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27/11/2016

Big Other ?

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 Big Other ?

Nous avions publié sur le C.N.C. la très bonne intervention de François Bousquet lors du dernier colloque de l'Institut Iliade. Ce dernier revenait sur « Big Other » et cette tendance à préférer les autres avant les nôtres dans la mentalité occidentale.

Dans le Coeur Rebelle*, Dominique Venner écrivait en effet ces lignes : « La France se partagea en deux camps. Un nouveau « parti intellectuel » se formait. Son propos était simple : ce qui venait de l'adversaire était estimable et digne d'éloge. La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin. »

Big Other et la troisième voie géopolitique

Big Other prend en partie racine dans la fascination qu'exerce le mouvement des non-alignés et ses grandes figures auprès de la gauche occidentale. Ce mouvement qui pouvait ressembler à une « troisième voie » géopolitique entre bloc de l'ouest capitaliste et bloc de l'est communiste piloté par l'URSS regroupe depuis son acte fondateur à Bandoeng en Indonésie en 1955 les pays du « tiers-monde » selon l'expression d'Alfred Sauvy. S'il connut son heure de gloire dans les années 1970, il atteint assez rapidement ses limites. Aujourd'hui, le mouvement des non-alignés, qui a perdu de sa vigueur et de sa raison d'être depuis la fin de la guerre froide, se compose de 120 pays. Si ceux-ci refusent souvent de suivre les préconisations du FMI, de la Banque Mondiale ou de l'OMC, il n'empêche que leur « non-alignement » est tout à fait relatif, entre cubains favorables à la Russie et Saoudiens favorables aux Etats-Unis. Le 16ème sommet s'est par ailleurs tenu en... Iran**, un pays qui n'est pas inconnu de certains milieux dissidents reprenant souvent à leur compte cette rhétorique anti-impérialiste et anti-sioniste caricaturale du mouvement des non-alignés.

Houari Boumediene, président de la République algérienne fut une figure marquante du mouvement des non-alignés. Cet ancien colonel de l'ALN lors de la guerre d'Algérie s'était mué en défenseur des opprimés. Lors de la conférence d'Alger en 1973, il réunissait tout l'aréopage des « leaders » du tiers-monde : Fidel Castro, Mouammar Kadhafi ou Saddam Hussein. Un an plus tard, à l'ONU, il prononçait un discours au sujet des matières premières sous un tonnerre d'applaudissements. Quelle était en résumé la pensée de Boumediene ? La défense des peuples du tiers-monde, la nationalisation des matières premières, l'hostilité à l'Occident englobant « Américains », Européens et Israéliens. Boumediene est un exemple de ces grandes figures des non-alignés, défenseurs des opprimés à l'ONU, mais pratiquant une politique autoritaire dans son pays. Depuis le coup d'Etat en 1965, l'Algérie était en effet dirigée d'une main de fer par cet ancien officier de l'ALN. Arabisation forcée, liquidation des rivaux du FLN, corruption, socialisme étatique et nationalisations massives. Même les anciennes figures du FLN comme le Commandant Azzedine ou Hocine Aït Ahmed s'insurgeaient contre la confiscation de l'indépendance. Le communiste Benjamin Stora leur donna d'ailleurs la parole dans un reportage en 2002 « Algérie, été 1962, l'indépendance aux deux visages ». Je m'arrêterai là. Je ne parlerai pas plus longtemps de l'Algérie à la place des Algériens. Le mouvement des non-alignés ne faisait que poursuivre les luttes d'indépendance et le combat contre les puissances occidentales, mais surtout il était un courant au service de quelques grands noms qui cherchaient une place sur la scène internationale.

Notre désarmement intellectuel

La déclaration de La Havane de 1979, rédigée sous l'impulsion de Fidel Castro, avait pour objet « l’indépendance nationale, la souveraineté, l’intégrité territoriale et la sécurité des pays non-alignés dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme, et toute forme d’agression étrangère, d’occupation, de domination, d’interférence ou d’hégémonie de la part de grandes puissances ou de blocs politiques ». Une bonne part de cette doctrine s'est retrouvée dans le « tercerisme » des mouvances nationalistes révolutionnaires. Fort bien. Mais quid du racisme et des discriminations qui sont, dans l'esprit des pays non-alignés et de leurs militants en Europe, forcément le fait des Occidentaux ? Le mouvement des non-alignés a très largement influencé la gauche hors PCF. Nous chasser de leurs territoires, violer nos femmes, éviscérer nos enfants, cela n'avait pas suffit. Il fallait continuer l'effort de guerre par la séduction de l'opinion. « Le parti intellectuel » dont parlait Dominique Venner, composé entre autres de catholiques de gauche et de marxistes, avait été séduit par les fellagas, comme il a toujours été séduit par cette figure romantique des révolutionnaires indigènes : le Che ou les Vietcongs par exemple.

C'est en mai 68 que la jeunesse de gauche radicale, peu séduite pas la bureaucratie de l'URSS et de ses relais du PCF se prendra de passion pour les luttes du tiers-monde et en particulier le Vietnam d'Ho-Chi-Minh. Des étudiants hirsutes allaient se mêler à d'anciens porteurs de valise du FLN dans leur fascination pour ces figures de l'indépendance qui diffusaient un discours de lutte contre les puissances occidentales. Le « parti intellectuel » allait donc poursuivre sa basse besogne : culpabiliser les Européens. C'est donc depuis la guerre d'Algérie, et d'une manière générale depuis la décolonisation, que le champ libre a été donné à tous ceux qui nous jugent « coupables » d'avoir « opprimé » les autres. Et peu importe si en Algérie, ce sont des « petites gens » et des harkis fidèles à la France qui ont fini démembrés dans des flaques de sang. Et peu importe si aujourd'hui c'est la Chine officiellement communiste qui pille l'Afrique. L'Algérie a porté en elle une nouvelle ère : la lutte des classes n'oppose plus désormais les bourgeois et les prolétaires d'une même nation. Elle oppose désormais les « pauvres » et les « riches » à l'échelle mondiale. Et même si les chefs des pauvres vivent dans des palais, ils sont du bon côté de la barrière : avec les opprimés.

L'occidental, figure du mal

L'occidental est la figure du mal alors que le « pauvre du tiers-monde » est une figure rédemptrice. Ces visages bigarrés, ces combattants héroïques ont une cause, alors que l'Occident lui, n'en a plus. Et parce qu'ils ont une cause, des croyances, alors ils sont plus dignes d'intérêt que l'Occidental moyen. Pourtant les germes du pan-islamisme étaient déjà là dans le pan-arabisme d'un Boumediene et autres « non-alignés ». C'est débarrassés des derniers oripeaux de l'Europe - le nationalisme et le socialisme – qu'émergent les Frères Musulmans ou un mutant comme l'Etat islamique. On pourra toujours chercher la main invisible des « Occidentaux », des universitaires s'accordent à dire que l'EI progresse sur les cendres des échecs du baassisme. En détruisant symboliquement la ligne Sykes-Picot, l'EI a porté un message jusqu'au cœur du monde arabo-musulman : là où les chefs de l’indépendance ont échoué, eux réussiront. Parce que le « nationalisme arabe » replacé sur le temps long historique n'était dans de nombreux états – sauf peut-être en Syrie et en Egypte – que le retour dans l'histoire des peuples arabo-musulmans. Après l'effondrement ottoman, il y aura eu l'effondrement européen. Soviétiques et Américains sont parvenus à geler la situation jusque dans les années 80. Mais c'est peu à peu, et a fortiori depuis le début des années 1990 que s'effectuent le retour de l'histoire et le retour des civilisations.

