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05/10/2016

Qu'est-ce-que le mondialisme ? (Georges Feltin-Tracol)

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Qu'est-ce que le mondialisme ?

 

Conférence prononcée le 17 août 2016 à Sées en Normandie dans le cadre de l’université d’été d’Academia Christiana

 

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers Amis

En 1984, le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse définissait ainsi le mondialisme : « Doctrine qui vise à réaliser l’unité politique du monde considéré comme une communauté humaine unique. » Une seconde définition précisait qu’il s’agit aussi de l’« approche des problèmes politiques dans une optique           mondiale ». Ces deux explications complémentaires insistent sur la portée politique du mot. Le mondialisme est une théorie politique qu’on doit dissocier de la mondialisation dont l’acception est plus économique, géographique et technique, même si en réalité mondialisation et mondialisme se soutiennent mutuellement.

Concept politique, le mondialisme œuvre sur une échéance plus ou moins longue en faveur d’un État mondial, d’un État planétaire (souvent évoqué dans les récits de science-fiction), voire d’un État universel pour reprendre une expression chère à l’écrivain allemand Ernst Jünger. Dans son honorable biographie Ernst Jünger. Un autre destin européen (Éditions du Rocher, 2009), Dominique Venner ne mentionne pas son bref essai de 1960, L’État universel, qui prolonge ses réflexions de 1945 sur La Paix. Jünger y annonce que « la perspective de l’État universel semble plus vraisemblable, son avènement mieux garanti par les signes des temps et, quant à la paix mondiale, plus souhaitable qu’un nouveau partage du pouvoir (L’État universel, Gallimard, coll. « Tel », 1990) ». Visionnaire, il ajoute plus loin que « l’uniformisation actuelle des sexes est l’un des symptômes de l’aspiration où s’annonce l’avènement de l’État universel (Idem) ». Et si la soi-disant citoyenneté mondiale relevait de l’androgynat, des LGBTIQ ou du transhumanisme ? Prévoyant un État global, Jünger pense aussi  à sa fin. L’intrigue de son roman Eumeswil (1977) se déroule après sa disparition.

Le mondialisme est paradoxal, car, si ne subsiste sur le globe qu’un seul et unique État, où se réfugieraient ses éventuels opposants ? S’ils s’installent sur la Lune ou sur Mars, un autre État se créerait de facto. Pour paraphraser le philosophe Marcel Gauchet, le mondialisme est la politique de la fin du politique puisqu’il postule l’effacement (définitif ?) de la distinction schmittienne entre l’ami et l’ennemi quand elle n’évacue pas non plus les deux autres critères fondamentaux vus par Julien Freund dans L’Essence du politique (1965) : le commandement – l’obéissance d’une part, le public – le privé d’autre part.

Dans le temps qui m’est imparti, je ne puis retracer ici l’histoire de cette idée largement partagée par les oligarchies politiciennes, scientifiques, financières et médiatiques. Hors de tout contexte chronologique, je vais plutôt vous présenter une typologie des mondialismes. Différents mondialismes coexistent qui, selon les lieux,  les circonstances et les enjeux, se combinent, se coalisent ou bien s’affrontent.

Les étudier ne signifie pas sombrer dans le complotisme ou dans le conspirationnisme. Le chef d’orchestre suprême qui tirerait les ficelles de telle ou telle conjuration à travers diverses officines secrètes n’existe pas comme l’indique avec brio Vladimir Volkoff dans son roman Le Complot (2003). En revanche, comme on va le voir, des groupes discrets peuvent tantôt s’entendre, tantôt s’affronter.

Avant de détailler les différents mondialismes politiques ou idéologiques, commençons ce panorama par un mondialisme métapolitique, le « mondialisme scientifique », en particulier à propos des origines anthropologiques et génétiques des hommes. Selon le discours officiel, nous serions tous des arrière-petits-enfants de Lucy et notre berceau serait l’Afrique. Cette théorie monogéniste domine l’Université occidentale et écarte sans discussion les découvertes en faveur des thèses polygénistes ou multirégionales qui infirment la thèse africaine. Parce que nos supposés ancêtres viendraient d’Afrique, nous devrions accepter les immigrés clandestins délinquants et l’invasion migratoire en cours de notre continent. Le mondialisme scientifique offre aux autres mondialismes une argumentation sommaire et efficace qui nie les frontières, les identités et les ensembles politiques souverains.

Le premier mondialisme politique examiné ici nous concerne en priorité puisqu’il s’agit du mondialisme républicain français largement élaboré par la franc-maçonnerie. Les valeurs de la République sont des valeurs maçonniques. Depuis son célèbre canapé rouge, le dissident persécuté Alain Soral s’affirme            « républicain et universaliste ». Qu’est-ce que l’universalisme ? Toujours d’après le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, ce terme désigne l’« opinion de ceux qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle du consentement universel ». Sa seconde définition signale un « caractère universel du salut destiné à tous sans exception ». Le registre sémantique n’est pas politique, mais religieux. Quant à l’adjectif « universel », il comporte six définitions dont une très liée au mondialisme, à savoir : « Se dit de ce qui s’étend sur toute la surface de la terre; mondial, planétaire. »

La République hexagonale d’essence maçonnique qui occupe et gangrène actuellement la France, se veut universaliste parce que ces textes fondateurs, pensons à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, s’adressent théoriquement à l’ensemble de l’humanité. Les révolutionnaires accordèrent volontiers la nationalité française à des étrangers comme Anacharsis Cloots. Le jus solis ou « droit du sol » partiellement appliqué dans l’Hexagone repose d’ailleurs sur la conception mondialiste – universaliste d’une République une et indivisible dont les frontières devraient correspondre aux limites du globe terrestre.

Dans Le Nouvel Observateur (21 – 27 février 2002), le sénateur alors PS de l’Essonne, un certain Jean-Luc Mélanchon, déclarait que « la France est une construction purement politique : elle n’est soudée ni par la langue, ni par une appartenance ethnique, ni par une religion, ni par une couleur de peau. Elle est tout entière le fruit d’un pacte civique. Ce pacte se fonde sur les principes issus de la Grande Révolution de 1789. Or depuis toujours, nous savons que ces principes ne peuvent s’épanouir complètement sans s’universaliser. […] Un républicain conséquent ne croit pas qu’on puisse faire la France dans un seul pays ». Pour sa part, Maurice Szafran avançait, dans Marianne (31 octobre – 6 novembre 2009), que « depuis 1789, la nation française est une construction politique, en aucun cas une communauté. En fait, l’identité française se résume pour l’essentiel à l’idée républicaine. […] L’identité nationale républicaine, c’est la laïcité […], c’est la relégation du religieux dans la sphère familiale et privée. […] L’identité nationale républicaine, c’est l’affirmation du principe égalitaire contre le principe héréditaire ». Le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie, Jean-Pierre Denis, surenchérit dans la revue Limite (mai 2016) : « La France est un pays singulier, avec une vocation universaliste. Le seul peut-être avec les États-Unis à pouvoir se considérer comme un projet. » Un projet bâti sur le fallacieux vivre-ensemble !

Ces trois citations font penser au beau dessin du génial caricaturiste Konk intitulé « Spirit sur Mars ». De dos, deux extra-terrestres regardent l’espace et discutent. Le premier s’interroge : « Et nous aussi, on est français ? » L’autre lui répond : « Mais oui, tout le monde il est français ! » Vous comprenez que d’après ces quelques exemples, il n’est pas anodin que nos lamentables politiciens dédaignent les principes traditionnels français et européens pour de soi-disant valeurs ripoublicaines. La lie politicarde, intellectuelle et médiatique cherche à faire croire aux Français de racines européennes que leur destin serait un Brésil hexagonal, c’est-à-dire un pandémonium multiracial marchandisé.

On retrouve ce messianisme politique dans un autre mondialisme aujourd’hui en léthargie après des décennies d’activisme sur tous les continents : le mondialisme révolutionnaire communiste qu’il soit soviétique ou gauchiste. On oublie trop souvent que l’intention initiale du projet bolchevik était la conquête du monde et non pas l’internationalisme qui, comme le prouvera Staline, conserve le facteur nationalitaire. La IIIe Internationale communiste (ou Komintern) fondée en mars 1919 à Moscou diverge des précédentes Internationales, car elle n’est pas une fédération de partis, mais une union de sections communistes dans un parti communiste mondial. Son but est la fondation d’une « Union mondiale des républiques socialistes des soviets ». L’URSS sert d’assise territoriale et politique et aurait dû intégrer d’autres États. Cette intention resta sous-jacente jusqu’à sa disparition subite en 1991. En janvier 1979, le Kremlin sondait Sofia afin que la Bulgarie devînt la 16e république fédérée soviétique. Les dirigeants bulgares repoussèrent prudemment l’offre. Dans ces conditions, il était cohérent que les sections locales du communisme, puis des gauchismes, menassent de violentes campagnes anti-nationales. L’échec économique des modèles socialistes scientifiques, puis leur disparition, arrêtèrent la marche vers un État socialiste mondial.

