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07/01/2017

La parole captive

 La parole captive

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Le philosophe stoïcien romain Sénèque écrivait dans De la constance du sage à propos d'une injure qu'il était d'une âme plus grande de l'ignorer que de la pardonner à l'instar de ce que fît Caton.

Pourtant un mal sourd ronge nos contemporains : la sensibilité à l'insulte et l'incapacité à dialoguer. Ces termes recouvrant une palette large de propos et de situations. Nos sociétés sont devenues incapables de supporter le moindre mot trop haut, la moindre formule maladroite. Les « clash » et autres « punchlines » sont devenues la figure de l'affrontement de tous contre tous. Un « bon mot » n'est plus pris pour ce qu'il est, un trait d'esprit, mais comme la première étape d'une bataille de coq dans l'arène. Cette tendance s'accompagne d'un affaissement de la maîtrise de la langue, qui conduit souvent à des interprétations, à des incompréhensions et en définitive à des chamailleries de cour d'école. Tout doit être expliqué, ou rien ne doit être dit.

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses mais les jugements qu'ils portent sur ces choses. » Epictète, Manuel

La presse s'est faite un relais particulièrement efficace de tous les prétendus dérapages des hommes politiques et les propos de Trump sont considérés comme plus importants que toutes les malversations et tous les cadavres dans les placards d'Hillary Clinton par exemple. La volonté de « faire le buzz » passe systématiquement par la recherche du propos qui condamnera celui qu'on déteste. Ce qui compte ce n'est pas qui a dit quoi, mais la case dans laquelle on range l'émetteur du message. Une blague de Trump est donc « odieuse » parce qu'elle vient de Trump. Ce procédé s'est donc bien évidemment amplifié avec internet où n'importe qui peut filmer quelqu'un en train de dire n'importe quoi et le publier sur une plateforme audio ou video et le diffuser ainsi à des millions d'internautes. On se souvient comment John Galliano avait frôlé la mort sociale sur des propos visiblement alcoolisés alors que tout cela n'aurait au mieux fait qu'un encart dans Paris-match dans les années 80...

Que des activistes s'engageant dans la défense des « minorités » prétendument opprimées puissent recourir à la diffusion d'informations personnelles sans autre forme de procès pour de simple propos est un trait de la barbarie. Le mépris du droit qui fait la spécificité de notre civilisation et permet à chacun de s'expliquer, au profit de vengeances privées se basant sur la morale de l'époque est pour le coup un véritable recul de la civilisation.

« L'insulte est une injustice mineure qui peut être sujet de plainte plutôt que de poursuite : aussi les lois n'estiment pas qu'elle mérite vengeance. » Sénèque, De la constance du sage

Malheureusement, la tendance actuelle consiste à adapter l'arsenal législatif  à ce phénomène. Le droit n'est plus là pour encadrer, limiter, garantir les libertés, mais pour excommunier et anathémiser. Le moindre propos peut vous envoyer devant le tribunal et vous risquez des sanctions de plus en plus lourdes. La liberté d'expression se voit réduite, comme d'ailleurs dans les pays anglo-saxons qui sont frappés par cette dérive, car tout est potentiellement offensant (offensive en anglais). Qui n'a pas déjà discuté avec ces amis de la liberté de ton de Desproges ou des Inconnus si on la compare à ce que peuvent faire aujourd'hui les humoristes ? A part faire une demi-tonne d'allusions sexuelles ou s'attaquer à des cibles faciles, l'humour des amuseurs public est complètement verrouillé. L'impertinence à laissé place à l'indécence.

« La feuille morte voltige d'un lieu à l'autre, mais tous les lieux se valent pour elle, car son unique patrie est dans le vent qui l'emporte. » Gustave Thibon, L'équilibre et l'harmonie

Il est de plus en plus compliqué d'être à contre courant et bien des esprits brillants sont brimés à notre époque. Michel Déon était à l'Académie Française tout en ayant un passé maurrassien. Cela serait-il possible aujourd'hui ? La police de la pensée veille. N'importe qui devient d'ailleurs un censeur, un juge, alors que ce rôle ne lui est pas dévolu. Sur une maîtrise approximative du droit et surtout en vertu du politiquement correct, on peut décréter dans votre famille ou votre boulot que vous êtes infréquentable à cause de vos blagues « douteuses ».

