et toutes ses infrastructures.

Ce faisant, y aurait-elle commis  un « crime contre l’humanité » ou « contre l’humain » ? Les chiffres de l’accroissement de la population ne semblent pas l’indiquer puisqu’en 1830, la population musulmane de l’Algérie n’excédait pas 1 million d’habitants alors qu’en 1962 elle avait bondi à 12 millions.
Serait-ce donc en commettant des « crimes contre l’humanité » que la France, ses médecins et ses infirmiers soignèrent et vaccinèrent les populations et firent reculer la mortalité infantile ? Serait-ce parce qu’elle commettait des « crimes contre l’humain » que chaque année, à partir du lendemain du second conflit mondial, 250 000 naissances étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans ? A ce propos, relisons René Sédillot :


« La colonisation française a poussé l’ingénuité - ou la maladresse - jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle. (…)(L’histoire n’a pas de sens, Paris, 1965, page 71).

Enfin, puisque vos propos indécents tenus à Alger obligent à faire des bilans comptables, voici, Monsieur le candidat à la présidence de la République, celui qui peut être fait au sujet de l’Algérie française : en 132 années de présence, la France créa l’Algérie, l’unifia, draina ses marécages, bonifia ses terres, équipa le pays, soigna et multiplia ses populations, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait jamais possédé après y avoir découvert et mis en exploitation les sources d’énergie qui font aujourd’hui sa richesse. Comme je ne cesse de l’écrire depuis des années, en donnant l’indépendance à l’Algérie, la France y laissa 70.000 km de routes, 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l’Etat français ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités. Dès l’année 1848, et alors que la conquête de l’Algérie était loin d’être achevée, 16 000 enfants en  majorité musulmans étaient scolarisés. En 1937 ils étaient 104 748, en 1952 400 000 et en 1960 800 000 avec presque 17 000 classes, soit autant d’instituteurs dont les 2/3 étaient Français (Pierre Goinard, Algérie : l’œuvre française. Paris,  1986).

En 1962, il y avait en Algérie, un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants.
Tous ces équipements, toutes ces infrastructures, tous ces établissements ainsi que les personnels qui les faisaient fonctionner avaient été payés par la France et avec l’argent des Français.

Monsieur le candidat à la présidence de la République, je vous poste ce jour en RAR mon dernier livre « Algérie, l’histoire à l’endroit »[1], afin que vous puissiez mesurer l’abîme séparant la réalité historique de vos inacceptables propos.

Bernard Lugan

[1] Ce livre est uniquement disponible via l’Afrique Réelle. Pour le commander :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/nouveau-livre-de-bernard-lugan-algerie.html

Source: http://bernardlugan.blogspot.fr/

19/02/2017

Chronique littéraire: Xavier Eman "Une fin du monde sans importance"

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Xavier Eman, Une fin du monde sans importance

(Editions Krisis, 2016)

 

Pour dépeindre l'esprit de notre époque, les chroniques de Xavier Eman n'ont pas leur pareil. Après avoir écrit plusieurs dizaines (voire centaines) de ces chroniques originales prenant la forme de nouvelles, courts récits et autres réflexions, l'auteur publie enfin son premier recueil. Une fin du monde sans importance nous permet ainsi de retrouver une bonne soixantaine de ses textes, extraits d'Eléments ou de son blog A moy que chault.

Servies par une plume acerbe et un style d'écriture agréable, les chroniques de Xavier Eman témoignent d'un esprit aiguisé qui scrute le monde actuel avec amertume et réalisme. Pour cela, l'auteur utilise les scènes simples du quotidien, que ce soit une conversation avec les collègues de travail ou une visite au supermarché du coin. Le constat y est clair : le monde moderne est mou, petit, décrépi, minable même. L'obsession du paraître qui y règne n'a d'égal que le vide abyssal de ce qu'il a à proposer aux gens. C'est d'ailleurs ceux-ci, les gens qui nous entourent, les gens d'aujourd'hui, qui sont le principal sujet des réflexions et constatations de Xavier Eman. On pourrait même se demander si notre époque est comme elle l'est est à cause des gens ou si ceux-ci sont comme ça à cause d'elle...

