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29/04/2013

Barrès réhabilité, par Bastien Vallorgues

Barrès réhabilité

Longtemps principale figure de la République des Lettres et modèle de plusieurs générations d’écrivains, Maurice Barrès est aujourd’hui bien oublié tant des institutions que du public. 2012 marquait les cent cinquante ans de sa naissance, le 20 août 1862. Cet événement n’a guère mobilisé les milieux officiels plus inspirés par les symptômes morbides d’une inculture abjecte. Le rattrapage demeure toutefois possible puisque 2013 commémorera la neuvième décennie de sa disparition brutale, le 4 décembre 1923 à 61 ans, à la suite d’une crise cardiaque. belle session de rattrapage pour redécouvrir la vie, l’œuvre et les idées de ce député-académicien.

Paru en 2009, un essai biographique aide grandement à ces retrouvailles. Or son auteur, Jean-Pierre Colin, n’a pas le profil du barrésien habituel. En effet, universitaire lorrain, Colin fut le conseiller ministériel de Jack Lang. Par ailleurs, cet homme de gauche est aussi comédien et dramaturge. On pourrait dès lors craindre que l’ouvrage dénigre Barrès. Il n’en est rien. Jean-Pierre Colin exprime plutôt une réelle empathie pour l’auteur de La colline inspirée. En outre, son livre se lit avec plaisir et aisance.

Homme de lettres, romancier et journaliste, le Lorrain de cœur n’est pas d’un seul bloc au contraire de son vieil ami Charles Maurras. « Barrès aura été toute sa vie d’une certaine façon l’anti-Maurras. » Jean-Pierre Colin qui ne partage nullement les idées maurrassiennes qualifie néanmoins l’éditorialiste de L’Action Française d’« écrivain authentique, pétri d’hellénisme et le félibre a sa place dans le panthéon français. C’est toutefois un homme abrupt dans ses convictions, haineux dans ses inimités, intolérant dans ses idées et fanatique dans son projet ».

Le paradoxe Barrès

« Anti-Maurras », Barrès l’est assurément, car, par sa célébration de la terre et des morts, il incarne le dernier des romantiques français. Il voulut donner une politique à ce courant, répondant ainsi au primat de la langue d’Herder. Député boulangiste de Nancy de 1889 à 1893, il participe à la rédaction du titre boulangiste La Cocarde à partir du 5 septembre 1894. Il siégera de nouveau à la Chambre en tant qu’élu conservateur des Halles de Paris de 1906 jusqu’à sa mort.

Étonnant élu de Paris qui habite à Neuilly-sur-Seine ! Cet anti-parlementariste sera parmi les doyens de la Chambre des députés et éprouvera un réel attachement à la fonction parlementaire. Lors de certaines de ses interventions, Barrès célèbre le collectivisme. À d’autres moments, il saluera la Commune de 1871 et envisagera d’écrire sur Louise Michel, la « Jeanne d’Arc » communarde. Est-ce si surprenant pour l’inventeur du « socialisme nationaliste » ? Ce contempteur de l’immigration se liera avec une rare intensité charnelle avec la comtesse Anna-Élisabeth de Noailles d’origine roumaine, de dix ans son aînée. cette humanité riche en contradictions fera que « Anatole France, Marcel Proust ou Léon Blum l’auront toujours gardé dans leur estime ». Colin rappelle au contraire que la publication d’Un jardin sur l’Oronte indignera les critiques catholiques pour son immoralisme. Ce livre de 1922, Barrès renoue avec sa jeunesse anarchiste et égotiste de L’Ennemi des Lois (1893).

La liberté d’esprit concerne aussi son traitement de l’affaire Dreyfus. Si « Barrès sera quand même de ceux qui reviendront sur leur aveuglement, […] alors que l’Affaire Dreyfus a perdu de son intensité, il ne retranche rien de ses écrits antérieurs, même les plus incisifs. D’une façon générale, il n’aimera jamais désavouer les positions qui auront été les siennes, à un moment ou à un autre, estimant que sa pensée forme un tout ». Colin n’hésite pas à critiquer sévèrement les analyses, pleines de contresens, de Zeev Sternhell.

Maurice Barrès s’intéresse à la littérature dès 1884 quand il lance une éphémère revue, Les Taches d’Encre. L’édition ensuite de ses premiers romans va lui valoir une notoriété certaine si bien qu’il sera bientôt appelé le « Prince de la Jeunesse » grâce à Paul Adam qui lui offrit en 1889 une pièce à l’effigie de l’empereur Alexandre Sévère sur laquelle était inscrite « Princeps Juventatis ». il y a plusieurs significations à ce geste. Retenons que Barrès n’a jamais fait son âge réel et conserve toujours une allure juvénile. Mais le célèbre Lorrain savait cacher sous une apparence adolescente « un redoutable polémiste ».

Par delà ce talent polémique, Jean-Pierre Colin perçoit dans l’œuvre de Barrès politique la préfiguration des idées gaullistes de la Ve République. Il est le passeur idoine entre le bonapartisme du XIXe siècle et le gaullisme du XXe ! Barrès n’a jamais rencontré Charles de Gaulle, mais ce dernier avait à La Boisserie ses œuvres complètes. Barrès gaulliste n’aurait pas été incongru. Jean-Pierre Colin évoque une uchronie parue naguère dans Le Figaro montrant un Barrès de 78 ans réagissant à l’Occupation. Après une période d’observation et de silence, Barrès qui n’a jamais apprécié Philippe Pétain – il préférait Hubert Lyautey -, dénonce la Collaboration… Irréaliste ? Dès juillet 1940, Philippe Barrès, son fils unique, rejoignit Londres et la France libre. En 1951, il deviendra député de Meurthe-et-Moselle sur une liste du R.P.F., ce qui corrobore une filiation intellectuelle entre le barrésisme et le gaullisme.

