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21/12/2016

Chronique de livre, Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

Chronique de livre, Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

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Le regard des princes à minuit est un ouvrage atypique et singulier d'Erik L'Homme dans un esprit toutefois assez proche de ses aventures au Pakistan, Des pas dans la neige. Destiné à de vieux ados ou à de jeunes adultes, il cherche à travers une série de nouvelles de proposer une voie pour une nouvelle chevalerie dans un monde, le nôtre, qui en est l'antithèse. Promouvant une philosophie à la fois libertaire, vitaliste et enracinée, cet ouvrage est assez déroutant dans le fond comme dans la forme.

L'auteur met en parallèle des extraits d'un roman de chevalerie d'un certain Cosme d'Aleyrac, les Sept Bacheliers ou l'Epreuve périlleuse, rédigé en 1190 et adressé aux futurs chevaliers avec des récits inventés par l'auteur mettant en scène de jeunes adultes. Le sabotage d'un relais télévisuel, l'ascension de Notre-Dame de Paris, une danse polonaise endiablée sonnant comme une ode à l'amour courtois, des bagarres clandestines à la Fight Club et bien d'autres aventures endiablées permettent aux différents protagonistes de contester le monde orwellien dans lequel nous vivons, de se sentir libre, de vivre vivant, d'être les dignes représentants d'ordres de chevaleries contemporains, un peu loufoques, mais tellement nécessaires. Le récit est très touchant bien que parfois un peu brouillon, et le roman de chevalerie d'une grande noblesse.

Le regard des princes à minuit est un livre qui incite nos jeunes à affronter leurs peurs, à repousser mais aussi à accepter leurs limites, à agir avec courage, à respecter les femmes ainsi que leur histoire. Il les pousse à se questionner sur eux-mêmes. « Qui es-tu ? Qu'as-tu fait ? Que feras-tu ? » demande ainsi le vieillard-magicien au bachelier Clivelon. A cet période charnière de la vie où se manifeste souvent une crise du sens et une recherche de soi dans le supermarché des valeurs de la post-modernité, cet ouvrage permet à certains jeunes de hiérarchiser les valeurs, de déterminer ce qui est le vrai, bon et juste, ce qui est légitime et dans quel environnement culturel ils sont nés au-delà de la société de consommation et de l'uniformisation mondiale. Erik L'Homme y défend la liberté, si importante dans notre civilisation depuis les cités grecques, mais aussi la loyauté, le courage et surtout l'exigence de vérité. Merlin dit à Arthur : « Je vais te dire quelle est la plus grande vertu. C'est la vérité. Voilà, oui, il faut la vérité avant toute chose. Quand un homme ment, c'est une part de notre monde qu'on assassine. ». Orwell quant à lui écrivait que « dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire ». Un homme droit ne peut pas tricher, ni avec lui-même, ni face aux autres. La fin de l'ouvrage est d'ailleurs limpide : « Tu as été choisi parce qu'on t'a senti capable de déceler le vrai du faux, capable de suivre ta propre voie au fil de cette quête essentielle. »

Petit précis d'une vision existentialiste et poétique de la vie où ce qu'on accomplit a plus d'importance que tout, cet ouvrage est à placer entre les mains des cœurs purs en devenir. Il les convaincra sûrement de vivre leur existence comme une quête, une quête dont le Graal leur échappera peut-être toujours. Mais le Graal n'est-ce pas au fond de se connaître soit même? Le socratique "Connais toi toi-même" était écrit sur le fronton de Delphes et c'est derrière cette quête que se cachent toutes les grandes aventures. Erik L'Homme expliquait bien dans Des pas dans la neige qu'à défaut d'homme sauvage, c'est soi-même qu'on trouve dans un tel périple. Dans des temps angoissants ou la houle ballotte une jeunesse dépossédée d'elle-même, il est plus que nécessaire de bâtir des amers. Des lumières peuvent encore scintiller dans l'obscurité des temps contemporains, à nous de les aider à s'allumer pour donner à nos jeunes le goût de vivre, le goût de l'aventure et le goût de la connaissance.

Plaidoyer pour la lecture et pour les livres, il n'est pas encore trop tard pour le mettre au pied du sapin et pourquoi pas susciter des vocations de poète-aventurier chez les ados de votre entourage.

Jean / C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

15/12/2016

Lip, la renaissance d'une marque française

Lip, la renaissance d'une marque française

logo lip 2.pngLes Français nés après 1995 n'ont pas connu les derniers vestiges de ce monde où la France avait encore une industrie de qualité. La plupart des marques françaises ont soit mis la clef sous la porte, soit été rachetées par d'autres firmes transnationales. Certaines pour survivre ont du baisser en qualité, c'était le cas des montres Lip, un fleuron de l'horlogerie française. Après une grave crise sociale en 1973 et une autogestion ratée, la marque a pris une orientation qui scella, pensait-on, sa destinée en devenant le cadeau des revues pour personnes âgées. Fabriquées en Chine avec des composants de piètre qualité, l'image des montres Lip se dégrada fortement.

