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05/03/2013

Chronique de livre: Eva Cantarella, Les peines de mort en Grèce et à Rome ; origine et fonctions des supplices capitaux dans l’antiquité classique, Albin Michel, 2000.

 Chronique de livre:

Eva Cantarella, Les peines de mort en Grèce et à Rome ; origine et fonctions des supplices capitaux dans l’antiquité classique, Albin Michel, 2000.

evac1.JPGAlors que de plus en plus de personnes se révèlent favorables au rétablissement de la peine de mort en France et que l’on sait que la Biélorussie est le seul pays a encore l’appliquer en Europe, nous allons faire un saut dans l’antiquité pour faire un tour d’horizon de cette pratique en Grèce et à Rome. Si l’historienne italienne Eva Cantarella, professeur de droit antique à Milan, déclare dans sa préface être opposée à la peine de mort, force est de constater qu’elle a fait un travail de recherche précieux et objectif sur un thème qui avait jusqu’alors assez peu retenu l’attention.

Le titre du livre évoque les peines de mort car, dans la Grèce et surtout dans la Rome antiques, elles étaient plurielles, ce qui n’est pas le cas de nos jours car, là où la peine de mort subsiste, le droit ne prévoit bien souvent qu’un seul type d’exécution. L’étude d’Eva Cantarella ne se borne cependant pas à simplement cataloguer les différents moyens de mise à mort, elle cherche à les expliquer en s’appuyant avant tout sur leur origine. La plupart des peines en vigueur tant en Grèce qu’à Rome (dans sa période républicaine; la période impériale n'étant pas directement traitée ici) puisaient dans le passé archaïque et pré-civique des cités : dans les pratiques sociales (le pouvoir tout puissant du pater familias par exemple) mais aussi dans les us et coutumes religieux. Le droit des cités naissantes se préoccupa en priorité de contrôler ces usages, en les adaptant ou en les réinterprétant selon les cas, et en en faisant bien souvent des pratiques institutionnelles. Ce contrôle des pratiques de mise à mort permettait ainsi à l’Etat d’affirmer son autorité aux yeux de tous, de faire la justice tout en la réglementant mais aussi d’utiliser certaines peines dans un but religieux, afin d’écarter les peurs collectives (comme celle de la souillure). L’auteur a choisi de diviser son étude en deux grandes parties : la première traitant de la Grèce, la seconde de Rome. Les similitudes qui existent sont évidemment soulignées et la principale repose selon Eva Cantarella dans le but poursuivi par la peine de mort : venger, châtier ou expier.

La vengeance personnelle est, dans l’antiquité, un devoir social et une pratique extrêmement normale et enracinée dans les mœurs. Elle fait partie des attributs du citoyen noble et vertueux. Ancrée au plus haut point dans les sociétés grecque et romaine, elle fut tempérée dans les deux cas par des lois telles la loi de Dracon (-620) à Athènes ou, à Rome, par la Lex Iulia de adulteris d’Auguste (-18) qui voulait restreindre l’impunité dont jouissait le mari ou le père sur la châtiment d’une femme adultère car, tant en Grèce qu’à Rome, la femme et son amant se rendant coupables d’un tel crime, pouvaient, à l’origine, très facilement être tués légalement, surtout s’ils étaient pris en fragrant délit… L’Etat contrôlait la vengeance privée et, à Rome, beaucoup de cas se résolvaient par l’application de la loi du Talion qui consistait pour le coupable à subir ce qu’il avait fait. Dans certains cas graves, la législation permettait l’exécution du coupable par le parent le plus proche de la victime. La vengeance privée n’était pas la seule à être en vigueur, la vengeance publique était également de rigueur et ceux qui trahissaient l’Etat risquaient fort un châtiment peu enviable à l’image de l’écartèlement de Mettius, dictateur d’Albe, qui avait trahi les romains.  

