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05/02/2016

Chronique de livre : Michel Pastoureau "Le roi tué par un cochon. Une mort infâme aux origines des emblèmes de la France ?"

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Michel Pastoureau

Le roi tué par un cochon ; Une mort infâme aux origines des emblèmes de la France ?

(Seuil, 2015)

Le succès qu’obtiennent les parutions de Michel Pastoureau est amplement mérité. Ses thèmes d’étude sont originaux et permettent de combler nombre de lacunes d’une historiographie qui a longtemps fait l’impasse sur une grande part du symbolisme moyenâgeux. Lire Pastoureau, c’est comme entrer dans une bibliothèque remplie de secrets. On en apprend à toutes les pages tant son érudition est impressionnante et, surtout !, bien employée. Ses livres sont d’une rigueur toute universitaire en étant d’une grande clarté car écrits d’une plume des plus agréables. S’il est l’un des médiévistes les plus en vue aujourd’hui, on ne peut que s’en féliciter. Au C.N.C., nous avons toujours été très friands de ses travaux et cette chronique viendra s’ajouter à celles de son maître-ouvrage L’Ours, histoire d’un roi déchu ainsi qu’à l’étude d’une couleur qui nous est chère : Noir, histoire d’une couleur.

Dernier ouvrage de l’auteur, Le roi tué par un cochon intrigue dès que l’on a lu son titre. Sous-titré Une mort infâme aux origines des emblèmes de la France ?, le lecteur se voit plongé dans une sorte d’inconnu : aucun de nos rois n’est pourtant mort à cause d’un cochon… Eh bien si ! Et toute la présente étude s’articule autour de cet événement longtemps oublié : son déroulement, ses conséquences ainsi que la décortication de tout ce qui y touche de près ou de loin.

Le 13 octobre 1131 meurt à Paris le jeune Philippe, fils aîné du roi Louis VI le Gros. Agé de 15 ans, le garçon décède des suites d’une chute de cheval causée en pleine rue par un cochon qui s’est jeté dans les pattes du destrier royal. Royal oui… car Philippe est déjà roi lui aussi depuis 1129. Associé au pouvoir de son père selon l’usage des premiers Capétiens, il est une sorte de second roi. Cette mort horrible et tragique pour une dynastie capétienne encore contestée est, selon Michel Pastoureau, un événement fondateur de l’histoire de France.

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Le décès de Philippe apparaît aux contemporains comme bien plus qu’un simple accident. C’est une mort infâme, ignoble, honteuse écrivent les chroniqueurs. Pourquoi ? Parce qu’elle a été causée par un cochon, considéré au Moyen Âge comme une bête impure, vile, symbole de saleté, de gloutonnerie et de péché en général. Le cochon est un animal qui figure en bonne place dans le bestiaire de Satan. En témoigne bien cette désignation : « porcus diabolicus ». Michel Pastoureau consacre évidemment un gros chapitre à cet animal devenu impur par héritage biblique et explore sa place dans la société et les mentalités médiévales ainsi que le rejet qui est le sien dans les religions monothéistes. La mort de Philippe étant causée par un animal diabolique, elle pose un énorme problème à la dynastie capétienne : elle la souille. Cette mort infâme (étymologiquement, qui nuit à la fama, c’est-à-dire au renom ou à l’honneur d’une personne ou d’un groupe de personnes) salit les Capétiens dans leur ensemble, eux et leur légitimité…

Louis VI et ses conseillers (Suger, Saint Bernard) agissent sans tarder pour laver cette mort qui pourrait être considérée comme un acte divin… Dieu punirait-il par-là les Capétiens ? Ceux-ci ont-ils trop péché ? Il est vrai qu’ils ont souvent eu maille à partie avec l’Eglise et la papauté (plusieurs ont d’ailleurs été excommuniés)… Nous sommes à une époque où le pouvoir de l’Eglise se renforce considérablement et réussit à imposer ses systèmes de valeurs qui rentrent bien souvent en conflit avec les usages antérieurs. Pastoureau, comme toujours, explore ces bouleversements et il est passionnant de constater jusqu’à quel point ils furent profonds, que ce soit de manière directe ou symbolique (la partie consacrée à la corpulence des rois est à cet égard fort révélatrice ; c’est aussi à ce moment que l’ours est détrôné de sa place de roi des animaux…).

Devant se racheter et se rapprocher de Dieu pour effacer la souillure qui les tache, Louis VI et son successeur (son fils, Louis VII) utiliseront tous les moyens possibles pour retrouver les grâces divines et renforcer la légitimité de leur pouvoir. Selon l’hypothèse de l’auteur, c’est ce qui aurait amené la dynastie capétienne à l’adoption de deux symboles fondamentaux comme emblèmes royaux : le lis marial et le bleu céleste. Pastoureau revient en détail sur l’histoire symbolique de ces deux emblèmes qui ont la particularité de symboliser la pureté et de se rattacher à la Vierge. Sous le patronage de la mère du Christ, la monarchie française pouvait se différencier des autres et, surtout, se considérer désormais comme la fille aînée de l’Eglise, montrer sa pureté et effacer à jamais la souillure apportée par la mort de Philippe…

L’hypothèse est séduisante car sérieusement documentée. On saura surtout gré à l’auteur d’avoir sorti une nouvelle fois un ouvrage passionnant (dont je n’ai fait qu’effleurer la richesse) qui contribue une fois encore à mieux comprendre notre passé et les mentalités anciennes.

