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21/04/2016

Chronique de livre: Freerk Haye Hamkens "Les Mystères de l'Externstein"

 

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Freerk Haye Hamkens "Les Mystères de l'Externstein"

(Auda Isarn, 2016)

Incarner son identité européenne nécessite de découvrir, ou de redécouvrir, certains des haut-lieux de notre grande patrie, de nous imprégner des forces qui les entourent ou qui les habitent toujours. Parmi ceux-ci, l’Externstein, impressionnante formation rocheuse située dans la région de Detmold en Westphalie, demeure toujours un mystère pour nombre de passionnés d’histoire et de religiosité européenne (europaïenne serait-on même tenté de dire). Premier livre sur le sujet disponible en français, et ceci grâce au travail de l’excellente maison d’édition Auda Isarn, Les Mystères de l'Externstein de l’Allemand Freek Haye Hamkens nous propose une étude complète et pluridisciplinaire sur ce haut-lieu d’Europe.

Le livre reprend les travaux de l’archéologue Wilhelm Teudt qui opéra à des fouilles sur le site des Externsteine dans les années 1934-1935. Ce dernier émit l'opinion que le lieu était bel et bien l'endroit où fut érigé l'Irminsul des Saxons avant que celui-ci ne soit détruit sur les ordres de Charlemagne. Cette thèse suscita de nombreuses réactions houleuses, notamment des milieux ecclésiastiques et, de nos jours, le lieu est également lié au national-socialisme de par l'intérêt que lui portait entre autres la SS Ahnenerbe d'Heinrich Himmler. Freek Haye Hamkens, ethnologue et folkloriste allemand, fut l'assistant de Wilhelm Teudt au moment des fouilles des années 1934-1935. Il sauva un nombre conséquent de notes et de plans établis par Teudt qu'il compila dans un rapport qui servit de base au présent ouvrage. Il faut signaler au passage que le livre comporte, en plus des nombreux plans et autres croquis, un cahier photo de seize pages, une bibliographie d'Alain de Benoist et une magnifique couverture signée Orick.

Les mystères de l'Externstein est sans aucun doute un livre vraiment complet sur le sujet. S'y mêlent archéologie, histoire de l'art et histoire, au sens large du terme, de ce haut-lieu du paganisme saxon et européen, en rapport avec le droit de propriété mais aussi avec les contes, les légendes et les chansons populaires. Ce thème est d'ailleurs prégnant et Freerk Haye Hamkens revient longuement sur les spéculations concernant l'hypothèse qui ferait des externsteine un sanctuaire païen. Le ton est certes très académique mais les informations dispensées, grâce à une énorme somme de travail, raviront à coup sûr celles et ceux qui s'intéressent de prêt ou de loin aux externsteine.

Donatien/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

17/04/2016

Chronique cinéma: Zootopie (le dernier Disney)

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Dimanche de Pâques en fin d'après-midi. Ma fiancée me convie au cinéma. A l'affiche: Zootopie des studios Disney. D'ordinaire, je ne me déplace plus dans les salles obscures pour voir dessins animés ou autres films d'animation. Question d'âge, sans doute. Ma fiancée est néanmoins plutôt partante, à l'image de nombreuses jeunes femmes, pour ces petits plongeons en arrière vers l'âge béni de l'enfance. De bonne grâce je me plie à l'exercice, surtout que c'est elle qui paie sa tournée.

Nous sommes ressortis, une centaine de minutes plus tard, dans un état profond de gêne, voire d’écœurement. Pour les parents tentés par l'expérience... je vous déconseille fortement d'emmener vos chères têtes blondes assister à cet exercice de grossière propagande!

Le problème ne réside pas dans la forme. Les images plaisantes et les passages comiques ne manquent pas, en soi. Le soucis vient du fond et du message véhiculé. Disney nous avait habitués à plus de finesse.

Une lapine, dont les parents cultivent des carottes, rêve de devenir flic à Zootopie, une cité gigantesque où toutes les espèces animales, "prédateurs" comme "proies", vivent en harmonie. Malgré les fortes réserves familiales et diverses difficultés, la lapine parvient à ses fins et devient flic. Vu qu'il s'agit de la première "proie" à intégrer les forces de police, notre petite lapine est évidemment postée à la circulation. Elle s'illustre néanmoins rapidement en mettant au jour un trafic de glaces à l'eau orchestré par un renard cynique. Elle et ce dernier vont finalement s'associer dans le but de résoudre une enquête bien plus poussée où se mêlent génétique et démographie... Le film se conclut par un concert de Shakira (incarnée ici par une gazelle) où l'ensemble de la population de Zootopie communie dans la joie, les lumières du show et la musique.

La cité de Zootopie incarne la méga-machine urbaine avec son kaléidoscope d'espèces évoluant dans un univers artificiel, festif et positiviste. Cet univers improbable, hautement flippant pour nombres des lecteurs du CNC, n'est aucunement remis en cause par le film. Bien au contraire. Cette société du "vivre ensemble" est même farouchement défendue, et ce d'une manière grossière. En effet, à Zootopie on peut devenir "ce que l'on veut" et ça, c'est vraiment trop cool!

Lutte contre les préjugés et les stéréotypes, plaidoirie pour le métissage et l'homosexualité, relativisation des "thèses essentialistes", éloge de l'homo festivus... Zootopie est un très beau coup. Le scénario et les clins d’œil plaisants ne sont que des prétextes visant à faire passer la pilule.

On est bien loin ici du propos tenu par la Reine des neiges qui semblait incarner un retour aux fondamentaux de Disney (princesses aux visages pâles et vieilles légendes européennes revisitées).

"Le racisme, ça commence par des mots"... Inutile de diffuser ces spots ridicules et coûteux sur toutes les antennes. Il aurait suffit de payer une place pour Zootopie à l'ensemble des gosses de France et de Navarre pour obtenir des résultats bien plus probants concernant la lutte contre les discriminations.

Jacques Thomas pour le C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

09/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Gore

Une voiture, ça ne tombe jamais en panne là où il faut ! Le cinéma d'épouvante compte parmi les genres cinématographiques les plus stéréotypés. Exagérons un peu en indiquant un véhicule bondé d'amis, dont de jeunes filles pulpeuses et courtes-vêtues, tombant en panne non loin d'une maison abandonnée dans laquelle nos amis pénètrent confiants et goguenards avant de se retrouver confrontés à un sauvage boucher qui les chassera jusqu'au dernier tel du gibier. L'une des charmantes demoiselles parvient bien à s'échapper mais trébuche sur une racine et se foule la cheville. Le meurtrier n'a plus qu'à fondre sur sa malheureuse proie... Le panel est en réalité bien plus large et compte parmi ses thèmes de prédilection l'interaction du monde des vivants et celui des morts, les animaux mythologiques, le mystère du souterrain labyrinthique ou encore la sorcellerie... La mode du film gore est quelque peu passée en Europe, continent sur lequel le film d'épouvante a accompagné la création cinématographique depuis ses débuts. Les Etats-Unis poursuivent bien une large production mais ses réalisations demeurent sans aucun intérêt à quelques exceptions près ; la multiplication des effets spéciaux, usant trop facilement du gros plan pour mieux masquer la faiblesse de la mise en scène, ayant largement pris le pas sur l'ambiance du film. C'est bien le cinéma asiatique, et plus particulièrement japonais et sud-coréen, qui a repris le flambeau. Il y a à prendre et à laisser parmi l'énorme filmographie d'épouvante qui comptabilise autant de détracteurs aux sentences péremptoires que d'admirateurs fanatiques. L'objectif du film d'horreur est bien évidemment de susciter chez le spectateur un sentiment de malaise qui se double d'une profonde terreur à la vue des scènes sanguinaires qui s'étalent de la torture à l'anthropophagie. Et soyons honnêtes, certaines scènes et atmosphères contenues dans les meilleurs films ne manquent pas de produire leur effet pour qui accepte de se laisser prendre au jeu. De la terreur au rire, il peut d'ailleurs n'y avoir qu'un pas ! Aussi, le loufoque peut-il également être considéré comme une autre composante du film gore. Et, à cet égard, les films classés B ou Z ne sont parfois pas les plus mauvais. Le cinéma d'épouvante peut être perçu comme une lutte des crasses et des classes qui ne dit pas son nom. Des individus, généralement laids et pauvres, font payer à de jeunes gens riches et beaux leur adhésion à l'insouciance de la société de consommation. Une révolte des laissés pour compte de la société capitaliste et droit de l'hommiste en fin de compte dans une mise en scène de ce que chaque individu a de plus pervers en ses entrailles les plus profondes. Et finalement, le cinéma n'est rien d'autre qu'une mise en perspective de chacun face à ses propres démons... Critique qui n'est néanmoins que trop effleurée dans l'immense majorité des films. D'aucuns objecteront, à raison, que la sélection présentée est très arbitraire. Il est souvent nécessaire de revenir aux fondamentaux. Aussi, les grands classiques du cinéma d'épouvante qui acquiert ses lettres de noblesse dans les décennies 1970-1980 côtoient quelques pépites moins connues. Genre transversal et finalement moins stéréotypé qu'il n'y paraît, il y aurait encore beaucoup de films à présenter. Il ne vous reste plus qu'à éteindre la lumière...