On assista toutefois à la fin de la décennie 1990 à l’étonnante mue du mondialisme révolutionnaire en altermondialisme. Le 12 août 1999, le syndicaliste agricole de la Confédération paysanne (et futur bioconservateur) José Bové démonte un restaurant Mac Donald’s en construction à Millau. Il acquiert une grande notoriété et rend visible un vaste mouvement de contestation qui réussit ensuite en novembre 1999 à faire échouer les négociations de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) à Seattle aux États-Unis. En France, ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) se monte à l’initiative du Monde diplomatique. Ce soudain succès médiatique incite les « anti-mondialistes » à vite changer d’appellation. En effet, trop connoté, « anti-mondialisme » désigne les infréquentables que nous sommes. En adoptant le terme « altermondialisme », ils expriment leur hostilité au mondialisme libéral, financier et libre-échangiste et leur préférence pour un autre mondialisme progressiste et solidaire, celui-là.

Connaissant son heure de gloire dans la première moitié des années 2000, cet autre mondialisme n’est pas exempt de contradictions. Ainsi les alter-mondialistes défendent-ils la souveraineté alimentaire, le localisme et la souveraineté énergétique, mais ils rejettent toute souveraineté politique. Pis, ils revendiquent la fin du libre-échange des biens et des capitaux, et encouragent et facilitent les flux migratoires croissants. Engoncés dans leurs certitudes (comme d’ailleurs les libéraux conservateurs), ils ne comprennent pas que l’arrêt simultané du mondialisme et de la mondialisation présuppose l’établissement d’une société fermée, d’un État organique et d’une autarcie économique des grands espaces civilisationnels. L’une des dernières manifestations de cet altermondialisme a été le fameux mouvement « Nuit Debout », un ramassis de bo-bos, de gogos et de zozos… On peut aussi rapprocher de cette mouvance les ZADistes de Notre-Dame-des-Landes, de Sivens, de Bure et de Roybon qui mènent des combats justes avec des idées complètement erronées.

Le quatrième mondialisme politique à examiner maintenant est peu connu bien qu’il marque l’histoire des idées politiques européennes en profondeur. C’est le mondialisme ésotérique. Vous le savez peut-être, surtout si vous avez lu Le XIXe siècle à travers les âges (1984) de Philippe Muray, les socialistes furent longtemps des compagnons de l’occultisme et de l’ésotérisme. D’éminents responsables socialistes étaient spirites et faisaient tourner les tables le soir !

Le mondialisme ésotérique désigne en particulier l’École de la Tradition primordiale dont les figures les plus représentatives s’appellent René Guénon, Julius Evola et Frithjof Schuon. Écartons de suite Julius Evola de notre propos, car ses écrits célèbrent l’Européen différencié anti-mondialiste. Au risque de vous choquer et nonobstant sa conversion à l’islam, René Guénon n’est pas mondialiste. Son œuvre est plutôt un « apolitisme permanent de l’esprit » avec parfois, ici ou là, quelques inclinations vers un universalisme envisagé comme une émanation de la Tradition primordiale.

Le cas le plus flagrant de ce « mondialisme ésotérique » concerne Frithjof Schuon. Disciple de Guénon, Schuon se convertit très tôt à l’islam soufi et fonde une confrérie mystique. Néanmoins, au fil des années, Schuon entreprend un amalgame syncrétique qui va de l’hyperdulie chrétienne aux pratiques chamaniques amérindiennes. À la fin de sa vie, René Guénon lui-même mettait en garde ses correspondants contre ce si déroutant disciple. Schuon justifie sa démarche à travers son livre majeur, De l’unité transcendante des religions (1948). Estimant que toutes les spiritualités humaines procèdent, directement ou non, de la Tradition primordiale, il soutient un « œcuménisme ésotérique » réservé à une élite d’initiés transnationaux…

D’abord restreint à quelques cénacles minoritaires, ce mondialisme-là est parvenu à séduire une frange non négligeable de la population occidentale en se transformant en partie en mondialisme New Age. Très attaché à la langue française et hostile au franglais, je n’en conserve pas moins le terme anglo-saxon qu’on peut traduire par « Nouvel Âge ». Le New Age fut une constellation de nouvelles religiosités secondaires très dynamique jusqu’au passage à l’an 2000. C’était le temps où des ménages aisés se procuraient des pierres d’énergie, se massaient avec des cristaux, formaient des chaînes humaines sous des lignes électriques à haute-tension ou pendant un orage, ou bien mettaient leurs aliments dans des meubles en forme pyramidale. Bref, osons l’oxymore, le New Age, c’est l’ésotérisme pour tous ! Son caractère mondialiste se remarque par le changement d’ère. On passerait du temps astrologique du Poisson à l’« Âge du Verseau », une époque plus harmonieuse, plus paisible, avec une prise de conscience de tous aux enjeux planétaires et la constitution d’une autorité globale, morale ou politique, universaliste ou mondialiste, aux prérogatives capables de sauvegarder les grandes équilibres mondiaux (ressources naturelles, démographie, croissance économique, etc.). Ce mondialisme s’alimente des théories noachites ainsi que des spéculations sur une religion syncrétique mondiale dont la tyrannie des droits de l’homme et l’écologie de marché (ou                     « développement durable ») en sont les prodromes.

Le mondialisme New Age se décline aussi en un autre mondialisme, le mondialisme écologique. Antoine Waechter estime qu’« un écologiste ne peut être que  régionaliste, européen et mondialiste (dans « Ni droite ni gauche, une nouvelle pensée globale. Entretien avec Antoine Waechter », L’Esprit européen,          n° 8, printemps – été 2002 ») » ! Ne soyons pas choqués. Pour certains écologistes, le niveau planétaire est au fond le seul pertinent puisque leur foyer (oïkos) coïncide avec toute la planète; c’est l’hypothèse Gaïa. Popularisée par James Lovelock dès 1970, cette expression désigne la Terre comme un organisme vivant total qui interagit avec toutes ses composantes (le vivant, le végétal, le minéral, l’air…). Holiste et dynamique, cette perception organique me convient, je l’avoue volontiers. Le problème est que certains adeptes de cette théorie jugent que la survie de Gaïa implique une unité politique globale. Cette vision se diffuse largement auprès de l’opinion via de grosses productions cinématographiques hollywoodiennes telles le film Avatar (2009) de James Cameron. Les Na’vis communiquent avec leur planète Pandora qui mobilise toutes ses forces lors de la bataille finale contre les Terriens prévaricateurs. On le voit, l’hypothèse Gaïa comporte autant de potentialités mondialistes dangereuses que de possibilités identitaires enracinées prometteuses.

Je viens de vous présenter succinctement quelques formes de mondialisme dont l’activisme reste en retrait par rapport aux trois suivants.

Le premier est le mondialisme sioniste. L’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) vient d’approuver une résolution qui fait de l’antisionisme une forme d’antisémitisme. Cette décision imbécile revient à qualifier d’antisémites des courants traditionalistes orthodoxes juifs tels les Netourei Karta ou les Satmar qui ne reconnaissent pas l’État d’Israël et appuient soit l’Autorité palestinienne, soit l’Iran.

Le sionisme est un judaïsme politique : il entend réunir autour de la colline de Sion à Jérusalem l’ensemble des Juifs répartis sur tous les continents. Sait-on qu’il existe un Congrès juif mondial ainsi qu’une Organisation sioniste mondiale qui favorise l’alyah (le retour en Israël) des communautés juives et garantit à l’étranger la bonne image de l’État hébreu ? Cette idéologie se décline en plusieurs pensées rivales : le sionisme socialiste avec l’expérience des kibboutz et les fondateurs d’Israël dont Ben Gourion, le sionisme révisionniste nationaliste laïque de Vladimir Jabotinsky, voire le sionisme religieux. Certains groupes sionistes religieux qui pensent représenter le « peuple élu », s’assignent la mission de diriger, directement ou non, le monde dans l’attente eschatologique de l’Envoyé de Yahvé. Le religieux phagocyte ici le politique si bien que plutôt que de parler de « mondialisme sioniste », il serait préférable de dire « universalisme sioniste ».