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

03/02/2016

Chronique musicale: Absurd "Live and raw in the North"

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Absurd, Live and raw in the North

(Darker than Black / Nebelfee Klangwerke, 2015)

Si un nouvel album a été annoncé depuis des mois, l’actualité récente d’Absurd s’est résumée à dépoussiérer des raretés ; raretés que j’avais mises à l’honneur en ces pages (le EP Größer als der Tod et le live en prison d’In Ketten). C’est maintenant à un court enregistrement live avec le plus récent line-up d’Absurd auquel ont droit les amateurs du légendaire groupe allemand. Pourquoi pas me direz-vous. Cela rappellera aux plus nostalgiques une époque où cela était plutôt répandu (le EP Maiden Japan d’Iron Maiden étant le plus connu du genre) et permettra en outre une écoute plus facile car le Black Metal en live, ce n’est pas toujours le top et certains albums du style sont bien indigestes…


Je me dis toutefois qu’un album live entier aurait pu être envisagé car ceux qui ont vu Absurd en concert à cette période (il y a une dizaine d’années grosso-modo) pourront se rappeler à quel point les Allemands assuraient sur scène. Ils s’étaient d’ailleurs produit à deux reprises près de chez nous, en Flandres (en 2004 à Waregem et en 2008 près d’Audenarde). Deux excellents concerts. Début 2008, c’est l’apogée du groupe qui s’embarque avec les grecs de Der Stürmer pour une mini-tournée en Finlande. Cet événement fit du bruit tant dans le milieu NSBM qu’en Finlande où médias et antifas menèrent-en vain-une campagne hystérique à l’encontre des deux concerts programmés. Ce fut le Carelian Pagan Madness tour (clin d’œil à la démo qui « lança » réellement Absurd en 1995 : Thuringian Pagan Madness). Cette mini-tournée sera l’occasion pour Der Stürmer de sortir un album live quelques mois plus tard. Certains titres d’Absurd ayant été également enregistrés (« unintentionally » disent-ils) lors du concert de Tampere, nous y avons droit aujourd’hui.

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La bonne idée de ce 45 tours est de présenter des titres qu’aucun autre enregistrement live du groupe ne proposait. C’est le cas par exemple de « Wolfsblut », tiré de l’album Blutgericht ou encore de cette chanson qui reste pour moi l’une des meilleures d’Absurd : « Colours of Autumn » (originellement sur le split avec Pantheon). Le son est bon, la prestation aussi. Pourquoi s’en priver ? D’autant que cet EP est limité à 1000 copies et qu’il est annoncé qu’aucune réédition ne sera faite à l’avenir.

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

30/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Société argentine

L'Argentine... La Patagonie, Terre de Feu, Ushuaia... Des images de terres mystérieuses défient immédiatement l'imaginaire. Mais que savons-nous en réalité de l'Argentine ? Que saurions-nous plutôt sans l'apport de Saint-Loup et de Jean Raspail, à qui il nous faudra éternellement savoir gré d'avoir initié le lecteur européen à cette glorieuse Nation, tout au moins, sa partie la plus méridionale ? Le pays est également familier de Corto Maltese. Voyez qu'on y est en agréable compagnie ! L'Argentine est ainsi ce pays conique long de 3.700 km depuis les plaines sèches du Gran Chaco au Nord jusqu'aux steppes de landes désertiques du pays patagon, si bien chantées par l'un des plus grands écrivains-guerriers européens et le plus grand écrivain français encore vivant. Pays sulfureux à l'Histoire chaotique qui voit se succéder onze militaires sur les seize Présidents qui gouvernèrent depuis Buenos Aires de 1930 à 1983. Pays frère de l'Europe à en juger par l'expérience péroniste dont le régime nationaliste établit une synthèse originale unissant les forces vives de la Nation par une salvatrice redistribution des richesses nationales, fédérant ainsi une classe ouvrière hostile au communisme. La bourgeoise, toujours prompte à trahir, œuvrait de noirs desseins pour provoquer la chute de Juan Domingo Perón. La mort prématurée d'Evita, en 1952, est le coup de grâce. Eva Perón ne sera plus là pour galvaniser le peuple par son verbe et sa beauté ; elle qui ne craignait pas d'assurer que "La violence aux mains du peuple n'est pas la violence, mais la justice." Les militaires rodent bientôt autour de la présidence. Trois ans plus tard, un coup d'Etat chasse Perón du pouvoir. La main américaine n'est pas très loin. Les juntes réactionnaires mettent le pays en coupe réglée et accentuent la répression. Nombreux sont les morts ou les desaparecidos dont on ne retrouvera jamais la trace. La lente dépression économique accompagne une longue période d'instabilité politique. L'Argentine boit le calice jusqu'à la lie lorsqu'elle est plongée dans un conflit contre la Grande-Bretagne en vue de rasseoir sa souveraineté sur les Îles Malouines. Guerre mal préparée dont le Premier Ministre anglais James Callaghan sort bien évidemment vainqueur. Mais puisqu'il n'y a pas de petite revanche, c'est sur une pelouse mexicaine que Diego Armando Maradona humilie la Perfide Albion, en éliminant l'Angleterre en quart de finale de la Coupe du Monde, grâce à deux buts dont l'un marqué de la main. La Main de Dieu a frappé ! L'Argentine vengée ! Si la victoire footballistique de 1986 aura masqué la défaite militaire de 1982, l'Argentine dérive néanmoins progressivement vers une crise économique et financière sans précédent avant de s'effondrer totalement en 2001. Nouvelle page sombre pour des peuples qui ne craignent pas la révolte devant l'injustice, que ce soient les autochtones ou les descendants des Conquistadors. L'Argentine, pays de grande culture, dont le cinéma et les lettres ont bien du mal à pénétrer l'univers français, à l'exception notable de Jorge Luis Borges, pour qui ne fait pas la démarche de s'y intéresser. Aussi, le cinéma argentin est-il quasi-inconnu en France, si ce n'est quelques films bénéficiant d'une faible distribution. Il mérite pourtant d'être vu. Commençons par le lire...

 

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EL AMOR ES UNA MUJER GORDA

Film argentino-néerlandais d'Alejandro Agresti (1987)

A Buenos Aires, José, la trentaine, est un journaliste enclin au stress qui a sombré dans la mélancolie. Désespérément, il tente de trouver sa place dans la société argentine post-dictatoriale. En vain ! Ses articles sont jugés trop critiques et en opposition avec la ligne éditorial du quotidien dans lequel il publie. Chargé de rédiger un papier sur le tournage d'un documentaire sur la pauvreté dans le pays, José comprend que l'équipe de tournage américaine maquille la réalité afin qu'elle paraisse plus dramatique. Le journaliste motive son refus. Son patron motive son licenciement. Embrassant lui-même la précarité, José est contraint de déménager de pension à plusieurs reprises. Il erre en ville en proie à de nombreuses interrogations. En réalité, c'est l'amour que José cherche ; plus particulièrement celui de Claudia, avec qui il a eu une aventure et dont il n'a plus aucune nouvelle depuis leur séparation à la sortie d'un concert de rock...

