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05/11/2014

Ecologie politique et combats locaux

 Ecologie politique et combats locaux

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Le décès de Rémi Fraisse survenu dimanche 26 octobre lors d'affrontements avec la gendarmerie mobile sur la zone d'opposition au barrage de Sivens a provoqué récemment quelques remous au sein de la mouvance dite « d'extrême-droite ». Encore faudrait-il s'entendre sur la définition de cette formule. Pour ma part, je ne me suis jamais senti de « droite » et encore moins « d'extrême-droite ». Mais là n'est pas l'essentiel. Il est officiellement admis à l'heure où j'écris ces lignes que le jeune étudiant toulousain de 21 ans est décédé du jet d'une grenade offensive sur le haut du dos. « Les examens réalisés sur le sac à dos de Rémi Fraisse ne mettent en évidence aucune substance, sinon le TNT présent dans la grenade utilisée par la gendarmerie », a affirmé à l'AFP une source proche du dossier. « C'est donc bien l'explosion de la grenade qui a causé la mort de Rémi Fraisse », a précisé cette source. 1 Il est intéressant de noter dans cette affaire que le gendarme incriminé ne fait pour le moment l'objet d'aucunes poursuites. « J'estime qu'il n'y a pas de faute intentionnelle volontaire », a annoncé laconiquement le directeur général de la gendarmerie nationale, Denis Favier. Certes ! Reste alors à déterminer pourquoi les forces de l'ordre ont donné trois versions très différentes de leur interprétation des faits.

A l'annonce de ce drame, les réseaux sociaux se sont enflammés. Dans nos cercles proches, les commentaires les plus navrants ont pu être appréciés. Certains ont tenu à marquer leur absence de « pitié pour ce jeune mort, aucune sympathie pour ces punks à chiens a dreadlocks. ». D'autres ont carrément comparé avec cynisme le combat qui se livre à Sivens «  avec les raves ou on tombe toujours sur un teufeur HS quand on déblaie les ordures après la teuf... ».

Et la vérité dans tout ça ? « Rémi n’avait aucune implication dans des mouvements politiques organisés, sinon ses activités de botaniste dans l’association France Nature Environnement. Il participait à la protection de la nature dans la région toulousaine » écrivent ses amis. «  Rémi est venu à Sivens le samedi 25 octobre presque par hasard. Ce n’était pas un militant, encore moins un activiste. Mais il s’intéressait à la protection de l’environnement, se sentait concerné par ce combat. Comme il connaissait d’autres personnes qui y allaient, il a voulu s’y rendre aussi pour afficher un soutien pacifique » témoigne Anna2.

La réalité est parfois dure à entendre lorsqu'on est intimement persuadé que tout manifestant écologiste est nécessairement un gauchiste crasseux et drogué. La réalité justement, c'est que la mouvance identitaire a abandonné le combat local et enraciné pour parader dans d'inutiles manifestations en agitant de petits drapeaux roses. Qui peut croire sérieusement au pouvoir révolutionnaire de Frigid Barjot ? L'action n'est pas vide de sens mais reste symbolique. « On ne fait pas la révolution avec la« France tranquille » des pousseurs de poussettes et des gens bien élevés » a écrit Alain de Benoist3.

Si la gauche libérale a très bien su utiliser le combat culturel en son temps , les écologistes radicaux ont bien compris aujourd'hui que le combat se livre sur le terrain face aux forces de l'ordre si besoin est. Ils ont bien intégré que lorsqu’on s’attaque à l’ordre en place (qui n’est le plus souvent qu’un désordre établi), les forces de l’ordre sont des forces ennemies (Alain de Benoist). 

La lecture des vidéos prisent à Notre-Dame-des-Landes ou à Sivens témoigne d'un courage indéniable et d'une organisation intéressante. Les manifestations de Nantes et Toulouse du 1er novembre éclairent ce que peut être une action concertée. Ces images démontrent surtout qu'il n'est pas nécessaire d'être un bodybuilder de garage pour faire reculer des gendarmes mobiles. Des gens ordinaires le peuvent tout autant. Il existe une pathologie déviante de la mouvance identitaire à croire au « petit matin » et à la milice armée salvatrice. Seuls les idiots utiles du système y croient encore. Pire, a-t-on vu récemment des groupes identitaires affronter les forces de l'ordre autrement que par simple goût de la violence ? Il nous faut abandonner une bonne fois pour toute le fatras des « néo » et le décorum qui va avec.