Dès lors qu’il s’agit de châtier le coupable, que cela soit en Grèce et surtout à Rome - où les peines prévues sont bien plus nombreuses - tous les crimes et délits graves ne se soldent pas par la même exécution. Il faut noter également que le traitement varie selon le sexe, les femmes ayant leurs propres peines de mort. Celles-ci sont ainsi quasiment toujours exécutées dans la sphère privée, pendues ou emmurées vivantes dans la plupart des cas. Si la grande majorité des peines infligées aux hommes étaient publiques, certaines se voulaient discrètes, c’est pour cela qu’on utilisa dans certains cas la ciguë à Athènes : pour ne pas trop faire de bruit autour de l’exécution de personnages tels Socrate. Le lien avec les supplices de la mythologie était souvent entretenu par les cités, l’exemple athénien avec sa crucifixion particulière étant un cas révélateur. Attachés à un poteau grâce à des anneaux de fer et des crampons, les traîtres, les malfaiteurs et les assassins subissaient une longue agonie rappelant celle qu’Ulysse avait infligée à Mélanthios. La crucifixion romaine « typique » était, quant à elle, surtout utilisée pour punir les esclaves, comme ce fut le cas lors de la révolte de Spartacus qui se solda par le supplice de 6 000 hommes crucifiés sur la route de Capoue. Une autre crucifixion primitive avait en effet existé pour punir les traîtres : celle de l’arbre infelix. Remplaçant la décapitation en vigueur sous les premiers rois de Rome, cette exécution était certainement d’origine étrusque. Le traître était attaché à un arbre infelix - donc maudit et consacré aux dieux infernaux -, il était ensuite flagellé à mort car, en le battant, on le consacrait aux dieux.

On le constate avec ce dernier exemple : souvent, la peine de mort avait un aspect religieux. La plupart des flagellés à mort à Rome étaient coupables d’un délit à caractère religieux à l’image des amants des Vestales qui étaient battus à mort en l’honneur des dieux qu’ils avaient mécontentés. La bonne entente entre Rome et ses divinités, la Pax Deorum, étant rompue, la mort par flagellation permettait de la rétablir. La mort par précipitation est un cas relativement intéressant : elle consistait à précipiter le condamné d’une roche vers un gouffre : le Kaiadas à Sparte, le Barathron à Athènes, la Roche Tarpéienne à Rome. En lien avec la mythologie encore une fois (la mort du Sphinx dans le mythe d’Œdipe etc), cette mise à mort concernait avant tout les crimes religieux (les offenses aux dieux) et politiques dont celui de trahison. C’est ce dernier crime qui était la cause principale des précipitations opérées à Rome. En lien avec l’histoire de Tarpéia, la précipitation était la mort par excellence des traîtres, de ceux qui avaient manqué au devoir de fides (loyauté) : les faux témoins ou les individus ayant mis en danger les relations entre patriciens et plébéiens, donc la concorde. Manquer de loyauté envers la société équivalait à un crime religieux car le devoir envers les divinités n’était pas rempli. La victime précipitée était donc consacrée aux dieux infernaux, comme dans le cas de la flagellation. Le choix de la précipitation n’était pas anodin. Cette pratique avait en effet, selon les époques, servi pour les sacrifices ou les ordalies (jugements divins). Elle fut employée pour les crimes à caractère religieux de manière tout à fait logique ; elle avait une fonction expiatoire : celle de préserver la cité de la souillure. Je m’arrêterais enfin sur un dernier exemple de peine en vigueur à Rome, la peine de mort la plus étonnante qui soit : celle du sac. Le condamné à mort, portant un masque de loup signifiant le bannissement de la société, était préalablement battu avec des verges rouges provenant d’arbres infelix, avant d’être mis dans un sac de cuir où on l’y enfermait avec quatre animaux : un chien, une vipère, un singe et un coq. Le sac était ensuite jeté dans la rivière ou dans la mer. Peine exceptionnelle, à la symbolique compliquée, elle touchait les parricides qui avaient, par leur crime, souillé la communauté. Celle-ci devait donc, pour laver la souillure, se débarrasser du coupable et de son impureté en le submergeant, manière dont on tuait d’ailleurs à Rome le nouveau-né mal formé et donc souillé, le monstrum, qui était un prodige funeste…

Même si quelque peu « technique » par moments, ce livre de facture universitaire est clair et bien écrit. En plus des aspects les plus significatifs que j’ai tenté de présenter plus haut, il regorge d’informations sur d’autres peines de mort et pratiques apparentées (à l’image du suicide à Rome par exemple), c’est donc un ouvrage de grand intérêt nous éclairant sur bien des aspects méconnus de l’antiquité gréco-romaine.