Pourtant nous affirmons le droit à l'ironie, à la moquerie, au calembour, à l'impertinence, au trait d'esprit. Nous nous devons d'éviter l'aridité du propos sans pour autant nous défaire d'une certaine décence. Bloy serait-il Bloy sans une forme pamphlétaire ?  N'est-ce pas la parole qui fait de nous des êtres humains ? Les écrits ne sont ils pas une autre forme de la parole humaine ?

« Ce qui caractérise ce langage parlé de l'homme, c'est précisément ce qui déborde, excède, déstructure aussi tout ce qui peut être transmis dans le langage tactile ou visuel, ce sont les marges du sens et les ambivalences, et la fluctuation des interprétations. » Jacques Ellul, La parole humiliée

Ce que cache cette nouvelle réalité, c'est un renforcement de la moraline en parallèle d'un renforcement du tribalisme. Pour faire clair, plus nos sociétés se communautarisent, plus elles se fragmentent, en sommes plus nous avons de difficulté à « faire société », plus la morale du politiquement correct devient une arme pour obliger (par la force de pseudo-lois qui ne sont pas issues de la souveraineté populaire mais de l'arbitraire d'une oligarchie idéologique) les individus à « vivre-ensemble », comme si ce délitement était provoqué par le bas alors qu'il a été généré par le haut, par des associations grassement subventionnées, par des politiques incompétents et par le libre-marché de la mondialisation adossé au post-modernisme anglo-saxon. Tout cela conduisant au tribalisme généralisé.

A rebours des stoïciens, un propos peut vous valoir aujourd'hui dans certains quartiers un tabassage en règle. Comme un simple regard jugé « de travers ». Cela se fait au nom de l'honneur ou « du respect », mais il s'agit en réalité d'orgueil et non d'honneur. Les gens passent un temps incalculable à discuter à propos d'untel qui « a dit ceci ou cela » et n'importe quel « jeune des quartiers populaires » peut dégoupiller pour un propos tenu par un prof, un flic ou n'importe qui d'autre. Incapable d'ignorer comme un stoïcien ou a minima de pardonner comme un chrétien, tout le monde participe avec le système politico-médiatique à l'enfoncement progressif de l'Occident dans la barbarie. Chacun porte en lui le virus.

La justesse ou la mesure des aristotéliciens, la recherche de l'ataraxie (absence de troubles) des Stoïciens, tout cela semble très, très loin. Aujourd'hui c'est tout le contraire. Nous pourrions nous en arrêtez là si ce phénomène n'était pas aussi massivement présent dans ceux qui sont censé incarner la continuité de notre civilisation : les militants patriotes et identitaires. Il est assez déroutant de constater que chaque fois que quelqu'un émet un avis, y compris sur une officine proche, il s'en suit des interminables palabres, quand certains n'en viennent pas carrément aux menaces. D'autres brandissent l'argument ultime  « c'est faire le jeu de la division du camp national » dont on se demande bien quel est le bilan, mais passons sur ce point.

«  Si une fois il s'était abaissé à s'émouvoir d'une injustice ou d'une insulte, il ne pourrait plus jamais retrouver son calme : or le calme est le bien distinctif du sage. Celui-ci ne s'exposera pas en se vengeant d'une insulte à faire honneur à son insulteur ; car l'homme qui voit qu'on est fâché d'être méprisé par lui se réjouit nécessairement de l'estime qu'on fait de lui. » Sénèque, De la constance du sage

Ce que nous devons nous efforcer de faire émerger, c'est un type d'homme. Ce que nous devons préserver c'est un être-au-monde bien plus qu'une race ou un pays. Que serait une race, si elle n'était composée que d'adolescents éternels et d'enfants capricieux incapables de s'exprimer en adultes ? Que serait un pays, s'il n'était composé que de consommateurs narcissiques incapables d'accepter la contradiction ? Que serait l'Europe sans la philosophie, la rhétorique et la dialectique ? Sans l'art des lettres et des mots ? Sans la germination de la pensée et la création artistique ?