Fondée à Besançon en 1867, Lip a eu son heure de gloire après guerre en étant associée par exemple au Général de Gaulle et c'est sur cette image positive que le nouveau PDG de la marque, Philippe Bérard, cherche à lui donner un nouveau souffle au bout de quatre décennies d'errance. Après un exil dans le Gers, à Lectoure, où la marque fut détenue jusqu'en 2000 par un industriel local, Jean-Claude Sensemat, elle effectue depuis 2015 son retour en Franche-Comté. L'objectif est de vendre 30000 montres par an et de recréer des emplois autour du savoir-faire franc-comtois.

Les gammes actuelles proposées par Lip sont abordables et permettent d'avoir à son poignet des montres au design recherché et qui mobilisent un esprit retro. La stratégie de Lip consiste depuis 2015 à remettre à la vente les montres qui ont fait la réputation de la marque, comme De Gaulle, Churchill ou Himalaya. Mais c'est avec la gamme dessinée par Roger Tallon (décédé en 2011), le célèbre concepteur graphique français qui a notamment travaillé sur le TGV et le Minitel que la marque ose de nouveau faire de la montre un manifeste esthétique. L'audace d'une France qui ne doutait pas encore d'elle-même fait irruption dans notre époque marquée par le déclin. La gamme Mach 2000 ne sera pas au goût de tous, mais la collection pour femme propose des montres d'une grande qualité esthétique pour un prix abordable (autour de 170€).

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Une montre Lip, ce n'est pas un simple gadget. Et la marque l'a bien compris, profitant de la tendance actuelle chez les Français à préférer la fabrication hexagonale, le fameux « made in France ». Au-delà de l'aspect marketing, déclamé malheureusement en anglais dans les revues spécialisées, le goût pour la fabrication française est en effet au cœur du succès actuel de Lip. Plus de 300 bijouteries vendent aujourd'hui la marque (à Lille chez Maty), au-delà des espérances de son PDG. Et ce succès suscite de l'intérêt avec déjà quelques reportages télévisés et quelques articles dans la presse. Au Cercle Non Conforme nous souhaitons apporter notre modeste contribution à cette renaissance.

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Il faut dire que la marque sait viser un public diversifié. Nos aînés seront heureux de porter une marque leur rappelant les Trente glorieuses et les trentenaires et les quadra de posséder un objet retro, de qualité, fabriqué en France participant d'une démarche de consommation citoyenne, ou militante. D'où le développement de l'image du « lipster ». Acheter Lip c'est préférer le style et le savoir-faire français au bling bling post-moderne ou aux montres en plastique pour des prix allant de 150€ à 400€. Pour Noël, vous pouvez faire un beau cadeau français, autour d'un repas français, avec du vin français et du champagne français.

Jean/C.N.C.

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13/12/2016

Chronique d'exposition : Les temps mérovingiens, Trois siècles d'art et de culture (451-751), musée de Cluny, Paris

Chronique d'exposition : Les temps mérovingiens, Trois siècles d'art et de culture (451-751), musée de Cluny, Paris

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Du 26 octobre 2016 au 17 février 2017 se tient au musée du Moyen Âge à Paris, le musée de Cluny, dans le quartier latin, une exposition temporaire sur les Mérovingiens. L'occasion de se replonger dans l'art et la culture de cette dynastie souvent caricaturée et méconnue. Les Français n'ont souvent retenu que de pathétiques clichés de guerriers germaniques à moustaches, d'un « bon roi Dagobert ayant mis sa culotte à l'envers », et autres âneries de ce type.

Sur le plan de l'histoire, nous connaissons en grande partie les Mérovingiens par l’œuvre de Grégoire de Tours (538-594). Mais là aussi, certaines considérations de l'auteur relèvent plus de la légende, de l'hagiographie et de la propagande que de la vérité historique. Grégoire de Tours y présente par exemple Clovis comme le « nouveau Constantin » et on sait combien l'Eglise et la royauté franque surent s'appuyer l'une sur l'autre pour tâcher de garder un semblant d'organisation socio-politique durant l'Antiquité tardive.

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Garde de l'épée de Childeric Ier (inhumé à Tournai)

Les Mérovingiens symbolisent cette période où la romanité perdure mais recule (le cas ambigüe du Pactus Legis Salicae), où le christianisme progresse dans les campagnes (les fameux pagus d'où viennent les « païens ») et où les pratiques germaniques se maintiennent, en particulier les faides (comme la faide royale de 570 à 613 qui se termina par le supplice de Brunehaut) et les partages entre les fils du roi (à la mort de Clovis en 511 ou de Clothaire Ier en 561 par exemple). On ne peut pas alors véritablement parler de féodalité mais les hommes de l'époque tentent de se placer sous la protection d'un aristocrate exerçant des fonctions politico-militaires. Les querelles familiales, nombreuses, finiront par favoriser l'avènement des Pippinides, basée en Austrasie, dès la bataille de Terty en 687 qui leur permet de mettre la main sur la Neustrie, non sans soubresaut. Charles Martel, réputé pour avoir mis en échec un raid des musulmans d'Espagne en 732 du d'abord ferrailler pour maintenir l'autorité austrasienne en Neustrie (victoires à Amblève, Vinchy et Nery entre 716 et 720).