 

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ANGOISSE

Titre original : Angustia

Film espagnol de Bigas Luna (1987)

Patty et Linda sont deux amies. C'est au cinéma qu'elles passeront cette matinée. La projection du film d'horreur, auquel les lycéennes assistent, raconte l'histoire d'Alice Pressman, une mère possessive qui tente de soutenir son fils unique John, atteint d'une progressive cécité, à l'aide de ses pouvoirs hypnotiques. Curieusement, c'est justement dans une clinique ophtalmologique que travaille John en tant qu'assistant. Pour peu de temps encore car son handicap s'aggravant lui fait commettre de nombreuses erreurs qui justifient son renvoi. Alice, qui tient à son fils comme à la prunelle de ses yeux, force celui-ci à sortir pour recueillir les yeux d'innocents qu'il égorge horriblement. Ces prélèvements doivent lui permettre de guérir sa cécité. Patty est mal à l'aise à la vision de ces scènes sanguinolentes et se réfugie aux toilettes du cinéma. Un homme au comportement bizarre occupe ces mêmes lieux. Sur l'écran, John se rend dans un cinéma de quartier afin de prélever des organes oculaires...

Cinéaste pluridisciplinaire, Luna s'est essayé également au film d'horreur avec talent. Le synopsis peut sembler complexe dans le lien que l'on peine à trouver entre les deux lycéennes et John. C'est justement toute l'originalité du procédé narratif de faire se mélanger deux films en un : le film que la salle de cinéma regarde sur le grand écran à celui que le téléspectateur regarde confortablement installé dans son salon ! On s'y perd un peu parfois, beaucoup même entre les deux fictions s'entremêlant mais c'est justement l'intérêt de se prendre à ce jeu dont vous êtes aussi le témoin. Difficile de faire l'économie de tout révéler : le film que les lycéennes regardent est celui qui se joue, en réalité, dans le cinéma ; un peu à l'image du clip Thriller de Michael Jackson. La mise en scène est très satisfaisante et Michael Lerner est très convaincant en psychopathe vieux garçon. Une vraie réussite qui est à voir. Un petit bijou !

 

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CALVAIRE

Film belge de Fabrice Du Welz (2004)

Marc Stevens est chanteur itinérant qui anime des galas pour dames du troisième âge. A la sortie d'un concert dans les Ardennes belges, il reprend la route sous un temps épouvantable et sa camionnette tombe bientôt en panne en pleine forêt. Boris, un homme étrange à la recherche de sa chienne, guide le malchanceux vers Bartel, un aubergiste, qui recueille le crooner à son domicile. Le tenancier est psychologiquement instable depuis que Gloria, son épouse, l'a quitté. Bartel se persuade que Stevens est l'incarnation de son ex-femme. Ce n'est guère au sein de la communauté villageoise que le chanteur trouvera de l'aide. Le village ne semble être habité que par des hommes patibulaires qui utilisent les rares clients de l'auberge comme objets sexuels. Pour Stevens, le cauchemar commence...

Un film d'horreur belge ! Voilà qui change des œuvres américaines. Ça ne manque pas de sang mais la réalisation s'éloigne du gore traditionnel en explorant largement le domaine de l'encaissement des tortures physiques et psychologiques infligées par un bourreau plus humain qu'il n'y paraît et lui-même, rongé par la souffrance.  Du Welz prend également soin d'habiller le film d'une véritable mise en scène et d'une belle esthétique, tranchant ainsi nettement avec le genre cinématographique. Fait rare qui augmente le réalisme du film, aucune musique n'accompagne le récit. On se rend compte que Laurent Lucas est un acteur génialissime d'inexpressivité et trop méconnu du grand public. Jackie Berroyer est également à la hauteur. Contenant néanmoins peu de scènes violentes, le film pourra dérouter les plus inconditionnels amateurs du genre survival ! Il n'en reste pas moins totalement déjanté et glauque !

 

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LA COLLINE A DES YEUX

Titre original : The Hills have Eyes

Film américain de Wes Craven (1977)

La famille Carter appartient à la classe moyenne américaine. Big Bob est un ancien policier de Cleveland qu'accompagnent son épouse Ethel et les enfants Brenda, Bobby et Lynn, la fille aînée dont le mari Doug est également du voyage. Afin de resserrer les liens entre les parents et enfants, le clan Carter traverse les Etats-Unis en direction de la Californie. Dans l'Etat du Nouveau Mexique, la famille cherche la trace d'une ancienne mine d'argent et se retrouve accidentellement au beau milieu d'une zone militaire de l'aviation américaine dans laquelle furent pratiqués naguère des essais nucléaires. Le propriétaire âgé de la station service, dans laquelle ils avaient fait halte peu avant, avait pourtant bien essayé de les dissuader de pénétrer l'endroit. Les pneus du véhicule tractant la caravane éclatent brusquement. La famille est contrainte de se séparer et s'aventurer dans le désert afin de chercher de l'aide. Le désert est bien peuplé mais les Carter auraient préféré se passer de la rencontre...

Film d'une rare violence qui compte parmi les œuvres cultes du genre. La présente réalisation s'inscrit parfaitement dans les codes du cinéma d'horreur. Une famille bien sous tous rapports subit la rage d'individus ignobles, rebuts d'une Amérique opulente. Clin d'œil à l'élection de Jimmy Carter en 1977, année de la sortie du film ?, la famille homonyme et involontairement héroïne est un pur produit de la civilisation américaine. Elle aime les armes à feu et conçoit l'auto-défense. A bien y regarder, les points communs entre les Carter et la famille cannibale sont plus nombreux qu'il n'y paraît. La violence de certains est légitimée par une société américaine qui la refuse à l'autre. Le film n'ira pas plus loin dans sa critique sociale et remplit parfaitement son rôle de ficher la trouille. Il est difficile de ne pas sursauter lors de certaines scènes. Certains préfèreront à l'original le remake plus moderne et spectaculaire d'Alexandre Aja et produit, en 2006, par Craven lui-même.

 

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EVIL DEAD

Film américain de Sam Raimi (1981)

Le temps d'un week-end, un groupe de cinq jeunes gens, dont trois filles, prend ses aises dans une maison abandonnée dans laquelle la végétation forestière a repris ses droits. D'étranges phénomènes se produisent dans la bicoque. Un vieux magnétophone entreposé dans la cave de la demeure est découvert. L'un des deux garçons appuie sur le bouton actionnant la bande magnétique. L'enregistrement en dit plus sur la sinistre habitation. Un archéologue s'y était retranché pour étudier le Necronomicon, également appelé Livre des Morts, et entreposé à proximité de l'appareil. Les amis feuillettent le lugubre ouvrage relié en peau humaine et dont du sang tient lieu d'encre. L'appareil poursuit le déroulement de la bande. La voix du scientifique prononce alors une ancienne incantation magique qui déchaîne les forces du mal. L'horreur déferle sur la maison...

Premier long-métrage de Raimi alors seulement âgé de 23 ans, Evil Dead constitue un autre film culte parmi les plus appréciés des amateurs du genre. Le minimalisme du scénario ne nuit que peu. L'œuvre est portée en cela par un rythme et des effets spéciaux qui garantissent les frissons espérés. C'est ce que chacun demande à un film d'horreur après tout ! Frissons garantis donc et fous rires également. Le film fut tourné avec un budget minimum, cela se remarque dans les nombreux problèmes de raccords entre les scènes. Ouvrez l'œil ! Et puis, le film a peut être un peu vieilli... Raimi ne manqua, en revanche, pas d'idées dans le maniement de la caméra souvent à l'épaule. C'est bien fait et c'est finalement agréable à regarder ! Là aussi, un remake en 2013, dirigé par Fede Alvarez, reproduit l'original.