Si la jeunesse n'adhérait pas au régime des juntes, l'écroulement du pouvoir militaire laissa la jeunesse argentine dans un grand désarroi. Dans ce film désenchanté, Agresti montre avec brio le désespoir de cette jeunesse. Le réalisateur livre un film pessimiste dont le discours intransigeant et sceptique montre les blessures irréversibles de l'héritage du régime autoritaire et les craintes de l'avènement d'une nouvelle société néo-libérale qui ne nourrit guère plus d'espoirs. Le choix du noir et blanc renforce la désespérance de l'œuvre tandis que les cadrages et la mise en scène schizophrénique, alternant plongées et contre-plongées de la caméra, invitent le spectateur à mieux perdre ses repères visuels et s'immerger plus dans cette période de tensions. Emigré aux Pays-Bas à 26 ans, Agresti en profite pour glisser quelques envolées sur le rôle sociopolitique du Septième art qui paraîtront parfois absconses. Inédit en France, le titre peut se traduire par L'Amour est une grosse femme.

 

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LA CIENAGA

Film argentino-hispano-français de Lucrecia Martel (2001)

La Ciénaga est une petite ville du Nord Ouest de l'Argentine, à proximité de laquelle se situe la Mandragora, une propriété rurale entourée de fétides et dangereux marécages. C'est l'été sur l'hémisphère Sud en ce mois de février. Dans la maison décrépite, Mecha, la cinquantaine, y passe ses vacances avec ses quatre enfants et son mari aussi infidèle qu'inexistant. Les vacances dans la maison sont moroses, à l'image du dehors. L'eau de la piscine est pestilentielle et une vache ne cesse d'agoniser, engluée qu'elle est dans le marécage. Pour tromper l'ennui, Mecha s'alcoolise de vin plus que de raison. La boisson, la chaleur suffocante et moite accompagnée de pluies torrentielles provoquent l'accident. Mecha se blesse gravement en chutant sur le béton de la terrasse tandis qu'elle ramasse des verres vides dont des tessons pénètrent sa poitrine et sa gorge. L'accident, au sein d'une famille qui ne communique plus, recueille l'indifférence de tous. Tali, cousine de Mecha, arrive au chevet de la blessée, accompagnée elle-même de ses quatre enfants...

La Ciénaga est traduisible par marécage. L'image colle parfaitement à cette vie de famille bourgeoise déclassée, embourbée dans le néant délétère du suprême ennui ; l'alcool tenant lieu d'évasion. Une famille dont les liens partent à vau-l'eau ; métaphore de l'Argentine de l'après-crise économique de 2001. Une Nation argentine à genoux et semblant incapable de se relever. Etouffante, oppressante, à l'image du climat tropical et des faune et flore en putréfaction, l'atmosphère du film de Martel procure un profond malaise. Malaise sublimé par ces deux fratries de cousins, livrés à eux-mêmes, qui développent des penchants incestueux. La force de l'œuvre est de les suggérer plus que les offrir au regard, renforçant ainsi la tension. Le temps semble suspendu dans cette œuvre brute concernant laquelle on a rarement rendu l'ennui aussi captivant. Un film splendide que tout le monde n'aimera pas car peu accessible aux profanes du cinéma d'art et essai.

 

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EL CINCO

Titre original : El 5 de Talleres

Film argentin-uruguayo-néerlando-germano-français d'Adrián Biniez

Patón Bonniassolle a 35 ans. Selon, lui, le bon âge pour mettre un terme à sa carrière de libéro et capitaine du club de football de Talleres de Escalada, modeste club professionnel évoluant en Division C. Et ce, à plus forte raison après que le bouillant joueur ait écopé d'un carton rouge accompagné d'une sanction de huit matchs de suspension, à quelques journées de la fin du championnat. Son épouse, Ale, est emplie d'enthousiasme à l'idée qu'il raccroche les crampons. Beaucoup moins le père qui vit la carrière du fiston par procuration. L'entraîneur également qui voit en Patón l'âme de son équipe. Capitaine dévoué et respecté, le numéro 5 tente de planifier sa nouvelle vie. C'est l'inconnu qui le terrorise après une vie vouée au ballon rond, celle d'un bon joueur d'un petit club qui termine sa carrière sans argent et dont la gloire de ne dépasse guère les frontières des tribunes des ultras. La reconversion s'avère plus difficile à assumer que prévu...

C'est réussi ! Biniez livre un regard tendre et drôle sur la vie d'un footballeur qui pense l'après-pelouse. Joueur désabusé mais honnête, Patón est à des années lumières des cancres des championnats européens. L'incertitude de la reconversion poursuit ce libéro attachant et lui fait toujours repousser l'inéluctable. Le réalisateur présente, avec une exquise délicatesse, les doutes existentiels de ce sportif qui a sacrifié ses études pour sa passion. Aussi, apprenons-nous qu'un footballeur a des doutes existentiels et c'est déjà pas mal ! Les difficultés de tourner la page et de se reconstruire ont inévitablement des conséquences sur ce couple fou amoureux dont la vie à deux oscille entre fougue passionnée et disputes orageuses. Le 5 n'est pas qu'un film sur le football. Loin de là. Julieta Zylberberg est sexy en diable ! Curiosité : la France compte parmi les pays producteurs du film sans que celui-ci ne semble sortir dans les salles hexagonales. Les secrets du cinéma sont parfois aussi impénétrables que les voies du Seigneur....

 

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L'HISTOIRE OFFICIELLE

Titre original : La Historia oficial

Film argentin de Luis Puenzo (1984)

Buenos Aires en mars 1983, dans les derniers mois de la junte militaire agonisante du Général Videla. La contestation publique est de plus en plus manifeste après la Guerre des Malouines qui vient de consacrer la victoire britannique. Alicia, la quarantaine est professeur d'Histoire dans un lycée. Ses cours sont récusés par ses élèves qui critiquent l'enseignement officiel de l'Histoire contemporaine. Alicia mène néanmoins une vie heureuse et bourgeoise auprès de son mari Roberto, gros industriel proche du pouvoir et qui use parfois de l'illégalité dans son domaine professionnel. A cause de sa stérilité, Alicia a adopté Gaby, adorable fillette de cinq ans. Tout va donc pour le mieux pour elle jusqu'à ce que sa meilleure amie d'enfance, rentrant d'un long exil, vienne lui rendre visite. Car Alicia entend, par la bouche de son amie ce qu'elle ne voulait pas voir ni entendre. La prison, la torture, les viols... Et surtout, les adoptions illégales pratiquées contre la volonté des mères emprisonnées. Le témoignage bouleverse l'existence d'Alicia. Elle n'a plus qu'un but désormais : mener l'enquête pour connaître la vérité sur l'origine de sa fille et retrouver ses géniteurs...

