Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29/07/2015

Chronique de concert : Dream Theater – Arles, théâtre antique – 20/07/2015

Chronique de concert : Dream Theater

 

dream.jpgDream Theater en Arles ? Wtf ? Et oui, les Américains, meneurs incontestés de la scène métal progressive viennent fêter leurs 30 années de carrière au théâtre antique d'Arles. C'est tout près de chez moi, parfait, je n'attends pas plus longtemps avant d'acheter ma place. Bon, ça commence mal, 50 euros le billet, on le sent passer, mais après tout, c'est quand même pas le groupe de la MJC du coin, et le cadre vaut le détour; et puis ça fait bien longtemps que je n'ai pas été voir un concert.

D'ailleurs ce n'est pas la première fois que je vois DT, et je garde un excellent souvenir de leur tournée pour l'album Systematic chaos où je m'étais déplacé à Toulouse pour un concert inoubliable. Dream Theater, que l'on soit fan ou pas (et je n'en suis pas vraiment un), si on aime la musique, il faut pouvoir les voir au moins une fois pour apprécier un vrai gros groupe avec un vrai son et une vraie présence sur scène. Ça change vraiment des formations de seconde zone, qui peuvent être talentueuses parfois mais qui n'ont pas la possibilité d'offrir une qualité telle en terme de spectacle, de maîtrise et d'acoustique.

J'arrive un peu en avance, je trouve facilement une place pour me garer, tout semble parfait. Le parc du théâtre antique est déjà rempli par des centaines et des centaines de personnes, ça déborde jusque dans la rue, on se croirait à un spectacle de Dieudonné. D'ailleurs en parlant du public, il faut noter qu'il est ici très hétéroclite, moitié metaleux-geek, moitié « personne normale ». L'ambiance est familiale et saine, ce qui est un vrai bol d'air frais pour quelqu'un qui, comme moi, a fui le folklore métal depuis longtemps. Pas de types bourrés, pas de gothiques en latex, ou très peu, dilués dans la foule.

Voilà, c'est l'ouverture des portes, je m'incruste dans la queue l'air de rien pour rentrer assez vite. Il faut maintenant vous parler un peu du lieu. Le théâtre antique d'Arles et l'un des premiers théâtres romains bâtis sur notre sol, sous le règne d'Auguste, au premier siècle avant JC. Il est plus petit que les arènes qui sont situées pas très loin mais peut tout de même accueillir 10 à 12000 personnes. Sur la centaine de colonnes situées jadis derrière la scène, deux, qu'on appelle « les deux veuves » tiennent encore debout. C'est un lieu magnifique, mais il est très difficile de se représenter son apparence originelle. Avec la scène, les éclairages, et les musiciens, cela ressemble un peu à un décor de cinéma. Plusieurs fois au cours du concert je suis obligé de me forcer à réaliser que ces colonnes sont là depuis plus de 2000 ans.

Le premier groupe (Myrath) lance rapidement son set. Je ne les connais pas du tout. Leur musique est moderne, c'est pas mal foutu, mais pas vraiment mon style. Alors j'écoute sans écouter, et pendant ce temps le théâtre se remplit.

La seconde partie en revanche ne m'est pas inconnue puisqu'il s'agit des britanniques d'Anathema. Mais là encore, je me sens un peu largué car les derniers albums que j'ai écouté étaient Alternative 4 et Judgement, et c'était il y a bien longtemps. Je n'ai reconnu aucune chanson durant leur prestation. On vieillit, on change, et les groupes aussi. Leur musique est plus orientée rock, et les compos sont plus efficaces sur scène que les anciennes. Même si ce n'est pas vraiment mon style de musique, il faut admettre que c'est bien foutu et que le chanteur est vraiment très très doué. Il a vraiment une sacrée voix, expressive et très juste. Petit bémol tout de même pour la chanteuse qui les accompagne et qui a été fausse à plusieurs reprises, mais un ami qui les connaît bien pour avoir tourné avec eux me précise qu'elle chante d'habitude mieux que ça.

La nuit est tombée, les musiciens font leur apparition sur l'introduction de leur dernier album que je ne connais pas non plus, et puis surprise, ils embrayent sur un morceau de leur premier album. On comprend alors ce que James Labrie va nous confirmer par la suite, qu'ils joueront un morceau de chacun de leurs albums pour retracer leur longue carrière. La voix est encore un peu faible, mais je sais qu'il faut attendre quelques minutes pour que les techniques vocales et électroniques se règlent un peu. De toute façon, disons le, même si ce n'est que mon avis, la voix dans Dream Theater c'est un peu leur talon d'Achille.Très logiquement, le second morceau sera tiré du mythique Images and words, et il s'agira de « Metropolis part 1 », excellent morceau. L'ennui c'est qu'il est difficile de s'astreindre à n'écouter qu'un seul morceau par album. Le choix est forcément compliqué, certains titres trop longs sont exclus et c'est bien dommage. C'est donc à chaque titre que l'on voit aussi s'effondrer la possibilité d'écouter un morceau que l'on affectionne. Pas de « Pull me under » donc, ni de « Fatal tragedy », en revanche nous avons pu entendre l'excellente « Panic attack ». Je regrette le choix du morceau « Constant motion » qui est selon moins l'un des moins bons du très bon Systematic chaos; mais tout cela n'est qu'une question de goût. J'accepte aussi avec le sourire qu'ils n'aient pas choisi « A rite of passage », leur très ringard morceau qui traite de la très ringarde franc-maçonnerie.