S'ingénier à jouer aux stratèges en chambre et au « petit géopoliticien amusant » croyant résoudre le conflit Russo-Ukrainien ne nous servira pas plus. Ceux qui rêvent de faire des stages en Ukraine ne valent guère mieux que les djihadistes en route pour la Syrie. Pire, ils se trompent de combat et d'époque. La lutte doit se mener ici et maintenant. L'écologie radicale et le mouvement de la décroissance s'intègrent parfaitement aux enjeux identitaires. Par son soucis de relocaliser, de redistribuer et de retrouver le sens des limites, l'écologie politique est d'essence profondément ethno-culturelle. Si nous n'intégrons pas aujourd'hui ces nouveaux paradigmes, nous sommes voués à disparaître avec le capitalisme que nous combattons. L'enjeu n'est pas de faire renaître un fascisme « immense et rouge » mais d'inventer la démocratie écologique locale de demain.

Les zadistes ont démontré que l'action de terrain enracinée peut porter ses fruits. Le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes semblent abandonné alors que celui du barrage de Sivens paraît prendre le même chemin.

Au risque de me répéter, il se trouve parmi les zadistes des militants pour qui le capitalisme mondialisé est l'ennemi numéro un et avec qui nous pourrions sans aucun doute définir des convergences de luttes. Il nous faut à cette fin rejoindre des combats écologiques locaux. Reste à définir lesquels, sous quelle bannière et de quelles manières les intégrer. C'est tout l'enjeu des mois à venir.

Guillaume le Carbonel/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 1Le Figaro, édition du 31.10.14

 2Site Reporterre, Les proches de Rémi Fraisse témoignent, GRÉGOIRE SOUCHAY.

 3Site Boulevard Voltaire, ITW du 15.07.2013

04/11/2014

Conférence: Laurent Ozon à Lille (18.11.14)

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PAF: 5€

Renseignements:

Téléphone: 07 70 27 00 46
Courriel: editions.bios[at]gmail.com

INSCRIPTIONS OBLIGATOIRES

03/11/2014

Chronique musicale: Pitbullfarm "Dog's bollocks"

Pitbullfarm « Dog’s bollocks »

(Subcultural records, 2014)

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Sorti il y a de cela trois mois, le nouvel album de Pitbullfarm méritait que l’on s’y arrête, même avec un peu de retard ! Si vous ne connaissez pas le groupe, vous risquez d’être surpris tant par ce nom absolument peu aguicheur qu’est Pitbullfarm que par la pochette, qui, quoi qu’on en dise, cadre bien avec l’attitude des suédois et avec le titre de cet album !

Pitbullfarm vient donc de Suède et est réapparu en 2013 avec un excellent second album : Glory Hole Hallelujah, marquant son grand retour sur scène après avoir originellement splitté en 2006. Le groupe est mené par un musicien alternatif du nom de Jocke Karlsson, connu pour avoir été membre du célèbre groupe nationaliste Pluton Svea. Désormais, Jocke se concentre prioritairement sur Pitbullfarm et joue avec ce groupe un psychobilly endiablé et excellemment interprété (un peu comme ses compatriotes d’Ultima Thule avec Hot Rod Frankie).


Dog’s bollocks est un concentré d’énergie ; du rock’n’roll solide, hyper entraînant et rebelle comme on l’aime et qui, une fois rentré dans votre tête ne la quitte plus ! Le groupe donne d’ailleurs à son style musical le nom de « Rac-A-Billy », mélangeant ainsi le psychobilly et le RAC dans un concept original et (parfois très) décalé cadrant bien avec une imagerie unique et bien couillue si vous me passez l’expression ! Si les suédois souhaitent se distancer de la politique et n’en parlent que très indirectement, ils restent très politiquement incorrects, ne cachent pas leurs influences (par exemple Skrewdriver dont le fameux titre « Back with a bang » est repris ici) mais jouent avant tout une musique réellement jouissive que tout amateur des styles précités (ou de gros rock en général) se doit de découvrir !

