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29/10/2015

Regard sur l’actu #21 : Les Français friands de nazisme littéraire!

Les Français friands de nazisme littéraire!

C’était évident depuis le succès du Suicide Français d’Eric Zemmour : les Français, ces salauds, aiment lire des horreurs racistes et font un succès à n’importe quel livre prônant l’intolérance et la méchanceté gratuite. D’Astérix à Hitler, tour d’horizon de l'actualité de cette nauséabonde littérature.

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Le triomphe des Décombres…

Bien-pensants, étranglez-vous! Le remarquable pamphlet de Lucien Rebatet, Les Décombres, vient d’être réédité (détails ici). Et c’est une nouvelle fois un succès de librairie ! "Ce classique « aura réussi cet exploit sans doute sans précédent: être un best-seller à la fois sous Pétain et sous François Hollande » lit-on dans L’Express. Numéro 1 des ventes sous l’occupation (65.000 exemplaires vendus), « le brûlot antisémite de Rebatet » comme ils disent, continue indéniablement à intéresser les lecteurs. Les 5000 premiers exemplaires de la réédition se sont arrachés en une journée et l’éditeur (Robert Laffont) a dû lancer une réimpression de 3000 exemplaires supplémentaires pour répondre à la demande. Plusieurs causes expliquent ce succès : la qualité littéraire, l’intérêt historique mais aussi le côté sulfureux de cet ouvrage que tout esprit non-conforme se doit d’avoir lu. Lucien Rebatet est l’un des plus grands écrivains du siècle dernier et ce n’est que justice qu’il soit redécouvert par des Français rejetant de plus en plus les œillères imposées par le politiquement correct !

 

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… et celui de Mein Kampf !

Mein Kampf, l’équivalant dans la vraie vie du Necronomicon de Lovecraft, va, horreur!, être lui aussi réédité en 2016. Les Français en ont déjà le sang glacé… Mélanchon, un bon Français comme on n'en fait plus, a d’ailleurs voulu se faire de la pub’ en jouant l’éternelle carte du fascismassassin! C’est plein de courage qu’il lança sur son blog, voici quelques jours, ce cri d’alarme : « Non ! Pas Mein Kampf quand il y a déjà Le Pen ! ». Jean-Luc n’a toujours pas compris que l’amalgame Le Pen – Hitler marchait de moins en moins… Mais les grosses ficelles de l’antifascisme pleurnichard, c’est son fond de commerce ! N’avait-il pas déjà traité Marine Le Pen de fasciste ? N’ose-t-il pas décrier  les prétendues « persécutions antisémites et anti-musulmanes » dont souffrirait notre pays ? Les fantasmes de Jean-Luc tournent autour de ça, on ne l’en guérira pas. C’est donc tout logiquement qu’il part pourfendre la Bible satanique écrite par Adolf Hitler et bientôt rééditée par les éditions Fayard. Impossible à digérer pour lui : Fayard étant son éditeur, il doit les convaincre d’abandonner ce criminel projet qui est le leur et pourrait fort bien livrer la France à la barbarie nazie et à « la guerre civile » dans un futur proche. Ses arguments sont de taille :

« Mein Kampf est l’acte de condamnation à mort de 6 millions de personnes dans les camps nazis et de 50 millions de morts au total dans la deuxième Guerre Mondiale. Il est la négation même de l’idée d’humanité universelle. »

« Editer, c’est diffuser. La simple évocation de votre projet a déjà assuré une publicité inégalée à ce livre criminel. Rééditer ce livre, c’est le rendre accessible à n’importe qui. (…) Car vous savez aussi bien que moi dans quel contexte cette édition va intervenir : dans toute l’Europe et en France, l’ethnicisme le plus ouvert et barbare s’affiche de nouveau. »

Snif snif… Mélanchon se ridiculise complètement car le livre n’a jamais été interdit en France et est trouvable dans n’importe quelle librairie. Il est donc depuis toujours « accessible à n’importe qui ». Même Christian Ingrao, historien du système et chercheur au CNRS, a répondu dans Libération aux délires de notre Jean-Luc en lui faisant remarquer que « la recherche «Mein Kampf PDF» est la deuxième plus populaire quand on tape les premiers mots du titre dans Google, et il faut deux clics de souris pour y accéder ».  « Allez-vous écrire une lettre aux fondateurs de Google ? » ajoute-t-il avec humour. Quoi qu’il en soit, les Français n’en auront rien à cirer des délires du Jean-Luc et la réédition de Mein Kampf apparaît déjà comme un succès assuré.

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Hitlerix le gaulois nazi

Les craintes de Mélanchon seraient-elles exactes ?  Les Bandes dessinées lues en France par petits et grands sont en effet bien troubles… Vous souvenez-vous d’Antoine Bunéo ? Ecrivain et chercheur de l'Institut d'Études Politiques de Paris (ce qui en dit long sur le sérieux de cette institution…), il avait « travaillé » sur les Schtroumpfs il y a quelques années. Sa thèse était la suivante : la société Schtroumpf « est un archétype d'utopie totalitaire, empreint de stalinisme et de nazisme». Il précisait ainsi ses idées sur les sympathiques petits bonhommes bleus :

«Les Schtroumpfs vivent en autarcie, dans une société repliée sur elle-même et autosuffisante. Ils travaillent tous ensemble, pour la collectivité et ne connaissent pas la propriété privée. Enfin, ils sont dirigés par un chef unique et respecté: le grand Schtroumpf.»