 

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE

Titre original : The Texas Chainsauw Massacre

Film américain de Tobe Hooper (1974)

Sally, son frère handicapé Franklin, Jerry, Kirk et Pam sont un groupe de cinq amis traversant l'Etat du Texas à bord d'un minibus lorsqu'il charge un auto-stoppeur dans leur véhicule. Mais l'homme, couvert de cicatrices, a un comportement inquiétant et apparaît trop préoccupé par les problèmes des bouchers suite à la fermeture de l'abattoir local... Aussi, les amis décident-ils de se débarrasser du curieux vagabond. La station-service, dans laquelle ils pensaient faire le plein d'essence, a les cuves vides. L'inévitable panne d'essence oblige le groupe à stopper la route. Les cinq jeunes gens entreprennent de visiter une vieille maison abandonnée qui appartient aux grands-parents de la fratrie. Kirk et la sexy Pam s'éloignent afin de se baigner lorsqu'ils remarquent une ferme isolée. Les deux jeunes gens ont l'idée de demander d'acheter du carburant au propriétaire. A peine Kirk a-t-il pénétré l'intérieur de l'habitation que surgit un homme masqué...

Encore un classique bien connu du gore, le film fut longtemps censuré dans de nombreux pays. La réalisation de Hooper inaugure le sous-genre du slasher, film d'horreur dans lequel le meurtrier tue à l'aide d'un outil. Le titre du film d'ailleurs pose question puisqu'une seule victime est tuée à la tronçonneuse mais passons... Pour travailler son personnage, Hooper s'était inspiré de la véritable histoire d'Ed Gein, profanateur de tombes dans le Wisconsin, chez qui avaient été retrouvés les cadavres de pas moins de quinze femmes... Est-il besoin de préciser que le film est malsain ? Il eut, en tout cas, une descendance nombreuse estampillée à la tronçonneuse ou non. Plaisante œuvre d'épouvante de Hooper qui ne parvint pas à confirmer son talent dans ses réalisations suivantes, à l'exception peut-être de Poltergeist.

 

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LA NUIT DES MASQUES

Titre original : Halloween

Film américain de John Carpenter (1978)

C'est la nuit d'Halloween en cette année 1963 à Haddonfield dans l'Illinois. Cette nuit, Michael Myers se précipite dans la chambre de sa sœur et assassine sauvagement Judith à coups de couteaux. Il n'est âgé que de six ans... Se terrant dans un profond mutisme, l'enfant est enfermé dans l'asile psychiatrique du Smith's Grove Sanatorium. 30 octobre 1978, Michael, désormais pénalement responsable, est transféré vers le tribunal pour être jugé de ses actes. Le prévenu parvient à échapper à la vigilance de ses gardiens et se fait la belle. Son psychiatre, le docteur Loomis se lance à sa poursuite et devine que l'assassin va revenir sur les lieux du crime. Un indice confirme la supposition de Loomis. La tombe de Judith vient d'être profanée. C'est une nouvelle nuit d'Halloween qui débute...

Plaisante réalisation de Carpenter, peut-être sa meilleure, qui parvient à entretenir un parfait suspense et évite l'écueil de privilégier les scènes d'horreur au détriment du scénario tourné caméra à l'épaule. Un scénario qui, néanmoins, ne pipe mot sur les raisons qui poussèrent l'enfant à poignarder sa sœur. Idem concernant les motivations qui poussent le garçonnet devenu adulte à commettre de nouveaux crimes. Le film d'épouvante aura toujours ses limites... La fin laisse sur sa faim, et pour cause ! Des suites, médiocres..., étaient d'ores-et-déjà prévues. La tension demeure palpable tout au long du film. En cela, c'est une angoissante réussite ! Les grincheux objecteront qu'on a fait bien mieux depuis. Réalisé à l'aide d'un maigre budget, le film est l'un des plus rentables de toute l'Histoire du cinéma.

 

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SUSPIRIA

Film italien de Dario Argento (1976)

Parmi les passagers de l'avion qui atterrit à Fribourg par cette nuit d'orage, figure Suzy Banyon, étudiante de nationalité américaine qui incorpore la Tanz Akademie, l'une des plus prestigieuses académies de danse au monde, dans le but de perfectionner sa technique. Tandis que le taxi dépose l'étudiante devant l'école, Suzy aperçoit une étudiante effrayée hurler de manière incompréhensible dans l'interphone et s'enfuir dans les bois. L'étudiante américaine se voit refuser l'entrée dans l'école et est contrainte de passer la nuit en ville. Curieuse intégration suisse ! Suzy pénètre enfin dans l'école le lendemain. Deux étudiantes ont été sauvagement assassinées la nuit précédente, dont la jeune fille horrifiée aperçue la veille. Le rêve de Suzy vire à l'effroi. D'étranges événements ne tardent pas à se produire dans l'institution...

Avec Suspiria, Argento rompt avec le giallo, épouse pour la première fois le film d'horreur et livre le premier volet de La Trilogie des Enfers. Argento est un cinéaste trop facilement considéré comme mineur. Mineur, certainement pas mais clivant ? Oui ! Aussi, il se peut que d'aucuns jugent ridicule ce conte maléfique empreint d'une forte esthétique baroque dans lequel Suzy figure une Alice au pays des séquelles. Argento livre un film de sorcellerie réellement angoissant, à l'atmosphère suffocante et colorée dans laquelle le rouge, couleur de prédilection du réalisateur, prédomine largement. La réalisation est servie par une musique obsédante. Mention spéciale pour la scène lors de laquelle le pianiste aveugle est égorgé par son propre chien. Argento est définitivement  le digne héritier de Mario Bava. Un petit bijou !

Virgile/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

06/04/2016

Chronique de livre: Collin Cleary "L’appel aux dieux"

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Collin Cleary, L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu (Les Editions du Lore, 2016)

 

Qu’il est dur d’être païen ! Ou plus exactement « néo-païen ». Qu’est-ce que cela peut bien dire d’ailleurs « néo-païen » ? Peut-on être culturellement et/ou cultuellement « néo-païen » ? Et surtout à quoi cela peut-il « servir » d’être ou de se proclamer du paganisme en général ?

La nébuleuse « néo-païenne » en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique recouvre un ensemble d’individus, de groupes et d’organisations les plus différentes les unes des autres, dont les conceptions et la praxis diffèrent toutes autant. Ne parlons même pas de l’identité spirituelle du « néo-paganisme » : Grecque ? Germanico-nordique ? Celte, voir même Indo-aryen ? En ce qui nous concerne, l’identité spirituelle du « néo-paganisme » devrait se référer au triumvirat Boden – Blut – Geist  (Terre, sang, esprit) "ordonné évidemment du supérieur à l'inférieur et en accord avec l’être particulier de chacun."

Néanmoins,et en admettant que l’on a trouvé son identité spirituelle « néo-païenne », c’est-à-dire sa propre « paganité », il est somme toute difficile, pour certaines personnes se réclamant du (néo) paganisme, d’agir contre la vacuité spirituelle qu’ils ressentent en eux. En effet point de praxis religieuse établie officiellement ; d’expériences de communion avec les dieux, seul ou en groupe ; de corpus de textes sacrés et considérés comme tels ou même d’épisodes recensés de théophanie par exemple. Enfin, une psyché modelée par des siècles et des siècles de christianisme, même sécularisé dans diverses idéologies modernes (laïcité issue des lumières et marxisme principalement) est indéniablement un frein à la redécouverte puis à l’incarnation de notre « paganité ». En conséquence il n’est pas rare dans notre vaste milieu politique de voir certains se convertir au catholicisme. L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu de l’auteur américain Collin Cleary pourrait bien marquer les esprits ou plutôt les ouvrir aux dieux.

Fondateur du journal TYR – Myth- Culture – Tradition aux cotés de Joshua Buckley et Michael Moynihan, Collin Cleary est également membre de la Rune-Gild. Le lecteur aura l’occasion d’en savoir plus sur l’auteur via l’introduction. Il serait plus parlant de citer les influences de Collin Cleary et elles sont nombreuses : Julius Evola, Hegel, Lao-Tseu, Heidegger, Alain Danièlou et Alain de Benoist, Platon et Aristote ainsi que son ami Edred Thorsson. Cleary fait preuve d’une véritable maitrise des concepts développés par les philosophes précités et, quant à sa connaissance des doctrines orientales, elle impose également le respect. Bref, vous l’aurez compris, nous avons affaire en la personne de CollinCleary à un érudit. Tout simplement.

Les Editions du Lore ont eu l’excellente idée de faire traduire certains essais de Cleary et de les rassembler dans le présent recueil. Celui-ci est divisé en trois grandes parties : «Néo-paganisme », « Paganisme nordique » et « Parmi les ruines ». Nous nous concentrerons principalement sur la partie intitulée « Néo-paganisme » car elle recèle deux essais, Connaître les dieux  et  L’appel aux dieux qui sont fondamentaux et fondateur de la pensée de Collin Cleary.Par ailleurs, une critique intitulée Paganisme sans dieux : Alain de Benoist et Comment peut-on être païen ? entrera en résonance avec les interrogations exprimées plus haut dans mon introduction. Les deux autres parties seront naturellement évoquées et commentées.