Austrasie, Neustrie, des régions disparues des mémoires et qui pourtant sont le poumon du dynamisme du Haut Moyen Age. Structurés par de nombreux diocèses et des villes de première importance comme Cologne, Tournai, Reims ou Paris, irrigués par des routes commerciales entre la Frise et le royaume Lombard et déjà vertébrée par le Rhin, la Meuse ou le Rhône, le monde des Mérovingiens est au carrefour de l'Europe et entretient des liens avec Byzance. Les découvertes archéologiques mais aussi les différents débats historiographiques nous ont permis de revaloriser cette période souvent jugée « sombre » car elle aurait symbolisée un recul de la civilisation au profit de la barbarie. Certes, la royauté franque est marquée, comme nous l'avons évoqué, par une instabilité politique plus forte en apparence, en raison du partage des terres et des querelles entre clans familiaux, mais il faut bien mal connaître la Rome impériale pour imaginer que tout ne fut que stabilité politique...

catalogue d'expo cluny mérovingiens.jpgL'exposition du Musée de Cluny permet de valoriser les temps Mérovingiens à travers la culture matérielle : monnaie, fibules, armement... et ravira à n'en pas douter les amateurs d'histoire, les reconstitutions historiques où tous les passionnés de ces temps où l'Europe était à l'heure germanique. Les pièces exposées du trésor de Childéric, le père de Clovis, sont d'une rare beauté, tout comme les pièces d'armement (casque par exemple). Le Haut Moyen Âge est en effet marqué dans son ensemble, jusqu'à son excroissance tardive par le phénomène viking, par une grande beauté de ces pièces, souvent ornées, rehaussées de pierres précieuses et qui démontrent toute la richesse et la puissance des aristocraties. Le christianisme, si il a pénétré, n'a pas encore totalement éradiqué les traditions païennes autant romaines que germaniques. Les défunts sont inhumés avec armes ou bijoux et certains ont dans la bouche l'obole à Charon. Un contraste avec la période carolingienne où l'inhumation se fait dans un simple linceul blanc et où les traces de paganisme (offrandes, oboles, …) ont disparues.

On regrettera cependant la muséographie et la scénographie qui ne mettent pas suffisamment en valeur les pièces et leur caractère clinquant (or et grenat par exemple), tout comme les explications qui ne permettent pas suffisamment de comprendre historiquement les Mérovingiens. Le catalogue d'exposition (à 39€) est en revanche d'une grande qualité. Cette visite sera également l'occasion pour vous de découvrir ou redécouvrir les merveilles du Musée de Cluny, même si le médiéviste que je fus déplore là aussi la muséographie... La Dame à la licorne vaut en tout cas le déplacement, mais d'autres pièces exposées, en particulier le mobilier religieux, sauront vous enchanter.

Jean / C.N.C.

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12/12/2016

Que faire de Xavier Moreau et de sa vision de la Pologne ?

Que faire de Xavier Moreau et de sa vision de la Pologne ?

drapeau pologne + blason.jpgXavier Moreau a publié voila plusieurs jours une vidéo intitulée « Que faire de la Pologne ? », pendant d'un article précédemment publié sur feu le site realpolitik.tv (Site du non-moins disparu Aymeric Chauprade) traitant les relations Franco-polonaises de l’entre-deux-guerres à aujourd'hui. D'aucuns pourra remarquer que le titre de la vidéo pose déjà le constat d'une question biaisée dans sa formulation avant même d'avoir été abordée. Si le présent article n'a pas pour but de dédouaner les nombreux errements qu'ont pu avoir les élites polonaises depuis l’entre-deux-guerres avec le recul que nous pouvons avoir aujourd'hui, il s’agira malgré tout de recadrer de très grossières déformations, allant jusqu'à la propagande, qu'a pu commettre le dit X. Moreau et de les replacer dans leurs contextes historiques effectifs. Il est à noter que le point de vue de Xavier Moreau en tant que « Français » est celui d'un « Français » ouvertement pro-russe, et gérant une entreprise à Moscou, ville où il habite.

Le premier problème que peut poser la vidéo de Xavier Moreau, avant même de rentrer dans son contenu, concerne bien évidemment le titre choisi. En effet, celui-ci, plutôt que de poser une problématique à laquelle répondre par une argumentation, donne un constat et une conclusion dans le choix des mots avant même d'avoir donné son exposé des faits. Il donne un constat et en propose la solution. La Pologne poserait donc nécessairement un problème à la France, et il s'agirait de le régler. Le problème étant d'après lui le suivant : démontrer que les « ambitions géopolitiques polonaises sont déstabilisantes pour l'Europe en général ».

