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16/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur les Animaux

Le dodo est un gros oiseau qui pouvait peser jusque quatorze kilos et dont l'habitat endémique se situait sur l'Île Maurice. Découvert par l'homme en 1507, l'espèce disparut en 1681. Beau record ! Le dodo est le premier d'une longue litanie d'espèces animales anéanties. Une accélération notoire est à l'œuvre depuis le début du 20ème siècle. Le loup de Tasmanie, le rhinocéros noir d'Afrique de l'Ouest, le grand pingouin de Californie, le dauphin de Chine, plus près de nous, le bouquetin des Pyrénées... Liste non exhaustive. Depuis 1964, ce ne sont pas moins de quatorze espèces qui ont disparu. La prochaine pourrait être le lynx des Vosges qui comptabilise moins de dix individus aujourd'hui. Tous les biotopes sont concernés et englobent mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, insectes, crustacés, mollusques et autres oiseaux dans leur lente agonie. Les meilleurs zoos jouent bien un rôle de préservation mais il s'apparente à des unités médicales de soins lourds symbolisant des antichambres de la mort. Ces extinctions se poursuivent dans l'indifférence générale de nos élites qui ne cessent de chanter la diversité que pour mieux participer au meurtre. Comment ne seraient-elles pourtant pas au courant que détruire la biodiversité, c'est accélérer l'agonie de l'humain ? Pollution industrielle, déforestation, utilisation de pesticides et insecticides, pratique de l'openfield, extension urbaine réduisant les zones naturelles, augmentation de la circulation automobile, chantage économique et social pour une pêche déraisonnée, incapacité de l'Afrique à ne pas se livrer au trafic d'ivoire pour le compte de riches Russes et Chinois, si les causes sont nombreuses, toutes ont pour centralité originelle l'activité humaine. Le flou entretenu autour du réchauffement climatique a peut-être bon dos pour mieux masquer la réalité. Vous souhaitez que vos enfants admirent hérissons, renards, loutres, lièvres et autres petits rapaces ? Le bas côté des routes se lit tel un animalier macabre ! Surgit alors la question taboue ultime : quand l'humanité sera-t-elle trop nombreuse ? L'est-elle déjà ? Et si l'animal qui vengera Dame Nature était ce minuscule insecte qu'évoque Jean-Christophe Vié dans son ouvrage Le jour où l'abeille disparaîtra..., sous-titré L'homme n'aura plus que quatre années à vivre ? Maître-sorcier de l'ensemble de la chaîne alimentaire, l'Homme est désormais incapable de déterminer la place de l'animal auprès de lui. Roi de l'ensemble des terres immergées, animé des plus noirs desseins quant à sa possession des espaces sauvages, l'Homme pervertit également sa relation aux animaux de compagnie. Des oiseaux exhibés comme des trophées chantant dans de minuscules cages et des chiens infantilisés et habillés, arborant couleur et brushing ou autres chiens-objets abandonnés lorsque devenus trop encombrants. Certes, cette description est excessive et minoritaire, mais il est un fait que l'Homme humanise l'animal en même temps qu'il se déshumanise lui-même et redevient un animal de consommation, un anima consumens régi par des pulsions primaires non plus déterminées par des gènes instinctifs mais par le marketing. Hydre froide de la gouvernance alimentaire, le capitalisme rationalise notre rapport à l'animal à coup de broyage de millions de poussins vivants ou de techniques d'abattages que ne renieraient pas des combattants de Daesh. L'animal n'aurait donc qu'une fonction alimentaire, utilitaire ou décorative ? Faux débat qui oppose l'Homme omnipotent et régissant la Nature à l'écueil exterminationniste visant à l'anéantissement de l'Homme par la non-reproduction. C'est à lui qu'il incombe de retrouver sa place en premier lieu face à des sociétés animales et idéales, interdites à la décadence et dont la dégénérescence est le produit de celui-ci. Il n'est pas le fruit du hasard que le Mouvement d'Action Sociale arbore la fourmi ! Et ce, malgré l'incapacité congénitale de nos milieux à aborder ces problématiques vitales jugées mineures. L'occasion de sortir des sentiers battus des sempiternelles questions réductrices du végétarisme et de la chasse qui apportent pour toute réponse de poser un sparadrap sur la plaie d'un homme en état de crise cardiaque. La solution est simple et les méthodes compliquées : abattre le capitalisme et revenir à une subsistance grégaire reliée à la Nature. Un cinéma contribue à la mise en valeur de cette biodiversité à l'aide de prouesses techniques extraordinaires et offre l'occasion d'une grosse bouffée d'air. Et rappelle que la vengeance est un plat qui peut se manger froid et que nous pourrions être ce plat...

 

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BAXTER

Film français de Jérôme Boivin (1988)

Baxter est un bull-terrier à la splendide robe blanche immaculée. Mais Baxter n'est pas un chien comme les autres... Il pense et est doué de la capacité de se faire une opinion de l'espèce humaine et de ses maîtres. Et le chien méprise les hommes qui ne le comprennent pas. Sa première maîtresse est une vieille dame qui ne supporte pas que son animal soit éloigné d'elle. Baxter s'ennuie et se sent seul. Persuadé qu'il a un maître à trouver, il précipite leur séparation et provoque sa mort. Le bull-terrier est alors recueilli par un jeune couple qui le délaisse à la naissance de leur enfant. Baxter est déçu de leur comportement. Le canidé trouve en le jeune Charles son véritable maître. Le jeune homme est de nature irascible et fasciné par le national-socialisme...

A la vision du film de Boivin, vous ne regardez plus un bull-terrier de la même manière. Et surtout, vous vous persuaderez qu'un bull-terrier ne vous regarde pas de la même manière qu'un autre chien. L'idée du scénario est proprement géniale. Un chien juge la condition humaine ! Les réflexions du chien sont connues grâce à une voix off. Et voilà Baxter juger ceux qui pensent qu'il ne pense pas. Et le chien n'est pas tendre envers l'Homme. Au point que le canidé fasse payer l'Homme de le décevoir par le meurtre. Car Baxter a des passions, des sentiments mais aussi des pulsions. Et pas des moins inquiétantes... La réalisation est sobre mais efficace. Le jeu des acteurs est inégal certes. Une vraie réussite néanmoins malgré le manque de moyens ! Glaçant !

 

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DANSE AVEC LUI

Film français de Valérie Guignabodet (2007)

La trentaine, Alexandra voue une passion aux chevaux, en même temps qu'elle est une cavalière émérite lorsqu'elle pratique le concours d'obstacle. Sa vie sentimentale s'avère moins simple. La jeune femme apprend que son mari la trompe et s'apprête à la quitter pour rejoindre son amante enceinte. Le drame s'accentue encore lorsqu'une grave chute la contraint d'euthanasier son cheval. Alexandra est conduite à l'hôpital lorsque son mari infidèle décède dans un accident de la route tandis qu'il la rejoignait à la clinique. Une longue hospitalisation est nécessaire pour effacer les blessures physiques auxquelles se superposent celles psychologiques. La jeune femme n'a plus le courage d'aimer, de vivre, ni de remonter à cheval. Trois ans plus tard, Alexandra tombe en panne d'essence à proximité d'une écurie abandonnée. La jeune femme fait bientôt la rencontre du Colonel, vieux maître d'équitation misanthrope, et de son cheval blanc...

Une jeune femme cabossée par la vie ressuscite, ou remet le pied à l'étrier, grâce à une certaine forme d'équithérapie. Si les premières dizaines de minutes, trop lourdes de pathos, laissent présager le pire et, si le sujet est traité avec une simplicité qui tombe parfois dans la facilité, l'ensemble s'améliore ensuite considérablement. Le scénario paraîtra peut être convenu et un peu niais. De même, les destinées sentimentales de l'héroïne abîmée sont parfois mal venues. Les défauts du film sont finalement pardonnables. L'intrigue sert surtout de prétexte à filmer la grâce du cheval de dressage, de même que la complexité de la relation entre l'animal et son cavalier. Et ça, Guignabodet le fait merveilleusement bien. Il est aisé de deviner l'amour de la réalisatrice pour les chevaux. Mathilde Seigner y est évidemment très à l'aise ; Samy Frey également. Le film ravira tous les amoureux de ce noble animal.

 

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JE SUIS UN SOLDAT

Film français de Laurent Larivière (2015)

Sandrine a trente ans lorsqu'elle est contrainte de quitter Paris et regagner le domicile parental roubaisien. Elle ne peut longtemps cacher la vérité sur sa nouvelle condition de sans-emploi. Le retour dans le cocon familial n'arrange personne ; sa sœur et son mari, également dans la précarité, occupant déjà sa chambre. Sandrine accepte de travailler avec son oncle Henri dans un chenil non loin de chez ses parents. Le travail est rude et sale mais la jeune femme, corvéable à merci, s'accroche. Très vite, elle s'aperçoit que le chenil constitue une plaque tournante du trafic de chiots en provenance d'Europe de l'Est, via la Belgique, et vendus au poids. Dans ce milieu pourtant masculin, Sandrine ne tarde pas à acquérir le respect de tous et parvient à s'imposer comme une fine négociatrice. La réussite "commerciale" de la jeune femme ne l'empêche néanmoins pas de conserver un regard amer sur son activité...

