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03/07/2014

Compte-rendu de concert: In Memoriam et Bronson (Paris, 28.06.14)

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Ce Samedi, nous voilà arrivés aux portes du bonheur. Ce soir c'est Le concert que nous attendions tous avec Bronson, espoir de la scène alternative Romaine (pour leur première prestation Parisienne) et le grand retour, après 12 ans d'absence, d' In Memoriam, groupe phare de la scène RIF des années90.

Malgré une pluie battante, dans la file d'attente qui ne cesse d'augmenter, la chaleur monte et notre enthousiasme aussi. Puis les portes s'ouvrent, dès l'entrée nous sommes mis dans l'ambiance, In Memo fait les ultimes réglages sonores, Bronson se prépare aussi.
Ça y est, la sono est prête. Les moins chanceux sont encore dehors, d'autres encore plongés dans la cohue du vestiaire alors que Bronson monte sur scène nous offrant leurs premiers riffs punk rock et que les premiers pogos sont lancés dans une salle déjà pleine.

Bronson nous propose un set impeccable au style maîtrisé qui n' a rien à envier aux plus grands noms de la scène. Les poseurs ricains comme Blink 182, ou Offspring n'ont plus qu'à ranger les guitares!!

Leurs morceaux les plus entraînants et les plus connus comme "La nostra storia","Lo spirito di Roma", ou encore "Sei solo" sont repris en cœur, le pogo bat son plein et « l'arène » se remplit de plus en plus. Le public est chauffé a blanc, le bonheur se lit sur les visages, Bronson donne le ton de la soirée en envoyant du très gros son.


A la demande de fans survoltés, nos camarades Italiens reprennent "Come il vento" d'Intolleranza repris en coeur par des centaines de voix, la chaleur est intense, les poings se tendent vers le ciel. L'osmose est profonde entre les musiciens et le public, et c'est sous un tonnerre d'applaudissements, leur nom scandé par les centaines de personnes présentes que Bronson s’apprête à laisser la place à In Memoriam après nous avoir offert une prestation exceptionnelle qui a totalement conquis le public.

Après une courte pause qui nous semble interminablement longue, la musique résonne enfin de nouveau. Les premiers accords de "Paris Belgrade" retentissent alors que de derrière les fumées s'élevant sur le devant de la scène se dessine l'arrivée du groupe. C'est masque à gaz sur le visage que les chanteurs commencent la chanson. On se croirait presque à Belgrade, le risque de bombe en moins, quoique …. Le Nato go home est scandé avec un immense ferveur, les corps se bousculent dans le pogo, la chanson se finit, le ton de la soirée se confirme. Ce soir ça va être le feu dans la salle !!


In Memo enchaîne, "Compagnon de Route", "Résiste", tout le monde chante en cœur, personne n'a oublié les paroles. Toutes générations confondues, c'est la même satisfaction qui se lit sur les visages de les découvrir pour les plus jeunes, de les revoir sur scène pour les autres. Alors qu'ils entament "Das Kapital", la musique s'arrête et Xavier au micro nous annonce qu'une alerte à la bombe (anonyme bien sûr c'est tellement plus simple et courageux) oblige à évacuer la salle. Chacun obéit, plus ou moins vite, plus ou moins de bon cœur, quelques slogans fleurissent à l'intention des responsables présumés de cette mauvaise blague et nous voilà, plus de 800 personnes dans la rue.

L'attente est longue, les visages se crispent et l'importante présence policière aux abords ne contribue pas à calmer la tension, bien au contraire. L'abus de boisson pour certains, la bêtise congénitale pour d'autres, les éternelles disputes inutiles vont créer l'incident … Une bagarre partie de rien prend de l'ampleur. Malgré les appels au calme, la non intervention de beaucoup, les difficiles tentatives de séparation d'autres, certains se sentent pousser des ailes et c'est bien difficilement et très progressivement que la situation se calmera. Heureusement, l'alerte est levée et tout le monde est chaleureusement invité à rentrer dans la salle. Le concert peut reprendre à la satisfaction générale. La soirée est loin d'être finie !

In Memoriam reprend les premiers morceaux joués, tout le monde chante, les esprits se calment et l'ambiance revient. Les titres se succèdent anciens ou nouveaux, "l'Armée des Ombres" remporte un franc succès, la ferveur augmente, la salle résonne, le plancher tremble sous les pogos endiablés. Quelques titres chantés en acoustique dont le nouveau "20 ans" permettent aux chanteurs, aux musiciens et à nous aussi de souffler un peu. La transition avec la suite du concert est faite par le lancement de "Michael Collins" immédiatement repris en cœur.

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En pleine forme, In Memoriam nous offre le meilleur et prouve à ceux qui en doutaient qu'après une longue absence ils n'ont rien perdu de leur talent. La musique est quasi parfaite et la présence sur scène exceptionnelle ! La fatigue, le quotidien, le monde gris qui nous entoure, tout est oublié ! Le groupe et son public sont dans un seul et même élan d’enthousiasme total et profondément sincère. Le temps passe, trop vite, et malheureusement vient le moment de la fin du concert. La première tentative est ratée, mais en est ce vraiment une ? Le concert reprend et le public hurle son désir d'entendre "A jamais Idéaliste". C'est bientôt chose faite, c'est la fête, les paroles chantées à pleins poumons sont un défi à notre époque triste et terne. La meilleur preuve que rien n'est perdu, qu'au contraire tout est à gagner et que tout reste à construire !