M. Moreau, en entamant son argumentaire historique sur l’entre-deux-guerres, avance tout de suite le fait que l'alliance Franco-polonaise aurait avant tout bénéficié à la Pologne. Une première remarque, celui-ci choisira volontairement d'entamer son exposé des relations entre les deux pays en faisant l'impasse de toute les périodes antérieures allant du Haut Moyen Âge, période de fondation d'un Etat polonais en Europe,  au XVIIIeme siècle. Or, et c'est la première remarque à faire, la France et la Pologne ont des relations depuis le XIème siècle*, en témoigne la première chronique en latin sur l’État polonais rédigée par un moine Franc, Gallus Anomymus. Sans rentrer dans les détails, on peut citer une alliance de revers pour contrebalancer (déjà) la puissance du Saint-Empire romain germanique pendant les périodes médiévale et moderne, mais également un fort engagement de la part des Polonais auprès de Napoléon et de la France de la Révolution. Pour revenir à la théorie du bénéfice avant tout Polonais du soutien Français, plusieurs éléments peuvent être établis. Les critiques de X. Moreau sont les suivantes. D'après lui, les volontés expansionnistes polonaises à l'Est pour reconstituer un grand empire, le refus du pacte oriental Français en 1936 et le fait que la Pologne trahisse la France dans sa politique centro-orientale à travers la figure du partisan de l'alliance avec l'Allemagne, J. Beck. En premier lieu, les « volontés expansionnistes » sont avant tout dictées par les questions des minorités, sujet particulièrement prégnant dans une Europe centro-orientale parsemée de conflits frontaliers destinés à réunir sous un État ses populations. Il en est de même pour la Pologne de l'époque autour de deux villes à majorité polonaises, Wilno (Vilnius aujourd'hui en Lituanie.) et Lwów. (Lviv aujourd'hui en Ukraine). Pour cela, les forces Polonaises vont se faire le devoir de ramener ces deux villes et leurs alentours dans l'orbite polonais, avec il est vrai, un certain impérialisme hérité de la nostalgie de la Rzeczpospolita**. Pour autant son argumentaire de déstabilisation de la région qui aurait entraîné l'intervention soviétique ne tient pas. Les soviétiques avaient de toute façon pour but de se saisir de la Pologne, et de reprendre possession des anciennes dépendances de la Russie tsariste avant de s'attaquer au reste de l'Europe. La guerre Polono-soviétique de 1919-1921 répond tout à fait à cet impératif. Mais, grâce à la victoire Polonaise dans ce conflit, aidée il est vrai d'Ukrainiens par exemple, et grâce au renfort en matériel fourni par la France, l'invasion en Europe des bolcheviques aura été repoussée. Chose que ne met pas du tout en avant M. Moreau, alors que c'est pourtant un événement essentiel. Il faut également rappeler une chose, que X. Moreau n'énonce pas non plus, c'est l’ambiguïté de la France durant tout l'entre-deux-guerres : soutenant d'abord les Russes blancs dans leur combat contre les Bolcheviques pour inclure ensuite les Bolcheviques dans leurs projets de pacte oriental contre Hitler. Dans les deux cas, les Russes blancs comme les Bolcheviques nourrissaient des appétits impérialistes sur la région centro-orientale rendant complètement schizophrène et contre-productive la position Française qui restera de manière pathologique attachée au fait de traiter avec la Russie tout en voulant jouer la carte de la diplomatie des nations d'Europe centrale. Le refus du pacte oriental par Beck en 1936 ne vient pas en réalité de son favoritisme envers l'Allemagne, même si à posteriori, sa politique Allemande très sûrement héritée de son passé au sein de la Prusse peut être critiquée, mais bien surtout et avant tout du fait de l'inclusion de l'URSS à ce pacte. Il ne faut pas oublier que la Pologne se retrouvait dans la situation difficile d'être entourée par les deux puissances qui s'étaient partagé le pays précédemment, et qui nourrissaient des vues sur le pays à nouveau. Beck, dans son tropisme prussien, fera tout pour éviter à la Pologne d'être avalée par les appétits allemands par la négociation, et par les appétits russes par la volonté de les combattre auprès de cette même Allemagne. La France fut écartée de la vision de Beck du fait du maintien de liens avec la Russie, même soviétique, dans son combat contre l'Allemagne. Comme le dit si bien Daniel Beauvois***, la Pologne aura dû jongler entre « la peste brune et le choléra rouge » jusqu'à sa nouvelle disparition des cartes en 1939. Jusqu'à l'invasion de la Pologne en 1939, durant laquelle les Français attendront derrière la ligne Maginot sans aucune réaction, on peut donc noter que l'inconsistance et l'incohérence de la diplomatie Française seront d'importants facteurs dans les choix Polonais à devoir se protéger contre ses deux anciens bourreaux.