Derrière les discours séduisants de tant de chefs d'Etat « non-alignés » se niche un ressentiment contre l'Occident, c'est à dire, dans leur esprit, du blanc, comme l’atteste l'Afrique du Sud de l'ANC, où la lutte communiste a laissé place à une guerre ethnique. C'est l'Européen ou le descendant d'Européens qui est le coupable à abattre. A l'heure de l’hyper-classe globalisée, c'est toujours le fermier blanc qu'on assassine quand bien même l'Afrique connaît de plus en plus de milliardaires. Jugez-en vous même, le nigérian Aliko Dangote a une fortune personnelle équivalente au PIB de la Guinée. Profitant de l'explosion urbaine au Nigeria, sa société de cimenterie sera bientôt une des plus importante du monde. Vous en avez déjà entendu parler ? Bien sur que non. Car en vertu de la propagande des fameux « non-alignés » sur la propriété de la terre et des ressources, l'exploiteur, le riche, c'est forcément le Blanc, l'Occidental. Le Grand remplacement qui s'annonce n'est que la suite de ce mouvement de décolonisation du tiers-monde : la démographie en Algérie comme en Afrique du sud était en défaveur des blancs. Elle l'est aujourd'hui sur notre territoire. Les réseaux qui luttent contre le « neo-malthusianisme » sont d'ailleurs soutenus par les catholiques tiers-mondistes et les islamistes. Le contrôle des naissances dans le tiers-monde ? N'y pensez même pas ! Là où les Occidentaux s'efforcent d'imposer la planification des naissances, les imams appellent à rejeter cette forme de « néo-colonialisme » qui s'oppose aux enseignements de l'islam. En réponse à l'islam, mais aussi à un occident oscillant entre « nihilisme » post-moderne libéral-libertaire et écologie anti-nataliste, les catholiques tiers-mondistes défendent la natalité. C'est en partie un des objets de l'Encyclique du Pape argentin, Laudato Si qui poursuit sur ce point Caritas In Veritate de Benoit XVI***. Cela explique bien des choses quant à la défense du « migrant » originaire du tiers-monde...

Big Other dans le camp national

« Ce qui venait de l'adversaire était estimable et digne d'éloge. La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin. » Oserais-je dire que cette idée a fait du chemin jusque chez les anciens compagnons de route de Dominique Venner ? C'est peut-être en effet une posture toute girardienne qui s'est emparée de certains. Pourquoi girardienne ? Car je crois déceler une forme de rivalité mimétique. On finit trop souvent par ressembler à celui qu'on combat et qu'on a longtemps combattu... La lutte idéologique contre les intellectuels marxistes a conduit une bonne partie de notre mouvement à s'enivrer comme eux des déclarations tonitruantes des chefs d'Etat « non-alignés » contre « l'Occident ». Le soutien quasi unanime aux « rebelles du Donbass » n'en étant qu'un énième avatar. Untel regardera avec tendresse l'Iran islamique, l'autre n'aura pas de mots assez dithyrambiques pour louer la révolution socialiste arabe de Kadhafi et le dernier chaussera ses espadrilles che guevaresques pour faire de Chavez un héraut de la lutte des identités ! Lorsqu'une poignée de jeunes européens tout juste sortie de l'enfance tombe à Maïdan, c'est à l'inverse d'un seul bond que tout le monde les cloue au pilori : Suppôts du sionisme ! De l'Occident ! Du Capital ! Houari Boumedienne ne renierait pas un tel galimatias...

La lecture de certaines publications proches de nous est édifiante : articles hagiographiques sur les différentes figures du « tiers-monde » ou défense d'un « bon islam » qui n'est pas soutenu « par les américano-sionistes », c'est tout le panel des « autres » qui est intégré au cœur même de ce qui furent nos rangs. Ne pas encenser les chefs d'Etat qui, à nos marges, « résistent aux Atlantistes » vous rend immédiatement suspect, refuser de rentrer dans des débats théologiques sur le « bon » et le « mauvais » islam, vous ravale dans la cour des thuriféraires des chocs des civilisations et exprimer une méfiance envers la Foi des peuples du tiers-monde n'est que le signe de votre « nihilisme » d'occidental. Même lorsque les « chefs d'Etat non-alignés » sont coupables d'avoir du sang européen sur les mains, nombreux sont ceux qui les encensent.

Le combat pour l'identité devient alors suspect et se retrouve dénaturé. L'identité n'est plus alors la défense d'un héritage et dans une perspective un peu plus existentialiste une projection de puissance d'un peuple sur un territoire. Le combat pour l'identité devient une simple défense de la langue ou de la « souveraineté » contre « l'uniformisation » et « l'impérialisme » initiés par le bloc anglo-américain. Quand elle n'est pas simplement perçue comme le produit d'une « ingénierie sociale » au service des intérêts capitalistes... Nous n'avons plus le droit d'affirmer notre volonté de puissance, sans quoi nous serions forcément obligés d'entrer en conflit avec les autres. Il faut éliminer le conflit avec les autres et considérer que « toutes les identités se valent », car, comme si cela ne suffisait pas, il a fallu aussi intégrer le relativisme post-moderniste dans notre boîte à idées. Tout se vaut ! La lutte d'un identitaire à Paris, d'un bolivariste à Caracas, d'un gardien de la Révolution à Téhéran et d'un jeune du Hamas à Gaza. Il faut « doubler la gauche sur sa gauche » en étant encore plus socialiste, plus pro-palestinien, plus pro-ceci ou anti-cela qu'elle ! Il faut montrer patte blanche, ou plutôt, patte rouge. Le Maïdan et les bombardements sur Gaza ? C'est pareil ! Faisons fi de la nuance et de nos intérêts en tant que civilisation.

Pour une critique positive

La figure de « Big Other » s'est imposée dans le camp national et identitaire, sur la longue route pavée de nos échecs et de nos désespoirs. Selon certains et comme au temps de la guerre froide, notre salut viendra des Russes, des Iraniens ou des Arabes. C'est une certitude ! Et si des nationalistes prennent les armes, c'est forcément parce qu'ils sont soutenus par les Etats-Unis ! Aucun doute ! Car si nous n'arrivons à rien, ce n'est pas de notre faute, mais d'un « Système » qui nous écrase. Alors quand certains obtiennent quelques menus succès, comme à Mariupol, c'est forcément louche. «  La valorisation de l'autre par la dévaluation de soi, l'idée fera du chemin » écrivait donc Dominique Venner. C'est exactement ce qui se passe en Ukraine où les nationalistes ukrainiens qui se réfèrent aux corps-francs allemands, à Junger ou au Coeur Rebelle – qu'ils ont encore honoré cette année dans un silence de cathédrale de la mouvance nationale française - sont honnis, là où les forces eurasiatiques bardées de breloques soviétiques sont encensées.

