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16/12/2012

Méridien Zéro #123: "Réflexions sur la Syrie et l'Iran

Ce dimanche, Méridien Zéro vous propose d'écouter la conférence donnée récemment par Robert Steuckers à l'initiative du Cercle Non Conforme. Cette conférence porte sur l'histoire et l'actualité géo-politique de la Syrie et de l'Iran.

Enregistrement et montage réalisés par Lord Igor et Wilsdorf.

robert steuckers, syrie, iran, conflit, islam

DIFFUSION DE L'EMISSION LE DIMANCHE 15 DECEMBRE


          

14/12/2012

Entretien avec Marion Sigaut - Les Lumières et l'essor du capitalisme

 Entretien avec Marion Sigaut - Les Lumières et l'essor du capitalisme

Marion Sigaut, historienne, nous explique comment le mouvement des Lumières a activement promu le capitalisme montant et attaqué frontalement les protecteurs du peuple : l'Eglise Catholique et la royauté.
Une occasion également pour faire le lien avec le contexte politique et économique actuel.

Source : http://www.avantgardeeconomique.fr

Page Facebook : http://www.facebook.com/Avantgardeeconomique

27/11/2012

Réussir son premier duel...

Eléments de méthode à l’usage des jeunes gens

Il n’est rien de plus gai que de se lever tôt, un matin de semaine, pour rejoindre la voiture qui nous conduira aux abords de Paris, afin de se livrer à ce qu’on appelle pudiquement une rencontre. De l’exercice de la veille chez l’armurier Gastine-Renette aux pulsations qui nous brisent les tympans à l’« Armez ! » que hurlent les témoins, l’attention du duelliste n’a qu’un objet : l’adversaire qu’il toise jusqu’à ce qu’au « Tirez ! » un rideau de fumée blanche ne le fasse disparaître à ses yeux.

 Si le duel est une rencontre entre deux hommes – mesdames, continuez à nous offrir de belles raisons de nous battre et attendez notre retour ! – il est d’abord et surtout une rencontre entre soi et soi. Serai-je suffisamment brave pour tenir fermement mon épée le moment venu ? Aurai-je assez de sang-froid pour qu’aucun mouvement réflexe ne vienne me couvrir de honte aux yeux de mes témoins ? Il est bien légitime que chaque jeune homme s’interroge à ce sujet.

Par bonheur, notre siècle reconnaît au duel le rôle de régulateur social qu’il dénie au droit. On imagine avec peine un homme digne de ce nom consentir à porter devant les tribunaux une affaire de mœurs ! Le ridicule ne serait pas sinistre si les avocats n’étaient gens à donner raison à l’amant sur le mari.  Non qu’un mari ait toujours raison, bien au contraire : comment peut-il espérer reconquérir la femme qu’il a perdu en lui tendant le prononcé du jugement ? De même, l’homme du monde accompli se refusera à vider une querelle à coup de poings. « Sans duels, pas de salons, il n’y a que des cabarets » répétait le Maréchal Clauzel.

 Telles sont les raisons qui nous amènent à notre propos. Point ne sera question des duels de curiosité, des combats à plaisances, qui divertissent les dames, ni des combats à outrance, communément appelés duels à mort. Nous parlerons du duel commun, de celui dont il faut se débrouiller quand une affaire survient sans crier gare. Chacun peut se sentir un petit d’Artagnan,  il n’est rien de tel que quelques conseils bien sentis pour  s’éviter de vouloir disparaître sous les mousses de la clairière un matin de rencontre. Aussi le lecteur aura-t-il la bonté de trouver dans ces lignes quelques conseils d’un aîné rompu à la chose pour bien mener son affaire. Pour les autres, pour les fâcheux et les ventripotents, la lecture de ces lignes se révèlera utile, tant il est vrai que le duel affine les mœurs comme la poésie le style.

Un duel réussi, tout comme une bonne histoire, commence par un début et se termine par une fin. Combien d’affaires mal commencées ont trouvé une issue traitresse? Combien de duels finirent sur un coup bas, pour la plus grande honte de leur auteur ? La carrière du brillant juif Meyer s’est terminée sur un coup d’épée. Quand Paris apprit que le directeur du Gaulois avait mutilé le publiciste Edouard Drumont en le frappant à l’entre-jambe, sa position s’effondra. Lui-même ne s’en remit jamais. Le duel est un curieux drame où les suites d’un geste bouffon sont tragiques pour ses acteurs.