Rüdiger

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26/02/2013

Chronique d'album: Midnight - Complete and total hell

 Midnight « Complete and total hell », Hells Headbangers, 2012

midnight 2.JPGDans le Métal, il y a les puristes et les novateurs. Midnight fait partie de la première catégorie. Originaire des Etats-Unis, et plus précisément de Cleveland dans l’Ohio, Midnight s’est forgé une sacrée réputation dans le Métal underground labélisé « old school ». Le groupe est désormais célèbre pour ses prestations scéniques (où il apparaît systématiquement masqué sous des cagoules noires) mais surtout pour sa musique. Il l’a bien prouvé avec son premier album Satanic Royalty, sorti en 2011.

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Je ne vous parlerais pas de cet album (bien que je vous le recommande également) mais d’une compilation sortie il y a quelques mois et répondant au doux nom de  Complete and total hell. Qu’y trouve-t-on ? Tout ce que le groupe a enregistré depuis ses débuts -hormis l’album précité bien sûr- soit une vingtaine de titres pour plus de 70 minutes de musique. Et quelle musique ! Le temps s’est arrêté pour Midnight dans les années ’80 : Venom, Hellhammer et Mötorhead, voilà de qui le groupe s’inspire. Un Métal extrême simple et sans concession qu’on classerait plutôt dans la tranche Speed/Thrash Métal même si les vocaux se rapprochent du Black Métal. A l’instar du fameux groupe japonais Abigail (avec qui Midnight a partagé un split en 2005), l’influence punk est très marquée et le mélange de toutes les influences citées font de Midnight un groupe à la tonalité très rock’n’roll, se situant à mi-chemin entre Abigail et Heretic...


Abusivement classé dans le Black Métal par certains, le groupe n’a pourtant que peu à voir avec Burzum ou Rotting Christ et le satanisme utilisé dans son imagerie me semble aussi sérieux que celui de Venom ou d’Abigail... Le petit plus de Midnight, c’est ce côté « dirty rock » que l’on ressent dans l’ensemble des morceaux qui mêlent l’énergie du punk à l’aspect agressif du Thrash/Speed Métal. Sachant varier le rythme et utiliser à leur avantage de très bons solos de guitare, les américains ont réussi à trouver un style bien à eux, agrémenté par une atmosphère sombre collant très bien avec l’imagerie véhiculée. Ils ne révolutionnent pas le Métal, ce serait dur, mais sont certainement l’un des meilleurs groupes de ces dernières années dans ce que d’aucuns appelleraient le vrai Métal.


Rüdiger

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22/02/2013

Chronique de livre: Jacques Doriot et le PPF, de Bernard-Henri Lejeune

 Chronique de livre:

Bernard-Henri Lejeune, Historisme de Jacques Doriot et du Parti Populaire Français, Tome I : avant la défaite de 1940, Les bouquins de Synthèse Nationale, 2012

doriotppf.jpgL’historisme de Jacques Doriot et du Parti Populaire Français est un recueil de documents paru en 1977 à l’initiative de Bernard-Henri Lejeune, qui fut militant de l’organisation de jeunesse du PPF et resta fidèle à son engagement toute sa vie. La première partie, préfacée par Roland Hélie, est parue en 2012 et la deuxième, inédite, va paraître courant 2013. Je vais porter une critique sur ce premier volet, qui présente la pensée de Jacques Doriot et de son parti jusqu’en 1940, année de la défaite française.

Les textes rassemblés permettent de mieux cerner la doctrine du PPF, mais également d’éclairer le contexte d’avant guerre, marqué par un ensemble de crises, politique, sociale, économique, géopolitique. Il m’est apparu à la lecture de ces 130 pages, qu’il est difficile de faire abstraction de notre temps présent, bien qu’il faille toujours se garder de diachronies simplificatrices.