Ainsi à l'heure où l'ultra-gauche fait peau neuve et s'adapte au monde post-guerre froide de la mondialisation néo-libérale et où le monde arabo-musulman se débarrasse de ses derniers oripeaux occidentaux au profit d'un islam régénéré, nous devrions avoir d'autres objectifs que de récupérer le flambeau de luttes éculées oscillant entre panarabisme et théologie de la libération latino-américaine. L'histoire européenne est suffisamment riche en modèles et en idées pour que n'allions pas chercher dans je ne sais quel livre vert les sources de notre renaissance. Quitte à puiser à l'ultra-gauche, autant fouiner chez les post-situationnistes, les écologistes et les anarchistes qui ont compris que les luttes actuelles concernent d'abord et avant tout le territoire et l'échelon local. Qu'avons nous à gagner à puiser chez ceux qui veulent, in fine, notre disparition ? Chez ceux dont l'horizon indépassable de l'économie est la « nationalisation » des matières premières ? A l'heure de l'écologie radicale, cela pose question. L'intégralité des pays d'Afrique tropicale, dont la démographie galopante est un problème pour l'Europe, appartiennent au mouvement des non-alignés. Pensez-vous vraiment que ces Etats se soucient de nos intérêts vitaux d'Européens ? Si nous acceptons que la question centrale est le territoire et par extension la pérennité du peuple qui habite le territoire, alors il faudra admettre que les idéologies servent souvent de prétexte à la lutte pour les territoires que se livrent les peuples. Les idéologies n'ont pas véritablement d'importance capitale, elles sont souvent cosmétiques. Ce qui compte surtout dans l'histoire, c'est la dynamique d'un peuple souhaitant défendre ou conquérir un territoire au détriment d'un autre peuple. Il ne faut donc pas voir seulement dans le non-alignement une lutte « idéologique » contre « l'impérialisme capitaliste occidental » mais aussi une lutte des peuples du « tiers-monde » contre les peuples Européens et leurs descendants.

Le « non-alignement » était en grande partie une arme  au service du « tiers-monde » et de ses dirigeants emblématiques. Une arme efficace qui a massivement séduite les intellectuels gauchistes mais aussi ceux qui tentèrent par chez nous l'émergence d'une troisième voie. Voila une des racines de Big Other. Notre principal problème est donc que nous avons été dépossédés de l'Occident. L'Occident, ce n'est plus ce monde hérité de la Grèce, de Rome, qui a été christianisé, qui a connu l'humanisme et les grandes « idées » de l'ère moderne, c'est le vide post-moderne et l'universalisme abstrait, c'est un certain christianisme devenu fou, sans racine et sans Dieu. Ce sont les mêmes qui ont encensé toutes les luttes indigénistes qui ont vidé l'Europe de sa substance. Le tragique de l'idéologie Big Other, c'est qu'elle n'épargne personne, même pas ceux qui la combattent. Car elle est, de façon ironique, profondément occidentale.

La solidarité internationale, c'est très bien, mais pas si elle passe avant la défense de l'Europe et des Européens.

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

* p. 67 de l'édition de 2014

** le terme d'islamophobie qui s'est imposé en France doit d'ailleurs beaucoup à la révolution islamique d'Iran qui fascina une partie de la gauche.

*** cela explique nos précautions quant à la revue d'écologie intégrale Limite.

Première publication : le 2 juin 2016

25/11/2016

La déterritorialisation, vraiment ?

La déterritorialisation, vraiment ?

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Il est devenu fréquent de lire dans les différents ouvrages et articles critiques de la mondialisation que cette dernière conduirait à une « déterritorialisation ». Dans son ouvrage Au nom du peuple, Patrick Buisson écrit par exemple ceci : « Contre la mondialisation, quintessence du non lieu, qui pousse à la déterritorialisation et au délestage des attaches symboliques, le peuple des laissés-pour-compte plébiscite le lieu comme première composante du lien. Le village coutumier contre le village planétaire. Être, c'est habiter... Le bonheur est dans le pré, pas dans le terrain-vague ni dans la ville-monde. »

Si on comprend parfaitement où veut en venir l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, ce qui est le principal me direz-vous, ce passage pose question. L'emploi du terme « déterritorialisation » est en effet maladroit.

Le terme de « déterritorialisation » nous vient des philosophes post-modernistes Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leur trilogie « Capitalisme et schizophrénie » : Anti-Œdipe, Mille Plateaux, et Qu’est-ce que la philosophie ?. Il s'agit d'un phénomène qui conduit un territoire, un objet, à perdre son usage conventionnel ou premier. Ce phénomène s'accompagne d'un processus de reterritorialisation qui redonne un usage à l'espace, au territoire ou à l'objet. Pour les post-modernes, cela pouvait favoriser le détournement, par l'art, de l'objet ou du support.

Dans la mondialisation, il n'y a donc pas tant « déterritorialisation » que reterritorialisation. Le non-lieu n'est pas une absence de lieu ou de territoire, mais une représentation particulière du lieu et du territoire. Un lieu qui aurait perdu son caractère « traditionnel » au profit d'une approche fonctionnaliste pure devient peut-être un « non lieu » sociologique ou philosophique mais il ne s'agit pas d'un « non territoire » ou d'un « non lieu » géographique.

Qu'est-ce qu'un territoire ?

Le Dictionnaire de l'espace et des sociétés de Jacques Lévy et Michel Lussault qui est un peu la Bible des géographes hexagonaux, rappelle que le terme de territoire n'est véritablement employé dans la géographie francophone de façon officielle que depuis 1982. L'auteur de l'article, J. Lévy donne neuf définitions et usages du terme territoire.

  • Le terme « espace » est préféré au terme territoire.
  • Espace et territoire se confondent mais territoire apparaît plus opérant.
  • Le territoire est un synonyme de lieu et se réfère le plus souvent à une spécificité locale.
  • Le territoire « épistémologique » où, sortant du concept, le territoire désigne un espace socialisé. On distingue alors le réel, du discours qu'on produit autour de celui-ci.
  • Le territoire comme espace contrôle-borné. Cette définition renvoie à celle du territoire national avec son Etat et ses frontières.
  • Le territoire au sens de l'éthologie, en lien avec l'animalité. On distingue les espèces « grégaires », protégées par le groupe, des espèces « territoriales », protégées par leur contrôle d'un espace.
  • Le territoire comme un espace « approprié ».
  • Le territoire se distingue ici du « milieu » naturaliste de Lamarck puis de l'espace émanant du spatialisme cartésien géométrique. Le territoire est caractérisé par les effets, abordés sous l'angle de la géographie, de l'identité des individus et des sociétés.
  • Après une critique des huit définitions et usages précédents, J. Lévy définit le territoire comme « un espace à métrique topographique ». Celle-ci a la mérite de s'opposer, d'après les auteurs, à une autre grande famille de métrique, les réseaux.

Lorsqu'on parle de déterritorialisation, on passerait donc selon la neuvième définition du territoire au réseau. Mais on comprend bien que l'ensemble des autres définitions nous permet de nuancer l'usage abusif du terme de « déterritorialisation ». Pour ne pas prendre le sujet à l'envers, on peut déceler, chez beaucoup d'auteurs, une approche de ce concept essentiellement centrée sur l'affaiblissement des Etats-nations. Il y aurait donc « déterritorialisation » car le territoire n'est pas, ou n'est plus, cet Etat-nation borné par des frontières, contrôlant les flux entrant et sortant. C'est une vision trop rapide du phénomène car l'appropriation de l'espace par un groupe humain, que les post-modernes appelleraient la reterritorialisation, ne fait que produire une autre approche, une autre définition, du territoire. En ce sens la privatisation par des entreprises d'une partie du territoire national ne signifie pas la fin du ou des territoire(s), elle signifie simplement que l'on passe d'un usage du territoire à un autre. Par ailleurs le territoire ne peut-être limité au local, qui n’est qu’une définition du territoire parmi d’autres, quand bien même le local, que la population fréquente, habite et s’approprie quotidiennement, peut sembler être le territoire par excellence car il est un « espace vécu » pour reprendre l'expression d'Armand Frémont (au sujet de la région).

A la suite de l'article de J. Lévy, Bernard Debarbieux donne quand à lui la définition suivante : « Agencement de ressources matérielles et symboliques capable de structurer les conditions pratiques de l'existence d'un individu ou d'un collectif social et d'informer en retour cet individu et ce collectif sur sa propre identité. » Le territoire a donc un lien avec les ressources, la reproduction, l'ordre social et l'identité. Jean-Paul Ferrier propose enfin la définition suivante : « Toute portion humanisée de la surface terrestre ». Selon cette définition, territorialisation et humanisation vont de concert selon une approche nature-culture.