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« Néo-Paganisme »

I. Connaître les Dieux

Dans cet essai paru en 2002 dans le premier volume de la revue TYR : Myth – Culture – Tradition, CollinCleary expose la théorie de base de ce qui deviendra son système de pensée. En premier lieu, une mise au point salutaire quant au concept de « l’ouverture aux dieux » s’impose. En effet cette dernière est le plus souvent biaisée, faisant même office de simulacre car envisagée uniquement d’un point de vue moderne, c’est-à-dire, dans ce cas précis, rationaliste, alors que « l’ouverture au divin est rendue possible par un point de vue plus fondamental : l’ouverture à l’être des choses elles-mêmes », soit un parti pris heideggerien . La compréhension du divin passe donc belle et bien par une ouverture, mais une ouverture au sensible, véritablement naturelle pour les hommes, et non pas par une ouverture rationnelle.  On comprend ainsi que c’est notre fermeture qui n’est pas naturelle. Le premier pas vers une réouverture consiste en un « changement radical dans notre manière de nous orienter vis-à-vis des êtres, et ceci doit commencer par une critique radicale et impitoyable de tous les aspects de notre monde moderne. »

Selon Collin Cleary les hommes sont naturellement prédisposés à « l’ouverture à l’être » mais aussi à se fermer : « La nature humaine, comme vie réelle en présence de ce qui est «supérieur » (le surnaturel, le divin, le transcendant, l’idéal), existe dans une tension constante entre deux impulsions jumelles : l’impulsion à s’ouvrir au supérieur, et l’impulsion à se fermer à lui. L’une est l’impulsion à atteindre une chose plus grande que nous-mêmes, la laissant nous diriger et (littéralement) nous inspirer. L’autre est l’impulsion à nous fermer à elle et à nous élever nous-mêmes au-dessus de tout. Par manque d’un meilleur mot, je désignerai cette dernière tendance par le mot de Volonté. Les deux tendances – ouverture et Volonté – sont présentes dans tous les hommes. Elles expliquent la grandeur des hommes, ainsi que leur coté obscur. »

Cette notion centrale de « Volonté », que l’on pourrait comparer à « l’esprit Faustien » décrit en son temps par Oswald Spengler, bien que « naturelle et nécessaire à la nature humaine » doit être canalisée. Effectivement, si elle n’est pas bridée, la Volonté devient irrémédiablement un « humanisme titanique » dont le principe serait de « faire de l’homme la mesure, d’exalter l’homme comme le but et la fin de toute l’existence, de plier toutes les choses aux désirs humains. »  Cette impulsion à l’arrière-gout d’hubris résonne en nous d’une manière tragique car on comprend que la Volonté est la « pneuma », le souffle vital de toutes les philosophies issues des Lumières. Cleary confirme cette impression : « l’âge moderne est l’Âge de la Volonté, l’âge de l’Humanisme Titanique. La modernité est unique dans l’histoire humaine, parce qu’à aucune autre époque la Volonté n’a aussi complètement triomphé de l’ouverture. »

Cette fermeture au divin est progressive. La première étape est une séparation entre les hommes et la nature, osmose qui est capitale si l’on veut connaître les Dieux : « L’ouverture à la nature […] rend possible l’ouverture à un autre monde de forces et de pouvoirs – un monde qui contient et qui pourtant transcende la nature. C’est le monde des dieux. Nous fermer au monde naturel signifie inévitablement nous fermer au divin. » Nos ancêtres avaient en effet un lien direct avec la nature, condition sine qua non pour expérimenter les dieux. Le rapport « hommes - nature » était évidemment différent. De facto, La nature apparaissait autrefois comme une force coercitive, indomptée, qui inspirait à la fois respect et crainte. Et cette césure c’est la « Volonté » qui, via son avatar, « l’esprit faustien », va en être responsable. Elle opéra à un véritable bouleversement qui se réalisa, dans le cas qui nous intéresse ici, de deux manières. Premièrement, une « césure technique » qui va d’abord permettre aux hommes de se protéger de la nature avant de dévier vers une maitrise, puis vers une domination. Dès lors on comprend que l’homme moderne, du fait de son mode de vie éminemment bourgeois, rien que par sa quête du confort absolu qui l’induit dans un doux cocon hédonisto-matérialiste, est ontologiquement un être fermé. Deuxièmement, la « Volonté » opère à une « césure métaphysique et spirituel » prométhéenne qui s’accomplit elle aussi de deux façons distinctes : «  La première est la manière que j’ai déjà décrite : l’homme peut rejeter le divin, déclarer qu’il n’a pas besoin de lui » ; soit le meurtre de Dieu conceptualisé par Friedrich Nietzsche, envisagé en tant qu’acte de naissance, en quelque sorte,  du rationalisme et du scientisme modernes. « La seconde manière est de tenter de concevoir une méthode spéciale de combler le gouffre séparant l’homme du divin, sans nier la réalité de ce dernier. Cette méthode est appelée mysticisme. Les mystiques pensent qu’ils s’élèvent jusqu’à l’union avec le divin. Ils ne voient pas que ce processus pourrait aussi bien être décrit dans l’autre sens : l’abaissement de Dieu au niveau de l’homme. La divinisation de l’homme et l’anthropomorphisation de Dieu sont la même chose ».

Mais alors comment réaliser l’ouverture aux dieux ? Pour commencer Cleary préconise de créer un « espace », une « clairière » selon les mots du philosophe allemand Heidegger, pour accueillir les dieux. Comme nous l’avons vu précédemment, il est impératif de modifier en profondeur notre relation à la spiritualité, à la religion et au divin en éradiquant : « l’approche moderne pour comprendre la religion [qui] consiste à la traiter comme l’une des nombreuses activités auxquelles les hommes participent […]. La vérité, cependant, est que c’est dans la religion que l’on trouve l’être même de l’homme. ».  Et pour conclure cette entrée en matière, l'auteur émet quelques suggestions, développées plus en détail dans un appendice inédit, pour parachever cette fameuse ouverture. Ces suggestions, nous préférons ne pas les dévoiler et laisser le lecteur les découvrir par lui-même. Elles ne font pas figure de lois mais de pistes, sans doute perfectibles, voir discutables. Nous conclurons en citant Collin Cleary : « Les dieux se trouvent aux limites extérieures de notre perception de la réalité, définissant le réel pour nous. L’explication prend place seulement à l’intérieur de ces limites ».

II. L’appel aux Dieux, la phénoménologie de la présence divine

Ce second essai qui, à l’instar du premier, fut publié dans la revue TYR : Myth – Culture – Tradition est une continuation de Connaitre les dieux ; texte pionnier dans la démarche spirituelle de Cleary et faisant également office de « mindset ». Après un bref rappel des causes de notre  « fermeture aux dieux » (« pour les modernes, la nature n’a essentiellement pas d’Être : elle attend que les humains lui confèrent une identité » et « en nous fermant à l’être de la nature, nous nous fermons simultanément à l’être des dieux. ») l’auteur rentre dans le vif en exprimant sa thèse : « notre émerveillement devant l’être de choses particulières est l’intuition d’un dieu, ou d’un être divin. »

A travers un développement où se côtoient Platon, mais aussi les études linguistiques indo-européennes, Heidegger ou l’alchimie taoïste, Collin Cleary apporte une perspective nouvelle et originale de notre relation et de notre compréhension du divin, a fortiori d’une manière intelligible. Mais une fois de plus, nous pensons qu’il n’est pas de notre rôle de faire découvrir les observations et conclusions de l’auteur. En un sens cela briserait la « magie » et priverait l’auteur de déployer son talent envers son tout nouveau public francophone. Toutefois nous nous devons d’apporter quelques précisions :

Primo : les conceptions du divin polythéistes et monothéistes sont essentiellement dissemblables. Dès lors le lecteur devra faire attention à ne pas user (involontairement ou non) de réflexes trompeurs issus d’une culture monothéiste, même sécularisée. Pour autant il n’est pas non plus nécessaire de faire partie d’un « coven » de Wiccas pour comprendre la weltanschauung polythéiste.

Deuxio : Il serait maladroit d’utiliser le terme de paganisme. En effet le terme paganisme vient du latin paganismus/paganus communément traduit par « paysan ». Il est donc question dans ce cas-là d’un ancrage territorial, en l’occurrence la ruralité, avec ses particularismes, notamment ses lieux de cultes (les sources par exemple) et ses geniiloci. Hors, Cleary ne parle pas de nature en tant que Bios mais comme l’en soi ainsi (ensemble de forces, en particulier de la vie, ou principe supérieur, considéré comme à l'origine des choses du monde, de son organisation). En bon lecteur de Julius Evola, il s’orienterait plutôt vers une spiritualité solaire et ouranienne telle qu’elle fut défendue par l’auteur de Révolte contre le monde moderne.