Pour un premier long-métrage, c'est parfaitement réussi ! On peut craindre le pire d'une film sur le trafic d'animaux. Larivière le fait tout en nuances, suggérant plus que montrant la sordidité du trafic en matière de maltraitance et fraude aux vaccins et sur les dates de naissance. Le présent film tient autant du drame familial que de la chronique sociale. Jean-Hugues Anglade est remarquablement à la hauteur en spéculateur éhonté de petites boules de poils qui achète la crédulité de sa famille à coups de liasses de billets. Cheveux courts, combinaison et bottes en caoutchouc, Louise Bourgoin est génialement méconnaissable en jeune femme, actrice lucide de sa descente aux enfers socioprofessionnelle. Gageons que ce film puisse faire ouvrir les yeux sur ces trafics bénéficiant d'une curieuse impunité... Enfin, si Louise Bourgoin est assurément très belle toute nue, la scène est parfaitement injustifiée et gâche quelque peu la fin. Un film à voir absolument !

 

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JONATHAN LIVINGSTONE, LE GOELAND

Titre original : Jonathan Livingstone Seagull

Film américain de Hall Bartlett (1973)

Jonathan Livingstone est un magnifique goéland argenté qui poursuit un rêve unique : voler toujours plus haut. Toujours plus haut et toujours plus vite au point de risquer sa vie. Aussi, l'oiseau se blesse-t-il gravement lors de l'un de ses vols. Ses pairs jugent Livingstone trop orgueilleux et dangereux. L'insouciance le pousse à raconter à son clan que le goéland peut effectuer des vols nocturnes. Cette révélation sonne son glas ! Livingstone est banni de la tribu par les anciens qui considèrent qu'il a définitivement brisé la loi. Volatile désormais solitaire, Livingstone erre de mer en mer et entame un long voyage initiatique à la découverte de lui-même. Sa rencontre avec Chian, vieux sage d'une autre tribu de congénères, change radicalement son destin. Le sage initie l'oiseau fougueux à la mystique de la perfection physique et spirituelle bouddhiques.

"Plus nous volons haut, plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler." Livingstone est cet oiseau nietzschéen qui méprise de voir ses congénères se battre pour des débris de poissons jonchant les ports parmi les ordures. L'œuvre anthropomorphisée de Bartlett est d'une beauté onirique fascinante. Formidable ode écologiste et païenne notamment dans sa seconde partie, dont l'enseignement mystique constitue une plaisante synthèse métaphysique des textes bouddhiques enseignant le Dharma, que d'aucuns jugeront parfois trop bavarde. Vingt-huit ans avant Le Peuple migrateur, on reste ébahi devant le défi fou de Bartlett de mettre en scène des oiseaux sauvages, avec beaucoup d'astuces dans les trucages, et construire un scénario sans l'intervention d'aucun acteur. Le film est bien évidemment issu du roman éponyme de Richard Bach. La bande originale de Neil Diamond est parfaite de circonstance. Grisant à se vouloir être Icare...

 

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LES OISEAUX

Titre original : The Birds

Film américain d'Alfred Hitchcock (1963)

Melanie Daniels est une jolie jeune femme de la bourgeoisie de San Francisco. Une oisellerie est le lieu de sa rencontre avec un séduisant avocat, nommé Mitch Brenner. Cherchant un prétexte pour le revoir, Melanie se déplace jusque Bodega Bay apporter à Brenner le couple d'inséparables qu'il souhaitait offrir à sa jeune sœur Cathy. Lors de son arrivée, Melanie est légèrement blessée par une mouette peu avant son débarquement du canot. Attitude surprenante de l'oiseau mais très certainement anodine... Pas tout à fait ! La paisible cité californienne est victime d'étranges phénomènes qui interdisent la coïncidence. Les attaques de volatiles se multiplient. Un homme est retrouvé mort à son domicile les yeux dévorés et entouré de cadavres d'oiseaux. Les enfants subissent un raid de corbeaux à la sortie de l'école. Le centre ville ressemble à une zone de guerre que détruit un gigantesque incendie provoqué par de similaires attaques. L'Apocalypse semble frapper Bodega Bay. Melanie, Cathy et Mitch se réfugient dans la demeure de Madame Brenner. Plusieurs milliers d'oiseaux cernent la bâtisse et passent à l'attaque...

Issus d'une nouvelle de Daphné du Maurier, Les Oiseaux peuvent être considérés comme l'ultime chef-d'œuvre de Hitchcock, réalisateur prolixe à la filmographie néanmoins inégale. Le scénario est d'une simplicité de tête-de-moineau mais facilite la concentration du regard sur l'horreur apocalyptique des attaques. Et la réalisation maintient une tension allant crescendo tout au long du film. Comment un animal aussi banal qu'un oiseau peut-il se muer en meurtrier ? Quel sens donner à cette épouvante ? L'orgueil et l'insolence de l'Homme méritent-elles un châtiment pouvant épouser mille visages ? Dont celui de la vengeance des volatiles ? Face à ce phénomène inexplicable, Hitchcock présente remarquablement l'éventail des réactions d'une population terrorisée et meurtrie, de la couardise à la solidarité ou l'inconscience. La fin eut pu, en revanche, être mieux travaillée. Quelle prouesse en tout cas lorsque l'on sait que 28.000 oiseaux, mouettes, corbeaux corneilles, moineaux et autres bruants, furent dressés trois ans avant le début du tournage ! Et les effets spéciaux sont extraordinaires pour un film si ancien. Un chef-d'œuvre du film d'angoisse !

 

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L'OURS

Film français de Jean-Jacques Annaud (1988)

La Colombie britannique. Youk est un ourson sur lequel sa mère veille précieusement. Un éboulement rocheux écrase l'adulte. Désespérément, Youk tente de déblayer les rochers autour de sa mère avant de devoir se rendre à l'évidence. Elle ne se relèvera plus. Désormais orphelin, l'ourson court un grand danger. Il est heureusement bientôt recueilli par Kaar, vieil ours solitaire qui l'initiera à l'apprentissage de la vie et corrigera sa maladresse et l'inconscience de son âge. Les rapides, chutes vertigineuses et piqûres d'abeilles ne constituent désormais plus qu'un lointain danger. Reste le péril humain symbolisé par deux chasseurs, Bill et Tom, lancés à la poursuite des plantigrades et bien décidés à vendre la peau de l'ours. Les hommes parviennent à se rapprocher au point que Tom tombe nez à nez avec Kaar. Le chasseur prend conscience de la force de l'animal et qu'il ne remportera pas la victoire...

Comme Jonathan Livingstone, L'Ours est un film dans lequel les réactions animales sont anthropomorphisées, trop peut-être d'ailleurs, nuisant par là même à l'essence sauvage de l'animal. Film pour les enfants de prime abord, la réalisation d'Annaud se révèle néanmoins très réaliste quant à la cruauté de la chaîne alimentaire et la nécessaire défense de l'ours contre ses prédateurs que sont les pumas ou chiens de chasse. D'aucuns jugeront le scénario trop moralisateur et manichéen entre la gentille faune et les méchants humains mal caricaturés. Pourquoi pas après tout ? La France est un bien mauvais élève dans ce domaine. Aussi, rappelons-nous de l'ourse Cannelle, dernier individu de souche pyrénéenne, abattue à la Toussaint 2004 par le chasseur René Marquèze. Invoquant la légitime défense, Marquèze et ses sbires n'admettront jamais qu'il puisse exister des territoires sur lesquels l'animal règne et non l'homme. Cannelle aussi invoquait la légitime défense. L'ours, mais aussi le loup, la France est un pays qui se montre incapable de cohabiter avec la faune prédatrice d'élevages ? Concluons sur ce bon film qui se veut une ode à la biodiversité et à la persistance de territoires animaliers.

 

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WHITE GOD

Titre original : Fehér isten

Film germano-suédo-hongrois de Kornél Mundruczó (2014)

Budapest dans un futur proche. Âgée de treize ans, Lili est contrainte de passer trois mois chez son père Daniel. Hagen, le chien de Lili, dont elle est inséparable, est confié par l'ex-épouse de Daniel, en même temps que sa progéniture. Le père n'apprécie guère la compagnie du chien. A plus forte raison parce que l'Etat crypto-fasciste hongrois cherche à favoriser les chiens de race pure et impose le recensement des chiens bâtards dont il taxe la possession sous peine de confiscation et mise en fourrière dans des refuges déjà bondés. Comme nombre de propriétaires de chiens sans pédigrée, Daniel abandonne Hagen sur le bord d'une route malgré les supplications de sa fille. Tandis que Lili, effondrée, cherche à retrouver à tout prix son chien, Hagen doit échapper aux multiples camionnettes qui patrouillent en ville en vue de la capture des chiens errants. Livré à lui-même, Hagen découvre la cruauté humaine et prend la tête d'une meute de chiens vagabonds prêts à la révolte...