Guy Di Méo proposait en 1996 dans Les territoires du quotidien une définition qui pourrait apparaître comme dépassée et incomplète mais qui conserve pourtant une grande pertinence : « Le territoire est une appropriation à la fois économique, idéologique et politique (sociale, donc) de l'espace par des groupes qui se donnent une représentation particulière d'eux-mêmes, de leur histoire. » Cette définition appuie encore ici notre développement : il y a territoire à partir du moment où il y a appropriation par un groupe humain. Les « quartiers sensibles » sont pleinement des territoires au sens du géographe, et Michel Lussault le démontre assez bien dans son ouvrage De la lutte des classes à la lutte des places. La City de Londres est également un territoire à part entière, même si on peut en avoir une représentation négative.

L'emploi abusif du terme « déterritorialisation » est donc une erreur conceptuelle car la mondialisation ne déterritorialise pas. Couplée à l'explosion démographique, elle a plutôt tendance à « territorialiser » de nouveaux espaces par un phénomène d'anthropisation. Les front pionniers, qu'ils soient forestiers ou maritimes, en sont des exemples. La mondialisation produit de nouveaux territoires et elle change la nature de certains autres dans le cadre d'une mutation globale des systèmes productifs. Les phénomènes d'urbanisation, de métropolisation ou de littoralisation produisent des territoires et des manières d'habiter qui diffèrent des générations précédentes mais il n'y a là dedans aucune déterritorialisation. Il y a plutôt une forte fragmentation et spécialisation spatiale. J. Lévy écrit d'ailleurs que « La mondialisation redessine la carte des lieux ».

La mondialisation n'est pas hors sol. Le renforcement du numérique n'y change rien. Il a même favorisé un phénomène de concentration de la population et des activités dans les métropoles car le tertiaire nécessite un environnement urbain. Saskia Sassen notait dans un article : « La ville globale : Éléments pour une lecture de Paris » que la plupart des analyses omettent les infrastructures. Pourtant, comme l'a très bien théorisé le Comité Invisible, le pouvoir réside dans les infrastructures. Le capitalisme financier a besoin de lieux et de territoires : les lieux de commandement dans les quartiers d'affaire des grandes métropoles (comme la City), les lieux où on produit de l'énergie (centrales nucléaires, centrales thermiques, raffinerie de pétrole, champs d'éoliennes, ….), les lieux où sont construit les infrastructures de transport : la gare TGV ou l'aéroport. Laurent Carroué dans La planète financière, Capital, pouvoirs, espace et territoires ne dit pas autre chose : « Loin d'être désincarnée, la mondialisation financière place les territoires et les dynamiques au cœur des enjeux sociaux, géoéconomiques et géopolitiques. »

De quoi la « déterritorialisation » est-elle le nom ?

Ce terme, qui renvoyait à la philosophie mais qu'on applique désormais à la géographie, est donc souvent employé en lieu et place de « déracinement ». Les sociétés contemporaines sont « déracinées » mais elles ne sont pas « déterritorialisées ». Or le déracinement doit plutôt être étudié sous un angle anthropologique plutôt que strictement géographique. Espaces et territoires sont modelés par ces bouleversements anthropologiques mais ils ne peuvent pas cesser d'exister.

Il faudrait distinguer de fait la mondialisation, qui est un phénomène complexe qui puise ses racines dans l'histoire (Christian Grataloup, Géohistoire de la mondialisation) et ne peut se résumer à la mondialisation néo-libérale des 30 dernières années, et la question des techniques, au final beaucoup plus vaste.

Jacques Lévy rappelle que la mondialisation est d'abord un changement d'échelle. C'est l'étude à l'échelle mondiale des grands phénomènes géographiques, des échanges économiques et des relations entre Etats. En ce sens, et pour paraphraser Michel Lussault, la mondialisation est « l'avènement du monde », c'est à dire que le « le monde est devenu le Monde ». Mais cet avènement n'a été possible que par les progrès techniques. Pour Olivier Dollfus, qui parle de « système-monde » dès 1984 avant d’utiliser ce terme de mondialisation : « La mondialisation, c'est l'échange généralisé entre les différentes parties de la planète, l'espace mondial étant alors l'espace de transaction de l'humanité ». La mondialisation traduit d'abord l'anthropisation. Olivier Dollfus distinguait le « système-Terre » du « système-Monde ». Le premier pouvant se passer de l'homme alors que le second est lié aux sociétés humaines. Christian Grataloup estime que « Le Monde, ce sont les hommes sur la terre et reliés entre eux ; mais certains le sont beaucoup moins que d'autres. »

Le « système-monde » tient son origine probable au sein des marges de l'Eurasie. Chinois, Japonais ou Portugais s'aventurent sur les mers. Pourquoi ? Il serait beaucoup trop long et complexe de traiter de ce sujet ici, mais, pour simplifier, et en mettant pour le moment de côté l'Amérique, le cœur du monde est essentiellement au Proche-Orient qui est un carrefour entre trois continents. Si les Européens ou les Asiatiques ont cherché à prendre la mer, c'est en partie pour contourner l'Orient islamique. L'impossibilité des Chinois et des Japonais à trouver une échappatoire va donc causer leur recul. Ils étaient isolés. La Chine se ferme autour de 1500 et le Japon sort de la féodalité à la fin du XIXeme siècle. L'Amérique a été, à bien des égards, source d'espoirs et des malheurs pour l'Europe mais sans la domination de de « nouveau monde » qui ne porte pas ce nom là par hasard, il eu été probable que l'Europe décline et soit soumise. Cette réalité, on la lit fort peu chez les défenseurs du « nomos de la Terre ». Ce sont les hommes forgés par la Reconquista, au Portugal, comme en Espagne, qui vont prendre la mer au XVeme et au XVIeme siècle. Il s'agit alors tout simplement de survie. Si les Européens n'avaient pas su s'attaquer à l'Atlantique, ils auraient été coincés entre cet océan et le monde islamique qui, contrôlant le sud de la Méditerranée, le commerce d'esclaves, la route de la soie et des épices aurait fini par nous étouffer et nous dominer. Mais c'est aussi cette ouverture Atlantique, vers l'Amérique qui impulse véritablement la mondialisation.

Si la mondialisation peut passer comme l'apogée d'une économie dérégulée, elle fut donc dans un premier temps une convergence progressive des économies nationales au sein d'une « économie-monde » comme l'écrivait Fernand Braudel. Ceux-ci ont vu dans l'ouverture économique et l'accroissement des échanges des facteurs de puissance, dès l'époque des Grandes Découvertes. En France l'Etat a été un puissant facteur de déracinement, y compris sous la présidence du Général de Gaulle. Comme nous l'avions déjà expliqué ici (http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2015/08/0...) Le rapport du groupe 1985, composé de haut fonctionnaires, d'experts et de techniciens prévoyait l'augmentation des mobilités et l'avènement du nomadisme : « Si les techniques de l'automobile et du chemin de fer paraissent avoir atteint le stade de la maturité, où peu d'innovations spectaculaires sont à prévoir, il n'en est pas de même pour les transports aériens, et on doit s'attendre à l'apparition de nouvelles techniques. Le résultat sera une mobilité qui, au moins pour certains individus, confinera à l'ubiquité. Cette mobilité n'est pas un fait exceptionnel : les sociétés nomades étaient caractérisées par une mobilité extrême au regard de laquelle l'actuelle mobilité des Américains du Nord ne paraît pas sans précédent ; c'est plutôt la vie sédentaire, liée d'abord aux activités agricoles et plus tard aux lourds investissements fixes de la société industrielle qui peut paraître surprenante. » dans Groupe 1985, Réflexions pour 1985, Paris, La Documentation française, 1964

Si nous sommes déracinés, c'est d'abord en raison des techniques et des technologies en particulier les transports, le numérique et l'accroissement de la vitesse qui concerne l'ensemble de notre existence, de la vitesse de nos véhicules à la vitesse d'envoi d'un courriel. Une abondante littérature peut aller dans ce sens, on mentionnera évidemment pour la réflexion sur la vitesse à Vitesse et politique, essai de dromologie, publié en 1977 par le philosophe et urbaniste Paul Virilio. On songera aussi, même si plus ancien, à La France contre les Robots, de Georges Bernanos, que nous avions chroniqué ou évidemment au Système technicien de Jacques Ellul.