Mais les meilleures choses ont une fin, deuxième tentative, la musique s'arrête, nous scandons en coeur et en alternance le nom d'In Memoriam et celui de Sébastien, tout le monde espère la reprise avec cette chanson si lourde de sens … Pari gagné, et c'est dans une totale communion entre le groupe et son public que cet hommage à notre camarade vient clore cette exceptionnelle prestation. Bronson et In Memoriam ont mis le feu, ravi les présents, donné le meilleur d'eux-mêmes et offert à tous un concert d'anthologie qui restera à jamais gravé dans nos mémoires et nos cœurs !!!

Frey et Adrien / C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

29/06/2014

Chronique littéraire: Maurice Bardèche "Suzanne et le Taudis"

 

Chronique littéraire: Maurice Bardèche, Suzanne et le Taudis, Plon, 1957

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 « Je rendais grâce au ciel d’avoir fait de moi un cuistre obscur. Et aussi de m’avoir donné un taudis d’une pièce et demie, quand la moitié de l’Europe logeait dans des caves. »

1 – Maurice Bardèche et la politique

2 – Le Taudis, frêle esquif au milieu des flots tumultueux

3 – Un récit sur la condition de l’écrivain dissident

1 – Maurice Bardèche et la politique

Maurice Bardèche.jpgLa production littéraire de Maurice Bardèche ayant trait à la politique, radicale dans son fond et souvent très attrayante dans sa forme, n’est pas le fruit de l’assimilation particulièrement réussie de la pensée d’illustres prédécesseurs maurassiens, ni même la somme d’un nombre quelconque de réflexions antérieures, forgées à chaud à cette époque désormais révolue où l’expression « presse d’opinion » avait encore un sens. Au contraire, comme le révèle Jacques Bardèche, son propre fils, dans l’entrevue qu’il a bien voulu accorder à nos camarades de MZ récemment, Maurice Bardèche a commencé à vraiment s’intéresser à la politique à partir d’un moment historique bien précis : l’exécution de son ami et beau-frère Robert Brasillach, le 6 février 1945. De fil en aiguille, la pensée politique de Bardèche a donc émergé en réaction à un certain nombre d’événements, qu’il juge insupportables : l’exécution sommaire et injustifiée de son ami, les horreurs de l’épuration, le climat d’hypocrisie exacerbée d’après-guerre… Pour autant, jamais la plume de Bardèche n’accouche de propos haineux, contrairement à ce que laisse souvent entendre une certaine littérature engagée à gauche. Bien loin des pamphlets outranciers de Céline, des présages sombres et du pessimisme de Drieu, des intransigeances de Rebatet ou de Coston, la prose de Bardèche invite souvent le lecteur à entrevoir des rivages plus sereins : la recherche d’une forme d’équilibre, de justice, ou tout simplement de common decency, pour reprendre la formule d’Orwell. La pensée de Bardèche, c’est peut-être d’abord l’expression du bon sens appliquée à la politique. C’est un véritable antidote à la langue de bois.

Suzanne et le Taudis s’inscrit parfaitement bien dans cette forme littéraire très particulière, issue d’une radicalité qui ne sacrifie jamais à l’outrance ou à la provocation. Il en résulte un véritable pamphlet dans un gant de velours

2 - Le Taudis, frêle esquif au milieu des flots tumultueux

D’un point de vue formel, Suzanne et le Taudis se présente comme un récit plein de saveurs axé sur les conditions matérielles de Maurice Bardèche et de sa femme, Suzanne, la sœur de Robert Brasillach, après que le couple, qui habitait jusqu'alors avec celui-ci, se soit vu dépossédé de son appartement, "réputé être indispensable aux nécessités de la Défense nationale" au moment de la Libération.

De logis insalubre en appartement de fortune, en passant, bien sûr, par la case prison, sans jamais d'atermoiements, toujours avec un ton caustique, Bardèche nous livre un florilège de souvenirs où l’on entrevoit pêle-mêle d’indolentes femmes de chambres, de vertueux jeunes garçons animés d’idéaux maudits, d’improbables compagnons de cellules, mais aussi de bien espiègles marmots.

On croise au fil des pages de nombreux intellectuels plus ou moins proches de Bardèche : François Brigneau, Roland Laudenbach, le célèbre dessinateur Jean Effel, Marcelle Tassencourt et Thierry Maulnier, Henri Poulain, ou encore Marcel Aymé, à propos duquel Bardèche écrit : « il a l’air d’un saint de pierre du douzième siècle. Il est long, stylisé, hiératique, il s’assied tout droit, les mains sagement posées sur les genoux comme un pharaon et il fait descendre sur ses yeux une sorte de taie épaisse pour laquelle le nom de paupière m’a toujours paru un peu faible ». Cette icône byzantine incarnée, sans partager nécessairement les idées politiques de Bardèche, engage pourtant une campagne en faveur de celui-ci à l’occasion de son procès, dans un article publié dans Carrefour le 26 mars 1952, intitulé « La Liberté de l’écrivain est menacée ».