Un pré-gaullisme

Dès sa période boulangiste, Barrès fait sien la devise de son champion : « Dissolution – Constituante – Révision ». Il rêve d’un État laïc, du recours fréquent aux referenda, d’un pouvoir exécutif stable et puissant élu au suffrage universel direct. Barrès réclame en outre une France forte, impartiale et décentralisée. La décentralisation est un thème cher pour ce Lorrain qui a aussi des attaches familiales dans le Gévaudan. En arrêtant la centralisation parisienne, il entend « donner à chaque province dont est née la France, la vie qui lui manque du fait d’une excessive centralisation, qu’elle ait été autrefois monarchique ou aujourd’hui républicaine ». Mais il souhaite aller avec le régionalisme. « Chez Barrès, le régionalisme est d’abord un phénomène culturel et c’est dans cette dimension qu’il peut, non pas contredire l’unité française, non pas contrecarrer l’action du pouvoir central, mais au contraire nourrir l’unité politique de la diversité dont elle a été historiquement le produit. » Il doit inciter à l’enracinement, seul véritable fondement du nationalisme qui « est la loi qui domine l’organisation des peuples modernes (La Cocarde, 21 novembre 1894) ». « L’enracinement de Barrès est de nature politique [… car], adepte de la plus grande liberté dans l’écriture, Barrès, nourri du scientisme propre à son siècle, et plus spécialement du darwinisme, a cependant une vision totalement déterministe de la société », ce qui explique que « républicain, le nationalisme de Barrès était tragique ». Inventeur d’une Lorraine idéale, « l’enracinement barrésien, loin d’être une prison, est un effort de l’âme pour se souvenir d’où elle vient, mais l’âme n’est pas un feu follet, elle est incarnée, et l’être humain, souvent ballotté par les événements, parfois définitivement transplanté, mêlera ses anciennes racines à celles qui vont de nouveau pousser, dans un terroir nouveau, son pays d’adoption ». On retrouve le fond romantique de sa pensée. Député, Barrès est parmi les premiers à se soucier du patrimoine culturel et local.

Jean-Pierre Colin éclaire d’autres facettes presque inconnues du Barrès politique. Il le défend face à ses détracteurs sur son rôle de « Rossignol des massacres » pendant la Grande Guerre fratricide européenne. Journaliste et député, Barrès ne peut s’engager du fait de son âge et d’une santé fragilisée par des excès de table et de cigarettes. Destinataire de nombreuses lettres venues tant du front que de l’Arrière, des « Poilus » que de leurs entourages, Barrès se fait le mémorialiste du conflit. Il en rédigera vingt-quatre volumes ! Quand il n’écrit pas des articles qui sont parfois censurés par les autorités militaires parce qu’à la germanophilie culturelle trop prononcée, Barrès s’active auprès de ses collègues : création de la Croix de Guerre, port du casque d’acier, usage du réchaud à alcool dans les tranchées. Il défend mutilés et victimes de guerre face à l’administration, obtient pour les épouses des mobilisés une indemnité journalière et exige le droit de vote des femmes veuves de guerre !

Dès la paix revenue, il s’inquiète des conséquences des traités de 1919 – 1920. Voyageur impénitent en Espagne, en Italie, en Grèce et en Orient, il souhaite le maintien de l’Empire ottoman, promeut une Allemagne fédérale et encourage les sécessions séparatistes de la Rhénanie du Nord, de la Rhur et de la Rhénanie du Sud. Dans ses derniers textes, ce passionné de la vallée rhénane envisage l’éventualité d’une Fédération européenne…

Maurice Barrès. Le Prince oublié trace le portrait original et captivant d’un écrivain qui mérite beaucoup mieux que son image supposé détestable. Jean-Pierre Colin fait bien mieux : il le réhabilite !

Bastien Vallorgues

• Jean-Pierre Colin, Maurice Barrès. Le Prince oublié, Infolio, Gallion (Suisse), 2009, 249 p., 22 €.

Source: Europe Maxima

09/04/2013

Chronique littéraire : Aymeric Caron, No steak, Fayard, 2013.

 

Chronique littéraire :

Aymeric Caron, No steak, Fayard, 2013.

no steak.jpgAlors que depuis peu les scandales sanitaires dans l'industrie agroalimentaire font rage, Aymeric Caron nous expose ses talents de reporter dans son livre No Steak paru en janvier 2013 .C'est un ouvrage objectif, visionnaire et clair dans lequel sont posés avec verve et humour les causes et les conséquences de l'industrie massive de la viande. Un livre qui tombe à pic compte tenu d'un phénomène récent : l’interrogation et la méfiance des consommateurs à l'égard de la viande.