 L’insulte doit frapper juste

L’insulte est à ne pas rater. Il n’est rien de pire que les quelques mots bredouillés par une jeune tête qui brûle de courir la chance d’inutiles combats. L’insulte est pour ainsi dire la balle apéritive d’une rencontre réussie. Chatauvillard rappelle dans ses Lois du Duel que « c’est l’injurié qui est l’offensé ; mais que si l’injure est suivie d’un coup, c’est celui qui reçoit le coup qui est l’offensé. Quiconque touche, frappe ». 

Messieurs les anglais, tirez les premiers ! Fille de l’astuce du comte d’Anterroche, la stratégie de Fontenoy permet de prendre l’avantage. Ainsi de Clémenceau qui répondait à Deschanel : « Un jeune drôle du nom de Deschanel s’est permis de baver sur moi à la chambre. Ce polisson procède par basses insinuations. M. Paul Deschanel est un lâche. Monsieur Paul Deschanel a menti ».  Assurez-vous que votre adversaire comprenne de quoi il s’agit. Le Tigre insiste à dessein sur le nom de son adversaire. Les sévères épithètes que sont celles de lâcheté et de mensonge sont les amorces classiques qui toujours portent, surtout quand le billet est publié dans un quotidien à bon tirage. L’insulte en tant que telle n’est pas qu’une clause de style, c’est une politesse que l’on fait à un adversaire choisi.

Une insulte ratée est grotesque. Romancier falot, Jules Variot avait jugé bon d’attaquer vertement Paul Desjardins dans les colonnes de l’Indépendance. Ce dernier ne daigna pas répondre, mais céda la plume à son ami Jacques Copeau, de la NRF : « L’article n’est pas de saine polémique. Il n’est même pas d’une bonne encre de pamphlétaire. A défaut d’éloquence, une médiocre malignité ne parvient pas à échauffer ces pages. On y sent la petite main, le petit cerveau, le petit monsieur ». Variot s’estimant offensé demande réparation par les armes. Copeau refuse, « préférant qu’une occasion plus pressante [lui] soit offerte ». 

Les témoins sont les ambassadeurs des parties

Une fois l’insulte constituée, l’offensé peut demander à obtenir réparation. Il nomme deux témoins et les envoie à son offenseur pour lui faire part de l’arme choisie. On hésitera entre l’épée et le pistolet, réservant le sabre aux Hongrois et aux officiers de cavalerie. Sauf exception, l’offenseur agrée et fixe les conditions du combat. Les exceptions ne sont pas nombreuses. Chatauvillard en donne quelques unes : « Les témoins d’un borgne peuvent refuser le pistolet », « les témoins d’un homme ayant perdu le bras droit [ou une jambe] peuvent refuser le sabre ou l’épée » (17, IV). Bref, c’est le bon sens qui dicte la règle du duel.

On laissera aux dandies de mauvais aloi les fantaisies en la matière. Sainte-Beuve se battait au pistolet sous son parapluie, arguant qu’il voulait bien « être tué, mais mouillé, jamais ! ». De même, pour ce qui est du choix des armes, la plus grande sobriété est de rigueur. On se souvient de ces hurluberlus qui échangèrent deux balles au dessus de Paris, chacun perché sur son aérostat. L’un d’eux est venu s’écraser, après que son ballon percé a décrit, dans un soufflement grossier, de curieuses arabesques.

Le choix des témoins, des armes et du lieu doit être fait dans les meilleurs délais. « Tout duel doit avoir lieu dans les 48h  à moins d’une convention contraire de la part des témoins », rappelle le code. Dans l’intervalle, les témoins seront les avocats des adversaires. Une fois sur le pré, ils en seront les juges.

 S’exercer au maniement des armes

LGLZI.JPGUne fois les conventions passées, l’important est de se préparer. Un cartel ne vous tombe jamais dessus au meilleur  moment, celui où l’on a les jambes assouplies par les fentes répétées sur le cuir des pistes d’escrime. C’est pourquoi les salles d’armes sont remplies de messieurs qui soignent leur mire, et sculptent leur garde. Pour l’épée, nous recommandons la salle de Maître Grisier, sise au n°4 de la rue du Faubourg Montmartre. Pour le pistolet, c’est chez Gastinne-Renette, le fameux armurier, au n°1 du rond-point des Champs-Elysées que Paris s’entraîne.