Un problème similaire (mondialisme ou universalisme) nous attend à propos de l’islamisme. Si je choisis le mot « mondialisme », c’est parce que l’islam confond le spirituel et le temporel. Le Coran est tout à la fois un livre religieux, un traité politique et un code de droit civil qui enserre la vie quotidienne d’une multitude de prescriptions religieuses. Depuis sa fondation vers 609 par Mahomet, la religion qui soumet les hommes à la volonté d’Allah est en expansion continue. Pour un musulman, Mahomet est le « Sceau des Prophètes » : il clôt une lignée commencée par Abraham et poursuivie par Moïse et Jésus. Le mahométan considère par conséquent que tous les êtres humains sont sans le savoir ses coreligionnaires. Quand ils l’apprennent, ces derniers doivent se convertir de gré ou, parfois, de force. Il en résulte que l’islam a pour vocation géopolitique d’étendre le Dar el-Islam (terres où règne la Oumma, la communauté des musulmans) aux dépens du Dar el-Harb (les territoires non musulmans à conquérir) et jusqu’aux confins de la planète.

L’islam a par deux fois tenté d’envahir l’Europe avant d’être repoussé en 732 à Poitiers, puis en 1683 devant les remparts de Vienne. Nous assistons aujourd’hui à la troisième vague d’invasion migratoire conquérante grâce à la complicité des traîtres politicards, droits-de-l’hommistes et laïcards. La violence n’est pas le seul moyen employé par l’islam. Ailleurs, l’islam use d’autres méthodes. L’Indonésie se convertit par le commerce des marchands venus d’Arabie; les confréries de marabouts font du prosélytisme en Afrique noire.

Le mondialisme islamiste n’est pas monolithique. Je ne reviens pas sur les violents contentieux entre sunnites et chiites. Toutefois, on remarque qu’à certains moments, ces deux courants ont adopté ou pris des positions ouvertement mondialistes. Quand des responsables iraniens fondent en 1982 une formation politico-militaire libanaise, le Hezbollah, afin de contrecarrer le principal mouvement chiite d’alors, Amal, dont le chef spirituel Moussa Sadr avait disparu en 1978 lors d’un séjour en Libye, le « Parti d’Allah » ne cachait pas son ambition planétaire. Son symbole demeure éclairant : on y lit « Parti d’Allah » en calligraphie arabe avec une lettre plus haute que les autres qui tient une kalachnikov et en arrière-plan le globe terrestre. Ce n’est qu’au tournant des années 1990 que le Hezbollah cessa ses revendications planétaires et adopta un pragmatisme politique qui se coule dans le nationalisme arabe. Aux premiers temps de la Révolution islamique, les Iraniens voulaient unir chiites et sunnites dans une vaste entreprise d’extension sinon mondiale, au moins régionale de la révolution. La méfiance et l’hostilité des sunnites à l’encontre de Téhéran contraignirent les dirigeants iraniens à reprendre et à poursuivre la politique étrangère du Chah d’Iran, en particulier le programme nucléaire…

Chez les sunnites, les Frères musulmans, présents aussi bien en  Égypte qu’au Qatar ou en Syrie, développent implicitement une visée mondiale. En 1935, leur fondateur, l’Égyptien Hassan al-Bannâ fit voter au cours d’un congrès une charte fondamentale toujours en vigueur dont le cinquième point stipule que « le drapeau de l’islam doit dominer l’humanité et que le devoir de tout musulman consiste à éduquer le monde selon les règles de l’islam ». La politique est reléguée au second plan au profit d’une démarche plus gramsciste, en insistant sur une éducation d’ordre universaliste et non sur la confrontation. Ils se séparent d’Al-Qaïda et de l’État islamique qui conduisent des stratégies différentes. Al-Qaïda mène une guerre asymétrique déterritorialisée contre l’Occident globalitaire tandis que l’État islamique s’implante dans divers lieux (Irak – Syrie, Libye, Nord du Nigéria…). La restauration à Mossoul du califat en 2014 par Abu Bakr el-Bagdahdi s’inscrit dans une logique qui entend d’abord unir tous les musulmans sunnites contre les « mécréants », les hérétiques chiites et autres « croisés », puis  ensuite de proclamer son universalité, car, si Damas et Bagdad tombent, tomberont ensuite Riyad, l’Afrique du Nord et l’Europe revendiquée comme une terre d’Islam.

Pour l’instant, on n’en est pas là parce que le mondialisme islamiste affronte le plus puissant des mondialismes, le mondialisme libéral financier anglo-saxon.

L’historien Pierre Hillard (La marche irrésistible du nouvel ordre mondial. Destination Babel, Éditions François-Xavier de Guibert, 2007; La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance mondiale », Éditions François-Xavier de Guibert, 2009; Chroniques du mondialisme, Éditions Le retour aux sources, 2014, ainsi que sa préface à Carroll Quigley, Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine, Éditions Le retour aux sources, 2015) et l’essayiste Michel Drac (Triangulation. Repères pour des temps incertains, Éditions Le retour aux sources, 2015) ont, dans le domaine francophone, bien étudié cette forme de mondialisme que nous connaissons finalement assez bien. Je n’ai pas l’intention de paraphraser leurs travaux que je vous invite à vous procurer le plus tôt possible. Je souhaite surtout traiter de quelques points déterminants dans l’optique mondialiste anglo-saxonne.

Le mondialisme anglo-saxon n’est pas un et unique. Lui aussi se trouve violemment parcouru par de féroces concurrences intestines. Les intérêts de certains groupes ne recoupent pas toujours ceux défendus par d’autres groupes. Les litiges peuvent certes se régler pendant des réunions informelles discrètes. Il arrive toutefois que ces règlements à l’amiable n’aboutissent pas, car les querelles ne sont pas qu’économiques, commerciales ou financières : elles peuvent être politiques, médiatiques, privées, voire sexuelles…

Le mondialisme anglo-saxon plonge son origine dans la psychologique historique des Anglais, soit un « peuple de la Mer ». C’est au XVIe siècle qu’ils découvrent que l’insularité qui les pénalisait se révèle en fait un formidable rempart protecteur et un atout géopolitique majeur. Le penseur contre-révolutionnaire français Louis de Bonald observe dans Écrits sur l’Europe (textes présentés et annotés par Michel Toda, Éditions de Paris, 2006) que « la guerre, toujours maritime, toujours hors ou loin de l’Angleterre, n’entretenait que l’oisiveté des cafés et les spéculations de la Bourse ». Auparavant, Bonald prévenait encore que « la seule monarchie universelle qui soit possible [est] celle de la mer; despotisme maritime d’autant plus fâcheux à toutes les puissances, qu’avec leur fureur épidémique du commerce, elles quittent toutes la terre pour se placer sur les eaux ». Les Anglais transmettent cette mentalité « liquide » à leurs rejetons étatsuniens. À la fin du XIXe siècle, Cecil Rhodes se félicite de la puissance potentielle de l’« Anglosphère ». Son raisonnement est repris, vers 1998, par un homme d’affaires britannique, Conrad Black, qui réclame à la fois le Brexit et une Confédération atlantique entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. D’autres anglophones vont plus loin et envisagent une étroite union politique entre les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Clarence Streit défendait une Union transatlantique dont l’OTAN et le TAFTA ne sont que deux aspects spécialisés. Cette Fédération entre l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord, voire de l’Occident, que Samuel P. Huntington désigne comme la « civilisation    occidentale », fait fantasmer les Hexagonaux Philippe Nemo (Qu’est-ce que l’Occident ?, PUF, 2004), Édouard Balladur (Pour une Union occidentale entre l’Europe et les États-Unis, Fayard, 2007), Roger-Pol Droit (L’Occident expliqué à tout le monde, Le Seuil, 2008) ou Ivan Rioufol (La Fracture identitaire, Fayard, 2007). Régis Debray traitait avec ironie en 2002 de ce sujet méconnu dans son remarquable opuscule, L’édit de Caracalla ou plaidoyer pour les États-Unis d’Occident (Fayard). Le philosophe Jacques Maritain (L’Europe et l’idée fédérale, Mame, 1993) a même préconisé une « société politique mondiale » adossée à cet Occident transatlantique. Loin d’être incongrues, ces propositions reprennent les études de cénacles souhaités par Cecil Rhodes et qui œuvrent au rapprochement anglo-étatsunien. L’Anglosphère existe de diverses manières. Donnons deux exemples. Premièrement, en 1988, un journaliste écossais révélait l’existence du réseau d’espionnage Echelon. Les services secrets des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada se partagent de nombreuses informations et constituent un premier cercle. Israël représente à lui seul le deuxième. Les Français, les Allemands, les Néerlandais, les Turcs en forment un troisième. Secondement, le criminel de guerre britannique Winston Churchill était par sa mère étatsunien, d’où son goût pour le « Grand Large », ce que avait fort bien compris ce continentaliste méconnu, Charles de Gaulle, très au fait des nombreuses menées anglo-saxonnes dont l’européisme de Bruxelles – ou « euro-mondialisme » – en représente l’une des options. Il y a même à ce sujet un « mondialisme non-conformiste » en référence aux non-conformistes des années 1930. Après 1945, l’une des figures de L’Ordre nouveau, Alexandre Marc, soutient tant dans À hauteur d’homme (Éditions Je sers, 1948) que dans Fondements du fédéralisme (L’Harmattan, 1997) non seulement une fédération européenne, mais aussi une « fédération mondiale ». L’historien Antoine Cohen aborde longuement ce tropisme dans De Vichy à la Communauté européenne (PUF, 2012).