En tout cas je ne me suis pas ennuyé, les morceaux s’enchaînent et ne se ressemblent pas, sauf les passages purement progressifs, qui sont loin d'être mon dada et qui peuvent contenir des longueurs. Ce qui donne de la force à l'ensemble, c'est les changements de rythmes et les structure complexes des compositions. Le groupe alterne les passages mélodiques avec des breaks plus techniques, le tout avec une maîtrise toujours éblouissante. Petrucci est quand même très bon, mais surtout quand il joue lentement ! Quant à Mangini, il était selon moi le batteur rêvé pour remplacer Mike Portnoy, la section rythmique étant la vraie clé de voûte de Dream Theater.

Au final, j'ai passé un assez bon moment, mais j'ai trouvé ça bien trop court et le choix des morceaux ne m'a pas toujours convaincu. Je me dis que cela a certainement convenu à d'autres fans et il y a des albums que je connais assez peu (Six degrees et Train of thought). Le son résonnait un peu trop dans la fosse, mais je pense qu'il devait être meilleur sur les gradins. J'avais gardé un bien meilleur souvenir du son lors de leur concert vers Toulouse en 2007 où l'on pouvait apprécier la qualité extraordinaire des effets de guitare.

En espérant les revoir pour une prestation sans première partie, donc plus longue, et pour apprécier les meilleurs titres datant qu'il y a 10 ou 20 ans, il reste encore les DVDs.

Frank / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.


27/07/2015

Lutte sociale ou lutte locale ?

Lutte sociale ou lutte locale ?

Hist_mouv_ouvrier_3_L33.gifSi le mouvement ouvrier naît, entre 1830 et 1836, d'une légitime révolte contre la misère et la révolution industrielle, il prend forme également, comme l'a souligné Edouard Dolléans dans son Histoire du Mouvement ouvrier1, d'une « rencontre de facteurs économiques et de facteurs psychologiques, rencontre dont dépend tout grand mouvement révolutionnaire ». Qu'en est-il aujourd'hui ? La réalité et le devenir de la lutte des classes dans le combat anticapitaliste ont-ils encore un sens ? Ne faudrait-il pas lui préférer une autre forme d'action plus en adéquation avec l'atomisation de la société ?

Au début du XIXe siècle, la France reste un pays d'artisans et d'ouvriers à domicile. Vers 1880, près d'un actif sur deux exerce encore son activité professionnelle dans l'agriculture2. Différence majeure avec la Grande Bretagne dont le décollage industriel va rapidement susciter un mouvement instinctif de révolte. En France, les crises sont moins dévastatrices et il faudra attendre l'insurrection de Lyon de 1831 pour voir apparaître un début d'organisation ouvrière, attisé par les rancœurs face à l'échec de la Révolution de Juillet.
Dès cet instant, un sentiment de solidarité se révèle au sein des travailleurs précaires qui vivent dans la promiscuité et l'absence d'hygiène au cœur des quartiers populaires. Dolléans parle d'une « âme collective », ce que d'autres nommeront conscience de classe. « Mettons-nous en rapport d'amitié les uns avec les autres, sans distinction de métiers, établissons des relations de fraternité au moyen de députations » écrit l'ouvrier cordonnier Efrahem en 18333.
Cette  identité collective est fortement marquée par le fait que les quartiers ouvriers ont été laissés à eux mêmes depuis la Révolution. Nombre d'historiens parlent notamment à cet égard de continuation du combat des « sans-culottes ». Des traditions de luttes se sont formées au cœur de quartiers habités depuis des générations. « Cette autonomie ouvrière est le terreau à partir duquel peut se constituer une pensée de classe séparée, refusant explicitement les porte-parole venus des autres groupes sociaux », souligne Gérard Noiriel.

Mais aujourd'hui ? Certes les facteurs économiques définis comme nécessaires à la révolution par Dolléans prédominent au sein de notre société moderne. Nous en sommes même au delà puisque nous subissons un tout-économie. La marchandisation du monde atteint son paroxysme. L'homme s'est mué en zombie-consommateur, pousseur de caddie guidé par la dictature de l'émotion et fruit de ses seuls intérêts. Ce processus d'affirmation de l'identité par la consommation est le signe d'un profond désenchantement du monde. Nous sommes bien loin de la seule lutte contre le machinisme. Comme le souligne Jean-Michel Besnier, nous sommes entrés dans l'ère de l'homme simplifié, écrasé par la technique avec pour seul désir la volonté d'abolir toutes les limites. Cette catastrophe est d'abord existentielle et métaphysique. Comme le résume Serge Latouche, « nous sommes face à une vraie crise de civilisation » (…) « de laquelle surgira soit une révolution au sens propre, c'est à dire un changement total, agissant aussi sur le plan culturel, soit carrément la barbarie4.
Corollaire de cet asservissement : selon l'ONG Global Footprint Network, il faudrait une planète et demie pour produire les ressources écologiques renouvelables nécessaires pour soutenir l'empreinte actuelle de l'humanité. Pourtant, dans le même temps,  l’Insee pronostique une hausse d’activité en France qui atteindrait 1,2 % en moyenne sur l’ensemble de l’année 2015, alors que l'endettement à bondi de 51,6 milliards au 1er trimestre, pour atteindre 2089,4 milliards à fin mars 2015, soit 97,5% du PIB. Règne absolu du chiffre et de la quantité. Décroissance ou barbarie.