L'outrance d'un propos suffit bien souvent à discréditer son auteur sans qu'il ne soit besoin de lui répondre. Mais l'outrance sera toujours meilleure que le silence, car là où vit l'outrance, vit la liberté, là où se niche le silence, prospère la censure. La parole libère, les mots sont des armes au service de cette liberté.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

02/01/2017

Meilleurs vœux 2017

Meilleurs vœux 2017

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L'équipe du Cercle Non Conforme vous souhaite ses meilleurs vœux pour l'année 2017. Une année pleine de découvertes, de lectures, d'aventures, d'expériences et de lutte contre la laideur post-moderne.

Nous avons passé cette année la barre des 3000 supporters et des 3000 suiveurs sur Facebook et nous vous invitons à contribuer à ce que notre rayonnement se fasse encore plus loin et plus intense. Le Cercle Non Conforme connaît depuis quelques mois une mutation dont les effets se feront sentir dans les prochains mois.

Nous remercions tous ceux qui nous soutiennent et nous encouragent dans notre projet avec une pensée particulière cette année encore pour l'équipe d'Academia Christiana qui réalise un travail particulièrement exceptionnel de formation et pour l'Institut ILIADE qui se prépare activement à son prochain colloque du 18 mars 2017 : Transmettre ou disparaître.

L'éducation (paideia en grec) est un sujet fondamental. Éduquer ses enfants à vivre une liberté aristocratique et enracinée est sûrement l'entreprise la plus difficile de notre existence. Mais l'éducation et l'apprentissage ne concernent pas que les enfants, nous continuons d'apprendre tout au long de notre existence. La sagesse et la connaissance de soi et du monde sont la quête de toute une vie.

Gnỗthi seautόn

Le Cercle Non Conforme

 

30/12/2016

Chronique de livre : Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde

 Chronique de livre : Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde

petit traité.jpgSylvain Tesson a 33 ans en 2005 lorsqu'il publie son Petit traité sur l'immensité du monde aux Éditions des Équateurs. La plume de notre géographe-aventurier est déjà de qualité et on laisse notre regard cheminer sur les pages comme l'auteur trace son chemin dans les immensités sibériennes, sur les cathédrales françaises ou dans l'altitude tibétaine. « Quelle que soit la direction prise, marcher conduit à l'essentiel. » et l'ouvrage, assez court (167 pages), également ; abordant non seulement l'esprit du vagabondage mais aussi des réflexions autour d'éléments plus concrets comme le bivouac. Un bémol toutefois, l'auteur semble un peu trop pétri de certitudes sur un grand nombre de sujets et certains propos de ce Petit traité ... contrastent avec ceux tenus récemment dans son dernier ouvrage Sur les chemins noirs dont on connaît le contexte et qui dénote une plus grande maturité.

Sylvain Tesson exalte un goût de vivre, une soif de l'aventure et se fait le chantre d'un nomadisme romantique aux confins du monde. Il cherche à fuir la laideur du monde moderne, et on le comprend. Relatant de nombreuses expériences vécues il exhume dans le quatrième chapitre la figure du wanderer de Goethe mais également celle de l'Anarque jüngerien, ce qui n'est pas pour me déplaire. Qu'est-ce que le wanderer ? Le vagabond romantique allemand du XIXeme siècle qui chemine sans savoir où il va dormir le soir même avec son « âme ouverte à tous les vents ». Une figure qui refusait en quelque sorte les bouleversements issus du XVIIIeme siècle : sacralisation de la propriété, rationalisme scientifique, aménagement du territoire, refoulement de la nature sauvage.