Le marxisme culturel passant son temps à feindre de voir le mal partout pour mieux salir et déconstruire tout ce qui lui paraît trop franchouillard, il devait bien traiter le cas d’Astérix ! Le petit Gaulois n’est-il pas blond ? Ne vit-il pas dans une société ethniquement homogène qui n’accepte pas les migrants ? Ne résiste-t-il pas à l’envahisseur ? C’en est trop, il est nazi, violent, drogué et hostile à la culture pour reprendre un autre génie à qui l’on prête le nom de philosophe : Michel Serres.

Publié il y a quelques jours, le nouvel album d’Astérix, Le papyrus de César, permet une nouvelle fois à toute la lie antiraciste de s’acharner sur le petit héros. « Astérix est-il raciste ? » titre L’Express qui n’a pas peur du ridicule. Le principal problème est la manière dont les noirs y sont caricaturés (comme toutes les autres races) :

Ils « sont dessinés dans la tradition classique néocolonialiste, à la façon de Hergé dans Tintin au Congo. En 2015, on peut s'interroger sur la pertinence d'une telle vision. »

« Un constat: dans l'ensemble de la BD (NDLR : on parle ici d’Astérix chez les Pictes), les hommes noirs ont tous le même physique. La plupart du temps, ce sont des esclaves. Par ailleurs, un héros secondaire de la série, récurrent, le pirate Baba, chargé de guetter les bateaux depuis la hune, est doté d'un énorme accent africain - si l'on en juge par sa façon de ne pas prononcer les "R". Surtout, il ne sait pas lire. »

Insupportable pour Lilian Thuram, imposteur se servant de l’antiracisme pour s’enrichir toujours plus (20.000 euros la conférence !). Insupportable également pour la Brigade Anti-Négrophobie pour qui "La représentation des noirs est toujours négative » dans Astérix. D’ailleurs, dans cette BD comme au cinéma : « On ne permet pas aux noirs de tenir des premiers rôles. Ils sont toujours des subalternes. »… Omar Sy appréciera !  

Espérons toutefois que les sommités dont nous venons de parler nous permettront de mieux saisir le sens caché de toutes ces BD qui cachent bien leur jeu. Pensez aux Femmes en blanc où l’on présente des infirmières certainement inspirées par celles d’Auschwitz. Ou encore à Boule et Bill qui n’ont aucun ami coloré… et osez venir me dire que le ver n’est pas dans le fruit !

Rüdiger/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

27/10/2015

Chronique littéraire : Franck Poupart "Demain les barbares, Chroniques du Grand Effondrement"

 

Franck Poupart - Demain les barbares, Chroniques du Grand Effondrement

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En lisant ce roman, on ne pourrait guère imaginer que Franck Poupart ait vécu plusieurs années en Thaïlande tant la description du climat, des paysages et du contexte français, et plus particulièrement parisien, est précise est juste.

Ce livre dénote très largement dans la bibliographie de l'auteur qui a déjà écrit plusieurs ouvrages prenant comme décors principal les plages thaïs. Particularité : le livre a été auto-édité via Amazon.

Ce roman d'anticipation est un authentique OVNI, pour toute une batterie de raisons.

Le thème principal est dans le titre de l'ouvrage, « Chroniques du Grand Effondrement »… Et c'est indéniable, dans ce roman tout s'écroule.

Nous sommes en 2028, En Île-de-France. La situation du début du récit s'apparente à la notre, si ce n'est que le processus de décomposition est bien plus avancé. Les attentats « Charlies » sont quotidiens. Le chômage, la pauvreté, la criminalité atteignent des niveaux inouïes. Les systèmes de santé et d'instruction sont à la dérive. La droite radicale (le mouvement « Rempart » tenu par un chef charismatique : Cyrus Rochebin...) et les salafistes sont partout. Les finances publiques et les créances sont athéniennes. Paris intra-muros est devenu une vaste zone sécurisée et bouclée par les forces de l'ordre dont la vocation est d'être une sorte de vitrine pour étrangers et un pôle mondial du tourisme sexuel…

Seule une nouvelle aide des fonds souverains du Golfe permettrait de faire face aux prochaines échéances, or cette aide ne viendra pas. Le Président fait une allocution au 20H pour expliquer à la nation que le traitement des fonctionnaires, les retraites, les aides sociales, etc. ne pourront plus être versées.

Et là, tout bascule…

Le récit nous fait suivre divers parcours. Ainsi voyons nous évoluer dans cet univers en décomposition, entre autres, une prostitué « gauloise », un jeune flic très remonté aux accointances droitières, une jeune femme africaine, un maître de rang du Bristol, une bande de fous sortis de l'asile, etc.

Un élément saute au yeux dans le contexte de politiquement correct propre au monde des romanciers. Poupart aborde la question ethnique de manière frontale, brutale même. Il ne se voile pas la face quant à l'avenir de nos sociétés occidentales. Il perçoit à travers les signes actuels les prémices d'un autre monde. Un monde violent et dur.

Il lève le rideau sur notre avenir, mais le processus s'apparente à une mise en abîme tant ce livre nous permet d'explorer une psyché humaine propre à la préhistoire. L'effondrement est pour Poupart le contexte « normalisé » des sociétés humaines, avec tout son florilège de cultes sombres, de loups, de cannibalisme, de viols de masse, etc. Le livre peut parfois prendre le style d'un Jean-Christophe Grangé tant l'accent est mis sur ce qui se passe « à l'intérieur ».