Dans cet optique, la lutte des classes reste t-elle encore un outil pertinent dans notre lutte à mort contre le capitalisme et la chosification du monde ? Diverses raisons me font penser que cette orientation est désormais caduque.

seuls_ensemble.jpgD'une part, l'atomisation de la société, l'individualisme et surtout le narcissisme exacerbé par l'abus de numérique ont pulvérisé littéralement toute « âme collective » populaire. Notre monde est celui de la compétition, de l'isolement et de la déshumanisation. Au travail, les tâches sont de plus en plus individualisées et chacun se méfie de l'autre. Sherry Turkle dans son copieux livre  Seuls ensembles souligne à quel point la simulation du lien social peut nous suffire. La crise syndicale est l'un des symptômes de cette atomisation. En France, en 2010, les syndicats de salariés représentaient 7,8 % de l’ensemble des salariés et 5 % seulement des salariés du secteur public, soit le taux de syndicalisation le plus faible des pays de l’OCDE, à l’exception de la Turquie5.
« Si la conscience de classe s’est affaiblie, c’est d’abord parce qu’ont régressé et le niveau d’organisation du prolétariat et sa capacité d’action collective. Il importe toutefois de distinguer deux tendances : une de long terme d’affaiblissement des organisations du mouvement ouvrier, mais aussi des organisations antiracistes et féministes, et de baisse tendancielle – avec, il est vrai, des soubresauts – de la conflictualité sociale (effondrement du nombre de journées de grève par an depuis les années 1970) ; et une de court terme, conséquence de l’accumulation de défaites sociales et politiques de 2007 à 2010, provoquant la démoralisation et la désorientation des franges militantes du prolétariat au sens large » reconnaît lui même le NPA6.

D'autre part, la notion de classe (lutte de l'homme contre l'homme) atomise le fait ethno-culturel en ce sens qu'elle raisonne uniquement en rapports de production, en force de travail, manuelle ou intellectuelle.
A la naissance du mouvement ouvrier, la question ne se posait guère. Le phénomène ethnique n'avait pas lieu d'être. Si vers 1880, la France comptait près d'un million de travailleurs étrangers, ceux-ci venaient pour la plupart de Belgique et d'Italie. L'identité collective des ouvriers se reconnaissait également en terme de comportements, pensées et sensibilités qui structuraient les rapports à la nature, à la société et au transcendant.
Aujourd'hui, pour reprendre la terminologie marxiste,
une partie croissante du prolétariat est reléguée en dehors de la production par le biais du chômage et de la précarité. Une masse inerte gonflée par les intenses flux migratoires venus d'Afrique et les enfants d'immigrés qui peinent à trouver du travail, notamment à cause de leur faible niveau d'études. Contrairement à la fin du XIXe siècle, nous sommes désormais en présence d'un contact de cultures très éloignées les unes des autres, possédant des codes très différents et rendant toute assimilation – c'est à dire absorption – impossible. Le NPA ne s'en cache pas : Unifier notre classe, c’est aussi combattre le racisme. Un effort particulier devrait être fourni par les organisations ouvrières et révolutionnaires pour recruter dans les milieux touchés par le racisme – c’est-à-dire, dans la classe ouvrière, parmi les salariés d’exécution les plus exploités, où sont surreprésentés ceux qui subissent le racisme –, avec pour objectif la formation de cadres… et pourquoi pas de porte-paroles ! » « Impossible d’unifier la classe ouvrière sans se confronter au racisme ».
Abonder dans le sens d'un nouveau bloc historique souhaité par Michéa, faciliter cette stratégie de rassemblement et de fédération des travailleurs, c'est abandonner ce qui fait la caractéristique majeure de notre combat. « Tout n'est pas perdu pour donner aux gens, quelle que soit leur origine ethnique ou autre – ouvrier issus de l'Islam, population des banlieues, population de la France périphérique – le sentiment qu'ils ont quelque chose en commun, malgré tout, à partir de quoi un front commun est possible » expliquait récemment Michéa sur France Culture.
toennies-1.jpgAinsi, adhérer à cette nouvelle lutte de classes c'est rejoindre de fait
le parti de l'autre et de la soumission. Le fait communautaire que nous défendons s'inscrit dans la démarche de Ferdinand Tönnies qui distinguait communauté, Gemeinschaft, et société, Gesellschaft. Pour Tönnies, la communauté se définit comme un groupe humain vivant en commun, uni par la même origine les mêmes sentiments, la même aspiration fondamentale. Au contraire, la société réunit des individus qui, tout en vivant les uns à côtés des autres, n'ont entre eux aucun lien réel, ne sont globalement apparentés par aucune forme d'héritage spécifique. Défendre la lutte des classes c'est préférer la société à la communauté.

Enfin, se cantonner aux rapports de production et au rôle historique du prolétariat c'est s'enfermer dans une conception du monde axée sur la modernité. Le marxisme est apparu avec la société moderne et se présente essentiellement comme une vision de ce monde moderne que nous refusons. Centraliser la question de la lutte des classes c'est rester esclave du productivisme et de la grande industrie comme modèle unique d'organisation de la production.

Aux luttes de classes, nous devons substituer les luttes enracinées dont l'enjeu est le territoire. Luttes qui doivent avoir pour caractéristique principale l'impossibilité d'une intégration par le capitalisme. Autrement dit, privilégier la lutte sur les lieux de vie plutôt que sur les lieux de travail.

Réflexions déjà développées pour les camarades de Rébellion7 et que je reprends ici in-extenso.