L’Anglosphère, l’Occident et l’atlantisme contribuent au mondialisme. Connu pour L’Ère des organisateurs (1947), l’ancien trotskiste et néo-conservateur de la première génération, James Burnham explicite, dans un autre essai significativement intitulé Pour la domination mondiale (Calmann-Lévy, 1947), « par “ EMPIRE MONDIAL ” un État non nécessairement mondial par son étendue physique, mais dont le pouvoir politique dominera le monde, pouvoir imposé en partie par coercition (probablement par la guerre, mais certainement par la menace de la guerre) et dans lequel un groupe de peuples, dont le noyau sera l’une des nations existantes, détiendra plus que sa part égale de pouvoir ». On croirait entendre George W. Bush et Hillary Clinton !

Le mondialisme anglo-saxon se manifeste à travers un grand nombre d’organismes plus ou moins institutionnalisés. J’exclus ici l’ONU, la Banque mondiale, le FMI et les réseaux subversifs de George Soros. Henry Coston, Pierre de Villemarest, Yann Moncomble et Emmanuel Ratier ont bien décrit toutes ces institutions. Contentons-nous d’un rappel non exhaustif :

— En 1884 est fondée en Angleterre la Fabian Society, un laboratoire d’idées sociales-démocrates et eugénistes. Aldous Huxley fait dérouler son Meilleur des mondes dans une société fabienne… Est-ce fortuit si George Orwell intitule sa célèbre dystopie 1984, soit un siècle après la fondation de cette société ?

— Dès 1909 sous le nom de Rhodes-Milner Round Table Groups existe une Table Ronde. Ses fondateurs, inquiets pour l’avenir de l’Empire britannique, rêvent de fusionner capitalisme et socialisme dans un mondialisme anglophone tout en promouvant le sionisme (Lord Balfour en fait partie) et en se défiant de la Russie alors impériale. La Table Ronde bénéficie des avis du colonel House, le conseiller du président yankee Wilson, et des banques Lazard et JP Morgan, bien avant Goldman Sachs…

— En 1921 est créé outre-Atlantique le Council on Foreign Relations (CFR), un laboratoire d’idées sur les relations internationales très interventionniste.

— En 1954 se tient à Leyde aux Pays-Bas dans un hôtel éponyme la première réunion atlantiste du Groupe Bilderberg autour d’Américains du Nord et d’Européens de l’Ouest parmi lesquels des membres de dynasties européennes comme le prince consort des Pays-Bas Berhard de Lipp-Biesterfeld ou la soi-disant reine d’Espagne Sophie de Grèce. Dans The Guardian (10 mars 2001), Denis Healey, membre de son comité directeur pendant trente ans, déclarait : « Dire que nous cherchions à mettre en place un gouvernement mondial unique est très exagéré, mais pas totalement absurde. Nous autres à Bilderberg pensions qu’on ne pouvait pas continuer à se faire la guerre éternellement et à tuer des millions de gens pour rien. Nous nous disions qu’une communauté unique pouvait être une bonne chose. »

— En 1973, des responsables de Bilderberg et du CFR lancent la Commission Trilatérale parce qu’elle repose sur trois piliers géographiques : l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie – Pacifique (Japon – Australie – Nouvelle-Zélande), étendu ensuite à certains États d’Asie du Sud-Est. Sa tête pensante la plus connue est le géopolitologue Zbigniew Brzezinski. On a en revanche oublié qu’il réfléchissait dès 1971 aux effets à venir d’Arpanet, l’ancêtre d’Internet, dans La révolution technétronique (Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’Esprit »).

Le mondialisme anglo-saxon est actuellement le plus dangereux, car il sait instrumentaliser avec profit les autres mondialismes afin de faire avancer ses propres desseins. S’il le faut, il usera sans hésiter du terrorisme comme il le fit pour l’Italie des « années de plomb » ou la Belgique des « Tueurs du Brabant » en 1984 – 1985. Les études de la Trilatérale prévoient la fin des emplois et 80 % de la population réduite au chômage. Afin d’éviter tout mécontentement populaire, la Trilatérale promeut les divertissements généralisés multiples, le recours incessant à l’émotion et la faillite voulue du système scolaire. Ces mesures devraient contenir et distraire les masses inactives. La Trilatérale prépare des générations d’hilotes !

Au risque de vous décevoir – ou de vous inquiéter -, même la Russie de Vladimir Poutine est sujette au mondialisme. Des dirigeants russes seraient prêts à quelques concessions pour rejoindre ces cercles influents à la double condition que les instances mondialistes reconnaissent à Moscou la liberté d’administrer son étranger proche et qu’elles acceptent son caractère non occidental, préparant ainsi la future intégration des oligarchies chinoises et indiennes.

Comment conclure sans verser dans le pessimisme ? Par des travaux pratiques. Il vous revient la tâche, exaltante et ardue, de contrer toutes ces menées mondialistes, en particulier celles du mondialisme anglo-saxon. Je vous indique deux actions prioritaires.

La première s’oppose à la sotte réforme du prélèvement fiscal à la source. Cette mesure renforce l’emprise de la technostructure bureaucratique sur nos vies et alourdit la tâche des petites et moyennes entreprises avec le secret espoir qu’elles coulent et laissent la place aux grands groupes transnationaux corrupteurs. Le gouvernement PS privatise une fonction régalienne vitale et rétablit la Ferme générale si ce n’est les fermiers généraux. Merci Michel Sapin ! La seconde est moins immédiate. Depuis quelques mois, plusieurs gouvernements occidentaux, le gouvernement français inclus, veulent restreindre l’emploi de la monnaie-papier au profit de la carte bancaire ou du paiement sans contact. L’Union européenne a déjà créé en septembre 2009 une monnaie électronique dont « l’objectif caché […est] évidemment de renforcer le contrôle, pas seulement fiscal, des individus ou […de limiter] drastiquement la circulation de monnaie papier ou monnaie (au prétexte de supprimer l’« argent noir ») (Emmanuel Ratier, Faits & Documents, 1er – 15 avril 2012) ». Il est curieux que la société liquide souhaite abolir l’argent liquide. Les prétextes ne manquent pas. Professeur en finance et assurance à l’École de management de Lyon, Olivier Le Courtois croît que la résolution de la crise économique passerait par la suppression de « l’argent liquide, c’est-à-dire toutes les pièces de monnaie et les billets. Cela permettrait de débarrasser le pays de son économie noire, laquelle représente entre 3 et 3,3 % de notre PIB selon l’INSEE. […] À terme, on détruit une grande partie de la fraude, on économise des postes de fonctionnaires et on crée des emplois dans le privé              (« Supprimons l’argent liquide pour assainir notre économie. Entretien », La Tribune – Le Progrès, 8 juin 2011) ». Officiant dans l’hebdomadaire mondialiste libéral Le Point (10 mars 2016), Pierre-Antoine Delhommais s’élève contre toute attente contre « la prohibition de l’argent liquide [qui] ne constituerait pas seulement une atteinte sans précédent aux libertés individuelles, elle risquerait aussi d’ébranler fortement cette confiance dans la monnaie ». Certains commentateurs estiment cependant que dans une décennie l’argent liquide pourrait ne plus exister comme c’est pratiquement le cas en Suède, cette société profondément pourrie. S’appliqueraient alors les vieilles recommandations du technétronicien Brzezinski qui envisageait le contrôle cybernétique des individus. Et gare aux réfractaires, Big Brother is watching you !