Rüdiger / C.N.C. 

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01/11/2014

Chronique de livre: Georges Feltin-Tracol, En liberté surveillée (Réquisitoire contre un système liberticide)

De la Servitude universelle

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L'émergence, dans la France chloroformée par des lustres d'endoctrinement, de discours émollients, et de délires idéologiques, d'un mouvement contestataire protéiforme, qui se décline par des manifestations impressionnantes, des opérations spectaculaires de dénonciation, des actes de résistance, a encouragé la prise de parole de Français, longtemps tenus de se taire et de souffrir en silence.
George Feltin-Tracol est l'un de ceux-là. Il nous propose régulièrement des analyses pertinentes sur notre monde, passe au peigne fin, si l'on ose dire, la question du contrôle de la société par les puissances étatiques, financières, médiatiques, dont l'objectif est d'instaurer un État mondial de tonalité totalitaire. Son ouvrage, En Liberté surveillée, remarquablement documenté, se veut, en même temps, une chronique des prémisses d'une « mise au pas » de la société française par un régime qui n'a plus aucune espèce d'inhibition « démocratique ». Les résistances multiformes, que tout le monde a en mémoire, et qui témoignent de la richesse plurielle (terme adéquat, cette fois!) de la lutte populaire, par exemple les manifestations contre les spectacles blasphématoires « Piss Christ », « Golgota picnic », l'affaire de Tarnac, le « cas » Dieudonné, la « Manif pour tous », ont pour réponses  les emprisonnements politiques, la censure, la brutale répression policière, les manipulations. La sphère politique est empoisonnée par l'idéologie nihiliste, les « nouvelles sacralités », qui suscitent des « phobies », lesquelles arment le bras de la « Justice », sans compter la vidéo-survillance, qui contrôle les routes et les rues, la novlangue, qui formate les consciences, l'endoctrinement scolaire, le néo-puritanisme, expression extrême de la clitocratie triomphante, dont l’égérie est la Suède, matrice du totalitarisme postmoderne dévirilisant, infantilisant, Grande Nursery dont Big Mother est la maquerelle fouettarde. Ces liens tressés par des Lilliputiens doctrinaires, liens dont le plus puissant, en ce moment, est incarné par le communautarisme, pendant symétrique d'un individualisme consumériste, sont destinés à étouffer notre identité... Ainsi cette entreprise liberticide évoque-t-elle la mise en place d'un despotisme nouveau, plus complexe, plus subtil, plus savant que les anciennes tyrannies, qui n'étaient que des ateliers artisanaux à côté de lui.


L'analyse ne se limite pas à une recension de notre servitude organisée, mais aussi à ses causes. La description de l' « État profond » est d'un intérêt capital : il s'agit en effet d'une « structure de gouvernement à la fois invisible et continue », qui gère réellement la société, tandis que les institutions apparentes, souvent élues, « représentatives », ne sont là que pour exécuter, ou amuser la galerie.

George Feltrin-Tracol, En liberté surveillée (Réquisitoire contre un système liberticide), Éditions Les Bouquins de Synthèse nationale, 23€

Claude Bourrinet

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29/10/2014

Ne comptez pas sur la protection du système !

« La République gouverne mal mais se défend bien. » disait Charles Maurras… Vous me permettrez de reprendre sa célèbre phrase afin d’illustrer mes propos, et ce, même si le contexte où je vais l’utiliser diffère quelque peu de celui d’origine.

Qui protège-t-on en France ? Vous allez me répondre : « Pas les Français ». Evidemment, forts de tout ce que vous avez pu entendre ces dernières années ici et là, vous savez bien que le Français de base, méprisé par le système et ses rouages, n’est pas protégé dans son pays. Il en a peut-être l’illusion mais il ne l’est pas vraiment... Il peut toutefois se référer à sa bonne étoile pour espérer qu’il ne lui arrivera rien dans cette époque étrange de couardise, de laxisme et de médiocrité, dans cette époque où l’on protège les agresseurs et où plus personne ne bronche face au danger (tout relatif soit-il le plus souvent…).