Film en deux parties distinctes. La première, plus psychologique, approfondit les rapports père-fille, tandis que la seconde applique une mise en scène crue et violente sur la clandestinité canine qui, malgré quelques lourdeurs, ne manque pas d'ingéniosité. Au son de la Rhapsodie hongroise n°2 de Franz Liszt, le téléspectateur est habilement enjoint à choisir le camp de la révolte. Une révolte anarchique au sein de laquelle les chiens endurent la férocité de la société humaine ; contraints qu'ils sont de se battre entre eux, au cours de scènes chocs, pour le plus grand plaisir des trafiquants et parieurs. Choisis ton camp camarade donc ! Mundruczó a choisi le sien ; lui qui ne se cache pas d'avoir voulu réaliser une allégorie de la politique du gouvernement de Viktor Orbán à l'égard des minorités rom et étrangères. Allégorie maladroite au regard des évènements postérieurs de la gare de Keleti saccagée par les migrants... Nonobstant cette ineptie, le film produit son effet.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

10/01/2016

Chronique de livre : Pierre-Jean Luizard, Le piège Daech, l'Etat islamique ou le retour de l'histoire

Chronique de livre : Pierre-Jean Luizard, Le piège Daech, l'Etat islamique ou le retour de l'histoire, La Découverte, Paris, 2015

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Pierre-Jean Luizard est directeur de recherche au CNRS, historien spécialiste du Moyen-Orient, en particulier de l'Irak, de la Syrie et du Liban. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur cette région du monde comme La Formation de l’Irak contemporain (CNRS Éditions, 2002) ; La Question irakienne (Fayard, 2002 ; nouvelle édition augmentée 2004) ; La Vie de l’ayatollah Mahdî al-Khâlisî par son fils (La Martinière, 2005) que pour ma part je n'ai pas consulté. Il publie avec Le piège Daech, l'Etat islamique ou le retour de l'histoire, un ouvrage éclairant sur la question de l'Etat islamique, ce nouveau califat qui agite l'actualité nationale et internationale, particulièrement depuis les attentats du vendredi 13 novembre.

L'ouvrage de 178 pages, agrémenté d'une chronologie et de trois cartes, se lit rapidement et permet de se faire une idée assez claire du sujet traité. Nous regretterons simplement l'absence d'un lexique répertoriant tous les termes spécifiques – en arabe – employés par l'auteur, et l'absence, plus embêtante encore, d'une bibliographie permettant au lecteur intéressé de poursuivre ses investigations. Je ne traiterai par ailleurs ici que de quelques aspects de l'ouvrage, faisant volontaire l'impasse sur Al Qaeda, Al Nosra, l'émergence concrète de l'Etat islamique, entre autres thèmes abordés dans celui-ci.

Achevé le 28 décembre 2014 et paru en février 2015, il ne concerne donc pas des événements de l'année 2015. Ne cherchez pas ici une quelconque analyse des évolutions géopolitiques de l'année écoulée, ni des événements qui ont secoué notre pays. En revanche il permet de se faire une idée beaucoup plus claire de l'histoire et de la situation de la région, l'auteur s'attaquant d'abord à expliquer la formation de l'Etat islamique, avant de faire un retour en arrière vers le découpage de la région par les puissances coloniales britanniques et françaises. Il analyse aussi la faillite des états irakiens et syriens, apporte des réflexions sur un bouleversement total et durable du Moyen-Orient et tente de justifier le titre de son ouvrage dans la dernière partie éponyme. Le moins que l'on puisse dire c'est que cet ouvrage est une réussite. Je suis toujours précautionneux face aux différentes publications en lien avec l'actualité, où certains universitaires veulent surtout se faire mousser. Point de tout cela chez Pierre-Jean Luizard qui ne fait un livre à charge contre personne, pas même l'Etat islamique, et cherche à nous livrer des clefs pour comprendre ce phénomène. Je n'ai tiqué qu'à deux reprises, la première par l'emploi systématique de l'expression « régime de Bachar al-Assad », qui certes correspond sûrement à la réalité d'un Etat qui a perdu le contrôle sur une bonne partie de son territoire, mais ne traduit pas que jusqu'à preuve du contraire, il s'agit du régime légitime reconnu par la communauté internationale. La seconde lorsque l'auteur nous livre une phrase élogieuse au sujet de l'Armée Syrienne Libre qui serait « pétrie de nationalisme arabe » alors qu'il me semble pourtant que des éléments salafistes y ont joué un rôle dès l'origine, comme ce fut le cas dans de nombreux mouvements de protestations issus du « printemps arabe » de 2011. A cette occasion l'auteur n'étaye d'ailleurs pas son propos par des déclarations ou toute autre forme de démonstration, nous devrions donc le croire sur parole, et en toute bonne foi.

Hormis ces détails, l'ouvrage vous en apprendra beaucoup sur la région et il adopte une grille de lecture qui nous semble tout à fait valable : temps long historique et prise en compte du fait ethno-confessionnel.

Pour le temps long historique, à l'instar de ce que j'écrivais d'ailleurs dans un article publié le 23 juin 2015,  nous pouvons prendre comme une des clefs de lecture la chute de l'empire ottoman et le redécoupage du Moyen-Orient par les puissances coloniales, et mandataires, françaises et britanniques qui n'a pas tenu compte des anciennes velayets (ou wilayas) de l'empire Ottoman, ni des aspirations des populations. La décennie 1915-1925 semble être un tournant majeur dans l'histoire régionale. En effet en 1916, Français et Britanniques concluent un accord secret nommé Sykes-Picot, du nom des deux personnages en charge de cet accord, qui prévoit le redécoupage du Moyen-Orient. Après moultes tribulations et trahisons expliquées dans l'ouvrage, on assiste à la définition des frontières des états que nous connaissons : Liban, Syrie, Irak, (Trans)Jordanie et Palestine (plus tard Israël) qui sont fixées en 1925. L'auteur mentionne également les accords de Balfour entre britanniques et sionistes qui prévoient, dès 1917, l'installation d'un foyer national juif en Palestine. Les britanniques auront comme à leur habitude (l'Afrique du sud en est un autre exemple patent) semé les graines de la discorde. Ils iront jusqu'à mener en bateau le chérif de La Mecque, lui promettant une grande union pan-arabe qui ne verra jamais le jour. Les Britanniques appuieront ensuite en Irak la minorité sunnite face à la majorité chiite. Les Etats-Unis en feront d'ailleurs de même après la révolution islamique d'Iran. Alors que le régime irakien n'aurait jamais dû survivre aux années 80, il profita de l'appui de Washington qui y voyait un allié contre l'Iran et un territoire intéressant pour le pétrole.

En Syrie, où l'influence européenne était encore plus importante du fait de la situation géographique méditerranéenne du pays et de l'importance des communautés chrétiennes, c'est un phénomène assez similaire qui se produit mais en faveur des chiites et des chrétiens. Les fondateurs du baassisme syrien sont pour la plupart des chrétiens voulant échapper au statut de minorités face à la majorité sunnite. L'arabité y est perçu comme un facteur unitaire permettant de dépasser les clivages confessionnels. En cela les baassistes importent les éléments issus de l'histoire politique européenne dont ils ont été nourris dans les universités françaises (nationalisme, ethnicisme, laïcité, état de droit, etc...). L'auteur explique que pour les minorités de la région, ce qui importe c'est d'accéder à une égalité de droit. Partout les minorités veulent s'extraire de leur statut. Le fait donc qu'en Irak des chiites, qui traitent aujourd'hui les sunnites comme ils furent eux-mêmes traités par ces derniers, passent de l'islam confessionnel au communisme avant de retourner à l'islam confessionnel, ou que des sunnites passent du baassisme irakien à l'Etat islamique n'est donc pas étonnant si l'on prend en compte la clef de lecture ethno-confessionnelle, c'est à dire la mosaïque identitaire de cette région. Hussein lui-même joua cette carte contre l'Iran persan et chiite en opposant une identité arabe et sunnite. L'Etat islamique est donc une réponse à la fois pan-arabe et islamique, fonctionnant sur un enracinement territorial et une arabité culturelle d'une part et sur un universalisme islamique salafiste (wahhabite) d'autre part, permettant l'intégration de populations diverses (tchétchènes, néo-convertis occidentaux, maghrébins, etc...). L'auteur rappelle également que la Syrie est un foyer historique du hanbalisme dont est issu le wahhabisme. Le terreau y était donc fertile, surtout si la majorité sunnite est exclue des sphères du pouvoir... A cela il faut rajouter toutes les questions tribales, claniques, la parenté, la descendance du prophète, les différentes sectes religieuses, etc... faisant de ces régions un authentique sac de nœud communautaire (18 communautés au Liban, par exemple). Si La Yougoslavie, formée en 1919-1920, a explosée dans les années 1990, il semblerait que le Moyen-Orient suive le même chemin et que l'Etat islamique ne soit - entre autre - qu'une manifestation de ce phénomène. Ces derniers ne s'y sont pas trompés en détruisant symboliquement la frontière syro-irakienne avec un tractopelle en faisant référence aux accords Sykes-Picot. Car si l'unité des arabes n'apparaît au final que rhétorique en Syrie et en Irak, et a surtout permis à des clans de s'assurer le pouvoir, cet élément de propagande est repris par l'Etat islamique. Ce que les Etats syriens et irakiens n'ont jamais fait - car ils étaient créés et (en partie) inféodés aux occidentaux -, alors l'Etat islamique le fera. Voila dans les grandes lignes ce qu'on peut comprendre. A cela s'ajoute la dimension islamique salafiste « takfiri » qui considère que les autres branches de l'islam se sont compromises avec l'Occident.