Dans la plupart des chroniques, nous suivons le personnage de François, sorte d'anti-héros catalogué par ses contemporains comme « intello, réservé, assez laid, maladroit et taiseux ». Ajoutez-y un soupçon de cynisme et de méchanceté et vous y êtes ! C'est par les yeux et l'esprit de François que notre époque se voit analysée. Tous ses totems (le travail, la consommation, les loisirs, les petites habitudes...) sont mis à mal par l'ironie et la clairvoyance de François. Sorte de fataliste actif, il se débat, désabusé, entre les gens qu'il croise et côtoie au quotidien... Et que cette galerie de personnages emblématiques de notre temps est savoureuse ! Rebelles du dimanche, bourgeois suffisants, femmes modernes, couples et familles merdiques, tout le monde en prend pour son grade. François (l'auteur?) lui-même est traité à la même enseigne : il est loin d'être parfait, le sait et l'assume. Il constate la décrépitude d'une bonne partie de ce qui l'entoure mais a quand même la volonté d'évoluer... quand il ne s'enferme pas dans cet alcool-refuge qui lui paraît souvent être la seule manière de s'échapper de son environnement immédiat.

Ce qui est plaisant avec Xavier Eman, c'est que le lecteur peut se retrouver lui aussi piqué par une tirade assassine ou un trait d'esprit humoristique. Sommes-nous aussi parfaits que nous le pensons ? Sommes-nous vraiment ceux que nous disons être ? Vivons-nous en accord avec nos principes, avec nos valeurs ? Evitons-nous la facilité ? Avant de critiquer les autres, regardons-nous dans un miroir. Ce renvoi à certaines de nos imperfections est salvateur car il mène ceux qui veulent évoluer et grandir, ceux qui, surtout, en ont la volonté (un terme qui n'a jamais paru si inactuel) au chemin exigeant de la verticalité.

Ann et Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

14/02/2017

Paris Violence "Impossible n'est pas français" (Démos et raretés 1995)

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07/02/2017

Illusions perdues et contradictions inextricables de la droite souverainiste !

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Illusions perdues et contradictions inextricables de la droite souverainiste !

Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt le dernier hors-série de la Nouvelle Revue d’Histoire, No 13 d’Automne-hiver 2016, ayant comme sujet de dossier « Terrorismes-Histoire et actualité ». Un tel sujet était effectivement, par les temps mouvementés et cruciaux pour l’avenir de notre civilisation qui courent, plus que d’actualité. Dans cette lecture édifiante, nous avons apprécié la qualité d’une série d’articles qui revisitaient l’histoire du terrorisme contemporain depuis ses débuts (royalistes ou jacobins) et à travers ses manifestations les plus emblématiques (anarchistes de la fin du XIXe, indépendantistes et terroristes d’extrême gauche du XXe etc). Parmi d’autres contributions, on a remarqué tout particulièrement celle de Gabriele Adinolfi (1) qui présentait les « années de plomb » sous un point de vue différent de celui des documentaires et des dossiers des médias systémiques ou des ouvrages des spécialistes attitrés des « droites extrêmes européennes ».

La partie pourtant la plus intéressante du dossier, pour le temps présent, était celle consacrée au terrorisme islamique, nouvelle réalité à laquelle sont confrontés la plupart des peuples de l’Europe de l’ouest aujourd’hui. On pouvait donc s’attendre à ce que ce sujet de la plus grande importance fût le plus amplement traité. Après deux articles sur la question de savoir si le terrorisme est « consubstantiel à l’Islam » ainsi que sur les sources du financement du terrorisme, on tomba sur un article plus étendu signé par Yvan Blot et intitulé « Le terrorisme islamiste en France Histoire et perspectives ».

L’auteur n’est pas un inconnu : ancien membre du GRECE, ainsi que cofondateur du Club de l’Horloge avec Henry de Lesquen, il est passé par la plupart des formations de la droite républicaine, nationale et/ou souverainiste (RPR, FN, UMP, RIF) pour être présenté aujourd’hui, au sein d’un milieu national et identitaire en pleine déroute idéologique, en tant que spécialiste bien averti de l’Islam radical ou comme il dit « révolutionnaire ». Il est également l’auteur, entre autres, du livre « Le terrorisme islamiste une menace révolutionnaire », publié aux éditions Apopsix ainsi que de « La Russie de Poutine », ouvrage dithyrambique (préfacé aussi par Philippe de Villiers) à classer dans la production littéraire du nouveau tropisme de la droite nationale et souverainiste.