En romantique, Tesson fait aussi l'éloge de la poésie : « Sur la piste, pour combattre le vide, il y a la poésie ! Le vagabond peut réciter des vers inépuisablement. La poésie remplit les heures creuses. Elle entretient l'esprit et gonfle l'âme. Elle est un rythme mis en musique. » Mais d'une poésie qui s'adapte à la géographie puisqu'il sélectionne les auteurs en fonction du terrain : « Péguy sur la plaine, arasée, Hugo dans le marais, Apollinaire en altitude, Shakespeare dans la tempête, Norge quand je suis saoul. » ce qui constitue en effet une alternative intéressante aux chansons scouts et autres chants militaires.

Mais pourquoi vagabonder, marcher, s'aventurer, voyager ? Parce que « ouvrir les yeux est un antidote au désespoir » et parce que « Voyager, ce n'est pas choisir les ordres, c'est faire entrer l'ordre en soi. ». Etant moi-même randonneur, tout cela me parle, même si je suis en désaccord avec Tesson lorsqu'il considère que la marche n'a pas à régler nos questionnements existentiels. Voilà d'ailleurs une de ses certitudes battues en brèche par sa chute et ses chemins noirs... Il n'y a pas simplement une seule façon d'aborder l'aventure et la marche. L'ouvrage de Tesson fait écho par certains points au récit d'Erik L'Homme dans Des pas dans la neige, pas seulement parce que le Petit traité... évoque le yéti qui nous rappelle l'homme sauvage, mais parce qu'il y a ici une démarche et une expérience de vie, un regard face à l'existence qui se rapproche. Pourtant là où Erik L'Homme n'hésite pas à dire que chaque pas nous rapproche de nous-même, on ressent un peu chez Tesson une volonté quasi ascétique de s'éloigner de soi-même.

Ce Petit traité... est un essai riche, à lire au moins une fois et à emmener avec soi lorsqu'on se décide à affronter les plaines et les forêts, ou à escalader les parois qui se dressent face à nous, y compris dans notre existence.

Jean / C.N.C.

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Sur le même thème :

Chronique de livre : Sylvain tesson, Sur les chemins noirs

Chronique de livre : Erik L'Homme, Des pas dans la neige

Chronique de livre : Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

 

29/12/2016

Michel Déon, bien au-delà des Hussards…

Michel Déon, bien au-delà des Hussards…

michel déon.jpgL’écrivain et académicien Michel Déon s’est éteint hier, à l’âge vénérable de 97 ans et après avoir offert plus de 40 romans à la littérature française dont il restait l’un des plus élégants et brillants représentants.

Maurrassien, ancien secrétaire de rédaction de l’Action Française, Michel Déon n’était pourtant pas un esprit très politique, mais bien plus un romantique, un aventurier et un rêveur. Il se plaisait d’ailleurs à entretenir des amitiés et des centres d’intérêts dépassant les clivages idéologiques et les sectarismes partisans. Il était beaucoup plus sensible à la qualité humaine qu’aux étiquettes politiques et aimaient les hommes droits, fidèles, courageux et sensibles aux beautés comme aux failles du monde.

Si l’histoire retiendra son appartenance au fameux groupe des « hussards », en compagnie de Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin, il se plaisait lui-même à expliquer le caractère largement artificiel et ponctuel de ce « rapprochement ». Il n’aimait pas se sentir enfermé dans ce « concept » idéologico-publicitaire assez largement adolescent. Il aura même, à la fin de sa vie, des mots très durs sur la qualité littéraire et la pérennité de l’œuvre du dandy Nimier.