Plus qu'un Grand Soir ou un Petit Matin, Michel Onfray a évoqué de possibles microrésistances et développé l'idée d'une révolution en fragments. « Un Lilliputien ne peut entraver le géant Gulliver. En revanche, si les liens se multiplient, il est possible d'immobiliser le géant » écrivait-il en 20098. « Il faut agir, créer des coopératives, les fédérer, les mutualiser, inventer des banques de quartier, fédérer des combats locaux, mettre sur pied des structures d'éducation populaire et créer tout un maillage alternatif qui permet de sortir du fantasme de la révolution en bloc pour passer à la révolution en fragments ».
Une orientation qui rejoint le travail des ZAD et la lutte pour les territoires. « Le capital ne se pense plus nationalement, mais territoire par territoire. Il ne se diffuse plus de manière uniforme, mais se concentre localement en organisant chaque territoire en milieu de culture. Il ne cherche pas à faire marcher le monde d'un même pas, à la baguette du progrès, il laisse au contraire le monde se découpler en zones à forte extraction de plus-value et en zones délaissées, en théâtres de guerre et en espaces pacifiés » nous explique le Comité Invisible dans son dernier ouvrage9.
Ce que redoute le plus le pouvoir en place c'est justement une sécession, une fuite de population vers des périphéries où elle s'organiserait en communautés autonomes, en rupture avec les modèles dominants de la mondialisation néolibérale. Mais attention ! L'objectif d'un tel choix stratégique n'est pas de vivre coupé du monde, à l'image des survivalistes qui ne sont en réalité que des ultralibéraux égoïstes. Il est au contraire d'entrer en résistance en réseau, d'organiser des passerelles entre les archipels dissidents et d'élargir le plus possible le cercle de cette révolution par contamination progressive. « Je crois aux coordinations, aux flux agrégés, aux connexions de forces, aux mises en relation des tensions, aux réseaux de champs magnétiques, à la puissance de la volonté » renchérit Onfray. Dans cette nouvelle optique de lutte, l'enjeu est à la fois le territoire, notre lien vernaculaire, mais aussi et surtout les façons de vivre qui s'y inventent ou se redécouvrent et qui impliquent nécessairement une dissémination hors du territoire conquis, sous peine de neutralisation. Le système n'aurait aucun mal à laisser végéter dans leur marginalité inoffensive des groupes vivant en vase clos.

« Deux facteurs viennent d’ailleurs s’ajouter, plaidant en faveur d’une intervention beaucoup plus réfléchie en direction des lieux de vie, à savoir l’accélération de la crise écologique et la polarisation sociale du territoire (ségrégation au sein des espaces urbains et rapports villes/campagnes). Il y a donc toutes les chances que les luttes locales – qu’elles aient pour objet les questions de logement, d’écologie (Notre-Dame-des-Landes, Sivens) et de transports (comme au Brésil), de racisme et de répression policière (révoltes de 2005 en France, en Angleterre en 2011 ou aux Etats-Unis actuellement), ou encore concernant l’aménagement du territoire (parc Gezi en Turquie) – prennent une importance nouvelle dans les années à venir » admet de son côté le NPA.

Reste à définir une stratégie claire d'intervention sur le local. L'objectif de ce nouveau travail doit être de décoloniser l'imaginaire, de retisser du lien social et de construire une société à dimension humaine, conviviale, autonome et économe. Un éco-communautarisme local où nous pourrions recouvrer une autonomie véritable, terreau à partir duquel pourrait se constituer une pensée communautaire enracinée.

Guillaume Le Carbonel / C.N.C.

1Histoire du Mouvement ouvrier, Edouard Dolléans, libraire Armand Colin 1948

2Les ouvriers dans la société française, Gérard Noiriel, Seuil point histoire 1986

3De l'association des ouvriers de tous les corps d'état, Paris, Auguste Mie

4 Renverser nos manières de penser, Métanoïa pour le temps présent, Serge Latouche, Mille et une nuits, 2014.

5L'Opinion, 9 février 2015

6Npa2009.org

7Rébellion N° 69 mars/avril 2015

8 Post capitalisme, imaginer l'après, ouvrage collectif, Au Diable Vauvert, 2009.

9 A nos amis, Comité Invisible, La Fabrique édition, 2014

25/07/2015

Chronique de film : Jurassic World

Chronique de film : Jurassic World

Jurassic-World.jpg

2015 marque le retour tant attendu d’une des franchises les plus connus et « bankable » du cinéma, à savoir Jurassic Park. Jurassic World a la lourde tâche de remonter le niveau et de faire oublier un prédécesseur en demi-teinte.

Vingt-deux ans après le désastre survenu dans le premier parc, un jeune millionnaire du nom de Simon Masrani (Irrfan Khan) est devenu propriétaire de la société InGen. Il réalise finalement le rêve de John Hammond en créant un parc à thème où les dinosaures tiennent la vedette. Dans un souci de compétitivité et d’innovation, l’équipe de scientifiques, dirigée par Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), élaborent un dinosaure de toutes pièces, l’Indominus rex. Masrani fait appel à Owen Grady (Chris Pratt), un ancien de la Navy qui a réussi à dompter un groupe de vélociraptors, pour évaluer le comportement de sa future attraction. Pendant ce temps, les neveux de Claire, Zach et Gray, dont les parents sont sur le point de divorcer, visitent le parc, accompagné de l’assistante de leur tante. Lors d’une inspection de l’enclos de l’Indominus Rex, ce dernier s’échappe en semant le chaos sur son passage et se dirige droit vers le parc…