L'auteur s'attaque également à la position difficile des Etats voisins, qu'ils soient modestes comme le Liban ou beaucoup plus influents comme la Turquie et l'Arabie Saoudite. Au Liban, c'est le Hezbollah qui apparaît comme le principal ennemi de l'Etat islamique, l'armée libanaise se retrouvant coincée entre des sunnites assez hostiles au Hezbollah et à la Syrie et des chiites et des chrétiens plutôt favorables. Pour la Turquie il considère que l'AKP n'a effectué que des mauvais choix qui se sont retournés contre-lui. Erdogan, en refusant de désigner un ennemi principal et en mettant dos à dos en terme de menaces les minorités alévis et kurdes avec l'Etat islamique, semble perdre le contrôle de la situation. Il rappelle cependant que la frontière passoire entre l'EI et la Turquie n'est pas une nouveauté et que déjà avec Saddam Hussein les trafics de pétrole y étaient nombreux. En Arabie Saoudite, le pouvoir qui a joué le grand écart entre son rigorisme salafiste et son alliance avec les Etats-Unis semble aujourd’hui dans une situation complexe. L'auteur titre même « le roi est nu ». La plupart des officines salafistes ou liées au Frères musulmans, qui profitèrent jadis du régime, se retournent depuis quelques années contre lui. Les chiites qui eurent l'espoir de s'intégrer il y a dix ans vivent aujourd'hui un redoutable retour au réel avec les répression de leurs congénères à Bahrein et au Yémen où sont impliqués les Saoudiens. L'exécution récente d'un responsable chiite saoudien ne peut que donner raison aux intuitions de l'auteur sur la fuite en avant du régime saoudien. Les Saoudiens s’attellent donc à protéger leurs frontières en surveillant les 800 km qu'elle a en commun avec les Etats en pleine déconfiture et, élément que ne mentionnent pas l'auteur, ils ont augmenté leur budget militaire depuis deux ans (4eme en 2014 derrière les Etats-Unis, la Chine et la Russie). Avec l'effondrement des rentes pétrolières, la dissidence d'une partie des élites saoudiennes favorables à l'EI et le soutien de grandes familles qataris aux Frères musulmans et à l'EI, la situation semble tendue pour ce pays qui se veut un gardien des lieux saints. Bémol de cette partie de l'ouvrage, l'auteur ne s’attaque pas à la pérennité de l'Etat d'Israël ni à son implication dans la région. Je fus par contre très agréablement surpris de voir que l'auteur mentionne l'effet miroir entre Occidentaux et salafistes de l'EI, rappelant par là le conflit mimétique cher à feu René Girard. Jean-Pierre Luizard indique par exemple que l'EI emploie à son profit des expressions qu'on retrouve dans Le Choc des civilisations d'Hutington. L'auteur n'hésite pas à pointer du doigt l'échec de la politique américaine depuis 2003, politique dont d'ailleurs il ne comprend pas la logique pour les intérêts des Etats-Unis eux-mêmes. Ceux-ci ont cru qu'en redonnant le pouvoir aux chiites et en valorisant les Kurdes, ils régleraient les difficultés de l'Irak sunnite de Saddam Hussein ; ils n'auront au contraire fait que détricoter le Moyen-Orient créé par les Européens, et libérés les conflits ethno-confessionnels. Fabius n'est pas en reste, l'auteur estimant qu'il n'a toujours pas pris la mesure de la réalité du terrain et que les appels à la souveraineté de l'Irak ne risquaient pas de trouver un écho chez des sunnites en conflit larvé avec les chiites.

L'auteur considère donc que l'EI a très bien manœuvré en provoquant les différents acteurs sur un terrain qui les conduiraient à s'impliquer, nous les premiers. Avec les attaques sur les minorités ou les femmes et en diffusant des vidéos scénarisées destinées à faire réagir notre opinion publique, et donc nos politiciens sur le mode émotionnel, l'EI a marqué des points contre nous. Il modère en revanche la question chrétienne en rappelant qu'en tant que « Gens du Livre » ils peuvent profiter du statut de dhimmis, comme à Raqqa. Dans d'autres territoires contrôlés par l'EI, ce sont les chrétiens qui ont refusé la conversion ou le statut de dhimmis et les différentes conditions de l'EI prévues par la charia, et se sont exilés, comme c'est le cas à Mossoul. Il ne traite pas en revanche la question des réfugiés/migrants/clandestins qui arrivent en Europe. Il faut dire que le phénomène s'est amplifié depuis la parution du livre. En revanche il n'hésite pas à mentionner que les nombreux réfugiés sont des foyers de déstabilisation dans leurs pays d'accueils : Liban ou Jordanie. Et nombreux sont les pays qui y voient de potentiels djihadistes infiltrés. Les européens, qui méconnaissent totalement le champs des conflits inter-ethnique et interconfessionnel depuis longtemps, ne sont donc pas encore préparés à appréhender le phénomène des réfugiés avec le regard des pays moyen-orientaux qui en ont l'habitude. Les bagarres qui éclatent dans les camps de clandestins en Europe sont pourtant une illustration de ce phénomène de tension inter-ethnique. Il ne serait pas étonnant que cela arrange bien les différents Etats de la région de nous envoyer leurs réfugiés, s'épargnant des émeutes et troubles potentiels dans un contexte déjà très tendu.

Au final, tous les pays sont donc tombés dans le « piège Daech » et on devine d'où Alain de Benoist tire sa réflexion lorsqu'il écrit « Il ne sert à rien de supprimer l’État Islamique si l’on ne sait pas par quoi le remplacer ». L'auteur conclue en effet son ouvrage, entre autre, par ces mots : « Une longue période historique s'achève : on ne reviendra pas au Moyen-Orient que nous avons connu depuis près d'un siècle. Une guerre lancée sans perspectives politiques n'est-elle pas perdue d'avance ? C'est le piège que l'Etat islamique tend aux démocraties occidentales pour lesquelles il représente certainement un danger mortel. Les leçons de l'Histoire doivent aussi servir à le combattre. »

L'avenir qui se dessine ressemble en tout cas étonnamment au projet de « Grand Moyen-Orient ». Il est de toute façon clair que cette mosaïque ethnique, aux frontières dessinées par les Européens, ne pouvait pas durer, comme c'est aussi le cas en Afrique, du reste. Le retour de l'histoire, c'est le retour des grandes aires de civilisation, c'est le retour du temps long et des revendications ethno-confessionnelles. Un coup de surin dans le monde hérité des Lumières.

Jean / C.N.C.

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09/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Guerre du Viêt Nam

Le Viêt Nam, c'est tout d'abord un pays concernant lequel personne ne parvient à s'accorder sur l'orthographe... Viêt Nam ou bien Vietnam ? Ou alors Viet Nâm ? Avec ou sans tiret ? Tous les goûts sont dans la rizière ! Mince bande de terre bordant l'extrémité occidentale de la Mer de Chine, le Viêt Nam poursuit son entreprise de déstabilisation issue de l'échec de la France à conserver l'Indochine après les furieux combats de Diên Biên Phu en 1954. Quelques mois plus tard, la République Démocratique du Viêt Nam de Hô Chi Minh, soutenue par le bloc soviétique et la Chine, lorgne sur la partie Sud détenue par le Front National de Libération du Sud Viet Nâm, porté par les Etats-Unis, accompagnés de quelques alliés asiatiques. Voilà le peuple vietnamien pris en otage entre les deux blocs. Fidèles à la logique de guerre froide et sa doctrine géopolitique d'endiguement de la Russie soviétique, les Etats-Unis interviennent massivement dans le conflit. Les tapis de bombes s'avèrent rapidement insuffisants. Dès 1965, plus encore en 1968, les Etats-Unis sont contraints de descendre au sol dans un milieu hostile et fangeux constituant une jungle épaisse. L'offensive du Têt, cette même année, consacre l'enlisement du conflit contre un ennemi imprévisible et invisible surgissant de partout, dont les fameux tunnels de Cŭ Chi. En 1969, ce ne sont pas moins de 500.000 américains présents sur le terrain, englués dans un conflit, perçu comme une impasse, et de plus en plus impopulaire outre-Atlantique. Une fiancée n'écrit plus à son chéri perçu comme un odieux assassin impérialiste. Un vétéran est maculé d'excréments canins par des étudiants gauchistes. Des familles de défunts sont harcelés d'appels faisant part du bonheur procuré par la mort du fils... Dès 1964, la contestation avait grandi au sein des universités et s'était intensifiée après la victoire à la Pyrrhus de la bataille du Têt. Les étudiants d'extrême gauche sont à la pointe du combat ; rejoints également par des vétérans du front eux-mêmes. De Born in the USA de Bruce Springsteen au God Bless America déstructuré de Jimi Hendrix, 500.000 personnes hurlent leur refus du Viêt Nam au festival de Woodstock en 1969. Cette contestation blesse au plus profond de leur âme les GI's. Richard Nixon se persuade d'une nécessaire issue. En 1973, les accords de paix de Paris entérinent le retrait des troupes américaines du Viêt Nam. Deux années plus tard, le Nord lance une offensive d'envergure et envahit tout le pays. Naît la République Socialiste du Viêt Nam tandis que l'ensemble de la péninsule indochinoise, Laos et Cambodge, accompagne ce mouvement d'ensemble et tombe dans l'escarcelle rouge. Plus de 58.000 morts américains ! Le conflit marque durablement de son empreinte la mentalité collective américaine, plus que la Seconde Guerre mondiale, et seuls les attentats du 11 septembre 2001 ont pu constituer depuis un traumatisme similaire. Pourquoi un tel traumatisme ? Première guerre télévisée, le peuple américain s'est lui-même retrouvé immergé dans la jungle. Cette retransmission en direct de la guerre a également favorisé son internationalisation dans le monde. Les étudiants ont joué leur Viêt Nam ! Ainsi en France, tandis que les rouges vouaient un culte à Hô Chi Minh, l'anticommunisme atavique du Mouvement Occident le faisait se ranger derrière la bannière du Front Uni de Soutien au Sud-Viêt Nam, crée et dirigé par Roger Holeindre. Et le moindre faux pas n'était pas permis ! Le 28 avril 1968, faute de service d'ordre suffisant, l'exposition de soutien au Sud-Viêt Nam, du 44 de la rue de Rennes à Paris, est attaquée par une centaine de gauchistes lourdement armés. Treize blessés dont trois graves jonchent le parquet. La France s'achemine tout droit vers Mai 68. Mais revenons à Washington et Los Angeles. Hollywood consacra pas moins de 400 films sur le conflit qui marque un tournant dans la production cinématographique américaine. Fait nouveau, les réalisateurs prennent désormais leurs distances avec la propagande militaire américaine. Hollywood ne célèbrera plus, ou moins, la magnificence de l'action libératrice américaine sur les théâtres d'opération. Et ce pendant près de quatre décennies. Certains de ces chefs-d'œuvre sont à ne pas manquer. L'Apocalypse, c'est maintenant !