« Demain les Barbares » devrait aussi combler de joie les adeptes du survivalisme, tant les situations décrites sont réalistes et plausibles. Un véritable manuel, un « que faire » propre aux situations d'effondrement. Du Piero San Giorgio ou du Volwest mis en pratique. Tout y passe : mouvement de masse, accès aux approvisionnement, relation à la géographie, armes à feu, défense du domicile, évacuation, etc.

Le seul bémol que l'on pourrait apporter à ce roman c'est son emphase et ses réitérations. Quand l'auteur veut nous faire comprendre une idée une sensation, une ambiance, etc. il met vraiment le paquet. Cela peut parfois apporter une longueur et une lourdeur préjudiciable au récit. Mais justement, à travers ce livre on ne se moque pas du lecteur. Ce dernier est pris au sérieux, invité à lire un français de haute tenue et à être troublé par des tournures de style brillantes.

Très objectivement, un grand roman d'anticipation que vous trouverez à moins de 15 euros sur la toile. Un livre à lire impérativement tant sa description du « monde de demain » semble plausible, du moins par l'ambiance.

Jacques Thomas/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

04/10/2015

Réédition du classique de Lucien Rebatet: "Les Décombres"

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Note du C.N.C.

On se réjouit de voir ce classique enfin réédité dans sa version intégrale. Le voir accompagné de l'habituel "appareil critique" destiné à atténuer la véracité des idées qui y sont exposées nous plaît nettement moins mais, que voulez-vous?, il fallait montrer patte blanche aux antifascistes hystériques de l'édition (et permettre à quelques historiens du système de faire parler d'eux).

Le C.N.C. a déjà chroniqué plusieurs ouvrages de Lucien Rebatet:

-Mémoires d'un fasciste (1941-1947)

-Dialogue de vaincus (avec P.-A. Cousteau)

-Je suis partout (anthologie 1932-1944)

 

Présentation de l'éditeur:

"Lucien Rebatet est l'auteur d'un livre maudit qui fut le best-seller de l'Occupation : Les Décombres, livre qui lui a valu, entre autres raisons, d'être condamné à mort en 1946 avant qu'il voie sa peine commuée en détention à perpétuité. Ce texte est réédité dans son intégralité pour la première fois depuis 1942, après avoir reparu dans les années 1970 amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé “ Le ghetto ”. Pour la première fois aussi, alors que l'ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d'un appareil critique conséquent, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l'époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l'un des plus véhéments porte-parole. Annoté par l'une des meilleures spécialistes de l'Occupation, Bénédicte Vergez-Chaignon, ce livre, empreint d'un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd'hui comme un document historique édifiant sur l'état d'esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d'intellectuels se réclamant du fascisme. L'auteur n'étant pas dénué de talent d'écriture, comme l'ont prouvé ses romans, notamment Les Deux Étendards, publiés par la NRF, et son Histoire de la musique, qui figure au catalogue “ Bouquins ”, Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par ses détracteurs les plus résolus. Ce Dossier ne manquera pas de susciter réactions et commentaires quant à l'opportunité de sa publication. Pascal Ory, qui a soutenu dès l'origine l'idée d'une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient aujourd'hui.
À paraître le 15 octobre 2015."

 

19/08/2015

Chronique de livre: Philippe Estèbe, L'égalité des territoires, une passion française

Philippe Estèbe, L'égalité des territoires, une passion française, PUF, Paris, 2015

égalité terr.jpg« Philippe Estèbe est géographe. Il est consultant en aménagement du territoire et dirige l'Institut des hautes études d'aménagement des territoires en Europe (IHEDATE). Il enseigne à Sciences-Po et au Conservatoire national des arts et métiers […] »1. La thèse centrale du présent ouvrage est la suivante : « l'égalité républicaine des territoires ne constitue pas un principe gravé dans le marbre de toute éternité, mais il s'agit d'une construction historique. » En effet dans l'imaginaire républicain, l'égalité des territoires serait l'égalité des citoyens, elle en serait la « version géographique ». Cette construction historique doit faire face à de profonds bouleversements.

L'ouvrage est découpé en quatre parties :

1) Une géographie et des histoires

2) Égalité de quoi ?

3) Les hoquets de l'égalité territoriale

4) Fonder un nouveau principe d'égalité des territoires

La première partie traite des conditions historiques, géographiques, sociales et économiques de l'élaboration du dispositif d'égalité des territoires. Elle est particulièrement intéressante car elle permet de dépeindre l'approche territoriale française qui mélange des caractéristiques propre à la France comme la faible densité globale, la dispersion de la population, les faibles mobilités jusqu’aux années 60'2, la permanence d'un espace rural politique ou encore le poids de Paris3 mais aussi des éléments communs à l'ensemble de l'espace européen comme la coopération du central et du local, l'affirmation politique de l'Etat et les dynamiques liées à l'industrialisation et au productivisme. Le modèle français de coopération du central avec le local a été particulièrement marqué par la loi municipale de 1884 qui s'inspire de certains principes de la Commune : « la terre appartient à ceux qui y travaillent », par conséquent la commune est dotée d'une souveraineté propre et la République scelle un pacte avec la paysannerie. Celle-ci est progressivement acquise aux idées républicaines par ce biais et en contrepartie, elle va exercer un pouvoir quasiment unique en Europe car outre les communes, les élus des départements ou du Parlement (députés et sénateurs) seront, pendant longtemps, des représentants issus du monde rural4.