On aurait tort donc de ne s'en tenir uniquement à des aspects économiques. Au même titre que Saskia Sassen pointait l'oubli des infrastructures chez de nombreux analystes, on note souvent l'oubli des techniques. La technique n'est pas neutre et c'est par les progrès techniques que les sociétés humaines se retrouvent bouleversées. Bien que son livre soit un plaidoyer vegan et pro-théorie du genre soutenue par une philosophie déconstructiviste, Sapiens de l'historien israélien Yuval Noah Harari, traduit en près de 30 langues, explique remarquablement bien comment la révolution néolithique a bouleversée non seulement l'humanité, mais aussi la planète.

Revenons en aux géographes français, et plus particulièrement à Roger Brunet. Il définissait le « système-monde » de cette façon en 1992 : « le Monde vu comme un système, tel qu'aucun de ses points n'apparaît plus comme isolé, que l'information circule vite et même quasi instantanément autour du globe, que tous les lieux sont plus ou moins interdépendants, que les décisions d'un Etat ou d'une entreprise sont susceptibles d'avoir des répercutions lointaines, et qu'il est indispensable de prendre conscience de cette solidarité de fait. »

La définition de Roger Brunet mentionne l'isolement. Alors que les Européens ont fait basculer le centre du monde de l'Orient vers l'Atlantique, les peuples d'extrême-orient se sont retrouvés isolés. Leur retour progressif dans le Monde vient donc du basculement progressif vers le Pacifique de l'économie mondiale. Mais il leur aura fallu cinq siècles. L'autre élément important de la définition de Roger Brunet est la vitesse de circulation de l'information. La vitesse et le numérique qui favorisent la mondialisation actuelle peuvent apparaître comme une « nouvelle révolution néolithique » au sens où il y a bouleversement total des sociétés. Et si les sédentaires y voient une « déterritorialisation » c'est parce qu'ils assimilent le territoire à la sédentarité. Ce qui est une erreur. Les nomades aussi habitent sur des territoires, sur les « grands espaces » tant vantés par la géographie des pan-idées : panslavisme, pangermanisme, pan africanisme... Le déracinement n'est pourtant pas le nomadisme au sens des « peuples nomades » car il est marqué par une forte discontinuité territoriale et des mobilités accentuées par la vitesse. Le nomade n'avait pas les moyens d'abolir la distance, l'homme mondialisé peut d'une certaine manière abolir la distance. Il raisonne d'abord en terme de temps.

Là aussi, comme nous l'avions déjà rapporté, le Groupe 1985 avait été visionnaire et écrivait en 1964 :

« Et alors que la notion de distance est actuellement la plus utilisée pour traiter de ce sujet, c'est en fait une fonction du temps passé, du confort et du prix qui sera sans doute, et à juste titre, de plus en plus souvent mise en jeu dans l'avenir : qu'il soit possible d'aller d'un bureau grenoblois à un bureau parisien en deux heures, pour cent francs, dans un bon siège, et la vie de la province sera changée ; point n'est besoin de savoir quelle sera la part de l'avion de l'automobile ou de l'aérotrain là-dedans — ni de penser aux 600 kilomètres qui séparent les deux villes, et qui seront toujours 600 kilomètres. On peut imaginer, par exemple, qu'en supposant un confort convenable — et indispensable — trois ordres de temps de voyage pourront être considérés : — inférieur à une demi-heure, qui peut être accepté deux fois par jour (habitat - travail) — inférieur à deux heures, qui peut être admis une fois par semaine ; — de l'ordre d'une nuit, plus exceptionnel. »

L'économie dont nous parlons actuellement doit beaucoup à la vitesse et aux techniques. Nous produisons des objets qui nous permettent de « gagner du temps », les micro-ondes ou les machines à laver, mais aussi d'être connectés avec nos ordinateurs ou nos téléphones portables. Ajoutons à cela, même si cela concerne plutôt d'autres pays, la production de voitures. Et si la Chine est intégrée à la mondialisation, c'est bien pour nous permettre d'aller plus vite, d'être connectés et de gagner du temps.

Il n'y a donc pas ici « déterritorialisation » car il y a tout au contraire un aménagement très important du territoire : usines, routes, quartiers pavillonnaires, centres d'affaire, centre commerciaux. Le déracinement va de paire avec l'aménagement du territoire donc avec la territorialisation. C'est parce qu'on a aménagé nos territoires, pour les rendre plus productifs, que des milliers d'enfants de paysans se sont retrouvés dans les usines et les bureaux en France. En effet rappelez vous qu'une des définitions de territoire est « toute portion humanisée de la surface terrestre ». Quoi de plus humanisé qu'une métropole ? Et pourtant quoi de plus déraciné qu'un habitant de cette métropole ?

Pour qu'il y ait véritablement déterritorialisation géographique, il faudrait qu'il y ait un phénomène de reflux de l'œkoumène. Si la mondialisation est « l'avènement du Monde »  et va donc de paire avec une extension de œkoumène, alors la déterritorialisation devrait être comprise comme le phénomène contraire. Le déracinement doit beaucoup plus aux évolutions techniques qu'à la mondialisation stricto sensu et l'évolution de la mondialisation sous sa forme actuelle est corrélée aux progrès techniques.

Peut-on de fait « démondialiser » uniquement en restaurant les frontières nationales ? Rien n'est moins sur. La simple restauration des frontières nationales nous conduira surtout à revenir au fonctionnement économique avant le tournant des années 70/80 mais cela n'influera que peu sur les habitants. La mondialisation, dès l'origine, est corrélée au capitalisme, y compris national, donc à la société produite par le capitalisme. En France, on estime que la population est urbanisée à 82% et qu'elle est sous influence urbaine jusqu'à près de 95% ! Tout retour en arrière paraît donc utopique en l'état. La population ne veut pas tant revenir au village coutumier que lutter contre son déclassement. La norme sociale de l'après-guerre, c'est la famille des Trente glorieuses, pas le paysan-paroissien dans son village.

Jean/C.N.C.

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24/11/2016

Chronique de livre : Erik L'Homme, Des pas dans la neige

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Erik L'Homme, Des pas dans la neige (Gallimard)

Gallimard jeunesse vient de publier une nouvelle édition de l'ouvrage d'Erik l'Homme, Des pas dans la neige. L'occasion de se replonger dans ce roman d'aventure qui détonne dans la bibliographie de son auteur.

Erik L'Homme s'est spécialisé dans la littérature jeunesse et a publié en particulier Le livre des étoiles, un succès de librairie vendu à plus de 600000 exemplaires, primé au Festival de géographie de Saint-Dié-les-Vosges et traduit en plusieurs langues. Son récit au Pakistan n'est pas, à l'inverse de ses autres publications, à classer dans le fantastique, bien que le moteur de l'histoire mobilise une créature imaginaire : l'homme sauvage.