Réalisé à chaud moins d'une année après la chute de la dernière junte militaire, l'œuvre de Puenzo est la première à traiter du sujet des desaparecidos ; ces 30.000 personnes arrêtées et portées disparues sous le régime des juntes successives. Dès 1977, les Mères et grands-mères de la Place de Mai fondent une organisation dont le but est de retrouver les bébés des femmes disparues qui se virent confiés à des familles argentines proches du pouvoir et de remettre les enfants aux familles légitimes. Ce sujet central est effleuré à travers l'histoire de la mère et le récit qui lui est donné par son amie. Puenzo dresse un beau portrait de femme dont les certitudes sont progressivement ébranlées. La prise de conscience d'Alicia, compromise avec le régime militaire, par le biais de son mari, fait suite à des réactions affectives plus qu'à une véritable réflexion sur la nature de la junte. Film sans gros défaut bien qu'il joue peut-être trop sur le pathos et dont la réalisation pourra paraître trop académique et manichéenne.

 

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ILUMINADOS POR EL FUEGO

Film argentin de Tristán Bauer (2005)

En 2002, la Guerre des Malouines est terminée depuis vingt ans. Aujourd'hui la quarantaine, Esteban Leguizamón est un ancien conscrit qui a connu la guerre à 18 ans. Il a depuis fondé une famille et travaille comme journaliste à la télévision. Le lointain souvenir des combats se rappelle à lui lorsque le téléphone lui annonce que son ancien camarade de régiment, Alberto Vargas, est dans un état comatique après qu'il ait tenté de se suicider à l'aide d'une forte absorption de drogue et d'alcool. Leguizamón visite son ami à l'hôpital. Les souvenirs des combats lorsqu'il était plongé dans des conditions extrêmes, supportant le froid et la faim, ne manquent de raviver sa mémoire. Rencontrant la mère de Vargas au chevet de l'alité, l'ancien combattant se rend compte qui si, lui, a pu occulter ces souvenirs, son camarade n'était jamais parvenu à quitter les Malouines et n'avait connu que la dépression à la suite de sa démobilisation...

La Guerre des Malouines constitue une cicatrice de l'Histoire argentine dont la plaie est toujours à vif. Buenos Aires a toujours revendiqué ses droits sur ces archipels concernant lesquels les Nations Unies ne sont pas encore parvenues à déterminer la souveraineté entre les belligérants. Historiquement argentines mais sous domination britannique depuis la première moitié du 19ème siècle, les troupes argentines débarquent en avril 1982. Le conflit consacre la victoire de la Couronne trois mois plus tard et causa la mort de 874 soldats dont 649 de nationalité argentine. Le conflit est d'autant moins bien perçu par la jeunesse argentine que cette guerre apparut perdue d'avance et comme un baroud d'honneur de la junte militaire agonisante. Le film fait s'alterner agréablement flashbacks de scènes de combat, excellemment restituées d'ailleurs, et scènes contemporaines sur le devenir du héros deux décennies plus tard. Malheureusement inédit en France.

 

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LA MAISON DE L'ANGE

Titre original : La Casa del angel

Film argentin de Leopoldo Torre Nilsson (1957)

La capitale argentine dans les années 1920. Troisième et cadette d'une famille aristocrate, Ana est une adolescente de quatorze ans, élevée dans la plus stricte éducation catholique par une mère puritaine. Ana étouffe autant que ses frustrations grandissent. Soumise à un enfermement voulu par sa mère, l'éducation de l'adolescente est confiée à une institutrice dont le soin est de contrôler la jeune fille afin qu'elle conserve une pudeur la plus stricte. Le père, lui, est très régulièrement absent. Cadre d'un parti politique, il est acoquiné avec le jeune député Pablo Aguirre qui tente d'étouffer un scandale financier dans lequel le père d'Ana pourrait être impliqué lorsqu'il était ministre. Souvent présent dans la demeure bourgeoise, le charismatique député Aguirre sème le trouble dans l'esprit de la jeune fille. Bénéficiant d'un blanc-seing de confiance au sein de toute la famille, Aguirre parvient à violer la jeune fille sans soulever aucune suspicion...

Le film fit connaître Nilsson au monde entier. Et on le comprend ! Le réalisateur campe à la perfection le personnage d'Ana en jeune fille naïve et déjà désabusée du conformisme bourgeois. Ana suffoque entre le carcan d'une mère bigote qui incarcère la jeune fille dans une prison dorée à l'intérieur de laquelle les statues nues sont voilées et toute nudité proscrite, même lorsqu'il s'agit de prendre le bain, et de l'autre côté, un père lointain et corrompu. La pénétration de l'adolescente dans l'âge adulte se fait ainsi par le truchement d'un député corrompu et corrupteur qui vainc facilement une trop grande candeur héritée de l'éducation maternelle et rigoriste de la religion. L'emploi du noir et blanc est, en outre, remarquable et la réalisation très esthétisante dans ses cadrages. La jeune Elsa Daniel est parfaite dans sa prestation d'adolescente. A voir !

 

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UN LIEU DANS LE MONDE

Titre original : Un Lugar en el mundo

Film argentin d'Adolfo Aristarain (1992)

Jeune homme un peu paumé, Ernesto a vingt ans lorsqu'il vient passer une journée sur les lieux de son enfance à Valle Bermejo, petit village perdu dans les montagnes argentines. Reviennent les souvenirs heureux de son enfance. Ernesto se souvient surtout de Luciana, son premier amour, fille du contremaître Andrada, plus gros propriétaire terrien du coin. Engagés activement dans le péronisme, les parents de l'adolescent avaient mené la lutte contre Andrada en prenant fait et cause pour la coopérative administrée par les bergers de la vallée. Le renversement de Perón avait obligé les parents du jeune garçon à s'exiler en Espagne pendant huit années. Ernesto était né en Espagne durant cet exil. Revenus en Argentine, Ana, la mère médecin, et Mario, le père instituteur, avaient souhaité refonder la coopérative d'éleveurs constituée uniquement des petits producteurs. Au cours de cette journée mémorielle, Ernest rencontre Hans, ingénieur géologue à la recherche de pétrole. Homme sage, Hans enseigne à Ernesto que, lui aussi, trouvera un jour son lieu dans le monde. Le jeune homme réalise à quel point le militantisme parental a influé sur sa vie...