Dès le début de son article et jusqu’à la fin, Yvan Blot qualifie d’une manière très répétée l’islamisme radical de « mouvement révolutionnaire » ; son but avoué et assumé est de distinguer cet « islamisme révolutionnaire » de l’Islam ou de l’ensemble des musulmans afin de le placer dans la même catégorie anthropologique, « révolutionnaire » et a-morale que le nihilisme anarchiste, le communisme ou les fascismes. Il nous met bien sûr avant tout en garde en signalant que « cet islamisme révolutionnaire ne se confond pas avec l’Islam, pas plus que la terreur jacobine ne recouvre l’histoire de l’idéologie républicaine en France » et même s’il ne nie pas les liens entre radicalité et présence musulmane il évite d’établir clairement un rapport de cause à effet entre l’une et l’autre : « Toutefois, c’est également une erreur de croire qu’il faudrait établir une séparation parfaitement étanche entre l’Islam révolutionnaire extrémiste et l’ensemble des musulmans de France. […] il est aussi faux de prétendre qu’il n’y a aucun lien sociologique entre le terrorisme de l’Islam révolutionnaire et la population d’obédience musulmane, même si le constat scientifique conduit à des conclusions « politiquement incorrectes » ».

Force est pourtant de constater que malgré les « constats scientifiques » et quelques allégations (très partiellement en réalité) « politiquement incorrectes », l’analyse de Monsieur Blot est dépourvue tant de clarté que de précision. Une approche sérieuse du terrorisme islamique ne peut commencer que par une définition de l’Islam en général, puisque même les analystes les plus modérés ou les plus partiaux du phénomène auraient la plus grande peine du monde à nier les liens entre la matrice religieuse et ses expressions théologico-politiques les plus radicales. L’auteur présente très justement les thèses du prédicateur islamiste Indo-pakistanais Al Mawdudi pour qui «l’islam  n’est pas du tout une religion au sens classique du mot » mais plutôt « une conception totale du monde, politique, religieuse, sociale, esthétique, morale etc. Ce n’est pas une construction intellectuelle mais une « interpellation », un appel à se mobiliser pour faire régner l’islam sur la terre entière. C’est donc un mouvement aussi affectif qu’intellectuel. ». Ce qu’il ne semble pas comprendre ou vouloir admettre en revanche c’est que cette définition, censée exprimer l’idéologie des seuls « islamistes révolutionnaires », décrit  magistralement la réalité de l’Islam en tant que culture (au sens spenglérien du terme) et Civilisation. Certes Monsieur Blot admet encore une fois que « La référence au Coran chez les djihadistes est en effet centrale. » mais pour lui l’élément le plus important qui façonne la physionomie du djihadisme islamiste est son aspect « révolutionnaire » : « Mais on oublie souvent l’autre terme essentiel : « révolutionnaire ». Cela veut dire qu’on a affaire à un mouvement totalitaire et d’une extrême violence […]. » Et à l’auteur de citer les Démons de F. Dostoïevski afin d’expliquer que le djihadiste partage la « psychologie » du révolutionnaire qui « libère ses pulsions agressives au point de pouvoir tuer sans le moindre remords […] justifie ses actions meurtrières par des raisonnements idéologico-religieux permanents […] » et « […] marginalise ses propres sentiments d’humanité et son sens moral dès lors qu’ils s’opposent à la cause révolutionnaire. ». L’Europe aurait déjà fait l’expérience de ce type de terrorisme avec les anarchistes du XIXe siècle, les bolcheviques et fascistes si bien que « l’islamisme révolutionnaire n’a de ce point de vue aucune originalité, sinon la motivation religieuse coranique. »