A la lecture de ce livre nous sentons qu'Aymeric Caron tient à souligner la manière dont nous considérons les animaux d'élevage mais aussi notre alimentation carnée. Le marché de la viande est désormais au cœur d'une agriculture qui vise à produire toujours plus, à moindre coût, quelles qu'en soient les conséquences pour les animaux, notre santé ou l'environnement. En France, beaucoup de gens ont conscience que certaines pratiques d'élevage sont peu scrupuleuses mais une minorité d'entre eux s'y intéressent réellement, la majorité préférant fermer les yeux sur le mode de production ou la provenance de leur viande… Pourtant, cette vigilance pourrait leur éviter des soucis de santé.

En France, en moyenne plus de 10 000 tonnes d'antibiotiques sont vendud chaque année pour les élevages (souvent intensifs) ; or, administrés en grande quantité,  ils favorisent le développement de bactéries résistantes aux antibiotiques ce qui engendre des zoonoses (maladie transmissible de l'animal à l'homme). La conséquence est sévère : plus de 25 000 décès par an en Europe. Sachant que sur nos terres 95 % des porcs, 80% des poules pondeuses et poulets de chair, 90 % des veaux et 100% des poissons élevés en aquaculture viennent des élevages intensifs.

Un autre point qu'il m'a semblé important de relever dans le livre est l'impact écologique que la production intensive de viande a sur notre environnement :

·         Utilisation abusive des ressources en eau (l'agriculture est aujourd'hui responsable de 70 % des prélèvements d'eau dans le monde alors qu'un milliard de personnes n'a toujours pas accès à l'eau potable) ainsi que pollution des nappes phréatiques .

·         Manque de surface agricole (plus de ¾ des surfaces agricoles mondiales sont désormais consacrées au bétail )

·         Réchauffement climatique (sur l'ensemble de la planète 18 % des gaz à effet de serre proviennent des élevages alors que les transports ne sont responsable que de 14 %) .

·         Épuisement des sols (Il faut désormais 18 mois à la terre pour régénérer les ressources naturelles utilisées en une seule année par les humains.)

·         Déforestation en Indonésie, au Brésil ou encore en Afrique. Je prends l'exemple du Brésil où 10 millions d'hectares de forêts ont disparu en 10 ans pour faire place à 200 millions de bêtes élevées dans des élevages industriels, inutile je pense de préciser que les Indiens et les animaux qui y vivent sont condamnés à voir leur espace de vie se retreindre.

En 2050 nous serons près de 10 milliards et nos ressources en terres et en eau seront insuffisantes  pour que le régime carné continue à progresser affirme Aymeric Caron .

La surface agricole mondiale n’a progressé que de 9 % en quarante ans alors que la population a augmenté de 50 % et que la production de céréales a doublé. Sur un hectare de bonne terre un agriculteur peut nourrir toute l'année jusqu'à 30 personnes avec des légumes, des fruits et des céréales, alors que si cet hectare est consacré à la production d’œufs, de lait ou de viande, il ne peut plus en nourrir que 10 au maximum.

Créer de nouvelles terres arables sur des surfaces actuellement occupées par des forêts comme on le fait en Indonésie, au Brésil ou en Afrique est suicidaire: les arbres jouent un rôle essentiel dans le stockage du carbone et atténuent le changement climatique. Résultat depuis quelques années, les terres agricoles sont devenues des biens recherchés et des produits de spéculation. Des États achètent des terrains à l'étranger, soit pour leurs besoins alimentaires soit pour des agro-carburants. Plus de 200 millions d'hectares sont passés sous le contrôle étranger entre 2000 et 2010. Les deux tiers des transactions concernent les pays d'Afrique (40 % des terres du Sud-Sundan ont été vendue à des investisseurs étrangers et en 2011 ) .

De plus la consommation de viande crée des inégalités.

La viande fut longtemps réservée aux sociétés privilégiées mais depuis l'importation de la viande en boite par les américains à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale,  la consommation de viande dans le monde a quadruplé (en 2010 elle atteint le chiffre de 286,2 millions de tonnes) alors que le nombre de personnes sous alimentées a doublé. Nous négligeons notamment un aspect crucial, sur lequel tous les gouvernements fautifs ferment délibérément les yeux : la consommation de viande au Nord génère un manque de céréales au Sud. La tendance est là implacable : dès que le niveau de vie d'une population augmente, la viande apparaît au menu ; c'est pourquoi la FAO prévoit un doublement de la consommation de viande d'ici 2050. En somme, la consommation de viande dans le monde est aussi déséquilibrée qu'un régime Dukan. Cela ne signifie pas que nous ne produisons pas assez puisqu'on estime à 30 % la quantité de nourriture gâchée dans les pays riches. Les causes sont multiples: action ou inaction des OMC, lobbying des industries agroalimentaires, dumping agricole européen pratiqué grâce à la politique agricole commune, spéculation sur les marchés…

Le mal être chez les animaux d'élevage n'est pas rare notamment dans les élevages intensifs qui visent à produire plus à moindre coût. Parqués dans des stalles les cochons, les lapins, les vaches et les volailles n'ont d'autre choix que de subir. Pour les mâles, c'est de l'engraissement et pour les femelles, des gestations à répétition jusqu'à la réforme. Leur vie se passe dans les stalles souvent trop petites où (notamment pour le porc et la volaille) à force de stresse, d'ennui, de manque de place et de lumière, les animaux développent des tocs : ils mâchonnent leurs barreaux et ont des gestes nerveux répétitifs. Ce calvaire peut durer quelque mois ou  plusieurs années, sans jamais voir autre chose que l'endroit où ils sont nés. Le seul moment où ils verront la lumière du jour, ce sera en prenant la route vers l'abattoir. Le trajet peut durer un certain temps ; bien souvent les animaux voyagent sans eau ni nourriture, entassés dans les camions, ils jouent les funambules à chaque virage car la chute est fatale. Sans savoir se relever, l'animal au sol se fait piétiner par les autres. Enfin arrivés à l'abattoir ce sont des animaux affaiblis et stressés que l'on abat (mais malheureusement pas toujours) à l'aide d'une décharge électrique dans le système nerveux...

