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03/11/2015

[Revue de presse] La Décroissance n°103 -octobre 2015

[Revue de presse] La Décroissance n°103 -octobre 2015

 

journal123_gd.jpgRéférence connue des lecteurs du Cercle Non Conforme, le mensuel La Décroissance, une fois de plus, ne mâche pas ses mots contre les tenants de la croissance, surtout quand elle est mâtinée d'écologie, et de développement durable. Et ce dès la Une, où le mensuel s'attaque au grand rassemblement mondial et médiatique qu'est la COP 21, qui doit se tenir à Paris. La Décroissance l'intitule « La COP des malfaiteurs »... Et plusieurs articles continuent cette attaque en règle. Dès les pages 2 et 3 avec l'article intitulé « L'écologie, bouée de sauvetage du système ». L'article, qui n'est vraiment pas tendre, indique que ce sont « les coupables [qui] font la morale ». « Pour cette caste qui se caractérise par l'enflure, le sauvetage de la planète constitue à cet égard une extraordinaire aubaine. La COP 21 devient une sorte de concours d'indécence mondiale des pompiers-pyromanes. » « A cette fin, un service d'ordre féroce est et sera assuré avec zèle par les grands médias et les journalistes. » La suite de l'article attaque même la politique étrangère de la France depuis Sarkozy et BHL, continué par Fabius et Hollande, vu comme des fauteurs de guerre...

Le journal en profite pour attaquer ses habituels têtes de Turc, comme Yann Arthus-Bertrand, appellé « gremlins de l'écologie » (pages 5-6).

Mais surtout ce numéro se singularise par une attaque en règle de la gauche, y compris de l'extrême gauche du système (Mélenchon ou le NPA). Mélenchon et le Front de Gauche subissent le feu de La Décroissance dans l'article « Pour un regroupement de groupies ? » (page 5). Article qui critique vertement l'appel aux classes moyennes que ferait selon son auteur Mélenchon et le Front de Gauche : « Mélenchon n'imagine pas que la rupture – que par ailleurs il préconise – avec la logique de la domination capitaliste, implique une autre stratégie que le rassemblement d'une classe moyenne complètement inféodée au système » Dans la suite de l'article, l'auteur reproche à Mélenchon de ne pas rendre les classes populaires « visibles ». Toujours dans l'attaque de la gauche, pages 6 et 7, à lire l'entretien « Les intellectuels de gauche ont été les instigateurs de cette défection des classes populaires » dont les termes rappellent un article d'« Eléments » expliquant comment cinéma et comiques depuis les années 70 se moquent ouvertement des classes populaires. Certains termes de l'entretien évoquent directement la « common decency » chère à Orwell et développée en France par Jean-Claude Michéa. Cette importance accordée aux classes populaires se retrouve également dans l'article « Ecologie et climat : l'enjeu des classes populaires » (page 11).

Moment très savoureux, la bande-dessinée pages 10 et 11 « Nana la décroissante » qui tombe à bras raccourcis sur le site confusionnisme.info, site délirant de gauchistes qui jouent les flics de la pensée.

Ensuite un débat de haute tenue est à lire et à étudier pages 14 et 15 « Vers une guerre entre bioconservateurs et bioprogressistes ? ». Avec parmi les intervenants le philosophe Fabrice Hadjadj, qui est membre de la revue « Limite » dont la sortie est évoquée avec quelques pointes d'ironie par Vincent Cheynet page 14.

A noter pour finir que La Décroissance recommande d'acheter les hors série du journal Le Point « Eloge de la vie simple »...

Une nouvelle fois, La Décroissance s'inscrit dans les revues indispensables.

Arnaud /C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

31/10/2015

7 films à voir ou à revoir sur la Parodie

La parodie est très certainement l'art le plus difficile de la comédie. En plus de provoquer l'hilarité, le cinéma parodique a pour objectif d'utiliser un cadre précis pour mieux s'en moquer. Ainsi, l'humour parodique ne se pratique-t-il pas comme une finalité en soi mais se met au service de la dénonciation des travers de faits, de personnages, de périodes historiques ou de comportements sociaux. C'est dire si les possibilités de furieuses moqueries sont vastes. Genre à part au sein de la production cinématographique, le cinéma parodique fait se côtoyer le pire et le meilleur. Parmi le meilleur, la parodie autorise une réflexion acerbe et profonde sur le sujet traité. Aldous Huxley n'écrivait-il pas que "Parodies et caricatures sont les plus pénétrantes des critiques" ? Les vikings, l'évolution des sociétés humaines, Hitler, l'antisémitisme, le cinéma, le sexe, la lutte des classes..., voilà bien des sujets qui en prennent pour leur grade au travers de ces sept films.

 

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ERIK LE VIKING

Titre original : Erik the Viking

Film anglais de Terry Jones (1989)

Erik est un jeune chef viking. Il assassine bientôt la jeune femme dont il était amoureux. Touché par la grâce de sa belle, Erik prend tardivement conscience de la violence perpétuelle des tribus vikings, dont les raids sont basés sur la rapine, le viol et la violence. Après avoir consulté Freya, il décide de convertir ses hommes à plus de civilité et les mène en quête d'un cor suspendu sur l'île d'Hy-Brasil. Selon la prophétie de Freya, le puissant souffle du cor réveillera les dieux. Alors seulement prendra fin le temps du Ragnarök. Mais on n'efface pas aussi simplement les mauvais penchants des intrépides guerriers vikings....