Jurassic World, à la vue de la bande annonce, suscita pas mal d’espoirs, notamment en ce qui concerne le rôle de Chris Pratt et de ses vélociraptors. En réalité le film reste dans la lignée de ses prédécesseurs en respectant un cahier des charges qui a fait ses preuves : de gentils et de méchants dinosaures, un incident/imprévu, des mômes, etc. Le scénario, il faut l’avouer, tient sur un confetti. Les nouveautés, outre les effets spéciaux dans l’air du temps, ne se bousculent pas vraiment au portillon. Le film vit sur les acquis de la saga c’est indéniable ; malgré tout et tant que l’on juge l’œuvre pour ce qu’elle est, Jurassic World ne déçoit pas. Pourvu d’un rythme maîtrisé et sans temps mort, il tient aisément le spectateur en haleine. Bryce Dallas Howard et Chris Pratt sont parfait dans leurs rôle respectifs, la première incarnant une femme d’affaire ambitieuse, psycho-rigide et maniaque du contrôle; et le second, incarnant quant à lui à peu près l’inverse, un homme soucieux du respect de la nature et des animaux du parc. A noter la présence d’Omar Sy, en bon noir de service (quota ethnique oblige), dans le rôle du partenaire d’Owen Grady, rôle plus qu’anecdotique. {SPOILER !!!!] On aurait aimé voir l’acteur des abominables œuvres de propagande que constituent Intouchable et Samba terminé en charpie mais peine perdu. Une véritable déception…

Au-delà de son côté « entertainement », Jurassic World invite le spectateur critique et lucide du monde dans lequel il vit à un minimum de réflexions. En effet, et bien qu’étant une fiction, le film met en exergue certains thèmes de société. Celui qui saute évidemment aux yeux et le tropisme Prométhéen de l’homme moderne. Analogue à la fameuse œuvre de l’anglaise Mary Shelly, Frankenstein ou le Prométhée moderne, la reconstitution de dinosaure, grâce à l’apport des avancées scientifiques, peint le portrait d’une humanité qui, non seulement a tué Dieu, mais souhaite également prendre sa place. Une étape est cependant franchis comparé au premier film avec la création symboliquement (et non techniquement) ex nihilo, de l’Indominus Rex. Authentique Frankenstein à sang froid, ce monstre qui échappe complètement à ses créateurs, incarne parfaitement la dérive scientiste et techniciste que sont par exemple les OGM, si ce n’est que les rôles sont ici inversés, l’humain finissant dans l’estomac de sa propre création. L’exploitation animale est également un thème explicite présent dans le film, où toute l’horreur des cirques et des zoos est présente. Que ce soit des spectateurs avides de sang et de boyaux devant un Tyrannosaure dévorant une pauvre chèvre, ou des bambins chevauchant des bébés triceratops tel des poneys, un malaise se fait sentir. Non seulement l’Homme moderne a pris la place de Dieu, mais il ne respecte pas sa propre création qu’il utilise pour son propre plaisir. La Nature doit donc se plier à sa volonté et satisfaire ses caprices…

Le capitalisme mondialisé et ses méfaits sont au centre de Jurassic World qui suinte littéralement la société de consommation. Le personnage de Masrani est révélateur. D’origine probablement indienne, il incarne parfaitement ces nouveaux riches issus des pays en voie de développement, notamment les BRICS. On ne pourra pas s’empêcher de faire une analogie avec le Qatar ou la Chine qui investissent de plus en plus en Occident. La monstruosité capitalisme ne connaît pas les frontières et ne peut plus se résumer à « l'homme blanc ».

L’Homme moderne (dans ce cas la Femme moderne) est incarné à la perfection par le personnage de Claire Dearing. Phagocyté par sa carrière, elle est coupée de sa famille à tel point qu’elle ne sait même pas l’âge de ses neveux et ne sait pas comment se comporter avec eux. Cette caricature pointe clairement du doigt la place qu’occupe le travail dans la vie et la psyché de l’être humain du XXI siècle, qui ressemble parfois à un robot. Et comment le carriérisme féminin n'a rien à envier à la soif de pouvoir des hommes. Le constat final demeure assez triste et inquiétant à la vue de ce producteur/consommateur à l’égo démesuré, dont le nombrilisme l’empêche de réaliser à quel point il est esclave de la technique et de lui-même. Cette technique, certains souhaiteraient la voir appliquer au domaine militaire comme Vic Hoskins, responsable de la sécurité chez InGen. A ses yeux, les vélociraptors représentent une nouvelle arme de guerre et il n’hésitera pas à la tester pour détruire l’Indominus Rex. Pour accomplir cette mission il fait également appel à une société privée constituée de mercenaires rappelant fortement la société Black Water. L’avènement de ce genre de milice/armée privée, agissant déjà au Moyen-Orient, démontre également la puissance de certains réseaux d’argent qui anticipe sûrement de futures révoltes populaires…

En conclusion Jurassic World est un film typiquement hollywoodien, sans prise de tête qui ravira toute la famille. Il a le mérite de redorer le blason de la franchise même si on aurait aimé plus de nouveauté et de profondeur dans le scénario et les personnages. Le côté « tout public » est sans doute un frein en soit car d’autres pistes auraient pu être explorées, et du même coup apporter vraiment du sang neuf. Le film, et cela est plutôt surprenant, pointe du doigt plusieurs thèmes d’actualité, chose que l’on a du mal à s’imaginer venant d’une machine de propagande comme Holywood. Certes le spectateur lambda a de grande chance de passer à côté mais ceci méritait d’être souligné. Néanmoins nous sommes à des années lumières du film anti capitaliste. Jurassic World figure parmi le podium des meilleures recettes du cinéma avec 1,52 milliard de dollars…

Donatien/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

23/07/2015

Chronique d'album : Drudkh "A Furrow Cut Short"

Drudkh.jpg

Drudkh "A Furrow Cut Short"

(Season of Mist, 2015)

 

A l’heure où l’unité nationale de l’Ukraine est en grand danger et son identité remise en question, sa scène black metal est plus que jamais une réponse claire et vindicative à ceux qui lui dénient le droit à être, et à demeurer, une nation à part entière. L’histoire, pour le moins tourmentée, de ce pays, a sans doute un rôle à jouer dans le fait que pas mal de groupes exaltent un patriotisme, voire un nationalisme assumé. Au côté des pointures que sont Nokturnal Mortum ou Hate Forest, Drudkh (« bois » en sanskrit) représente le haut du panier d’une scène à l’identité forte.