Erik, son frère Yannick, photographe, et leur ami Jordi Magraner (aujourd'hui décédé), s'envolent il y a une vingtaine d'années à la recherche de l'homme sauvage. Celui-ci serait un hominidé autre que Sapiens et qui n'aurait pas connu notre évolution. On le retrouve dans le mythe du Yéti ou en Amérique du nord de « Big foot » mais il ne faut pas confondre le Yéti de Tintin et l'homme sauvage dont il est question ici, appelé barmanou par les Chitrali, une population du Pakistan avec laquelle l'auteur et ses acolytes vont nouer de nombreux contacts.

Le livre se dévore tellement il est passionnant. Je ne sais pas pour autant si il est tellement adapté aux jeunes lecteurs étant donné qu'Erik L'Homme décrit des territoires inconnus et s'autorise des digressions un peu complexes autant sur la géopolitique, la décroissance ou notre regard occidental sur le monde. Il sera assez adapté à des lycéens ou à des collégiens déjà éveillés. Les adultes ne s'ennuieront pas bien que certains critiques semblent trouver le récit un peu trop descriptif.

L'ouvrage nous rappelle d'emblée que « […] tout est affaire de regard, du regard qu'on porte sur le monde. » et c'est de cela dont il est question ici. D'une aventure qui peut paraître assez folle mais qui va pourtant permettre à nos trois protagonistes de découvrir qui ils sont. Ces trois Occidentaux, isolés dans des territoires hostiles, souvent à une haute altitude, à l'écart du confort moderne et confrontés à des populations aux langues, aux traditions et donc aux représentations très différentes nous adressent une leçon d'humilité. Loin de vanter un monde gris et sans âme, Des pas dans la neige nous narre un monde fragile où la diversité des cultures enracinées fait la richesse de notre planète. Une diversité souvent fragile et conflictuelle, en particulier en raison de l'islam. La survie du peuple Kalash par exemple, auquel Jordi Magraner va ensuite dédier sa vie avant d'être tué le 2 août 2002 par les talibans, se pose clairement dans l'ouvrage.

L'esprit qui anime les trois protagonistes nous rappellera Sylvain Tesson, c'est à dire ce type d'hommes qui vivent en marge de l'aventure. Comme l'écrit Erik L'Homme, « c'est aujourd'hui dans les marges, j'en suis persuadé, que se dissimulent les derniers hommes libres. ». Les chemins noirs de Tesson dans notre hexagone vont dans le même sens que les pas dans la neige d'Erik L'Homme.

Que sont ces pas ? Ceux d'un « homme sauvage » insaisissable, nous rappelant qu'au final, l'homme n'a pas simplement domestiqué la faune et la flore depuis le néolithique mais qu'il s'est domestiqué lui-même. Le barmanou, si il existe, mais les témoignages récoltés plaident en faveur de cette thèse un peu loufoque, incarne cette liberté sauvage des premiers hominidés. Nos plus lointaines origines, bien avant les impôts ou le recensement et plus encore avant les supermarchés et les bouchons sur les autoroutes. Cette quête est celle d'une liberté retrouvée, mais cette liberté a un prix : la fragilité de l'existence. Les conditions de vie difficile, l'absence de la médecine, se font ressentir et nos amis en sauront quelque chose.

L'ouvrage d'Erik L'Homme nous prouve qu'il est encore possible de faire des choix, de vivre une autre existence, une existence qui n'est accessible qu'à quelques uns. Mais l'ouvrage ne saurait se résumer à cela et il s'agit d'une enquête menée avec sérieux, notamment par Jordi Magraner. Ce dernier va d'ailleurs publier un mémoire, Les hominidés reliques d'Asie centrale (http://daruc.pagesperso-orange.fr/hominidesreliquesasiece...). Certains de ses croquis représentant le barmanou sont dans l'ouvrage. Le livre peut sonner comme un hommage à ce grand défenseur du peuple Kalash. Un peuple qui n'intéresse pas grand monde dans notre Occident pourtant si plein de bonnes âmes, toujours promptes à verser une larme pour les malheureux du « tiers-monde »...

On n'a pas de mal à deviner qu'il n'a pas du être facile pour Erik L'Homme de recomposer le puzzle de sa mémoire et de faire remonter à la surface les souvenirs enfouis, les bons comme les mauvais. Le récit est en tous les cas d'une grande cohérence, sans longueurs inutiles, sans apitoiement, sans moraline et avec une vraie dose de lucidité. La vie, la vraie, se forge dans l'épreuve, et dans toutes les aventures que nous pouvons traverser. Celles-ci démarrent souvent par un pas de côté et sont une affaire de regard. Il n'est peut-être pas nécessaire de partir au Pakistan pour vivre des aventures et être libre, mais il n'est pas possible de vivre des aventures et d'être libre si on regarde le monde en captif.

Jean/ C.N.C.

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23/11/2016

Le système de santé en Russie

Le système de santé en Russie

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François Fillon compte supprimer 500000 fonctionnaires, va-t-il viser la fonction publique hospitalière et s'inspirer du système de santé à deux vitesses de son "ami" Vladimir Poutine ?

Depuis 2010, l'assurance maladie est obligatoire. Mesure libérale si il en est, elle a permis de décharger l'état d'une partie des coûts de santé. Cependant, cette mesure n'a pas été suivie de réformes structurelles. L'espérance de vie stagne, ce qui, de l'aveu même de Poutine, est une "une honte". De fait, si les salaires de médecins (notamment dans l'oblast de Moscou) ont été revalorisé, cela ne s'est pas accompagné d'investissements sur l'équipement. Car dans ce domaine, comme dans d'autres, le régime Poutine a hérité des réformes de l'ère Eltsine. A-t-il changé la teneur de ces réformes ? Si la gratuité des soins médicaux subsiste et figure dans la Constitution, les prémices de son démantèlement apparaissent en 1998. Depuis, et à aucun moment, le processus n'a été remis en cause. Au contraire, il a été accéléré. Le programme de développement socio-économique datant de 2002 prévoyait une extension du secteur privé. A partir de 2005, l'accès aux médicaments gratuits a été supprimé pour une trentaine de millions de Russes. Les compensations, ridiculement basses, pourtant garanties par le gouvernement fédéral, s'élèvent à 8$ par personne et par mois...

La proportion de fonds publics qui sont alloués à la santé représente seulement 7% en 2014 du produit intérieur brut, contre 10% en Europe de l’Ouest, alors même que plusieurs problèmes prennent des proportions ahurissantes. A titre de comparaison, la France est à 11%, alors que des pays comme l'Equateur ou le Chili émargent dans les mêmes proportions que la Russie (source: http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SH.XPD.TOTL.ZS)

Si la consommation excessive d'alcool s'apparente à un suicide à petit feu, un autre problème sanitaire atteint une ampleur inquiétante: les morts du Sida. On meurt 40 fois plus du sida en Russie qu'en France, pour une population 2,1 fois supérieur. Environ 1 millions de personnes sont touchées par la maladie (source: http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SH.XPD.TOTL.ZS). Évidemment, cela reste des données officielles... Pourquoi une telle épidémie alors que le Sida recule dans la majeure partie des pays développés ? Tout simplement à cause de la toxicomanie et les pratiques sexuelles à risque.

Car oui, en Russie, l'avortement est un moyen de contraception normal, au contraire du préservatif, avec tous les risques que cela implique. En effet, la Russie est l'un des pays les plus libéraux en la matière, on y avorte 2 fois plus qu'aux Etats-Unis !! (source: https://fr.rbth.com/chroniques/2013/03/29/les_femmes_russ...). Sur 1000 femmes en âge de procréer, on compte 50 avortements en Russie contre 20 aux Etats-Unis. Sur la toxicomanie, difficile d'avoir des chiffres fiables tant les autorités veulent minimiser le problème, mais nous pouvons apprendre dans un article de RBTH que 8 millions de russes subissent une cure de désintoxication chaque année (https://fr.rbth.com/ps/2013/03/14/la_mortalite_liee_aux_d...).