Ancien des Monty Python tout juste séparés avec lesquels il prend ses libertés cinématographiques, Jones poursuit en solo son exploration de l'absurde. En solo donc et avec brio ! Les initiés ne manqueront pas d'apprécier les nombreux clins d'œil aux Sagas islandaises et à l'univers mental des Scandinaves. Les premières dizaines de minutes sont absolument truculentes, au détriment des dernières, il est vrai, plus poussives. Bon, ça ne vaut pas Monty Python, sacré Graal ou La Vie de Brian mais l'ensemble reste de très bonne facture. Et d'ailleurs, la comparaison est sans fondement, Erik le Viking n'est pas un Monty Python !

 

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LA FOLLE HISTOIRE DU MONDE

Titre original : Mel Brooks' History of the world, Part one

Film américain de Mel Brooks (1981)

A l'aube de notre ère historique, une des tablettes glisse des mains de Moïse descendant le Sinaï. Cette maladresse déterminera l'évolution de la civilisation judéo-chrétienne en réduisant le nombre de Commandements de quinze à dix. A Rome, le gai luron Néron et l'impératrice Nympho entreprennent d'organiser une orgie à laquelle ils convient le philosophe Comicus. Quelques siècles plus tard, l'Inquisition espagnole que dirige Torquemada autorise la torture des musulmans et des juifs par des moines. Par bonheur, tout se termine en chansons. Quant à la Révolution française, le contraste est saisissant entre le Tiers-Etat parisien réduit à manger de la viande de rats tandis que Louis XVI batifole dans les fastes de son palais. Le roi échange bientôt sa place avec un valet...

Mel Brooks revisite par l'absurde l'histoire de l'humanité divisée en quatre épisodes. Coutumier du cinéma parodique, Brooks ne fait aucunement l'économie de son éventail d'anachronismes, de jeux de mots et autres gags scabreux pour ne pas dire scatologiques. Evidemment, il est inutile de chercher toute finesse et toute logique. Le film reste néanmoins politiquement correct et ne se risque pas à provoquer le spectateur. D'aucuns trouveront cette réalisation consternante. D'autres s'en délecteront. Assez drôle !

 

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MON FUHRER

Titre original : Mein Führer, die wirklich wahrste Wahrheit über Adolf Hitler

Film allemand de Dani Levy (2007)

Fin 1944, le Führer va de mal en pis. Cette foutue guerre, il va la perdre ! Adolf Hitler sombre progressivement dans une profonde dépression. Son Ministre de la propagande Joseph Goebbels tente de lui redonner toute sa vaillante fougue et souhaite l'organisation d'une nouvelle grand messe berlinoise lors de laquelle il haranguera le peuple allemand. Un coach sera nécessaire à remettre Hitler en forme. Goebbels se souvient du juif Adolf Grünbaum, ancien professeur de théâtre du jeune Hitler. Bientôt sorti du camp de Sachsenhausen, Grünbaum entreprend de faire remonter la pente au Führer par le truchement d'exercices de respiration et de thérapies psychologiques. La victoire finale du Troisième Reich est à ce prix...

Pierre Desproges disait : "On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". Passé inaperçu en France, le film fit scandale Outre-Rhin. Il est vrai que Levy campe assez mal son héros, impuissant, dépressif et complexé certes mais également touchant de bougonnerie, fragile, empathique... La réalisation se veut sans conteste une charge contre le régime national-socialiste mais les maladresses du cinéaste suffirent à déclencher la polémique qui perçut le film comme une bonne comédie... mais sur l'homme le plus honni de l'Histoire. Cela n'était pourtant pas la première fois depuis Charlie Chaplin et Ernst Lubitsch mais Hitler est un homme qui déchaînera toujours toutes les colères. Et le film en lui-même dans tout ça ? Quelques gags ne parviennent pas à relever l'ensemble qui s'avère pataud.

 

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OSS 117 - RIO NE REPOND PLUS

Film français de Michel Hazanavicius (2009)

De tous les agents secrets français, Hubert Bonnisseur de la Bath, alias OSS 117, est sans conteste le plus doué de la profession. En cette année 1967, c'est à Gstaad, en Suisse, que l'agent se repose plus ou moins paisiblement. De légers démêlés avec des gangsters chinois troublent sa douce quiétude. C'est alors qu'OSS 117 se voit confier une mission des plus périlleuses. Un microfilm contenant une liste d'anciens collaborateurs français, voilà un document hautement compromettant pour la République gaullienne. Epaulé de la jolie Dolorès, lieutenant-colonel du Mossad, Hubert débarque à Rio, sur les traces du maître-chanteur et ancien dignitaire  nazi von Zimmel. Mais l'agent secret est loin de s'imaginer que les chinois refusent d'en rester là et élaborent un plan pour l'éliminer définitivement...

Hilarant du début à la fin ! Inspiré des romans de Jean Bruce, ce deuxième opus des aventures d'OSS 117 est toujours aussi réussi. Une mise en scène enlevée et rythmée, des décors sublimes conjugués à des couleurs chatoyantes et un savoureux mélange des genres cinématographiques qui enlève l'exclusivité de l'exercice à Quentin Tarantino ! Et le héros évidemment, monstre d'immobilisme dans une société en pleine mutation. Franchouillard, réactionnaire et machiste, OSS ajoute la corde sensible de l'antisémitisme à son arc. Toujours aussi maladroit et pétri d'images d'Epinal sur les Juifs, OSS ferait passer Joseph Goebbels pour un perdreau de l'année ! Trop politiquement incorrect OSS 117 six années plus tard ? Jean Dujardin et le réalisateur s'accordent à dire que les tensions ethniques qui secouent l'Europe empêchent toute troisième réalisation.