Formé en 2002 et comptant en son sein des membres de Hate Forest et Astrofaes, Drudkh s’est forgé un style et une personnalité. A Furrow Cut Short, son dixième album à ce jour, est une ode à sa patrie charnelle. Le groupe reprend d’ailleurs des écrits de poètes et écrivains nationaux tel Lesych, Franko et Tchevchenko, comme pour mieux affirmer, face à l’ours Russe et à l’aigle Américain, que l’Ukraine est bien plus qu’un enjeu géopolitique ou une nation artificielle…

C’est donc un album « coup de poing » que nous livre Drudkh. En effet le côté atmosphérique est moins prégnant que d’habitude ; ici les instruments folkloriques ont disparu, les synthétiseurs se font plus discrets qu’à l’accoutumée. Néanmoins on reconnaît aisément la patte du combo Ukrainien et ce, grâce à ces riffs de guitares reconnaissables entre mille. 100% black metal dans leur exécution mais toujours mélodiques, ils évoquent tour à tour grandeur épique, élans guerriers ou nostalgie. La voix est agressive et remplie de fureur, peut-être plus que par le passé. Le groupe sait varier son propos en alternant blastbeats, rythmes endiablés et partis plus mid-tempo, laissant les morceaux respirer. Ces accalmies sont bienvenues, car l’album est plutôt compact et dure près d’une heure. C’est un voyage en terre slave qui demande également, du fait de son intensité, un minimum de concentration pour apprécier la subtilité des arrangements, un domaine dans lequel Drudkh est passé maître.

Bien que A Furrow Cut Short ne soit sans doute pas aussi excellent que les pierres angulaires de sa discographie que sont Forgotten Legends et Automn Aurora, il demeure un très bon album. On pourrait reprocher à Drudkh un manque de prise de risque ou bien l’effacement du côté ambiant de sa musique. Cependant la qualité est bien là, le groupe n’ayant pas pour habitude de faire dans la médiocrité. Ce dixième opus, probablement marqué par les événements de l’Histoire, passés et présents, conjugue avec maestria hargne, beauté et affirmation de soi.


Disponible chez Season of Mist

Donatien /C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

22/07/2015

Regard sur l’Actu #15 : Un été chaud, chaud, chaud !!!

Voiture.jpg

La France durant les vacances d’été… On ne se soucie plus de rien, c’est les congés et on vit au ralenti. Moins de pression, moins de règles, on se croit tout permis. C’est un étrange sentiment qu’on ressent partout, comme si le temps s’arrêtait durant deux mois et que tout devenait dérision et amusement. La racaille se sent pousser des ailes et l’Etat-autruche paraît encore plus couillon et dépassé qu’à l’accoutumé dès qu’il s’agit de maintenir un semblant d’ordre. L’été, c’est la fête ! On l’a encore vu ces jours-ci avec des centaines de voitures qui ont cramé pendant que l’eau des bouches à incendie se répandait dans les rues pour amuser et rafraîchir la part la plus exotique de notre population. Rien que pour le vendredi 3 juillet, plus d’une centaine de ces bouches furent vandalisées dans notre beau département du nord, à Lille, Roubaix et Tourcoing, villes délicieuses s’il en est. Le phénomène a vite gagné toute la France, notamment la Seine-Saint-Denis où plusieurs maires ont courageusement pris des arrêtés municipaux interdisant cette pratique, ce "jeu", cette "mode" comme ils disent dans les médias ! Quel panache Messieurs ! La France a besoin d’audace et vous n’en êtes pas avares ! Après les bouches à incendies, ça a été aussi les razzias dans les piscines municipales qui ont dû, pour plusieurs, fermer leurs portes face aux bandes qui venaient y foutre la merde… sans jamais être inquiétées. Et je ne parle pas des attaques de piscines privées… Pfff… La canicule, ça ne nous réussit pas ! A chaque jour sa peine et ça n'en finit pas. Après un petit rafraichissement à la piscine, pourquoi ne pas s’en prendre à un commissariat ou à une gendarmerie ? Une vingtaine d’entre eux ont été attaqués ou ont subi des tirs depuis le début du mois. Des assauts comme à Neuilly-Plaisance dans la nuit du 13 au 14 ont été menés par pas moins d’une centaine de « jeunes » ! On s’amuse bien en France, surtout en région parisienne ou du côté de Lyon, là où la majorité de ces incivilités ont eu lieu. Comme d’habitude, seuls les syndicats de police ont réagi. Les pouvoirs publics ? Rien, nada ! Ils sont en vacances, bordel ! Bien sûr, au milieu de tout cela, il y a les Français normaux qui subissent sans rien dire et continueront à le faire car l’Etat fait tout pour réprimer la moindre tentative de résistance à ce bordel quasi-généralisé et encouragé. Voyez la victime de Dinan, superbe ville de Bretagne qu’on croyait tranquille et préservée, qui a été mise en garde à vue et poursuivie pour s’être défendue face à un lynchage… pendant que gendarmes et magistrats, lâches et tenus en laisse ne font rien. Un autre exemple récent, le pauvre René Galinier, 78 ans, incarcéré dès la fin de son procès pour 5 ans de prison (dont 4 avec sursis) car la « justice » l’a reconnu coupable de tentative de meurtre pour avoir osé se défendre face à un cambriolage… L’Etat ne vous protégera pas mais protégera ceux qui vous veulent du mal. Tirez-en les conclusions qu’il faudra mais sachez qu’une réaction de la part d’une population hébétée et qui s’habitue à tout n’est pas à attendre tout de suite… ni cet été, ni le prochain… Vous ne pouvez compter que sur vous. Et votre bonne étoile.