Si Armand C***,  fort craint au Parlement pour l’usage meurtrier qu’il faisait de sa langue, de son épée et de son pistolet s’y rendait presque quotidiennement, ce n’était pas par caprice. Il ne s’y rendait qu’à la veille de ses duels, « pour se faire la main », comme il aimait à dire. C’est là qu’il cisela ce coup-de-la-veuve épatant, qui fit l’admiration des connaisseurs de son temps.

Au matin

Il est souvent difficile de trouver le sommeil à la veille d’un premier duel. L’agrément que le duelliste perd dans sa chambre doit être retrouvé à table, devant un solide petit déjeuner. Une fois sur le pré, ce sont les porcelets et les chèvres rôties sur lesquels il aura d’abord exercé sa lame qui le rasséréneront. De même, le duelliste songera à changer sa chemise et à se raser de près. Souvenons-nous avec quel soin Lyautey parfuma sa moustache à l’aube de son engagement contre Abdelkrim. On ne brave pas la mort la cravate de travers.

Le lieu du duel sera choisi avec soin.  Fini le temps où le Roi permettait que l’on se batte devant le Louvre ou l’Hôtel de ville. La justice privée se rend désormais dans les cours et les jardins. Les abords de Paris fournissent à cet effet des lieux de rencontre aussi commodes que charmants. Le chic est de disposer d’une résidence  altoséquanaise. Pour ceux qui n’ont pas cette chance, l’Hermitage de Villebon, à Sèvre, ou encore le bois de Boulogne fournissent des ombrages fort propices à la discussion.

Au cours de la rencontre, le duelliste peut heureusement se reposer sur ses témoins. Cette coutume est née de la nécessité : rares sont les hommes d’assez de sang froid pour agir tout à la fois comme partie, et comme maître de cérémonie.

Précisons que certaines initiatives sont à éviter absolument. La peur de l’estocade conduit parfois à prendre de singulières précautions : l’adversaire du sénateur Lavertujon s’était bardé le corps de quotidiens bon marché. Cela se sut, et le sénateur lui jeta, glacial : « Merci bien, je ne me bats pas avec un kiosque à journaux ! ». S’il va sans dire que ce genre de tour est pendable, gageons que nous les préviendrons davantage en le disant.

Bref, nul ne pouvant sonder vos cœurs, songez avant tout à sauver les apparences. A trop reculer devant l’épée de son offenseur, on s’expose aux rebuffades : « Vous nous quittez, monsieur ? Mes amitiés à votre femme ! ».

La grâce sera donnée par surcroît

Enfin messieurs, en guise d’envoi permettez-moi ce dernier conseil. Plus que  toutes les terribles épreuves qui jonchent la vie d’un homme, le duel, par le courage et le sang-froid qu’il réclame, excite les mâles vertus qui font la gloire de la France. L’honneur, la fidélité au devoir, l’abnégation qui ne recule pas devant le sacrifice de la vie elle-même forgent des caractères rudement trempés sans lesquels les âmes les mieux nées s’étiolent et se fanent. Mais par dessus ces vertus, il en est une qui distingue le génie français de cette « homicidal austerity of mood » britannique ; c’est le panache ! Sûr de son poignet, confiant dans ses témoins, le bon duelliste trouvera toujours la ressource pour glacer son adversaire en lançant, désinvolte: « Garçon, deux pistolets et un café ! ».

Le Cercle Bouteville
Article publié dans Le Majeur, Avril 2011

Source: Zentropa

17/11/2012

Chronique de série: Rome

Rome (série, 2005-2007)

Rome est une série qui fut produite par la chaîne américaine HBO et dont l’un des instigateurs est John Milius, le réalisateur de Conan le Barbare (l’original de 1981). Datant du milieu des années 2000, elle compte 2 saisons pour 20 épisodes au total. Cette série est l’une des plus coûteuses de l’histoire et cela se voit : les moyens ont été mis et les décors sont de toute beauté et fort réalistes, ce qui n’est pas toujours le cas dans les productions ayant l’histoire pour thème.