Le livre présente de nombreux textes : le discours de fondation du mouvement, son programme, son organigramme, le chant du mouvement,  et d’autres textes issus de meeting ainsi que quelques éclairages historiques postérieurs.

Le PPF porte une réflexion à la croisée des chemins. Le premier paragraphe du premier texte « Le rendez-vous de Saint-Denis », écrit par Pierre Drieu la Rochelle en est une parfaite illustration : « Ca ne marchera pas : il y avait des gens de droite dans la salle de la mairie de Saint-Denis qui regardaient des gens de gauche et qui leur souriaient. » assènent péremptoirement deux journalistes. « Erreur fondamentale, qui est dans chaque mot. » répond Drieu la Rochelle.

A la lecture de l’ouvrage nous sentons l’influence de la pensée socialiste (Proudhon, Fourier, Saint-Simon, …), malgré quelques freins à abattre totalement le capitalisme, ainsi qu’une très grande défiance face au communisme, incarné par l’URSS, ennemi numéro 1 d’après le PPF. Jacques Doriot, comme Drieu La Rochelle, dépeignent l’URSS comme une expérience socialiste ratée, qui a trahie la révolution ouvrière, où l’aristocratie bourgeoise a été supplantée par l’aristocratie soviétique. Le parti communiste français est présenté comme un mouvement piloté de l’extérieur par Staline, dépourvu de volonté propre et servant les intérêts de l’URSS avant ceux des travailleurs Français. Le chef du PPF parle même d’un « national-soviétisme » impérialiste. Il est utile de rappeler ici que Jacques Doriot fut un cadre du PCF, élu de la banlieue rouge à Saint-Denis et non un réactionnaire anti-communiste de droite. D’ailleurs le programme du PPF est clair, il veut combattre le « conservatisme social », favoriser l’émancipation des travailleurs, en permettant d’allier progrès technique avec progrès social tout en cherchant à éviter que l’homme soit au service de la technique. Autant de réflexions qui trouvent leur écho dans la pensée du XXe siècle.

Un autre thème du livre m’a semblé important, la position du PPF sur les colonies. A l’instar de la plupart des mouvements hexagonaux, le PPF est favorable aux colonies. Mais le PPF a une vision très intéressante à ce sujet. Particulièrement sur la situation de l’Algérie. Tout d’abord Victor Arrighi, ancien communiste, secrétaire du PPF et délégué à l’Algérie, s’oppose à l’assimilation, estimant que les « indigènes » doivent conserver leur culture propre et qu’ils ne deviendront jamais des Français, à quelques exceptions prêts. Il plaide en faveur de l’association (comme dans l’Empire britannique). Il en profite pour aborder le cas des Juifs, en particulier ceux d’Afrique du nord. D’après lui, l’antijudaïsme consistant à considérer que les Juifs sont tous des traîtres, des lâches, responsables de tous les malheurs est une erreur. En revanche, il pointe du doigt le décret Crémieux de 1871, qui a donné la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, estimant que ce fut ici une grave erreur, car les Musulmans refusaient d’être dirigés par des Juifs (révolte de El Mokrani) en plus de créer de nouvelles formes d’inégalités. Aussi, il n’hésite pas à dire que « le racisme, ce sont les Juifs qui l’ont inventé ». Ensuite, il s’insurge sur le fait que les gouvernements français successifs ont toujours favorisés le commerce extérieur au détriment du commerce des colonies. Ainsi, d’après l’auteur dont le discours fut prononcé au deuxième Congrès national du parti, la France achetait du vin Portugais ou Grec alors que les producteurs Marocains, Algériens et Tunisiens peinaient à vivre de leur production. Le raisonnement s’applique au commerce du coton ou du blé. Pour le PPF, la France, avec ses colonies, pouvait vivre de façon autarcique et favoriser en même temps le développement des territoires colonisés, les « indigènes » pouvant écouler leurs productions en métropole (en plus de créer à terme un marché intérieur aux colonies). Enfin, le PPF défendait la position selon laquelle les colonies devaient être la fierté de la France, ouvrir des perspectives à la jeunesse française et permettre de former l’élite de la nation. Le PPF avait aussi une idée claire sur le travail dans les colonies et s’insurgeait sur le fait que des métropolitains travaillent comme « composteurs de tickets de tramway » alors que les autochtones étaient en capacité d’occuper ses emplois sur leur propre sol. In fine, le parti avait la politique suivante, priorité aux emplois des Français puis priorité à celui des Musulmans face au travailleur étranger. Le PPF fut le principal parti d’Algérie et une bonne partie des élus du PPF le furent en Algérie. Des élus Français mais aussi Musulmans, selon la terminologie en vigueur à l’époque.