 

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LA PARTY

Titre original : The Party

Film américain de Blake Edwards (1968)

Hrundi V. Bakshi est un cascadeur indien. Il est aux portes de la gloire lorsqu'il est engagé à Hollywood pour interpréter un soldat indigène dans un remake d'un célèbre film américain, Gunga Din. Mais le nouveau venu fait rater quantité de prises et se révèle d'une maladresse folle, au point de détruire complètement la forteresse, décor le plus coûteux du film. Hors de lui, Divot, le producteur du film, demande au patron du studio, Fred Clutterbuck, à ce que le nom de Bakshi soit inscrit sur une liste noire d'acteurs de seconde zone à ne plus faire travailler. Mais en réalité, c'est sur la liste d'invités de la fête annuelle du studio que Clutterbuck inscrit par erreur le comédien débutant. Au cours de la fête, Bakshi, tout heureux de se retrouver parmi les plus célèbres divinités hollywoodiennes, se révèle aussi gaffeur sur un plateau qu'en soirée...

Géniale satyre des mondanités hollywoodiennes par le réalisateur de la Panthère rose. Peter Sellers est tout simplement extraordinaire en acteur débutant raté. Un film psychédélique, dans la droite ligne des Laurel et Hardy ou du cinéma de Jacques Tati, illustré par des gags en cascade s'amoncelant à un rythme intrépide. Et la réalisation est, en outre, remarquable. Peu sensibles à l'autodérision, les milieux du cinéma avaient accueilli le film à sa sortie de la façon la plus froide. Il est d'ailleurs retombé dans un oubli quasi-total aujourd'hui. A consommer sans modération puisqu'il n'est pas interdit de se détendre parfois.

 

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THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW

Film américain de Jim Sharman (1975)

S'ils sont bien fiancés, Janet et Brad se révèlent coincés sur de nombreuses questions. L'orage gronde cette nuit-là lorsque l'un des pneus de leur véhicule crève et que le couple est obligé de se réfugier dans un mystérieux château. A l'intérieur de la grandiose demeure, les occupants se livrent à d'étranges expériences. Sous la férule de Frank N. Furter, scientifique transsexuel en chef de sa lointaine contrée transylvanienne, l'assistance s'apprête à donner naissance à Rocky. Rocky dont la vocation est de s'apparenter à l'homme idéal avec ses cheveux blonds, son teint halé et... son slip en or. Les orgies se succèdent tandis que les fiancés se retrouvent isolés dans le château, irrésistiblement attirés par la débauche...

Issu d'un spectacle londonien, le film de Sharman n'est ni un film de science-fiction, ni un film d'épouvante, encore moins une mauvaise série B. Difficile de critiquer ce film qui est véritablement un chef-d'œuvre de parodie qui pastiche un peu tout cela en même temps qu'il multiplie les clins d'œil à de nombreux autres films, de Nosferatu au Magicien d'Oz en passant par Stanley Kubrick. Le cocktail qui en résulte est absolument loufoque, excentriquement déjanté, génialement grotesque. La bande son est juste fantastique. Les qualificatifs d'excellence manquent pour louer l'une des comédies musicales les plus cultes de l'histoire du cinéma. Et comme tous les meilleurs films cultes, il fit un flop lors de sa sortie.

 

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TOUCHE PAS A LA FEMME BLANCHE

Titre original : Non toccare la donna bianca

Film franco-italien de Marco Ferreri (1974)

25 juin 1876, bataille de Little Big Horn. Les Indiens, menés par Sitting Bull, se montrent de plus en plus menaçants pour les troupes américaines. A la tête de ses hommes, le général Custer veut regrouper les indigènes résistant aux persécutions en vue de les exterminer, avant que leurs velléités ne deviennent ingérables. Peu avant la bagarre, Marie-Hélène de Boismonfrais, belle jeune femme entièrement vêtue de blanc, est séduite par l'intrépide général. La pure jeune femme est interdite à Mitch, l'éclaireur indien de Custer. C'est Buffalo Bill, éternel rival de Custer, qui entend bien jouer les trublions au sein de cette société progressiste conquérante au sein de laquelle hommes d'affaires et hommes politiques, certains de la victoire de Custer, négocient de juteuses affaires...

Tout en anachronisme que cette réalisation de Ferreri qui se veut une parodie de western en même temps qu'une féroce satire sociale. En lieu et place des vastes étendues prairiales du Montana, c'est en réalité dans le quartier parisien environnant les pavillons Baltard, en plein cœur des Halles, que le général Custer poursuit le génocide des autochtones du Nouveau continent. Remarquable satire parodique et politique, l'œuvre se veut tout autant une dénonciation du génocide indien que de la réorganisation sociale de l'urbanisme du centre-ville parisien qui relègue les classes populaires dans la périphérie. Le capitalisme naissant n'est pas exempt non plus de vives critiques. Ce décalage historique et géographique ne manquera pas de déplaire à certains grincheux. C'est pourtant tout l'intérêt du film.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

 

27/10/2015

Chronique littéraire : Franck Poupart "Demain les barbares, Chroniques du Grand Effondrement"

 

Franck Poupart - Demain les barbares, Chroniques du Grand Effondrement

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En lisant ce roman, on ne pourrait guère imaginer que Franck Poupart ait vécu plusieurs années en Thaïlande tant la description du climat, des paysages et du contexte français, et plus particulièrement parisien, est précise est juste.