La deuxième partie est plus notionnelle puisqu'elle brosse les différentes acceptions de la notion d'égalité des territoires. L'égalité des territoires peut être l'égalité en droit (redistribution, équipement, péréquation), l'égalité des places (spécialisation économique des territoires) et enfin l'égalité des chances qui émerge depuis les années 1990 et place les territoires en compétition. Ces trois acceptions correspondent à trois temps chronologiques. Au départ l'égalité des territoires apparaît comme un véritable quadrillage territorial. L'administration et l'Etat sont partout et tous les secteurs sont concernés (justice, sécurité, éducation, transports, ...). Je ne rentrerai pas ici dans les détails (lois, fiscalité, …) que mentionne l'ouvrage mais je vous invite à y jeter un œil. En revanche, l'auteur montre bien le rôle (connu) des grandes entreprises de service public comme la SNCF ou EDF dans le processus « d’égalisation des territoires »5. La dispersion de la population sur un vaste territoire, occasionnant une faible densité, a contribué à créer un vaste réseau de services publics et d'infrastructures diverses, unique en Europe. Ensuite l'égalité est devenue une égalité des places, c'est à dire qu'on passe de logiques de désenclavement à une organisation spatiale du système productif6. L'intégralité du territoire français doit être tournée vers « l'expansion économique »7. Le schéma national d'aménagement du territoire de 1967 illustre bien la conception fordiste et tayloriste de l'organisation de la production. Les territoires vont être pour un grand nombre d'entre-eux spécialisés et donc être complémentaires. Chacun ayant sa place, il se constitue alors une forme de hiérarchie par exemple dans l'armature urbaine (de Paris aux petites communes)8. Enfin, depuis les années 1980, ce modèle va progressivement être remis en question, à la fois par la décentralisation (loi Defferre de 1982) et par la mondialisation. Les territoires entrent en compétition, l'armature urbaine est moins claire et tend à disparaître. L'Etat coopère avec les métropoles qui sont les grandes gagnantes de ces mutations et par une politique de « projets locaux » tend à limiter les effets inégalitaires de la mondialisation. Ces trois formes d'égalité ont laissé des traces dans l'espace (services publics, infrastructures, lieux d'habitation, bassin d'emplois, …).

La troisième partie s'attarde sur les trois grands mouvements qui ont ébranlé et continuent d'ébranler les dispositifs nationaux d'égalité des territoires : l'ébranlement des monopoles, la mobilité des personnes et des facteurs de production et le plissement métropolitain. Les monopoles sont remis en question par la libéralisation du marché, l'usage de la voiture individuelle ou les nouvelles technologies de l'information et de la communication. La mobilité des personnes et des facteurs de production quant à elle est un élément capital car nous ne sommes plus « captifs » du territoire et l'usager va mettre les territoires en concurrence en recherchant ceux où il maximise ses intérêts. Quel avenir pour le modèle « d'égalité des places » dans ce contexte ?9 Quant au plissement métropolitain, c'est le phénomène majeur de ces dernières années. L'affirmation des métropoles a un impact sur la répartition des emplois, de la population, sur la production de richesse mais aussi sur les mobilités ou les liens entre les différents territoires.

La quatrième et ultime partie a pour objet d'évaluer les dispositifs d'égalité territoriale et de proposer une ligne d'évolution possible. S'il y a une phrase qui pourrait résumer l'ensemble de ce que nous avons vu, c'est celle-ci, page 51 : « L'égalité des territoires telle que forgée par l'histoire n'est plus qu'une fiction et risque de le devenir encore plus […]. » Trois éléments au moins remettent en question l'égalité des droits : la REATE (Réforme de l'Etat territorial) qui organise le retrait de la présence des fonctionnaires d'Etat, la loi MAPTAM (Modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles) de 2010 qui inscrit dans le droit une différenciation des régimes territoriaux ou encore la baisse des dotations de l'Etat aux collectivités locales de 11 milliards. L'égalité des places quant à elle est marquée par une lecture dépassée des fonctionnalités territoriales10. Les mobilités des biens et des personnes ainsi que la métropolisation conduisent à de nouvelles conceptions des territoires (des places) fondées sur la notion de système et de réseau11. L'auteur enjoint à « construire politiquement les réseaux territoriaux » et propose trois directions : « les régions devraient tenir le rôle qui était jadis celui de la DATAR » (p. 68), les communes et intercommunalités « doivent comprendre que leurs politiques publiques locales sont « interterritoriales » ou ne seront pas » (p. 70) et qu'il faudrait « conférer une dimension plus opérationnelle aux enjeux systémiques et réticulaires.12 » (p. 71). La troisième et dernière sous-partie, qui traite donc logiquement de l'égalité des chances démarre par le constat que « l'égalité réelle des chances passe par la fin du modèle étatique dans le gouvernement local » (p.73) Avec la décentralisation, chaque territoire (commune, département ou région) dispose d'une souveraineté. Ce qui rappellera une remarque de Jacques Ellul qui écrivait dans Anarchie et christianisme « Compte tenu que la « décentralisation » menée à grand bruit par Defferre a rendu la défense de la liberté beaucoup plus difficile. Car l’ennemi ce n’est pas l’Etat central aujourd’hui, mais l’omnipotence et l’omniprésence de l’administration. » L'auteur propose de «  [se désintoxiquer] de l'Etat à la fois comme puissance rassurante au-dehors et comme modèle au dedans. » et il pointe trois raisons : Tout d'abord l'Etat n'a plus les moyens financier de cette politique, ensuite le local est plus globalisé que les nations et enfin un territoire marqué par les flux « ne peut se gouverner selon un modèle étatique, qui fonde sa puissance sur l'enracinement et la distinction entre « dedans » et « dehors ». ». Tout cela pourrait être sujet à débat, mais on constate bel et bien que les logiques de modernisation territoriale impulsée par la droite au nom de la croissance et de la puissance nationale se font désormais au détriment même de la nation. L'auteur poursuit certaines de ces réflexions en conclusion, mais il s'agit d'éléments trop spécifiques pour un propos qui se veut ici généraliste.

