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03/01/2016

Retour sur "Le dernier Gaulois"

Retour sur "Le dernier Gaulois"

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France 2 nous proposait, en première partie de soirée et pendant la période des fêtes, un docu-fiction franco-belge intitulé « Le dernier Gaulois ». Nous ne pouvons que saluer l'initiative, d'autant plus que ce reportage ne fut pas le prétexte à un intense moment de propagande dont la télévision est pourtant un vecteur majeur. C'est déjà un point positif.

Réalisé essentiellement en « motion capture » et donc en 3D, il nous faisait vivre la fin d'une civilisation, celle des Gaulois, à travers un personnage, Apator, vieux chef Eduen. Je regrette pour ma part qu'une plus large place n'ait pas été réservée à l'archéologie expérimentale et à la reconstitution historique, où vêtements et objets sont reproduits fidèlement. Cela permet une plus grande authenticité et une meilleure immersion.

Le reportage passe en revue un grand nombre d'aspects de la civilisation gauloise : habitat, artisanat, activité guerrière, rôle de la femme ou encore assemblées politiques et divisions. Il s'inscrit dans un mouvement de revalorisation des Gaulois qui ont oscillé entre les caricatures du roman national et celles de tous ceux qui à l'inverse méprisent notre histoire. A l'instar des populations du Haut Moyen-Âge, en en particulier des Francs et des « Vikings », les études archéologiques et historiques nous permettent de porter un regard bien plus favorable sur ces peuples gaulois qui pratiquaient peu l'écrit. On y découvre alors un véritable artisanat de qualité et une organisation sociale complexe qui n'a rien à envier – ou presque – à ses voisins romains. Ils leur sont proches au moins par la géographie et une origine commune, indo-européenne. Le commerce est florissant entre Romains et Gaulois, en particulier dans la vallée du Rhône, de la Saône, et les Romains introduisent la vigne. De leur côté les Gaulois inventent le tonneau, ce qui est un véritable progrès par rapport aux amphores grecques et romaines, très fragiles. On notera que le reportage fait l'impasse sur les contacts encore plus anciens des Gaulois avec le monde grec. La cité de Phocée ayant par exemple fondée des colonies aux VIIeme et VIeme siècles av. JC comme Nikaia (Nice), Massalia (Marseille) ou encore Agathé Tychè (Agde). On prête également des contacts entre druides et savants grecs. Du côté des Romains, c'est vers Cicéron qu'il faudrait chercher pour trouver des éloges envers les druides.

Le reportage se focalise sur la période de la guerre des Gaules (entre 58 et 52 av. JC), dont la principale source écrite est l’œuvre éponyme rédigée par Caius Julius Caesar. Ce dernier est alors pro-consul en Gaule narbonnaise, territoire contrôlé par Rome depuis la fin des guerres puniques contre Carthage. Un proconsul est un ancien consul (le plus haut magistrat romain) qui est amené à gérer un province à la fin de sa magistrature. On parlerait actuellement de gouverneur. Au-delà du « Dernier Gaulois », ce reportage est aussi l'occasion de s'apercevoir du génie politique et surtout militaire de Jules César, presque inégalé jusqu’à Napoléon. Certes, César valorise ses adversaires pour augmenter son prestige, mais il est toutefois attesté que les différents peuples gaulois furent des adversaires redoutables pour les Romains. Le souvenir de la victoire de Brennus est resté douloureux dans les mémoires romaines. Malheureusement pour eux, les Gaulois sont à l'époque de la guerre des Gaules rongés par les luttes intestines et Rome exerce une véritable fascination pour une partie de leurs élites. Ils ne purent pendant ces six années offrir une opposition solide, ce qui ne les empêche pas de vaincre les Romains à Gergovie avant d'échouer à Alésia. Nous apprécions que le reportage mentionne que Vercingétorix a servi au côté de César, nous regretterons cependant que cet aspect n'ait pas été plus expliqué. César apparaît dans le reportage comme froid et cynique, n'hésitant pas à massacrer vieillards, femmes et enfants et à humilier les aristocrates gaulois. C'est un homme avide de pouvoir dans sa lutte contre Crassus et Pompée qui va parvenir à dominer toute la Gaule (oui toute, même les villages d'Armorique !) et pénétrer en Bretagne.

Sur ce point, on pourra toujours s'interroger. Le caractère des personnages participe plus de la narration que de la réalité. Ce n'est pas le seul élément discutable du reportage. Outre l'absence d'explication sur le « retournement » de Vercingétorix, le reportage ne fait que peu de cas de la cavalerie gauloise, la meilleure de son temps. Il est peut-être un peu caricatural sur le rôle de la femme. Certes, il était nécessaire, et nous ne nous en plaindrons pas, de rappeler que la femme gauloise avait un rôle sociale plutôt favorable, surtout si on la compare à d'autres cultures, y compris de nos jours. Mais cela manque peut-être un peu de nuance. Quant au passage sur le gaulois étreignant une femme avec un mot grivois, il était totalement dispensable... La diversité des peuples n'est pas non plus très marquée. A diverses reprises le narrateur, Clovis Cornillac, nous parle de diversité dans les panthéons, mais les dieux ne sont presque jamais mentionnés, sauf dans le cadre des batailles avec Taranis et Teutates. L'Aquitaine est par ailleurs complètement oubliée, quid des Vascons de Novempopulanie qui occupent une partie non négligeable de la Gaule ?

Au terme de ce reportage, nous pouvons toutefois tirer quelques leçons d'histoire. La liberté défendue par Vercingétorix ou Apator - celle de rester un ensemble de peuples distincts pouvant vivre en bonne intelligence avec l'empire romain - est très noble, mais elle montre la difficulté de résister face à une puissance organisée, déterminée et qui parvient à séduire une partie des élites adverses. Il apparaît assez clairement qu'une partie des élites gauloises se laisse séduire par le commerce et qu'elle voit surtout ses intérêts immédiats dans ce domaine. Cela nous rappellerait presque nos élites actuelles… Presque... Nous savons désormais de façon certaine que la romanisation fut avant tout un processus de séduction, contrairement à l'idée jadis en vogue selon laquelle Rome aurait imposé son mode de vie. C'est un long processus d'acculturation et d'adoption des mœurs romaines (comme les tria nomina ou la toge) qui fera des Gaulois des Romains à part entière. Paradoxe lorsqu'on étudie dans le même temps l'hellénisation des élites romaines.

A l'heure de la faillite de notre système d’assimilation (qu'on s'en réjouisse ou qu'on le regrette n'est pas le sujet ici), ces questions identitaires et culturelles ne sont pas négligeables. Le reportage conclut en disant que les Gaulois deviennent des « gallo-romains », mais cette expression est aujourd'hui contestée et traduit l’ambiguïté de la dimension identitaire à cette époque. En effet, être Romain, ce n'est plus simplement être issu de la ville de Rome, mais être un citoyen de l'ensemble politique dirigé par Rome. Ce n'est plus l'ethnie qui définit seule l'identité, mais l'appartenance à un ensemble culturel et politique. Au final, le titre est bien choisi, car sans que les contemporains en aient conscience, Alesia a scellé le sort d'une civilisation mais peut-être aussi d'une conception de l'identité et de la citoyenneté.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

En replay jusqu'au 04/01 : FranceTV

Illustration : MagduWebdesign

02/01/2016

A propos de Stepan Bandera (1909-1959), une figure controversée du nationalisme ukrainien (Pascal Lassalle)

A propos de Stepan Bandera (1909-1959), une figure controversée du nationalisme ukrainien

bandera 1.jpgVendredi 1er janvier, des milliers d’Ukrainiens ont défilé lors d’une marche aux flambeaux à Kyiv et dans plusieurs villes du pays pour commémorer le 107ème anniversaire d’une figure éminente, mais controversée de l’histoire tumultueuse de leur nation, Stepan Andriïovytch Bandera.

