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21/05/2015

Chronique de livre: Capitaine Paul Watson "Earthforce, le manuel de l'eco-guerrier"

Capitaine Paul Watson,  Earthforce , manuel de l'eco-guerrier, Actes sud, 2015

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Le présent ouvrage est l'édition française de Earthforce, An Earth Warrior's Guide to Strategy, paru en 1993 dans la langue de Shakespeare. Il s'agit d'un ouvrage clef de la bibliographie du Capitaine Paul Watson, activiste écologiste canadien qui serait un des fondateurs de Greenpeace en 1971, mais surtout le fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) en 1977 suite à des désaccords avec les dirigeants de Greenpeace. Il a également participé comme personnel soignant à la défense de Wounded Knee, dans le Dakota du sud en 1975 avec l'American Indian Movement, contre les forces etats-uniennes.

Engagé dès son plus jeune âge, Paul Watson est un homme d'expérience, souvent dépeint comme « le dernier pirate ». Il est une source d'inspiration, comme ce fut le cas pour Alice Ferney qui préface le manuel. C'est tout naturellement à Lamya Essemlali, présidente de la branche française de Sea Shepherd, qu'il est revenu de rédiger l'avant-propos de la présente édition. C'est grâce à elle que la SSCS a connu un fort développement en France sur les dernières années.

Paul Watson présente tout d'abord ses quatre sources d'inspiration : Sun Tzu, général et stratège chinois du VIe siècle av. JC, Miyamoto Musashi, bushi et philosophe japonais du XVIIe siècle, Marshall McLuhan, théoricien de la communication décédé en 1980, et enfin Paul Watson lui-même. L'édition française débute par une autre source d'inspiration : Napoléon. L'objectif de Paul Watson est d'utiliser le savoir stratégique, tactique, médiatique et opérationnel de ses différentes sources d'inspiration pour les appliquer à l'écologie profonde. Il enrichit son propos de nombreuses citations de personnages plus ou moins célèbres et de nombreuses locutions latines. Le livre se termine d'ailleurs par les trente-six stratégies de Miyamoto Musashi actualisées et appliquées à l'écologie, comme par exemple l'art de l'invisibilité, la stratégie du grand frère ou même la stratégie du charme féminin...

Trois autres parties d'inégale longueur constituent le manuel, les fondamentaux, le fondement spirituel de l'eco-guerrier et le continuum ; cette dernière partie peut elle-même être divisée entre une introduction plus philosophique et un développement en 13 points centré sur les aspects purement stratégiques. Les réflexions philosophiques ne sont pas dénuées d'intérêt dans ces différentes parties car elles permettent d'en apprendre plus sur ce qui motive Paul Watson et les siens, en particulier dans la partie intitulée « le Continuum ».

La base même de sa philosophie, et donc de son engagement, est l'opposition entre la pensée biocentrique et la pensée anthropocentrique. Dans la pensée biocentrique, l'homme est une partie du vivant et il ne doit pas agir seulement pour son intérêt propre, mais pour l'ensemble du vivant. Cette pensée s'accompagne d'un respect des ancêtres, et de la conscience que nous ne faisons qu'emprunter notre planète à nos enfants. Nous sommes connectés entre générations mais également avec les êtres non-humains. La Terre y est « sacrée ». Nous pouvons voir ici l'influence chez Watson de la pensée amérindienne, d'autant qu'il fait également référence dans son ouvrage au rôle du chaman.