L'abattage rituel est un autre problème dénoncé par Aymeric Caron. Chaque jour en France 3 millions d'animaux meurent dans les abattoirs. Depuis 1964, la loi française oblige à étourdir l’animal par une décharge électrique dans le système nerveux ; les animaux de boucherie avant la saignée, et ce pour deux raisons: réduire la douleur de l'animal au moment de la mise à mort et assurer la sécurité du personnel. Pourtant, les abattages rituel tel que l'abattage halal/casher impose que les animaux soient saignés en pleine conscience. Du coup, au nom de la liberté des cultes, la France comme l'Union Européenne accordent une dérogation pour l'abattage rituel, qui peut ainsi s'effectuer sans étourdissement. Le pire c'est que de nombreux consommateurs mangent sans le savoir de la viande d'animaux tués selon ces rituels. Dans un rapport du ministère de l'agriculture datant de novembre 2011, on apprend que plus de la moitié des bovins, ovins et caprins tués en France le sont selon un abattage rituel, ce qui excède largement les besoins de la population nationale concernée qui devrait n’être que de 10 % (NDLR : ou plus ?). D'autant que l'abattage rituel n'est pas sans danger pour la santé, puisque cette pratique multiplie les risques d'infection bactérienne. L'abattage rituel tel qu'il est pratiqué en France à l'heure actuelle, qu'il soit juif ou musulman, est un archaïsme qui n'a plus sa place dans notre société. Si la république est réellement « laïque, une est indivisible » , alors on ne peut tolérer que les droits minimums accordés aux animaux d'élevage soient bafoués au nom de croyances communautaires.

L'auteur met aussi un point d'honneur à mettre fin aux préjugés sur les végétariens ou végétariens. Je cite « Qu'on se rassure, le végétarien ou le végétalien n'ont pas choisi de renoncer à la bonne chère. Seulement à la mauvaise chair».

En France on compte entre 1 et 2 millions de végétariens. Des carences? Sûrement pas! Ils ont tout simplement adapté leur alimentation à leurs besoins compensant les apports nutritifs fournis par la viande par d'autres aliments qui souvent en apportent beaucoup plus, par exemple le soja qui contient 40% de protéines alors que la viande en moyenne n’en contient que 15 à 20 %. D'autres légumineuses sont en outre des sources importantes de protéines. Un autre point important qu'il faut souligner c'est l'état de santé des végétariens. En occident, certains cancer comme celui de la prostate ou celui du sein, très fréquents, n'existent pas dans des pays où l'alimentation est pauvre en viande. Les cancers ont aussi considérablement augmenté depuis la Seconde Guerre Mondiale… depuis que notre alimentation carnée a changé.

C'est un livre à effet coup de point que ce No steak, riche en sources et informations, et qui dénonce les problèmes dont aucun homme politique ne parle car cette notion obligerait des prises de positions remettant en cause la course effrénée à la croissance dans laquelle nous nous sommes engagés. Auriez-vous imaginé qu'un steak pouvait avoir un tel prix ?

Lula

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

20/03/2013

Chronique de livre: Jean-Jacques Rousseau et les origines françaises du fascisme

Chronique de livre:

Dimitri Kitsikis, Jean-Jacques Rousseau et les origines françaises du fascisme, Les Documents de Ars Magna Editions, Ars Magna, 2006

050-LFI-AM_i.jpgJean-Jacques Rousseau et les origines françaises du fascisme est un petit opuscule de 42 pages qui se propose d’analyser la pensée de Jean-Jacques Rousseau à la lumière de la grille de lecture mise en place par l’auteur pour les fascismes. Ainsi après quelques considérations d’ordre général sur la pensée grecque, la philosophie, le matérialisme, le progrès et quelques références à la religion orthodoxe (l’auteur est grec) en introduction, s’entame un dialogue entre 13 critères et des éléments de l’œuvre du philosophe genevois.

L’intérêt de ce petit document est donc multiple, puisqu’il nous informe  sur la pensée philosophique,  sur Jean-Jacques Rousseau mais également sur l’idéologie fasciste. Ainsi dès la page 3, l’auteur catégorise trois grandes idéologies : le libéralisme, incarné par Voltaire et correspondant au parti des Girondins pendant la Révolution française, le fascisme, incarné par Rousseau et qui prend forme chez les Robespierristes et enfin le communisme, avec la figure de Gracchus Babeuf. De fait pour l’auteur il n’existe que trois grandes familles politiques et les mouvements « populistes » sont pour lui des mouvements de cette « troisième idéologie » qu’il nomme « le fascisme ». Le fascisme est une idéologie qui puise dans le romantisme, le mysticisme, la recherche d’un paradis perdu et qui s‘oppose au monde moderne, occidental et bourgeois, voltairien, sans pour autant refuser certains éléments de la modernité. Le fascisme serait un « traditionalisme moderniste ».