On découvre aussi dans ce roman, bien entendu, Suzanne, toute entière dévouée à l'éducation de ses enfants, fière, pragmatique, essayant tant bien que mal d'endiguer le flot continuel de trouvailles plus ou moins bien venues de la part de sa progéniture, au milieu des intellectuels pas toujours fréquentables que Bardèche recevait parfois chez lui. A ce titre, on pourra louer la lucidité de l’auteur quant aux travers récurrents et indéboulonnables des individus, parfois tout à fait valeureux mais bien trop souvent en dehors du réel, qui se réclamaient du fascisme encore après la guerre. Bardèche fustige leurs travers d'alcooliques ou leurs élans despotiques sans pour autant leur tourner le dos, à aucun moment.

A travers ces tranches de vie tour à tour drôles, touchantes, poignantes, Maurice Bardèche, de son style limpide, dresse l’autoportrait d’un écrivain voué à l’exclusion et à la misère, un homme sincère et droit dans ses bottes, volontiers porté sur l’autodérision, terriblement humain, au fond.

3 – Un récit sur la condition de l’écrivain dissident

Maurice Bardèche aurait pu poursuivre la très belle carrière qu’il s’était taillée avant la guerre. Successivement élève de ENS, agrégé de Lettres, docteur ès Lettres, professeur à la Sorbonne puis à l’université de Lille, on lui doit d’admirables ouvrages encore aujourd’hui unanimement reconnus sur Balzac, Flaubert, Stendhal, Bloy et Céline.

En mettant son talent au service d’une cause, Bardèche sait qu’il ne retrouvera jamais le confort matériel, la stabilité, la quiétude de sa vie d’autrefois. A travers Suzanne et le Taudis, Bardèche nous laisse entrevoir ce que la condition des hommes, et plus particulièrement des écrivains, qui osent se compromettre, peut avoir d’instable et de précaire. Le système a bien senti que la plume de Bardèche cherchait à lui chatouiller le menton ; il a donc tout mis en oeuvre, non pas seulement pour ôter cette plume, mais aussi pour rendre l'existence de celui qui la maniait aussi inconfortable que possible.

Il est très intéressant de constater qu’à la fin de son ouvrage, paru en 1957, Bardèche invoque les noms de Bernanos, de Maurras, de Péguy, et aussi de Céline. Il reconnait en effet chez ces écrivains une forme d’engagement absolu, inconditionnel, qui prévaut sur les contingences quotidienne. Or, le même Céline finit par tomber en disgrâce aux yeux de Bardèche, comme on l’apprend dans la biographie remarquable qu’il lui consacre en 1986. Bardèche  confirme sa prise de position à l’occasion de son apparition sur le plateau de la mémorable émission d’Apostrophes, le 3 avril 1987, devant un BHL qui manque de s’étrangler d’indignation – mais pas pour prendre la défense de Céline, comme vous pouvez l’imaginer.

Pourquoi cette soudaine volte-face de la part d’un écrivain d’ordinaire si constant dans ses choix ? Il faut dire que le professeur Destouches a bien changé, entre les prises de positions franchement assumées de Voyage au Bout de la Nuit et la surenchère stylistique de Féerie pour une autre fois, dans lequel Céline choisit d’endosser le rôle de la victime qu’on voue aux feux de la Géhenne. On imagine aisément que les persécutions modernes aient été difficiles à supporter pour les écrivains modernes à contre-courant des idées reçues, et bien loin de nous l’idée de jeter la pierre à l’une ou l’autre de ces figures illustres. Bardèche pourtant, dans son dénuement quasi monacal, apparait dans la tourmente avec un éclat bien différent de celui de Céline, exilé au Danemark, tout engoncé, à la fin de sa vie, dans un nombrilisme maladif.

Maurice Bardèche me rappelle toujours Diogène, même si l’auteur de Suzanne et le Taudis est peut-être un peu trop bonne pâte pour être un authentique cynique. Le taudis de l’un valait bien le tonneau de l’autre, en tout cas, et l’image résume fort bien le propos du livre, posé sous forme de morale à la fin de l’ouvrage, mais que les militants d’aujourd’hui devraient sans doute méditer comme une problématique essentielle du combat qu’ils mènent aujourd’hui : celui qui ne pratique pas la langue de bois et qu’anime le désir de lutter contre le système doit s’attendre au retour de flamme. Adopter la position d’un dissident comporte des risques qu’il faut avoir le cran d’assumer, sans chercher à se réfugier derrière de fallacieux prétextes…

Sans aller jusqu’à prendre le radicalisme de Bardèche pour un modèle absolu, on peut lire Suzanne et le Taudis comme une belle leçon d’humilité, et se souvenir que l’engagement le plus total jeté à la face de tous sur Facebook ne vaut strictement rien si c’est une intransigeance de façade qui ne trouve jamais à s’exprimer dans la vie quotidienne.