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APOCALYPSE NOW

Film américain de Francis Ford Coppola (1978)

1969, le jeune capitaine des Forces spéciales, Willard, est reclus dans une chambre d'hôtel de Saïgon lorsqu'il se voit confier, par le général Corman, l'exécution d'une mission secrète de la plus haute importance : éliminer le colonel Kurtz. Devenu trop gênant, Kurtz est une brute aux méthodes expéditives qui n'a que faire des ordres et s'est taillé un empire, sur lequel il règne en chef absolu, qui s'étend au-delà de la frontière cambodgienne, afin de lutter contre les troupes Viêt Công avec une sauvagerie terrifiante. Willard se lance sur les traces de Kurtz en remontant un fleuve et assiste au bombardement au napalm d'un village vietnamien au seul prétexte que le lieutenant-colonel Bill Kilgore souhaite surfer sur les rives du village. Poursuivant sa mission, Willard ne tarde pas à retrouver l'homme qu'il doit éliminer...

Librement inspiré de la nouvelle Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, Coppola livre une mise en scène grandiose de l'enfer que connurent les troupes américaines dans la jungle indochinoise. Il est vrai que le réalisateur y a mis les moyens matériels et financiers. Plus qu'un simple film de guerre, Coppola filme la guerre dans la guerre. En 1969, les Etats-Unis commencent à douter de l'issue des combats tandis que de nombreuses troupes, livrées à elles-mêmes, deviennent incontrôlables et se livrent à la violence, drogue, prostitution et aux assassinats. Les services secrets décident l'élimination des enfants terribles que l'impérialisme américain a crée. Hollywood ne craint désormais plus de rompre avec la Maison Blanche tant il est vrai qu'Apocalypse Now est tout sauf un film de propagande ! L'un des premiers métrages abordant directement la guerre du Viêt Nam et qui n'a pas volé sa Palme d'or ! Comment ne pas évoquer, enfin, la scène anthologique de l'attaque des hélicoptères américains sur un village au son de l'opéra wagnérien de La Chevauchée des Valkyries que les appareils crachent hauts-parleurs hurlants ?

 

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ENTRE CIEL ET TERRE

Titre original : Heaven and Earth

Film américain d'Oliver Stone (1993)

Au milieu des années 1960, à Ky La, petit village perdu au milieu des rizières. La guerre fait rage entre les troupes gouvernementales du Sud Viêt Nam, soutenues par les Etats-Unis, qui attaquent le jour, et celles du Viêt Công qui reprennent le contrôle des lieux dès la nuit tombée. Lê Ly est une jeune paysanne prise dans la tourmente du conflit. La jeune femme rejoint la guérilla communiste afin de lutter contre les troupes gouvernementales. Bientôt repérée, elle est arrêtée, torturée et violée. Lê Ly parvient néanmoins à s'évader et fuir avec sa mère à Saïgon où la paysanne se met au service d'Anh, un bourgeois citadin. Enceinte de son protecteur, Lê Ly est chassée et se réfugie à Danang, où elle retrouve sa sœur prostituée. C'est à Danang qu'elle fait la rencontre d'un soldat américain, Steve Butler, qui tombe fou amoureux de la jeune femme...

Réalisation inspirée des autobiographies de Le Hy Hayslip, évoquant la vie de l'héroïne avant, pendant et après la guerre du Viêt Nam et constituant le dernier volet de la trilogie que consacra Stone au conflit, après Platoon et Né un 4 juillet. Moins spectaculaire et plus intimiste, Entre ciel et terre n'est pas le meilleur des trois films du cinéaste. Il a, en revanche, le mérite de raconter l'Histoire par des spectres féminin et vietnamien, de même que de replacer le conflit dans une perspective historique plus large. A la violence des combats, Stone laisse la place à l'exercice de la violence morale et civile. Sans trahir la fin, l'émigration de Lê Ly aux Etats-Unis et le contraste entre la pauvreté indigène et l'opulence de sa nouvelle vie offre au réalisateur une occasion d'établir une critique de la société de consommation. Malgré de superbes images et un plaisant substrat bouddhique, le film n'évite pas l'écueil de trop nombreux poncifs, en plus d'une voix off trop omniprésente. Reste la prestation de Tommy Lee Jones dans un rôle inhabituel.

 

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FULL METAL JACKET

Film anglais de Stanley Kubrick (1987)

James T. Davis, surnommé Guignol, est un jeune Marine engagé volontaire pour le Viêt Nam. Avec nombre de camarades de son âge, Guignol intègre le camp d'entraînement de Parris Island en Caroline du Sud. Le sergent instructeur Hartman est l'officier gradé en charge d'éduquer le groupe. Et il ne manque pas d'autorité, pour ne pas dire d'affection pour l'humiliation et la tyrannie ! Parmi les autres élèves, le volontaire Leonard Lawrence, surnommé Grosse Baleine au regard de sa corpulence, tient lieu de tête de turc. Guignol est chargé de remonter le niveau de la Baleine, aussi gauche qu'obèse. Mais la mission s'avère impossible. Punis collectivement à cause de leur adipeux camarade, Baleine devient la bête noire de tous et sombre progressivement dans la déraison. La dernière nuit au camp, il abat le sergent Hartman avant de se tirer une balle dans la bouche. The show must go on ! Cela n'empêchera pas les volontaires de s'envoler pour le Viêt Nam. Guignol a demandé son affectation dans une unité de journalistes militaires. Après s'être querellé avec son supérieur, il est envoyé en reportage sur le terrain, en pleine offensive du Têt...

Kubrick compte parmi les génies du cinéma et connaît toutes les ficelles pour faire de chacune de ses réalisations un film efficace. Une fois encore, les moyens engagés devraient coïncider avec les attentes de son public. Le deuxième film de guerre de Kubrick est bien évidemment à voir absolument. Oui mais... Le personnage du sergent Hartman ressemble, comme deux gouttes d'eau, au gardien-chef Barnes d'Orange Mécanique. Une impression de déjà vu également que les scènes de combat, parfaites de réalisme certes, mais qui ne surpassent pas celles de ses concurrents Apocalypse Now ou Platoon. L'originalité du présent métrage vaut surtout pour sa première partie et la vie quotidienne du camp d'entraînement, absolument distincte de la seconde. Les scènes d'embrigadement et d'aliénation mentale sont un délice de moqueries, punitions et autres insultes. Et puis non ! Ne faisons pas la fine bouche ! Full Metal Jacket est un excellent film. Arrivé peut-être un peu trop tard que les autres...