Aristarain interroge les notions d'existence et de liberté en confrontant les souvenirs et les aspirations du protagoniste. Le film, dont la structure est un long flashback évoque le passage de l'adolescence à l'âge adulte d'un homme qui effectue un retour aux sources de son enfance pour trouver les réponses à ses questions sur le sens de sa vie et son futur de la plus longue mémoire. C'est dans cette vallée perdue qu'il relie son présent à son enfance et son devenir. Ernesto comprend désormais les raisons pour lesquelles il a toujours admiré ses parents malgré l'échec de leur lutte et la contrainte d'un exil de plusieurs années. Son enfance aura finalement été heureuse bien qu'il n'ait pas encore trouvé sa place dans la société. Le réalisateur filme avec douceur l'âpreté de la lutte et la sensibilité des relations humaines, les doutes, l'échec de l'idéal, les tensions familiales engendrées par la lutte aussi. Agréable !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

23/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Féminisme

Les seins nus des Femen n'auront pas suscité le désir dans nos milieux ! Leurs actions à Notre-Dame de Paris et aux Manifs pour Tous n'auront pas plaidé en leur faveur et elles ne réclamaient pas notre enthousiasme non plus. Les militants de nos milieux, plus habitués aux nervis gauchistes ou aux forces de l'ordre, comptent dorénavant parmi leurs traqueurs les célèbres sextrêmistes aux seins nus. Qu'elles ont de jolis par ailleurs ! Les Romains savaient apprécier le nez de Cléopâtre après tout... Par contamination virale, l'antifemenisme s'est mué en un antiféminisme, couvrant d'un même opprobre la moindre remarque féminine perçue comme activiste. L'antiféminisme apparaît alors plus que jamais comme l'anti-Affaire Dreyfus. Or, l'irruption des Femen dans les rues parisiennes en 2012 aura surtout mis en évidence la pauvreté du débat dans nos cercles sur la question de la femme dans nos sociétés. Entre ceux qui estiment que la Femme a acquis tous ses droits et ceux qui ne cachent pas leur souhait de voir sa condition être rétrogradée au domicile, la conversation n'a pas de quoi fouetter une chatte ! Et soudain, Cologne inaugure une longue litanie de villes européennes, dans lesquelles des femmes blanches symbolisent le plus précieux butin de guerre en cette soirée de la Saint-Sylvestre. Le Taharrush gamea constitue la dernière trouvaille d'envahisseurs toujours plus prompts à tester la capacité de résistance des peuples européens. Et ils ne seront pas déçus ! Passons sur les déclarations des classes politiques européennes, hommes et femmes confondus, qui minimisent les évènements de la manière la plus effroyable maintenant qu'il n'est plus possible de les cacher. Pour les féministes aussi, il y aura un avant et un après Cologne. Car les réactions les plus odieuses proviennent bien de celles qui se revendiquent être à la pointe du combat pour la défense de la Femme. Certes, il est vrai que les migrants n'ont pas le monopole des agressions physiques et sexuelles commises contre les femmes et que la dénonciation de ces violences est la partie immergée de l'iceberg qui maintient sous l'eau d'autres discriminations moins visibles. Mais en refusant de percevoir la montée de l'islamisme comme un péril pour la condition féminine, les féministes viennent de dévoiler l'imposture de leur mouvement contemporain. L'embourgeoisement du prêt-à-penser féministe vient de sonner son glas et Cologne sera son tombeau sur lequel danseront les agresseurs. Et ils auront bien raison d'en profiter puisque les prétendues héritières de Simone de Beauvoir ne s'émeuvent des viols et attouchements que parce qu'ils ne sont pas le fait de la bête immonde. Il semblait pourtant qu'une main dans une culotte restait une main dans une culotte ! Non ! Les féministes ont admis que la gravité des actes serait désormais graduée selon l'origine des auteurs... Ce 31 décembre, l'Homme redécouvre brutalement que l'intégrité de la femme ne constitue nullement un acquis. Et pour l'homme européen, y aura-t-il aussi un avant et un après Zurich, Helsinki ? Les questions de la place et de la condition féminines dans nos sociétés du troisième millénaire comptent parmi les plus difficiles à aborder tant les réactions sont épidermiques. Le féminisme est-il une lutte des sexes qui viendrait s'agglomérer à la lutte des classes englobée dans un choc des civilisations ? Consiste-t-il à doter les femmes d'un pénis et offrir un pubis aux hommes ? Peut-être est-il un tort de battre en brèche la légitimité du questionnement sur l'existentialisme féminin... N'est-il finalement pas reproché aux femmes de penser leur rôle sociétal là où l'Homme a abdiqué sa réflexion et accepté son aliénation ? Seul le droit de vote des femmes ne semble être remis en cause par personne. La classe politique française, si prompte à donner la leçon, oublie d'ailleurs volontiers que celui-ci, accordé en France en 1944, le fut après d'autres Nations bien moins droits de l'hommiste, telles que le Salvador, Cuba, le Sri Lanka, la Mongolie et bien d'autres. Et aujourd'hui encore, le salaire des femmes est inférieur de 20% à celui des hommes. Il s'en trouve d'ailleurs pour justifier cela sans se poser la question de savoir à qui profite le crime ? Bien évidemment pas à la Femme. Mais à l'Homme non plus... A qui alors ? Le Capital, lui, se réjouit de justifier cette différence par les absences répétées pour cause de maternité, de la même manière qu'il jouit de l'arrivée massive des praticiens du Tamarrush gamea pour payer des salaires encore plus faibles que ceux des autochtones. Il n'y a pas de petites économies ! D'aucuns rêveront d'une société idéale ou la Femme échappera à l'aliénation par le travail en s'activant aux fourneaux. Lointaine chimère désormais que l'avènement du capitalisme a balayé depuis bien longtemps. Sans risquer le pilori, il faudra bien un jour se poser certaines questions que se posent les féministes, et justement sans elles puisqu'elles sont mortes bien qu'elles ne le sachent pas encore. Refuse-t-on de penser le socialisme à cause du Parti Socialiste ? Mais passons au cinéma.