Je vous conjure de réfléchir dès à présent à d’excellents arguments contre cette disparition programmée, de monter des sites dédiés à ce sujet, de contacter d’autres personnes prêtes à des actions communes, de fonder un collectif « SOS Argent liquide ! » et de préparer au moment propice des actions visibles dans le cadre d’une vaste et intense campagne de presse susceptible d’indigner nos contemporains contre cette forfaiture prochaine.

Les mondialismes sont des Mégamachines qui broient tous les peuples. Pourtant, ce sont aussi des mécaniques fragiles vite enrayées par nous, les grains de sable. Ayons donc l’instinct salutaire de bloquer leur engrenage !

Je vous remercie de votre attention.

Georges Feltin-Tracol

Source : Academia Christiana

09/08/2016

Afrique : un suicide par la démographie (Bernard Lugan)

Afrique : un suicide par la démographie (Bernard Lugan)

Les_enfants_de_Yanfolila.jpgLe seul moyen pour le continent africain de survivre à la catastrophe démographique c'est subordonner toutes les politiques d'aides et subventions au planning familial, estime le spécialiste de l'Afrique Bernard Lugan.

Dans les années 1950-1960 la population de tout le continent africain était de +/-275 millions d’habitants, soit 9% de la population mondiale. Dans les années 1990 les Africains étaient 640 millions et ils totalisaient alors 12% de la population mondiale. Dans les années 2050, ils seront entre 2 et 3 milliards (dont 90% au Sud du Sahara), soit 25% de la population du globe, puis 4,2 milliards en 2100, soit 1/3 de la population mondiale. En 2050, 40% des naissances mondiales seront africaines, ce qui, ajouté à la baisse de la mortalité, va conduire à une inéluctable catastrophe*.

Avec un taux de fécondité variant entre 3 et 4,8 enfants par femme, l'Afrique voit sa population augmenter de 3% par an, ce qui entraîne un doublement tous les 20 ans. Nous sommes en présence d'une exception africaine car partout ailleurs dans le monde, la tendance a été inversée. L’apogée de la démographie mondiale a ainsi été atteint dans les années 1970 avec un taux de 2,1% d’augmentation annuelle. Puis le taux d’accroissement a baissé à 1,7% dans la décennie 1990, Asie incluse. L’Afrique n’a pas suivi ce mouvement. 

Les projections actuelles de population africaine partent cependant du postulat de la baisse de l’ISF (Indice synthétique de fécondité) qui permet d’évaluer le nombre d’enfants mis au monde par une femme en age de procréer. Toutes ces données postulent une baisse de 50% de l’ISF africain en 30 ans. Dans la décennie 1990, il était de 6,7 enfants par femme et il est postulé qu’il baissera à 3,4 en 2020. Les experts peuvent ainsi annoncer que lcet indice passera à 2,1% en 2020. Or, il s’agit d’un postulat qui, pour le moment, ne semble pas se vérifier. Depuis la fin de la seconde moitié de la décennie 1990, l’ISF a certes très légèrement baissé au Kenya ou au Zimbabwe, mais dans le même temps il a augmenté en Ethiopie, au Mali et en RCA, passant respectivement de 6 à 7,5 ; de 6 à 7 et de 5 à 6. Quant à la Somalie on y compte 6,4 enfants par femme et 6,1 en RDC.

Le cas du Sahel est particulièrement parlant. Voilà en effet une région incapable de nourrir ses habitants et où la population double quasiment tous les 20 ans en raison d'un accroissement de 3,9% par an et une moyenne de 7,6 enfants par femme. En 2040, cette région fragile, en voie de désertification et aux ressources plus que limitées, devra ainsi faire vivre plus de 150 millions d’habitants. Cette explosion démographique a pour conséquence un phénomène d’extension des terres arables aux dépens des pâturages, d’où des conflits entre populations, une surexploitation des puits et leur tarissement.

L’exemple du Niger illustre la catastrophe annoncée. Dans un entretien à  Jeune Afrique en date du 28 décembre 2014, le président nigérien Mamadou Issoufou a ainsi révélé un sondage proprement effarant réalisé parmi la population de son pays qui montre que les Nigériennes souhaitent avoir 9 enfants et leurs maris 11. Le Niger, pays désertique qui a un taux de fécondité de 7,1 enfants par femme comptait 3 millions d’habitants en 1960 ; il en aura 40 en 2040 et 60 en 2050.

Dans le nord du continent, l’Algérie constitue également un cas particulier car s’y produit  un retour en arrière démographique. Le programme de planification familiale avait en effet permis d’y faire baisser l’indice synthétique de fécondité de 4,5 enfants par femme en 1990 à 2,8 en 2008. Or, signe de la ré-islamisation du pays, en 2014, l’ISF y a rebondi à 3,03. Résultat, en 2016 la population algérienne est de 40 millions d’habitants en ne comptant toutefois que les seuls résidents. Pour mémoire, en 1830 elle était estimée à 1 million.

Comme l’écrivait fort justement Michel Jobert, ancien ministre français des Affaires étrangères : «Dès que le taux de croissance démographique est égal ou supérieur au taux de croissance économique, on le sait bien maintenant, le fameux «développement» devient impossible. Un exemple : si la France avait conservé sa fécondité du XVIIIe siècle, elle aurait aujourd'hui 437 millions d'habitants !».

Résultat de cette effarante progression démographique, l'Afrique qui était autosuffisante et exportait des aliments en 1960 ne l’est plus aujourd’hui. En 1980, elle en importait 11 millions de tonnes. En 1995, c'est de 45 millions de tonnes dont elle eut besoin. En 2002, trente pays africains sur 52 connurent une crise alimentaire permanente et 30 millions d'Africains eurent besoin d’une aide alimentaire, chiffre qui  bondit à 135 millions en 2007**. En 2010, 30 pays africains connurent la disette et en 2015, plus de 25% de la population, soit environ 250 millions d’Africains étaient sous-alimentés (PNUD,2015).

Et pourtant, depuis 1960, la production agricole africaine a augmenté de 45% ; mais, comme dans le même temps, les naissances progressèrent de plus de 110%, nous sommes en situation de grand écart. Le futur des Africains sera donc tragique car, un jour ou l’autre, des accidents climatiques majeurs affecteront les productions mondiales de blé et autres céréales, entraînant pénurie, flambée des cours, émeutes et famines. Les pays africains qui ne disposeront alors pas des moyens leur permettant d’acheter de quoi nourrir leurs populations connaîtront des situations explosives.

La crise démographique est en plus aggravée par l’urbanisation qui vide l’Afrique de ses agriculteurs pour en faire des consommateurs urbains. De plus, l’urbanisation n’a pas entraîné de baisse notable et significative de la fécondité. Le taux d'urbanisation africain qui était de 14% en 1950 est passé à 40% en 2013 et il sera supérieur à 60% en 2050. L'Afrique sera alors un continent urbain, univers de bidonvilles constituant autant de pôles de pauvreté et de violence. D'ici à 2050, l'Afrique comptera ainsi entre 300 et 500 millions de citadins de plus, une partie par accroissement naturel, l'essentiel à la suite de l'exode rural. Toutes les politiques de développement seront alors réduites à néant.

En plus d'être suicidaire, l'effarante démographie africaine est également crisogène car, tôt ou tard se posera la question de la lutte pour l'espace, ce qui provoquera des conflits. Dès à présent, la pression démographique explique l’amplification de certains conflits ethniques traditionnels, comme au Kenya ou dans le Sahel.

Face à cette réalité, le pessimisme est de rigueur car tout a déjà été tenté en matière de développement. En vain, car toutes les politiques de développement ont échoué d’abord parce la démographie va plus vite que tous les projets, tous les programmes, toutes les aides.

A moins d’être aveugle aux faits, la seule solution pour l’Afrique est le planning familial. Toute politique d’aide ou de coopération donc devrait lui être subordonnée. Tout pays qui s’y refuserait devrait se voir couper aides et subventions.

* Unicef.Afrique/Génération 2030. Août 2014, 68 pages.

** Banque mondiale (rapport de décembre 2002) et Banque africaine de développement (BAD), avril 2008.

Source : RT France

07/08/2016

Un concordat franco-musulman: une belle ânerie

La dernière idée (à moins que ce ne soit sa première) de notre sublime ministre de l’Intérieur et des Cultes serait l’élaboration d’un « Concordat avec l’islam ».