Dans la suite de son analyse, les événements de la lutte de la Résistance polonaise aux côtés des Alliés, la trahison de ces derniers à Yalta et toute la période de l'occupation soviétique jusqu'en 1989 sont complètement passés sous silence pour directement aborder la situation post-Guerre froide, en expliquant que la Pologne à nouveau indépendante se retrouve entre une Allemagne réunifiée (malgré l'amputation de ses territoires historiques à l'Est de l'Oder.) et le Belarus. La « nouvelle Russie post-communiste » à l'Est n'ayant pas de frontières avec la Pologne en dehors de l'enclave de Kaliningrad. X. Moreau considère la Russie comme ayant effectivement tourné la page de son passé communiste, alors que tout dans la Russie d'aujourd'hui, à commencer par ses élites et ses structures politiques, sont des héritages directs de l'URSS. En ayant dressé ce tableau, Moreau explique à juste titre que la Pologne va se tourner vers les Etats-Unis d'Amérique, première puissance mondiale plutôt que vers la France ou l'Angleterre (vus comme faibles, et ayant trahis de manière directe la Pologne depuis 1939) pour garantir son indépendance et permettre de retrouver des outils de puissance militaire, notamment via l'objectif d'adhésion à l'OTAN. Mais par la suite, il explique que la Pologne, en ayant rejoint l'Union européenne, aurait pour objectif de « concentrer tous les pays européens contre la Russie », de combattre la Russie, « grande puissance concurrente en Europe centrale de la Pologne », de « diriger le projet politique de l'Intermarium contre la Russie », et surtout de « reconstituer une Grande Pologne », un « Empire polonais » en « utilisant les autres États d'Europe contre la Russie ». Aucune de ces affirmations n'est vraie. Et je n'ai fait ici que synthétiser les plus folkloriques de ses propos, la vidéo en possédant énormément d'autres de cet acabit. En premier lieu, il ne fournit aucun argument pour justifier de la volonté polonaise d'utiliser les autres pays européens contre la Russie, et au contraire, des alliés proches de l'actuel gouvernement Polonais, comme Orban en Hongrie, ont une attitude neutre vis-à-vis de la Russie. Ensuite, la Pologne n'a pas de vue impérialiste sur ses voisins d'Europe centro-orientale aujourd'hui. Si les dirigeants actuels du PIS (la parti au pouvoir) ont effectivement en vue un rôle assumé de pont entre le V4, l'Union européenne et l'Europe orientale (notamment l'Ukraine), rien ne justifie d'une volonté de conquête sur ses différents voisins. Ensuite, et surtout, l'Intermarium n'a jamais été un simple projet d'opposition. Cette vision géopolitique trouve racine dans l'histoire de la région avec les alliances nombreuses du Royaume de Pologne avec la Hongrie au Moyen Âge, et surtout l'importance de la Rzeczpospolita polono-ruthène à l'époque moderne qui garantissait à cet espace des liens culturels et civilisationnels uniques pour combattre les volontés d'expansion de l'Ouest Allemand, comme de l'Est Moscovite ou du Sud Ottoman. Plus tard, ce projet repris par Pilsudski notamment, mais aussi par Petliura en Ukraine, échouera mais restera vivace comme faisant parti d'une certaine vision d'une Europe centrale et orientale maîtresse de son espace, non pas comme zone tampon mais bien comme espace civilisationnel unique. Si les Polonais sont aussi méfiants et critiques concernant la Russie, c'est bien avant tout parce que ces derniers savent à juste titre que la Russie post-communiste n'a en réalité pas tourné le dos à ses visions impérialistes. Que ce soit en Ukraine (Crimée et Donbass), en Géorgie, en Tchétchénie, en Transnistrie ou par ses menaces régulières sur les Pays baltes, cette dernière reste une puissance déstabilisatrice directe pour toute la région orientale, qui place la Pologne dans une posture de défense.

Fort de ses analyses précédemment critiquées, Moreau se lance dans une diatribe consistant à dire que les Polonais ont trahis les Français à deux reprises, dans l'affaire des Mistrals et dans l'affaire des hélicoptères Airbus, justifiant pour la France que, avec le cas de l'entre-deux-guerres, « l'alliance Franco-polonaise depuis 1918 n'a jamais servit à rien pour la France, les Polonais n'ont jamais tenus leurs paroles vis-à-vis de la France. »

Pour revenir tout d'abord sur l'affaire des Mistrals, le gouvernement de Hollande n'a pas rompu le contrat du fait des pressions américano-polonaises avant tout, mais du fait de l'annexion illégale de la Crimée, de l'envoi de troupes russes sur le sol ukrainien et du soutien à des entités séparatistes menaçant l'intégrité de l'Ukraine, le tout en ayant violé le mémorandum de Budapest signé en 1994****. En supplément de ces faits, les Polonais ont simplement, sous le gouvernement du PO de l'époque, offert à la France un appel d'offre avantageux sur un contrat en hélicoptères en cas d'annulation de l'affaire des Mistrals, dont de toute façon l'intégrité était déjà en branle devant les actions russes en Ukraine. La suite de l'annulation du contrat des hélicoptères Airbus n'est dû qu'à une chose, le changement de gouvernement du PO au PIS, qui a préféré négocier avec leur partenaire militaire habituel états-unien tout en privilégiant des entreprises polonaises.