Ces quelques considérations ont le mérite d’éclairer le débat actuel sur Rousseau (cf. entretiens d’Alain Soral ou le numéro 143 d’Eléments), mais aussi sur Voltaire (voire Marion Sigaut). Dimitri Kitsikis détermine treize thèmes et pour chacun des thèmes, l’auteur donne la « réponse du modèle » puis des éléments de la pensée de Rousseau.

-         Attitude à l’égard du concept de classe et importance donnée à la paysannerie

-         Attitude à l’égard de la propriété privée [petit ou grande], de la circulation de l’argent, du contrôle économique de l’Etat [étatisme] et de la notion de bourgeoisie nationale et d’autarcie [économique].

-         Attitude à l’égard de la nation : réalité subjective ou objective ? et du nationalisme : égalitaire ou chauvin ? La nation par rapport au concept d’Etat.

-         Attitude à l’égard de la démocratie et des partis politiques.

-         Attitude à l’égard du héros politique, c'est-à-dire du chef charismatique.

-         Attitude à l’égard de la tradition.

-         Attitude à l’égard de l’individu et de la société.

-         Attitude à l’égard de la femme.

-         Attitude à l’égard de la religion.

-         Attitude à l’égard des concepts philosophiques de rationalité et d’irrationalité.

-         Attitude à l’égard de l’intellectualisme et de l’élitisme.

-         Attitude à l’égard du concept de tiers monde.

 

A l’exception du point sur la femme, puisque Rousseau est plutôt mysogine là où les fascismes exaltent le rôle social de la femme, l’auteur trouve des correspondances pour chacun des thèmes, valorisation de la nation, de la petite propriété, de l’égalité sociale, de la démocratie directe, du rôle du chef, ou législateur, de l’antiparlementarisme, du tiers mondisme (l’auteur n’hésite pas d’ailleurs à illustrer de nombreux points de son propos par l’expérience kadhafiste tout au long de l’ouvrage). Il fait également quelques ponts entre anarchisme et fascisme, particulièrement sur l’irrationalité, l’élan vital révolutionnaire, la volonté conduisant aux confins du nihilisme.

rousseau.jpgLa première lecture de cet opuscule m’a totalement enthousiasmée, mais quelques problèmes existent. La lecture se révèle particulièrement frustrante par moment, car nous n’avons pas de traduction de l’ouvrage grec, D. Kitsikis, "Τ μοντέλο τς τρίτης δεολογίας", pp. 233--253, in τρίτη δεολογία κα ρθοδοξία, Athènes, Hestia, 1998, qui précise le modèle mis en place par l’auteur pour l’étude des trois grandes idéologies (libéralisme, fascisme, communisme). Aussi la totalité du propos se développe sur 35 pages, alors que certains points nécessiteraient de longs développements. Il me paraît par exemple hasardeux de proposer un modèle, sans les justifications qui s‘imposent parfois et aussi de résumer la pensée de Rousseau à quelques extraits. L’auteur ouvre ici des perspectives intéressantes, qui nécessiteraient un certain approfondissement. Lorsque nous consultons sa production intellectuelle et sa carrière universitaire, nous pouvons regretter qu’il ne fasse pas plus de publication en français sur l’histoire des idées politiques car Dimitri Kitsikis apparaît tout au long de ces pages comme un esprit étranger à toute compromission intellectuelle…

Jean

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

11/03/2013

Entretien avec des hommes remarquables

Entretien avec des hommes remarquables

A commander auprès d'Alexipharmaque éditions

05/03/2013

Chronique de livre: Eva Cantarella, Les peines de mort en Grèce et à Rome ; origine et fonctions des supplices capitaux dans l’antiquité classique, Albin Michel, 2000.

 Chronique de livre:

Eva Cantarella, Les peines de mort en Grèce et à Rome ; origine et fonctions des supplices capitaux dans l’antiquité classique, Albin Michel, 2000.

evac1.JPGAlors que de plus en plus de personnes se révèlent favorables au rétablissement de la peine de mort en France et que l’on sait que la Biélorussie est le seul pays a encore l’appliquer en Europe, nous allons faire un saut dans l’antiquité pour faire un tour d’horizon de cette pratique en Grèce et à Rome. Si l’historienne italienne Eva Cantarella, professeur de droit antique à Milan, déclare dans sa préface être opposée à la peine de mort, force est de constater qu’elle a fait un travail de recherche précieux et objectif sur un thème qui avait jusqu’alors assez peu retenu l’attention.

Le titre du livre évoque les peines de mort car, dans la Grèce et surtout dans la Rome antiques, elles étaient plurielles, ce qui n’est pas le cas de nos jours car, là où la peine de mort subsiste, le droit ne prévoit bien souvent qu’un seul type d’exécution. L’étude d’Eva Cantarella ne se borne cependant pas à simplement cataloguer les différents moyens de mise à mort, elle cherche à les expliquer en s’appuyant avant tout sur leur origine. La plupart des peines en vigueur tant en Grèce qu’à Rome (dans sa période républicaine; la période impériale n'étant pas directement traitée ici) puisaient dans le passé archaïque et pré-civique des cités : dans les pratiques sociales (le pouvoir tout puissant du pater familias par exemple) mais aussi dans les us et coutumes religieux. Le droit des cités naissantes se préoccupa en priorité de contrôler ces usages, en les adaptant ou en les réinterprétant selon les cas, et en en faisant bien souvent des pratiques institutionnelles. Ce contrôle des pratiques de mise à mort permettait ainsi à l’Etat d’affirmer son autorité aux yeux de tous, de faire la justice tout en la réglementant mais aussi d’utiliser certaines peines dans un but religieux, afin d’écarter les peurs collectives (comme celle de la souillure). L’auteur a choisi de diviser son étude en deux grandes parties : la première traitant de la Grèce, la seconde de Rome. Les similitudes qui existent sont évidemment soulignées et la principale repose selon Eva Cantarella dans le but poursuivi par la peine de mort : venger, châtier ou expier.