Un autre thème du livre, tout à fait d’actualité, a suscité mon attention. Il s’agit de la réflexion du PPF sur l’Etat. Le parti de Doriot n’hésite pas à trouver une filiation entre le Parti Jacobin de la révolution française et les états totalitaires* soviétique, allemand et italien, sur lesquels il exerce une critique. Le PPF, qu’on sent proche d’une certaine forme de fascisme, a pourtant une position sur l’état assez pondérée. L’état doit être fort et doit arbitrer les conflits sociaux et économiques. Nous percevons la vision d’un Etat régulateur, tellement honni par les libéraux. En revanche, le PPF est favorable à ce que les communes puissent avoir une certaine autonomie en matière sociale (proudhonisme ?) et à ce que les régions tiennent une place conformément à ce qu’était la tradition française d’Ancien Régime. L’Etat doit donc être fort, sans devenir « totalitaire », laisser une autonomie locale et séparer drastiquement les différents types d’élections. Drieu la Rochelle préconise ainsi dans un des textes proposé que le Président soit élu de façon indépendante des autres échelons et du Parlement. Toutes ses idées se retrouveront lors de la création de la Ve République… De fait le PPF ne se considère pas comme un « parti fasciste » mais comme un « Parti français » car, sans renier une certaine proximité avec le fascisme, il considère que chaque pays doit tracer sa voie selon sa propre tradition politique. Il fait le constat que les nationalismes se sont repliées sur eux-mêmes, au seul service de leur nation (Italie, Allemagne, Chine, URSS, etc…). Dans le programme politique déjà, une phrase courte, limpide, tranche la question comme un coup de poignard : « on ne peut pas faire d’internationalisme tout seul. »

A la lecture du livre, vous découvrirez bien d’autres aspects du parti, de la carrière politique et de la personnalité de Jacques Doriot, de son rapport avec les autres mouvements, de gauche comme de droite. La volonté de maintenir la paix, alors que le Traité de Versailles n’est plus respecté, que la SDN paraît impuissante et les politiques incapables de dialoguer avec l’Allemagne et d’empêcher l’ingérence du parti communiste. Mais en définitive, un chapitre m’aura particulièrement interpelé et m’apparaît comme une leçon de pensée politique française : « le mouvement et les hommes » (pp.65 à 74) où Jacques Doriot sur ces quelques pages donne sa vision sur ce que doit être un mouvement porteur d’idées et sur les hommes qui le compose. Il met en avant l’importance de l’idée et son maintien dans la durée sans céder aux turpitudes du temps. Le « Grand Jacques » délivre une pensée qui me semble particulièrement féconde et des principes sur lesquels un mouvement révolutionnaire se doit de reposer.

« La conquête d’un pays est plus difficile que la satisfaction d’ambitions personnelles. »

La lecture de cette première partie de l’historisme est donc particulièrement vivifiante et amène à se poser de nombreuses questions doctrinales autant qu’historiques. Le livre est enrichi d’un cahier photo noir et blanc présentant l’Emancipation nationale, journal dont Pierre Drieu La Rochelle était éditorialiste, ainsi que Jacques Doriot en tant que responsable politique, mais aussi dans sa vie personnelle. Nous regretterons juste le prix de l’ouvrage (18 euros), qui le rend peu accessible aux bourses des plus jeunes et des plus modestes.

* les discours du PPF utilisent le terme de totalitaire, je le reprends donc pour rester fidèle à la pensée du parti.

Jean

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Le livre est en vente à Lille à la boutique Tribann.