Le simple énoncé de l’expression stupéfie, puis amuse beaucoup l’historien. À quel degré d’incompétence, d’ineptie et d’ignorance, nos brillantissimes « chefs » vont-ils se hisser ? Jusqu’où et jusques à quand vont-ils ridiculiser la Nation française ?

Parce que la notion même de Concordat signifie un accord politico-diplomatique à connotation religieuse signé entre deux puissances, l’une temporelle – un État laïc – et l’autre à la fois spirituelle et à prétentions temporelles, comme peut l’être le Saint-Siège, autrefois maître des États Pontificaux et, depuis 1929, réduit à l’État du Vatican (soit sa cité, le domaine Castel-Gondolfo et quelques sites, comme la basilique d’Assise).

Bref, pour « concorder », il faut qu’un gouvernement trouve un partenaire… et c’est là qu’on rigole. Avec qui Cazeneuve, Valls et Hollande veulent-ils s’accorder ?

Avec les chiites d’Iran et d’ailleurs, qui n’ont plus de puissance temporelle depuis qu’un Président laïc a été élu à la tête de l’État iranien et dont la direction spirituelle est collégialement assurée par une douzaine de grands ayatollahs qui se jalousent mutuellement ? Probablement pas ! Même nos ignares parisiens doivent savoir que les chiites ont abandonné le terrorisme une fois mort, en 1989, après avoir ravagé son pays dix années durant, le paranoïaque délirant Ruhollah Khomeiny.

De toute façon, ce sont les sunnites qui fournissent la dizaine ou la douzaine de millions de musulmans de France (5 à 6 millions d’immigrés de première génération et six autres nés sur le sol français) et la totalité des djihadistes, activistes en paroles, terroristes actifs et candidats. Et là, on rigole derechef.

Avec qui, Cazeneuve et ses sbires vont-ils prendre langue ? Avec le souverain du Maroc qui est un chérif (un descendant supposé de Mahomet, par les collatéraux, car le prophète n’eut pas de fils ni de fille lui survivant, en dépit d’une dizaine d’épouses). Mais, ni les Algériens, ni les Tunisiens ne voudraient d’un accord signé par un de ces Marocains qu’ils haïssent… Car la Oumma et sa chaleureuse unité musulmane sont une vaste blague, analogue à l’amour des chrétiens entre eux : on a vu ce que cela donnait en 1914 ou en 1939 sq. Quant aux Libyens, Égyptiens, Syriens, Irakiens, Arabes, Turcs, Afghans et autres Indonésiens, ils n’ont rien à faire avec l’Idrisside.

Vont-ils s’acoquiner avec les vieilles barbes des mosquées universités les plus vénérables du Maghreb ? Mais quelles jeunes frappes de banlieue, quels voyous à demi illettré des cités de France, d’Allemagne ou de Belgique vont suivre les recommandations des vieux savants de Zitouna (Tunis), de la Quaraouiyna (Fez) ou d’al-Azhar (Le Caire) ? En outre, les Turcs se moquent éperdument des avis d’Arabes et de Berbères… et vice-versa.

Reste le calife autoproclamé de Mossoul, Abou Bakr II, dont on annonce la mort tous les mois, ou à peu près, depuis deux ans, ce qui est très stupide, car ces fausses annonces renforcent son prestige chez les jeunes musulmans fanatiques. Pour tout vrai fidèle – celui qui a médité le Coran –, le seul fait que le bonhomme n’ait pas été immédiatement pulvérisé par la foudre ou brûlé par le feu divin purificateur, le vendredi 4 juillet 2014 (en plein ramadan), lorsqu’il fut intronisé calife, prouve qu’Allah n’en a pas été fâché.

On voit mal comment le gouvernement français, empêtré dans la guerre de Syrie – une guerre inutile et absurde puisque aucun impératif national n’était engagé –, pourrait traiter avec le chef politico-spirituel, et peut-être militaire, de Daesh (ou Daech ou État Islamique). Toutefois, si nos pitres veulent signer un Concordat, ce ne peut être qu’avec le nouveau commandeur des croyants.

Sauf à le faire avec le roi d’Arabie saoudite, mais on ne sait s’il réside plus d’une centaine de Wahhabites en France et les autres sunnites ne reconnaissent pas la parole de ces schismatiques… Quant aux Turcs, ils les haïssent !

Bref, l’idée était amusante, pittoresque par son côté inédit… Mais justement, le fait même qu’aucun concordat (à la différence des accords diplomatiques entre États) n’ait jamais été possible entre un gouvernement occidental et un pays de Charî’a aurait dû faire réfléchir nos « chefs », avant qu’ils ne profèrent une telle ânerie.

Finalement, lorsqu’ils auront été chassés de l’apparence du Pouvoir (la réalité n’appartient qu’aux maîtres de l’économie globale), on s’ennuiera. Leur sottise, leur nullité nous manqueront.

Bernard Plouvier

Article publié le 05/08/2016 sur le site Eurolibertés

06/08/2016

[Revue de presse] Livr'arbitres #20

Couverture.jpgRevue littéraire du pays réel lit-on sur le site de Livr'arbitres... et, effectivement, on ne pourra nier l'aspect "non-conforme" de cette publication apériodique dont on entend de plus en plus parler. Je l'avais juste feuilletée jusqu'à maintenant et ce numéro 20 est le premier que j'examine en détail. Première constatation: il n'y a pas à être un spécialiste de la littérature pour y trouver son compte. Tout honnête homme ayant un minimum de culture et de connaissance des lettres liées de près ou de loin à nos courants de pensée pourra y satisfaire sa curiosité.

Ce dernier numéro de Livr'arbitres offre un beau dossier sur Pol Vandromme (1927-2009), critique littéraire belge très réputé dont le maître-ouvrage La droite buisonnière (1960) ainsi que les monographies qu'il consacra à bien des écrivains sulfureux (Céline, Brasillach, Rebatet...) sont précédés d'une belle réputation chez les connaisseurs. D'autres portraits d'écrivains agrémentent cette livraison: ceux de Roger Nimier et de René Fallet.

Livr'arbitres se compose par ailleurs de très nombreuses chroniques de livres ou notes de lecture qui permettent de revenir sur les dernières parutions. Choix complètement subjectif, celles que je tiens à mentionner concernent: le second volume des Etudes rebatiennes; les rééditions de Six heures à perdre de Robert Brasillach et des Réprouvés de Von Salomon; le récent Qui suis-je? sur Léon Degrelle; Eléments pour une pensée extrême de Georges Feltin-Tracol (que j'avais chroniqué ici) et les dernières sorties consacrées à Jean Mabire.

Bien d'autres surprises complètent cette agréable revue, en particulier un article de notre collaborateur Virgile lié à la réédition du Blanc Soleil des vaincus de Dominique Venner. Tout cela pour dire que Livr'arbitres est une publication de qualité dont je lirai les prochains numéros avec plaisir.

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

26/07/2016

Varg Vikernes: Pourquoi est-ce qu'ils nous tuent ? (vidéo)

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Vidéo de Varg Vikernes sur la faillite du multiculturalisme en lien avec les récents attentats en France et en Allemagne.

La vidéo est en anglais. Les sous-titres français sont disponibles.


25/07/2016

Le mouvement AZOV organise la conférence inaugurale du Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Intermarium

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Les 2 et 3 juillet 2016, dans la ville de Kyiv, s’est tenue à l’initiative d’Andriy Biletskyi, leader du Mouvement AZOV, député à la Verkhovna Rada d’Ukraine et premier commandant du régiment AZOV, la conférence inaugurale du Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Intermarium.