En définitive, ce qui place en négatif les liens franco-polonais ne sont pas les trahisons supposées de la Pologne vis-à-vis de la France, mais la faiblesse de cette dernière sur le plan diplomatique et sur la projection géopolitique en Europe depuis les partages de la Pologne au XVIIe siècle, la France et ses élites ayant depuis ce moment privilégié des contacts avec la Russie, même lorsque cette même France tentait d'adopter une posture de soutien à une politique centro-orientale. La France fut depuis la fin de l'époque moderne toujours trop évasive et incohérente dans ses projection pour représenter un véritable allié pour la Pologne, alors même que la France possédait une tradition diplomatique en Europe centrale et orientale, notamment pour faire contrepoids aux tentations impériales Allemandes, et sous Napoléon aux gémonies impériales Russes. Ce sont pourtant bien les Français qui aujourd'hui sont les suiveurs béats de l'Allemagne au sein de l'UE pour la majorité de la classe politique française modérée, et les idiots utiles de la Russie pour les néo-conservateurs et conservateurs français.

Mais donc, que faire de cette analyse de Xavier Moreau ? L'oublier pour lui privilégier des travaux d'historiens et des analyses d'actualités qui ne reprennent pas des éléments de propagande grossiers.

Lilian /  C.N.C.

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Notes :

 * Le courant au pouvoir en Pologne n'est pas celui des nationalistes. Pour résumer, deux forces politiques pèsent durant l'entre-deux-guerres. Les fédéralistes au pouvoir autour de la personne de Pilsudski, et les nationaux-démocrates de l'opposition partisans d'une Pologne homogène ethniquement autour de la figure de Roman Dmowski.

*Voir ouvrages « L'Aigle et le Phénix : Un siècle de relations franco-polonaises, 1732-1832 » et « De tout temps amis. Cinq siècles de relations franco-polonaises ».

*** Voir ouvrage « Histoire de la Pologne » aux éditions Hatier.

**** L'Ukraine donnait toute ses armes nucléaires à la Russie en échange d'une garantie de cette dernière à la défense de sa souveraineté territoriale.

 

06/12/2016

Regard sur l'actu #33 : « Petit tableau des renouveaux et des conservatismes politiciens »


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Regard sur l'actu #33 : « Petit tableau des renouveaux et des conservatismes politiciens »

 

Relativisons la défaite du FPÖ en Autriche

Le FPÖ autrichien et son candidat Norbert Höfer ont perdu les élections présidentielles du 4 décembre face au candidat écologiste Alexander van der Bellen à 48,3% contre 51,7%.

Une victoire aurait été assurément une bonne nouvelle qui aurait poursuivi une certaine dynamique en œuvre en Occident. Elle aurait pu permettre un rapprochement entre l'Autriche et le groupe de Visegrad par exemple. Trop iconoclaste pour le moment.

La défaite est très largement à relativiser; elle n'a rien d'infamante et n'est en aucun cas « écrasante » comme se plaît à le dire la presse de gauche.

Pour commencer, rappelons que le poste de président en Autriche n'a pas la même importance qu'en France et qu'une défaite aux présidentielles n'empêchera pas le FPÖ de pouvoir se positionner en bonne place à d'autres échéances électorales. Le score de 48,3% est un excellent score, le meilleur en Europe pour un parti de cette nature.

Par ailleurs, il semblerait que le sujet des rapports avec l'UE, et donc avec l'Allemagne, ce qui n'est pas négligeable lorsqu'on est autrichien, ait plus pesé encore que la question migratoire. Van der Bellen aurait aussi mis de l'eau dans son vin sur l'utopie migratoire. Il s'agit donc surtout de maintenir un statu quo vis à vis de l'UE.

D'un autre côté, cette opposition marque la faillite des partis politiques traditionnels : socio-démocrates, démocratie chrétienne, liberal-conservatisme. Une défaite de la droite nationale au profit des écologistes, dans un pays assez préoccupé par sa qualité de vie, n'est pas une catastrophe et ne peut pas être perçu avec notre seul regard de Français où l'écologie politique est une vaste arnaque.

Le résultat du référendum italien est-il vraiment une bonne nouvelle ?

Mateo Renzi proposait aux Italiens une modification du fonctionnement des institutions dans un pays marqué par près de sept décennies d'instabilité et qui est au cœur des jeux de pouvoir. Vatican, Etats-Unis, franc-maçonnerie, mafias…  Une des manifestations les plus sanglantes fut la violence des années de plomb. L'Italie est un pays à la souveraineté limitée où corruption et féodalités ont encore la belle vie. Les mouvements régionalistes, même ceux qualifiés « d'extrême-droite » agissent souvent par pur égoïsme territorial, refusant par exemple de payer pour les « terroni » du sud. L'Italie est une nation inachevée.