Lyderic

19/06/2014

Chronique de livre: J.-C. Rolinat "République Sud-Africaine: La faillite de Mandela"

Jean-Claude Rolinat "République Sud-Africaine: La faillite de Mandela"

(Les bouquins de Synthèse Nationale, 2014)

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Mandela a été durant de longues années une icône planétaire de l’antiracisme et de la bien-pensance. On a encore pu constater lors la période de son récent décès (décembre 2013) à quel point il était une divinité solidement implantée dans le panthéon des aveugles. Ce fut, vous vous en souvenez sans doute, une réelle « Mandelamania » qui s’est emparée de nombreuses personnalités politiques, de journaleux et de gauchistes hystériques tout autour du monde.

On le sait tous, ceux qui le louent restent en général très discrets sur son bilan réel en Afrique du Sud. Car oui, même s’il n’est pas seul à avoir mené ce pays là où il en est aujourd’hui (Mbeki et Zuma, présidents qui lui ont succédé, ont été encore pires), il est l’un des principaux responsables de la faillite totale d’un Etat autrefois sûr, prospère et comparable à nul autre sur le continent africain… Etat unique que la République Sud-Africaine (RSA), resté avant tout gravé dans les mémoires pour son système de développement séparé mis en place dès 1948, l’Apartheid, qui permit pendant des années aux blancs de ce pays de survivre en tant que communauté face à l’implacable montée démographique des noirs.

Jean-Claude Rolinat, qui nous a fait l’honneur il y a quelques semaines de venir présenter à Lille cet ouvrage, est un auteur qui s’est déjà fait remarquer grâce à plusieurs livres traitant des nationalismes lointains (le dernier en date, son Qui suis-je consacré à Peron est sorti en 2013 chez Pardès). Mêlant histoire, politique et souvenirs personnels servis par une plume qui sait rappeler son activité de journaliste, Rolinat nous offre ici une excellente synthèse sur ce qu’est devenue l’Afrique du Sud depuis 1994, date à laquelle le pouvoir politique fut remis par les blancs, à la suite de nombreuses tractations, entre les mains du parti communiste longtemps interdit, l’ANC (African National Congress) de Mandela. Rolinat éclaire aussi l’avant 1994 et revient entre autres sur l’histoire de ce fameux apartheid, certes dur au départ mais qui fut vite assoupli sous les pressions diverses des Etats étrangers, de la finance et de la franc-maçonnerie sud-africaine…

Partons du bilan que l’on observe aujourd’hui, en 2014. L’Afrique du Sud est un pays au bord de la faillite, miné par la corruption et l’insolence d’une nouvelle bourgeoisie noire qui se vautre dans le luxe et les privilèges pendant que l’essentiel de la population vit dans la misère la plus totale. L’ANC, sorte de « parti-Etat », autrefois communisto-révolutionnaire mais passé depuis à l’économie de marché, contrôle malheureusement la quasi-totalité d’un pays qu’il ne sait pas gérer... L’insécurité est endémique, le chômage est énorme, les inégalités sont partout : sur un plan tant social que régional et surtout racial. Car l’Afrique du Sud est une mosaïque de peuples (noirs, blancs, asiatiques, métisses) d’un peu plus de 50 millions d’individus : 80% de noirs (d’ethnies différentes), 9% de blancs, 9% de métisses, le reste d’asiatiques pour 11 langues officielles ! Cet Etat « arc-en-ciel » est dominé largement par une oligarchie noire qui, revancharde et de plus en plus raciste envers les blancs, a tout fait pour les évincer de ce pays qu’ils ont bâti depuis des siècles. Non contents de subir une politique de discrimination positive radicale (le BEE, Black Economic Empowerement), les blancs ont été poussés vers la sortie tant dans les sphères politiques qu’administratives et beaucoup ont émigré, fuyant la pauvreté ou les violences. Remplacés dans nombre de postes clés par des noirs parachutés à leur place en vertu de leur couleur et non de leurs compétences, on constate aujourd’hui à quel point l’ANC s’est tiré une balle dans le pied en les rejetant : il suffit de prendre les cas de la police ou de l’armée sur lesquels Rolinat revient en détail. Notons également que les fermiers blancs manquent de plus en plus à un pays qui, au lieu d’utiliser leur savoir-faire ancestral, a préféré les livrer en pâture à une populace avide de vengeance qui s’est vue distribuer leurs terres qu’elles ne savent même pas exploiter. Résultat, la production agricole ne fait que baisser, la famine guette et on peut se demander si l’Afrique du Sud ne deviendra pas un désert agricole comme le Zimbabwe…