Cet ouvrage court, sérieux et bien mené constituera une synthèse complémentaire des constats effectués par Christophe Guilluy dans Fractures françaises et La France périphérique. On ne pourra s'empêcher d'analyser la fameuse « montée du FN »13 comme, certes la défense de la France périphérique mais surtout comme la défense d'une certaine vision de l'aménagement et de l'égalité des territoires qui est concomitante de cette France périphérique habituée à bénéficier de haut niveau de service, d'infrastructures de qualité et de bassins d'emplois locaux. Le FN apparaît à l'heure actuelle, sous l'influence de sa ligne « nationale-républicaine » comme le continuateur des logiques d'aménagement impulsées à l’ère gaullo-pompidolienne. Il faudrait tout au contraire qu'il bâtisse un corpus en capacité de répondre au réel : métropolisation, périurbanisation, mobilités accrues, mutation des espaces productifs, remise en question de l'agriculture productiviste, remise en question des politiques de « grands travaux » et ainsi de suite. Je ne peux que conseiller à tous ceux qui veulent agir sur le plan associatif ou électoral de lire les 85 pages de cet ouvrage et d'une façon générale de ne pas agir pour défendre un modèle datés de 50 ans, mais d'agir en fonction du réel pour bâtir l'avenir en construisant, et en inventant, un nouveau modèle.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

1Il s'agit de la quatrième de couverture. Je prends le parti de paraphraser en grande partie l'ouvrage dans mon développement.

2 Le Rapport du Groupe 1985 encourage les mobilités partant du constat que le nomadisme serait la norme et la sédentarité, l'exception : « Si les techniques de l'automobile et du chemin de fer paraissent avoir atteint le stade de la maturité, où peu d'innovations spectaculaires sont à prévoir, il n'en est pas de même pour les transports aériens, et on doit s'attendre à l'apparition de nouvelles techniques. Le résultat sera une mobilité qui, au moins pour certains individus, confinera à l'ubiquité. Cette mobilité n'est pas un fait exceptionnel : les sociétés nomades étaient caractérisées par une mobilité extrême au regard de laquelle l'actuelle mobilité des Américains du Nord ne paraît pas sans précédent ; c'est plutôt la vie sédentaire, liée d'abord aux activités agricoles et plus tard aux lourds investissements fixes de la société industrielle qui peut paraître surprenante. » dans Groupe 1985, Réflexions pour 1985, Paris, La Documentation française, 1964

3Il ne s'agit pas ici de reprendre telle quelle la théorie de Jean-Français Gravier dans Paris et le désert français publiée en 1947. En effet Philippe Estèbe considère que ce sont plus les grandes villes qui ont vu leur développement et leur croissance entravés par le « poids de Paris » que les petites et moyennes communes. Cette situation tend à se nuancer depuis les années 1990 et surtout depuis l'an 2000 avec le phénomène de métropolisation.

4L'urbanisation est un phénomène majeur des deux derniers siècles, la France était à 85% rurale autour de 1815, elle est à 85% urbaine en 2015. Au recensement de 2007, 47,9 millions d'habitants étaient des urbains pour une population de 61,8 millions d'habitants sur une superficie du territoire urbain de 118000 km². 77,5 % de la population habitait sur 21,5% du territoire pour une densité moyenne d'environ 400 hab./km². D'après l'INSEE, 95% de la population est sous influence urbaine.

5Clin d’œil à « l'égalisation des conditions » chez Tocqueville.

6Aristide Martin prépare un dossier sur la mutation des systèmes productifs pour le Cercle Non Conforme.

7« Le visage de notre pays en 1985 devrait résulter d'une transformation profonde de notre économie susceptible de conduire à une amélioration importante de nos modes de vie : une agriculture rénovée qui pourrait être la première industrie lourde de la France tout en libérant une main-d'œuvre considérable pour les autres industries et les services ; une capacité de production plus que doublée car, d'ici 1985, nous aurons construit autant d'usines qu'il en existe actuellement ; un niveau de vie qui se sera, en une génération, élevé autant qu'en un siècle, devraient être parmi les signes de cette transformation. Cette perspective est d'ailleurs vraisemblable compte tenu des besoins nouveaux qu'engendre la croissance : tout en nous attachant aux activités à rendement élevé, nous pourrons, dans notre échéancier du développement, ordonner les investissements rentables à moyen terme à des investissements rentables à plus long terme, comme l'éducation (la promotion des hommes, facteur de croissance, sera aussi l'un des fruits de la croissance) et l'aménagement du territoire (qui dans l'immédiat permet à l'organisation de l'espace d'échapper à l'anarchie) » dans Groupe 1985, Réflexions pour 1985, Paris, La Documentation française, 1964

8 Les volontés de rationalisation gaulliste dans l'organisation communale seront d'ailleurs responsables de l'échec du référendum de 1969. Les élus ruraux qui ont encore un poids non négligeable auront la peau du Général. Mais les grandes lignes posées sous la présidence gaullienne seront poursuivies par Pompidou puis Giscard d'Estaing. Cette politique s'appuie sur les agriculteurs, qui ont vocation à nourrir les Français mais aussi à exporter. Ils deviennent une puissante corporation structurée en partie autour d'un syndicat majoritaire : la FNSEA.