 

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LA BELLE SAISON

Film français de Catherine Corsini (2015)

1971, Delphine travaille dans la ferme parentale de la campagne corrézienne. Ses parents verraient d'un bon œil qu'elle épouse Antoine, un agriculteur voisin amoureux de la jeune femme. La réciprocité sera difficile car Delphine aime les femmes. Lorsque sa petite amie lui annonce son prochain mariage avec un homme et son désir d'une vie normée, Delphine, désemparée, gagne la capitale afin de s'émanciper de la tutelle parentale et devenir autonome financièrement. A Paris, elle assiste à une curieuse scène lors de laquelle un groupe de femmes met la main aux fesses des hommes en hurlant des slogans féministes. Elle fait ainsi la connaissance de Carole, parisienne au fort caractère et militante du Mouvement de Libération des Femmes de la première heure. Delphine intègre la lutte féministe en même temps qu'elle tombe éperdument amoureuse de Carole qui est en couple avec Manuel...

Mélange de Brokeback Mountain et de Vie d'Adèle pour ses scènes de sexe, La Belle saison énonce clairement son souhait de faire fusionner la défense des droits des femmes et la volonté de vivre comme elles l'entendent. Au point que Corsini risque de créer l'amalgame entre féminisme et homosexualité, fait rare du cinéma féministe. Si le film contient tous les thèmes de la lutte pour l'égalité des sexes, et s'il illustre parfaitement l'incompréhension masculine, au sein du monde patriarcal et rural, quant à l'émancipation des femmes, il s'agit aussi d'une histoire d'amour passionnelle entre deux femmes. Le scénario peut apparaître parfois un peu faible. Mais notons, en revanche, l'excellent travail documentaire sur la période des débuts du M.L.F. Le tumulte des assemblées générales, meetings, manifestations et autres actions féministes est, au final, bien rendu. Film assez intéressant pour comprendre la genèse du féminisme contemporain.

 

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LA DOMINATION MASCULINE

Documentaire français de Patric Jean (2009)

Dans une clinique, des chirurgiens pratiquent des opérations d'élargissement du pénis. Le vendeur d'un rayon jeux explique de quelle manière les industriels sexualisent les jouets. A Montréal, un forcené séquestre une classe entière avant de libérer les garçons et abattre toutes les filles. Son mobile ? Une haine tenace des femmes qu'il juge prendre la place des hommes dans la société. Au milieu de tout cela, un nombre conséquent de témoignages et de confrontations des différents points de vue. Hommes et femmes s'expriment devant la caméra et exposent leurs motivations diverses, parfois à contre-courant. Des hommes "féministes" admettent l'existence de la domination masculine et acceptent la nécessaire émancipation de la Femme. Egalement, des femmes, parfois d'extraction bourgeoise, qui avouent leur attirance pour un compagnon dominateur. Et bien évidemment, des positions plus conventionnelles avec des femmes qui dénoncent l'inégalité des sexes et des hommes revendiquant la place de la femme aux fourneaux...

"Je veux que les spectateurs se disputent en sortant de la salle", indiquait le réalisateur. Pari réussi ! Faites l'expérience avec votre moitié ! Il est vrai que le documentaire pousse à la réflexion et chacun dans ses ultimes retranchements. De même, il pointe le décalage entre la pensée et la concrétisation du comportement de chacun. Certains passages sont drôles, d'autres dramatiques ou surprenants tel ces hommes, membrés normalement, rêvant d'un plus gros pénis ; comportement ultra-minoritaire certes. A l'inverse, les propos féministes tenus par d'autres hommes seront perçus comme la provocation ultime. Le début du sujet est habile en ouvrant son propos sur les hommes, eux-mêmes victimes de la domination masculine et ses ravages. Le réalisateur souhaite embrasser tous les aspects de la soumission des femmes. Et c'est là qu'il devient parfois brouillon. Le film a au moins le mérite de provoquer le débat. Le titre du documentaire est naturellement emprunté à l'ouvrage sociologique de Pierre Bourdieu.

 

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FOXFIRE, CONFESSIONS D'UN GANG DE FILLES

Film franco-anglo-canadien de Laurent Cantet (2012)

En 1955, dans un quartier populaire d'une petite ville du Nord de l'Etat de New York. D'allure garçonne, Legs est révoltée par le conformisme mièvre de la société américaine et les injustices sociales. L'adolescente regroupe bientôt autour d'elles de jeunes disciples féminins. Legs, Maddy, Rita et Goldy créent une société secrète, Foxfire. Leur but ? Se venger de toutes les humiliations infligées par les hommes, combattre le machisme et la domination masculine. Mais surtout, faire vivre la société secrète selon ses propres lois. Aux petits délits, se succèdent des méfaits plus graves. Le clan s'agrandit et les dissensions internes sur la manière de réaliser l'utopie ne tardent pas à venir. La solidarité se rétablit après que Legs soit condamnée à purger une peine de quelques mois dans une maison de redressement. A sa sortie, Legs a un rêve : acheter une ferme dans laquelle Foxfire subsistera en toute autonomie. Mais le projet n'est pas si simple à pérenniser...

Seconde adaptation cinématographique du roman de Joyce Carol Oates à la mise en scène sobre. Le Foxfire de Cantet est, en cela, largement supérieur à celui d'Annette Haywood-Carter avec Angelina Jolie qui campe difficilement une femme en pleine rébellion. Les Foxfire, ce sont un peu des Femen avant l'heure qui gardent leurs vêtements. Les jeunes filles sont en tout cas à l'extrême opposé du féminisme soixante-huitard qui triomphera peu après. En adoptant la violence et un mode de vie communautaire, ces adolescentes écorchées vives exaltent le triomphe de la fureur juvénile révolutionnaire. Le gang réagit ainsi à des pulsions instinctives et ne fait que peu de cas des théories féministes. Le réalisateur parvient facilement à susciter l'empathie du spectateur à l'égard de cette révolte de lutte des sexes, doublée d'une lutte des classes, dont on devine aisément qu'elle se terminera mal. Et Cantet distille avec adresse les thèmes de l'homosexualité féminine et du racisme lorsque se pose le débat sur l'intégration au gang d'une jeune noire. Est-ce un film féministe d'ailleurs ? Cantet dirige avec talent nombre de jeunes actrices, vierges de toute expérience cinématographique.