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La RSA a longtemps été un Etat à part sur la scène internationale, avant tout à cause de l’apartheid. Dénigrés en Europe, les sud-Africains blancs font partie des parias de l’histoire et on les a largement culpabilisés, eux et leur politique de développement séparé. Pourtant, on oublie de dire que les noirs avaient une vie meilleure sous l’apartheid, qu’ils avaient leurs Etats autogérés (tel le Qwa Qwa des Sothos du Sud qui fut supprimé comme les autres par l’ANC en 1994) et contrôlaient des centaines de municipalités. Les asiatiques et les métisses avaient quant à eux leur parlement. Tout n’était peut-être pas parfait mais le pays était le fer de lance de l’Afrique sous tous les aspects (niveau de vie, armée, technologie…). La gestion du pouvoir blanc d’alors marchait et c’est petit à petit qu’il s’est délité comme le narre Jean-Claude Rolinat. Le début des années 1990 sonnera le glas de l’Afrique du Sud : le sinistre Frederik De Clerk libère Mandela, légalise l’ANC et entame un processus de passation de pouvoir aux noirs qui se soldera par la victoire de l’ANC aux élections de 1994. Celles-ci verront Nelson Mandela devenir le premier président noir du pays… Certes, les blancs ont été trahis par leurs élites prenant leurs ordres des milieux d’affaires et du Broederbond (franc-maçonnerie sud-Africaine), mais ils sont coupables eux aussi car ils ont voté lors du référendum de 1992 majoritairement en faveur de la poursuite des réformes engagées par De Clerk et en faveur des négociations avec l’ANC… Et pourquoi ? Pour de basses espérances économiques, pour que cessent les torts apportés au pays par l’apartheid à ce niveau-là… Belle leçon, non ? Ayant accepté de ce fait le principe du « one man, one vote », il est évident que leur position actuelle et la démographie des noirs (sans compter l’immigration massive qui sévit dans le pays) leur interdiront tout sursaut politique. Les blancs ne reprendront jamais le pouvoir en RSA. D’ailleurs, ils ont très peu résisté (hormis certains cas comme celui d’Eugène Terreblanche et de son AWB) et semblent désormais destinés à subir ou fuir le pouvoir noir… d’autant que l’idée de « blanctoustan » basée sur les politiques réalistes des bantoustans de la période d’apartheid (développement des différentes ethnies noires en autonomie selon le principe d’une terre pour un peuple) semble malheureusement bien peu les séduire…

Blancs comme noirs, on peut toutefois dire que tout le monde (ou presque) y perd en RSA actuelle hormis les nouvelles classes supérieures noires qui copient et se lient peu à peu avec l’ancienne bourgeoisie blanche. Car, en effet, l’adoption des mœurs « occidentales », l’attrait du blanc, le désir de fréquenter ses écoles ou ses quartiers existent toujours alors que le petit blanc rase les murs ou s’exile… Ce n’est la seule contradiction de l’Afrique du Sud post-apartheid que l’auteur a ici dépeint avec brio pour que l’on en tire bien des leçons…

Rüdiger / C.N.C.

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16/06/2014

Chronique musicale: Mayhem "Esoteric Warfare"

Mayhem "Esoteric Warfare" (Season of Mist, 2014)

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Mayhem fait partie de ces légendes du monde de la musique qui ne laissent personne indifférent. Précurseur du son et de l’éthique/esthétique de la seconde vague du Black metal , le groupe créé en 1984 par Øystein Aarseth (alias Euronymous) devient vite la locomotive de la scène métal extrême Norvégienne.  Le groupe sent le soufre : attitude extrême, rébellion contre le christianisme ou encore têtes de cochons empalées sur des piques durant les concerts. La scène extrême locale comprenant des groupes autrefois pratiquant un style Death metal vont, sous l’influence d’Euronymous et de Mayhem, se tourner vers le Black metal et la philosophie radicale qui le caractérise. Une série d’incendies d’églises embrase alors la Norvège, suscitant une vive émotion à travers tout le pays. Cette société au niveau de vie très confortable s’apprête à découvrir une jeunesse qui rejette ses codes et sa morale chrétienne, le tout mêlé à un satanisme qui reste cependant très puérile et provocateur. Les évènements s’accélèrent et tournent au drame quand Varg Vikernes, tête pensante de Burzum, tue Euronymous une nuit d’aout 1993. Varg est condamné à 21 ans de prison et le groupe cesse ses activités. Néanmoins Mayhem va renaitre de ses cendres sous l’impulsion du batteur Hellhammer et du bassiste Necrobutcher qui font appel à l'un de leurs anciens chanteurs, Maniac, et au guitariste Blasphemer. « Wolf’s lair Abyss » sort en 1998 et s’en suivra plusieurs albums. Le style du groupe a évolué, empreint d’expérimentations soniques et d’influences electo/industrielles. Le groupe a tourné la page, le vieux Mayhem n’est plus.