La vengeance personnelle est, dans l’antiquité, un devoir social et une pratique extrêmement normale et enracinée dans les mœurs. Elle fait partie des attributs du citoyen noble et vertueux. Ancrée au plus haut point dans les sociétés grecque et romaine, elle fut tempérée dans les deux cas par des lois telles la loi de Dracon (-620) à Athènes ou, à Rome, par la Lex Iulia de adulteris d’Auguste (-18) qui voulait restreindre l’impunité dont jouissait le mari ou le père sur la châtiment d’une femme adultère car, tant en Grèce qu’à Rome, la femme et son amant se rendant coupables d’un tel crime, pouvaient, à l’origine, très facilement être tués légalement, surtout s’ils étaient pris en fragrant délit… L’Etat contrôlait la vengeance privée et, à Rome, beaucoup de cas se résolvaient par l’application de la loi du Talion qui consistait pour le coupable à subir ce qu’il avait fait. Dans certains cas graves, la législation permettait l’exécution du coupable par le parent le plus proche de la victime. La vengeance privée n’était pas la seule à être en vigueur, la vengeance publique était également de rigueur et ceux qui trahissaient l’Etat risquaient fort un châtiment peu enviable à l’image de l’écartèlement de Mettius, dictateur d’Albe, qui avait trahi les romains.  

Dès lors qu’il s’agit de châtier le coupable, que cela soit en Grèce et surtout à Rome - où les peines prévues sont bien plus nombreuses - tous les crimes et délits graves ne se soldent pas par la même exécution. Il faut noter également que le traitement varie selon le sexe, les femmes ayant leurs propres peines de mort. Celles-ci sont ainsi quasiment toujours exécutées dans la sphère privée, pendues ou emmurées vivantes dans la plupart des cas. Si la grande majorité des peines infligées aux hommes étaient publiques, certaines se voulaient discrètes, c’est pour cela qu’on utilisa dans certains cas la ciguë à Athènes : pour ne pas trop faire de bruit autour de l’exécution de personnages tels Socrate. Le lien avec les supplices de la mythologie était souvent entretenu par les cités, l’exemple athénien avec sa crucifixion particulière étant un cas révélateur. Attachés à un poteau grâce à des anneaux de fer et des crampons, les traîtres, les malfaiteurs et les assassins subissaient une longue agonie rappelant celle qu’Ulysse avait infligée à Mélanthios. La crucifixion romaine « typique » était, quant à elle, surtout utilisée pour punir les esclaves, comme ce fut le cas lors de la révolte de Spartacus qui se solda par le supplice de 6 000 hommes crucifiés sur la route de Capoue. Une autre crucifixion primitive avait en effet existé pour punir les traîtres : celle de l’arbre infelix. Remplaçant la décapitation en vigueur sous les premiers rois de Rome, cette exécution était certainement d’origine étrusque. Le traître était attaché à un arbre infelix - donc maudit et consacré aux dieux infernaux -, il était ensuite flagellé à mort car, en le battant, on le consacrait aux dieux.

On le constate avec ce dernier exemple : souvent, la peine de mort avait un aspect religieux. La plupart des flagellés à mort à Rome étaient coupables d’un délit à caractère religieux à l’image des amants des Vestales qui étaient battus à mort en l’honneur des dieux qu’ils avaient mécontentés. La bonne entente entre Rome et ses divinités, la Pax Deorum, étant rompue, la mort par flagellation permettait de la rétablir. La mort par précipitation est un cas relativement intéressant : elle consistait à précipiter le condamné d’une roche vers un gouffre : le Kaiadas à Sparte, le Barathron à Athènes, la Roche Tarpéienne à Rome. En lien avec la mythologie encore une fois (la mort du Sphinx dans le mythe d’Œdipe etc), cette mise à mort concernait avant tout les crimes religieux (les offenses aux dieux) et politiques dont celui de trahison. C’est ce dernier crime qui était la cause principale des précipitations opérées à Rome. En lien avec l’histoire de Tarpéia, la précipitation était la mort par excellence des traîtres, de ceux qui avaient manqué au devoir de fides (loyauté) : les faux témoins ou les individus ayant mis en danger les relations entre patriciens et plébéiens, donc la concorde. Manquer de loyauté envers la société équivalait à un crime religieux car le devoir envers les divinités n’était pas rempli. La victime précipitée était donc consacrée aux dieux infernaux, comme dans le cas de la flagellation. Le choix de la précipitation n’était pas anodin. Cette pratique avait en effet, selon les époques, servi pour les sacrifices ou les ordalies (jugements divins). Elle fut employée pour les crimes à caractère religieux de manière tout à fait logique ; elle avait une fonction expiatoire : celle de préserver la cité de la souillure. Je m’arrêterais enfin sur un dernier exemple de peine en vigueur à Rome, la peine de mort la plus étonnante qui soit : celle du sac. Le condamné à mort, portant un masque de loup signifiant le bannissement de la société, était préalablement battu avec des verges rouges provenant d’arbres infelix, avant d’être mis dans un sac de cuir où on l’y enfermait avec quatre animaux : un chien, une vipère, un singe et un coq. Le sac était ensuite jeté dans la rivière ou dans la mer. Peine exceptionnelle, à la symbolique compliquée, elle touchait les parricides qui avaient, par leur crime, souillé la communauté. Celle-ci devait donc, pour laver la souillure, se débarrasser du coupable et de son impureté en le submergeant, manière dont on tuait d’ailleurs à Rome le nouveau-né mal formé et donc souillé, le monstrum, qui était un prodige funeste…