Né en effet le 1er janvier 1909 en Galicie (Ukraine occidentale), alors sous domination autrichienne, d’un père prêtre grec-catholique (uniate), le jeune Stepan a grandi dans une atmosphère de patriotisme et de culture nationale ukrainienne.

Conjointement à ses études secondaires, il devint membre du mouvement scout patriotique Plast et milita dans un groupe de jeunes nationalistes. En 1927, muni de l’équivalent du baccalauréat, il entra à l’Institut agronomique de L’viv.

Dans une Galicie sous administration polonaise, objet d’une violente politique d’assimilation et de « pacification » de la part de Varsovie, il adhéra à l’Organisation militaire ukrainienne (U.V.O.) du colonel Yevhen Konovalets, vivier de jeunes activistes dans laquelle il rencontra des hommes comme Yaroslav Stetsko ou Roman Choukhevytch.

À partir de 1929, il devint membre de la toute nouvelle Organisation des nationalistes ukrainiens (O.U.N.) dont il gravit rapidement les échelons hiérarchiques jusqu’à prendre la tête de l’exécutif de sa branche d’Ukraine occidentale.

Au sein de cette structure politique marquée par le nationalisme intégral de l’idéologue Dmytro Dontsov, il organisa un attentat contre le consul soviétique Maylov à L’viv (1933), puis ordonna l’exécution du ministre polonais de l’Intérieur Bronislaw Pieracki (1934), sanglant « pacificateur » de la Galicie et de la Volhynie.

Arrêté et condamné à mort, sa peine fut commuée en emprisonnement à vie.

Libéré au moment de l’invasion allemande de la Pologne en septembre 1939, il s’opposa à la ligne suivie par le dirigeant de l’O.U.N., Andriy Melnyk, qui avait pris la tête de l’organisation après l’assassinat de Konovalets par un agent de Staline.

Représentant les combattants de l’intérieur, Bandera, Stetsko et Choukhevytch contestèrent vivement la ligne suivie par les dirigeants émigrés, refusant notamment un alignement sur l’Allemagne et exigeant une intensification de la lutte contre les Soviétiques.

La rupture intervint dès février 1940 avec la création d’une branche révolutionnaire de l’organisation, l’O.U.N.-B. (B pour Bandera, qui adopta notamment le célèbre drapeau aux bandes rouges et noires) désormais distincte et souvent rivale de l’O.U.N.-M. (Melnyk), ce qui occasionna par moment des règlements de compte entre représentants des deux branches.

Circonspects vis-à-vis des Allemands, Bandera et ses partisans n’en négocièrent pas moins auprès de la Wehrmacht, la formation d’une Légion ukrainienne de 680 hommes constituée des bataillons Nachtigall et Roland.

L’O.U.N.-B. se prépara à prendre le pouvoir en Ukraine avec ou sans l’assentiment des Allemands : au moment de l’offensive hitlérienne de juin 1941 contre l’U.R.S.S., 5 000 à 8 000 éléments de l’organisation s’infiltrèrent en Ukraine soviétique.

Le 30 juin 1941 à L’viv, les représentants de l’O.U.N.-B. proclamèrent unilatéralement un État ukrainien indépendant sous la direction de Yaroslav Stetsko. Quelques jours plus tard, Bandera et plusieurs de ses partisans furent arrêtés par les Allemands chez lesquels avait prévalu la ligne funestement raciste et pangermaniste défendue par Hitler et nombre de ses exécutants, dont le sinistre Erich Koch, futur commissaire du Reich pour l’Ukraine.

Transféré à Berlin, Bandera fut ensuite interné au camp de concentration de Sachsenhausen jusqu’en septembre 1944. Dès lors, il refusa de s’associer au Comité national ukrainien créé avec l’aval des Allemands et entra dans la clandestinité alors qu’en Ukraine même, les résistants nationalistes de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (U.P.A.) dirigée par Roman Choukhevytch (alias Taras Tchouprynka), menaient un combat désespéré contre l’Armée rouge et les troupes du NKVD après avoir lutté contre les forces du Reich et les Polonais lors des tragiques événement de Volhynie en 1943 (une blessure mémorielle qui n'est toujours pas complètement cicatrisée entre les deux voisins slaves et que Moscou ne manque pas d’exploiter).

Après 1945, il resta en R.F.A. où il devint président de l’O.U.N.-B. en exil, mobilisa la diaspora et coordonna la résistance des derniers noyaux de l’U.P.A. jusqu’au début des années cinquante.

Très actif, il édita de nombreuses publications et suscita la création du Bloc antibolchevik des nations (A.B.N.).

Bête noire des Soviétiques qui redoutaient plus que jamais l’action des Bandéristes et autres « nationalistes bourgeois » ukrainiens, il fut l’objet de multiples attentats jusqu’à ce jour fatal d’octobre 1959, où il mourut assassiné par l’agent du KGB Bohdan Stachynskyi (1).

Aujourd’hui, la figure de Bandera reste éminemment controversée.

bandera 2.jpgHonoré dans la diaspora et en Ukraine de l’Ouest (plusieurs monuments ont été érigés à L’viv, Ivano-Frankivsk ou Ternopil’), il suscite des sentiments beaucoup plus mitigés dans le reste du pays qui vont jusqu’à la franche hostilité tant les effets d’une propagande soviétique mensongère qui le dépeint comme un simple collaborateurs des nazis et un abominable massacreur de Juifs (accusations sans fondements) ont porté leurs fruits, en particulier dans cette poche de soviétisation et de russification extrême que constitue le Donbass, avec les résultats que l’on connaît depuis bientôt deux ans.

Ces mensonges et contrevérités continuent à êtres véhiculés par les nostalgiques du communisme, mais aussi et surtout par le Kremlin, en particulier depuis la « Révolution Orange » de 2004, qui dénonce l’« instrumentalisation de l’Histoire à des fins politiques », les multiples atteintes à l’« Histoire commune » (comprendre l’historiographie russo-soviétique, hégémonique en Occident qui englobe le « petit frère » ukrainien et lui dénie toute histoire propre) et la « réhabilitation des collaborateurs des nazis » en Ukraine. Le pouvoir russe actuel sacrifie en fait à une tradition moscovite immuable, celle de vouer aux gémonies toutes les figures et événements historiques qui rappellent au monde entier que les Ukrainiens ne sont pas des Russes et qu’ils n’ont jamais cessé, comme l’affirmait Voltaire, de lutter obstinément pour leur liberté et la reconnaissance de leur identité.