 

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GOOD MORNING VIÊT NAM

Film américain de Barry Levinson (1988)

L'année 1965 à Saïgon. La station Radio Forces Armées est chargé de distraire et soutenir le moral des troupes américaines. Simple soldat mais disc-jockey célèbre, Adrian Cronauer est chargé de redynamiser la radio. Les résultats dépassent largement leurs espérances au point que les officiers n'apprécient que très modérément la liberté de ton irrévérencieuse et anticonformiste du nouvel animateur. Un cocktail explosif de blagues, d'imitations moqueuses, dont du président Richard Nixon et de fausses informations, le tout sur fond de musique rock, le rend immédiatement populaire auprès de toute la troupe. Cronauer s'autorise une aventure avec Trinh, jeune vietnamienne. L'idylle n'est pas du goût de la famille indigène, surtout du frère Tuan, qui fait, cependant, mystérieusement échapper Cronauer à un attentat, démontrant son implication dans la guérilla Viêt Công. Cronauer, choqué, se voit interdire toute allusion à l'attentat meurtrier. Ne pouvant s'en empêcher, il est bientôt mis à pied...
Qui n'a jamais entendu le fameux cri Gooooooooood Moooooooooorning Viêt Nam ? Le présent film de Levinson constitue une libre interprétation de la véritable expérience de Cronauer, plongé dans une sale guerre avec pour seule arme son micro. Chargé de répéter les informations soigneusement filtrés par l'Etat-major, de présenter la météo et de diffuser de la musique qui adoucit les mœurs, Cronauer avait envoyé paître toutes les consignes. L'originalité du film est de présenter le conflit et son enlisement, à travers les clowneries d'un cabotin plus politiquement incorrect qu'il n'y paraît. La bande originale est fantastique et que dire de la performance proprement hallucinante de Robin Williams ? Seule l'histoire d'amour alourdit inutilement une plaisante comédie sur laquelle le drame l'emporte progressivement.

 

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HAMBURGER HILL

Film américain de John Irvin (1987)

Si les premières négociations pour trouver une issue à la guerre sont menées en cette année 1969, cela n'empêche nullement les combats de faire rage. La célèbre 101ème Division Aéroportée est postée non loin de la frontière laotienne. Pour palier les morts et blessés, de nouvelles recrues arrivent à la base et sont accueillies en vue d'une formation accélérée. En attendant les Orages d'acier, vétérans et puceaux de la guerre fraternisent au café et au bordel locaux. Leur formation terminée, les hommes apprennent leur nouvel objectif. Il s'agit de monter à l'assaut de la colline 937, déterminée par son altitude, que les combattants surnomment Hamburger Hill. La position est solidement tenue par ce maudit ennemi invisible qu'est le Viêt Công. Sous les ordres du lieutenant Eden et des sergents Frantz et Worcester, les brigades s'élancent. Les GI's arracheront Hamburger Hill après dix jours de combat acharné mais à quel prix ?...

Moins connu que les autres films traitant du conflit et sorti la même année que celui de Kubrick, Hamburger Hill ne démérite pourtant pas, malgré un manque de moyens flagrant et quelques faiblesses scénaristiques dans la deuxième partie dont l'aspect ressemble parfois trop à un documentaire. La violence et le réalisme des combats sont néanmoins au rendez-vous. Deux thèmes originaux abordés dans l'œuvre : l'effet sur le moral des troupes issu de l'antimilitarisme hippie et du soutien aux forces du Nord-Viêt Nam par une frange plus radicale, accompagné des nombreuses humiliations subies par les soldats de retour au pays ; de même les tensions racistes au sein des compagnies. Le film fait écho à la véritable bataille qui eût lieu du 10 au 20 mai 1969 et qui coûta la vie à de nombreux hommes malgré un intérêt stratégique quasi-inexistant, au point que la position surélevée fut purement et simplement abandonnée peu après. Hamburger Hill constitue l'une des batailles les plus décriées du conflit. A voir !

 

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PLATOON

Film américain d'Oliver Stone (1986)

Septembre 1967, Chris Taylor, d'extraction bourgeoise, est seulement âgé de 19 ans mais ardemment soucieux de servir la Nation américaine. Aussi, s'engage-t-il comme volontaire et est affecté à la compagnie Bravo du 25ème Régiment d'Infanterie à proximité de la frontière cambodgienne. L'unité a subi de sérieuses pertes peu avant l'arrivée du jeune patriote. Toutes les illusions de Taylor s'envolent bientôt lorsqu'il découvre la réalité déshumanisante de la guerre. Aux harassantes patrouilles, succède le creusement de trous inutiles. Légèrement blessé, Taylor se fond dans la masse en assistant impuissant à la rivalité entre les sergents Barnes et Elias. Le premier est un chien de guerre coupable de crimes de tandis que le second est moins atteint par la folie. Elias meurt au cours d'une patrouille. Taylor soupçonne Barnes de lui avoir tendu un piège...

Platoon, qui peut-être traduit depuis l'anglais par peloton ou section, tient lieu de premier épisode que consacra Stone au conflit vietnamien. Et s'il semble maîtriser le projet à la perfection, c'es très certainement parce qu'il servit lui-même comme volontaire dans ce même régiment et revint bardé de décorations prestigieuses. Le sujet central de l'œuvre de Stone consiste en la guerre dans la guerre, par le truchement de l'opposition entre les deux sergents, tous deux dépositaires d'une façon particulière de pratiquer l'art militaire. Tout en bas, le fantassin embourbé dans la jungle asiatique, ne sachant plus pourquoi il combat réellement et ne pensant qu'à sa survie. Plus généralement, Stone place son film dans la division entre les partisans d'une victoire à tout prix, dès lors que la Nation est engagée, et d'autre part, ceux qui pensent que les Etats-Unis gaspillent leur sang et leur argent dans un conflit perdu d'avance. Une réalisation diablement efficace mais qui souffre également d'être postérieure à Apocalypse Now.

 

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VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER

Titre original : The Deer Hunter

Film américain de Michael Cimino (1979)

Clairton est une petite ville de Pennsylvanie. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel sont des amis inséparables, tous ouvriers sidérurgiques de l'aciérie de la ville et dont le passe-temps favori est la chasse au daim qu'ils pratiquent le dimanche. En cette année 1968, ils célèbrent le mariage précipité de Steven avec Angela. La grossesse d'Angela n'est pas la cause de cette hâte. Mike, Steven et Nick partent quelques jours plus pour le Viêt Nam... Les trois amis connaissent l'enfer des combats. Mais c'est sans commune mesure avec ce qu'ils vont endurer après leur capture, deux années après leur arrivée sur le front. Emprisonnés dans de minuscules baraques de bambou à moitié immergées dans une eau boueuse, ils n'en sont extraits que pour être contraints de servir de malheureux pions au jeu de la roulette russe. C'est au cours de l'une de ces macabres parties qu'ils parviennent à abattre leurs geôliers et s'enfuir. Un hélicoptère tente de leur venir en aide sans succès. Seul Mike parvient à grimper à bord. Steven se brise les jambes en chutant de l'appareil tandis que Nick disparaît...

Premier film à aborder le conflit du Viêt Nam, le Voyage de Cimino est une tragédie de trois heures, divisée en trois actes distincts et décrite à hauteur de trois pauvres hommes. A la vie dure de prolétaires pennsylvaniens, succède l'épreuve de la guerre et de la captivité avant un retour au pays de deux des trois héros, symbolisant une vaine tentative de réinsertion. Le film dresse admirablement les séquelles, autant physiques que psychologiques, issues de l'expérience de la jungle. La scène de la roulette russe, longue de quinze minutes, constitue une extraordinaire allégorie de la guerre et de la mort qui rôde et frappe au hasard. Une scène majeure du cinéma ! C'est bien cette scène par laquelle le scandale arriva. Scène jugée de pure fiction ; aucun cas de roulette russe n'ayant été avéré. Aussi, l'œuvre fut-elle accusée de dramatisation de la guerre mais également de racisme. Il est vrai que le peuple vietnamien est réduit à l'image de barbares, en opposition aux libérateurs américains. Propagande ? Peut-être ! Chef d'œuvre de métaphysique de la guerre ? Assurément !

Virgile / C.N.C.

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05/01/2016

Chronique de film : Lucy de Luc Besson

Lucy de Luc Besson (2014)

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Les fêtes de fin d'années sont souvent l'occasion de voir des films qu'on a pas pu visionner plus tôt Lucy fait parti de ceux-là. Film de science-fiction sorti en 2014, il aura assez peu fait parler de lui. Luc Besson s'attaque à cette occasion à un nouveau sujet : les capacités de notre cerveau.

L'histoire démarre lorsque Lucy, interprétée par Scarlett Johansson, est amenée à porter une mallette à des Coréens dans un grand hôtel. Le début du film est alors totalement haletant, mêlant cette scène avec des images d'une gazelle chassée par un guépard et d'une conférence d'un professeur d'université joué par Morgan Freeman, Samuel Norman. Le contenu de la mallette inquiétant visiblement nos amis Coréens, Lucy est d'abord conduite de force dans un bureau, pendant que le guépard lui, a bondi sur la gazelle. Elle est ensuite obligée d'ouvrir la valise dont on ignore le contenu, avant de subir quelques déboires qu'on pourrait qualifier de potentiellement traumatisant. Les hommes d'affaires lui ont en effet implanté un sachet d'une nouvelle drogue dans le ventre. Refusant les avances d'un jeune homme un peu trop entreprenant, elle est frappée par le malotru, libérant une partie de la drogue dans son organisme.

C'est alors que démarre l'intrigue du film, puisque cette drogue augmente la capacité de son cerveau. Nous suivons donc Lucy tout au long du film voyant son potentiel cérébral augmenter jusqu'à atteindre les 100%. Ceux qui désirent voir le film peuvent s'arrêter de lire ici car le reste de la chronique dévoilera l'histoire.