 

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LES SUFFRAGETTES

Titre original : Suffragette

Film anglais de Sarah Gavron (2015)

A Londres, en 1912, Maud Watts est une jeune blanchisseuse travaillant dans des conditions exécrables sous la surveillance de contremaîtres masculins. Tandis qu'elle livre du linge dans une demeure, elle aperçoit une manifestation de suffragettes durement réprimée par la police. Attirée, elle s'engage progressivement dans l'Union Sociale et Politique des Femmes, dirigée par Emmeline Pankhurst. Maud ne tarde pas à payer son engagement militant. Mise à la porte par son mari, les difficultés sont nombreuses pour maintenir le lien avec son petit garçon. Qu'à cela ne tienne ! Maud n'abandonnera pas la lutte. L'insuffisance des manifestations pacifiques contraint les jeunes femmes à entrer dans la clandestinité. Les réactions du gouvernement sont proportionnelles à la radicalité accrue des actions des suffragettes. En butte à l'incompréhension de leurs maris, elles savent qu'elles peuvent tout perdre, leur travail, leur famille. Parfois leur vie...

Fruit d'un travail historique approfondi sur le mouvement des suffragettes, l'œuvre de Gavron dresse un remarquable panorama de la condition féminine du Londres du début du vingtième siècle ; l'accent cockney des actrices en moins. Si l'on peut qualifier la présente réalisation de film historique, le personnage de Maud Watts est, quant à lui, fictif. Aussi, la reconstitution est-elle soignée bien qu'elle n'échappe pas, parfois, à un certain manque de spontanéité. Plus de lâcher-prise dans la réalisation eût pu être souhaitable. On a du mal à imaginer comment des femmes engoncées dans de tels vêtements pouvaient pratiquer une lutte aussi radicale. 1918, les femmes propriétaires de plus de trente ans obtiennent le droit de vote, bientôt élargi sans conditions dix ans plus tard. L'action des suffragettes a joué un rôle déterminant, en même temps que le concours manufacturier des femmes dans la victoire de 1918. Un film poignant, peut-être un peu trop court !

 

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THELMA ET LOUISE

Titre original : Thelma and Louise

Film américain de Ridley Scott (1991)

Thelma Dickinson et Louise Sawyer sont deux amies qui s'ennuient fermement dans leurs vies monotones. Thelma mène ainsi une vie morne de mère au foyer sous la coupe de Darryl, époux machiste et violent, tandis que Louise, serveuse dans un snack qu'elle ne supporte plus, est délaissée par son petit ami Tommy. Louise convainc son amie de s'offrir un week-end en célibataires sur les routes désertes de l'Arkansas. Sans trop savoir pourquoi, la serveuse emporte un revolver. Les deux amies s'arrêtent dans un dancing. Thelma a l'impression de recouvrer sa liberté. Alcoolisée, elle suit un homme ivre sur le parking qui tente de la violer. Louise arrive à temps avec son revolver. Face à la vulgarité et l'agressivité de l'homme, elle appuie sur la gâchette. Refusant de se rendre à la police, la meurtrière emmène Thelma dans une cavale improvisée en direction du Mexique. De nombreux policiers se mettent à la poursuite de la Ford Thunderbird décapotable...

Curieuse anomalie dans la filmographie de Scott, le réalisateur met en lumière deux femmes frustrées de leur existence terne dont la soif de liberté est vite rattrapée par la fatalité sur un minable parking. Avec Susan Sarandon en femme de fort caractère mais sans grande intelligence et Geena Davis en minette plus légère et ingénue, le tandem fonctionne à merveille. C'est dans la violence qu'elles vont acquérir leur liberté et l'accomplissement d'elles-mêmes. Et si la précipitation des évènements les entraîne dans une spirale infernale de laquelle elles ne parviennent plus à sortir, au moins sont-elles désormais actrices de leur vie. En répondant par les armes à la violence masculine, l'œuvre est devenue l'un des films cultes des féministes les plus radicales. Le film ne faillit jamais voir le jour devant la méfiance des producteurs ultra-majoritairement masculins. Il est vrai que les hommes n'y ont pas le beau rôle ! Ce scénario a fait des émules depuis... Les plans sont, enfin, très convaincants et que dire des sublimes décors de l'Ouest américain !

 

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LA VICTOIRE DES FEMMES

Titre original : Josei no shori

Film japonais de Kenji Mizoguchi (1946)

1945, la reddition du Japon impérial favorise la sortie de prison de nombre de figures progressistes hostiles à Hiro Hito et considérées jusqu'alors comme des criminels politiques. Parmi elles, Keita est l'amant de la jeune avocate Hiroko. Les retrouvailles sont tendes entre les amants bien que Keita soit affecté par une grave maladie. Hiroko accepte de défendre une pauvre veuve qui a provoqué par inadvertance la mort de son bébé. La mère est accusée d'infanticide par le procureur qui n'est autre que le beau frère de Hiroko. Par crainte du scandale, le procureur somme sa belle sœur de renoncer à la défense de sa cliente. Déchirée entre son devoir familial et sa conscience professionnelle, la jeune avocate décide, après réflexion, de conserver la défense de la mère. De surcroit, prenant conscience de la condition féminine sur l'archipel nippon, Hiroko entend bien que ses plaidoiries servent la cause de la libération des femmes...

Mizoguchi fut marqué de manière indélébile par la vente de sa sœur par son père. Le cinéaste prolixe qu'il devint consacra la majorité de son œuvre à la place de la femme au sein de la société japonaise. La présente réalisation est loin de figurer parmi les plus beaux films de l'auteur. Elle n'en constitue pas moins une œuvre intéressante dans sa triple dénonciation d'une société qu'il juge trop archaïque. Par le biais de l'avocate Hiroko, le réalisateur condamne la rigueur d'une caste judiciaire qui entend maintenir coûte que coûte son statut élitaire en jugeant de manière arbitraire le petit peuple. L'argent également qui gangrène progressivement l'un des futurs fleurons du capitalisme et favorise le creusement des inégalités sociales. La femme, enfin, évidemment, qui apparaît sans défense face au système patriarcal et est condamnée d'avance, à l'image de la mère accidentellement infanticide. Cette mère qui est le point d'ancrage de Hiroko dans sa volonté d'entamer sa rébellion morale contre l'injustice.