9On assiste donc à une lutte des places pour reprendre le titre de l'ouvrage de Michel Lussault. Les territoires (les places) ne sont plus complémentaires, ils sont en compétition. Au final la place du territoire n'est plus garantie et les inégalités se creusent et certains territoires deviennent (ou redeviennent) des marges.

10Il s'agit ici d'une contradiction des politiques gaullo-pompidoliniennes puis giscardiennes qui souhaitaient favoriser l'égalité des places en même temps qu'elles encourageaient les mobilités. Le Groupe 1985 avait pourtant été visionnaire sur ce point: « Et alors que la notion de distance est actuellement la plus utilisée pour traiter de ce sujet, c'est en fait une fonction du temps passé, du confort et du prix qui sera sans doute, et à juste titre, de plus en plus souvent mise en jeu dans l'avenir : qu'il soit possible d'aller d'un bureau grenoblois à un bureau parisien en deux heures, pour cent francs, dans un bon siège, et la vie de la province sera changée ; point n'est besoin de savoir quelle sera la part de l'avion de l'automobile ou de l'aérotrain là-dedans — ni de penser aux 600 kilomètres qui séparent les deux villes, et qui seront toujours 600 kilomètres. On peut imaginer, par exemple, qu'en supposant un confort convenable — et indispensable — trois ordres de temps de voyage pourront être considérés : — inférieur à une demi-heure, qui peut être accepté deux fois par jour (habitat - travail) — inférieur à deux heures, qui peut être admis une fois par semaine ; — de l'ordre d'une nuit, plus exceptionnel. » Groupe 1985, Réflexions pour 1985, Paris, La Documentation française, 1964).
On y décèle déjà la LGV... Ce sont au final les territoires les mieux « situés ;», les mieux « connectés » qui sont favorisés. Si les mobilités peuvent relier des lieux spécialisés (à l'échelle d'une personne l'habitation, le lieu de travail, les lieux de loisir, les lieux de commerce, …) à une autre échelle, celle de l'espace vécu, les mobilités tendent à renforcer leur mise en concurrence puisque les acteurs du territoire peuvent se déplacer où ils veulent. C'est ainsi qu'en voulant désenclaver certains départements ruraux par des infrastructures routières, les politiques d’aménagement ont favorisé la métropole voisine qui, étant moins loin en terme de temps, est plus attractive. Le territoire rural ne peut donc plus tenir sa « place » contrairement à ce qu'imaginaient les aménageurs des années 60' et 70' qui ont cherché ici à résoudre la quadrature du cercle.

11Le réseau est probablement la grande mutation des années 1990 et surtout 2000 (en grande partie en raison des NTIC). Le terme de « réseau » se retrouve désormais dans le champs politique et métapolitique comme Réseau M.A.S., Réseau identités ou Réseau Voltaire.

12Ce membre de phrase peut paraître nébuleux. Il s'agit en fait de simplifier le fonctionnement des échelons et des institutions voire même d'éliminer la responsabilité stricte dévolue à un échelon.

13L'auteur ne traite absolument pas du sujet, mais nous ne pouvions faire l'économie d'une conclusion qui embrasse les manifestations politiques de ces phénomènes.

10/08/2015

Chronique de livre : Thierry Paquot - Désastres urbains

 Thierry Paquot « Désastres urbains. Les villes meurent aussi »,

La Découverte, Paris, 2015, 222 pages.

 désastres urbains.JPGMême les villes peuvent mourir...

Le titre de l'ouvrage peut sembler paradoxal alors que depuis plusieurs années s'il est bien un phénomène mondial en croissance exponentielle c'est l'urbanisation. Pour autant Thierry Paquot dresse un tableau bien sombre en cinq chapitres de la mort de la ville au profit de métropoles et de mégalopoles, une mort de l'esprit de la ville, tel qu'on l'a connu en Europe depuis leur création...

Depuis des décennies, en effet, la ville est devenu le symbole de tout ce qui porte atteinte à l'équilibre anthropologique : gigantisme, démesure, délitement des relations traditionnelles, atomisation, technicisme, etc. Pour autant, la ville est un élément indissociable de la civilisation en Europe, que ce soient les cités grecques, Rome ou les ensembles urbains germains, celtes, slaves, etc. Au Moyen-Âge, ville et libertés sont même devenues synonymes. Il faut cependant noter que les villes se sont développées dans le cadre d'une civilisation qui restait rurale, y compris lors de la révolution industrielle du XIXème siècle. Mais depuis les années 60,la ville s'est pleinement transformée, notamment en France, à tel point que Thierry Paquot y voit des désastres urbains.

Comme l'indique la quatrième de couverture : « Grand ensembles, centres commerciaux, gratte-ciel, gated communities et "grands projets" sont les principaux dispositifs architecturalo-urbanistiques qui accompagnent l’accélération de l'urbanisation dans le monde. Emblématiques de la société productiviste et construits au nom du "progrès" et de la "marche de l'histoire", ces désastres urbains n'ont en réalité comme seule fonction que de rentabiliser des territoires désincarnés et interconnectés. »