En pourtant cette différence « minime », constitue précisément l’originalité la plus grande et la plus significative du terrorisme islamique… En effet celui-ci loin d’être le fruit de tensions ou de contradictions sociales et historiques internes des sociétés européennes, constitue un article d’importation, un phénomène issu d’autres références que celles des mouvements révolutionnaires européens (en l’occurrence la matrice idéologique rousseauiste dans ses différentes variantes et adaptations historiques pour l’anarchisme, le communisme et le fascisme) et de populations culturellement autres et n’ayant probablement pas le même sens de l’humanité, de la morale ou du raisonnement que nous. D’où cette nouvelle et tout à fait inédite pratique du terrorisme islamique qui consiste à provoquer des carnages par des attentats aveugles et à viser indistinctement le plus grand nombre possible de victimes, contrairement à la logique ciblée des divers terrorismes historiques européens (anarchistes, nationalistes, indépendantistes ou même gauchistes) et de la violence politique classique en général. Le comportement des djihadistes n’est pas en réalité celui de révolutionnaires qui cherchent à « libérer le peuple » ou à « défendre l’ordre national et social » mais celui d’envahisseurs sévissant en pays ennemi où tout est à détruire et/ou à prendre ; et puisque Monsieur Blot aime bien les références historiques on voudrait lui rappeler que le terrorisme aveugle fut précisément le procédé tactique par lequel furent ouvertes les hostilités de la guerre de l’Algérie (considérée au début soit comme une émeute, soit comme une guerre civile larvée comportant un certain danger de partition), conflit toujours actif sur le temps historique long, d’autant plus qu’il est transféré sur le sol de l’ancienne métropole. N’est-il alors jamais passé par l’esprit de certains que, dans des conditions d’invasion de l’Europe et de grand remplacement suicidaire, ce type de guerre asymétrique pourrait être les prémices ou du moins le signe avant-coureur d’une guerre ethnique larvée en passe de devenir ouverte et généralisée ?

Un autre point sur lequel notre analyste n’est pas non plus d’une grande clarté ce sont les causes de l’apparition de cet « islamisme révolutionnaire » qui « ne serait sans doute pas apparu sans la mise en contact de la société occidentale moderne et d’un monde musulman sous-développé et s’estimant humilié par l’Occident. » Il en arrive même à considérer que finalement l’explosion de l’intégrisme musulman serait une réaction à la sécularisation de l’occident et au triomphe du matérialisme : « Le cœur du conflit n’est pas vraiment entre le christianisme et l’islamisme mais entre la société matérialiste déchristianisée occidentale (que le philosophe Heidegger appelle le Gestell utilitariste) et une interprétation puriste de l’islam (salafisme, wahhabisme). ». Cependant il serait très utile de rappeler également à Monsieur Blot que l’Europe chrétienne médiévale fut, malgré certaines périodes courtes, en guerre permanente avec le monde musulman (2), que le Wahabbisme est apparu dans un endroit qui n’a jamais connu d’emprise occidentale, que le salafisme s’appuie sur les plus grandes autorités de la théologie et de la jurisprudence musulmanes et que les populations chrétiennes d'Orient actuelles ont été réduites à l’état de minorités infimes bien avant leur tentative d’anéantissement total par l’État islamique et autres salafistes, ce qui constituait seulement le dernier acte d’un drame pluriséculaire dont le grand réalisateur fut l’islam et l’islam seul, dans toutes ses variantes ! D’autre part, sans vouloir nier l’impact négatif de l’emprise, des interventions ou de la colonisation occidentales au sein du monde musulman, il serait complètement absurde de prétendre que l’islamisme récent « ne serait sans doute pas apparu sans la mise en contact de la société occidentale moderne [...]» ou que « le modèle séculier individualiste occidental ne peut qu’entretenir l’islamisme et assurer sa résilience dans la mesure où il est à l’origine de l’apparition et de l’expansion de ce mouvement. », puisque l’histoire du monde islamique est une succession d’émergences de mouvements politico-religieux réformateurs et/ou messianiques prétendant redonner à l’islam sa vigueur et son éclat d’antan. Et sur ce point-là on pourrait encore consulter l’historien et politologue Nabil Mouline, qui semble être d’un avis assez différent de celui d’Yvan Blot : « À court terme, Daech peut apparaître comme le fils monstrueux de l’Arabie saoudite, et l’Arabie saoudite comme un Daech qui a réussi et s’est “routinisé”. Mais si l’on s’inscrit dans la longue histoire arabo-musulmane, on pourrait également y voir la banalité de l’exceptionnel. Aussi aberrant qu’il nous semble aujourd’hui, Daech est un mouvement messianique qui s’inspire des méthodes de conquête du pouvoir et des stratégies de légitimation d’une bonne partie des mouvements politico-religieux qui ont émergé en terre d’islam depuis le Moyen Âge. Des Daech, le monde musulman en a déjà connu beaucoup." (3)