Tercio : Il ne faut  pas s’attendre à un déballage de Modus Operandi pour faire apparaître Thor, Lugh ou Hekate dans votre salon comme si quelconque formes de théophanie pouvaient être commandées et livrées chez vous comme une vulgaire pizza. Les réflexions de Collin Cleary appartiennent plus au domaine métaphysique, au sens « Evolien » du terme. Mais pas de méprise : L’appel aux dieux n’est pas un essai pompeux et abscons. Malgré moultes références mythologiques et philosophiques, Cleary réussit avec brio à rendre son sujet accessible grâce des exemples clairs.

Quartio : le lecteur ne sera peut-être pas d’accord avec l’auteur. Soit car sa vision et son expérience du divin sont différentes, soit car le rationalisme avec lequel nous sommes nourris depuis notre plus jeune âge est encore trop présent. Vouloir expliquer le divin par la raison ne fut pas toujours une réussite (comme détaillé dans l’essai Connaître les dieux).

III. Paganisme sans dieux : Alain de Benoist et Comment peut-on être païen ?

Dans la quatrième remarque au sujet du texte précédent, nous mettions en évidence que le lecteur ne sera pas forcément en phase avec la vision du polythéisme de Cleary. Il est justement question ici d’une confrontation de visions entre celle de l’auteur et celle d’Alain de Benoist, plus précisément le Alain de Benoist de l’époque de Comment peut-on être païen ? (1). Bien que l’on sente le respect de Cleary envers le chantre historique de la Nouvelle Droite Française, il décoche néanmoins des flèches aiguisées comme des lames de rasoir : « Essentiellement, ce que Benoist nous présente est un humanisme athée qui se réapproprie certaines attitudes et des valeurs des anciens païens, mais qui évite leur religion ».

Effectivement, nombre d’entre nous furent plus que surpris lors de la lecture du livre d’Alain de Benoist. Pour commencer le titre a de quoi  induire en erreur et aurait plutôt dû être Comment ne pas être monothéiste ? Alors certes, les critiques envers les religions abrahamiques sont valides et pertinentes mais demeurent prépondérantes par rapport au développement de la « paganité ». Nous y voyons, comme le souligne Collin Cleary,  l’influence capitale de Nietzsche sur de Benoist : «  l’approche de Benoist dans Comment peut-on être païen ? est, du début à la fin, nietzschéenne. Il ne fait aucune tentative pour le dissimuler : Nietzsche est cité à de nombreuses reprises dans tout le livre. En fait, un commentaire peu charitable sur la position de Benoist dans cet ouvrage serait de dire que c’est un humanisme nietzschéen déguisé en paganisme ».

Le « paganisme faustien » défendu par Alain de Benoist a forcément de quoi déplaire à Collin Cleary car, qui dit « paganisme faustien » dit « esprit faustien », soit une forme paroxystique de la « Volonté » concept défini par l’auteur dans Connaître les dieux. C’est ce qui fait dire à Cleary qu’Alain de Benoist se réapproprie maladroitement le concept nietzschéen d’Übermenschen (surhommes) pour caractériser ontologiquement nos ancêtres païens ; « l’anthropocentrisme […] est l’essence du nouveau paganisme de Benoist », c’est-à-dire une erreur primordiale quant à la compréhension du polythéisme pratiqué par nos ancêtres.

Pour Alain de Benoist les dieux seraient des créations humaines dont le substantif consisterait en des valeurs anthropomorphisées, ce qui confirmerait la thèse d’un humanisme athée d’essence nietzschéenne et paganisant. Là se situe la divergence première entre Alain de Benoist et Collin Cleary : « Sa position est fondamentalement athée ; la mienne théiste ». D’où un questionnement légitime quant à la notion objective de vérité (religieuse), et encore une fois l’auteur de Comment peut-on être païen ?, au même titre que Nietzche, se complait dans un relativisme moral qui « découle de son engagement en faveur d’un relativisme général concernant la vérité en tant que telle ». « Là se trouve le problème-clé avec l’approche de Benoist concernant la vérité et les valeurs : il a simplement accepté la prémisse du monothéisme, selon laquelle le seul standard d’objectivité devrait se trouver à l’extérieur du monde. Rejetant l’idée qu’il existe un tel standard transcendant, il en tire la conclusion que l’objectivité est donc impossible ». Et en conclusion « le relativisme de Benoist concernant la vérité et les valeurs semble être tout à fait étranger au paganisme » si bien que « ces difficultés philosophiques avec cette position sont très graves, et probablement insurmontables ».

Quiconque espérait un développement théiste de la « paganité » fut assez déçu de constater que cette dernière se résumait, dans le livre d’Alain de Benoist, à une Weltanschauung ainsi qu’à l’affirmation d’une pseudo « paganité » à travers l’opposition radicale et viscérale aux monothéismes abrahamiques. Du même coup, la Weltanschauung exprimée par Alain de Benoist est sujette à caution. On peut en conclure que trop de Nietzsche tue le païen. Collin Cleary se réfère comme nous l’avons vu à Heidegger ainsi qu’à Aristote. Sa « paganité » n’est pas figée dans le passé, d’autant plus qu’elle est évolutive. Bref, la brillante critique théiste qu'il fait remet les pendules à l’heure, pour ne pas dire les idées à l’endroit…

 

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« Paganisme nordique » et « Parmi les ruines »

Bien que nous ayons préféré nous attarder sur la première partie du recueil, les deux autres sont loin, très loin d’être dépourvues d’intérêt. Une fois de plus Collin Cleary s’affirme comme un érudit et un penseur brillant. De nature spéculative pour la plupart, ces essais sont, au même titre que les deux premiers textes présents dans L’appel aux dieux, des portes d’entrée vers de nouveaux espaces : libre au lecteur de scruter l’horizon à travers ces portes entrouvertes ou bien de franchir le pas.

Les textes de la partie intitulée « Paganisme nordique » démontrent les connaissances de l’auteur pour les théogonies germano-nordiques, « indiennes », la tradition indo-européenne et la Tradition au sens où l’entendirent René Guenon et Julius Evola. Il faut en outre saluer la sagesse acquise par Cleary via sa pratique et ses études personnelles sur le Zen, le tantrisme, le yoga ou encore le taoïsme. Ce cocktail détonnant ne doit aucunement dérouter le lecteur, bien qu’à première vue cela puisse être compréhensible : Quel rapport y a-t-il entre la tradition scandinave et la tradition indo-aryenne des Vedas ? Pour Collin, ces doctrines et ces mythologies contiennent des morceaux de ce que put être la Tradition. Evola la décrivait en ces termes : « au-delà de chaque tradition, plus profondément que chacune d’elles, il y a la Tradition – un corpus d’enseignements de caractère métaphysiques, donc totalement indépendant des contingences humaines et temporelles » (2).

L’interpénétration des philosophies grecques et allemandes, des mythes européens et des doctrines orientales et ce, malgré leurs différences de nature, s’avère particulièrement efficiente. C’est l’un des points forts de l’auteur. Les essais Quel dieu Odin adorait-il ? et Notes philosophiques sur les runes sont les travaux les plus intrigants de cette partie. Le premier aborde le thème de l’obtention de la connaissance runique par Wotan/Odin, déité primordiale de la théogonie nordique mise en perspective avec une autre déité, du panthéon indien celle-ci : Rudra/Shiva. Le deuxième essai, quant à lui, traite de la runologie d’un point de vue philosophique en usant de la tripartition hégélienne. Cette association a priori farfelue est pourtant cohérente. Mais n’étant (malheureusement) pas spécialiste des runes, nous nous garderons de proclamer cette démarche comme probante.

Enfin la dernière partie, « Parmi les ruines » est plutôt surprenante car elle analyse, sous la forme de deux textes, la cultissime série Le Prisonnier, puis l’autobiographie du cinéaste Alejandro Jodorowsky. Le premier est plus « politique » que le deuxième qui cherche à démontrer le caractère tantrique des expériences du réalisateur d’El Topo. Les arguments se tiennent, comme toujours chez Collin Cleary mais cette dernière partie est peut-être moins exaltante que le reste de l’ouvrage à défaut d’être originale.