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« Esoteric Warfare » nous arrive après une attente de sept longues années et fait suite à « Ordo Ab Chaos » l’album qui marqua le retour d’Attila Csihar (le chanteur qui eut la lourde tâche de remplacer Dead sur l’album « De Mysteriis Dom Sathanas »). Le guitariste Blasphemer a, quant à lui, quitté le groupe après 13 années de service et c’est Teloch (Nidingr, Gorgoroth, Orcustus, Umoral) qui se charge dorénavant de la six-cordes. Nombreux sont les fans (ceux de la première heure surtout) qui attendaient un retour en arrière salvateur de la part de Mayhem et force est de constater que ce revirement n’est pas à l’ordre du jour. En effet Mayhem persiste dans la ligne directrice qu’il s’était donné sur l’album précédent sans pour autant faire du sur place ; mieux: il aiguise son style. Tout d’abord le groupe a opté pour une production différente, beaucoup moins brouillonne que celle de son prédécesseur, où chaque instrument est parfaitement audible. La guitare de Teloch est tour à tour acérée, tour à tour aride. Son jeu irréprochable est indéniablement marqué par celui de Blasphemer, assurant une continuité quasi parfaite, alternant riffs assassins typiquement Black metal et arpèges sinistres rappelant la scène Black metal orthodoxe (Ondskapt, Malepeste voire Deathspell Omega).  Necrobutcher reste solide comme un roc avec sa basse et soutient l’ensemble des compositions avec une certaine discrétion. Côté batterie la prestation de Hellhammer est une de fois plus impressionnante: blast beats, double pédale hyper sonique, le tout avec ce style reconnaissable entre mille. Celui qui est considéré par beaucoup comme le meilleur batteur de la scène Black metal jouit (enfin !) d’un son de batterie beaucoup plus organique que sur les précédents albums qui avaient tendance à sonner très synthétiques, pour ne pas dire plastiques. Enfin, Attila délivre une nouvelle fois une performance vocale qui pousse toujours plus loin la limite de ses cordes vocales avec des cris inhumains, des "growls" caverneux au possible et des déclamations de texte très théâtrales. Son style ne fait pas dans la demi-mesure c’est le moins qu’on puisse dire mais il se révèle être terriblement efficace dans les moments où l’atmosphère et l’ambiance priment sur la violence pure. On peut distinguer deux types de chansons sur « Esoteric Warfare ». D’un côté des morceaux haineux et rentre dedans tel le single « Psywar », « Throne of time » ou « Trinity » qui sont très efficaces tout en gardant ce côté maléfique caractéristique du groupe. De l’autre, on a des morceaux plus mid tempo basés sur l’ambiance et malheureusement, en dépit de quelques passages savoureux à vous glacer le sang (« Corpse of care », « Posthuman »), ces derniers ne décollent pas vraiment et peuvent à la longue s’avouer pénibles car souffrant de certaines longueurs inutiles… Les expérimentations et autres bidouillages sont nettement moins présents, même si un sample, un effet, voire un clavier très discret apparait çà et là s’intégrant parfaitement à la musique du quatuor.  


Au final « Esoteric Warfare » ne déçoit pas mais ne transcendera pas non plus l’auditeur. Bien que la musique de Mayhem soit plus concise, ne vagabondant plus dans des expérimentations laborieuses, elle reste coincée entre un lourd héritage, qui fit sa renommée et l’unanimité chez les fans, et une volonté de repousser les limites, quitte à déboussoler et à perdre en efficacité. Néanmoins, malgré quelques imperfections qui subsistent, le groupe semble être sur la bonne voie, la qualité de « Esoteric Warfare » l’atteste indéniablement, et il se doit d’être souligné que Mayhem est toujours là, envers et contre tout, quand bien des groupes de la scène Norvégienne sont tombés en désuétude face au déluge de groupes qui inondent de nos jours la scène Black metal. 

Antoine/C.N.C

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09/06/2014

Chronique musicale: Autopsy « Tourniquets, Hacksaws, and Graves »

Autopsy « Tourniquets, Hacksaws, and Graves » (Peaceville, 2014)

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Depuis que le plus célèbre des groupes californiens de la vieille scène Death Metal s’est reformé, on peut dire qu’il ne se repose pas sur ses lauriers! Troisième album depuis cette réunion et septième de sa carrière, « Tourniquets, Hacksaws, and Graves » nous rappelle qu’Autopsy est une sorte d’institution que rien n’ébranlera !

Issu de la scène Death Metal old school et formé depuis 1988, on a affaire à un groupe qui a fait ses premières armes du temps où des formations telles que Death, Obituary, Deicide ou Morbid Angel donnaient toutes ses lettres de noblesse à un style musical devenu depuis majoritairement ennuyeux. En effet, les grandes heures du Death Metal semblent appartenir au passé et même si de bonnes surprises sont apparues depuis cette époque (je pense à Bloodbath en particulier), on constate que bien des grands noms de cette scène s’essoufflent réellement. Autopsy est, selon moi, l’un des rares à être resté intéressant au fur et à mesure des années et il l’a bien prouvé de par la qualité de l’album qui a marqué son grand retour sur la scène : « Macabre Eternal », datant de 2011.