Lucy se transforme très vite en une sorte de X-men froid et calculateur, mais ce qui n'est pas très embêtant au départ devient franchement lassant sur la longueur. Une partie de l'intrigue consiste en sa rencontre avec le Professeur Samuel Norman. Pour ce faire, elle va prendre l'avion pour Paris et c'est à partir de cette épisode que le film bascule dans le n'importe quoi. Alors que le concept est très bon et le début du film excellent, le reste n'est qu'une suite d'invraisemblances et au final on se demande si tout ça n'a pas pour prétexte de nous gratifier de poursuites en voiture dans Paris avec un nombre incalculable d'accidents, ou de nous montrer des coréens très très en colère qui finissent par entrer en lévitation grâce aux nouvelles capacités de Lucy.

Le bouquet final intervient à la fin du film lorsque Lucy se transforme en super ordinateur pour laisser comme seul héritage... une clef USB. Le postulat où l'homme deviendrait une machine en arrivant à exploiter 100% des capacités de son cerveau nous déplaît fortement. D'autre part, le film aurait presque pu rejoindre les classiques du genre lorsque Lucy remonte dans le temps à la fin du film pour retrouver l'australopithèque du même nom. Là, on se dit que lorsque les deux se touchent du doigt, on assiste à une sorte d'allusion à la création d'Adam de Michel Ange, on se dit que peut-être ce sont les connaissances hors normes de la Lucy de 2014 qui permettront grâce à un voyage dans le temps de transmettre une sorte de « feu de la connaissance » à l'australopithèque, et bien... non. Ajoutons à cela que cette séquence dure longtemps pour combler le vide de ce film d'à peine 1h30 qui en réalité aurait pu tenir dans un épisode d'une heure d'une série télévisée française. On passe dans le même film de quelques inspirations digne de Tarantino à un mélange entre une série du vendredi soir de France 2, Taxi et un sous-blockbuster américain.

Au final un ensemble qui laisse un goût mitigé, et une chronique qui sera aussi courte que le film.

Jean / C.N.C.

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04/01/2016

Chronique de livre : Guillaume Faye "Comprendre l'islam"

 

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Guillaume Faye "Comprendre l'Islam"

(Tatamis, 2015)

Le retour de l’Islam au premier plan de la scène mondiale est indéniablement l’un des événements majeurs du XXe et du XXIe siècles. Ce dernier est source de polémiques diverses, suscite rejet, parfois haine mais aussi l’inverse. D’un point de vue historique, les royaumes musulmans et l’empire Ottoman furent pendant de nombreux siècles l’ennemi (extérieur) de l’Europe, voyant cette dernière comme terre de conquête. Mais le voilà implanté chez nous depuis maintenant plusieurs décennies à cause des torrents migratoires se déversant sur notre continent ainsi que des politiques dites de « regroupement familial ». Ce phénomène, facilité par de nombreuses complicités, est considéré par certains comme un enrichissement culturel, par d'autres comme une invasion et même parfois comme une conquête, est-il à craindre ? A l’aulne des attentats du 7 janvier 2015 et de la tragédie du 13 novembre 2015, il est, à fortiori, légitime de se poser une telle question. Connaître et comprendre l’Islam s’impose donc comme une nécessité. Le dernier livre de Guillaume Faye qui s’appelle justement Comprendre l’Islam arrive ainsi à point nommé.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est au préalable impératif d’apporter quelques précisions concernant quelques-unes des positions et idées défendues par l’auteur. En effet, Guillaume Faye qui fut autrefois, à l’instar d’un Alain de Benoist, l'une des locomotives du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne) est souvent considéré comme, au mieux, un provocateur, au pire un traitre. Au C.N.C. nous préférons mettre de côté les débats passionnels et passionnés pour nous concentrer sur les idées. Et bien que nous souscrivons à certaines d’entre elles, qui relèvent toutefois de l’évidence, d’autres nous posent déjà plus de problèmes. Comment en effet adhérer au libéralisme dorénavant et explicitement soutenu par l’auteur ? A ce titre il est d’ailleurs bon de préciser que Comprendre l’Islam est édité chez Tatamis, les éditions de Jean Robin, qui se définit justement comme un libéral-conservateur (sic). Concernant le positionnement de Guillaume Faye sur la Russie, le lecteur du C.N.C. ne sera pas surpris quant à notre exaspération envers sa « Russolâtrie » et nos doutes sur son concept d’ « Eurosibérie » (concept séduisant mais problématique développé dans son ouvrage L’Archéofuturisme, ouvrage stimulant et vivifiant au demeurant). Mais le point le plus problématique réside dans le philosémitisme pro-sioniste présumé de Faye. Et autant prévenir d’emblée que de ce côté-là les détracteurs de l’alter ego de « Skyman » ne vont pas être déçu à la lecture de ce livre !

Quant à nous, notre position est simple : nous essayons avant tout de prendre de la hauteur sur le sujet. Nous ne suivons pas la monomanie des antisémites carabinés qu'ils soient « nostalgiques » ou « réconciliés » et nous rejetons les partisans d’une quelconque alliance avec le Sionisme et Israël, tactique de plus en plus répandue en Europe et défendue par certains partis ou hommes politiques dans le spectre des droites, souvent poutinolâtres par ailleurs. Si le nombre de juifs à des postes influents ou la politique de l’Etat d’Israël ne sont certes pas les préoccupations prioritaires des Français, à l’inverse de l’immigration, du chômage ou de l’Islam, il convient toutefois de ne pas se voiler la face sur le sujet. Par conséquent, nous ne partageons pas du tout certaines affirmations développées par Guillaume Faye dans ce livre concernant les juifs, leur élite et Israël. Les points ayant été mis sur les « i », passons aux choses sérieuses.

Comprendre l’Islam s’articule autour d’une thèse centrale qui veut que l’Islam opère un basculement « archéofuturiste », c’est-à-dire à un retour de l’archaïque dans le présent sous des oripeaux modernes. C’est le cas par exemple de l’Etat Islamique qui combine à la fois l’horreur takfiriste et le sens du spectacle (mise en scène, production vidéographique de qualité, etc.). En revanche, son but est demeuré inchangé : La Loi d’Allah doit s’imposer sur terre dans un régime politico-religieux totalitaire (l’Islam ne reconnait pas la séparation temporelle/spirituelle), le Califat. Cette domination s’opère en trois temps :

1) Le « Dar al-Suhr » où le musulman n’est pas en position de conquête et se sert de la « taqiya » pour tromper son monde en attendant le moment propice pour agir.
2) Le « Dar al-Arb » qui est la conquête en cour (en terme de lutte armée ou démographique).
3) Le « Dar al-Islam » ou terre conquise par l’Islam et régie par la Charia.

Pour Guillaume Faye, le choc civilisationnel (Occident contre monde musulman), la colonisation de peuplement et ses corolaires (grand remplacement du substrat ethnique européen et islamisation culturelle) ainsi qu’un risque terroriste en constante augmentation incarnent indubitablement les dangers liés à l’Islam. Jusqu’ici, le lecteur n’apprendra pas grand-chose car, pour peu que l’on habite dans une ville de taille moyenne ou dans une grande ville, il suffit de sortir de chez soi pour s’en rendre compte très vite. De l’Islam, on n’apprend en définitive pas grand-chose. Aucune explication sur les différences entre Sunnisme, Chiisme ou Soufisme par exemple… Faye, qui se réclame pourtant d’une méthode et d’un esprit que l’on qualifiera de scientifique par facilité de langage, n’étaye quasiment jamais ses affirmations de citations du Coran. Un manque de rigueur se fait sentir tout au long de la lecture du livre accompagné par de nombreuses redites inutiles. N’espérez donc pas comprendre et connaitre l’Islam de façon sérieuse et documentée... Une fois la lecture de Comprendre l’Islam achevée, on réalise que le titre aurait dû être « Comprendre pourquoi Guillaume Faye n’aime pas l’Islam ». Alors oui, les arguments se tiennent et on tombera d’accord à plusieurs reprises avec lui... mais le lecteur voulant se documenter sur l’Islam sera extrêmement déçu. Pour tout dire, ce livre est centré autour de Guillaume Faye. D’une part car sa vision de l’Islam est purement subjective et sert de prérequis, au lieu d’avoir une analyse objective, détaillée et sérieuse suivie d’une critique argumentée. Ensuite, et c’est là où ça devient véritablement n’importe quoi, le lecteur assistant à un réglage de compte en bonne et due forme.