Au-delà de son œuvre, considérable, empreinte tout à la fois de fougue et de mélancolie, Michel Déon était également de ces hommes que l’on dit avec tristesse et nostalgie « d’un autre temps ». Cultivé, courtois, amical, élégant, frondeur… Très français, peut-être trop, ce qui peut expliquer son exil irlandais lui permettant d’échapper au spectacle de la déréliction et de la déliquescence de sa patrie tant aimée…

A l’occasion d’un numéro de la petite revue littéraire que je l’ai plaisir de co-animer avec le camarade Patrick Wagner, « Livr’arbitres », nous l’avions contacté pour solliciter un texte de sa main. Il s’était montré d’une grande disponibilité et d’une extrême amabilité… Depuis lors, il était devenu un « ami » de la revue et nous adressait régulièrement ses encouragements, ses conseils et ses vœux… J’avais bien évidemment été très touché par cette attitude et cette bienveillance qui contrastent tellement avec la morgue et la frénésie narcissique que l’on croise désormais si souvent chez les jeunes écrivaillons qui, après avoir publié deux autofictions pour trentenaires dépressives, se prennent pour des génies littéraires et ne rêvent que de passages chez Laurent Ruquier pour vendre leur soupe et baiser des fans... Autre temps, autres mœurs… Et c’est en faisant ce constat amer que l’on ressent encore plus douloureusement la disparition du grand écrivain.

Le meilleur moyen de lui rendre hommage, c’est bien sûr d’honorer sa mémoire à travers ses livres qu’il faut lire, relire et faire découvrir aux plus jeunes générations, en commençant peut-être par « Les poneys sauvages » ou le merveilleux « Je vous écris d’Italie ».

Xavier Eman / C.N.C.

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28/12/2016

Grâce de Jacqueline Sauvage : un autre regard

 Grâce de Jacqueline Sauvage : un autre regard

648x415_plusieurs-centaines-personnes-rassemblees-paris-23-janvier-2016-defendre-jacqueline-sauvage.jpgHollande ne cesse pas de nous surprendre et la grâce accordée à Jacqueline Sauvage en est une nouvelle démonstration.

Beaucoup se sont réjouis de cette décision, souvent pour de mauvaises raisons. Les féministes considérant que Jacqueline Sauvage n'avait fait que réagir à un mari criminel et les milieux nationalistes s'insurgeant qu'on condamne cette mère de famille alors qu'on laisse en liberté la racaille... Oui mais voilà, tout cela n'a rien à voir avec le fond de l'affaire et il faut en revenir à quelques principes simples pour comprendre en quoi c'est une mauvaise décision.

Bien sur, on ne souhaite à personne de passer 10 ans en prison, et pas particulièrement à une mère de famille qui a déjà dû subir, comme n’ont cessé de le rabâcher ses défenseurs, un mari violent. Mais la loi est la loi et si certaines lois sont stupides et illégitimes, nous en convenons, ici la loi n'est en l’occurrence pas trop mal faite.

Dans un état de droit, c'est à la justice de condamner les actes délictueux et c'est aux citoyens de la saisir. La condamnation de Jacqueline Sauvage était donc plutôt logique, car elle n'a pas eu recours à la justice, et parce qu'elle a privilégié le meurtre au droit. Jacqueline Sauvage a été condamnée par deux fois par des jurys populaires, représentants le peuple français. C'est donc contre une décision prise par les représentants du peuple français qu'Hollande s'est positionné. Cela démontre une nouvelle fois que les lobbies, les minorités agissantes (en l'espèce les féministes) et le quatrième pouvoir (les médias) ont plus de poids que les trois autres pouvoirs dont on peine d'ailleurs parfois à saisir ce qu'ils ont encore de séparé...

Il est évident qu'une justice idéologique comme celle rendue par de nombreux magistrats de gauche a décrédibilisé les institutions judiciaires aux yeux des Français et que si ces derniers n'ont plus confiance en la justice ou se font « justice eux-mêmes » c'est aussi en lien avec cette défiance. Oui mais voilà, en France, tout le monde a le droit à une défense, car nous ne sommes pas dans une justice tribale. Si Salah Abdelslam a droit à une défense, le mari de Jacqueline Sauvage y avait droit aussi*. Cette dernière ne lui a pas seulement retiré la vie, elle lui a aussi retiré le droit de s'expliquer, le droit de nous approcher un peu plus près de la vérité, cette vérité que les jurys ont cru déceler en la condamnant deux fois.