19/02/2013

Chronique d'album: Act of Violence « Wilde Vögel Fliegen » (Old School Records, 2012)

 Chronique d'album:

Act of Violence « Wilde Vögel Fliegen » (Old School Records, 2012)

act of violence.JPGLa scène musicale militante allemande est si productive qu’il est bien difficile de suivre toutes les productions qui sortent. On aurait cependant tort de ne pas se pencher sur elle car elle recèle de perles qui bien souvent passent complètement inaperçues de ce côté du Rhin. Il faut bien dire que, malheureusement, nos amis allemands se soucient souvent assez peu de la distribution de leur musique à l’étranger.

Le dernier Act of Violence fait ainsi partie du haut du panier de la production allemande récente. Le nom du groupe risque de ne pas vous dire grand-chose : il n’a pas sorti d’album depuis quelques années et il faut bien avouer que la réputation d’Act of Violence n’égale pas celle de Sleipnir ou même, pour prendre un exemple récent, de Moshpit… Espérons cependant que cet excellent album permettra à ce groupe -qui a plus de 10 ans d’existence- d’imposer son nom comme il se doit.

Wilde Vögel Fliegen (Les oies sauvages volent) est le troisième album d’Act of Violence et il me fait un peu penser  à l’excellent  Generation, die sich wehrt d’Hassgesang, sorti en 2010. C’est en effet un album très mature musicalement, moderne à tous les sens du terme et qui apporte sa pierre à l’édifice du renouveau de la scène allemande avec une imagerie et une musique qui évoluent sans renier le passé.

Act of Violence joue ainsi un rock moderne puissant que je ne me cantonnerais pas à classer. Les influences sont évidentes : le punk rock et la scène RAC allemande en premier lieu, le hardcore ou le bon vieux rock’n’roll dans une moindre mesure. La diversité des 16 titres de Wilde Vögel Fliegen est réelle et on ne s’ennuie à aucun moment sur cet album où l’on trouvera majoritairement des compositions de rock (très) pêchu et direct mais aussi l’inévitable ballade (on est en Allemagne quand même !) ou un titre plus rock’n’roll typique tel « Reparations », reprise de Johnny Rebel. Le groupe maîtrise à merveille sa musique qui est loin d’être ennuyeuse : changements de rythme, refrains accrocheurs, vocaux efficaces et diversifiés, sens de la mélodie à l’allemande, rien ne manque à l’alchimie de cet album qui est une absolue réussite et risque de rester longtemps dans votre playlist. C’est simple : c’est le meilleur album provenant notre mouvance de ces derniers mois selon moi (et y a de la concurrence!)…

 Act Of Violence - Eines Tages Einmal

Act of Violence - Wilde Vögel Fliegen

Notons enfin que Wilde Vögel Fliegen est disponible dans une édition limitée très réussie qui a le mérite de proposer, pour un prix quasiment identique, un second CD comportant les titres que le groupe avait fait paraître sur diverses compilations dont l’un des volets des fameuses Balladen des Nationalen Widerstandes. Là encore, vous y trouverez d’excellents titres, voyez ci-dessous.

Act of Violence - Schönste Arsch der Welt

Rüdiger

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13/02/2013

Chronique de film : Confession d'un dragueur, d’Alain Soral (France, 2001)

 Chronique de film :

Confession d'un dragueur, d’Alain Soral (France, 2001)

confession.jpgFilm oublié de presque tous aujourd’hui alors qu’il était soutenu par France 2 et Canal + à l’époque, Confession d’un dragueur est une comédie qui puise dans l’œuvre livresque d’Alain Soral, en particulier Sociologie du dragueur (1996).

Le film débute alors que Paul, jeune étudiant à Sciences Po interprété par Thomas Dutronc, et Fabio, un gars de la rue issu de l’immigration maghrébine, interprété par Saïd Taghmaoui, convoitent la même fille, Sophie, lectrice qui aime à se détendre dans le parc de son quartier, à Paris. Alors que Paul observe la jeune femme depuis de nombreux jours, il voit Fabio parvenir à la séduire en un clin d‘œil. Fabio et Paul se rencontrent alors et Fabio va apprendre les ficelles de la drague à notre "Sciences Piste".