Ce livre dénote très largement dans la bibliographie de l'auteur qui a déjà écrit plusieurs ouvrages prenant comme décors principal les plages thaïs. Particularité : le livre a été auto-édité via Amazon.

Ce roman d'anticipation est un authentique OVNI, pour toute une batterie de raisons.

Le thème principal est dans le titre de l'ouvrage, « Chroniques du Grand Effondrement »… Et c'est indéniable, dans ce roman tout s'écroule.

Nous sommes en 2028, En Île-de-France. La situation du début du récit s'apparente à la notre, si ce n'est que le processus de décomposition est bien plus avancé. Les attentats « Charlies » sont quotidiens. Le chômage, la pauvreté, la criminalité atteignent des niveaux inouïes. Les systèmes de santé et d'instruction sont à la dérive. La droite radicale (le mouvement « Rempart » tenu par un chef charismatique : Cyrus Rochebin...) et les salafistes sont partout. Les finances publiques et les créances sont athéniennes. Paris intra-muros est devenu une vaste zone sécurisée et bouclée par les forces de l'ordre dont la vocation est d'être une sorte de vitrine pour étrangers et un pôle mondial du tourisme sexuel…

Seule une nouvelle aide des fonds souverains du Golfe permettrait de faire face aux prochaines échéances, or cette aide ne viendra pas. Le Président fait une allocution au 20H pour expliquer à la nation que le traitement des fonctionnaires, les retraites, les aides sociales, etc. ne pourront plus être versées.

Et là, tout bascule…

Le récit nous fait suivre divers parcours. Ainsi voyons nous évoluer dans cet univers en décomposition, entre autres, une prostitué « gauloise », un jeune flic très remonté aux accointances droitières, une jeune femme africaine, un maître de rang du Bristol, une bande de fous sortis de l'asile, etc.

Un élément saute au yeux dans le contexte de politiquement correct propre au monde des romanciers. Poupart aborde la question ethnique de manière frontale, brutale même. Il ne se voile pas la face quant à l'avenir de nos sociétés occidentales. Il perçoit à travers les signes actuels les prémices d'un autre monde. Un monde violent et dur.

Il lève le rideau sur notre avenir, mais le processus s'apparente à une mise en abîme tant ce livre nous permet d'explorer une psyché humaine propre à la préhistoire. L'effondrement est pour Poupart le contexte « normalisé » des sociétés humaines, avec tout son florilège de cultes sombres, de loups, de cannibalisme, de viols de masse, etc. Le livre peut parfois prendre le style d'un Jean-Christophe Grangé tant l'accent est mis sur ce qui se passe « à l'intérieur ».

« Demain les Barbares » devrait aussi combler de joie les adeptes du survivalisme, tant les situations décrites sont réalistes et plausibles. Un véritable manuel, un « que faire » propre aux situations d'effondrement. Du Piero San Giorgio ou du Volwest mis en pratique. Tout y passe : mouvement de masse, accès aux approvisionnement, relation à la géographie, armes à feu, défense du domicile, évacuation, etc.

Le seul bémol que l'on pourrait apporter à ce roman c'est son emphase et ses réitérations. Quand l'auteur veut nous faire comprendre une idée une sensation, une ambiance, etc. il met vraiment le paquet. Cela peut parfois apporter une longueur et une lourdeur préjudiciable au récit. Mais justement, à travers ce livre on ne se moque pas du lecteur. Ce dernier est pris au sérieux, invité à lire un français de haute tenue et à être troublé par des tournures de style brillantes.

Très objectivement, un grand roman d'anticipation que vous trouverez à moins de 15 euros sur la toile. Un livre à lire impérativement tant sa description du « monde de demain » semble plausible, du moins par l'ambiance.

Jacques Thomas/C.N.C

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24/10/2015

Chronique d'album : Misþyrming - Söngvar elds og óreiðu

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Misþyrming - Söngvar elds og óreiðu

(Terratur Possessions, 2015)

A y regarder de plus près, le black metal incarne pleinement la diversité. Diversité de style tout d’abord, le black metal pouvant être qualifié de « pagan », « trve », « orthodoxe », « progressif », etc. Diversité des scènes ensuite, car elles sont nombreuses en effet et chacune d’entre elles possèdent sa propre identité. Oui, le black metal c’est l’international du particularisme, qu’on se le dise ! Et il y a une scène, plutôt discrète il est vrai, qui se réveille tel un vieux volcan. L’Islande, ce petit bout de terre aux allures de Thulé, prise en étau entre les côtes du Groenland et les côtes Norvégiennes, nous offre avec Söngvar elds og óreiðu du groupe Misþyrming un pur album de black metal.