Les cinq principaux dispositifs évoqués constituent autant de chapitres de cet essai. Ces cinq chapitres – aux titres éloquents : le « grand ensemble » ou l'ensemble sans ensemble, le centre commercial, ou le commerce sans échange, le gratte ciel, ou l'impasse en hauteur, la gated community, ou la vie enclavée, les « grands projets » ou la toxicité de la démesure – assez courts et rédigés dans un style et un langage accessible et parfaitement compréhensibles. Et surtout agencés dans un ordre qui rend la lecture plus qu'intéressante comme l'explique Thierry Paquot dans l'avant-propos, intitulé De l'avantage de la digression : « Ainsi la description et l'analyse de chacun des cinq "dispositifs" retenus dans cet ouvrage se trouvent doublées d'une digression, qui se veut à la fois un élargissement et un approfondissement. En fait, chaque digression zoome sur l'objet préalablement exposé et peut être lue indépendamment. J'espère que le lecteur trouvera dans ce procédé le moyen d'exercer son esprit critique et que chaque digression l'invitera, à son tour, à dériver, à s'étonner, à contester, à partager. » Digressions qui révèlent notamment l'importance de la lecture de « La poétique de l'espace » de Gaston Bachelard. Un des ouvrages fondamentaux du philosophe : «« Nous voulons examiner des images bien simples, les images de l'espace heureux... L'espace saisi par l'imagination ne peut rester l'espace indifférent livré à la mesure et à la réflexion du géomètre. Il est vécu. Et il est vécu, non pas dans sa positivité, mais avec toutes les partialités de l'imagination... Sans cesse l'imagination imagine et s'enrichit de nouvelles images. C'est cette richesse d'être imaginé que nous voudrions explorer. » On y lit aussi des extraits bien trouvé de l'oeuvre de H. G. Ballard, l'auteur du célébrissime « Crash », qui a inspiré David Cronenberg.

Philosophe et professeur des universités à l'institut d'urbanisme de Paris, Thierry Paquot est proche de Serge Latouche et en effet l'on devine de nombreuses problématiques de la décroissance dans cet ouvrage, notamment dans la critique des centres commerciaux et des « grands projets ». L'intérêt de son livre est de monter des projets alternatifs, des voies pour que nos villes redeviennent des villes, rappelant ainsi les travaux de Pierre Le Vigan.Comme ce que précise la quatrième de couverture : « Ce livre (…) vise à fournir des outils critiques pour les contester et faire advenir dans un avenir proche des alternatives architecturales, des expérimentations urbaines t des modes de vie ouverts et libérés... »

Arnaud/C.N.C.

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28/07/2015

Chronique de livre : Stuart McRobert - "Beyond brawn"

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Enfin, je viens de finir le "beyond brawn" de Stuart McRobert. Si je dis "enfin", c'est n'est pas à cause d'une lecture trop longue, car malgré les presque 500 pages, c'est un livre qui se lit rapidement, même en anglais; mais parce que cela faisait bien longtemps que je m’intéressais à cet auteur et à ses positions à contre-courant à propos de l'entraînement en musculation, sans me plonger dans une lecture complète et investie d'un de ses ouvrages.

Ces positions quelles sont-elles ? Selon notre auteur, les grandes théories de l'entraînement qui sont nées dans les années 60, lors de l'arrivée massive des anabolisants, et qui visent à inclure dans les programmes un gros volume d'effort sur des exercices nombreux appliqués à chaque muscle, ne seraient pas efficaces pour la grande majorité des pratiquants. Toujours selon l'auteur, il y aurait trois types de pratiquants : le champion, gars super doué qui progressera quoi qu'il fasse de toute façon (5%); le gars assez doué, qui obtient plutôt rapidement des résultats mais sans devenir un champion; et le "hardgainer", qui représente la majorité, environ 80% des pratiquants, et sur qui les méthodes conventionnelles ne fonctionnent pas. Nous reviendrons sur les bases de cette théorie à la fin de l'article.

Il y a donc de grandes chances pour que vous aussi soyez un "hardgainer". Notez que toutes ces observations sont valables dans le cas d'une musculation naturelle, car dans le cas contraire l'ordre des choses peut être inversé. Donc si vous ne prenez pas de stéroïdes et que vous n'êtes pas de nature à prendre facilement du muscle, ce livre s’adresse à vous.

Commençons par parler du livre en lui-même. Ce n'est pas le premier livre de l'auteur, mais il semblerait que ce soit le plus complet, il reprend la thèse qui de toute façon est la même tout au long de sa bibliographie. Le livre ne contient pas de photographies, ou très peu, et est plutôt épais pour un livre sur la musculation. C'est d'ailleurs la principale critique que l'on peut adresser à l'ouvrage qui aurait mérité d'être condensé. Il y a beaucoup de redondances et le tout aurait facilement été regroupé en trois fois moins de pages. Je crois cependant qu'il s'agit d'un parti-pris de l'auteur de vouloir écrire une sorte de bible, où le même message est répété parfois à l'excès dans un développement souvent mal ficelé et confus. Cela donne en effet un côté « biblique », ou je dirai plutôt « livre de chevet », sur lequel on peut revenir souvent, piquer des pensées ça et là, en lire des extraits pour entretenir sa motivation. Si certains principes sont répétés très souvent, c'est aussi parce que les méthodes contre lesquelles l'auteur se bat sont très implantées dans les milieux de la musculation, autant chez les débutants que dans les programmes des diplômes d'état. Nous y reviendrons à la fin de l'article.

Ce n'est donc pas un livre technique. On n'y trouve aucune étude scientifique, aucun programme précis, peu de données physiologiques ou anatomiques. Il s'agit plutôt de conclusions faîtes sur la base d'observations et d'expérimentations personnelles. Le but de cet ouvrage est essentiellement de nous remettre en question, de nous faire réfléchir à propos de notre éventuelle stagnation ou renoncement. C'est un livre qui se veut motivant et qui prend en compte les aspects psychologiques de la pratique.