Pour la première fois, de nombreuses initiatives civiles ukrainiennes et internationales qui cherchent à constituer un vecteur alternatif d’intégration européenne ont atteint une dimension concrète et un certain stade de développement.
Les pays d’Europe centrale et orientale ont ainsi obtenu de réelles perspectives pour unir leurs capacités de faire face aux situations stratégiques envisageables dans un avenir proche.
Des délégués venus de toute la région concernée ont participé activement à ces deux jours de conférences, en particulier de Pologne, du Bélarus ou des pays baltes, avec des représentants gouvernementaux et des organisations de volontaires qui soutiennent l’Ukraine, comme l’ONG « Vaba Ukraina » (« Ukraine Libre ») d’Estonie.
Ces états, aux côtés de l’Ukraine, sont des candidats pressentis pour intégrer en tant que membres l’Union Baltique-Mer Noire, en constituant son noyau fondateur.
Cependant, les représentants de Croatie et de Slovaquie (le parti “Slovenská pospolitost - Národná strana” ) n’ont pas été les participants les moins enthousiastes à cet événement, démontrant que la seconde étape d’intégration en tant qu’Union Adriatique-Baltique-Mer Noire, n’est pas une perspective si éloignée.
En plus de cela, des experts dans le domaine de la coopération militaire (participants à la conférence et invités venus de Suède et de Géorgie) ont montré que les pays partenaires potentiels de l’Intermarium sont véritablement dignes de ce projet, à la différence des partenaires occidentaux soit disant « gardiens de la paix ».
Enfin, s’est esquissé dans un horizon encore bien éloigné, la possibilité de disposer d’alliés au sein de la Fédération de Russie, avec le projet d’autonomie de la région de Kaliningrad, connue pour son importance stratégique dans le domaine nucléaire.

Malgré le fait que le groupe qui assure la promotion du développement de l’Union Baltique-Mer Noire et qui rassemble des délégations nationales diverses soit issu d’une initiative de la société civile, des attachés militaires appartenant aux missions diplomatiques des pays clés de la région (Pologne, Hongrie, Roumanie et Lituanie) ont pris part aux travaux en tant que membres honoraires du Bureau de la Conférence et exprimé le souhait de poursuivre la coopération avec les délégués et le Mouvement AZOV.

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La journée du 2 juillet

Précisément, les discours de bienvenue d’Andriy Biletskyi, leader du Mouvement AZOV et des attachés militaires ont ouvert la première journée de l’événement, soulignant le sérieux des intentions des organisateurs.
Une présentation générale du projet Union Baltique-Mer Noire par Mykola Kravtchenko, responsable du bureau directeur du Corps Civil AZOV a suscité un grand intérêt avec des douzaines de questions posées par l’assistance et les journalistes.
Les réponses et les commentaires détaillés ont montré que les travaux des groupes de travail se sont déployés dans différents domaines clés comme la défense et la coopération militaire, l’économie et l’énergie, la géopolitique, la science, l’éducation et la culture.
La coopération Baltique-Mer Noire dans le domaine de la défense a représenté un gros morceau vu qu’elle rencontre les attentes principales des pays de la région, à savoir la mise en place d’un système de sécurité régionale, après que les garanties de paix en Europe aux regard des lois internationales et l’inviolabilité des frontières des états souverains, notamment dans le cadre du Mémorandum de Budapest, se soient révélées bien illusoires.

La série d’interventions faite par les « Azoviens » ( Olexandr Alforov, Andriy Diatchenko ) dans ce domaine était très attendue, étant donné la réelle expérience militaire gagnée par les combattants ukrainiens et étrangers, tout d’abord dans le bataillon, puis dans le régiment exemplaire de la Garde AZOV, au cours de la guerre de nouvelle génération menée par la Fédération de Russie dans le Donbass.
La contribution du mouvement AZOV à la sécurité militaire et informationnelle, non seulement de l’Ukraine, mais de l’ensemble de la région, a constitué les arguments les plus persuasifs en faveur de la viabilité du Groupe d’Assistance au Développement de l’Intermarium basé à Kyiv. Giorgi Kouparachvili, à la tête de l’école militaire Evhen Konovalets a, en particulier, reçu un assez grand nombre de propositions dans le domaine de la défense, après qu’il ait parlé d’un système régional unifié d’enseignement militaire sur la base d’une coopération ukraino-géorgienne.

Le point de convergence pratique de la conférence a aussi été confirmé par la section suivante dédiée aux perspectives d’une auto-suffisance énergétique pour la région et de la construction d’un espace économique commun en Europe centrale et orientale.
L’invité venu du Bélarus, l’expert du site d’analyse « Belarus Security Blog », Zmicier Mickiewicz, a révélé les possibilités de coopération militaro-industrielles dans la région, notamment en ce qui concerne les productions conjointes de matériels, avec l’exemple d’une réelle interaction entre les industries de défense bélarussienne et ukrainienne, après l’éclatement de la guerre en Ukraine de l’est, ceci en dépit de la politique officielle du pouvoir de Minsk.
Mariusz Patey, un participant actif à l’ensemble des journées venu de Pologne, directeur de l’Institut du professeur Roman Rybarski, a discuté des moyens envisageables pour une coopération économique gagnant-gagnant pour la région, à partir de la mise en place de fonds communs d’investissement pour restaurer le vieux projet de pipeline « Sarmatia » qui reliait les villes d’Odessa et de Brody, ce qui impliquait de déboucher sur la ville de Plock (déjà liée à la ville polonaise de Gdansk).

Le traitement inégal de l’Europe centrale et orientale, de la part des leaders officieux de l’Union européenne, à savoir l’Allemagne et la France, pour la résolution des questions économiques, a été abordé à la lumière de l’Union Baltique-Mer Noire, clairement envisagée comme une alternative géopolitique à l’Union Européenne dans le cadre du dernier volet de la conférence consacré sur la coopération régionale concernant les domaines de la géopolitique, des sciences, de l’éducation et de la culture.
Il est de plus évident que la crise de l’UE, exacerbée par la question des réfugiés qui a abouti symboliquement au Brexit, encourage à accélérer les efforts dans la perspective d’un Commonwealth Baltique-Mer Noire, uni non seulement par une sécurité et des intérêts économiques communs, mais aussi par une commune compréhension des valeurs culturelles et de la destinée historique.

Le succès rencontré par la Croatie pour la défense de son identité culturelle en dépit des tendances globalisatrices propres à l’UE fut le sujet développé par le journaliste croate Leo Maric, événement inscrit dans le contexte du partenariat Adriatique-Baltique-Mer Noire initié par le président de l’état croate, Kolinda Grabar-Kitarovic.
Les activités de ce même partenariat et les derniers développements géopolitiques de cette zone, à la fois les atouts et les risques de cette quête pour une telle alternative, furent l’objet de l’allocution de la lituanienne Gintare Narkeviciute.
Dans le cadre des sessions qui ont conclu cette première journée, Taras Osaulenko, député à la Rada, organisateur du premier Forum Baltique-Mer Noire qui s’était tenu l’année dernière à Kyiv et directeur de l’ONG « Initiative Internationale de Soutien à l’Ukraine », a lui aussi pris la parole, ce qui constitue la meilleure preuve de la consolidation des forces civiques aspirant à l'émergence naturelle d’une union géopolitique pour l’Ukraine et la région entière, dans le contexte des défis actuels liés à la sécurité commune.

Les exposés tenus par d’autres participants ukrainiens comme Olexandr Maslak, Olena Semenyaka, Edouard Yourtchenko ou Sviatoslav Vychynskyi, ont mis clairement en évidence le fait que la feuille de route de « l’euro-intégration » défendue par l’actuel gouvernement était artificielle et inopportune.
Cette première journée du 2 juillet s’est tenue dans la salle de conférence de l’hôtel Radisson Blu.

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La journée du 3 juillet

Le lendemain, c’est au quartier général du Corps Civil « AZOV » que se sont déroulés des travaux, non moins importants, auxquels ont assisté, parmi d’autres, les responsables des structures de jeunesse de plusieurs partis politiques et mouvements nationalistes de la zone Baltique-Mer Noire.

Un grand nombre de thématiques ont été abordées au cours de travaux intensifs par de nombreux délégués venus de Lituanie, de Pologne, de Croatie, du Bélarus et de Russie, du système politique de l’Intermarium comme union géopolitique aux manières spécifiques de résister à la guerre de l’information menée par les lobbies du Kremlin en Europe centrale et orientale.

Il est intéressant de préciser que l’on ne s’est pas contenté de discuter d’une résistance commune à la menace russe, mais que des avancées historiques positives ont été faites dans le domaine des relations internationales débouchant sur la mise en place d’une étroite coopération entre nationalistes ukrainiens et polonais d’une part, entre nationalistes polonais et lituaniens d’autre part. L’Union Baltique-Mer Noire en tant qu’idée supranationale de l’alliance des pays d’Europe orientale recèle de vastes réserves d’énergies créatives précédemment gaspillées dans des débats inutiles au sujet des contentieux du passé, qui promettent d’être utilisées pour des projets fructueux éditoriaux, touristiques et même gouvernementaux à même dans les domaines de la coopération culturelle, universitaire et scientifique, de favoriser le dépassement des tensions ethniques entre les pays de la région.