La pensée anthropocentrique, à l'inverse, consiste à placer l'homme au centre de nos préoccupations et à faire passer l'humanité avant le reste du vivant. Paul Watson est donc plutôt critique envers le christianisme qui est, selon lui, une religion totalement anthropocentrique, ce qui rejoint d'ailleurs une partie de la pensée dite « néo-païenne » en Europe. Pour Paul Watson, les sociétés anthropocentriques accordent par exemple plus d'importance à la quantité de vie qu'à la qualité de vie, ce qui conduit à des périls mortels. Il défend au préalable l'avortement et considère que « […] vous êtes obligés, au sein du Continuum, d'assumer la responsabilité de la protection, de l'alimentation, du soutien et de l'éducation de l'enfant ». Il critique également le fait que les Etats-nations cherchent à accroître leur population par des politiques natalistes et par l'immigration dans le seul but de produire (industrie, agriculture) et de faire la guerre. On décèle dans l'ensemble une pensée malthusienne, anti-productiviste et anti-technicienne. Vous serez peut-être heurtés par certaines de ces considérations, l'auteur allant jusqu'à critiquer l'agriculture et à considérer qu'il ne faut pas accorder trop d'importance aux différentes créations humaines.

Quant à l'aspect stratégique, qui est l'essentiel de l'ouvrage, il saura être utile quelque soit la cause qu'on défend. Il définit tout d'abord six stratégies (la stratégie du guérisseur, la stratégie du communicateur, la stratégie de l’artiste, la stratégie de l'agent infiltré, la stratégie de l'instigateur et la stratégie du chaman) qui correspondent surtout à des « profils militants ».

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Il consacre également de nombreuses pages au commandement et aux chefs dans la sous-partie 1, intitulée « Les préparatifs », et il détermine neuf sortes de chef (les chefs humanistes, les chefs dévoués, les chefs courtois, les chefs intelligents, les saints, les chefs de terrain, les chefs de première ligne, les chefs charismatiques et les grands chefs). On comprend assez vite que là aussi, tout est une question de profil et qu'il est assez absurde de déterminer des « chefs de tout » qui deviennent rapidement « les hommes orchestres » dont parlait Dominique Venner. Surtout, il insiste sur l'importance de la METHODE et de la DISCIPLINE [NDR : les mots sont en lettres capitales dans l'ouvrage]. Les 12 autres sous-parties sont également très intéressantes : « La duperie . L'art et l'usage de la duperie stratégique », « L'art de se battre sans se battre » (dont une page est consacrée à « Combattre vos alliés »), ou encore « L'utilisation des agents de renseignements » (agents locaux, agents infiltrés, agents doubles ou convertis, agents pions et agents survivants). On y sent la forte influence de Sun Tzu. Bien sûr, P. Watson explique également l'importance de contrôler son image, de connaître le monde des medias, de travailler sa communication et recommande la lecture de MacLuhan.

Au final, cet ouvrage me paraît incontournable sur le plan de la réflexion, mais surtout de la stratégie pour quiconque désire agir avec sérieux et crédibilité. C'est une synthèse intéressante de diverses influences sur le sujet. Les principes qui animent P. Watson ne sont pas tellement différents de ceux de la droite radicale des années 70 (selon la terminologie alors en vigueur) : joindre l'action à la pensée, importance de la discipline, de la stratégie, de la tactique, de bien définir ses objectifs et l'importance d'accepter l'idée de la mort. En conséquence, je ne me suis pas senti vraiment en terres inconnues à la lecture de cet ouvrage, qui pourrait aisément être enrichi par une pensée plus « européo-centré » : je pense en particulier à la ruse incarnée par Ulysse dans l'Iliade et l'Odyssée, qui ne diffère pas tellement de la duperie dans la stratégie chinoise, à la pensée de Machiavel ou encore l'importance accordée à la nature dans les mythologies européennes.

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

14/05/2015

Chronique de livre: Charles Robin "La gauche du capital"

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Charles Robin, La gauche du capital, libéralisme culturel et idéologie du marché

Krisis, 2014

Dernièrement, on a beaucoup entendu parler de Charles Robin dans nos sphères, que ce soit dans Eléments ou lors de la récente et passionnante émission de Méridien Zéro (émission 214 du 26 décembre 2014 ; voir ici) qui était consacrée au présent essai et m’a convaincu de l’acheter et de le lire. Charles Robin est un jeune enseignant de l’Université Paul Valéry de Montpellier dont les travaux s’inspirent et complètent ceux de Jean-Claude Michéa sur le libéralisme en tant que « double pensée ». L’auteur démontre dans La gauche du capital que le libéralisme est loin de n’être qu’un projet économique mais constitue, au contraire, un « programme philosophique global », ce qui n’est jamais mentionné par l’extrême-gauche qui, par ses positionnements idéologiques, se fait le complice numéro un de la domination capitaliste qu’elle pense combattre.