« Tourniquets, Hacksaws, and Graves » ne marque pas une réelle évolution du groupe qui joue le style qui lui est propre et est le sien depuis ses débuts : un Death Metal baignant dans une atmosphère lugubre et horrifique, mêlant la rapidité et la brutalité propres au genre à des influences Doom Metal lourdes et poisseuses. C’est certainement le brio avec lequel Autopsy a toujours privilégié les ambiances dans sa musique qui le sauve du marasme des autres groupes de Death Metal qui ont souvent simplement joué la carte de la violence sonore bête et méchante… Ce nouvel album baigne une fois encore dans des ambiances crades et malsaines suintant le sang et la tripaille et tant les parties musicales que la voix démentielle de Chris Reifert, batteur/hurleur du groupe viendront vérifier les sensations déjà pressenties à la vue de la pochette réalisée une fois encore par Benscoter, artiste bien connu des amateurs du genre.

Rüdiger

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02/06/2014

Chronique de film: Welcome to New-York, d'Abel Ferrara

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Welcome To New-York, ou l’homme qui n’était qu’à un « jet » de la (p)résidence de la république.
 
Disons le tout net, Welcome To New York est un film qui marquera son époque. Poursuivant le sillon entamé depuis Gogo Tales, Abel Ferrara présente une œuvre d’une grande beauté formelle. Caméra au poing et au plus près de ses personnages, il filme leur déchéance sous fond de néons rouges et de lumières tamisées. La moindre chambre d’hôtel prend ainsi l’apparence d’un purgatoire souillé par les liquides séminaux et les tâches de cognac 30 ans d’âge. Il n’a pas du être facile pour Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn de voir ainsi exposées leurs turpitudes, de plonger dans ce passé récent qu’ils auraient souhaité enterrer à jamais. Anne Sinclair s’en est d’ailleurs émue dans une tribune sur le Huffington Post. Evoquant le film, elle a manifesté son « dégoût de la façon dont M. Ferrara représente les femmes, ce qui doit illustrer ses propres pulsions » et indiqué que selon elle « Les producteurs du film projettent leurs fantasmes sur l’argent et les juifs ». Le film n’est pas antisémite, mais il est d’une infinie dureté à l’égard de l’hyper-classe, toutes obédiences confondues. Abel Ferrara n’a pas filmé avec complaisance, il n’est pas un réalisateur français subventionné mais un artiste engagé qui met toutes ses tripes et tous les moyens possibles au service de ce qui lui tient à cœur. Il n’est pas homme à concéder la moindre parcelle formelle ou scénaristique à la bienséance policée des salons mondains, il ne leur devait rien et a donc pu faire ce qui lui semblait le plus juste.

« Devereaux », jumeau obèse de Dominique Strauss-Kahn, est incarné par le dissident gaulois numéro un. Buveur, fumeur et gros mangeur, Gérard Depardieu récite une partition phénoménale, celle du plus grand acteur vivant, de cette parcelle vivante de barbarie qui sommeille encore en nous. Littéralement plus animal qu’homme, il campe l’ex-directeur du FMI comme bloqué au stade oral, pulsionnel, enfantin, ne supportant aucune entrave à ses multiples jouissances. Pur libéral-libertaire, Devereaux accomplit les prophéties d’Ayn Rand et ne se reconnaît comme obligation que son épanouissement personnel.

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Une planche à billets apparaît dans le premier plan du film, métaphore de la longue série de femmes « niquées » (selon son propre terme) l’ex président du FMI. Elles n’étaient d’ailleurs pas des femmes, mais des vagins convertissables en espèces sonnantes et trébuchantes. La première demi-heure de Welcome To New York montre l’agenda de l’ancien directeur du FMI avant l’ « affaire Nafissatou Diallo ». « Devereaux » propose des prostituées aux agents des services français, ce qui semble assez crédible. Toutes ses secrétaires offraient des services « particuliers », certaines spécialisées dans la fellation, d’autres dans l’effeuillage…. Notre homme lui s’abandonne pleinement à des orgies dignes de pornos amateurs. Dominique Strauss-Kahn, favori à la présidence de la République en 2010, avait un mode de vie proche d’un Patrick Sébastien sous viagra, constitué de partouzes dans l’esprit du Cap d’Agde naturiste et de constantes beuveries. Maître libidineux, il était un homme-goret auquel rien ne résistait car son « pouvoir d’achat » était illimité. Les prostituées étaient soumises à l’aura de l’homme de pouvoir au portefeuille généreusement garni. Lui se soumettait à sa sexualité débridée nourrie aux fantasmes pornographiques les plus crades, grognant comme un chien qui a trop d’os à ronger, boulimique d’argent et de stupre. « Devereaux » n’était qu’un personnage de Jean-Louis Costes, un pornocrate pipi-caca.

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Le fantôme de Pasolini semble convié dans Welcome To New York qui est l’incarnation contemporaine de Salo ou les 120 journées de Sodome. On assiste à l’avènement d’un monde post-séduction. Le mariage d’Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn semble n’avoir été contracté que pour des intérêts de classe, s’aiment-ils ? Rien n’est moins sûr. Les relations adultérines, loin d’être des « romances », sont réduites à la stricte dimension physique, au sexe. Je ne vais pas jouer les vierges effarouchées, car cela n’est pas nouveau et il n’est pas le seul. Ce qui est troublant c’est la récurrence, l’idée sous-jacente. Pour ces hommes, les femmes sont semblables aux ouvriers d’Arcelor-Mittal, des pions interchangeables, des détails de l’histoire. Abel Ferrara, italo-américain des classes modestes, rend très bien cette impression.
 