Heureusement, on trouve quand même toute une partie qui propose d'apprendre à faire son propre programme de musculation. L'auteur donne même des exemples mais ne rentre jamais dans les détails, il nous ait toujours possible d'adapter le nombre de répétitions, de séries, et les temps de repos, en restant évidement dans le cadre des principes énoncés dans l'ensemble du bouquin.

On pourra donc reprocher à ce livre son aspect peu synthétique et son manque de précision, mais il est une source de questionnement et c'est sans doute cela qu'il faut retenir. Le programme universel n'existe pas, et jusqu'à présent la science ne nous l'a pas apporté. Au final, nous avons peut-être tort d'imaginer que la science pourra trouver le secret de l'anabolisme naturel alors que plusieurs générations de pousseurs de fontes se sont succédé sous les barres. Ils n'étaient pas tous des monstres de génétique, et certains ont sûrement obtenu de bons résultats sans appliquer les méthodes courantes, soit parce qu'elles n'avaient pas encore été théorisées, soient parce qu'ils ne les connaissaient même pas ou qu'ils ont décidé de s'en affranchir. Les salles de musculation sont en quelque sorte un laboratoire vivant où l'on peut observer des centaines de cobayes et expérimenter soi-même tous les protocoles possibles. Nous aurions tort de faire plus confiance à des études qui ont encore du mal à limiter les facteurs confondants et de ne pas accorder de crédit à la somme des expériences des passionnés. Notons tout de même que les théories énoncées dans le bouquins ne vont pratiquement jamais à l'encontre des bases scientifiques, cela reste dans tous les cas une méthode rationnelle.

Ici, on ne vous vendra pas de méthode miracle, le temps et la persévérance sont des piliers du succès selon McRobert, et les gains promis en terme de force restent dans la limite de l'envisageable pour un athlète non-dopé. Cet ouvrage aura donc sa place dans votre bibliothèque, si vous lisez l'anglais, et aura le pouvoir de vous faire poser des questions, car il y a de grandes chances que vous appliquiez des méthodes qui n'ont pas vraiment prouvé leur efficacité autrement que sur le papier. Comme nous avons parfois tendance à vouloir en faire trop, et que le mieux est souvent l'ennemi du bien, ce livre remettra un peu de bon sens dans votre réflexion sur la pratique de la musculation.

 

Méthodes « conventionnelles » VS méthode « hardgainer » :

Revenons un instant sur les théories promues par l'auteur face à ce qui est le plus souvent pratiqué.

Le « split-routine », c'est à dire le fait de n'entraîner que un ou deux groupes musculaires par séances et le nombre élevé d'exercice et de séries, se sont imposés depuis plusieurs décennies à travers le règne des frères Weider dans l'industrie du fitness. Ce règne s'est étendu au niveau mondial et à tout ce qui touche au monde de la forme et du culturisme (compétitions, matériel, presse spécialisée, méthodes d'entraînement, promotion des champions, etc). Ce monopole a longtemps étouffé l’émergence de méthodes « dissidentes » en imposant un modèle, et seul le domaine de la préparation physique (sportifs de haut niveau ou militaires) a parfois conservé des techniques plus anciennes et sortant du cadre du culturisme.

Récemment, la grande mode du Crossfit a eût le mérite de nous montrer des performances et des physiques solides en sortant complètement de ces standards théoriques. Force est de constater, sans pour l'instant conclure que les méthodes classiques sont inefficaces, qu'il existe d'autres moyens d'obtenir des résultats.

Les bases théoriques qui composent encore les programmes des diplômes d'état aujourd'hui sont plus ou moins imprégnées de ces méthodes à haut volume d'entraînement. Dans les clubs de musculation, je peux confirmer que 90% (minimum) des adhérents s'entraînent à la « weider » (sauf dans les salles de type « crossfit » bien sûr) et en effet, peu parviennent à de bons résultats. Le split-routine avec 4 à 5 séances par semaine, de nombreux exercices et de nombreuses séries est pratiqué de la même façon par le débutant ou par le champion à la génétique hors-norme et à l'assistance chimique irraisonnée.

Stuart McRobert conseille de s'entraîner deux fois par semaine (jusqu'à trois fois, dans certains cas) et de ne faire que des exercices « de base », c'est à dire les grands classiques que sont le développé couché, le squat, le soulevé de terre, les dips, etc, et de limiter à la fois de nombre d'exercices et le nombre de séries. En revanche, les répétitions peuvent s'adapter aux muscles sollicités et au ressenti, l'important étant de pouvoir mesurer ses performances et d'établir une progression planifiée.

Je crois que le meilleur moyen de se faire une idée serait finalement d'essayer soi-même de se construire un programme sur les bases de la méthode « hardgainer » et d'en tirer ses propres conclusions. Personnellement, si je n'ai encore jamais appliqué ce type d'entraînement « minimaliste », toutes mes expériences s'en approchant ont été dans ce sens. Les protocoles de très haut volume (deux fois chaque muscle par semaine par exemple) m'ont très vite mené à la régression, tandis qu'une simplification des séances m'a toujours mené à de bons résultats. Le plus difficile dans cette histoire est finalement de vaincre la peur de la régression et de ne pas être tenté d'ajouter des exercices ou des séances.

Si vous êtes dans la situation du pratiquant en salle qui a du mal à progresser, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Rien ne vous coutera d'essayer. Pour ma part, je vais me mettre au point une planification pour le mois de septembre et je ferai un retour détaillé sur le blog après trois mois d'entraînement, donc sans doute vers la fin de l'année 2015.

En attendant, profitez bien de l'été.

Source : Les Briseurs de Chaînes (association sportive du MAS Méditerranée)

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