Si on autorise le meurtre du mari de Jacqueline Sauvage, tué de coups de fusil dans le dos, alors que des buralistes qui prônent la légitime défense sont condamnés (comme dans le Tarn à 7 ans de prison), c'est la défiance envers la justice qu'on accroît, c'est un permis de tuer qu'on octroie, c'est l'ensauvagement généralisé qu'on autorise. On ouvre la boîte de Pandore des vengeances et des justices différenciées, on rompt avec le principe d'égalité devant la loi. C'est en quelque sorte un saut en arrière vers l'Ancien Régime, où le souverain rend la justice (ici Hollande prenant une décision allant contre la décision populaire) où on est jugé en fonction de ses soutiens (comme c'est hélas trop souvent devenu une habitude, le cas de Christine Lagarde en est un autre exemple), bref si il n'y a plus d'égalité devant la loi, c'est la rupture du pacte qui fait le peuple français. Il n'y a plus UN peuple français mais DES Français.

Je ne cesse de penser que tous les signes d'une forme de néo-féodalité (bien que je maintiens la critique de ce terme comme je l'avais fait par le passé) sont présents. L'a-société tribalisée de consommation, hyper-connectée et nourrie à l’émotionnel détruit à petit feu le modèle français qui prétendait revenir aux sources gréco-romaines en ré-inventant le citoyen et en adossant la justice à la Raison. Certains s'en réjouissent, vouant aux gémonies la République, ils ont tort et ils s'en apercevront quant il sera trop tard.

Jean/C.N.C.

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Note :

* l'illustration de l'article montre bien la confusion mentale des lobbies féministes qui comparent des situations matrimoniales difficiles au terrorisme islamique. De Daesh à M. Sauvage, oppression patriarcale ?

Pour en savoir plus :

Vu du droit : Hollande a un don

Vu du droit : Affaire Sauvage, le culte des coupables innocents

Bellica : Jacqueline Sauvage a-t-elle été victime de la justice patriarcale ?

 

Chronique de livre : Richard Dawkins, Le gène égoïste

Chronique de livre : Richard Dawkins, Le gène égoïste

dawkins.jpgÀ l'occasion de la sortie de l’édition anniversaire fêtant les 40 ans du livre Le Gène égoïste, le Cercle Non Conforme souhaite vous présenter un des ouvrages de biologie les plus controversés/commentés, trônant parmi les volumes scientifiques les plus vendus de tous les temps. Celui-ci traite de l’évolution des êtres vivants et s’inscrit dans la lignée du néo-darwinisme. Son auteur, Richard Dawkins est devenu célèbre en grande partie grâce à ce succès de vente. Anglais d’origine, ce biologiste et éthologue à l’accent mélodique, a passé une partie de sa carrière à la prestigieuse université d’Oxford et a reçu de nombreux prix internationaux pour ses travaux. L’adjectif « vulgarisateur » qui lui est souvent accolé ne lui est pas usurpé, il faut lui reconnaître un véritable talent pour promouvoir ses idées1.

Richard Dawkins s’est aussi illustré dans l’athéisme militant, participant notamment à des émissions télévisuelles contre des religieux, dans la réalisation de documentaires2, ou encore en étant à la tête de sa propre fondation. Il a écrit Pour en finir avec Dieu (en anglais : « The God Delusion ») qui mériterait que l'on se penche dessus dans une autre chronique pour son côté « SJW de l’athéisme » et sa résonance mondiale. En outre, l’auteur nous gratine de ces réflexions libérales3 (au sens anglo-saxon) que je perçois arrogantes sur la société et la politique en général. L’exemple récent, assez révélateur, est sa réaction à l’élection de Donald Trump et au BREXIT4, parlant de « bigoterie redneck » et d’électeurs « sans éducation » et « anti-intellectuels ». La science étant désormais associée directement à la vérité, on n’hésite pas à dire n’importe quoi en l’utilisant comme bouclier de nos jours. Je lui donne raison sur un point, les mauvais électeurs sont anti-intellectuels. L’intellectuel de gauche (pléonasme) ne passe plus son temps qu’à accompagner le mouvement du capital globalisé et à reformater les temps de cerveaux disponibles selon la ligne du Parti informe au nom de la lutte contre – insérez la bête immonde adéquate. Il s’est coupé du peuple pour délirer dans le concept et mieux lui cracher dessus ; le déclassé de la mondialisation ne peut pas aimer un VRP des plus zélés du système qui le détruit. En lisant cela, certains internautes pourraient rebrousser chemin. Je vous rassure, Dawkins traîne, certes, des facéties critiquables, il n’en demeure point un crétin et ne s’étend que peu sur les thèmes susnommés dans la présente œuvre chroniquée.