 

cheznous.jpg

Encore un projet de loi sur les étrangers !

Un énième, oui. Qu’on discute alors que vous êtes à la plage ou dans les bouchons ! Pendant qu’une part de l’Italie burnée résiste courageusement (avec l’appui musclé de Casa Pound !) à l’envahisseur, l’Europe plie sous la pression des peuples venus du sud et le système fait tout pour nous en imposer encore plus. Marché ! Droits de l’homme ! Destruction des Européens ! La France en première ligne, pas seule dans ce merdier mais en première ligne quand même ! Le nouveau projet de Cazeneuve, prétextant des simplifications administratives, a surtout pour but de fixer encore davantage les étrangers de manière légale sur notre sol en délivrant des titres de séjour plus facilement. Rien d’étonnant, nous sommes habitués, surtout avec ce petit fonctionnaire plein d’égard envers tout ce qui n’est pas de chez nous et qui déclarait encore récemment, à Calais, que « Trop de migrants qui pourraient bénéficier de l’asile en France hésitent encore. Nous devons leur faire comprendre clairement que l’asile en France est la meilleure chance pour eux. ». Pour eux comme pour les autres ! Je parle de cette « immigration choisie », défendue hier par Sarkozy et aujourd’hui par le Gouvernement avec son projet de « passeport-talents » (nom à la con sentant la comm’ bobo parisienne). Alors qu’un sacré pourcentage de diplômés français se cassent à l’étranger ou cherchent à le faire, on ne va pas chercher à les retenir ! Non, on va les remplacer, comme on remplace la population blanche ! Je résume : on attire des étrangers censés apporter à la France savoir et attractivité / qui vont coûter un max et ne jamais repartir / et qui, s’ils sont vraiment des « talents » manqueront à leurs pays d’origine / pays qui seront encore plus en difficulté du fait de la fuite des cerveaux et dont la population viendra, à terme, inévitablement chez nous. Le tiers-monde en Europe pour les nuls !  

 

Qui-est-Salman-le-nouveau-roi-d-Arabie-saoudite_article_popin.jpgFrance, prosterne-toi!

Comme si on n’en avait pas assez avec nos « potes » de l’intérieur, il faut aussi se coltiner leurs lointains cousins de l’étranger qui viennent contribuer, eux aussi, à égayer notre été… Attention ! Déroulez le tapis rouge, voici la famille royale saoudienne qui débarque pour ses vacances près de Cannes, à Vallauris exactement. On les attire tous, hein ? Le roi Salmane se ramène en force avec 400 ou 500 personnes (esclaves et gros bras compris) qui sauront mettre de l’ambiance à Vallauris ! La sympathique smala y possède une villa et arrive dans quelques jours…  A tout seigneur, tout honneur : pour avoir la paix, les Saoudiens avaient fait entamer des travaux avec dalle de béton et tout et tout pour privatiser la plage jouxtant leur résidence… Tranquille la vie, surtout que cette plage est publique… Mais bon, sachant que la France est un pays de faibles et de traîtres où l'on peut tout se permettre dès qu’on est puissant et/ou friqué et/ou étranger, y avait pas trop à craindre des autorités locales. Mis à part Michelle Salucki, maire de la commune, qui avait tenté de faire arrêter les travaux entrepris par les serviteurs royaux, tout le monde s’est agenouillé ! La préfecture a bien évidemment interdit l’accès à la plage publique de Vallauris. Le sous-préfet de Grasse, Philippe Castanet, a ainsi déclaré à l’AFP : « dès que la Garde royale saoudienne nous aura donné le jour d’arrivée de l’avion du roi […] avec un délai de prévenance de 24 heures, l’accès au littoral sera interdit par des policiers, pour le temps des vacances du roi ». La France s’abaisse devant le monde entier et en est, bien évidemment, la risée. En voici une nouvelle preuve.

 

Capture-decran-2015-07-20-a-17.jpeg

Une reine à Béziers

Une reine, idéalement, ça doit faire rêver les petites filles de par sa beauté et son style mais aussi jouer un rôle politique, quel qu’il soit. Notre histoire en multiplie les exemples. Le joli minois que vous voyez ici n’est pas la nouvelle reine de France mais celle de Béziers. Elle répond au doux nom de Fleur Nougaret-Fischer et « a pour mission de représenter, du haut de ses 22 printemps, "l'identité Biterroise, ses traditions et sa culture" » en lien direct avec le service culturel de la ville héraultaise. Belle vitrine, certes, mais attention, la jeune fille, étudiante en droit, a remporté « un concours où beauté physique et connaissance de l'histoire et des traditions biterroises étaient jugées à critère égal. » Choisie par Robert Ménard et d’autres personnages importants de la ville, Fleur « doit dorénavant faire acte de présence lors des férias, des fêtes médiévales et des vœux du maire. Autre engagement à respecter : "se comporter en toutes circonstances et en tous lieux avec grâce, élégance et dignité." » lit-on dans metronews.fr qui feint de jouer le journalisme d’investigation en révélant que la jeune femme « partage l'avis de son maire sur certains thèmes qui lui sont chers ». Si elle a passé le concours, c’est en connaissance de cause, non ? Il est vrai que les statistiques ethniques de Béziers ne jouent pas toujours en faveur des Blancs mais, pour une fois, on peut souffler : la discrimination positive n’est pas à l’honneur. Zut alors, ça fait enrager les médias qui auraient voulu une énième Miss métisse fan de hip-hop et titulaire d’un bac -4 comme c’est la norme en France occupée. Ça change, hein, une Blanche ! Rien que pour ça et pour l’image sympathique que la Reine de Béziers peut donner de sa ville, on ne va pas bouder notre plaisir face à cette nouvelle affirmation d’identité de la part du célèbre édile de Béziers !