Pour comprendre le libéralisme et son emprise sur nos sociétés, l’auteur nous convie à décortiquer ses origines philosophiques qui sont avant tout politiques et s’enracinent dans les Lumières du XVIIIème siècle. Les idées d’alors font de plus en plus de place à l’individu et à ses aspirations personnelles (dont le bonheur et la liberté). L’homme doit devenir libre de vivre selon ses valeurs et ses conceptions du vrai, du beau, du bien sans devoir rendre de compte à l’Etat sur ses choix de vie. L’Etat n’a plus à montrer l’exemple ni à imposer ses normes, il doit respecter les conceptions de tous les individus. Il devient « axiologiquement neutre ». S’il s’avise de vouloir décider à la place de son sujet, il nie celui-ci et porte atteinte à sa liberté, qui est fondamentale et lui sert à s’affranchir de toute dépendance et de « l’état de tutelle » pour reprendre Kant. On le constate ici : la philosophie libérale place la liberté individuelle au-dessus de toutes les formes de conventions sociales, de toutes les formes de « grands signifiants » (morale, religion, identité, valeurs…). De cette liberté personnelle et politique découle logiquement la liberté économique, bien souvent considérée à tort comme le seul apanage du capitalisme…  La philosophie libérale du XVIIIème siècle considère logiquement l’intérêt individuel comme clé de voute de son système de valeurs. Chaque homme est, selon elle, foncièrement égoïste et recherche son intérêt et la satisfaction de ses désirs avant tout. Cela ne devrait pas vraiment faciliter les choses de base mais, miracle !, les libéraux, à l’instar d’Adam Smith ou plus tard de John Stuart Mill, estiment que la recherche par chacun de son intérêt particulier concourt à l’intérêt général et donc au bonheur du plus grand nombre ! Il est donc évident pour ce courant de pensée d’avoir le marché le plus ouvert possible car chacun pourra y poursuivre son intérêt propre et satisfaire ses désirs. Le commerce mènerait ainsi à la paix et « aux mœurs douces », en conséquence à un monde idéal de joie, de bonheur personnel et de prospérité. Les entraves et les barrières au marché, à la croissance doivent donc être écartées pour atteindre cet idéal étranger à la limite et à la frontière. Et ces barrières au commerce sont ? Les sociétés enracinées et traditionnelles, les Etats forts et indépendants, les systèmes de valeurs, les religions, l’autorité familiale…  On comprend donc aisément que libéralisme politique et libéralisme social et économique travaillent de concert et se nourrissent l’un l’autre et permettent la domination capitaliste totale que nous connaissons. Michéa résume d’ailleurs la situation avec une grande clarté : « il apparaît évident que l’accumulation du capital (ou « croissance ») ne pourrait se poursuivre très longtemps si elle devait s’accommoder en permanence de l’austérité religieuse, du culte des valeurs familiales, de l’indifférence à la mode ou de l’idéal patriotique ». On suivra donc allégrement Charles Robin dans son analyse de la doctrine libérale comme source des plus profondes mutations que connaît notre époque.