A la fin de l’essai Le voyage spirituel d’Alejandro Jodorowsky, Cleary pose une question cruciale : « Mais comment revenir aux dieux, ou les faire revenir vers nous ? C’est la question qui tenaille les Traditionalistes radicaux et les neo-païens. Comment pouvons-nous faire cela alors que toutes les forces culturelles sont déployées contre nous, et alors que nous sommes tous – pour dire la vérité – des enfants de la modernité ? ». Nous citerons une fois de plus Julius Evola, car la réponse de Collin Cleary est une paraphrase du premier : « Dans une époque de dissolution générale, la seule voie que l’on peut essayer de suivre, c’est justement La Voie de la Main Gauche, malgré tous les risques que cela comporte » (3). La Voie de la Main Gauche est ni plus ni moins, si on l’envisage de façon imagée, la faculté à devenir imperméable à la dissolution du Kali Yuga. C’est opérer à une mithridatisation dont le monde moderne est, en totalité, le poison. Pour ceux qui sont éclairés par la Lux Evoliana cela fait office de simple rappel ; cela sera sans doute pour d’autres une occasion de découvrir l’œuvre d’Evola.

L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu est un appel à ceux qui aspirent à incarner « l’homme contre le temps »de Savitri Devi, c’est-à-dire à l’être qui va inlassablement à contre-courant, le courant étant, vous l’aurez compris, le monde moderne. L’un de ses attributs, le plus néfaste à coup sûr, est la désacralisation et la dé-spiritualisation absolues ; le remède est par conséquent la réouverture au divin prôné par Collin Cleary. Nous lui sommes redevables de mettre en lumière de nouvelles perspectives et de nouvelles possibilités pour cette réouverture. Une chose appréciable demeure dans le fait qu’à aucun moment il n'y a distanciation entre lui et nous. Pas de ton ex cathedra mais une honnêteté, un sentiment de simplicité qui mettent en confiance et qui pondèrent une impressionnante connaissance philosophique et mythologique.

En conclusion, L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu est, selon nous, un ouvrage capital et assurément un futur classique. Nonobstant les nombreuses références philosophiques et théogoniques, le message qui sous-tend l’ouvrage est limpide. En conséquence, ces références ne doivent nullement rebuter le néophyte. Ce recueil s’adresse aux néo-païens et aux tenants de la Tradition Primordiale quel que soit leur niveau ou leur approche de la spiritualité. Dans l’introduction de Julius Evola, le visionnaire foudroyé(4), Jean Mabire déclarait à propos du penseur du haut des cimes que « Ceux qu’il a éveillés ne pourront plus jamais se rendormir ». Nous espérons qu’il en sera de même pour Collin Cleary et son œuvre.

Donatien/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

  • Alain de Benoist,Comment peut-on être païen?, Albin Michel, 1981.
  • Julius Evola, Impérialisme Païen, Éditions Pardès, 2004.
  • Julius Evola, Le Chemin du Cinabre, Éditions Archè, 1983.
  • Collectif, Julius Evola, le visionnaire foudroyé, Editions Copernic, 1977

02/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur Pâques 1916 et l'Indépendance de l'Irlande

 

On l'oublie trop souvent ! L'Irlande est peut-être le pays qui aura le plus contribué à la préservation de notre plus longue mémoire. A la suite de l'évangélisation de l'île par Saint Patrick au 5ème siècle, de nombreux moines fixent minutieusement par écrit les traditions orales du Nord de l'Europe dans des monastères qui comptent parmi les centres spirituels les plus effervescents du monde connu, contribuant ainsi à une meilleure connaissance des temps et des civilisations les plus anciens. Les temps troublés prennent place au 16ème siècle lorsque des navires chargés d'Anglais et d'Ecossais protestants déferlent sur la Green Erin et entreprennent sa colonisation. La langue gaélique cède progressivement sa place à l'idiome anglais. Plus qu'une volonté de résistance linguistique, c'est le facteur religieux qui va exacerber les passions. Farouchement catholiques, les Irlandais ne cessent de se révolter contre l'occupant protestant. Insurrections vaines face à la toute puissance de l'ennemi... Aussi, l'Histoire moderne de l'Irlande constitue-t-elle une longue litanie de massacres perpétrés par Oliver Cromwell et ses successeurs au service de Sa Majesté. Les massacres s'accompagnent d'une élimination politique. Composant 85% de la population insulaire, les Irlandais sont bannis du Parlement ; Parlement bientôt supprimé par l'Acte d'Union de 1801 qui intègre pleinement l'île dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Un pas supplémentaire est franchi lorsque l'élimination politique se mue en pratique génocidaire. S'il sera exagéré d'indiquer que la Grande Bretagne a "fabriqué" la grande et meurtrière famine qui sévit entre 1846 et 1848 et contraint nombre d'Irlandais à émigrer aux Etats-Unis, il ne le serait point d'affirmer que l'occupant se frottait les mains de voir les Irlandais disparaître ! Malgré tous ces malheurs, jamais le peuple irlandais n'aura abdiqué depuis la bataille de la Boyne en 1690 qui consacre la première défaite des rebelles. L'histoire de la résistance irlandaise est jalonnée de noms de héros : Wolfe Tone, Robert Emmett, Daniel O'Connell... Si chaque rébellion est un échec noyé dans le sang, c'est un coup de bélier supplémentaire qui fissure toujours un peu plus la citadelle assimilationniste britannique. En 1905 est fondé le Sinn Fein qui parvient très rapidement à obtenir des concessions de l'Empire britannique. En 1912, le Home Rule accorde une autonomie accrue à l'île. L'éclatement de la Première Guerre mondiale offre une fantastique opportunité d'attaquer un occupant déjà affaibli par la mobilisation de ses troupes sur le continent et de créer un arrière-front de guérilla. L'insurrection de Dublin, également appelée Pâques Sanglantes, éclate en ce lundi de Pâques, le 24 avril 1916. L'indépendance de l'Irlande est proclamée. Les volontaires républicains sont écrasés après une semaine d'intenses combats le 30 avril. Le socialiste et nationaliste James Connolly est arraché de son lit d'hôpital sur lequel sont pansées ses blessures, assis sur une chaise et fusillé. Exécutés également les autres chefs, Patrick Pearse, Tom Clarke, John MacBride, Sean McDiarmada, Joseph Plunkett et le lord protestant pro-irlandais Roger Casement. Perçue dans la mythologie nationaliste comme une bataille de grande envergure, les événements de Pâques constituent en réalité un affrontement miniature lors duquel 1.250 Irlandais font face à 16.000 soldats de la Couronne. 80 volontaires républicains furent tués, de même que 300 civils ; l'Empire dénombrant quant à lui 169 morts. Dublin, Guernica nationaliste ? Si les rebelles n'auront pas suscité d'embrasement généralisé, au moins l'insurrection aura-t-elle marquée de sa profonde empreinte la mémoire collective irlandaise. Et la rébellion de Pâques 1916 est certainement intéressante pour tout révolutionnaire à cet égard : il s'agit peut-être du meilleur exemple de l'émergence d'un sentiment révolutionnaire au sein d'un peuple. La proclamation de l'indépendance ne suscita guère l'enthousiasme parmi la foule irlandaise qui ne manqua pas de se gausser de voir quelques 800 volontaires de l'Irish Citizen Army et de l'Irish Volunteers Force, habillés en guenilles et armés de fusils qui manqueraient un cerf dans un pub bondé, défiler dans O'Connell street animés de leur volonté de défier le puissant Commonwealth. De la moquerie, le sentiment populaire se mue bientôt en colère lorsque la population dublinoise examine la détermination de ces bougres d'indépendantistes qui vont faire s'abattre sur la ville une féroce répression. En cela, ne s'étaient-ils pas trompés ! Mais c'est bien le courage romantique et sacrificiel de cette élite républicaine qui va faire germer le sentiment révolutionnaire au sein de tout le peuple d'Irlande. L'un des chefs républicains, McDiarmada, peut-il écrire dans sa dernière lettre à sa famille, "Au revoir chers frères et sœurs. Ne pleurez pas sur mon sort. Priez pour mon âme et soyez fiers de ma mort. Je meurs pour que la Nation irlandaise puisse vivre. Dieu vous bénisse, vous protège, et puisse-t-Il avoir pitié de mon âme." Comme toujours, le peuple fut attentiste avant de comprendre que c'est l'Irlande qui avait trop attendue... Mieux soutenue par le peuple, c'est désormais à l'Irish Republican Army de reprendre le flambeau de la révolte. Up the R.A. ! Mélange de romantisme révolutionnaire et de celtisme, la lutte de l'Irlande pour son auto-détermination a gagné les cœurs de nombre d'Européens de tous bords. Le cinéma a inévitablement joué un rôle d'adhésion à la lutte républicaine. Nombre de réalisateurs ont, avec le plus grand talent, rendu hommage aux volontaires des unités rebelles. En ce centenaire de l'insurrection de Pâques 1916, vous contribuerez à votre tour à ce salutaire devoir de mémoire en n'oubliant pas...