Jeune pousse sorti du sol en 2013 et comptant en son sein deux membres des excellents Carpe Noctem, Misþyrming a décidé de ne point s’embarrasser avec démos, ep et autres split pour nous sortir un album complet en guise de commencement. Le combo de Reykjavík fait preuve d’une maturité rare pour un premier opus. Son black metal est de facto musicalement et stylistiquement orthodoxe. Pas de passages folk ou en voix claires, encore moins de fantaisies « pagan » ou d’usage d’instruments traditionnels ; de la scène orthodoxe le groupe a su en extraire le meilleur et délaissé l’intellectualisme superfétatoire que l’on peut reprocher à certaines formations. Impossible de ne pas penser à des groupes comme Deathspell Omega, Corpus Christii ou Ondskapt à l’écoute de ce Söngvar elds og óreiðu, que ça soit dans ces riffs dissonants, torturés ou les ambiances possédées. Plus surprenant, le titre « Söngur uppljómunar » où l’influence du Kommando Peste Noire est évidente. L’une des qualités de la musique de Misþyrming est qu’elle est diversifiée et mesurée. La fureur des blasts et de la voix se heurte à la lourdeur des tempos et à une certaine neurasthénie, une solitude atavique. A l’image de la pochette de l’album, le combo Islandais représente Múspellsheimr, le royaume de Surtr, antithèse de Niflheimr, deux mondes pourtant symboliquement réunis sur sa terre natale. Sa musique n’est qu’un chaos de flammes, à la fois ode et personnification polyphonique de la fureur déchaînée de Fenrir.

Belle surprise que ce Söngvar elds og óreiðu ! Ce maelström de feu venu du nord est voué, pour sûr, à devenir l’un des joyaux de la scène black metal islandaise. Misþyrming frappe très fort avec un premier album dense, profond et concis. La production, qui met dos à dos propreté clinique stérile et inécoutabilité grésillante, est parfaite en tous points, mettant en valeur la musique du groupe. Et cette dernière, de par sa qualité et sa personnalité, mérite de s’y attarder ; mieux de plonger la tête la première dans ce Ginnungagap sonique.

« Le loup Fenrir marchera la gueule béante, la mâchoire inférieure rasant la terre et la mâchoire supérieure touchant le ciel, et il l'ouvrirait davantage encore s'il y avait la place. Des flammes jailliront de ses yeux et de ses narines. »

— Gylfaginning, chapitre 51


 

Donatien/C.N.C.

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14/10/2015

Chronique de livre: Laurent Obertone "La France Orange Mécanique 2015"

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Laurent Obertone, La France Orange Mécanique (Nouvelle édition 2015)

(Ring, 2015)

En 2013, Laurent Obertone a réussi un coup de force prodigieux avec son premier livre. Grâce au succès de vente considérable de La France Orange Mécanique (plus de 200 000 exemplaires) et au coup de pub de Marine Le Pen, il a injecté un peu de réalité dans les grands médias orthodoxes. Avec lui il n’était plus possible de parler de « sentiment » d’insécurité, mais d’insécurité tout court. Sans surprise, la majorité des acteurs du spectacle d’occupation[1] n’acceptèrent pas la désillusion, les bas-fonds du « vivre ensemble » ne pouvaient pas être remis en cause. Son passage au « spectacle-parler » de Laurent Ruquier[2] était assez révélateur sur ce point. Le climax de l’émission fut atteint avec l’ineffable Aymeric Caron criant hystériquement toutes les inepties possibles, du genre « C’est quoi ces chiffres ? Quelles sont vos sources ? ». C’est qu’il doit bien connaître l’insécurité, lui qui reprocha à Obertone de ne pas dire « que ça va mieux », lui le bien-pense-peu capable de recevoir une protection policière sur demande[3]. Nous, les bouseux incultes, devrons faire sans. Faut dire qu’on n’a pas la chance (ONPC) d’avoir une petite copine au ministère de l’intérieur et d’être dans les petits papiers du gouvernement. Heureusement, comme le dit l’expression populaire :  « Le chien (de garde) aboie et la caravane passe… » Un mois plus tôt, l’Express avait expliqué qu’une partie des chiffres et des faits n’étaient pas cachés, car en accès libre (sic), donc cela prouvait que le livre était une « escroquerie »[4]. Tartufferie journalistique de premier ordre ! L’information doit être communiquée pour être connue. Connaissent-ils vraiment leur métier ? Toutes les calomnies et autres tentatives de mises à mort médiatiques, Obertone y revient longuement dans le prologue de la nouvelle édition (définitive) de La France Orange Mécanique. Dans cette mise à jour, sortie en avril 2015, 200 pages abondants de nouveaux éléments ont été ajoutés (pour un total de 500). Une belle occasion pour en écrire une fiche de lecture.

Raphaël Sorin, directeur littéraire des éditions Ring, qualifie le livre de « puzzle reconstitué ». Je partage son avis. Bien entendu, les faits d’insécurité apparaissent tous les jours sur les chaînes d’information en continu. Toutefois, c’est de l’immédiateté, du spectacle pour rameuter les téléspectateurs et les exciter entre deux pages publicitaires.  Pour connaître l’ampleur de la violence, il est nécessaire de réaliser une mise en perspective. Or, comme le remarque l’auteur celle-ci se révèle impossible avec les médias nationaux, qui traitent l’information avec un filtre idéologique qui minimise ou accentue les actes malveillants, quand ce n’est pas pour les travestir totalement ou les mettre de côté. Cartographier l’étendue des méfaits en tous genres y est également honni. Contentez-vous d’un simple « tout va bien » d’un expert reconnu. Rien à voir ! Circulez ! Neutralité journalistique oblige, interdit de nourrir l’extrême droite avec ce sujet qui manipule les peurs. Hitler, les années 30, l’empire Sith, ne sont jamais loin. Cette hystérie autour de ce sujet n’a pas toujours existé selon l’essayiste. Il remarque que l’arrivée au deuxième tour des présidentielles de Jean-Marie Le Pen en 2002 marqua une rupture dans les médias. Depuis lors, aborder la réalité de l’insécurité, c’est faire systématiquement le jeu du FN. Le livre propose d’avoir un aperçu au-delà de tout parasitage informationnel.