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

21/07/2015

Chronique de manga: Nobuyuki Fukumoto - Kaiji

 Chronique de manga: Nobuyuki Fukumoto - Kaiji

kaiji.png

L’argent est omniprésent dans nos vies, il est notre médiateur principal avec la société. À ce titre, ce moyen de paiement et d’échange se retrouve dans beaucoup d’histoires, il est généralement usé en tant qu’élément narratif avançant l’intrigue ou la guidant. Toutefois, peu d’œuvres centrent toute leur thématique autour de celui-ci et sur ses dérivées que sont la dette et les jeux d’argent. Écrit et dessiné par Nobuyuki Fukumoto, le manga Tobaku Mokushiroku Kaiji (litt. « Apocalypse du pari - Kaiji ») appartient à la deuxième catégorie. C’est une œuvre atypique dans le paysage de la bande dessinée japonaise, destinée à un public adulte. Elle est découpée en cinq arcs et a eu droit à plusieurs adaptations sur différents supports. Aujourd’hui, je vais vous parler du manga et de l’adaptation animée, qui regroupe les deux premiers arcs.

Nous y suivons Itō Kaiji, qui après ses études secondaires emménage à Tokyo pour trouver un boulot. Malheureusement pour lui nous sommes en 1995, le Japon traverse une récession économique l’empêchant de trouver un emploi stable. Désespéré, il croupit dans son appartement, passant son temps à parier, fumer et boire. Il ne pense qu’à l’argent et sa misère sociale le fait souvent pleurer; pour éteindre sa frustration, il vandalise régulièrement des voitures de valeur. En bref, c’est un exclu avec une vie minable…

Cette vie continue pendant trois ans jusqu’au jour où il reçoit une visite inattendue d’un certain Endou. Il veut que Kaiji rembourse une gigantesque dette impayée d’un de ses anciens collègues dont il s’était porté caution par négligence. Endou lui laisse deux options, il peut tout d’abord travailler 10 ans afin de rembourser ses dettes ou bien aller sur un bateau dans lequel il pourra soit s’acquitter de celles-ci d’un coup (et même gagner beaucoup d’argent par l’occasion), soit être réduit à faire des travaux forcés pour les rembourser. Mis sous pression, il décide d’aller sur le bateau. Les aventures commencent pour lui…

L’essentiel de la narration de l’œuvre se base sur des jeux d’argent que Kaiji doit remporter. Ils sont pour la plupart très bien pensés même si leurs règles sont simples. La simplicité a pour but d’accrocher le spectateur ici, et lui donne l’opportunité d’apprécier pleinement les ornements qui enrichissent les jeux au fur et à mesure de leurs déroulements. Un banal Pierre/Feuille/Ciseau aux règles modifiées révèle vite sa profondeur au contact de l’adversité. En effet, les jeux sont les lieux de confrontations psychologiques intenses qui mêlent chance, mind-game, technique et solidité mentale. Les Japonais sont friands de duels mêlant stratégie et psychologie et Kaiji est une réussite du genre. La principale différence avec d’autres mangas semblables, c’est la dimension impitoyable et crue, serviteur d’un message plus intelligent que la moyenne.

Ainsi, si les jeux sont bien réalisés et divertissants, ils ne sont qu’un prétexte pour une vision acide de la société1. C’est un monde immoral qui y est décrit, sans hypocrisie ni bons sentiments. Tout le monde en prend pour son grade, pas d’apologie d’un sous-prolétariat messianique, ni d’une classe de « winners » qui mériterait des louanges. Ici, on n’hésite pas à parler des rouages de l’usure, des formes d’esclavage modernes, du déclassement à cause de la crise… Et le mieux, c’est qu’on n’excuse personne. Dans ce sens, le personnage principal est vu par les autres personnages comme un junkie, un déchet2; et ils n’ont pas tort. Toutefois, Kaiji contrairement à beaucoup de perdants/gagnants du boulot/metro/conso/dodo a une force de volonté saupoudrée de décence, une âme imparfaite mais vivante. Il ne se bat pas pour la justice, il veut juste trouver la lumière au bout du tunnel avec une liasse de billets en poche. Un vrai anti-héros… jusqu’à son design !

En effet, c’est toute l’œuvre qui est baignée dans un style particulier, un peu veille école, où les personnages ont des visages caricaturaux représentant leur personnalité. Malgré son originalité artistique, la qualité graphique du manga n’est pas exceptionnelle à cause de dessins trop amateurs. La série animée rattrape en partie ce défaut et renforce les particularités stylistiques du manga. Pour ma part, je vous conseille de voir la série plutôt que lire le manga. Dommage que la voix off soit parfois trop présente et que seuls deux arcs ont été réalisés pour l’animé.

Pour conclure, je dirais que Nobuyuki Fukumoto montre combien il est difficile d’échapper aux griffes de l’argent dans une société individualiste. L’argent possède les hommes, car elle est obligatoire pour avoir sa place au sein (ou au-dessus) du monde. Son manque ne marginalise pas seulement, elle possède encore plus ceux aux bords du gouffre par l’usure. Ils deviennent les esclaves prêts à tomber dans l’apocalypse du pari. Mais les autres ne sont-ils pas esclaves aussi ? qui est encore citoyen aujourd’hui ?

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

1 Les rares phases entre les jeux enrichissent aussi cet aspect critique

2 "Votre vie n'est-elle pas misérable maintenant? Vous êtes apathique, négligé, improductif"