Et encore faudrait-il le pouvoir se défendre seul ! La légitime défense ? Oui, dans les faits, ça a existé un jour, ce n’est plus cas. Notez le nombre de cas où la « justice » donne raison aux agresseurs et non aux victimes… Et puis, à quoi bon autoriser une population déjà complètement désarmée ou presque (les chasseurs avec nous !) à se défendre ? Mettez-vous dans la peau de ceux qui nous gouvernent et considérez que:  

1) Si la populace ne peut se défendre elle-même, seul l’Etat peut assurer sa protection. Il pourra donc mieux la contrôler par ce biais. On la tient en laisse, c’est simple comme bonjour à comprendre.

2) Le système n’en a rien à branler de votre bien-être ou de votre sécurité. Il n’agit pas dans l’intérêt commun …  Il utilise même votre peur à ce niveau pour « gouverner par le chaos » et donc renforcer insidieusement son emprise sur vous.

Vous, le Français de base, vous êtes un plouc, une marionnette qu’on utilise et dont la vie ne vaut rien. On ne vous protège pas, point. Vous souvenez-vous de Marie-Neige Sardin, symbole à elle seule de tout le désintérêt et de  toute la haine des « pouvoirs publics » à l’égard des gens « normaux » (c'est-à-dire blancs non criminels) ? Cette courageuse femme fut agressée plus de trente fois par des individus « bien connus des forces de police », et fut même violée sans que cela n’émeuve vraiment qui que ce soit –justice ou politiciens- . Vous, ce serait la même chose. Ne comptez pas sur l’Etat, il est votre ennemi. Loin est le temps où la fonction de protection était un devoir pour les puissants du pays qui devaient leurs privilèges à ce devoir qu’ils avaient à l’égard des populations. Rappelez-vous que la noblesse se devait de protéger les gens et que quand elle ne remplissait pas ce rôle, elle s’exposait à de sérieuses révoltes… Les temps ont bien changé…

Cependant, aujourd’hui, en ces temps d’égalité totale où certains sont toutefois plus égaux que d’autres, on constate qu’il est des individus dont il faut prendre soin et protéger quoi qu’il arrive ! Ils ressemblent plutôt peu voire même pas du tout à Marie-Neige Sardin ou à vous… Où les trouve-t-on ? Dans les cénacles phares du système pardi ! Politiciens, people et journalistes en priorité.

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Ils sont protégés par le système... mais pas elle!

Certains cas récents sont ainsi significatifs.

Comme un pied de nez à Marie-Neige Sardin et aux milliers d’autres qu’on a laissé dans la merde, vous avez tout d’abord le député franco-israëlien Meyer Habib. Cet individu exceptionnel, dont la vie est si précieuse pour tous, dispose de quatre (4) policiers du SPLP (Service pour la protection) pour sa protection car, voyez-vous, il a eu des « prises de position favorables à Israël », en fait un certain nombre de déclarations tapageuses louant par exemple "la valeur juive de la vengeance" ou décrivant le terrible antisémitisme qui sévirait en France... Normal quand on est juif, non ? Ou faut-il protéger avec quatre policiers français chaque membre de la communauté actif en politique et tout dévoué à l’Eretz ? Bref, notre Meyer Habib est bien en sécurité (pour une menace certainement égale à 0…) et a même tenté de bénéficier de cette largesse de la ripoublique  pour convoyer 20.000 euros de pierres précieuses… Car, en plus d’être député, Meyer Habib est effectivement diamantaire ! Il symbolise bien la classe politique « française » affairiste qui considère que tout est bon à prendre, non ?