Avant de poursuivre, soyons clair, l’auteur de ces lignes n’est pas un expert en biologie et n’a pour arme qu'un peu d’esprit critique et d’intérêt pour les domaines de la connaissance en général. Mon but ici n’est pas de confirmer/infirmer la théorie du gène égoïste, de vous donner une réponse définitive sur le sujet mais plutôt de piquer votre curiosité. Je crois fermement qu’il subsiste des sujets qui ne peuvent être explorés dans un texte de 1.000-1.500 mots. Je me tiendrai ici à exposer les lignes de force qui structurent Le Gène égoïste et mes points d’étonnement. Pour le reste, vous y travaillerez.

Le Gène égoïste est une tentative de réponse à une question fondamentale qui traverse le darwinisme : « Quelle est l’unité de la sélection naturelle ? ». Pour notre scientifique favori, ce n’est ni l’espèce, ni le groupe, ni l’individu mais le gène. Il demeure l’unité de sélection du vivant parce qu’il réussit à combiner trois caractéristiques : longévité, fécondité, fidélité de duplication. Mais qu’est-ce qu’un gène me dirait vous ? Ici, si vous avez entrepris des études de S.V.T. au lycée, oubliez la définition scolaire ; on y emploie souvent le gène indistinctement du cistron, morceau d’ADN codant une protéine particulière. Ici c’est un bout d’ADN de taille variable, se situant entre le chromosome et le cistron. Plus il est grand, plus il a de chances d’être détruit à la prochaine méiose à cause de la redistribution génétique.

Les gènes sont immortels bien qu’ils ne survivent que quelques semaines dans leurs cellules. Ses fidèles copies de lui-même lui donnent l’occasion de transcender sa mortalité. En tant qu’individus, nous ne sommes que temporaires ; les populations peuvent se mélanger, les gènes demeurent. Le rôle des êtres vivants pour le gène n’est que celui de véhicule.

N’entendez pas, par ailleurs, le terme égoïste dans son sens classique. Il est opposé à celui d’altruiste : est considéré égoïste ce qui augmente ses chances de survie aux dépens des autres ; est considéré comme altruiste l’inverse. Dans le cas du gène, il favorise sa copie au détriment des autres. Cet égoïsme du gène transparaît à tous les niveaux des êtres vivants notamment avec la notion de stratégies évolutivement stables (SES), la théorie du jeu appliquée à l’évolution. Au vu de l’importance de la théorie du jeu pour la pensée économique libérale et le contexte politique de la sortie du Gène Égoïste (arrivée au pouvoir de Thatcher et Reagan dans les années 70), on comprend pourquoi le livre a été taxé de porte-parole du darwinisme social et de l’ultra-libéralisme. Le livre, pourtant, ne donne pas l’occasion de statuer sur ces questions humaines. Il s’attache juste à mathématiser les choix des gènes pour, par exemple, mieux expliquer l’altruisme chez les individus qui partagent un patrimoine génétique très proche (théorie de la sélection des parentèles). Cette mathématisation ne doit pas choquer, après tout comme l’expliquer Dawkins, qu’elle soit consciente ou non, elle est présente, il suffit de regarder la forme en spirale d’une coquille d’escargot5.