Ce phénomène récurrent s’est depuis intensifié sous la forme d’un Blitzkrieg médiatique malheureusement efficace visant à sidérer et hystériser des pans entiers des populations russes ou russophones d’Ukraine, avec un certain succès (sans parler des relais occidentaux cyniquement instrumentalisés et menés en bateau, qu’ils soient sincères ou simplement stipendiés), en présentant notamment les événements de l’hiver 2013-2014 et ceux qui ont suivi comme un remake de la « Grande guerre patriotique » qui assimile la lutte contre les patriotes et nationalistes ukrainiens à celle menée par les grands ancêtres soviétiques contres les « fascistes » (usage d’une rhétorique vintage dans laquelle la « junte fasciste de Kiev » côtoie, entre autres, les prétendues exactions des « bataillons punitifs »), sans parler aussi des délires sur Gladio, les manipulations des services occidentaux et tout un fatras indigeste et confus qui en dit plus long sur leurs auteurs qu’il n’en reflète des réalités plus nuancées et complexes. Stepan Bandera n’était certainement pas un enfant de chœur, mais sûrement pas le monstre qu’une propagande virulente et diabolisante continue de dépeindre sur un mode obsessionnel. Il fut quoi qu’il en soit, malgré ses failles et ses limites dans un contexte historique troublé et extrême, l’incarnation d’un nationalisme intransigeant inaccessible à tout compromis et à toute corruption, ce qui constitue plus que jamais un symbole puissant et agissant dans des franges croissantes de l’opinion ukrainienne, ce qu’il convient donc d’éradiquer, du côté du Kremlin et de ses soutiens inconditionnels.

Pascal Lassalle / C.N.C.

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Note 1 : Il n’existe à ce jour aucune biographie en français sur Bandera. L’histoire du nationalisme ukrainien reste encore une terra incognita dans notre pays.

Christophe Dolbeau a rédigé un formidable outil de travail et de mémoire avec son Petit dictionnaire des résistances nationales à l’Est de l’Europe, 1917 – 1989 face au bolchevisme (Première édition chez Artic, en 2006, réédition chez Akribéia en 2015) dans lequel on trouve une partie très complète sur l’Ukraine.

L’ouvrage de l’Italien Alberto Rosselli, La résistance antisoviétique et anticommuniste en Europe de l’Est de 1944 à 1956, a enfin été traduit en français, toujours aux Éditions Akribeia (Saint-Genis-Laval, 2009), avec un bon chapitre consacré à la lutte de l’U.P.A.

Roland Gaucher a naguère également parlé du combat des nationalistes ukrainiens dans son ouvrage L’opposition en U.R.S.S. 1917 – 1967 (Albin Michel, Paris, 1967).

Le journaliste Patrice de Plunkett, ex A.F. et G.R.E.C.E. (sous le pseudonyme de Patrick Louth) a aussi évoqué la lutte du chef de l’O.U.N.-B. dans le tome 2 de l’ouvrage collectif Les survivants de l’aventure hitlérienne (Éditions Famot, Genève, 1975), titre d’ailleurs très équivoque qui peut contribuer à entretenir la controverse sur l’action du chef nationaliste.

Dans son livre Safe for democracy : The Secret Wars of the CIA (Ivan R. Dee, Chicago, 2009), l’historien étatsunien John Prados, rappelle que la CIA considérait Bandera comme « anti-américain » et a refusé de le protéger, s’efforçant de convaincre le SIS britannique de faire de même.

Le lecteur intéressé pourra, le cas échéant, se référer à l’énorme fond documentaire de la Bibliothèque ukrainienne Symon-Petlura au 6, rue de Palestine dans le XIXe arrondissement de Paris.

Notons également que le cinéaste ukrainien Oles Yanchuk a évoqué la dernière période de la vie de Stepan Bandera dans un long-métrage réalisé en 1995, L’attentat, un meurtre automnal à Munich (Attentat, ossinnye vbystvo v Miounkheni / Assassination, an autumn murder in Munich). De nombreux documentaires , généralement bien faits, ont aussi été réalisés en Ukraine ces dernières années, sans parler des très nombreux ouvrages, inégaux, parus là-bas et non traduits.

28/12/2015

Chronique de livre: Michel Pastoureau "Noir : histoire d’une couleur"

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Michel Pastoureau, Noir : histoire d’une couleur

(Seuil, 2008)

Historien fort réputé tant par le sérieux de ses écrits que par l’originalité de ses thèmes phares (les couleurs, l’héraldique, le bestiaire médiéval…), Michel Pastoureau est un médiéviste que nous apprécions tout particulièrement au CNC (nous avions d’ailleurs déjà chroniqué son magistral L’Ours, histoire d’un roi déchu ici). Il a sorti, il y a quelques semaines Vert : histoire d’une couleur mais c’est son étude, un peu moins récente, sur la couleur noire qui va nous occuper maintenant.

Pastoureau part d’une idée de base : les couleurs et leurs symboliques sont culturelles et dépendent des époques, des peuples ou encore des systèmes de valeurs. La manière dont elles sont utilisées et perçues peuvent donc fortement différer d’une société à l’autre même s’il faut souligner, pour le noir en l’occurrence, que l’on trouve parfois de sérieuses similitudes entre nombre de cultures. En effet, depuis le néolithique (et même avant), le noir est logiquement associé aux ténèbres des origines, à la nuit, à la peur. C’est une couleur inquiétante qui caractérise les divinités de la nuit (Nyx en Grèce, Nott chez les Germains…) ou de la mort (en Egypte, le dieu embaumeur Anubis a les chairs noires) mais également les lieux souterrains comme les grottes, les cavernes ainsi que les enfers, l’Hades grec en étant le meilleur exemple. A Rome, c’est logiquement la couleur de la mort qui habille, dès la République, les magistrats participant aux funérailles, origine en Europe du noir porté pour le deuil. Le noir, c’est aussi, dès l’origine, la couleur de la fertilité, de la terre, des déesses noires. Elle symbolise donc, dans le système trifonctionnel antique et médiéval, les artisans et les producteurs (le blanc étant en général la couleur des prêtres et le rouge, celle des guerriers).

Dans les sociétés traditionnelles européennes, le noir est une couleur impressionnante, certes, mais pas forcément négative. C’est tout différent de ce que l’on trouve dans la Bible où cette couleur est honnie, mauvaise, sale, signe de péché alors que le Blanc est son parfait contraire dans son symbolisme de vie et de pureté. Le noir, c’est Satan, les enfers, la marque du négatif (les animaux de cette couleur sont donc forcément peu recommandables…). Le christianisme en Europe reprend, en  grande partie, les considérations de la Bible sur le noir même si cette couleur peut parfois représenter quelques vertus (elle est par exemple signe d’humilité et de tempérance, raison pour laquelle des ordres religieux comme les bénédictins l’adoptent pour leur habit). L’époque féodale est celle où le noir est au summum de son caractère négatif, c’est la grande période du « mauvais noir » et parallèlement celle où le diable et ses suppôts deviennent extrêmement visibles en Europe. Dans le système des 7 péchés capitaux qui se met en place autour du 13ème siècle, le noir représente en outre l’avarice et la colère. Le noir n’aura cependant pas aussi mauvaise presse durant tout le Moyen Age car, à partir du 14ème siècle, il devient populaire et est notamment promu par la mode vestimentaire de l’époque. Même s’il reste une couleur associée aux diableries, il est porté par les grands de l’époque (le duc de Bourgogne Philippe le Bon en premier lieu) qui en font un signe de luxe mais il habille également les officiers des villes et des princes.  Si la noirceur a longtemps été un caractère de vilainie et de grande laideur (les femmes aux cheveux noirs par exemple), il devient un peu plus accepté dans l’apparence physique. Les considérations sur les peaux sombres changent et elles ne sont plus l’apanage des seuls traîtres tels Judas, des réprouvés de la société (usuriers, sorciers…) ou des sarrasins.  On les retrouve désormais dans les représentations de personnages éminemment positifs comme le Prêtre Jean, Balthazar le roi-mage ou Saint-Maurice.