Mais il y a pourtant un pays qui, contrairement à l’Occident décrépit et matérialiste, a réussi à affronter victorieusement le phénomène islamiste et qui nous offre de plus le paradigme de la bonne gestion des communautés musulmanes : « Pour l’instant le seul système qui semble avoir éteint cette révolution islamiste est le système russe. » La recette de cette réussite qui gagna l’admiration de Monsieur Blot avait consisté en l’écrasement de la rébellion tchétchène avec une puissance de feu disproportionnelle, l’établissement d’une bonne entente avec un pouvoir local (fantoche) et un soutien technique et financier constant (méthode du bâton et de la carotte ou comment racheter la mafia tchétchène) à la reconstruction du pays : « la Russie a passé un accord avec le nouveau président tchétchène Ramzan Kadyrov sur la base suivante : aide financière considérable, notamment pour la reconstruction de la capitale Grozny, et liberté de culte totale pour les musulmans avec lois spécifiques dans l’État fédéré de Tchétchénie. En échange, soumission complète à l’autorité fédérale russe et enseignement du patriotisme russe à tous les niveaux ». Blot en arrive même à se féliciter du fait que « des Tchétchènes combattent à titre privé avec les armées des républiques autonomistes du Donbass en Ukraine. », preuve parmi d’autres, selon lui, de la grande réussite de la stratégie de Poutine. Ce monsieur n’a apparemment aucun doute sur les motivations réelles des mercenaires islamistes tchétchènes (ô pardon, volontaires musulmans, anciens islamistes repentis et patriotes grand-russiens fraîchement éclairés) que le pouvoir corrompu et mafieux de Kadyrov a mis à la disposition de ses partenaires de Moscou pour le sale boulot en Ukraine de l’est… Il a bien sûr le droit imprescriptible d’admirer le système de « pacification » russe en Tchétchénie et d’en penser tout le bien qu’il veut, mais l’acceptation inconditionnelle des versions médiatiques russes et leur exaltation quasi stalinienne est une preuve, quoi qu’il en soit, d’un manque de discernement gravissime ou d’une malhonnêteté intellectuelle et d’un parti pris trop flagrants. Ce qui est surtout très intéressant chez lui c'est l'exaltation inconditionnelle de la politique de Poutine avec la proposition simultanée d'un modèle intégrationniste "patriotique et spirituel" destiné aux populations musulmanes issues de l'immigration qui résident en France. Dans cet article consacré au terrorisme musulman et aux moyens de l’enrayer, la référence au cas russe a en fait valeur de paradigme puisque « La Russie n’a pas misé sur la « laïcité » mais sur la religion, islam en Tchétchénie et orthodoxie sur l’ensemble du territoire fédéral. » et qu’ « Elle a surtout misé sur le patriotisme comme force effective de rassemblement national et de promotion d’un idéal pour tous, et notamment pour la jeunesse. » M. Blot souhaiterait ainsi un projet similaire pour la France qui devrait proposer « un idéal patriotique et spirituel aux populations musulmanes déracinées. » « […] un idéal qui rassemble : c’est ce que fait aujourd’hui en Russie le patriotisme. »

Dans son grand enthousiasme pour ce modèle ingénieux, dont les mérites, soit dit en passant, nous paraissent plus que douteux, Yvan Blot ne s’est évidemment pas aperçu de l’ampleur des différences entre la Russie et la France : les Tchétchènes sont un peuple autochtone, homogène, en nombre relativement limité, enraciné sur un territoire périphérique et participant en tant qu’entité territoriale à une structure fédérale, alors qu’en France nous avons des populations immigrées déracinées, aux origines multiples, en grand nombre, à une démographie galopante et résidant dans un État centralisateur et jacobin, allergique à toute idée de fédéralisation, ne serait-ce qu’à l’égard de ses propres régions et identités locales ! Ainsi la solution serait-elle la mise en place par l’État français d’un « patriotisme pour tous » (sic) et d’une identité spirituelle basé à la fois sur le catholicisme et l’islam (un islam modéré, « français », des Lumières ?) ? Cela paraît tout à fait impossible vu que les racines de la France ne sont pas « autant musulmanes que chrétiennes » et que celle-ci serait, normalement, peu disposée à permettre la création sur son sol (à moins de s’y voir forcée) d’éventuelles entités territoriales « avec lois spécifiques (lesquelles ? La charia appliquée au niveau local ?) dans l’État fédéré ». Le fédéralisme fut précisément rejeté tant par la France des Bourbons que par la France révolutionnaire, bonapartiste et/ou républicaine (qui par ailleurs n’a jamais fait preuve de tendresse particulière vis-à-vis des revendications culturelles des Bretons ou des Basques)…