L’auteur s’attache à retrouver les conséquences de cette philosophie libérale dans le monde moderne et, en premier lieu, dans le discours d’extrême gauche qui avalise, comme on le sait, toutes les « avancées » sociales et sociétales possibles, ne comprenant pas qu’elles sont une condition incontournable pour l’extension infinie du système libéral (qui serait, selon elle, caractérisé uniquement par la liberté économique et le marché ouvert). Cette extrême-gauche moderne milite en effet, sous l’égide de la sacro-sainte liberté, pour l’abrogation de toutes les barrières idéologiques (religion, autorité, structure familiale, identités…) et soutient toutes les transgressions possibles et imaginables (sexuelles notamment) en vertu du combat pour les droits individuels de chacun (homosexuels, féministes et immigrés en tête !). Olivier Besancenot ne dit d’ailleurs pas autre chose, en témoigne cette citation psychédélique : « les révolutionnaires se sont toujours battus pour l’épanouissement individuel »... C’est d’ailleurs pour cela que Mai 68 est, pour eux, un élément phare de leur mythologie. Beuglant qu’il fallait « jouir sans entraves », ils se faisaient les alliés de poids d’un changement sociétal total guidé par l’édification des valeurs du capitalisme moderne. L’individu devant se soustraire de toute norme culturelle ou morale, il devient prêt à répondre à ses envies et à ses pulsions, celles-ci étant de plus en plus guidées par l’idée de transgression à tous niveaux… Transgressions dont le marché offre toujours une version « consommable ». Il suffit de regarder autour de nous pour vérifier toute la véracité de la chose ou d’aller voir ce que dit Charles Robin à propos de la manière dont on considère le sex-toy au NPA de Besancenot ! Désormais, tous les désirs de l’individu sont dirigés vers le marché, celui-ci n’existe que par ce qu’il consomme. Il est l’homo œconomicus parfait, sans attache, nomade (comme le veut Attali !), seul au milieu de tous, affranchi de toute communauté qui aurait brimé ses désirs. Il peut même jouer le provocateur ou le révolutionnaires comme la plupart des militants d’extrême-gauche qui se trouvent bien résumés dans leur pseudo-combat par cette phrase de Michel Clouscard : « Consommer, c’est s’émanciper ; transgresser, c’est être libre ; jouir, c’est être révolutionnaire ». L’extrême-gauche a comme idéologie première la recherche de l’intérêt individuel et participe ainsi activement à la domination du capital. La situation est d’ailleurs bien représentée par la couverture de l’ouvrage où les deux personnages, le capitaliste et le gauchiste, l’air satisfait, se partagent quasiment tout l’espace disponible (en noir) et ne laissent que peu de marge de manœuvre (le blanc) à ceux qui les combattent et qui devront, pour être efficaces, apporter une réponse globale et radicale à l’idéologie libérale. Cet essai fondamental de Charles Robin devrait les y aider de par sa richesse et l’étendue de la réflexion qui y est proposée et que je n’ai fait ici que survoler.

Rüdiger / C.N.C.

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09/05/2015

Chronique de livre: Gabriele Adinolfi "L’Europe"

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Gabriele Adinolfi, L’Europe

Les bouquins de Synthèse Nationale, 2015

 « L’Europe est une nécessité absolue, mais elle ne se fera jamais si elle n’est pas d’abord une identité consciente et combattante, à la hauteur du Mythe qu’elle représente. » Militant exemplaire au parcours tumultueux, penseur politique actif et auteur de plusieurs ouvrages, dont un abécédaire remarquable et remarqué, Pensées corsaires : abécédaire de lutte et de victoire (Éditions du Lore, 2008), Gabriele Adinolfi est l’un de ces hommes dont l’idéal se résume en un mot : l’Europe. Pour lui, l’Europe est un projet politique vital face au bloc occidental et au triumvirat Washington – City de Londres – Tel-Aviv, comme autrefois face au bloc soviétique. L’Europe comme projet est toujours d’actualité dans un monde globalisé d’où émergent de nouvelles menaces. Parmi elles, notamment, la monté des « BRICS », ce groupe de pays constitué du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. A l’heure où certains voient en l’Europe un frein, voire un problème, incarné par un conglomérat de technocrates et de porteurs de valises, Gabriele Adinolfi affirme, envers et contre tout, la nécessité d’une troisième voie. L’Europe Puissance, « nation des patries » (selon une formule du MSI), devant  être « l’Imperium», le pilier central qui incarne l’axe vertical qui relie le tellurique et le céleste ; en un mot la solution.