La toute fin du Moyen Age voit le noir –comme le blanc d’ailleurs- devenir de plus en plus visible en Europe tout en étant considéré, finalement, comme une « non-couleur ». Avec la révolution de l’imprimerie, les images circulent abondamment et toujours en noir et blanc. Cela contribue à la « naissance d’un monde en noir et blanc » pour reprendre l’auteur qui souligne à quel point les images moyenâgeuses étaient, à l’inverse, polychromes. La période moderne voit en effet le noir triompher à tous niveaux. Promu au plus haut point par la réforme protestante (dans la mode vestimentaire par exemple où il est signe de simplicité, de discrétion et de refus du luxe), il accompagne également les mutations de sensibilités de cette époque. La mode du noir continue dans les sociétés européennes et devient surtout la couleur phare du christianisme dans ses manifestations temporelles. Il drape la foi et est présent tant chez les protestants et les puritains que chez les jésuites et les jansénistes. La religion s’habille alors en Europe de noir comme pour accompagner l’intolérance qui sévit partout, surtout au 17ème siècle. C’est la grande époque des croyances et des superstitions, des affaires sorcellerie et des manifestations du diable. Ce dernier est évidemment toujours associé à la noirceur, ses messes sont noires, ses serviteurs ont la peau sombre, les animaux qui sont censés y participer sont noirs (chats, boucs…)…

Si le noir sera parfois rejeté temporairement par effet de mode, dans l’habillement en France à certaines périodes du 18ème siècle ou par certains peintres, il va continuer, durant la période contemporaine, à être de plus en plus présent dans la société européenne. On le retrouve énormément durant la Révolution Française où il habille l’honnête citoyen. Globalement, il est un signe d’austérité, de sérieux ou d’autorité, on le retrouve sur ceux qui ont un pouvoir ou un savoir (juges, avocats, médecins…), qui portent un uniforme (policiers, douaniers) ou qui sont dans le monde des affaires. Dans capitalisme industriel et financier qui se met en place à partir du 19ème siècle des deux côtés de l’Atlantique, on retrouve nombre de protestants chez qui, on le sait, le noir est de mise. Ceux-ci vont par exemple longtemps l’imposer, consciemment ou non, dans leur production d’objets de la vie quotidienne qui resteront noirs ou sombres, alors qu’on avait les connaissances pour les colorer davantage. Tout cela est habillé de considérations éthiques et morales et un homme célèbre, comme Henri Ford par exemple, refusa toute sa vie de vendre et de produire des voitures de couleurs autres que noire… Le noir est aussi la couleur prédominante du quotidien des millions d’Européens depuis la seconde révolution industrielle. C’est la couleur de la fumée, de la crasse, de la pollution, des mines et de leurs « gueules noires ». Des régions entières changent d’aspect et le noir est la seule couleur à laquelle on pense lorsqu’on évoque des villes comme Londres au 19ème siècle. A cette époque, il devient emblématique de la vague romantique, de sa fatalité, de sa mélancolie et de son attirance pour la mort. Une culture nouvelle se crée et le met au premier plan, elle va des débuts de la littérature gothique en Angleterre au courant fantastique en passant par une œuvre telle le « Faust » de Goethe.

Au 20ème siècle, le noir est synonyme avant tout de cinéma (et de photographie). Là encore, ilmussolini.jpg dominera longtemps avant d’être détrôné par la couleur. S’il doit faire face à cette concurrence dans divers autres aspects, il n’en reste pas moins fort présent et apprécié dans la mode et le stylisme. Il est, en outre, la couleur rebelle par excellence (même si il devient de plus en plus commun et n’impressionne plus autant qu’avant) qui était celle des pirates quelques siècles auparavant et que l’on retrouve désormais chez les rockeurs par exemple. Son aspect politique est primordial et il se retrouve rarement porté par des modérés… Anarchistes, nihilistes, fascistes l’utilisèrent (et l’utilisent parfois encore…) et la SS en fera sa couleur phare. Malgré tout, Pastoureau estime que le noir se normalise peu à peu même s’il reste indéniablement associé aux superstitions anciennes ou actuelles… Même les changements de mentalité ne peuvent effacer la symbolique profonde d’une couleur qui a été parmi les plus importantes dans le système symbolique européen et que nous, au CNC, avons logiquement choisie pour nous représenter.

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

19/12/2015

7 films à voir ou à revoir sur l'Arrivisme et l'Imposture

A propos de l'arrivisme, Jules Renard écrivait dans son Journal que "l'arriviste est celui qui s'engage derrière vous dans une porte tambour et trouve le moyen de sortir le premier". Anti-aristocratique et anti-méritocratique, l'arrivisme, prélude à l'imposture, constitue un trait comportemental qui sied parfaitement à nos démocraties occidentales au sein desquelles l'exercice du pouvoir est capté par des élites confiscatoires qui se cooptent entre elles. Politique, économie, journalisme, art, liste non-exhaustive, l'arrivisme et l'imposture sont de mise pour qui veut exercer un quelconque pouvoir. Nul besoin d'être brillant. Un culot désinhibé et un carnet d'adresses étoffé suffisent. Mais puisque les élites n'ont pas le monopole de la bassesse, l'art de réussir à tout prix, par tous les moyens, se pratique à tous les étages de la société. Qui n'a jamais vitupéré contre son collègue peu doué en savoir-faire mais imbattable en faire-savoir ? Si le Septième art n'est pas exempt d'imposteurs dont le manque de savoir-faire est sublimé à coups de millions par une intelligensia artistique subventionnée, d'autres cinéastes, plus talentueux ceux-là, ont trouvé en ce vice un formidable et inépuisable sujet.

 

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APPELEZ-MOI KUBRICK

Titre original : Colour me Kubrick

Film anglais de Brian Cook (2005)

En Angleterre au début des années 1990, Alan Conway est un illustre anonyme. Pourtant, pendant des mois, Conway est parvenu à se faire passer pour l'un des plus talentueux réalisateurs de cinéma, en la personne de Stanley Kubrick. Conway ne connaissait pourtant rien du cinéaste, encore moins de son œuvre mais son talent de persuasion lui permit d'abuser de la crédulité de tous ceux qui pensaient côtoyer la discrète icône Kubrick. Le prétendu génie entend profiter au mieux de sa célébrité bien mal acquise pour vivre au crochet de ceux ravis de s'attirer ses faveurs. Bien évidemment, dans le cercle fermé des soirées londoniennes, il apparaît évident que la supercherie ne puisse durer éternellement...