Même si quelque peu « technique » par moments, ce livre de facture universitaire est clair et bien écrit. En plus des aspects les plus significatifs que j’ai tenté de présenter plus haut, il regorge d’informations sur d’autres peines de mort et pratiques apparentées (à l’image du suicide à Rome par exemple), c’est donc un ouvrage de grand intérêt nous éclairant sur bien des aspects méconnus de l’antiquité gréco-romaine.

Rüdiger

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

22/02/2013

Chronique de livre: Jacques Doriot et le PPF, de Bernard-Henri Lejeune

 Chronique de livre:

Bernard-Henri Lejeune, Historisme de Jacques Doriot et du Parti Populaire Français, Tome I : avant la défaite de 1940, Les bouquins de Synthèse Nationale, 2012

doriotppf.jpgL’historisme de Jacques Doriot et du Parti Populaire Français est un recueil de documents paru en 1977 à l’initiative de Bernard-Henri Lejeune, qui fut militant de l’organisation de jeunesse du PPF et resta fidèle à son engagement toute sa vie. La première partie, préfacée par Roland Hélie, est parue en 2012 et la deuxième, inédite, va paraître courant 2013. Je vais porter une critique sur ce premier volet, qui présente la pensée de Jacques Doriot et de son parti jusqu’en 1940, année de la défaite française.

Les textes rassemblés permettent de mieux cerner la doctrine du PPF, mais également d’éclairer le contexte d’avant guerre, marqué par un ensemble de crises, politique, sociale, économique, géopolitique. Il m’est apparu à la lecture de ces 130 pages, qu’il est difficile de faire abstraction de notre temps présent, bien qu’il faille toujours se garder de diachronies simplificatrices.

Le livre présente de nombreux textes : le discours de fondation du mouvement, son programme, son organigramme, le chant du mouvement,  et d’autres textes issus de meeting ainsi que quelques éclairages historiques postérieurs.

Le PPF porte une réflexion à la croisée des chemins. Le premier paragraphe du premier texte « Le rendez-vous de Saint-Denis », écrit par Pierre Drieu la Rochelle en est une parfaite illustration : « Ca ne marchera pas : il y avait des gens de droite dans la salle de la mairie de Saint-Denis qui regardaient des gens de gauche et qui leur souriaient. » assènent péremptoirement deux journalistes. « Erreur fondamentale, qui est dans chaque mot. » répond Drieu la Rochelle.

A la lecture de l’ouvrage nous sentons l’influence de la pensée socialiste (Proudhon, Fourier, Saint-Simon, …), malgré quelques freins à abattre totalement le capitalisme, ainsi qu’une très grande défiance face au communisme, incarné par l’URSS, ennemi numéro 1 d’après le PPF. Jacques Doriot, comme Drieu La Rochelle, dépeignent l’URSS comme une expérience socialiste ratée, qui a trahie la révolution ouvrière, où l’aristocratie bourgeoise a été supplantée par l’aristocratie soviétique. Le parti communiste français est présenté comme un mouvement piloté de l’extérieur par Staline, dépourvu de volonté propre et servant les intérêts de l’URSS avant ceux des travailleurs Français. Le chef du PPF parle même d’un « national-soviétisme » impérialiste. Il est utile de rappeler ici que Jacques Doriot fut un cadre du PCF, élu de la banlieue rouge à Saint-Denis et non un réactionnaire anti-communiste de droite. D’ailleurs le programme du PPF est clair, il veut combattre le « conservatisme social », favoriser l’émancipation des travailleurs, en permettant d’allier progrès technique avec progrès social tout en cherchant à éviter que l’homme soit au service de la technique. Autant de réflexions qui trouvent leur écho dans la pensée du XXe siècle.