Le film est à ce titrre plutôt sympathique, les profils des personnages sont plutôt bien interprétés par Thomas Dutronc et Saïd Taghmaoui (qui a fait du chemin depuis…). Les deux hommes se retrouvent dans des situations cocasses qui peuvent se révéler plutôt amusantes. Ainsi lorsque Paul passe une bonne partie du film à essuyer des refus ou encore lorsque les deux hommes se retrouvent avec une vieille bourgeoise un peu folle dans un plan douteux dont Paul finira par s’échapper. J’ai particulièrement apprécié le moment où les deux hommes refusent de prendre deux auto-stoppeuses anglaises en leur rappelant Jeanne d’Arc et Napoléon.

Ce qui donne son intérêt au film, c’est la subtilité du message qui est délivré par Alain Soral. Plus le film se développe, plus l’atmosphère est lourde, jusqu’à ce final terrible où Fabio se retrouve chez son frère, enlève ses chaussures en cuir de bourgeois pour enfiler ses babouches alors que dans le même temps Paul se retrouve enfin avec une fille qui lui fait une fellation et conclut par le fait que la réussite vaut bien mieux pour attirer les filles que tous les plans dragues foireux.

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Cette ambiance qui se dégrade se développe petit à petit, particulièrement dans le dernier tiers du film. A une dizaine de minute de la fin du film, Fabio s’épanche sur le fait qu’en 10 ans, il a passé 2500 nuits seuls et que les 1000 autres il avait beau être accompagné, en réalité il s’est toujours senti seul. Fabio passe pour un loser et toutes ses conquêtes ne peuvent pas enlever cette réalité. Au travers de cet univers de lutte des classes, Alain Soral n’hésite pas à faire passer subtilement certains messages : ainsi alors qu’ils viennent de donner une pièce à un SDF, Fabio rétorque à Paul qu’il n’y a jamais d’arabes qui mendient. Une autre scène fascinante est celle du repas avec des bobos gays devant un portrait géant du Che. Alain Soral paraît exercer une critique de ce milieu parisien de bourgeois pseudo-révolutionnaires engagés contre l’ordre moral.

La question de la drague est aussi emblématique de notre société libérale dégénérée du spectacle. Tout apparait comme faux. Fabio travesti son identité, son pseudonyme renvoie à des origines italiennes, ce qui facilite la séduction, alors qu’en réalité il est berbère et que son passé familial était plutôt du côté des foyers Sonacotra. Ce travestissement de l’identité pour avoir accès à la séduction des bourgeoises européennes renforce subtilement le côté pathétique de Fabio. Quant à Paul, il invente son histoire personnelle en se faisant passer pour un amnésique victime d’un accident. Les rapports se basent sur le mensonge, le paraître, le sexe, la séduction par intérêt. Fabio en arrive même à parler de « prédation ». Les deux hommes inventent des histoires pour arriver à leurs fins, mais les filles ne sont pas épargnées. Filles faciles, menteuses, consommatrices, la femme moderne, digne produit du mai 68 libertaire en prend aussi pour son grade.

Le film ne pourra que rappeler Extension du domaine de la lutte de M. Houellebecq, paru en 1994 où la lutte des classes s’étend au marché du sexe et de la séduction. Ce que cherche à faire Fabio, c’est surement à accumuler du Capital dans ce domaine parce qu’il n’en a pas dans d’autres, mais cette quête paraît être un échec, car il passe à côté de ce que sont des rapports homme/femme qui relèveraient plus de l’Amour courtois que du libéralisme.