Hilarante et pathétique histoire inspirée de faits réels, celle d'un homme qui avait fait de la mythomanie le fil directeur de sa vie. Lui, Conway, né Jablowski, homosexuel et pédophile abusant de son fils, qui se prétendait être rescapé des camps de concentration. L'imposteur est interprété avec l'habituel talent inouï de John Malkovich. Plus qu'une simple histoire de captation de l'identité de Kubrick, Cook, dont il s'agit du premier film, parvient à multiplier les clins d'œil à l'œuvre cinématographique du génialissime réalisateur qu'il connaissait bien, lui qui avait été son assistant réalisateur sur trois longs-métrages, dont un certain Barry Lyndon.

 

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BARRY LYNDON

Film anglais de Stanley Kubrick (1975)

Redmond Barry est élevé dans l'Irlande du 18ème siècle. A la mort de son père, le jeune Barry ambitionne de gravir l'échelle sociale. Amoureux de sa cousine, Barry élimine le prétendant de celle-ci, un officier britannique, lors d'un duel et est contraint de s'exiler. C'est en soldat britannique qu'il fera la guerre sur le continent européen avant de déserter et rejoindre les armées prussiennes de Frédéric II. Tandis que Barry apprend que l'officier britannique a finalement survécu, l'intrigant se voit confier la mission d'espionner le chevalier de Balibari. Barry devient son protégé et est introduit dans la haute société européenne. Il devient bientôt l'amant de la riche Lady Lyndon. Apprenant l'adultère de son épouse, son mari sombre dans la dépression et meurt de chagrin. La riche Lady Lyndon épouse en seconde noce le jeune ambitieux et lui donne son nom...

Qu'il est difficile de résumer certains films de Kubrick tant l'intrigue est compliquée et généreuse en rebondissements ! Barry Lyndon est très certainement LE chef-d'œuvre kubrickien par excellence et est une adaptation fidèle du roman éponyme de William Makepeace Thackeray. La photographie est tout simplement somptueuse, la lumière magnifique, la bande-originale enivrante et les cadrages époustouflants ont valeur de tableaux. Kubrick dépeint à la perfection et avec une subtilité et une lucidité rares la vie d'un petit intrigant fauché dont l'ambition n'a d'égale que son audacieuse perversion désinhibée. Un film de trois heures maîtrisé de bout en bout par Maître Kubrick. Il est interdit de ne pas le voir !

 

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CHOSES SECRETES

Film français de Jean-Claude Brisseau (2002)

A Paris, Sandrine est serveuse dans un bar de nuit dans lequel Nathalie effectue des danses érotiques. Nathalie prend la défense de Sandrine après que le patron lui ait demandé de choisir entre la prostitution ou le licenciement. Les deux filles sont renvoyées sur le champ. Nathalie héberge sa nouvelle amie quelque temps. Soucieuses d'entrevoir enfin le bout du tunnel, les deux jolies jeunes femmes décident d'utiliser leur pouvoir de séduction pour gravir l'échelle sociale. Embauchées dans une grande société des Champs-Elysées, elles se jouent d'un certain nombre de supérieurs hiérarchiques avant de jeter leur dévolu sur Christophe, héritier et futur dirigeant de la société. Un seul impératif : ne jamais tomber amoureuse ! Mais il se pourrait bien que les jeunes femmes trouvent leur maître en celui-ci...

Porno soft chic ou quintessence des obsessions métaphysiques du cinéaste, une chose est sûre, le film ne laissera pas indifférent. Il est vrai que le scénario peut paraître convenu et caricatural. Le cinéaste parvient néanmoins à présenter une brillante satyre de la force d'attraction sexuelle, de l'ambition nécessairement empreinte d'arrivisme et des jeux de pouvoir et d'asservissement qui s'exercent au sein de l'entreprise. D'aucuns jugeront le film comme un mauvais roman de gare, d'autres se délecteront de ce conte cruel qui n'aurait pas laissé indifférents Sade ou Choderlos de Laclos. En revanche, la beauté plastique de Sabrina Seyvecou, Coralie Revel et Blandine Bury feront l'unanimité.

 

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COMMENT REUSSIR QUAND ON EST CON ET PLEURNICHARD !

Film français de Michel Audiard (1974)

Antoine Robineau exerce le modeste travail de démarcheur en apéritif de vermouth frelaté. La succulence de son produit n'est donc pas son meilleur atout. Alors le commercial emploie une bien curieuse méthodologie de vente pour conclure ses négociations. C'est en apitoyant son monde sur son sort et sur les malheurs du monde qu'il parvient à réussir ses ventes. Aussi, enterre-t-il sa mère lors de chaque rendez-vous. Et pour ces dames ? Le pourtant peu bellâtre Robineau n'aurait pas idée de s'y prendre d'une autre manière ! Et les conquêtes ne sont pas rares. Mais lorsqu'il rencontre une richissime nymphomane suicidaire, épouse cocue du directeur d'un palace, le geignard se rend immédiatement compte que l'occasion est à ne pas louper pour asseoir définitivement son ascension sociale...

Jean Carmet est irrésistible dans le rôle de ce Calimero chétif et paumé mais moins fragile et plus assuré qu'il n'y paraît. On préférera toujours le Audiard dialoguiste au réalisateur mais sa Réussite sociale pour les Nuls est un succès et réserve bien entendu de nombreuses pépites dans les dialogues. "Un minable qui vit sur sa réputation, ben, c'est comme un champion qui ne mettrait jamais son titre en jeu.", il y a du Céline bien évidemment chez Audiard. Et si l'histoire peut paraître redondante, de même si le réalisateur ne s'est soucié d'aucune esthétique, il y a beaucoup de plaisir à prendre dans cette comédie satirique qui a néanmoins pris quelques rides. Peut être le meilleur Audiard en tant que réalisateur.

 

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FOLIES DE FEMMES

Titre original : Foolish Wives

Film américain d'Erich von Stroheim (1921)

Les turpitudes du comte Sergius Karamzin et de ses cousines, les princesses Olga et Vera, font scandale à Monte-Carlo, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Prêt à jouir de tout ce dont la luxueuse ville monégasque peut lui offrir, le comte courtise la femme de l'ambassadeur des Etats-Unis, Helen Hughes, et en profite pour tenter de la rançonner. La jalouse servante et maîtresse du comte l'enferme en compagnie de Madame l'ambassadeur dans la tour d'une villa avant de l'incendier. Karamzin est bientôt prié de quitter la Principauté. La noblesse et la bourgeoisie ont certainement l'habitude de telles frasques. Mais voilà ! Karamzin, Olga et Vera, démasqués, ne peuvent prétendre à aucun titre de noblesse. L'usurpation et l'imposture ne font bénéficier d'aucune mansuétude dans ce petit monde. Rejeté par ses fausses princesses, le Don Juan Karamzin se réfugie chez son ami Ventucci, faux-monnayeur de son Etat, dont il viole la fille...

De nationalité austro-hongroise ayant émigré aux Etats-Unis dès 1909, Erich von Stroheim compte parmi les plus grands réalisateurs du Septième art muet. La présente réalisation témoigne de son génie et figure au rang des chefs-d'œuvre. Stroheim avait engagé, il est vrai, tous les moyens nécessaires en reconstituant Monte-Carlo en rase campagne hollywoodienne. Le film fut coupé de nombreuses saines par la censure. Le formidable climat de perversité choquait la puribonde société américaine. Il reste un formidable portrait d'un faux aristocrate, campé par Stroheim lui-même, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Une formidable diatribe contre la haute société pétrie d'hypocrisie et soumise à l'argent et au sexe. Quel dommage qu'un certain nombre de bobines aient été détruites ou perdues. Le premier montage du film avoisinait les cinq heures remontées en 146 minutes. A voir absolument !