On doit pourtant reconnaître à Monsieur Blot le mérite de rester, malgré toutes ses contradictions, fidèle à lui-même : il croit toujours au vieux bon modèle intégrationniste ; mu par un vieux réflexe bourgeois, il préfère critiquer la « tentation révolutionnaire » plutôt que de se rendre à la réalité et envisager des solutions plus claires, réalistes et efficaces. Il croit que « les traditions sont toujours le meilleur rempart contre la tentation révolutionnaire » mais il omet de préciser de quelles traditions il s’agit et, dans le cas qui nous occupe, d’examiner si un « idéal patriotique et spirituel pour tous » est possible à fabriquer à partir de traditions complètement antithétiques et incompatibles. Son modèle, c’est en réalité le mème modèle assimilationniste et intégrationniste qui échoua dramatiquement en Algérie et dont l’échec en métropole risque d’amener le peuple français dans les heures véritablement les plus sombres de son histoire ! On conviendra, bien sûr, que « l’idéal occidental est purement formel et froid (laïcité, droits de l’homme) », et c’est justement pourquoi nous le désavouons et le combattons, mais on ne peut pas oublier non plus que le mot patrie signifie terre des ancêtres et qu’un peuple n’est jamais un agrégat d’individus unis entre eux seulement par des « idéaux » artificiels. Que devrait-on voir alors dans ce « patriotisme pour tous » ou ces « idéaux », sinon le recyclage d’un universalisme occidental éculé, dont les nouvelles versions « spirituelles et patriotiques » seraient à la vérité aussi « purement formelles et froides » que celles dans lesquelles il a déjà été appliqué ?

Le cas d'Yvan Blot donne surtout raison à l'analyse qui considère le modèle russe comme une version alternative (folkloriquement patriotique et spirituelle) de l'universalisme occidental et l'influence politique russe comme un facteur nullement favorable à la stratégie de la remigration. La droite libérale-conservatrice et plus récemment souverainiste, contre laquelle Dominique Venner s'était inlassablement battu dans sa jeunesse, demeure aujourd'hui plus que jamais un leurre et un obstacle majeur face au combat radical pour une Europe libre et fidèle à ses racines et son identité profonde!

Pour notre part, face aux solutions impossibles, nous soutenons plus que jamais celle de la remigration, comme la seule réaliste et la plus viable. Et en cela nous avons des sources puissantes d’inspiration et de clarté qui, hélas, sont actuellement en passe de glisser dans l’oubli ou d’être « édulcorées »:

« Parmi tous ses enseignements elle [la guerre d’Algérie] montre aussi que l’impensable peut, contre toute atteinte, advenir. Vers 1960 et au-delà l’impensable, c’était l’expulsion du million de pieds-noirs d’Algérie. Personne ne l’avait imaginé, pas même le général De Gaulle. Pourtant cela eut lieu en application du précepte « la valise ou le cercueil ». L’impensable c’était aussi, dans les décennies qui ont suivi l’indépendance, l’arrivée de plusieurs millions d’Algériens en France. L’impensable, aujourd’hui, c’est, par exemple, le retour chez eux de ces Algériens et d’autres immigrés africains. Retenons du passé que l’impensable peut, un beau jour, devenir réalité. » Dominique Venner (4)

Basile Cérialis / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

(1) « Italie :’’Nos années de plomb’’ » pages 45-50 de la Nouvelle Revue d’Histoire, Hors-série No 13 Automne-Hiver 2016

(2) Avant le déclenchement des Croisades, l’Empire gréco-romain de Constantinople avait vécu en situation de guerre quasi permanente avec le monde musulman, surtout dans ses thèmes (circonscriptions militaires et administratives) anatoliens où les conflits étaient sans répit.

(3) Nabil Mouline L’Obs n° 2692 du 9 juin 2016

(4) Nouvelle Revue d’Histoire, numéro 8, septembre-octobre 2003, « La guerre d’Algérie est-elle terminée ? »

 

25/01/2017

Chronique de film : Your Name de Makato Shinkai

Chronique de film : Your Name de Makato Shinkai

Sortez le champagne, ce n’est pas tous les jours que vous me verrez écrire un article pour émettre un avis positif sur une comédie romantique en salle. Celles que j’ai appréciées se comptent sur les doigts d'une main. Mais je dois bien admettre que Your Name, est une vraie réussite. A l’heure où je vous parle, ce film d’animation japonais est en train d’exploser le box-office1, dépassant même les réalisations d’Hayao Miyazaki.