 

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WE WANT SEX EQUALITY

Film anglais de Nigel Cole (2010)

Le printemps 1958 en Angleterre. Rita O'Grady, ouvrière de la succursale de l'usine Ford de Dagenham, découvre que les femmes sont moins bien payées que les hommes. Poussée par le syndicaliste Albert Passingham, elle enjoint les 187 couturières chargées de l'assemblage des revêtements des sièges autos à se mettre en grève pour la première fois, malgré l'hostilité de la majorité des syndicalistes. Leur revendication est simple. A travail égal, salaire égal entre les sexes ! Les femmes apprennent sur le tas la manière de monter des piquets de grève et confectionner des banderoles. Galvanisées par Rita, leur discours s'affermit en même temps qu'elles prennent confiance en elles. Déterminées à aller jusqu'au bout, Rita et ses collègues se battent malgré l'hostilité de la maison-mère de Detroit qui somme la direction de Dagenham à faire cesser l'agitation des jupes...

Film librement inspiré de la révolte des ouvrières de Dangenham qui aboutit à l'Equal Pay Act de 1970 et consacra l'égalité salariale entre hommes et femmes. La réalisation de Cole montre parfaitement les réactions que suscitent les révoltes du pot de terre contre le pot de fer. La grève suscite tout d'abord la moquerie des hommes, dont les époux de ces dames, puis l'incompréhension devant leur détermination et, enfin, l'hostilité lorsque l'action des grévistes provoque l'arrêt des chaînes de montage et la mise au chômage technique des 50.000 ouvriers pendant trois semaines ; Dagenham constituant la plus grande usine d'Europe de l'époque. Une partie de la gente masculine s'inclinera devant leur courage. Un film pimpant, drôle et truculent, en opposition au légitime pathos de ce type cinématographique. Un film glamour également. Trop peut-être ! On imagine mal les ouvrières du lointain East End si sexy... Passons ! La kyrielle d'actrices acidulées sont toutes plus à l'aise les unes que les autres. Une comédie sociale efficace comme les Anglais savent si bien les faire. Attention Messieurs, il se pourrait que vous appréciiez ces femmes !

Virgile / C.N.C.

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19/01/2016

Chronique de livre : Dominique Venner « Le blanc soleil des vaincus »

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Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus

(Via Romana, 2015)

Le livre était devenu introuvable. Il avait été publié en 1975. Via Romana le réédite donc en 2015, ce qui est fort heureux. Le bouquin vaut en effet le détour !

La Guerre de Sécession (que les Américains appellent très sobrement « Civil War ») a toujours occupé une place de choix au sein de nos mouvances. Le Sud mythifié est en effet l'incarnation de nombres de nos rêves. L'esprit de fronde et d'indépendance, le mépris de l'argent et des affaires, les femmes vénérées et courtisées, les planteurs galants à égalité avec les plus humbles fermiers. Le roi coton. La douceur de vivre. Le soleil.

La préface d'Alain de Benoist est une excellente introduction au livre. Ce dernier révèle sa maîtrise du sujet et apporte des éléments forts pertinents.

Cet ouvrage est, on peut le dire, polymorphe. Il s'agit avant tout d'un essai historique. Néanmoins Venner sait, à travers sa plume, rendre les faits et les personnages étonnamment palpables. Le style est concis, net, mais malgré tout très vivant. Des documents en annexe viennent apporter du relief au sujet.

Le tableau est exhaustif. Venner traite non seulement des opérations militaires stricto sensu, et avec brio (on reconnaît la patte de l'ancien militaire et du spécialiste des armes), mais il explore aussi les racines profondes de cette guerre, ses causes secrètes et enfouies (ici, c'est l'historien qui parle).

Les amateurs de géographie et d'histoire politique y trouveront très largement leur compte. Moi-même, qui ai beaucoup lu sur ce conflit, plus particulièrement dans le domaine purement militaire, ai été littéralement bluffé par la maîtrise de Venner. Les opérations, les hommes, les équipements, les communications, les récits de combats, les progrès techniques, etc. Tout y passe, de manière sobre et claire. C'est un sans fautes.

Le récit est partial, on ne peut le nier, et c'est à travers le prisme de Venner que nous découvrons l'époque et les hommes. On reconnaît ici une œuvre très personnelle. L'auteur a de toute évidence mis beaucoup de cœur et de travail à l'ouvrage. Le rédacteur met en scène avec brio les efforts désespérés de ce « petit peuple » du Sud luttant pour ses libertés et sa souveraineté.

Il y a beaucoup à dire sur ce conflit. C'est une guerre profondément américaine de par ses causes et ses conséquences. S'intéresser à la « Civil War » c'est plonger au cœur de l'Amérique, de ses origines jusqu'à aujourd'hui. Avec la Crimée (1853-1856), la guerre de 1870, la guerre russo-japonaise (1904-1905) et la guerre des Boers (1899-1902), la « Civil War » laisse entrevoir les futurs horreurs de la guerre industrielle. La guerre de Sécession est, d'un point de vue militaire, l'annonce de la Grande Guerre.

Jacques Thomas / C.N.C.

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18/01/2016

Compte-rendu du concert d'In Memoriam en Flandre (16.01.16)

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Comme annoncé, samedi a eu lieu le concert d'In Memoriam en Flandre Orientale à Saint-Nicolas (entre Gand et Anvers). Il y a bien longtemps qu’il n’y avait pas eu de concert RIF par ici !

Le concert avait lieu dans un très bel endroit, au MuseumTheater, avec un bar et des bonnes bières pour patienter. La salle était pourvue de strapontins …surprenant au premier abord ! Etre assis pour un concert d'In Memoriam, c’est une grande première pour les amateurs plutôt habitués à la fosse ! Finalement, tout le monde restera debout et cela n'a pas été trop gênant pour sauter et danser au rythme de grands classiques (le groupe a fait son entrée sur Paris Belgrade) et de compositions que l’on découvrait, un nouvel album étant en cours de préparation. L'ambiance était là, intimiste, 130 places et très interactive avec les musiciens. La soirée s'est terminée après deux heures non stop où Xavier, Julien et les autres ont enchainé les morceaux avec beaucoup de plaisir et d'émotion.

A la fin du concert, les artistes ont rejoint le public, venant, pour la plupart, de loin. Saluons la présence de nos camarades normands et du MAS Méditerranée. Un concert en France ? Oui, bien sûr, mais les organisateurs sont rares et In Memoriam ne bénéficie d'aucune subvention.

Merci donc aux identitaires Flamands, les IDMC (Identiteit, Muziek en Cultur), pour ce très bon moment et Leve Vlaanderen !

Sophie / C.N.C.

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Le compte-rendu du concert de juin 2014 à Paris: ici.