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La couverture de Comprendre l’Islam est quasiment la même que celle de Comprendre l’empire d’Alain Soral. A la vue des critiques à l’encontre du président d’Egalité & Réconciliation et de Dieudonné, on devine sans peine que ce mimétisme graphique est tout sauf un hommage. Par ailleurs, ces derniers ne sont pas les seuls à être durement écornés dans le livre. L’extrême-droite antisémite en prend pour son grade elle aussi. Et on arrive au gros problème de ce livre, à savoir le parti pris clairement et outrancièrement philosémite de Guillaume Faye qui confère parfois au ridicule. L’islam est comparé de manière récurrente au communisme mais surtout au nazisme. On découvre ainsi que Roger Cukierman, président du CRIF, est une source d’inspiration pour Guillaume Faye! Affirmer que l’Islam et le Nazisme seraient comparables mutatis mutandis tout en citant Carl Schmitt et sa conception de la désignation de l’ennemi tout au long de l’ouvrage est quand même sacrément cocasse ! Le sous-chapitre intitulé « Les juifs face à l’islamisation » aurait pu être écrit par Gilles-William Goldanel ou Meyer Habib. Pire, dans un sous-chapitre concernant la victimisation des palestiniens, Guillaume Faye va jusqu’à affirmer que : « les roquettes tirées sur les bourgs israéliens depuis les zones urbanisées de Gaza avaient pour unique but de faire réagir l’aviation et l’artillerie israéliennes dans l’espoir que, malgré toutes les précautions de Tsahal, des frappes collatérales fassent le plus grand nombre de victimes possibles ». Guillaume Faye oublie volontiers le nombre de résolutions de l’ONU bafouées par Israël mais peut-être que cette organisation de haute-autorité est un repère d’islamistes antisémites pratiquant la taqiya ?

Synthétisons: ce livre est à éviter d’urgence si vous souhaitez comprendre l’Islam. Il ne vous apportera rien de concret. On ne peut pas en dire de même de l’auteur qui aura surement droit à son stand au prochain salon du livre du B’naï B’rith. Comprendre l’Islam est une déception et apparait comme le crépuscule d’un auteur autrefois brillant, maintenant reconverti dans un néo-conservatisme russolâtre et philosémite. Le Μηδὲν ἄγαν (Medèn ágan), cette « juste mesure » opposée à l’hubris et invoquée par Guillaume Faye dans certaines de ses œuvres, est définitivement mort et enterré.

Donatien / C.N.C.

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03/01/2016

Retour sur "Le dernier Gaulois"

Retour sur "Le dernier Gaulois"

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France 2 nous proposait, en première partie de soirée et pendant la période des fêtes, un docu-fiction franco-belge intitulé « Le dernier Gaulois ». Nous ne pouvons que saluer l'initiative, d'autant plus que ce reportage ne fut pas le prétexte à un intense moment de propagande dont la télévision est pourtant un vecteur majeur. C'est déjà un point positif.

Réalisé essentiellement en « motion capture » et donc en 3D, il nous faisait vivre la fin d'une civilisation, celle des Gaulois, à travers un personnage, Apator, vieux chef Eduen. Je regrette pour ma part qu'une plus large place n'ait pas été réservée à l'archéologie expérimentale et à la reconstitution historique, où vêtements et objets sont reproduits fidèlement. Cela permet une plus grande authenticité et une meilleure immersion.

Le reportage passe en revue un grand nombre d'aspects de la civilisation gauloise : habitat, artisanat, activité guerrière, rôle de la femme ou encore assemblées politiques et divisions. Il s'inscrit dans un mouvement de revalorisation des Gaulois qui ont oscillé entre les caricatures du roman national et celles de tous ceux qui à l'inverse méprisent notre histoire. A l'instar des populations du Haut Moyen-Âge, en en particulier des Francs et des « Vikings », les études archéologiques et historiques nous permettent de porter un regard bien plus favorable sur ces peuples gaulois qui pratiquaient peu l'écrit. On y découvre alors un véritable artisanat de qualité et une organisation sociale complexe qui n'a rien à envier – ou presque – à ses voisins romains. Ils leur sont proches au moins par la géographie et une origine commune, indo-européenne. Le commerce est florissant entre Romains et Gaulois, en particulier dans la vallée du Rhône, de la Saône, et les Romains introduisent la vigne. De leur côté les Gaulois inventent le tonneau, ce qui est un véritable progrès par rapport aux amphores grecques et romaines, très fragiles. On notera que le reportage fait l'impasse sur les contacts encore plus anciens des Gaulois avec le monde grec. La cité de Phocée ayant par exemple fondée des colonies aux VIIeme et VIeme siècles av. JC comme Nikaia (Nice), Massalia (Marseille) ou encore Agathé Tychè (Agde). On prête également des contacts entre druides et savants grecs. Du côté des Romains, c'est vers Cicéron qu'il faudrait chercher pour trouver des éloges envers les druides.

Le reportage se focalise sur la période de la guerre des Gaules (entre 58 et 52 av. JC), dont la principale source écrite est l’œuvre éponyme rédigée par Caius Julius Caesar. Ce dernier est alors pro-consul en Gaule narbonnaise, territoire contrôlé par Rome depuis la fin des guerres puniques contre Carthage. Un proconsul est un ancien consul (le plus haut magistrat romain) qui est amené à gérer un province à la fin de sa magistrature. On parlerait actuellement de gouverneur. Au-delà du « Dernier Gaulois », ce reportage est aussi l'occasion de s'apercevoir du génie politique et surtout militaire de Jules César, presque inégalé jusqu’à Napoléon. Certes, César valorise ses adversaires pour augmenter son prestige, mais il est toutefois attesté que les différents peuples gaulois furent des adversaires redoutables pour les Romains. Le souvenir de la victoire de Brennus est resté douloureux dans les mémoires romaines. Malheureusement pour eux, les Gaulois sont à l'époque de la guerre des Gaules rongés par les luttes intestines et Rome exerce une véritable fascination pour une partie de leurs élites. Ils ne purent pendant ces six années offrir une opposition solide, ce qui ne les empêche pas de vaincre les Romains à Gergovie avant d'échouer à Alésia. Nous apprécions que le reportage mentionne que Vercingétorix a servi au côté de César, nous regretterons cependant que cet aspect n'ait pas été plus expliqué. César apparaît dans le reportage comme froid et cynique, n'hésitant pas à massacrer vieillards, femmes et enfants et à humilier les aristocrates gaulois. C'est un homme avide de pouvoir dans sa lutte contre Crassus et Pompée qui va parvenir à dominer toute la Gaule (oui toute, même les villages d'Armorique !) et pénétrer en Bretagne.

Sur ce point, on pourra toujours s'interroger. Le caractère des personnages participe plus de la narration que de la réalité. Ce n'est pas le seul élément discutable du reportage. Outre l'absence d'explication sur le « retournement » de Vercingétorix, le reportage ne fait que peu de cas de la cavalerie gauloise, la meilleure de son temps. Il est peut-être un peu caricatural sur le rôle de la femme. Certes, il était nécessaire, et nous ne nous en plaindrons pas, de rappeler que la femme gauloise avait un rôle sociale plutôt favorable, surtout si on la compare à d'autres cultures, y compris de nos jours. Mais cela manque peut-être un peu de nuance. Quant au passage sur le gaulois étreignant une femme avec un mot grivois, il était totalement dispensable... La diversité des peuples n'est pas non plus très marquée. A diverses reprises le narrateur, Clovis Cornillac, nous parle de diversité dans les panthéons, mais les dieux ne sont presque jamais mentionnés, sauf dans le cadre des batailles avec Taranis et Teutates. L'Aquitaine est par ailleurs complètement oubliée, quid des Vascons de Novempopulanie qui occupent une partie non négligeable de la Gaule ?

Au terme de ce reportage, nous pouvons toutefois tirer quelques leçons d'histoire. La liberté défendue par Vercingétorix ou Apator - celle de rester un ensemble de peuples distincts pouvant vivre en bonne intelligence avec l'empire romain - est très noble, mais elle montre la difficulté de résister face à une puissance organisée, déterminée et qui parvient à séduire une partie des élites adverses. Il apparaît assez clairement qu'une partie des élites gauloises se laisse séduire par le commerce et qu'elle voit surtout ses intérêts immédiats dans ce domaine. Cela nous rappellerait presque nos élites actuelles… Presque... Nous savons désormais de façon certaine que la romanisation fut avant tout un processus de séduction, contrairement à l'idée jadis en vogue selon laquelle Rome aurait imposé son mode de vie. C'est un long processus d'acculturation et d'adoption des mœurs romaines (comme les tria nomina ou la toge) qui fera des Gaulois des Romains à part entière. Paradoxe lorsqu'on étudie dans le même temps l'hellénisation des élites romaines.

A l'heure de la faillite de notre système d’assimilation (qu'on s'en réjouisse ou qu'on le regrette n'est pas le sujet ici), ces questions identitaires et culturelles ne sont pas négligeables. Le reportage conclut en disant que les Gaulois deviennent des « gallo-romains », mais cette expression est aujourd'hui contestée et traduit l’ambiguïté de la dimension identitaire à cette époque. En effet, être Romain, ce n'est plus simplement être issu de la ville de Rome, mais être un citoyen de l'ensemble politique dirigé par Rome. Ce n'est plus l'ethnie qui définit seule l'identité, mais l'appartenance à un ensemble culturel et politique. Au final, le titre est bien choisi, car sans que les contemporains en aient conscience, Alesia a scellé le sort d'une civilisation mais peut-être aussi d'une conception de l'identité et de la citoyenneté.

Jean/C.N.C.

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En replay jusqu'au 04/01 : FranceTV

Illustration : MagduWebdesign