 

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LA PETITE LILI

Film français de Claude Miller (2003)

Actrice célèbre, Mado passe ses vacances estivales dans sa résidence secondaire de Bretagne en compagnie de son frère, Simon, de Brice, son amant et réalisateur, et de Julien, son fils qui caresse l'espoir de devenir un jour cinéaste. Les relations entre la mère et le fils s'avèrent également souvent ombrageuses ; le fils reprochant à sa mère et son amant de produire un cinéma uniquement commercial. L'idéaliste Julien est fou amoureux de la belle Lili qui s'ennuie fermement dans son pays morbihannais et rêve de monter à Paris et devenir comédienne. Puisqu'il faut un début à tout, Lili tourne dans le premier film expérimental de Julien et ne refuse pas ses avances. Mais en réalité, c'est Brice que Lili ambitionne de séduire. Cinéaste déjà reconnu, Brice a la faculté de faire prendre de sérieux raccourcis à la jeune femme plutôt que végéter avec un réalisateur en herbe. Brice propose bientôt à Lili de l'accompagner à Paris en même temps qu'il n'est pas insensible aux charmes de l'actrice débutante...

Librement inspiré de La Mouette d'Anton Tchekhov, le film est divisé en deux parties de qualité inégale. La première moitié qui prend place dans le paradis de l'Île-aux-Moines se révèle être d'une parfaite maîtrise. Par le truchement de protagonistes autocentrés sur le cinéma, Miller dresse en filigrane un constat doux-amer sur le Septième art au sein duquel les préoccupations artistiques élitistes des jeunes années, portées par Julien, laissent nécessairement la place à des obligations commerciales pour qui veut percer et persévérer dans la profession, à l'image de Brice. Quant à Lili, arriviste finalement malgré elle, elle aura l'occasion de mesurer que les projecteurs ne scintillent pas toujours de mille feux. Seul, Simon, le frère de Mado est étranger à ce monde blessé et blessant sur lequel il tente de veiller avec toute la bienveillance d'un vieux râleur. Jean-Pierre Marielle est époustouflant dans ce rôle.

 

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LE RETOUR DE MARTIN GUERRE

Film français de Daniel Vigne (1982)

Avril 1542, Martin Guerre revient dans son village d'Artigat après huit années passées à guerroyer dans les armées de François 1er. Malgré cette longue absence, Martin conserve le parfait souvenir de chacun des habitants. Guerre retrouve son épouse, Bertrande de Rols, tous les deux riches héritiers des familles les plus fortunées du pays ariégeois. Le mariage célébré avant la disparition de l'époux était un échec évident. Guerre parvenait avec difficulté à enfin féconder son épouse, devenant la risée des charivari, tandis qu'il se querellait fréquemment avec son père. Mais tout change à son retour. Guerre est méconnaissable et leurs retrouvailles témoignent brutalement d'un mariage heureux. Oui, Guerre a bien changé. Trop aux yeux de certains membres de la famille et villageois qui doutent bientôt de sa véritable identité...

Thriller médiéval. Si la juxtaposition des deux termes peut paraître anachronique, c'est bien de cela dont il s'agit dans cette plaisante évocation de la vie quotidienne de la paysannerie du Comté de Foix au 16ème siècle. La reconstitution des décors est parfaitement soignée et ravira les férus d'histoire médiévale. Un soin tout particulier est également apporté à la lumière qui n'est pas sans rappeler la peinture flamande ou celle des frères Le Nain. Nathalie Baye et Gérard Depardieu soutiennent de tout leur talent le film. Sans dévoiler la fin, le titre de la chronique indique évidemment que Martin Guerre est bien un imposteur. Mais Vigne parvient avec talent à maintenir l'intrigue tout au long de sa réalisation. A voir !

Virgile / C.N.C.

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14/12/2015

Chronique de livre: Yann Le Bohec « La guerre romaine »

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Yann Le Bohec « La guerre romaine » (58 avant J.-C. – 235 après J.-C.)

Tallandier (collection L’art de la guerre, 2014)

Le constat de l’auteur est sans appel : l’armée romaine a été l’armée la plus efficace de l’Antiquité. Voire peut-être même de l’histoire. Avec cette synthèse claire et détaillée venant couronner quarante années de recherches, Yann Le Bohec, l’un des plus grands spécialistes de la Rome antique et de son armée, nous livre un travail précieux dont l’intérêt est loin de n’être que strictement historique. L’histoire est enseignements et lorsque l’on voit le piteux état de nos forces armées aujourd’hui, on se dit que l’Etat-major serait fort avisé d’aller prendre quelques leçons chez les anciens… En cinq chapitres couvrant tous les aspects de la guerre romaine, Yann Le Bohec explore l’armée comme institution, sa stratégie, sa tactique, son environnement et surtout la manière dont les Romains vivaient et percevaient la guerre. Leur psychologie, basée tant sur la religion que sur le droit, est en effet un élément fondamental pour comprendre comment ils sont arrivés à une telle excellence dans l’art de guerroyer.

L’armée romaine de l’empire a bien sûr trouvé ses bases dans l’armée républicaine mais a été changée en profondeur par Auguste. En plus de faire de l’empereur le chef suprême de l’armée, celui-ci en fit une armée permanente, professionnelle et sédentaire. Impressionnante par ses effectifs (plus de 300.000 hommes en 23), l’armée ne l’était pas moins par son recrutement de qualité. N’étaient sélectionnés comme légionnaires que des hommes libres choisis après un examen approfondi de leurs aptitudes, de leurs compétences et de leur morale : le dilectus. Ces citoyens étaient la colonne vertébrale d’une armée qui comptait en plus de ses légionnaires bien d’autres unités auxiliaires employant des alliés de Rome ou des étrangers. Les affranchis et les esclaves ne furent employés que dans des cas extrêmes car, dans les mentalités de l’époque, ils étaient considérés comme indignes de porter les armes... Cet aspect qualitatif du recrutement n’était pas la seule force de l’armée. L’encadrement des soldats en était le second pilier. Il était dû à une hiérarchie efficace, formée et toute dévouée au service de l’Etat. D’origine sénatoriale ou équestre, les officiers étaient tenus de montrer leur virtus en offrant le meilleur d’eux-mêmes. C’est une réelle culture de l’exemple. Il est donc essentiel de le souligner : les valeurs romaines sont indissociables de la manière dont la guerre est pensée et vécue. La fides et l’honneur en sont les clés de voute. La valeur individuelle du combattant et son comportement au combat s’allient à la discipline collective. Cette dernière était si importante dans l’armée qu’elle avait même été divinisée à partir d’Hadrien! La discipline se retrouvait dans l’exercice que les Romains considéraient presque comme une science. Mêlant sport, exercices individuels ou collectifs (dont les manœuvres et mouvements étaient le but ultime), l’exercice était vu comme le moyen de garantir le bon comportement du soldat à la guerre ainsi que son obéissance totale. La conclusion est simple : le légionnaire romain est un guerrier de qualité extrêmement bien préparé à la guerre, tant physiquement que moralement.