Laurent Obertone décrit une situation catastrophique. Pour s’en rendre compte l’auteur se base essentiellement sur la presse régionale et sur des chiffres fiables validés par le gouvernement lui-même. Derrière la froide et monotone sémantique journalistique, il étaye les faits; le décalage en est souvent saisissant. Certains pourraient interpréter la volonté d’Obertone d’énumérer et de détailler les actes malveillants pour du voyeurisme. Toutefois, élément rare, il n’oublie pas de donner une place aux victimes, souvent oubliées, sans tomber dans l’émotionnel. Nous ne sommes pas là pour jouir d’un bain de sang, mais redécouvrir ce que signifie une « rixe » ou un « viol avec violence ». En outre, l’ensemble de ce qui est montré dans le livre  n’est qu'une infime partie émergée de l’iceberg. Le recensement de tous les délits et crimes apparus dans la presse régionale le 19 janvier 2012 démontre que cette partie visible est déjà énorme. Les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) quant à eux, offrent une vision plus globale. Selon cet organisme approuvé par le gouvernement, sans compter les mineurs et les personnes de plus 75 ans, en 2013 on dénombre chaque jour en France:

-          446 victimes de violences sexuelles hors ménage.

-          1 154 victimes de violences physiques ou sexuelles au sein du ménage.

-          1 361 victimes de violences physiques hors ménage.

-          3 567 vols et tentatives de vols de véhicules.

-          4 213 vols et tentatives de vols personnels, dont 1134 avec violences ou menaces.

-          15 616 atteintes contre le logement ou le véhicule

-          19 726 atteintes aux biens[5]

Oui, oui, tous les jours. On pourrait penser comme Caron que « ça va mieux » qu’avant, mais l’essayiste prouve le contraire. Depuis les années 60, la criminalité a explosé à un rythme bien supérieur à la croissance démographique. Par-delà l’aspect quantitatif, elle a également changé de visage, l’avènement de l’ultraviolence en est sa transformation la plus saisissante. Finie la dispute entre deux amis bourrés à la fermeture d’un bar, tournant au vinaigre à cause  d’un mauvais coup de poing. Roger a tué Marcel, il sait qu’il a rompu son contrat avec la société, il ira en prison. Maintenant, laissez place aux agressions gratuites et sans limites pour « cigarette refusée » ou « mauvais regard », aux viols collectifs, aux tortures, aux vols à la chaîne, aux règlements de comptes à l’arme à feu, aux « morts pour rien » (mon expression journalistique favorite)... Tel que dans le film Orange Mécanique, cette ultraviolence s’inscrit souvent dans des dynamiques de groupes où l’absence d’empathie est le caractère primordial.  Pour Obertone, un  groupe violent est une « tribu primitive qui évolue au sein d’une société développée »[6]. La violence naturelle et sociale contre ces nuisibles n’est plus possible aujourd’hui. Premièrement, parce que le Zeitgeist considère que l’agressivité est une pure construction sociale. Deuxièmement, car nous (citoyens) avons donné cette tâche à des institutions destinées à punir. Dans les faits, l’agressivité est en partie innée. Ainsi meurtriers et anti-sociaux auraient un cortex préfrontal plus petit que la moyenne. En outre, la société (via ses institutions) ne tempère plus l’agressivité sans limites de certains individus.

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La justice est devenue l’assistante sociale des criminels. Elle « ne sert plus à punir mais à égaliser »[7]. Les actes d’un accusé  s’expliquent toujours, pour elle, à l’aune des déterminismes sociaux. Elle croit fermement qu’expliquer c’est excuser. Elle ne joue plus son rôle : « Lorsqu’elle s’attarde sur une infraction, la justice ne doit pas chercher à en saisir les causes, c’est là le travail des philosophes. »[8] Aujourd’hui, les antisociaux ne risquent rien à commettre un crime et à récidiver; la culture de l’excuse est toujours dans leur camp. Leur infliger une peine c’est excessif. Ils étaient 100 000 condamnés à l’attendre en 2010, et on ne pensait déjà qu’à réinsérer ces enfants de cœur. Par contre, un bijoutier qui se défend d’un vol n’aura pas le droit à la clémence. Les agresseurs sont des victimes, les victimes des agresseurs. L’humble chroniqueur de cet article pourrait vous énumérer une quantité de preuves, dans le livre, du laxisme judiciaire. Cependant, l’actualité récente l’illustre parfaitement : « Condamné à la perpétuité en 2007 pour trois assassinats à Aix, et à 22 ans pour la mort d'un bijoutier en 2006 rue de la Palud (1e), Noël Mariotti est en semi-liberté ». CQFD !  Pour Obertone les peines prohibitives servent à protéger la société des individus dangereux. De plus, elles servent à tordre les déterminismes sociaux grâce à la dissuasion.  Elles font comprendre à des malfaiteurs potentiels qu’ils n’ont pas d’intérêt à commettre leurs actes au vue de ce qu’ils risquent. Tout être humain normal dispose d’une rationalité partielle certes, limitée, mais réelle pour juger de la pertinence d’une action (sauf dans le cas des fous).