 

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LA FILLE DE RYAN

Titre original : Ryan's daughter

Film anglais de David Lean (1969)

Kirrary est un petit village de la côte irlandaise la plus occidentale. L'année 1916, Tom Ryan est le tenancier sournois d'un pub dont la fille Rosy épouse Charles Shaughnessy, l'instituteur veuf de quinze ans son ainé. Curieuse union qui prend l'eau dès les premiers jours ; la sensuelle Rosy se désespérant aussitôt de la maladresse conjugale de son époux. Rosy fait bientôt la rencontre du taciturne major britannique Randolph Doryan, débarquant, gravement blessé, des tranchées de la Première Guerre mondiale afin de prendre la tête du commandement d'une garnison. La subite passion qui unit les deux êtres fait scandale dans la communauté villageoise après que le secret de leur liaison soit révélé par le benêt du coin, Michaël. Rosy est sévèrement tancée par le Père Collins tandis que les villageois, tous ultranationalistes, s'étranglent de cette relation contre-nature. Un autre scandale secoue bientôt le village. Tim O'Leary, volontaire républicain, dont la popularité est grande parmi la communauté, est arrêté tandis qu'il s'apprêtait à réceptionner une cargaison d'armes allemandes. Si Tom Ryan est le dénonciateur, les soupçons se portent immédiatement sur sa fille, coupable de pactiser avec l'ennemi protestant. La communauté villageoise, acquise à la cause indépendantiste, se retourne violemment contre Rosy...

Très libre adaptation de Madame Bovary de Gustave Flaubert, transposée de la Normandie dans la Green Erin. Le film fut assassiné par la critique, au point que Lean ne toucha plus une caméra pendant quinze longues années. Et l'on se demande bien ce qui motiva cette injustifiable exécution en règle tant le réalisateur livre une magnifique œuvre romantique et empreinte d'une forte émotion. La famille Ryan, c'est la duplicité d'un père délateur à laquelle s'ajoute la volonté émancipatrice de la fille, éprise de culture dans un univers rustre en même temps que d'un soldat ennemi. Le film est d'une irréprochable esthétique invitant au voyage en Irlande. La scène de la tempête figure au Panthéon du cinéma. Si l'œuvre ne fait pas référence de prime abord à l'insurrection dublinoise, elle retranscrit merveilleusement et avec une parfaite précision historique la fiévreuse mentalité nationaliste qui secoue l'île peu avant l'insurrection de 1916, et ce, en pleine Première Guerre mondiale, pendant que la perfide Albion est enterrée dans les tranchées outre-Manche.

 

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IRISH DESTINY

Film irlandais de George Dewhurst (1925)

En 1919, la lutte pour l'indépendance de l'Irlande vient de débuter. Les sombres Black and Tans poursuivent inlassablement les rebelles indépendantistes. Le petit village de Clonmore est l'un des théâtres d'opération. Volontaire républicain, Denis O'Hara apprend au cours de la descente que la police investira le lieu d'une réunion secrète, qui doit se tenir non loin de Dublin, afin de discuter des actions à mener. Afin de déjouer l'arrestation de chacun, O'Hara tente de prévenir ses camarades mais est touché par une balle etbbientôt appréhendé. Son arrestation le fait échouer dans sa tentative. O'Hara est emprisonné à Kildare. Sans nouvelle du jeune homme, la famille du prisonnier le croit mort. Sa mère perd la vue sous le choc de la nouvelle tandis que sa fiancée Moira est enlevée par Gilbert Beecher, traitre acquis aux loyalistes. Le jeune O'Hara parvient néanmoins à s'échapper et regagner son village...

Première œuvre à évoquer la rébellion de Pâques 1916 et projetée pour la première fois le jour de Pâques 1926, dix années jour pour jour après les événements, la réalisation muette de Dewhurst rencontra immédiatement un fort succès malgré la censure britannique. O'Hara figure un jeune irlandais ordinaire qui accepte de mettre sa vie en péril pour la plus juste cause à ses yeux : l'indépendance de l'Irlande. Pour cela, il est prêt à tout sacrifier. Considéré comme perdu pendant plusieurs décennies, une bobine fut, par bonheur, miraculeusement retrouvée aux Etats-Unis, en 1991, restaurée et enrichie de fascinantes images d'archives de l'I.R.A. Le producteur et médecin dublinois Isaac Eppel y laissera toute sa fortune. L'œuvre est empreinte d'un certain côté propagandiste évidemment et est parfois prisonnière du cinéma mélodramatique muet mais n'en demeure pas moins un petit bijou dont on peut craindre qu'il ne soit jamais édité en France.

 

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MA VIE POUR L'IRLANDE

Titre original : Mein Leben für Irland

Film allemand de Max W. Kimmich (1941)

Dublin en 1903, Michael O'Brien est capturé. L'activiste indépendantiste est suspecté d'un attentat meurtrier sur des policiers de Sa Majesté. La justice condamne le jeune O'Brien à mort après une parodie de procès. Pendant sa détention, sa fiancée enceinte Maeve Fleming le visite en prison et obtient l'autorisation de l'épouser avant qu'il ne soit pendu. O'Brien lui remet une croix d'argent qu'arborent les nationalistes irlandais et sur laquelle sont gravés les mots "Ma vie" et "Irlande". Puisse cette croix revenir un jour au fils qu'O'Brien ne verra jamais... 1921, O'Brien n'aura effectivement jamais connu son fils qui passe cette année-là son baccalauréat dans un collège anglais. Sa condition de fils d'un rebelle lui a imposé une éducation spécifique par l'occupant sous la férule de Sir George Baverly qui veut en faire un parfait Britannique. Ainsi sont éduqués les mauvais Irlandais comme Michael Jr. Il se peut qu'il en faille plus qu'un conditionnement sous haute surveillance pour transformer un fils de rebelle en fidèle sujet de la Couronne...

En 1941, avant que le Reich ne s'attaque à la Russie soviétique, la Grande-Bretagne représente le principal ennemi de l'Allemagne. Aussi, n'est-il pas anormal que le cinéma national-socialiste ait glorifié les autres ennemis du pouvoir londonien. Sorti la même année que Le Président Krüger de Hans Steinhoff, évoquant la Guerre des Boers, Ma vie pour l'Irlande s'intéresse bien évidemment aux combattants de la liberté irlandaise, perçus comme solidaires de la lutte antibritannique. L'œuvre de Kimmich se range résolument aux côtés des républicains. Dans la production de qualité inégale de l'art cinématographique nazi, il s'agit ici d'une réalisation très intéressante dans sa présentation de la vie clandestine et des motivations des luttes pour l'auto-détermination. L'atmosphère embrumée des ruelles dublinoises et parfaitement rendue et le film est servi par un rythme haletant dès la scène d'ouverture qui se poursuit jusqu'à la sublime scène finale. Un film remarquable mais difficile à revoir et uniquement distribué en D.V.D. par une société de Chicago...

 

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MICHAEL COLLINS

Film américain de Neil Jordan (1997)

Pâques 1916, l'atmosphère est lourde dans la cité dublinoise. Chacun sent bien que des événements vont se produire. Si la rébellion d'une poignée d'insoumis irlandais éclate bien, l'issue des combats ne laisse aucun doute tant la supériorité technique des troupes anglaises est remarquable. Nombre de patriotes irlandais sont tués dans les combats. Beaucoup d'autres sont arrêtés, tel Eamon De Valera, président du Sinn Fein. On fusille des prisonniers parmi lesquels le révolutionnaire national-syndicaliste Connolly. L'insurrection est noyée dans le sang et provoque une détermination infaillible chez les survivants. Parmi les jeunes insurgés à avoir échappé à la mort, Michael Collins se jure que 1916 constituera le dernier échec des indépendantistes. Face à un ennemi supérieur en armes, la surprise doit-elle prévaloir. Aussi, la priorité est-elle l'élimination des espions. Avec l'aide de son fidèle ami Harry Boland et l'appui d'un informateur anglais, Collins devient le héraut républicain, entreprend la neutralisation des traitres et prépare une véritable stratégie de harcèlement militaire qui porte ses fruits. Le traité de 1921 accorde l'indépendance à la majeure partie de l'île. L'Ulster reste sous domination britannique, faisant se déchirer la famille républicaine...

Somptueuse et rigoureuse épopée de la lutte du peuple irlandais pour son accession à l'indépendance dans la première moitié du vingtième siècle. Difficile de ne pas plonger corps et âme dans cette lutte pour la liberté qui se double d'une guerre fratricide entre nationalistes. On ne peut s'empêcher de regarder les frères d'hier s'entretuer sans un gros pincement. Collins est le héros d'un combat qui le transforme en victime expiatoire de sa propre lutte. Allez un petit bémol, Jordan peine à faire l'économie d'une histoire d'amour entre Collins et sa fiancée Kitty Kiernan qui alourdit considérablement une intrigue déjà fort spectaculaire. A plus forte raison, Julia Roberts n'est guère à son aise ! Le cinéaste prend quelques autres libertés avec l'Histoire, prêtant à moins de conséquences. Liam Neeson s'implique énormément dans son rôle. Enorme succès en Irlande, massacré en Angleterre, preuve s'il en est que le cinéma n'est pas qu'art. A voir absolument évidemment !