Gabriele Adinolfi commence par faire le lien entre passé et présent en inspectant, entre autre, de façon critique, la notion d’avant-garde. Le recul métaphysique évolien est, selon l’auteur, une condition sine qua non pour résister aux assauts mortifères du monde actuel. S’ensuit la genèse et un historique, en quelque sorte, du concept d’Europe Nation. L’influence de Jean Thiriart et surtout de Pierre Drieu La Rochelle y est omniprésente (l’ouvrage leur est dédicacé). « La grande Europe », dont les racines remontent au début du XXe siècle, est bien plus qu’un concept intellectuel, elle est le support de notre destin et de notre identité. C’est pourquoi un chapitre est consacré à l’identité européenne. Ce sentiment d’appartenance à un socle identitaire remonte pour Gabriele Adinolfi à la célèbre bataille des Thermopyles. A travers d’autres exemples, on réalise alors à quel point cette notion d’identité est centrale et va au-delà de la dimension ethnique prônée comme un absolu par beaucoup trop de militants ; l’identité relève davantage des concepts de « race de l’âme » et de « race de l’esprit » chers à Evola, et aussi de l’axe vertical qu’est le pôle viril, dont les symboles sont le sceptre, l’épée, la lance ou le faisceau. Avant de vouloir une nouvelle Europe, il faut d’abord l’incarner soi-même. L’Union européenne est bien entendu passée au crible: l’auteur renvoie dos à dos européistes et eurosceptiques. Il analyse de nombreux lieux communs, comme l’influence maçonnique et américaine sur l’UE ou le rôle de l’Allemagne que certains considèrent comme responsable de tous nos malheurs. Après cette critique vient naturellement le temps des propositions. D’ordres économique, structurel ou militaire, elles sont le point de départ de la reprise d’une souveraineté salvatrice.

N’étant ni un livre « programme » ni une diatribe assenant des coups de marteau à l’aveugle,  L’Europe de Gabriele Adinolfi est une synthèse – trop courte diront certains. L’auteur y réaffirme avec un point de vue différent, peut-être plus posé, voire serein, ce que les militants nationalistes révolutionnaires paneuropéens ont toujours appelé de leurs vœux : une Europe Nation, une Europe Puissance et une Europe politique. Malgré une traduction parfois hasardeuse, cette brochure demeure indispensable pour tous nationalistes « alter-européens ». Faisant le lien entre passé, présent et futur, cet ouvrage vous invite à une seule chose : prendre le témoin et brandir l’étendard de l’Europe, la « nation de nos patries ».

« Les masses ne peuvent s’ébranler pour la défense de l’Europe que si le mythe d’Europe et le mythe du socialisme se sont clairement unis et si cette union se manifeste par des actes décisifs. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. » disait Pierre Drieu La Rochelle dans un article de mars 1944...

Donatien / C.N.C.

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13/04/2015

Nouveau livre aux éditions du Rubicon: "La jeunesse au pouvoir" de Julien Langella

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02/04/2015

Chronique de livre: Jacques Doriot et le Parti Populaire français

Jacques Doriot et le Parti Populaire français

S.-d. Bernard-Henri Lejeune

Les Cahiers d’Histoire du Nationalisme n°3 (Synthèse Nationale, 2014)

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Jacques Doriot et le Parti Populaire français est le second volet de l’étude que l’ancien membre du PPF, Bernard-Henri Lejeune, consacra à son ancien parti et à son célèbre dirigeant, Jacques Doriot. Le premier tome, consacré au PPF de 1936 à 1940 avait déjà été recensé par nos soins (ici) et il était logique d’en faire de même pour cette suite et fin. Une fois encore, cet historisme se présente sous la forme d’un copieux ensemble de documents et de témoignages nous éclairant sur ce que fut ce grand parti français de la débâcle de 1940 à sa fin tragique en 1945.