Heureusement pour nous, la priorité des politiques est la sécurité routière. Avec 3 268 morts sur les routes en 2013, on constate une excellente hiérarchisation des problèmes à résoudre. L’ironie mise de côté, la sécurité routière est un des nombreux cache-misère de l’inconséquence politique des élites actuelles, supportée en grande pompe par les médias. Des médias qui préféreront s’intéresser aux viols en Inde alors que selon Obertone, on en compte au moins 264 quotidiennement en France. (Eux aussi ont du mal avec le concept de hiérarchie.) Nous sommes dans une belle idiocratie passionnée par l’austérité, mais curieusement incapable de voir que : « Chaque année, la délinquance et la criminalité coûtent aux victimes et à l’Etat un total d’environ 115 milliards de d’euros ». (page 55)

Avec ce constat accablant, l’écrivain invite à se demander pourquoi et comment notre système cautionne que l’on porte atteinte gravement à ses citoyens, tout en protégeant ceux qui s’écartent de la société par leurs actes. Pour lui, la cause profonde est l’actuelle morale hors-sol dont laquelle nous sommes baignées. Cette Morale du Bien vous la connaissez, elle se cache derrière une novlangue bien rodée : humanité, vivre-ensemble, padamalgam, discrimination, anti-racisme, ouverture, égalité, … Toutes les bonnes âmes du cercle politico-médiatique se livrent bataille pour savoir lequel est le meilleur dans la compétition morale. Bien sûr, derrière tous leurs bons mots, il n’y a que leur ego voulant gravir les échelons. Ils s’indignent de morts à 4000 km de chez eux alors que l’insécurité tue ici. Ils font penser au personnage de Florent Brunel dans les Inconnus :  « Il y a des soirs je me couche, en général vers 6 heures du matin, tu vois. Je pense au tiers monde, tout ça. J'arrive pas à m'endormir pendant un quart d'heure. » Ne pas adhérer à cette morale, c’est risquer l’exclusion du groupe. Cette peur tient en laisse tous les compétiteurs… Le problème de cette morale hors-sol est qu’elle est trop loin des réalités biologiques/anthropologiques de base. Elle veut tout faire pour échapper au bon sens et à la réalité, quitte à excuser des meurtriers, et à cracher sur des victimes. Elle est par ailleurs truffée de contradictions qu’aime relever l’écrivain : « La diversité, c’est bien, le métissage c’est mieux. Convenez que faire disparaître la diversité est une curieuse façon de la célébrer. »[9] Cette morale est largement répandue dans la population grâce aux médias, composés en très grande majorité de journalistes de gôche et d’extrême gauche suivant les désirs de leurs directions. C’est la télévision qui a distillé cette morale le plus efficacement. Le petit écran a informé la population, il l’a littéralement mise en forme : « Les gens participent à la même compétition morale que les journalistes. Il est remarquable de constater combien n’importe qui s’obstine à avoir une opinion sur n’importe quoi. Les individus qui appartiennent au groupe de ceux qui savent en tirent une gratification sociale.  »[10] Même si l’auteur ne le mentionne  pas, je trouve qu’on voit bien la continuité de cette compétition parmi certains vidéastes d’internet populaires. Ils critiquent les médias et les politiques, car ils perçoivent des contradictions, mais ils sont pire qu’eux. Ils ont gardé la même idéologie et se plient en quatre pour montrer qu’ils sont les champions du Bien. Ils nazifient tout ce qu’ils peuvent, sauf les membres de leur diversité bien chérie. Une réflexion-type de ces Héraclès de la pensée est à peu près comme cela: « Quand c’est diversité, Religion = Islam = Paix = ChancePourNous. Quand c’est autochtone, Religion = Catholicisme = Croisades = Guerre = Oppression = Proto-Nazisme.  » Attention, à les entendre, ils sont plus nuancés que les journalistes…  Ne leur parlez pas de la sur-représentativité statistique de certaines communautés dans la délinquance, alors que comme le démontre Obertone, c’est un fait avéré. Au lieu d’aider, ces populations en difficulté, ils crient au complot. Ils sont incapables de voir la différence quand elles ne cadrent pas avec leurs fantasmes.

Le livre d’Obertone est assez clinique. Toutefois, il n’est pas dénué d’humour que l’auteur sait distiller avec parcimonie : « Manuel Valls a sérieusement proposé d’assigner les clandestins à résidence – parce qu’ils en ont ? – tout en les aidant à repartir. Autant salarier les voleurs et offrir des prostitués aux violeurs, on gagnera du temps. Valls a ensuite expliqué que le processus de naturalisation était « discriminant » (La Croix, 18/10/12).  Et le feu, ça brûle. Un choix, c’est discriminant. Le mérite, c’est discriminant. Un concours, c’est discriminant. Quand on aspire à être accepté par des gens – et à fortiori par un pays -, on s’attend à être discriminé. Mais pour Manuel, ce n’est pas comme ça que ça marche. La naturalisation, c’est un droit de l’Homme, ce sont les Français qui doivent être discriminés : on ne leur demande pas leur avis. Ils disent oui et merci. Sinon, ce sont des racistes. »[11]

Pour conclure, je pense que le malheur de notre époque est que l’on cherche plus à taper sur les gens qui dénoncent la criminalité que sur les vrais « nuisibles » et à ce qui les produits. L’iceberg est à l’horizon et les intellectuels de salons préfèrent parler de la couleur du manteau de celui qui a dit qu’il y avait une catastrophe imminente. Nier le réel ne l’annule pas même si cela peut ralentir la chute. On peut remarquer que la Morale du Bien est train de mourir sous l’irruption répétée du réel. Malheureusement, une autre morale hors-sol commence à avoir le vent poupe. On la voit se manifester dans les commentaires et les discussions sur l’insécurité. 