Etaient donc présents pour cela Mindaugas Sidaravicius responsable de la branche jeunesse du parti « Union Nationaliste Lituanienne », qui est une organisation autonome, Witold Dobrowolski, , directeur du magazine nationaliste polonais « Szturm », Michal Orzechowski, journaliste du site « Solidarité mondiale » de Varsovie, un représentant de « L’Avant garde Balte de la Résistance Russe » (BARS) qui suggère une alliance de la région de Kaliningrad avec la future Union Baltique-Mer Noire, Mariusz Patey, Leo Maric et Zmicier Mickiewicz déjà présents la veille ainsi qu’Andrei Kouznetsov, rédacteur en chef du portail d’information #Orange et leader de l’organisation politico-militaire « Armée Insurrectionnelle Russe « (RPA), Denis Vikhorev et Alexei Levkine, représentants du « Centre Russe », la plateforme de coordination des nationalistes russes anti-Poutine en exil à Kyiv, favorable à une unité pan-européenne plutôt qu’à une intégration eurasiatique, qui se présente désormais comme un fervent soutien de l’idée de l’Intermarium sur le territoire de la Fédération de Russie.
Ces derniers avaient préparé pour tous les participants une brochure d’information traitant de la folie que constitue le revanchisme néo-soviétique en Russie.
Aux côtés de la délégation ukrainienne, ces nouveaux visages ont décidé de rendre effective la création d ‘une plateforme commune d’information pour un programme d’actions visant à promouvoir le projet Intermarium aux échelons locaux, nationaux et européens.

En sus, un film spectaculaire au sujet des deux années écoulées de renaissance nationale et de lutte menée par le peuple ukrainien contre l’envahisseur russe, avec des exemples de réalisations du Mouvement « AZOV » a été présenté aux participants qui ont pu également recevoir des publications réalisées par « Orientyr », la première maison d’édition fondée par les combattants et les volontaires de la nouvelle guerre de libération nationale.

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Andriy Biletskyi sur le BREXIT et l'Intermarium

Pour terminer, nous pouvons mentionner des propos tenus quelques jours avant cet événement par le leader du Mouvement « AZOV », Andriy Biletskyi , interrogé par la chaîne de télévision ukrainienne « Espresso »:

Il doit être clair pour tous que le côté obscur de la mondialisation est constitué par les migrants et le terrorisme qui hantent le monde entier, de la Turquie et du Liban, qui en ont souffert récemment, jusqu’à Paris et Londres. Le meilleur remède à ça réside dans l'existence d'un puissant état-nation. Ce qui a constitué, une des principales motivations du Brexit.

L’Union Européenne se fissure. Ce n’est pas l’Europe, c’est une institution bureaucratique, et ses jours sont comptés. Toutes ces impressions ne sont pas le seul fait des Britanniques. Oui, c’est une île qui a toujours eu sa propre politique et un caractère national singulier.

Cependant, à présent, l’ensemble de l’Europe est en train d’opérer un virage conservateur et penche vers les partis nationaux. C’est ainsi, ces tendances anti UE gagnent du terrain dans toute l’Union Européenne.

L’Ukraine devrait penser très positivement.
Nous n’aurions soi-disant aucune alternative au processus de Minsk comme le déclarent les autorités, et aucune alternative à l’euro-intégration. De la même façon que Yanoukovytch montrait l’Union Douanière proposée par Moscou comme un fait accompli.
Cela a un sens de créer nos propres projet et vecteur géopolitiques. Actuellement, on trouve d’excellentes opportunités et tendances pour un tel objectif : les quatre de Visegrad, le projet Intermarium, l’Union Baltique-Mer Noire, qui sont largement discutés dans les pays baltes et en Pologne.

De manière assez remarquable, de longs articles analytiques sur cette perspective de l’Union Baltique-Mer Noire ont même été publiés dans les médiats d’Etat du Bélarus de Loukachenko. Et seule l’Ukraine persiste à garder le silence au niveau étatique et ne soulève pas ce sujet à quelque échelon que ce soit !
Les Britanniques ont fait leur choix et c’est leur droit. Maintenant, nous devons faire le nôtre. Selon moi, il est temps de forger l’identité est-européenne et le Commonwealth Baltique-Mer Noire."

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Fin juin, Biletskyi déclarait également :

« Nous devons revoir complètement notre doctrine de politique étrangère. L’UE se désagrège et c’est un fait accompli. Le Royaume-Uni est le troisième pilier de l’UE au même titre que la France et l’Allemagne. Il ne la soutient plus désormais.
Entre-temps, lorsque Petro Porochenko nous aura amené au sein de l’UE, il n'y restera plus que l’Albanie, la Roumanie et la Bulgarie.
Maintenant, le salut de l’Ukraine, et c’est ce que nous n’avons cessé de répéter, est d’arrêter de compter sur des alliances et des intérêts extérieurs. Nous devons être guidés seulement par nos propres forces et intérêts. Nous devons nous appuyer sur notre propre bloc et non sur un autre qui se désagrège ou porte un projet ouvertement impérialiste comme celui de l’Union Douanière (eurasiatique) de Poutine.

La priorité dans l’agenda de l’Ukraine doit être d’ériger son propre bloc régional. Le temps de l’Union Baltique-Mer Noire est venu. Il est temps de bâtir en Europe orientale le bloc au sein duquel l’Ukraine pourra jouer un rôle moteur de pivot.

Les politiciens ukrainiens actuels ont choisi le modèle suivant de comportement, celui d’être un satellite de l’Union européenne. Ils disent vouloir restaurer nos capacités et notre puissance militaires, alors qu’en fait, ils comptent avant tout sur les sanctions. Ils tuent nos soldats sur le front, mais en réalité, ils attendent que Bruxelles, Washington et Paris fassent pression sur la Russie. Ils choisissent la position du vassal et il est clair que le vassal, comme un bon serviteur, est bouleversé lorsque son maître rencontre des difficultés. C’est la spécialité de nos politiciens. Ils ne se comportent pas comme des acteurs indépendants, mais comme les gouverneurs d’une zone donnée. Des protagonistes officiels plus importants peuvent les autoriser à gouverner. Yanoukovytch se voyait conférer son pouvoir par la Russie, Porochenko par l’Occident, mais en aucun cas par l’Ukraine. Aussi, il s’inquiète comme le vassal dont le seigneur fait face à des problèmes.

Notre gouvernement montre une ignorance absolue des réalités politiques et de la vie au sein de l’UE, alors qu’il impose une propagande pro-UE, même pas pro-occidentale, extrêmement active. Toutes les chaînes de télévision, tous les journaux et autres moyens de communication ont pour tâche de promouvoir l’absence d’une alternative à l’UE comme choix de l’Ukraine en matière de politique étrangère. Je ne cesse de le répéter : ceci est un mythe. Il n’y a aucune chance que l’Ukraine intègre l’UE dans les 30, voire les 50 prochaines années. Durant ce laps de temps, il est très possible que l’UE s’effondre d’elle-même et cesse d’exister, beaucoup plus que prévaloir et dominer en Europe. Il n’y a aucune chance de l’intégrer. Nous entendons constamment que nous n’en sommes pas éloignés, que cela arrivera demain ou après-demain, etc.

Nous avons vu le référendum qui s’est tenu aux Pays-Bas. Le Royaume-Uni a même déjà quitté l’UE. La crise de l’Euro et les processus qui ont cours là-bas sont terribles, comme la crise des migrants qui les met au bord du gouffre. Mais le gouvernement ou les médias pro-gouvernementaux ne le disent pas.
Soit directement, soit par l’entremise des oligarques, ils prétendent qu’il n’y a pas d’autre alternative à l’UE.

Les seuls alliés de l’Ukraine, ce sont le peuple ukrainien, l’armée et la marine ukrainiennes. Nous devons oublier certaines orientations de politique extérieure sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Nous devons mettre en place les nôtres en la matière. Il y a actuellement des facteurs géopolitiques, militaires, économiques et migratoires qui menacent l'ensemble des peuples d’Europe orientale. Ceux-ci ont une destinée commune et doivent affronter des dangers communs. C’est une configuration parfaite pour favoriser leur union. Tout d’abord sur le plan militaire, puis vers la constitution d’un bloc géopolitique ou d’une confédération. Il est grand temps de créer un bloc Baltique-Mer Noire, au lieu de penser à intégrer des structures à moitié moribondes.

Olena Semenyaka et Pascal Lassalle (traduction et adaptation pour le C.N.C.)

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