60% des électeurs ont pourtant rejeté sa réforme, ce qui est perçu comme une brillante victoire des « eurosceptiques » face à l'homme lige de Merkel. C'est peut-être vrai et l'ère politique qui s'ouvre désormais peut conduire à une majorité composée de partis politiques hostiles à l'Eurozone et à la politique germano-bruxelloise. Le M5S, Forza Italia ou la Lega Nord sont autant de mouvements qui peuvent tirer les marrons du feu. Mais il s'agit de mouvements qui sont en réalité divisés et il sera compliqué d'obtenir des majorités solides. Par ailleurs, rien n'indique que les partis qui seront en mesure de remporter d'éventuelles élections législatives vont appliquer leur programme : la Lega Nord a déjà largement déçue sur l'immigration lorsqu'elle pouvait agir et le précédent de Syriza en Grèce nous invite à la plus grande prudence.

Ce que favorise cette défaite, c'est la poursuite du statu quo actuel et le règne des partis. On se souvient que « l'extrême-droite » se réjouissait de la démission du Général de Gaulle après l'échec du référendum sur la réforme territoriale et qu'elle n'a pas hésité à soutenir Giscard en 1974. Que nous a apporté la démission du Général de Gaulle ? Le banquier Pompidou, l'européiste Giscard, la fausse droite chiraquienne, le gauchisme partout avec la victoire symbolique de 68... Une autre époque, certes, mais il y a peut-être un côté gaullien dans l'attitude de Renzi.

La fin d'une ère, sauf au FN ?

L'année 2016 est une année charnière. Avec la défaite de Clinton, c'est toute la politique américaine post-guerre froide qui a été ébranlée. Cette politique faite d'un hard power interventionniste et d'un soft power consumériste, libéral libertaire, post-moderne et multiculturel.

En Allemagne, le recul de la CDU, en particulier au profit de l'AfD, pourrait entamer lourdement la démocratie-chrétienne, un pilier du jeu politique allemand et de la construction européenne. En France aussi, nous assistons à quelques bouleversements significatifs.

Avec la primaire des Républicains, c'est la fin conjointe du chiraquisme, incarné par Juppé et sa campagne à gauche, et du sarkozysme, ou la droite bling bling. C'est la raison pour laquelle, en off, nous étions favorables à la victoire de Fillon. Bourgeois catholique du grand ouest. Stratégie payante aux primaires.

Avec Macron et Valls c'est sûrement la fin de la gauche française telle que nous l'avons connue avec sa politique d'assistanat délétère. C'est la fin du Mitterrandisme incarné par Hollande et c'est la fin, aussi, des leaders de gauche avec des passés trotskistes ou maoïstes. C'est peut-être à gauche que le « renouveau » est d'ailleurs le plus probant. A suivre.

Avec la défaite de Duflot qui fait suite au départ de J.V. Placé, c'est la fin d'une certaine façon d'agir au sein des Verts. Et peut-être l'émergence d'une écologie politique beaucoup plus proche de l'écologie associative et des préoccupations quotidiennes des Français.

Avec Mélenchon, c'est la digestion du dinosaure politique qu'est le PCF et, progressivement, de quelques officines au passé trotskiste comme la LCR (devenu NPA). Un paradoxe toutefois. Mélenchon (65 ans) sera le candidat le plus vieux avec Fillon (62 ans) et incarnera, malgré le renouveau impulsé par le Front de gauche, la « vieille gauche » des syndicats, de l'Education nationale, des luttes sociales et sociétales du deuxième XXeme siècle (autant les 35h que l'avortement).

Au FN, Marine Le Pen a sûrement bien conscience de cette tendance puisqu'elle cherche à faire du neuf avec du vieux. Son père ayant déjà été un homme politique de la IVème République et candidat à de nombreuses reprises sous la Vème, on comprend qu'elle souhaite insister sur son prénom, plus moderne, et qu'elle ait pu appuyer sur l'idée de « vague » associé au bleu marine. Dans les faits, le FN incarne pourtant encore la « vieille politique » de la Vème République : le parti dirigé par un chef charismatique visant les présidentielles sur un compromis gaullo-communiste.

Jean/C.N.C.

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03/12/2016

Pollution et écologie en Russie

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 Pollution et écologie en Russie

Appréhender cette question en Russie au travers d’un prisme « anti système » tel que se revendique le Kremlin peut être décapant. Nous savons tous que sans changement de paradigme, la nature connaitra de profondes transformations. Comment la Russie gère son environnement ?