Une nouvelle fois, il apparaît que les libertaires, en souhaitant la « liberté sexuelle » n’ont fait que favoriser les modes de fonctionnement du libéralisme les plus primaires en ramenant l’homme à son animalité. La femme ne devient qu’un objet de convoitise, sans aucune pudeur ni morale et l’homme un prédateur, animé par rien d‘autre que l’accumulation des conquêtes. Mais au fond tout cela apparaît vain et navrant. Il semble évident après la vision de ce film que la drague est une mascarade. L’anthropologie libérale des rapports entre l’homme et la femme est surement l’un des grand mal du siècle…

Jean

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08/02/2013

Chronique d’album : The Wolfgangs – Shout with the devil (Longneck records – 2011)

 Chronique d’album :

The Wolfgangs – Shout with the devil (Longneck records – 2011)

shout.jpgThe Wolfgangs est un groupe de Psychobilly placé sous l’étoile des rencontres. Comme l’indique leur page myspace, le groupe est le fruit d’une rencontre, un soir de concert de Reverend Horton Heat, entre Cha von Wolfgangs (chant), Lothar von Wolfgangs (guitare), Dean Blondin (contrebasse – choeur) et Jim Bullit (batterie).

The Wolfgangs est un groupe alsacien qui chante en anglais et sort sa première production chez les Allemands de Longneck Records spécialisés en Rockabilly, genre musical originaire des Etats-Unis, et en Psychobilly, mélange de Rockabilly et de punk, originaire d’Angleterre. Ne cherchez donc rien de patriotique pour le coup dans cette chronique. Comble du hasard, je découvre qu’un camarade a vu The Wolfgangs sur scène et me confirme tout le bien que j’en pense, ce qui m’a encore plus stimulé à vous délivrer cette chronique.

Je vous parlais de rencontre, car c’est également pour moi une rencontre, pour ne pas dire un coup de foudre. Alors que je traînais mes guêtres sur la toile à la recherche de quelques groupes de Psychobilly, je tombe au détour de mes pérégrinations sur le clip « Cannibal Family » de The Wolfgangs, et là, c’est simple, j’ai accroché immédiatement, autant à l’univers du clip, inspiré du cinéma d’horreur, qu’à l’imagerie alternative du groupe (diableries sympathiques loin des clowneries sataniques du Black metal « orthodoxe ») et bien évidemment à la musique, énergique, avec un fond de rock old-school rehaussé de lignes très punk. La chanteuse apporte un véritable plus, et venant de moi ce n’est pas rien car je déteste la plupart du temps le chant féminin dans les groupes de rock (à l’exception de L7, vieux groupe de hard rock entièrement composé de filles et quelques autres cas isolés). Certains la comparent même à la célèbre Wanda Jackson !

The_Wolfgangs.JPG

Je poursuis mes recherches et je découvre que d’autres morceaux sont hébergés sur un célèbre site, « Psychobilly », « Black Sleeves », « Mystery » et « Devil Girls » tous de bonne facture avec une préférence pour les deux premiers.

Ce sont 13 pistes qui confirment mon enthousiasme et déversent leur son pendant 35 minutes. Alternant des passages très dynamiques avec d’autres plus calme. La contrebasse est bien maîtrisée, le jeu de batterie est basé sur des rythmiques de rock assez classique, le guitariste s’autorise quelques solos de temps en autres et la chanteuse domine son organe avec perfection quel que soit le rythme des morceaux. Le chant en anglais laisserait presque penser qu’elle est anglophone. En somme, pour faire simple, The Wolfgangs n’a rien à envier à de nombreuses formations du genre.

The Wolfgangs - Cannibal Family

Numéro 1 des ventes sur Longneck Records, j’ai écouté l’intégralité des clips des autres groupes proposés par le label et aucun ne m’a semblé arriver à la cheville de The Wolfgangs. Les Français n’usurpent pas pour moi leur position. N’étant pas du tout un spécialiste de ce genre musical, c’est avec joie que j’ai pu entrer vraiment en contact avec la scène Psychobilly, que j’avais déjà approchée avec les mythiques The Cramps, bien que d’aucuns qualifient le groupe de néo-Psychobilly, mais n’attendez pas de moi que je vous phase une exégèse des nuances de ces styles musicaux…

Si vous aimez le rock n’ roll et les cultures alternatives, il y’a de fortes chances que The Wolfgangs vous plaise.

J’ajouterais que The Wolfgangs serait presque un exemple à suivre pour les groupes qui veulent faire de la musique engagée. La scène française a besoin de groupes festifs et dynamiques qui promeuvent les cultures et pensées non-conformes, bref de pur rock n’ roll !

Jean

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