Rome1.JPGLes deux saisons sont centrées sur le parcours de deux légionnaires romains, Lucius Vorenus et Titus Pullo, entre 52 avant notre ère (Victoire de César en Gaule) et 30 avant notre ère (Mort de Marc-Antoine et Cléopâtre). Durant cette vingtaine d’années marquant la fin de la République romaine, nos deux héros vont connaître bien des péripéties, bien des tourments mais surtout être les acteurs et spectateurs de leur époque. Car c’est là où excelle Rome avant tout : mettre en parallèle l’histoire de ses personnages principaux et celle de la chute de la République. L’histoire politique de cette période, assez complexe en réalité pour le néophyte, est, je pense, rendue assez claire par un scénario des plus habiles qui arrive à en faire saisir l’essentiel au spectateur lambda, ce qui est déjà un excellent point. Du point de vue historique justement, Rome tient très bien la route et des historiens ont abondamment travaillé sur la série pour la rendre la plus réaliste possible. Des bas-fonds glauques aux splendides villas patriciennes en passant par les rues sales et les grands lieux de la ville éternelle, c’est une grande réussite. Les costumes, les activités quotidiennes ou les différentes formes de piété, tout a été étudié pour donner une image sensée de l’époque et de la manière dont on y vivait. Série HBO oblige, sexe et violence ne sont pas absents, loin de là. Mais est-ce choquant ? Non, leur présence permet de renforcer cet aspect réaliste recherché par les créateurs. L’immersion voulue pour le spectateur n’en est que meilleure et lui montre une société où les tabous et interdits étaient autres, aussi attendez-vous à croiser force fripouilles, meurtriers, esclavagistes et prostituées. Le tableau brossé de la société romaine est ainsi assez large : dirigeants, nobles patriciens, humbles plébéiens, esclaves ou bandits, tous ont droit à une place dans la série.

Rome2.JPGComme toute bonne fiction, un soin particulier a été apporté aux nombreux personnages qu’ils soient principaux ou secondaires. On ne trouvera trace de dualité pour la plupart d’entre eux : tous ont des points positifs ou négatifs, aucun n’est un exemple réel, ce sont des hommes et des femmes avec leurs forces et leurs faiblesses. Le jeu des acteurs, globalement peu connus, est très satisfaisant et certains crèvent littéralement l’écran, en particulier James Purefoy qui donne une interprétation absolument géniale de Marc-Antoine, Ciaran Hinds qui campe au mieux le difficile personnage de Jules César ou encore Kenneth Granham jouant parfaitement un Pompée affaibli et brisé par les revers politiques et militaires. Pour parler quelque peu de ces grands personnages historiques, j’ai beaucoup apprécié la façon avec laquelle on les traite (même si la fiction voulue par une telle série joue évidemment son rôle). Marc-Antoine par exemple, malgré ses nombreux travers humains, est malgré tout un personnage franc et courageux qui succombera finalement aux calculs politiques impitoyables d’Auguste qui apparaît bien dans Rome comme son antithèse : froid, calculateur mais doté d’un sens civique plus développé que l’ancien bras-droit de César. Comme on le constate, tout cela s’appuie sur des bases historiques avérées et n’est pas que pure invention. La période traitée était problématique et marquait un réel tournant pour la République romaine où l’ambition et la recherche de pouvoir personnel d’importants personnages posaient un problème s’alliant à celui de la perte des valeurs traditionnelles et à l’impossible adaptation du système politique à un empire de plus en plus vaste. Là encore, l’époque est à mon sens fidèlement montrée. Rome n’est pas encore la Babylone qu’elle sera un ou deux siècles plus tard mais est déjà une ville cosmopolite où l’on croise de nombreux peuples (Celtes, orientaux, juifs, africains…) et qui n’est plus la Rome de Caton l’Ancien… La licence est très répandue et c’est bien ce qui rend très intéressant le personnage de Lucius Vorenus, l’un des deux héros de la série. Respectueux des dieux, de la cité et de son héritage républicain, il symbolise bien l’état d’esprit qui devait être ceux que l’historiographie a nommé les « vieux romains ». Les trois axes de l’idéal romain : Virtus, pietas, fides (en d’autres termes très généraux : discipline, respect, fidélité aux engagements) sont siens et il apparaît, lui le simple plébéien, vraiment en décalage avec une société qui change et en particulier avec cette noblesse patricienne qui, a l’exception de Caton (d’Utique) est dévorée par l’ambition. On le voit, à cette époque, Rome a déjà perdu la concorde qui avait fait sa grandeur. Certains réflexes sont cependant toujours présents chez les Romains de cette époque comme le montre bien le choc que constituent les mœurs égyptiennes pour eux…