Sur ces deux problèmes, la Russie aurait besoin d'une politique réaliste et résolue, plutôt que de cacher ces problèmes sous le tapis. Problèmes qui, évidement, ont un impact important sur la démographie et l'économie du pays.

Oui le système de santé est sous tension. En témoigne les manifestations dans les différents hôpitaux en octobre 2015 que se sont bien gardés de relater Russia Today. Un programme de modernisation prévoyait en effet la suppression de 14000 postes... À Moscou seulement, près de 9500 employés médicaux ont perdu leur emploi en 2014. À l’échelle nationale, ce chiffre est estimé à environ 90.000 travailleurs. Encore une fois, l'impact sur la mortalité est conséquente, d’après la Chambre d’audit de la Fédération de Russie, 18.000 décès survenus à l’hôpital auraient un lien avec les réductions de personnel. Le ministère de la Santé a même proposé à un moment de créer des "médecins Skype" afin de remplacer les milliers de postes. En conséquence, les consultations ne durent que 5 minutes maximum par patient, alors qu'une consultation en gynécologie, n'excède pas 15 minutes, paperasserie comprise. (http://www.equaltimes.org/russie-medecins-et-patients-au?...)

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D’ailleurs, les élites ne s’y trompent pas. Lorsque la maitresse de Poutine doit accoucher, elle le fait en… Suisse. (https://www.letemps.ch/suisse/2015/03/13/dulcinee-vladimi...)

En conclusion, si la constitution russe garantit l'accès gratuit aux soins médicaux pour tous, dans les faits, on frise la galéjade. Il y a, en réalité, deux accès aux soins:

- les cliniques privées pour les classes supérieures

- les files d'attente et les hôpitaux vétustes pour les autres.

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Dans un pays où le salaire minimum est de 130€ par mois, réclamer la souscription à une assurance maladie est une gageure. L'objectif du programme de modernisation voulant porter l'espérance de vie à 75ans en 2020 semble un vœu pieu... D'un autre coté, une centaine milliardaires détiennent 30% du pays. On est loin de l'image d'anti-libéralisme... Nombreux sont ceux qui vont se faire soigner à l'étranger, comme les retraités qui travaillent pour payer leurs traitement. Est-ce ce genre de modèle que l'on veut vraiment? Il n'est pas question de l'OTAN, des Etats-Unis et de géopolitique ici....

Ben / C.N.C.

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Note : l'auteur de l'article, Français, a vécu en Russie et en Ukraine.

20/11/2016

La Grèce attaquée !

La Grèce attaquée !

grèce attroupement.jpgCes derniers jours nous avons assisté à de véritables scènes de guerre ethnique dans les îles grecques de l'est de la mer Égée et notamment celle de Chios qui voit, depuis presque déjà deux ans, arriver sur son sol des milliers de clandestins musulmans originaires de plusieurs pays d'Afrique et d'Asie (pour seulement une infime minorité de Syriens ou Irakiens, eux-mêmes de sexe masculin et de religion musulmane dans leur grande majorité). Même si ce n'est pas la première fois que les prétendus réfugiés se livrent à des actes de vandalisme, cette fois-ci les épisodes ont pris une tournure particulièrement violente avec des agressions répétées de leur part contre les maisons et les propriétés des habitants, au cri de ralliement désormais incontournable et sans ambiguïté d'Allâhu Akbar!

Depuis l'éclatement de la crise migratoire et le déferlement de nouvelles masses de ressortissants du « Tiers monde », et surtout de sa partie musulmane, sur l'Europe, les habitants des jolies îles grecques, lieux de vacances favoris pour un grand nombre d'Européens chaque été, se trouvent confrontés à une sombre réalité qui dépasse toute imagination : arrivées quotidiennes d'embarcations de misère pleines de migrants qui finissent parqués dans des centres de rétention préparés à la hâte, émeutes ethniques récurrentes, dégradations matérielles, actes visant à intimider la population locale, scolarisation dans les établissements publics d'enfants de migrants n'ayant aucune notion de langue grecque. Ces dernières sont imposées par le gouvernement grec contre la volonté des parents d'élèves et malgré leurs protestations de plus en plus virulentes.

grèce feu.jpg

Il s'agit en réalité d'images tendant malheureusement à devenir aujourd'hui banales comme dans les autres pays euro-méditerranéens. Mais dans cette extrémité insulaire et maritime de l'Europe, aux faibles densités démographiques et à deux pas d'une Turquie en plein renouveau islamique, le séjour prolongé de nombreux groupes de migrants musulmans constitue une véritable bombe à retardement. Soutenus par une pléthore d'ONG aux financements souterrains et encouragés par les tièdes réactions du gouvernement gauchiste de SYRIZA, ces masses finiront trop ou tard par former de puissantes enclaves et une éventuelle réaction forte des populations autochtones risquerait d'entraîner une intervention turque qui prendrait comme prétexte la protection de "communautés musulmanes persécutées". Ce n'est certainement pas un hasard si, voici seulement un mois, Erdogan a remis en question les dispositions du traité de Lausanne qui détermine les lignes de partage frontalières entre les États grec et turc, afin d'évoquer la nécessité d'une récupération de territoires chrétiens et européens autrefois occupés par l'Empire ottoman, notamment des îles égéennes et la Macédoine grecque avec la ville de Thessalonique. Loin d'être de simples propos à destination interne ou servant à nourrir une surenchère de chauvinisme face à l'opposition kémaliste, les allégations d'Erdogan révèlent en fait l'existence d'une vraie stratégie expansionniste de la part de la nouvelle Turquie islamiste et éclairent sous un jour nouveau les évolutions concernant le déferlement migratoire sur l'Europe.

Il est encore peu connu en Europe de l'ouest que depuis des décennies la Turquie, administrations kémalistes comprises, poursuivait, et continue toujours à le faire, une politique provocatrice de violation systématique des eaux et de l'espace aérien helléniques à l'est de la mer Égée et qu'elle ne cesse de contester la souveraineté de la Grèce dans ces territoires qu'elle appelle improprement "zones grises". Étant donné le précédent de l'intervention militaire à Chypre en 1974 et l'occupation de la moitié environ de cette île historiquement et très majoritairement grecque, on pourrait craindre une réitération de cette démarche, en mer Égée cette fois, dans des conditions de crise migratoire aggravée et avec un État grec complément déliquescent à cause de la crise et de l'action dissolvante de la gauche au pouvoir. En 1990, le Président turc d'alors, islamiste modéré, Turgut Özal, avait dit à propos des différents de son pays avec la Grèce qu'il suffirait d'envoyer chez les Grecs "quelques deux millions de migrants" pour en finir avec eux; et à cette menace en passe actuellement de se concrétiser, on doit ajouter l'existence au nord-est de la Grèce (région de Thrace de l'ouest) ainsi que dans d'autres pays de la péninsule d'Aimos (nom antique de ce qu'on appelle aujourd'hui les Balkans) de minorités turco-musulmanes démographiquement prolifiques et prêtes à servir de cinquièmes colonnes à l'impérialisme néo-ottoman.

Un scénario de type Kosovo serait ainsi à craindre dans le sud-est de l'Europe, en attendant cette "partition", dont parle pour la France François Hollande, qui risque de survenir au cœur même du continent, dans d'innombrables endroits allogénisés et islamisés par des décennies d'inconscience et de dormition des Européens! La situation d'aujourd'hui ressemble à s'y méprendre à celle du XVe siècle: depuis cette époque lointaine, et pourtant par tant d'égards si proche, à aucun autre moment l'Europe n'a été si affaiblie, si désunie, si abaissée et jamais ses ennemis séculaires ne se sont montrés si arrogants, si agressifs et si sûrs d'eux.