Indissociable de ce « parti de type fasciste », la figure de Doriot, du « Grand Jacques » comme on l’appelait affectueusement, est présentée par Roland Hélie qui retrace les grandes étapes de la vie de ce personnage haut en couleurs qui mit toute son énergie dans le combat politique au service du redressement de la France. Passé du communisme au socialisme national, ce qui ne fut finalement pas si rare dans l’avant-guerre, Doriot l’ancien métallo était « une prodigieuse force brute, excessive en tout […] un miracle de la puissance physique au service de la parole » nous rapporte Eric Labat. Un autre combattant bien connu du front de l’est, René Binet, confirme qu’ « il faisait grande impression sur les foules ». Solidement implanté à Saint-Denis dont il fut député-maire, il fonda en 1936 le Parti Populaire français (PPF) qui devint rapidement un parti de masses. Combattant en 1940, il se range après la défaite derrière le Maréchal et fait du PPF le plus important organisme politique des années suivantes. Le prestige de Doriot n’y est pas pour rien : déjà fort connu en France, il s’engage sur le front de l’est, y gagne la croix de fer et n’hésite pas à multiplier les meetings politiques dès qu’il revient en permission sur le territoire national. Exilé à Sigmaringen en juin 1944, Jacques Doriot garde son optimisme et croit toujours en la victoire de l’Allemagne. Le combat politique pour le « gouvernement national et révolutionnaire » qu’il appelle de ses vœux continue à mobiliser toutes ses forces mais le « Grand Jacques » trouve malheureusement la mort sous les balles d’un avion allié le 22 février 1945 près de la ville allemande de Mengen.

Cliquez ici: https://www.youtube.com/watch?v=8p1M3tR3Mmc

Le PPF se désignait comme un parti « national, social, populaire » et se posait en défenseur des classes laborieuses et de la paysannerie. Farouchement anti-communiste, il s’inspirait certes du modèle mussolinien (en particulier sur sa charte du travail) mais restait avant tout un organisme original et indépendant. Appelant de ses vœux un homme nouveau qui aurait « le goût du risque, la confiance en soi, le sens du groupe, le goût des élans collectifs », le PPF souhaitait avant tout œuvrer pour la nation dans son ensemble et « refaire la France » pour reprendre Abel Bonnard. Pour faire « sortir du tombeau » notre pays, il convenait de rassembler les Français quelles que soient leurs différences (classes sociales, métropolitains ou coloniaux etc.). Le PPF s’intéressait à toutes les composantes de la vie de la nation et les documents présentés dans le présent ouvrage le montrent bien. De la religion au monde du travail en passant par la jeunesse, la presse ou le racisme, le parti entendait ne rien laisser au hasard dans son objectif de rebâtir la France dans une perspective révolutionnaire. Prenons pour illustrer ce propos l’exemple du programme d’urgence du PPF. Celui-ci faisait suite à la débâcle de 1940 et développait en 8 points ses propositions en cette période troublée :

  1. Le PPF exige la liquidation du communisme sous toutes ses formes, théoriques et pratiques, politiques et terroristes.
  2. Le PPF exige le châtiment des responsables de la guerre 1939-1940, de la livraison de l’Afrique du Nord et de la Corse aux Anglo-Américains.
  3. Le PPF exige l’examen par un Tribunal populaire de toutes des hommes publics, quels qu’ils soient, et la révision de tous les grands marchés et transactions commerciales passés depuis 1939.
  4. Le PPF exige l’abolition de la dictature des trusts et de l’exploitation capitaliste. Comme première mesure, le PPF exige la défense et le développement des Comités Sociaux d’entreprises et un appui matériel et moral aux syndicats qui œuvrent dans l’esprit de la Charte du Travail.
  5. Le PPF exige l’anéantissement de la puissance juive et la restauration d’une race française forte.
  6. Le  PPF exige l’exclusion des francs-maçons de la vie publique.
  7. Le PPF exige le châtiment exemplaire des trafiquants du marché noir et l’organisation d’un ravitaillement cohérent.
  8. Le PPF souhaite une coopération entre les grandes puissances continentales pour l’établissement du nouvel ordre européen.