Et il n’est pas le seul à être ainsi mis en sécurité par le gouvernement pour des prétextes futiles ! Un bon nombre d’individus nuisibles, membres d’un système qui ne protège que les siens, sont ainsi affublés de policiers payés par nos impôts dans leur vie de tous les jours… Cela entraîne une grogne réelle chez les agents du Service de la protection (SDLP, ex-SPHP) qui est rattaché au ministère de l'Intérieur et est chargé des célébrités. En effet, les policiers déplorent « une surenchère de missions de plus en plus «people», où le gouvernement accorde à des personnalités de la presse ou du show-business une protection coûteuse en effectifs qui, selon certains professionnels place Beauvau, ne se justifierait pas. D'autant que le service est déjà très sollicité pour jouer les anges gardiens d'anciens premiers ministres, dont nul n'ignore que leur vie n'est guère exposée. ». On peut lire plus loin qu’il existe « quelques grincements chez les policiers, au lendemain de l'annonce par le ministère de l'Intérieur de placer Aymeric Caron, chroniqueur télé au ton délibérément provocateur, sous protection policière […] d'autres cas surprennent. Bien que l'Unité de coordination et de lutte antiterroriste (Uclat) ait estimé que les risques qu'ils encouraient ne justifiaient pas une protection 24 heures sur 24, un journaliste de France 24, deux journalistes du Monde et un député des Français de l'étranger se sont vus accorder une protection payée par l'État. »

Tout n’est-il pas clair et fluide ? Le parallèle entre privilégiés et non-privilégiés ne se passe-t-il pas de commentaires ? Ne comptez pas sur le système, il ne protège et ne protégera que les siens…

Rüdiger / C.N.C.

Sources: 1; 2.

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27/10/2014

Chronique de livre : Christophe Guilluy "La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires"

 Christophe Guilluy "La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires"

(Flammarion, 2014)

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Après Fractures françaises, qui avait déjà fait parler de lui, Christophe Guilluy nous propose ici un essai décapant sur notre pays. Géographe, l'approche de l'auteur est intéressante à plus d'un titre car elle se fonde sur une étude des hommes au sein de leur espace et de leurs territoires. Le vocabulaire employé est spécifique à la discipline et un glossaire à la fin de l'ouvrage permettra au lecteur d'y voir plus clair. Cependant d'autres notions ne s'y trouvent pas et nécessiteront pour les non initiés un dictionnaire récent. Passé le cap du vocabulaire spécifique à la discipline, nous remarquons d'emblée que l'essai de Christophe Guilluy s'appuie sur d'autres auteurs, géographes, sociologues ou démographes. Le raisonnement est étayé par un grand nombre de chiffres et illustré par des cartes en couleurs malheureusement trop petites. L'auteur n'hésite pas, en bon géographe, à changer d'échelle pour étudier des cas concrets. L'ouvrage m'a paru rigoureux sans pour autant être neutre. En effet l'auteur y défend une thèse selon laquelle la société française serait fracturée entre une France des métropoles, intégrée à la mondialisation et une France périphérique des petites et moyennes villes et des zones rurales éloignées des bassins d'emplois comme l'indique assez fidèlement la quatrième de couverture.

La France dans laquelle plonge Christophe Guilluy est la France des oubliés, dont la sociologie électorale se caractérise de plus en plus par l'abstention ou le vote FN. Il décrit une France laissée de côté par la mondialisation connaissant une insécurité sociale, économique ou identitaire. En effet 2/3 du PIB français provient des métropoles connectées au reste du monde. N'oublions pas, comme le rappelle Christophe Giulluy, à la suite d'Olivier Dollfus, que la mondialisation repose sur un « archipel métropolitain ». Par conséquent, l'organisation du territoire, son aménagement, ainsi que ses dynamiques, ont été profondément impactées par la mondialisation. Il démontre de façon convaincante que l'Etat-providence et le système républicain se sont effacés progressivement pour laisser place au modèle anglo-saxon communautariste et libéral. A ce titre il relaye la fameuse étude du non moins fameux « think-tank » du PS Terra Nova tout en notant de façon judicieuse que le projet sociétal du PS ne cadre pas avec la « clientèle » électorale immigrée. Il prévoit d'ailleurs à terme la disparition du PS et il explique clairement que nous ne faisons plus société.