Your Name est réalisé par Makato Shinkai, adapté d’un roman écrit par Shinkai lui-même. La première œuvre que j’ai regardé de lui s’appelle la voix d'une étoile (The Voices of a Distant Star). Ce court-métrage mélange subtilement la Guerre Eternelle, chef d’œuvre de la littérature de science-fiction2, et Neon Genesis Evangelion, véritable OVNI dont je n’ai jamais compris les raisons de sa popularité. Dans ce court animé de 25 minutes, on retrouve déjà les thèmes favoris de l’artiste: le temps, la distance, l’amour, l’espace. On y aperçoit aussi sa patte graphique, avec l’utilisation de l’After Effect, qui sert à mettre en œuvre des moments purement poétiques.

J’avais trouvé excellent 5 centimètres par seconde et The Garden of Words, enfin des œuvres récentes qui parlaient d’amour intelligemment et que je ne trouvais pas ridicules. Alors que par le passé Makato Shinkai donnait une vision de l’amour plutôt amère dans Your Name elle se veut plus douce sans être niaise pour autant. J’y reconnais une histoire typique d’Extrême-Orient avec toute sa naïveté reposante. Cette naïveté ne peut perdurer en Europe à l’heure du grand remplacement et de la cas-socialisation. Nos rues sont trop sales et nos concitoyens trop aliénés pour que la magie et la poésie y trouvent leur place.

Je ne veux pas vous gâcher la découverte du scénario de Your Name, c’est pourquoi je ne m’y attarderai pas. Le film est assez riche pour écrire sur d’autres aspects tout aussi intéressants. Je pense notamment à la représentation du japon urbain et du japon rural. J’ai particulièrement aimé comment ces deux mondes sont employés pour traiter du thème de la tradition. De mon point de vue, l’auteur cherche à nous montrer que même si tous les détails de la tradition ont été perdus, il reste quand même l’esprit qui les anime, la conscience de sa place dans l’univers. « La tradition c’est ce qui ne passe pas » écrivait Dominique Venner. Pourtant, le réalisateur montre d’un autre côté que finalement toutes les traditions tendent à se perdre dans notre vie urbanisée et hyper-individualisée3. Par le film, on sent que le Japon traverse une véritable crise existentielle qui rentre en résonance avec leur rapport particulier à l’éphémère et aux catastrophes. Je ne nommerai pas cette transformation comme étant l’occidentalisation du Japon mais bien une domestication face à la marchandise.

J’ai adoré le film pour ces purs moments de contemplation, ces moments où le réalisateur pointe l’index vers l’infini, une de ses marques de fabrique. Si vous avez aimé Interstellar pour certains plans magnifiques, vous ne serez pas déçu avec Your Name. Toute la beauté, la violence, l’immanence, l’éternité de la nature y sont superbement représentés. Makato Shinkai développe un animisme hérité du Shintoïsme et il va bien au-delà. J’y ai vu un rapport au divin proche d’un certain paganisme, un panthéisme pour tout dire qui ne se limite pas à l’immanence pure. Ici, le monothéisme et le polythéisme sont les deux faces d’une même pièce. Il est tout, il est un, il est multiple. La plupart des personnes passeront à côté de sujet puisque nous sommes devenus incapable de le voir. Je demeure tout de même assez surpris de ne pas avoir lu de chronique le mentionnant car, il est central dans le déroulement du film. Me rappelant Louis-Ferdinand Céline, je crois que « nous rêvons d'être sans légende, sans mystère, sans grandeur. Les cieux nous vomissent. »4.

Beaucoup parlent d’un chef d’œuvre comparable voire supérieur au Voyage de Chihiro. De mon côté, je trouve que c’est une perte de temps que de vouloir départager deux perles. D’autre part, je n’ai pas toutes les clés pour comprendre ce qui fait le génie d’une création. Tout ce que je peux affirmer est que vous devez le voir en famille et plus particulièrement en couple, vous ne perdrez pas votre temps.

Valentin/C.N.C.

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1 http://www.lefigaro.fr/cinema/2017/01/22/03002-20170122ARTFIG00010--your-name-le-n1-des-films-japonais-rentre-dans-le-box-office-mondial.php

2 Je l’avais découvert grâce à une vidéo de Piero San Giorgio. Il n’est pas juste divertissant mais nourrit véritablement l’esprit, aidant à mieux comprendre notre présent et notre futur.

3 Cela ne nous rend pas plus indépendants pour autant.

4 Louis-Ferdinand CÉLINE, Les Beaux Draps