Des clandestins algériens lancent des fusées éclairantes sur les maisons des riverains à Chios.


Des clandestins algériens incendient des propriétés à Chios.

Basile Cérialis / C.N.C.

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19/11/2016

La solidarité ukraino-polonaise a validé avec succès l'idée du nouveau nationalisme

La solidarité ukraino-polonaise a validé avec succès l'idée du nouveau nationalisme

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La marche annuelle  de l’indépendance polonaise (Marsz Niepodległości) a lieu traditionnellement le 11 novembre à Varsovie et dans tout le reste du pays, attirant des douzaines de nationalistes d’autres pays qui visitent la Pologne en tant que cœur battant de la volonté nationaliste pour tout le continent.
Les invités venus d’Ukraine ne faisaient pas exception cette année, en dépit de tensions ravivées entre les deux pays en raison de plaies mémorielles non refermées (les événements de Volhynie en 1943-NDT).
Les attaques variées s’en prenant aux symboles du globalisme moderne et du déni gauchiste de l’identité nationale, comme l’arc-en-ciel géant au centre de Varsovie ou l’ambassade russe, sont devenues la marque de fabrique de la marche de l’indépendance polonaise.
Cette année, certains ont fait une tentative d’enrichir cette liste avec une provocation anti-ukrainienne, qui est, au final tombée à l’eau du fait d’une saine et prompte réaction des nationalistes polonais sur le terrain.
Il n’a pas été surprenant d’apprendre que cette provocation avait été l’œuvre d’une organisation plutôt marginale, la Narodowa Wolna Polska (NWP) qui, dirigée par Damian Bienko, défend des positions clairement pro-Kremlin, soutient les pseudo-républiques séparatistes de la « LNR » et de la « DNR » dans l’est de l’Ukraine et collabore avec le parti polonais pro-Poutine « Zmiana ».
En mai 2016, le leader de ce dernier, Mateusz Piskorski, a été mis en détention par l’Agence de Sécurité Intérieure Polonaise sous l’accusation de collaboration avec les service de renseignements russes.
Il n’est pas moins évident que Moscou a un intérêt particulier à tout faire pour raviver des tensions ethniques entre Polonais et Ukrainiens et empêcher ces pays de s’allier dans le cadre de l’Intermarium.
Au cours du défilé festif, des membres du NWP ont commencé par fouler aux pieds un drapeau ukrainien avant de le brûler.
Par « une étrange coïncidence », plusieurs journalistes de télévision, présents sur les lieux, ont filmé la scène et la vidéo a été largement diffusée par les médiats ukrainiens et russes.
L’ambassade d’Ukraine a envoyé une note de protestation au gouvernement polonais qui a condamné les auteurs de ce geste.
Mais ce n’est pas la fin de l’histoire : de véritables nationalistes polonais sont venus au contact des organisateurs de cette action infâmante et les ont sommés de s’expliquer.
Sans réponse convaincante de la part des « agitateurs » anti-ukrainiens, les nationalistes ont décidé de leur donner une petite leçon.
Ainsi, les « activistes », se sont retrouvés dans une position horizontale imprévue sur les rives de la Vistule comme cela est expliqué dans une lettre envoyée aux médiats ukrainiens par des nationalistes autonomes polonais.
Dans celle-ci, il est précisé que les actions passées de Bienko, comme le fait de brûler un drapeau rouge et noir de l’UPA (Armée Insurrectionnelle Ukrainienne-NDT), ont provoqué de l’embarras et de la désapprobation, y compris dans les rangs des patriotes polonais ayant d’ordinaire une opinion tranchée sur la lutte des nationalistes ukrainiens.
Dans tous les cas, il est clair désormais que les droitistes chauvinistes et pro-Poutine, ceux qui, en particulier, essayent de créer la discorde entre Ukrainiens et Polonais lors des manifestations publiques, auront à assumer physiquement les conséquences de leurs actes.
De même également pour ceux qui répandent en ligne leurs calomnies anti-ukrainiennes.
Pour évoquer brièvement la préhistoire de cet incident, il est nécessaire de préciser que le Parlement polonais (Sejm) a adopté le 22 juillet 2016 une résolution visant à reconnaître le conflit ethnique en Volhynie pendant les années 40 en tant que génocide contre la population polonaise, perpétré par un symbole de la lutte de libération nationale ukrainienne, dirigé en premier lieu contre l’URSS, l’Organisation des Nationalistes Ukrainiens (OUN) et l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA), sans tenir compte du fait que des civils ont été tués des deux côtés, et principalement par des civils eux-mêmes.
Les Ukrainiens s’étaient rebellés contre les politiques anti-ukrainiennes des autorités polonaises sur les terres ethniquement ukrainiennes (polonisation et implantations de colons polonais notamment-NDT). Le NKVD soviétique avait déclenché des opérations anti-polonaises, mises ensuite sur le dos de « partisans ukrainiens », les organisations polonaises Armia Krajowa et Wolność i Niezawisłość avaient mené des actions conjointes avec l’UPA ukrainienne contre les Soviétiques.
Des ordres directs de tuer les Polonais rédigés par les leaders de l’OUN-UPA manquent à l’appel ou sont discutés par les historiens.
Personne ne se souvient de « l’opération polonaise » perpétrée par le NKVD en 1937-1938 contre la nation polonaise ( en fait, le nettoyage ethnique des populations polonaises au sein des républiques soviétique d’Ukraine et de Biélorussie, qui a débouché sur l’exécution de 111 000 personnes ) et ainsi de suite.
Il va sans dire que plusieurs nationaliste et patriotes ukrainiens ont requis une réaction symétrique de la part du gouvernement ukrainien, ce qui a seulement pour effet de perpétuer ce cercle vicieux.

C’est pourquoi le mouvement Azov, représenté à la fois au sein de la marche et à la conférence organisée la veille, le 10 novembre, par la communauté métapolitique « Niklot » a opté pour une autre stratégie, celle de la solidarité des mouvances néo-nationalistes.
Le parti politique « Corps National », créé sur les bases du Mouvement Azov, ne confond pas les questions de mémoire et de justice historique avec les impératifs relatifs à l’unité des nationalistes.
Il ne laissera pas les premières compromettre l’idéal d’une Europe unie et de sa première étape à l’est, l’Intermarium.

Vous pourrez entendre sur la vidéo la présentation des réalisations du régiment Azov et de l’ensemble du mouvement nationaliste ukrainien, par Vlad Kovaltchouk, un porte-parole prometteur qui s’est exprimé au nom du Mouvement Azov pendant la conférence. Son allocution avait été précédée par celle de Sébastien Manificat, qui exprimait le point de vue italien en tant que représentant bien connu de la CasaPound Italia.

La réaction des nationalistes polonais aux provocations anti-ukrainiennes durant la marche et leur connection rapide avec les médiats et les communautés nationalistes ukrainiennes démontrent que des conférences comme celle-là, ainsi que les actions de réconciliation polono-ukrainiennes menées par le Corps Civil Azov, visent juste.
Faisons en sorte que cela devienne la règle pour tous les nationalistes européens qui doivent se focaliser aujourd’hui sur ce qui unit, pas ce qui nous divise, pour la cause de notre lutte commune en faveur de la Grande Europe.

Le (nouveau) nationalisme contre les chauvinismes !

Olena Semenyaka

(Traduit par Pascal Lassalle)

Source : Europe Reconquista