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L’organisation du PPF, nationale et locale, fait l’objet de plusieurs documents dans l’ouvrage qui nous la font connaître dans les détails. Fortement structuré, hiérarchisé et discipliné, le PPF était construit autour de Jacques Doriot, ce Chef incontesté inspirateur d’une profonde mystique militante présente à tous les échelons du parti. Le sens du sacrifice y était honoré plus que tout autre. Dans le serment du parti, on trouvait ainsi le passage suivant : « Je jure de servir jusqu’au sacrifice suprême la cause de la révolution nationale et populaire d’où sortira une France nouvelle, libre et indépendante. » L’action et l’effort étaient également des marqueurs incontournables de la vie militante. L’esprit qui prévalait au PPF transparait bien dans cet extrait du discours que prononça Victor Barthélémy, numéro 2 du parti : « Prenez ce pays à bras-le-corps ; sortez-le de la défaite et de la honte. Ouvrez-lui toutes grandes les portes d’un avenir digne de son passé. Et faites fleurir sur les tombes de nos martyrs et de nos héros les lauriers féconds de la Révolution victorieuse. » L’engagement au PPF était pluriel, tant au niveau de l’origine sociale de ses membres que de leur parcours politique antérieur. Toutes les classes sociales y étaient représentées mais les ouvriers constituaient la majeure partie des effectifs (environ 35% en 1936 et 50% en 1942). Si de nombreux militants venaient originellement de la gauche (anciens communistes ou socialistes) ou de la droite au sens large (Action Française…), le parti du « Grand Jacques » avait toutefois réussi à attirer un grand nombre de personnes qui ne s’étaient jamais investies auparavant dans une structure politique. Le PPF, d’après les calculs de Bernard-Henri Lejeune, aurait compté sur un vivier de 30.000 militants sans prendre en compte les dizaines voire les centaines de milliers de sympathisants ! Il était donc un parti de masses et les meetings de Doriot dans les plus grandes villes de France en 1942 le prouvent bien. Tous les chiffres de ce tour de France des régions montrent le succès des réunions où le « Grand Jacques » prenait la parole devant des foules conquises. 4000 personnes à Lille, 5000 à Rouen, 7000 à Bordeaux !

La machine PPF, en plus de son efficacité organisationnelle, pouvait compter sur le soutien de  nombreux intellectuels (Abel Bonnard, Alexis Carrel…). De prestigieux collaborateurs participaient (parfois épisodiquement) à  ses différents organes de presse : Le cri du peuple, L’émancipation nationale, Les cahiers de l’émancipation nationale etc. Les noms suivants suffiront à vous en donner une idée : Benoist-Méchin, Alphonse de Chateaubriant, Cousteau, Drieu, Fontenoy, Fabre-Luce, Bertrand de Jouvenel, Montandon, Saint-Paulien, Suarez, Rebatet ou encore Jean Hérold-Paquis, chroniqueur de Radio Paris (dont est repris ici un superbe éditorial datant de 1943).

Dans Jacques Doriot et le Parti Populaire français, on retrouve plusieurs textes provenant directement de la plume de Bernard-Henri Lejeune ou de cette presse PPF que l’on vient d’évoquer. Ces articles ont été bien choisis car les thèmes sont diversifiés (La Commune, La médecine, Le PPF et la question anglaise, La question raciale...) et permettent de mieux connaître et comprendre les positions des doriotistes. Au sujet de la religion par exemple, Alain Janvier préconisait le régime concordataire comme « solution logique ». Estimant que « l’éducation antichrétienne, appelée laïque, a été l’origine de tous nos maux », ce membre du Bureau Politique du PPF se faisait le défenseur d’un nécessaire accord entre l’Eglise et l’Etat : « Nous devons favoriser les forces spirituelles et morales qui, plus que toutes les autres, ont contribué à la grandeur de la France. […] L’Eglise, gardienne de ces puissantes traditions, et l’Etat, sauvegarde du bien public, doivent donc s’accorder et, sur le plan spirituel, coordonner leurs efforts. » La question bretonne, chère au PPF, est également à l’honneur avec un article passionnant datant de 1943 où l’auteur fustige le jacobinisme français qui, depuis 1789, a cherché à tuer l’âme bretonne. Au contraire, il faut que la Bretagne reste elle-même, qu’elle conserve à tout prix sa personnalité et ses traditions ! Contre l’assimilation et l’unification, il convient de mettre en œuvre un « statut breton » qui apportera à la Bretagne « la place qu’elle doit avoir dans le cadre de l’Etat français » car « on doit l’admettre comme elle est » et non chercher à la faire changer. Ce sera la condition élémentaire « pour de jeunes bretons fiers de leur sol, de leur race et de leurs ancêtres et décidés à faire de la Bretagne l’élément dynamique et pur d’une France nouvelle, populaire et nationale. » Cette position de bon sens était logique lorsque l’on sait que, dès 1936, le PPF s’était positionné pour la reconstitution des anciennes provinces françaises !