Après tant de femmes consommées, consentantes, feignant le plaisir, comment « Devereaux » aurait-il pu imaginer qu’une banale femme de ménage africaine eut pu lui opposer un refus ? C’est là l’intelligence du film que de suggérer que Dominique Strauss-Kahn ait pu nier le viol en toute bonne foi. « Vous savez qui je suis ? » lance-t-il à la fameuse Nafissatou Diallo, puis il se déshabille et le viol est suggéré, mais le film ne tranche pas. A-t-il abusé de cette femme ? Nous ne le saurons pas distinctement, mais, pour reprendre l’expression de Dominique Venner, il s’agissait là de l’ « imprévu dans l’histoire ». Cet homme pensait être invincible, intouchable, sa femme avait tout préparé, il devait être le président de la république ! Tous deux ivres de pouvoir, ils ne pouvaient imaginer que surviendrait l’inattendu, le scandale absolu, l’infamie qui est venue tout gâcher. Tout ça pour avoir sorti son sexe au mauvais moment, une fois de trop. Peut-être a-t-il été piégé, mais au fond cela ne change rien, car c’est toute sa vision du monde qui a été confrontée à la réalité.
 
D’ailleurs, la scène du repas durant laquelle Anne Sinclair apprend la nouvelle est, à ce titre, magistrale. Un bel appartement de Manhattan sert de décor à un repas de la grande bourgeoisie juive new-yorkaise, alors, un homme coiffé d’une kippa félicite « Simone » (prénom fictif d’Anne Sinclair ) : « je témoigne toute ma gratitude à Simone pour sa dévotion à l’égard de l’état d’Israël ». Jacqueline Bisset, interprète de Simone, retranscrit toute la morgue du personnage, son sentiment de toute puissance, bientôt détruit par une pulsion supplémentaire de son époux. En écho, vient la scène où Devereaux déjeune avec sa fille, et le petit ami de celle-ci, juste après les faits qui lui seront plus tard reprochés. Grossier, vulgaire, il ne parle que de sexe. Admirant la bouillabaisse qu’il a commandé au restaurant, il confie au petit ami de sa fille que le plat est « une sorte de partie échangiste pour poissons », une « bouillabaise », et lui demande s’il « aime niquer ». La scène est drolatique, et l’on peut se plaire à imaginer que Dominique Strauss-Kahn lui même, eut tenu de tels propos à sa fille. Toute honte bue, il n’a pas conscience que bientôt il va défaillir et être frappé par l’opprobre générale, relégué au statut de simple mortel dans la prison de Ryker’s Island.

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Dans la deuxième phase du film est mis en lumière le traitement qu’a pu recevoir Dominique Straus-Kahn en prison. Les Etats-Unis ont ce mérite, qu’une fois emprisonné, un homme puissant n’est pas mieux traité qu’un autre. Quand il se déshabille devant ses gardiens, l’homme est faible, et peine à lever ses énormes cuisses, son ventre est gonflé tel un ballon, un vieil homme comme les autres, en piètre condition physique. Comme dans la véritable histoire, « Simone » parvient à le faire libérer et l’installe dans un immense loft, sa première réflexion est de changer la décoration. Son mari est accusé de viol mais elle trouve le moyen de se plaindre des œuvres trop « ploucs » accrochées au mur de son palais de fortune. Je ne sais pas si cette scène correspond à la réalité, mais je ne doute pas un instant que cela puisse avoir eu lieu. Ces gens étaient, et sont toujours, déconnectés du réel. Une dernière scène est à signaler pour sa beauté plastique qui renvoie aux œuvres du peintre espagnol Goya, celle de l’agression supposée de Tristane Banon. Garçonnière sordide, ambiance infernale, « Devereaux » y est figuré en dieu Bacchus insensible à la douleur qu’il inflige. Il veut lui toucher les seins, il en a le droit, il est un ancien ministre. Son pénis est le maitre du monde et ce n’est pas une jeune étudiante en journalisme qui pourra s’y refuser. Le membre en érection de « Devereaux » est une tour de Babel, toutes les ethnies y sont conviées, toutes les langues y sont pratiquées, il est l’universel.
 
Dominique Strauss-Kahn ne s’est jamais repenti, car il n’a jamais estimé être coupable. Peut-être n’était-il effectivement pas coupable des faits qui lui étaient reprochés, ça nous ne le saurons jamais. Mais nous savons qu’il était un porc, qu’il considérait son pays la France comme les putes qu’il collectionnait. Sa femme et lui pensaient pouvoir nous acheter, jouir en nous et partouzer avec la France. Ils n’en auront pas eu l’occasion, tant mieux. Le mérite de Welcome To New York étant de rappeler aux Français naïfs à quoi ils ont échappé.
 
Frédéric de Grimal

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