Dans son étude, Christophe Guilluy soulève des remarques très pertinentes. Il remet en question les représentations qui entourent les populations issues de l'immigration. Par exemple, il considère que ce ne sont pas des banlieues que viendront les « révoltes populaires », mais des classes populaires et des classes moyennes « déclassées » françaises de la France périphérique comme l'illustre pour lui le mouvement des bonnets rouges, le mouvement des « nouvelles ruralités », le vote FN ou l'abstention. Il remarque comment les élites vivant dans les métropoles ont focalisé leur attention sur les banlieues alors que celles-ci sont bien moins impactées par la mondialisation puisqu'elles vivent dans métropoles connectées, aménagées et équipées. Il note aussi, sans nier la pauvreté qui y existe réellement, que l'ascenseur social fonctionne désormais uniquement pour les populations issues de l'immigration qui sont eu cœur des territoires producteurs de richesses et où se concentrent par exemple les universités alors, qu'à l'inverse, les milieux populaires de la France périphérique sont exclus en raison de l'impossibilité de loger leurs enfants dans les métropoles par exemple. Celles-ci concentrent ainsi des populations aisés dans les centre-villes gentrifiés et des populations issues de l'immigration. Elles se sont vidées des classes populaires et des classes moyennes paupérisées qui cherchent un environnement où elles peuvent se loger et se protéger des différentes formes d’insécurités évoquées précédemment.

Christophe Guilluy estime qu'il faut même « s'affranchir du concept de classe moyenne » (p.17) mais également des catégories de l'INSEE (p. 19) qui, pour lui, ne sont pas pertinentes et seraient une lecture essentiellement urbaine et économique du territoire qui n'interrogent pas l'intégration des classes populaires. Il n'y a pas selon l'auteur d'opposition entre une France urbaine et une France rurale. Il cite l'exemple de la Nièvre où les habitants définissent leur département comme « rural » tout en se définissant eux-mêmes comme des urbains (p.24). L'opposition ville/campagne ou urbain/rural n'est aujourd'hui plus pertinente en géographie. L'étude de Christophe Giulluy replace donc l'approche autour des notions de pôles, de périphérie et in fine, sans que cela soit vraiment évoqué, de marge. Ainsi le phénomène de métropolisation est en somme une polarisation des activités et des hommes dans les métropoles. La France périphérique s'organise donc à l'écart de ces pôles. Ce que Christophe Guilluy défini comme une périphérie ressemble parfois à une marge.

L'auteur explique assez longuement dans l'ouvrage les ressorts du vote FN en s'appuyant autant sur des dynamiques générales que sur des cas précis. Il en tire la conclusion que le vote FN est normal et repose sur une approche rationnelle de la part des exclus de la mondialisation et qui serait même universelle en démontrant que dans d'autres pays les réactions ne diffèrent pas face à des situations similaires. Il ne voit pas d'ailleurs ce qui arrêterait le processus en cours. Il tente de tordre le cou aux clichés entourant l'électeur FN : inculte, ayant peur de l'autre, de l'avenir, de la mondialisation, en démontrant qu'au fond, les représentations sont inversement proportionnelles à l’intégration dans la mondialisation. Ceux qui profitent de la mondialisation la voient positivement alors que ceux qui en sont victimes la voient négativement, ce qui est on ne peut plus logique. Pour Christophe Guilluy, la bourgeoisie n'a pas changé dans son regard sur les classes populaires, considérées comme des classes dangereuses. Il voit d'ailleurs dans le débat sur le mariage homo un conflit interne aux milieux bourgeois qui ne concerne qu'à la marge les milieux populaires. Il oppose, à la suite de Jean-Claude Michéa, la « gauche kérosène » et le « nomade attalien » dont le mode de vie serait impossible à généraliser aux processus de relocalisation et de réenracinement en cours dans la France périphérique. Il montre qu'une véritable « révolution par le bas » a débuté dans notre pays.

Un bémol cependant, l'auteur n'aborde pas le rôle des technologies numériques dans son tableau: le rôle de la télévision ou d'internet dans cette France périphérique et les effets de différents médias et technologies numériques sur les différents territoires.

Je vous laisse découvrir le reste de l'ouvrage et entrer dans les détails de son raisonnement. C'est d'après moi une lecture incontournable que devrait se procurer chaque militant pour savoir dans quel cadre géographique et sociologique il milite. Pour les non militants, c'est une très bonne approche pour mieux comprendre notre pays et les dynamiques en cours. L'ouvrage ne faisant « que » 179 pages, il se lit très rapidement et vous occupera utilement. A lire et à faire lire !

Jean/C.N.C

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