Rome3.JPGRome est une grande réussite car elle tient le spectateur en haleine avec un scénario très intelligent et une galerie de personnages bien dissemblables dont les relations et les intrigues ne lassent jamais. On lui pardonnera bien grâce à cela son aspect quelque peu aguicheur voire stupide à certains moments (fallait-il vraiment présenter Auguste comme un pervers au niveau sexuel ?). Enormément de belles scènes ponctuent la série, essentiellement les plus tragiques d’ailleurs (les Ides de Mars, les derniers instants de Pompée, Cicéron ou Marc-Antoine). L’aspect guerrier n’est pas oublié et l’on a droit a quelques belles scènes de batailles mais celles-ci ne sont pas l’attrait dominant de la série qui ne se base finalement que très peu sur le fait de montrer des scènes guerrières et propose plutôt une réelle plongée dans cette époque historique de première importance.

Rüdiger

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

06/11/2012

NRH #63: Le conflit du Trône et de l’Autel

Edito de la NRH #63 – novembre-décembre 2012

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Le conflit du Trône et de l’Autel

Tout grand évènement religieux a des causes politiques et historiques. Cette observation se vérifie particulièrement en Europe dans l’histoire du christianisme, en raison des liens étroits et conflictuels établis entre l’Église et l’État, le Sacerdoce et l’Empire, le Trône et l’Autel. Tel est le sujet du dossier de la NRH de novembre 2012 (n° 63). Si vous prenez le temps de le lire, vous découvrirez certainement une face des choses qui vous paraîtra neuve. L’étude historique comme nous la pratiquons n’a pas pour but de rabâcher les clichés entretenus par une transmission paresseuse des savoirs scolaires. Elle à pour but de nous donner des instruments pour comprendre les mystères du passé et ceux du présent afin de construire notre avenir.

Il existe bien d’autres religions (ou de sagesses religieuses) à travers le monde et d’origine vénérable, mais aucune n’a eu un destin comparable au christianisme, en ce sens où aucune n’a édifié sur la longue durée une telle institution de pouvoir se posant à la fois en rivale ou en appui du Trône ou de l’État. Analyser cette particularité excède naturellement les limites de cet éditorial (1). Je me limiterai donc à rappeler deux particularités historiques majeures.

À la suite d’une série d’imprévus historiques majeurs, à la fin du IVe siècle de notre ère, un culte d’origine orientale et en constants changements fut adopté comme religion d’État obligatoire d’un Empire romain devenu largement cosmopolite. Pour faire bref, je ne crois pas du tout à la vieille thèse selon laquelle la nouvelle religion aurait provoqué la décadence de l’Empire. En revanche, c’est évidemment parce que « Rome n’était plus dans Rome » depuis longtemps, que les empereurs, à la suite de Constantin et de Théodose (malgré l’opposition de Julien), décidèrent, pour des raisons hautement politiques, d’adopter cette religion.

En trois gros siècles (l’espace de temps qui nous sépare de Louis XIV), la petite secte juive des origine était devenue une institution sacerdotale frottée de philosophie grecque que saint Paul avait ouverte à tous les non-circoncis (Galates, 3-28), une religion qui se voulait désormais celle de tous les hommes.

Ce projet d’universalité chrétienne coïncidait avec l’ambition universelle de l’Empire. Il en était même le décalque, ce qui favorisa son adoption après des périodes de conflits (sans parler des nombreuses hérésies). Pour un empire à vocation universelle, une religion qui se voulait celle de tous les hommes convenait mieux que la religion des dieux autochtones de l’ancienne cité romaine. On pense rarement à cette réalité capitale. Tout plaidait politiquement en faveur de cette adoption, et les apologistes chrétiens n’ont pas manqué de le souligner. À la différence de l’ancienne religion civique, la nouvelle était individuelle et personnelle. Par la prière, chaque fidèle était en relation implorante avec le nouveau Dieu. Celui-ci ne s’opposait pas au pouvoir impérial : « Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Les difficultés surgiront ultérieurement sur la délimitation du territoire accordé à César (le Trône) et à Dieu (l’Autel).