La qualité de l’armée romaine venait aussi de sa polyvalence et de sa capacité d’adaptation à toutes les situations. A l’aise dans toutes les formes de combat, elle n’a jamais hésité à emprunter aux autres peuples ce qui pouvait parfaire son efficacité. L’héritage grec fut ici aussi fondamental, notamment en ce qui concerne la poliorcétique (l’art du siège). Par ailleurs, l’armée romaine se caractérisait par une tactique de combat où rien n’était laissé au hasard. La logistique, les services, le génie, le renseignement, la santé et les transmissions avaient été développés comme dans aucune autre armée de l’antiquité. La stratégie, à savoir la mise en œuvre des divers moyens de gagner, était très étudiée et les conflits étaient préparés par des actions politiques ou diplomatiques et s’appuyaient sur une économie prospère.

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Bien loin d’être le peuple belliqueux que certains ont pu décrire, les Romains considéraient la guerre comme un mal nécessaire et non une fin en soi. L’auteur démontre d’ailleurs que, contrairement à une idée tenace, Rome n’a jamais eu de projet impérialiste à proprement parler. Elle a mené des guerres tant défensives qu’offensives au gré des circonstances et sans réelle préméditation ou plan d’ensemble. Pourquoi alors faisait-on la guerre ? Les raisons étaient multiples (politiques, sociales, économiques, militaires) mais souvent liées à la psychologie collective : la peur de l’ennemi ; la protection de Rome (patriotisme) ou d’alliés de Rome ; le goût de la domination ou du butin… Une certaine passion immodérée de la guerre a bien sûr toujours existé et des personnages comme César ou Trajan en sont les plus emblématiques. Les Romains ont certes pu déclencher des guerres d’agression sous des prétextes fallacieux mais de nombreux exemples démontrent leur volonté de limiter et de réguler les conflits. Ils considéraient d’ailleurs la guerre civile comme l’horreur absolue... Idéalement, la guerre devait être juste (Cicéron) et limitée (les Stoïciens) mais, une fois commencée, elle devait être victorieuse coûte que coûte, quel qu’en soit le prix. En effet, la victoire amenait la paix et donc la prospérité, la felicitas, sur le peuple romain. N’oublions pas que la victoire, dans les premiers temps de Rome, avait été divinisée… La religion était indissociable de la guerre. Les soldats étaient très pieux et participaient, au sein des garnisons, à de nombreuses cérémonies religieuses. La religion était omniprésente, qu’on pense aux présages des dieux avant le combat (les auspices) ou à toutes ces cérémonies qui bornaient le temps militaire et lui donnaient un réel « rythme sacral ». La fin des campagnes, en octobre, était ainsi l’occasion de trois cérémonies de première importance : l’equus october (course de char), l’armilustrium (purification des armes) et la fermeture des portes du temple de Janus afin de retenir la paix, vue par les Romains comme l’état le plus positif qui soit.

La grande qualité de l’ouvrage de Yann Le Bohec réside non seulement dans l’exhaustivité de son propos (vous apprendrez tout sur la vie quotidienne des soldats, leurs équipements, le détail des différentes unités ainsi que sur l’histoire de l’armée en tant que telle) mais aussi dans la réflexion qu’il mène sur la guerre à partir de multiples exemples historiques ou philosophiques. Objectif, il montre bien que cette armée puissante et organisée avait également ses faiblesses. A partir du 3ème siècle, la conjoncture défavorable pour l’empire accompagnée de l’oubli progressif des préceptes qui avaient fait son efficacité dans le passé sonneront peu à peu le glas de la grande armée romaine.

Rüdiger / C.N.C.

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10/09/2015

Fiche de lecture: "La cité antique" de Fustel de Coulanges

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PARCOURS DE FUSTEL DE COULANGES

Né en 1830 à Paris, il est le fils d’un officier de marine Breton. Elevé par son grand-père, il fait ses études à Paris. Il intègre l’Ecole normale supérieure (ENS) et se passionne pour l’Histoire. Devenu enseignant, il participe à des fouilles archéologiques en Grèce grâce à l’Ecole d’Athènes, en 1853. Il enseigne ensuite quelques temps à Amiens et soutient deux thèses en 1858, l’une portant sur Polybe pour la Grèce et l’autre sur la déesse Vesta, pour Rome. En 1860 il est professeur d’Histoire à Strasbourg (où un lycée porte toujours son nom). Rapidement, il s’illustre et ses cours sont très suivis. C’est à partir de ses démonstrations qu’il rédige et publie la Cité Antique, en 1864. En 1870 il devient le directeur de l’ENS. En 1888 il publie un ouvrage sur la conquête franque de la Gaule où il relativise l’importance de cette dernière. Il meurt en 1889 alors qu’il préparait la rédaction d’un ouvrage historique portant sur l’histoire de la France, depuis les origines jusqu’à la Révolution.

Connu de son vivant, admiré pour sa rigueur et sa démarche « apolitique » (pour lui, une perception idéologique de l’Histoire ne pouvait que fausser les conclusions), Fustel de Coulanges est un immense auteur et historien qui mérite encore d’être lu au début du XXIème siècle.

 

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LA CITE ANTIQUE

L’ouvrage est une démonstration simple et claire des prises de position de Fustel de Coulanges quant à l’émergence des sociétés antiques Grecque, Romaine et Hindoue.

Le parallèle entre les trois sociétés est fait en permanence dans le livre et l’on passe naturellement, dans un même chapitre, des rivages de l’Indus à ceux de la Méditerranée.

On est loin du  style académique et ampoulé de la fin du XIXème siècle. Le livre, bien que puisant dans des sources antiques, est volontairement accessible. L’écriture, très vivante, nous plonge dans l’esprit des peuples Indo-européens, à une époque antérieure de plusieurs siècles à celle d’Homère. Fustel de Coulanges lui-même ne situe pas dans le temps les époques évoquées…

La démonstration consiste à expliquer que les conceptions religieuses des premiers Européens ont façonné les règles des sociétés archaïques. Selon l'auteur, l’Antiquité Classique, celle des philosophes Grecs, des Dieux de l’Olympe, d’Alexandre, de César et de Cicéron, est déjà une époque très tardive. Pour comprendre cette antiquité proche et les règles qui l’innervent il faut remonter à des temps bien plus anciens.

L’œuvre, d’une clarté et d’une logique imparable, est encore aujourd’hui très largement recommandée et étudiée dans les cursus d’Histoire ou encore d’Archéologie…

 

- Conceptions autour de la mort

Les Anciens (on peut parler ici de Grands Anciens tant l’époque est lointaine…) croyaient en la survie de l’être après la mort. Néanmoins, contrairement aux croyances actuelles, ils ne croyaient pas en la translation de l’âme vers un « ailleurs » (Paradis, Enfers, Nirvana, Grand Tout Cosmique, l’Univers, etc.). Les Anciens croyaient que l’âme restait physiquement attachée à la terre et plus particulièrement à un lieu : le tombeau.

Les morts, bien qu’invisibles, vivaient physiquement auprès de leurs tombes et nécessitaient les mêmes biens que ceux nécessaires aux vivants. Ainsi les défunts, pour exister éternellement heureux dans la mort, devaient-ils être nourris. Des offrandes funèbres devaient leurs êtres régulièrement livrées, sous peine d’être affamés et malheureux dans la mort et d’ainsi devenir des spectres malfaisants.