PS : Cet article n’était que l’humble avis d’un simple lecteur. Je n’ai pas pu aborder de nombreux passages intéressants du livre, notamment sur la police ou les sous-sociaux. Je m’en excuse et vous invite à vous procurer le livre.

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.



[1] Spectacle d’occupation est ma traduction de show business.

[2] ONPC, 2 mars 2013 https://www.youtube.com/watch?v=pjMpVy3ZiFw

[5] Page 50 

[6] Page 149 

[7] Page 238 

[8] Page 224 

[9] Page 468 

[10] Page 324 

[11] Page 216

08/10/2015

Chronique musicale: Iron Maiden "The book of souls"

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Iron Maiden, The book of souls

(Parlophone, 2015)

Quarante années de carrière, une quinzaine d’albums et des millions de fans à travers le globe. Iron Maiden est une légende des musiques électriques, une véritable institution et, dans beaucoup de cas, une initiation. La vierge de fer est enfin de retour pour un seizième album intitulé The Book of Souls, cinq ans après un The Final Frontier très décevant.

Ça commence mal. The Book of Souls est un double album avoisinant les quatre-vingt-dix minutes pour « seulement » onze morceaux ; signe que les britanniques ont à priori décidé de poursuivre leur élan « épico-progressif ». Progressifs les morceaux le sont, pour certains, notamment avec trois d’entre eux de plus de dix minutes dont un de dix-huit minutes (soit la durée d’un album de grindcore Tchèque) ! Vous avez dit Dream Theater ? Ne poussons pas mémé dans les orties, Iron Maiden n’a pas pour habitude de faire dans l’onanisme technique ad nauseam. C’est avec « If Eternity Should Fail » et son intro sur fond de synthé ultra kitsch, véritable miasme des 80’s, que l’album s’ouvre. Stupeur et tremblement, le ridicule apparent de cette intro laisse présager du pire. Le ridicule synthé s’efface brièvement et l’ami Bruce Dickinson fait alors son entrée. D’abord seul, le reste du groupe rentre alors en scène. C’est parti, le voyage commence pour de vrai.

The Book of Souls n’est pas un mauvais album. Il est même plutôt bon, mais le temps où Maiden nous pondait des Classiques est bien révolu. Une fois que l’on a intégré ce facteur on peut honnêtement appréhender ce nouvel opus. Tout d’abord, la production connait un bon qualitatif comparé à son prédécesseur. Le son est puissant, limpide ; les guitares ont retrouvé leur tranchant et la batterie de Sir McBrain est parfaitement mise en valeur. The Book of Souls est un effort collectif, Steve Harris a laissé de l’espace à ses petits camarades ; Bruce Dickinson a par exemple composé trois morceaux. Du coup l’album est plus varié qu’à l’accoutumé. Musicalement, le combo britannique est resté fidèle à lui-même : cavalcades endiablées, mélodies et solos flamboyants constituent l’épine dorsale de leur musique. Cependant le style s’est complexifié, il s’est raffiné grâce à des arrangements plus sophistiqués ou des structures plus alambiquées. Là où les titres « Speed of light » et « Death or Glory », avec cet arrière-gout pas dégueulasse du meilleur de No Prayer For The Dying, vont droit au but, les autres morceaux demandent plus de concentration ainsi que du temps pour laisser le charme opérer. Bruce est bien en forme, sa prestation est au top. Néanmoins l’idée sur certains morceaux, « The Book of Souls » par exemple, de suivre la mélodie de guitare se révèle médiocre. On sent qu’il pousse le bouchon un peu trop loin le Bruce, on a presque mal pour lui… Quant au morceau de dix-huit minutes, il se révèle fort long à démarrer. Ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir pondre un morceau aussi long sans endormir son auditoire et Iron Maiden se casse les dents sur un exercice qu’il ne maitrise pas. Dommage.


Presque plus de « tubes », une musique plus complexe demandant plus d’efforts... Les uns aimeront cette formule, les autres passeront leur chemin. Cet Iron Maiden nouveau est heureusement supérieur à son prédécesseur, plus ambitieux aussi. Malgré des fautes de gout, des longueurs et quelques passages où la voix est pénible, The Book of Souls s’en sort plutôt bien. La direction « prog » prise par Maiden est à la fois son pire ami et son meilleur ennemi. Ces influences ont toujours fait partie de l’identité du groupe mais à dose modérée.  Des morceaux plus longs que le format « radio » passent bien avec le panache du groupe, en particulier les passages instrumentaux. Des morceaux à rallonge type Yes ou ELP et c’est le drame. Iron Maiden est toujours talentueux contrairement à d’autres alors on pardonne.

Donatien/CNC

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