Par la voix de saint Paul, l’Église naissante avait justifié l’autorité des Césars : « Tout pouvoir vient de Dieu » (Romains, 13). À la condition toutefois que les Césars lui reconnaissent le monopole de la religion et de la parole sacrée. À cet égard, l’Empire multiethnique de l’époque ne pouvait souhaiter mieux qu’une religion prête à le servir en unifiant tous les peuples et toutes les races dans l’adoration d’un même Dieu sans attache ethnique.

L’empereur Constantin, imité en cela par ses successeurs en Orient (Byzance) était bien décidé à intervenir dans les affaires d’une Église qu’il voulait soumise, et à mettre de l’ordre dans les disputes théologiques grosses de désordres. Son autorité s’imposa ainsi au Concile de Nicée (326) qui établit les fondements de l’orthodoxie catholique en donnant une assise au mystère de la trinité divine. Devenue obligatoire, ce qui impliquait la conversion de tout titulaire d’autorité, l’Église naissante devint une formidable machine de pouvoir, épousant les structures de cette non moins formidable institution qu’était l’Empire.

Un siècle après Constantin et Théodose, surgit un nouvel imprévu historique aux conséquences colossales. Depuis longtemps, le gigantisme de l’Empire avait conduit à le diviser en deux : empire d’Occident (capitale Rome en attendant Ravenne) et empire d’Orient (capitale Constantinople). Une primature était accordée à Constantinople en raison du déplacement oriental du centre géométrique, ethnique et économique, de l’Empire. Cela d’autant que la présence toujours accrue à l’Ouest de populations germaniques, dites « barbares », créait une instabilité mal maîtrisée.

C’est ainsi qu’en 476, le dernier empereur fantoche d’Occident (Augustule) fut déposé par un chef hérule nommé Odoacre qui renvoya les insignes impériaux à Constantinople. Cet évènement signait la fin discrète de l’empire d’Occident (2). Ne subsistaient à l’Ouest que deux pouvoirs issus partiellement de l’ancienne Rome. Celui d’abord des rois et chefs germaniques adoubés par l’Empire, qui sont à l’origine de tous les royaumes européens. Celui, ensuite, plus ou moins concurrent d’une Église, riche et puissante, représentée par ses évêques, héritiers de l’administration diocésaine romaine.

Ce serait trop simplifier les choses que de distinguer alors pouvoir politique et pouvoir religieux, tant ce dernier disposait d’une part notable de la richesse et de la puissance publique. Mais dans ce monde neuf d’un Occident en ébullition, vont apparaître bientôt deux autres pouvoirs juxtaposés aux précédents, celui du pape, évêque de Rome, et celui des empereurs d’Occident et de rois qui, à la façon de Philippe le Bel, se voudront « empereur en leur royaume ». Ainsi se dessine le cadre historique d’équilibres et de conflits qui se sont prolongés jusqu’à nous (2).

Dominique Venner

 Notes

  1. J’ai développé les observations de cet éditorial dans mon livre Le Choc de l’Histoire (Via Romana, 2011). Notamment p. 108 et suivantes, que complètent les réflexions du chapitre Mystique et politique (p. 155).
  2. L’Empire d’Occident fut relevé en l’an 800 par Charlemagne, ce qui suscita l’irritation de l’empereur byzantin.

Source: http://www.dominiquevenner.fr/2012/10/le-conflit-du-trone...

27/10/2012

Après l’esclavage, le 17 octobre 1961… La coupe de la repentance déborde !

Après l’esclavage, le 17 octobre 1961… La coupe de la repentance déborde !

En reconnaissant la responsabilité de l’Etat et en rendant hommage aux « victimes » de la manifestation interdite du 17 octobre 1961[1], François Hollande s’est comporté en militant sectaire, non en président de tous les Français. D’autant plus que, pour les historiens de métier, les prétendus « massacres » du 17 octobre 1961 constituent un tel exemple de manipulation qu’ils sont étudiés comme un cas exemplaire de fabrication d’un mythe ; comme Timisoara en Roumanie, comme les « couveuses » au Koweit ou encore comme les « armes de destruction massive » en Irak !!!