Un autre thème du livre m’a semblé important, la position du PPF sur les colonies. A l’instar de la plupart des mouvements hexagonaux, le PPF est favorable aux colonies. Mais le PPF a une vision très intéressante à ce sujet. Particulièrement sur la situation de l’Algérie. Tout d’abord Victor Arrighi, ancien communiste, secrétaire du PPF et délégué à l’Algérie, s’oppose à l’assimilation, estimant que les « indigènes » doivent conserver leur culture propre et qu’ils ne deviendront jamais des Français, à quelques exceptions prêts. Il plaide en faveur de l’association (comme dans l’Empire britannique). Il en profite pour aborder le cas des Juifs, en particulier ceux d’Afrique du nord. D’après lui, l’antijudaïsme consistant à considérer que les Juifs sont tous des traîtres, des lâches, responsables de tous les malheurs est une erreur. En revanche, il pointe du doigt le décret Crémieux de 1871, qui a donné la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, estimant que ce fut ici une grave erreur, car les Musulmans refusaient d’être dirigés par des Juifs (révolte de El Mokrani) en plus de créer de nouvelles formes d’inégalités. Aussi, il n’hésite pas à dire que « le racisme, ce sont les Juifs qui l’ont inventé ». Ensuite, il s’insurge sur le fait que les gouvernements français successifs ont toujours favorisés le commerce extérieur au détriment du commerce des colonies. Ainsi, d’après l’auteur dont le discours fut prononcé au deuxième Congrès national du parti, la France achetait du vin Portugais ou Grec alors que les producteurs Marocains, Algériens et Tunisiens peinaient à vivre de leur production. Le raisonnement s’applique au commerce du coton ou du blé. Pour le PPF, la France, avec ses colonies, pouvait vivre de façon autarcique et favoriser en même temps le développement des territoires colonisés, les « indigènes » pouvant écouler leurs productions en métropole (en plus de créer à terme un marché intérieur aux colonies). Enfin, le PPF défendait la position selon laquelle les colonies devaient être la fierté de la France, ouvrir des perspectives à la jeunesse française et permettre de former l’élite de la nation. Le PPF avait aussi une idée claire sur le travail dans les colonies et s’insurgeait sur le fait que des métropolitains travaillent comme « composteurs de tickets de tramway » alors que les autochtones étaient en capacité d’occuper ses emplois sur leur propre sol. In fine, le parti avait la politique suivante, priorité aux emplois des Français puis priorité à celui des Musulmans face au travailleur étranger. Le PPF fut le principal parti d’Algérie et une bonne partie des élus du PPF le furent en Algérie. Des élus Français mais aussi Musulmans, selon la terminologie en vigueur à l’époque.

Un autre thème du livre, tout à fait d’actualité, a suscité mon attention. Il s’agit de la réflexion du PPF sur l’Etat. Le parti de Doriot n’hésite pas à trouver une filiation entre le Parti Jacobin de la révolution française et les états totalitaires* soviétique, allemand et italien, sur lesquels il exerce une critique. Le PPF, qu’on sent proche d’une certaine forme de fascisme, a pourtant une position sur l’état assez pondérée. L’état doit être fort et doit arbitrer les conflits sociaux et économiques. Nous percevons la vision d’un Etat régulateur, tellement honni par les libéraux. En revanche, le PPF est favorable à ce que les communes puissent avoir une certaine autonomie en matière sociale (proudhonisme ?) et à ce que les régions tiennent une place conformément à ce qu’était la tradition française d’Ancien Régime. L’Etat doit donc être fort, sans devenir « totalitaire », laisser une autonomie locale et séparer drastiquement les différents types d’élections. Drieu la Rochelle préconise ainsi dans un des textes proposé que le Président soit élu de façon indépendante des autres échelons et du Parlement. Toutes ses idées se retrouveront lors de la création de la Ve République… De fait le PPF ne se considère pas comme un « parti fasciste » mais comme un « Parti français » car, sans renier une certaine proximité avec le fascisme, il considère que chaque pays doit tracer sa voie selon sa propre tradition politique. Il fait le constat que les nationalismes se sont repliées sur eux-mêmes, au seul service de leur nation (Italie, Allemagne, Chine, URSS, etc…). Dans le programme politique déjà, une phrase courte, limpide, tranche la question comme un coup de poignard : « on ne peut pas faire d’internationalisme tout seul. »

A la lecture du livre, vous découvrirez bien d’autres aspects du parti, de la carrière politique et de la personnalité de Jacques Doriot, de son rapport avec les autres mouvements, de gauche comme de droite. La volonté de maintenir la paix, alors que le Traité de Versailles n’est plus respecté, que la SDN paraît impuissante et les politiques incapables de dialoguer avec l’Allemagne et d’empêcher l’ingérence du parti communiste. Mais en définitive, un chapitre m’aura particulièrement interpelé et m’apparaît comme une leçon de pensée politique française : « le mouvement et les hommes » (pp.65 à 74) où Jacques Doriot sur ces quelques pages donne sa vision sur ce que doit être un mouvement porteur d’idées et sur les hommes qui le compose. Il met en avant l’importance de l’idée et son maintien dans la durée sans céder aux turpitudes du temps. Le « Grand Jacques » délivre une pensée qui me semble particulièrement féconde et des principes sur lesquels un mouvement révolutionnaire se doit de reposer.

« La conquête d’un pays est plus difficile que la satisfaction d’ambitions personnelles. »

La lecture de cette première partie de l’historisme est donc particulièrement vivifiante et amène à se poser de nombreuses questions doctrinales autant qu’historiques. Le livre est enrichi d’un cahier photo noir et blanc présentant l’Emancipation nationale, journal dont Pierre Drieu La Rochelle était éditorialiste, ainsi que Jacques Doriot en tant que responsable politique, mais aussi dans sa vie personnelle. Nous regretterons juste le prix de l’ouvrage (18 euros), qui le rend peu accessible aux bourses des plus jeunes et des plus modestes.

* les discours du PPF utilisent le terme de totalitaire, je le reprends donc pour rester fidèle à la pensée du parti.

Jean

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Le livre est en vente à Lille à la boutique Tribann.