Seuls les membres de la famille étaient admis à rendre ces offrandes. En faisant ainsi, on s’octroyait la bienveillance des ancêtres qui devenaient de véritables petits dieux, les dieux d’une seule famille. Les dieux domestiques.

Chaque famille avait sa religion, son culte.

Il est à noter, dans ces croyances, qu’une conduite vertueuse ou scélérate n’influait en rien l’existence post-mortem. Nous avons affaire à une religiosité amorale.

 

- Le foyer domestique

Ces croyances concernant les mânes des ancêtres étaient incarnées dans la maison par une flamme perpétuelle, le foyer domestique. Ce feu sacré ne devait jamais s’éteindre. Il était alimenté par des essences de bois spécifiques. Des prières et des offrandes, particulières à chacune des maisonnées (chaque maison à sa religion), lui étaient rendues. A des dates particulières on se réunissait autour de lui pour l’honorer.

Chaque culte est secret, aucun étranger n’y est admis sous peine de souiller les rites.

 

- La famille archaïque, l’héritage et le droit de propriété

Une famille de l’antiquité lointaine c’est avant tout une communauté liée par un même culte, une même religion. Les liens du sang y jouent donc un rôle majeur.

C’est le père qui est le chef de famille et le « grand prêtre » du culte. Il a autorité de vie et de mort. Il a surtout le rôle de reconnaître ou non les nourrissons mâle, tache vitale car ce sont ces derniers qui devront veiller sur le foyer domestique à l’avenir. Sans descendance, pas de perpétuation de la religion et donc errance des Mânes… Le célibat est donc logiquement interdit. C’est le fils aîné, celui qui perpétue le culte, qui hérite.

Cela ne signifie pas néanmoins que les « mineurs » (femmes, frères, enfants, etc…) ne jouent pas un rôle important. Ils jouent des rôles cruciaux dans le culte rendu aux Mânes (ravivage de la flamme, initiation au culte, apprentissage des prières, etc.)

L’ensemble des cérémonies (mariage, naissance, décès, etc.) sont associés aux dieux du foyer.

Les ancêtres étant attachés à une terre précise, cette dernière est inaliénable. On ne peut s’en défaire, la famille y est fixée pour toujours. Les dieux Termes gardent les bordures de ce royaume familial.

 

- Les clans

Au gré des générations la famille s’agrandit, en fait une famille, une gens en latin(qui donne « gène » en langue française), peut être composée de plusieurs centaines de membres rendant un culte à des ancêtres communs.

Au fil des générations des familles se sont associées. On assiste alors à une transposition du culte familiale à une échelle plus grande. On trouve un ancêtre commun, on dresse un autel et on allume une flamme perpétuelle et sacrée qui associe les membres de la communauté par des liens inaliénables.

 

- La Cité

Puis les clans s’associent dans le même schéma, et on assiste alors à l’émergence de la Cité. Par ce mécanisme logique on se rend compte que c’est le droit particulier (et surtout le culte dont il découle) qui a précédé le droit commun. La création d’une Cité suppose un rite de fondation. On dresse un autel, on allume une flamme… (Le feu de Vesta pour Rome). La ville n’est au départ que le lieu où résident les divinités communes.

On se rend compte ici que la Cité antique est en réalité une confédération de familles et de clans (Curies, Phratries, Tribus), dominée par un roi.

La Cité n’est donc pas une création politique, mais avant tout une entité religieuse. Chaque ville est « sainte ». Les citoyens sont liés par un culte commun. La Cité ne partage pas ses dieux et ces derniers ne peuvent qu’intercéder pour les membres de la communauté. En tant qu’Athénien, je ne peux aucunement rendre hommage aux dieux de Thèbes ou de Sparte.

La pire des condamnations, dans ce monde, est loin d’être la mort. La pire des peines c’est le bannissement et la perte de citoyenneté. Cette mesure prive en effet l’individu de ses ancêtres et de ses dieux. Il ne pourra trouver sépulture et donc repos et félicité dans l’après vie…

Les charges de la Cité (Royauté, magistrature, etc.) sont avant tout des fonctions de prêtres.

Certains rituels impliquent la présence de l’ensemble des citoyens. Ainsi est-il nécessaire de tenir une comptabilité rigoureuse des naissances et décès. Le recensement est un acte religieux avant d’être un acte civil. L’autorité de la Cité est quasi-illimitée car celle-ci est de nature religieuse. La vie privée et les individualités ne comptent que peu.

La Cité est une Eglise… Il n’existe aucune distinction entre le spirituel et le temporel.

 

- Les révolutions mettent à mal le régime des Cités

L’aspect inégalitaire de ce système apparaît évident. Les familles s’agrandissent, des branches cadettes apparaissent nécessairement. Des relations de soumission s’instaurent car seuls les fils aînés peuvent hériter.

Une classe d’inférieur, de clients se met aussi en place. Cette classe ne dispose d’aucun droit sauf celui qu’acceptent de lui octroyer ses maîtres de bonnes familles nommés patriciens.

Les plébéiens (terme très connu concernant Rome), forment une classe encore inférieure. Constituée de populations assujetties, la plèbe ne possède pas d’ancêtres ni de cultes, elle n’est donc virtuellement… rien. 

Une première révolution s’installe lorsque les rois perdent leurs fonctions temporelles pour ne garder que la prêtrise (Ex : Rome, Sparte, Athènes). Les aristocrates les remplacent (Fronde inversée) à la tête politique de la Cité.

Une seconde révolution s’instaure lorsque les conditions d’héritage s’assouplissent et que les clients s’émancipent.

Une troisième révolution est inaugurée lorsque la plèbe revendique et obtient des droits politiques (Ex : instauration du Tribun de la plèbe à Rome).

Ces révolutions permettent l’émergence d’une nouvelle répartition des fonctions sociales fondée sur la richesse et non plus sur la lignée. Le rôle du suffrage prend une part de plus en plus importante (émergence de la démocratie).

 

- Disparition des Cités-Etats

L’émergence de la philosophie et de nouvelles croyances religieuses rendit les anciens cultes obsolètes. Toutes les fondations de la société antique en furent bouleversées. On ne pensa plus que les morts vivaient d’offrandes dans leurs tombes… Leurs âmes devaient nécessairement rejoindre un lieu (Champs-Élysées), ou le néant (Epicure).

Le culte des Mânes et du Feu s’altéra.

Puis, un jour, une petite Cité d’Italie Centrale cessa de jouer le jeu qui se tramait depuis des siècles et se mit à conquérir et assujettir ses voisines. On ignore comment ou pourquoi… Poussée par des révolutions internes et des guerres civiles, Rome eu soif de conquête et ne trouva partout qu’une résistance relative tant les anciennes croyances s’étaient détériorées. Les patriotismes locaux s’étaient éteints. En quelques siècles un empire fut formé et Rome administra partout.

Puis, la suite est connue, la citoyenneté romaine devint courante et le Christianisme apparut, ce qui fut une révolution anthropologique majeure. En effet, il y eut désormais une distinction entre le monde des cieux et le monde terrestre. Auparavant les hommes vivaient entourés de leurs dieux, désormais Dieu règne, mais depuis un ailleurs.

Le terrain avait était largement préparé par les philosophes.

Tout fut bouleversé, les temples, le droit, les traditions, les mœurs, etc.

Le monde antique disparut.

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Jacques THOMAS pour le Savoir pour tous et le C.N.C.

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