 

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ON EST TOUJOURS TROP BON AVEC LES FEMMES

Film français de Michel Boisrond (1970)

Dublin, le Lundi de Pâques 1916. L'armée britannique attaque le bureau des Postes dans lequel sont retranchés sept insurgés républicains commandés par McCormack. Gertie Girdle, une employée qui utilisait les toilettes au moment inopportun, est prise en otage par les indépendantistes. La jeune femme se révèle être la fiancée du commandant Cartwright, qui n'est autre que l'officier à la tête du détachement de Sa Majesté assiégeant la cité. L'otage se mue bientôt en une pasionaria exhortant les révolutionnaires à se conduire au feu de la plus belle manière. La fougue des insurgés est dérisoire face à la puissance des troupes britanniques. Les canons ont raison de la rébellion. Mais Cartwright ne ressortira pas non plus indemne du combat...

Boisrond adapte à l'écran le roman éponyme paru en 1947 sous le pseudonyme de Sally Mara qui masqua un temps l'identité de Raymond Queneau. Curieux et plaisant roman de Queneau que Boisrond trahit allégrement en en faisant un film vulgaire avec le Jean-Pierre Marielle des mauvais jours. C'est bien dommage pour le seul film français sur le sujet ! Le synopsis est trompeur. Aussi, ne faut-il pas s'attendre à un film historique. Bien au contraire, le roman et le film évoquent plutôt un récit burlesque et grivois, empreint d'un soupçon d'érotisme, sur la manière de se comporter au feu en compagnie d'une dame de la haute société. Si quelques passages du film sont assurément plaisants, il sera permis de lui préférer le roman.

 

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REVOLTE A DUBLIN

Titre original : The Plough and the Stars

Film américain de John Ford (1936)

Pâques 1916 en Irlande. Les troubles agitent Dublin. L'insurrection..., Nora Clitheroe aimerait s'en tenir la plus éloignée possible. Mais voilà..., son époux Jack vient d'être nommé par le général Connolly commandant d'une unité. L'époux doit prendre immédiatement ses fonctions. Les dirigeants du Sinn Fein viennent de proclamer l'indépendance. Une indicible peur envahit l'épouse lorsqu'elle apprend que l'homme qu'elle aime éperdument reçoit l'ordre d'investir le bâtiment des Postes. Les rebelles possèdent l'avantage de la surprise et se battent vaillamment. Mais les nombreuses forces loyalistes écrasent sans difficultés la hardiesse des volontaires irlandais. Poursuivi sur les toits de la cité, Jack peine à retrouver Nora tout en continuant de tirer ses cartouches. Son amour pour Nora ne le fera guère abandonner la lutte armée...

Libre adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Sean O'Casey, l'œuvre de Ford se révèle fort plus belliciste que la pièce du dramaturge nationaliste. Révolte à Dublin, c'est le tiraillement d'un homme entre le fol amour qu'il voue à son épouse et une cause révolutionnaire qui sublime toute autre perspective de vie. Un vrai bréviaire de la Révolution dans ses dialogues qui évite l'écueil de vouloir trop en faire, si ce n'est montrer et rendre hommage à la paradoxale froide passion des combattants irlandais. Ford ne manque pas de saluer la mémoire des oubliées des révolutions en la personne des épouses des rebelles. Les premiers rôles sont merveilleusement campés et la réalisation offre une truculente galerie de seconds roublards. Le propos est clairement favorable au camp républicain. Il est vrai que le réalisateur est né Sean O'Feeney avant d'adopter un patronyme plus digeste à Hollywood. Tout simplement un chef-d'œuvre d'un peu plus d'une heure. Quel regret qu'il soit malheureusement trop court !

 

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LE VENT SE LEVE

Titre original : The Wind that shakes the Barley

Film anglais de Ken Loach (2006)

Les années 1920 en Irlande. Des bateaux entiers déversent leur flot de Black and Tans pour mâter les rebelles qui poursuivent la lutte pour l'indépendance après l'échec de l'insurrection de Pâques 1916. Les exactions sont nombreuses et la répression britannique impitoyable. A l'issue d'un match de hurling dans le comté de Cork, Damien O'Donovan voit son ami Micheál Ó Súilleabháin sommairement exécuté sous ses yeux. Malgré quelques hésitations, Damien plaque la jeune carrière de médecin qu'il devait débuter dans l'un des plus prestigieux hôpitaux londoniens pour rejoindre son frère Teddy, commandant de la brigade locale de l'I.R.A. Dans tous les comtés, des paysans rejoignent les rangs des volontaires républicains et bouter l'Anglais hors de l'île. Au prix de leur sang, et d'indicibles tourments, les volontaires de l'I.R.A. changeront le cours de l'Histoire...

The Wind that shakes the Barley est un poème de Robert Dwyer Joyce évoquant l'insurrection irlandaise de 1798. Nous ne saurions trop recommander également l'écoute du chant éponyme repris par nombre d'artistes de Dolores Keane à Dead Can Dance. Encore un film sur l'I.R.A., direz-vous ! Pas tout à fait, l'originalité de la réalisation du Loach, cinéaste militant, est de présenter la lutte nationaliste sous un angle socialiste, pour ne pas dire marxiste. Aussi, la lutte de libération anticolonialiste se double-t-elle chez les éléments les plus révolutionnaires d'une volonté de refonte radicale de la société bourgeoise quand d'autres estiment le départ de l'occupant suffisant. Pour le reste, c'est un film sur l'I.R.A. de très belle facture. Loach ne vola pas sa Palme d'or au Festival de Cannes 2006 qui contribua au succès de l'œuvre en Angleterre même ! A voir !

Virgile / C.N.C.

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29/03/2016

Compte rendu – exposition « La cartographie ou le miroir du monde, Mercator et Ortelius, deux géographes flamands » au Musée de Flandre, Cassel

Compte rendu – exposition « La cartographie ou le miroir du monde, Mercator et Ortelius, deux géographes flamands » au Musée de Flandre, Cassel

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Joseph Bellemans (1816-1888) Mercator et Ortelius, Anvers, Musée royal des Beaux-Arts

« Le cheval est créé pour transporter, le bœuf pour labourer, le chien pour la chasse et la garde, quant à l'homme, il est né pour contempler le monde » Cicéron, La Nature des Dieux, II

Cette citation du célèbre philosophe romain contemporain de César se trouve dans la dernière salle d'une exposition atypique consacrée à la cartographie du 12 mars au 12 juin 2016, le musée de Flandre à Cassel nous propose une exposition atypique. Intitulée « La cartographie ou le miroir du monde, Mercator et Ortelius, deux géographes flamands » elle s'intéresse en particulier à deux cartographes flamands des Pays-Bas espagnols ayant vécu au XVIeme siècle : Gérard Mercator (en nl. Gerard de Kremer, 1512 - 1594) et Abraham Ortelius (1527 - 1598). Ces deux cartographes ont révolutionné la géographie (littéralement « écriture de la Terre ») en produisant des planisphères et des cartes extrêmement détaillés. En 1569, Mercator va donner son nom à un nouveau procédé de représentation de la surface terrestre qui consiste à projeter celle-ci sous une forme cylindrique mise à plat. Contemporain et ami de Mercator, Ortelius va quant à lui publier son premier atlas l'année suivante : le Theatrum orbis terrarum (Théâtre du Globe Terrestre). Il publiera également le Thesaurus Geographicus en 1596, dans lequel il note la ressemblance des côtés américaines et africaines et émet l'hypothèse que ces deux continents furent réunis.

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Gerard Mercator (1512-1594), Atlas sive cosmographicae meditationes de fabrica mundi et fabrica figura, 1612-1613, Sint-Niklaas,
KOKV, Cercle archéologique du Pays de Waes, collection Mercatoriennes

L'exposition vous mènera donc sur les pas de ces deux savants, vous découvrirez par exemple deux globes de Mercator ou un travail cartographique avec son fils, Rumold, qui lui succédera. A l'instar des Cassini en France au XVIIIeme siècle, la cartographie est ici aussi une affaire de famille. Vous admirerez également des portulans comme celui du Gênois Battista Agnese (1500-1564) ou des œuvres de peintres comme Joseph Bellemans (1816 - 1888) . Vous découvrirez aussi des outils cartographiques comme le compas avec boussole de Christopher Schissler (1531 – 1608).

Une exposition à découvrir car elle met en lumière l'immense somme scientifique de l'Europe et la soif de découverte des Européens.

Jean/C.N.C.

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