Le chapitre nommé « la bataille des sexes » est passionnant. Il étaye entre autres l’émergence du sexe mâle et femelle. N’en déplaise à « Jean Bourdieu », étudiant moyen en fac de sociologie, la différenciation sexuelle est une réalité factuelle, lui qui nous assomme de sa vulgate en mode automatique : « La nature, cette sale construction sociale des classes dominantes blanches hétérosexuelles cisgenres qui oppressent les oppressés du capital ». Tel qu’il est, le livre ne cherche pas à résoudre la question : « Nature ou culture ?». Les gènes sont juste un paramètre dans l’équation de l’être humain, pas l’unique déterminant de ses comportements.

Parlons-en de cette influence. Les gènes dirigent leurs hôtes indirectement. Ils leur fournissent les outils et des règles générales basiques à suivre afin de survivre dans des environnements imprévisibles. Ces instructions peuvent prendre cette forme : « Si quelque chose a un goût sucré, manges-en, c’est bon pour toi ». Bien sûr, le code n’est pas écrit dans un langage humain comme ici et peut être contourné : la surabondance nocive du sucre dans nos sociétés n’était pas prévue dans le plan.

D’autre part, il est à noter qu’un gène n’a de sens qu’en relation avec d’autres gènes. Ainsi, un gène codant des dents effilées et tranchantes est peut-être un bon gène pour un carnivore, mais est inadapté pour un herbivore qui a besoin de dents plates. Cette notion de complémentarité peut sembler paradoxale avec celle d’égoïsme. Le volume regorge d’exemples de cette lutte de forces contradictoires dans la nature.

Dawkins est un écrivain virtuose, il mélange avec habileté : un détachement scientifique, une passion rare et une pincée d’imagination. Je me suis montré sévère avec Dawkins au début de l’article, parce que le livre est un vrai bijou et il me peine de voir une personne aussi talentueuse gaspiller parfois son énergie. Il communique ses idées et celles de ses confrères brillamment : il laisse beaucoup de places à tous ces chercheurs inconnus du grand public qui ont façonné sa pensée. Malheureusement, aussi génial qu’il soit en tant qu’auteur, je doute qu’il puisse nous expliquer clairement le fonctionnement du système administratif français. Il reste des choses seulement accessibles à Dieu6

Il est impossible de parler de l’intégralité du livre dans une chronique, je conseille donc le livre à tous les curieux. Je le recommande particulièrement aussi à tous ceux qui défendent des positions créationnistes/antiévolutionnistes. Des positions qu’on ne voit bizarrement (ou pas) que chez les islamistes, la « dissidônce » et les catholiques intégristes. Pour moi cela revient à défendre l’idée que la terre est plate. Malheureusement, la parure d’antitout et l’œcuménisme sont à la mode. Ces comportements expliquent en partie l’athéisme militant de Dawkins. Il est dommage qu’il ne s'en prenne pas à l’obscurantisme progressiste qui nie les réalités biologiques (manque de courage ?). Quelle que soit sa formation originelle, son milieu, toute personne doit éviter de s’échapper du réel, le principe de réalité doit être préféré. Si quelque chose contredit le modèle, il nous impose de le modifier, plus difficile à dire qu’à faire.

Valentin / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

1 Le terme « promouvoir » peut sembler péjoratif. Je ne cherche pas à donner de jugements sur la véracité des idées ici, je reconnais uniquement son talent à les diffuser dans le réseau humain.

2 Tout ce qu’il a fait à la télévision n’était pas que dans le but de promouvoir l’athéisme.

3 Ce qui entraîne des contradictions chez lui, mais j’y reviendrai si j’ai le temps dans une autre chronique.

4 https://www.scientificamerican.com/article/richard-dawkins-and-other-prominent-scientists-react-to-trump-rsquo-s-win/?wt.mc=SA_Twitter-Share

5 Pour les snobs marxiens superficiellement contre le monde de la quantité, la baisse tendancielle du taux de profit de Karl Marx, ce sont des maths ou pas .

6 Dawkins n’approuve pas cette blague.

 

Bonus : Laurent Obertone sur le gène égoïste