Tout d’abord, il faut rappeler que la Russie a interdit la culture d’OGM. Sauf que ce bon point ne saurait servir de feuille de vigne, et, en la matière, le bilan de Poutine est peu reluisant. En 2012, Medvedev a même annoncé que « 15% du territoire russe est dans un état écologique critique » (https://fr.sputniknews.com/russie/20121018196348930/)

Tout ceci n’est que la conséquence d’une série de décisions remontant à la prise de pouvoir de Poutine. Celui-ci décide notamment de transférer le Ministère de la protection de l’environnement au ministère des ressources naturelles. Seul problème : ce Ministère est en charge de l’exploitation des ressources minières et énergétiques. Le paradoxe est pourtant évident… (http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?id=916). La Russie n’alloue que 0,15% de son budget fédéral là où Allemagne en alloue 0,29% avec une situation écologique autrement favorable.

Poutine a été incapable d’enrayer le phénomène des feux de tourbes bien connu des moscovites. Pire, celui-ci prend de l’ampleur depuis 2010. En été, la température de la capitale russe peut atteindre 37°C. Et dans les banlieues de Moscou, des incendies bien souvent volontaires sont déclenchés pour parer à un urbanisme aussi sauvage que galopant. Le problème est que la fumée ocre qui recouvre la ville tous les étés représente l’équivalent de deux paquets de cigarettes en quelques heures d’exposition selon le Ministère de la Santé russe (http://www.lepoint.fr/monde/canicule-en-russie-pollution-...)

Plus inquiétant encore. Selon le ministère de l’écologie russe, le pays se réchauffe 2 fois et demi plus vite que la moyenne mondiale. Alors que dans le même temps les températures du globe ont augmenté de 0,17°C sur la décennie, la tendance est de 0,42°C pour la Russie. La conséquence directe est qu’un joyau comme le lac Baikal est directement menacé, son niveau baissant de manière alarmante. Il y a un précédent pourtant : la mer d’Aral (http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/12/25/la-russi...)

D’ailleurs, nous savons aujourd’hui que les ingénieurs soviétiques de l’époque savaient parfaitement ce que qu’ils faisaient et qu'elles en seraient les conséquences. Bien que les causes diffèrent entre Aral et Baïkal, le résultat risque d’être non moins désastreux (http://www.nationalgeographic.fr/18801-mer-daral-la-derni...)

Autre lac où l’on rêve de passer ses vacances, le lac Karatchaï, où une heure d’exposition est suffisante pour vous octroyer une dose mortelle de radiation. En cause, des déchets radioactifs enfouis depuis 1949, des poussières radioactives qui remontent régulièrement, et 500000 personnes contaminées. Cancer et leucémies au programme. (http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/569/reader...)

Une autre région est largement sinistrée par la pollution. C’est l’Oural. Selon l’Institut d’écologie industrielle d’Ekaterinbourg, « Il n’y a aucun autre endroit au monde qui concentre en une seule région un spectre aussi large de pollutions chimiques différentes alliées à une forte pollution radioactive due aux conséquences de la catastrophe nucléaire de 1957 à Tchéliabinsk et 40 ans d’activité intensive de l’industrie nucléaire civile et militaire. Tout cela dans un contexte de forte concentration urbaine et industrielle. C’est une région économique essentielle étendue et très peuplée. » (http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premier...)

En effet, en 1957 eut lieu la catastrophe de Kychtym, et l’optimisme des autorités d’aujourd’hui n’a rien à envier à la culture du secret de leurs aînés soviétiques (http://atomicsarchives.chez.com/kychtym.html)

Toujours selon l’Institut d’Ekaterinbourg qui ne semble ni être une officine de la CIA, ni une succursale de Soros, la situation est critique : « point noir écologique (…) l’Oural connaît une mortalité supérieure au taux de naissance. Seuls 4% des nouveaux nés naissent en bonne santé. 90% des enfants ayant survécu tombent malades plus souvent que la normale ». Rappelons que l’Oural est un des poumons économiques de la Russie.

Vous pensiez que les accidents industriels sont derrière la Russie de Poutine ? Septembre 2016, une rivière de Sibérie devient rouge sang. La cause ? Norilsk Nickel, l’un des plus gros producteurs de nickel au monde. Bien qu’il nie tout incident, l’exploitant annonce tout de même l’arrêt de la production… (http://www.sudouest.fr/2016/09/08/pollution-une-riviere-d...)

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Norilsk, ville de Sibérie et 7ème site le plus pollué de la planète. La nature a complètement disparu dans un rayon de 60km du fait de la concentration de métaux lourds dans le sol. Au menu, maladies respiratoires et cancers. (https://rbth.com/politics_and_society/2016/08/16/northern...)

(http://www.worstpolluted.org/projects_reports/display/116)

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Toujours en Sibérie, la fonte du permafrost, met en péril l’équilibre écologique de la région, en libérant de l’anthrax, provoquant la mort de nombreuses têtes de bétail (http://www.lesechos.fr/02/08/2016/lesechos.fr/02111775176...)

Dès lors, il apparait évident que si la Russie est la championne des « anti-système », elle n’entend guère changer de paradigme en matière économique et environnementale.

Ben/C.N.C.

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Note : l'auteur de l'article, Français, a vécu en Russie et en Ukraine.