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Vous l’aurez compris, ce troisième volume des Cahiers d’Histoire du Nationalisme est un achat fortement recommandé car il permet de combler une vieille lacune : la méconnaissance de ce grand parti que fut le PPF. Il trouvera ainsi sa place à côté du Doriot de Jean-Claude Valla. La richesse de sa documentation en fait également un outil précieux à la compréhension des idées politiques de cette période de notre histoire.  

Rüdiger / C.N.C.

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25/03/2015

Chronique de livre: Georges Feltin-Tracol "Thierry Maulnier, un itinéraire singulier"

Georges Feltin-Tracol « Thierry Maulnier, un itinéraire singulier »

(Editions Auda Isarn, 2014)

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Georges Feltin-Tracol (Europe Maxima, Réfléchir&Agir, Unité Normande) est un stakhanoviste de l’écriture. Après la sortie de En liberté surveillée chez Synthèse Nationale et fort d’une œuvre qui grandit d’années en années, le voici de retour avec un opuscule qui fait la part belle à un auteur peu connu : Thierry Maulnier.

Jacques Talagrand de son vrai nom, figure des années 30, est, comme l’indique le titre de cet ouvrage, un personnage au parcours singulier. Normalien qui aura comme amis et camarades de promotion un certain Robert Brasillach et son futur beau-frère, Maurice Bardèche, proche collaborateur de l’Action Française via sa participation à L’étudiant Français mais Nietzschéen dans l’âme, il fera partie de ce mouvement que l’on nomme « les non-conformistes des années 30 ». Passionné par le théâtre et doté d’une plume tranchante comme une lame de rasoir, ce grand amateur de sport et de félins, journaliste pour le Figaro jusqu’à sa mort, travaillera avec Dominique Venner au sein de l’Institut d'études occidentales mais également au GRECE.

Georges Feltin-Tracol retrace chronologiquement la vie et l’itinéraire (meta)politique de Thierry Maulnier en s’appuyant sur de nombreuses sources et gagne le pari de rendre le tout vivant et d’éveiller chez le lecteur une certaine curiosité pour ce mouvement, « les non-conformistes des années 30 », moins connus que son pendant teuton qu’est la « Konservative Revolution ». La partie consacrée aux activités de Maulnier lors des heures les plus « sombres » de notre histoire est très instructive quant à la complexité de cette époque trop souvent envenimée par un manichéisme crétin qui est, le plus souvent, imposé par des historiens pas si impartiaux que ça…

Thierry Maulnier, un itinéraire singulier ne saura sans doute pas contenter les experts des idées politiques des années 30 certes, mais ce n’est pas le propos de ce livre. S’adressant aux jeunes générations et aux curieux qui désirent parfaire leur culture politique sans vouloir approfondir à l’extrême, l’ouvrage de Georges Feltin-Tracol remplit son rôle à merveille. Espérons que l’auteur poursuive cette démarche avec d’autres essaies du même genre !

« Conservateur, voilà un mot qui commence bien mal. » Thierry Maulnier

Donatien / C.N.C.

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