Tout repose en effet sur des chiffres gonflés ou manipulés et sur des cadavres inventés. Dans une inflation du nombre des morts, les amis du FLN algérien et les porteurs de valises communistes ont ainsi joué sur les dates, additionnant aux 3 morts avérés du 17 octobre ceux des jours précédents ainsi que les décès postérieurs. Pour eux, tout Nord Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961 est forcément une victime de la répression policière…même les victimes des accidents de la circulation.

Il est possible d’affirmer cela sans crainte d’être démenti car :

- En 1998, le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission présidée par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern qu’il chargea de faire la lumière sur ces évènements. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière des accusations portées contre la police française[2]. Or, ce rapport consultable sur le net n’a visiblement pas été lu par François Hollande.

- En 1999, Jean-Paul Brunet, universitaire spécialiste de la période, publia un livre extrêmement documenté qui démontait la thèse du « massacre » du 17 octobre (Brunet, J-P., Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961.Paris).

- En 2003, le même Jean-Paul Brunet publia un nouveau livre (Charonne, lumière sur une tragédie.Paris) dans lequel il démontrait que le prétendu « rapport de police » faisant état de 140 morts le 17 octobre, document qui sert de point de départ à J.L Einaudi, auteur du livre sur lequel repose toute la manipulation (Octobre 1961, un massacre à Paris), n’a jamais existé.
Reprenant la liste des morts donnée par Einaudi, il montre également que la majorité des décès remonte à des dates antérieures au 17 octobre et il prouve que ce dernier a manipulé les chiffres, additionnant les cadavres non identifiés reçus à l’Institut Médico Légal au nombre des disparus et même (!!!) à celui des Algériens transférés administrativement en Algérie après qu’ils eurent été arrêtés le 17 octobre. Il montre enfin qu’Einaudi a compté plusieurs fois les mêmes individus dont il orthographie différemment les noms…
Monsieur Hollande pouvait-il ignorer tout cela ? Si oui, la nullité ou l’aveuglement militant de ses conseillers laisse pantois.

Quel est donc le vrai bilan de cette manifestation ?

- Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant massacre, l’Institut Médico Légal (la Morgue), n’a enregistré aucune entrée de corps de « NA » (NA= Nord Africain dans la terminologie de l’époque).
- Le 17 octobre 1961, de 19h30 à 23 heures, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ?
- En dehors du périmètre de la manifestation, « seuls » 2 morts furent à déplorer, Abdelkader Déroues tué par balle et retrouvé à Puteaux et Lamara Achenoune tué par balle et étranglé, gisant dans une camionnette, également à Puteaux. Rien ne permet de dire qu’ils furent tués par les forces de l’ordre.

Le 18 octobre, à 04 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne fut donc de 3 morts. Nous sommes donc loin des dizaines de morts et de « noyés » auxquels l’actuel occupant de l’Elysée a rendu hommage !!!

Certes, nous dit-on, mais les cadavres ont été déposés à la morgue les jours suivants. Faux, car ce n’est pas ce qu’indiquent les archives de l’Institut Médico Légal de Paris puisque, entre le 18 et le 21 octobre, « seuls » 4 cadavres de « NA » furent admis à la Morgue :
- Le 18 octobre, Achour Belkacem tué par un policier invoquant la légitime défense et Abdelkader Benhamar mort dans un accident de la circulation à Colombes.
- Le 20 octobre, Amar Malek tué par balles par un gendarme.
- Le 21 octobre Ramdane Mehani, mort dans des circonstances inconnues.

Nous voilà donc bien loin des 100, 200 ou même 300 morts « victimes de la répression » avancés par certains et pour lesquels M. François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!
D’autant plus que le « Graphique des entrées de corps « N.A » (Nord-africains) par jour. Octobre 1961 »[3], nous apprend que du 1° au 30 octobre 1961, sur les 90 corps de « NA » entrés à l’Institut Médico Légal, la plupart étaient des victimes du FLN.
Plus encore, pour toute l’année 1961, 308 cadavres de « N.A » entrèrent à l’IML, la plupart ayant péri dans la guerre inexpiable que le FLN menait contre ses opposants partisans de l’Algérie française ou du MNA de Messali Hadj. Ainsi, au mois d’octobre 1961, sur les 34 cadavres de « N.A » retirés de la Seine ou de la Marne, notamment aux barrages de Suresnes et de Bezons puis conduits à l’IML, la quasi totalité étaient des harkis, des partisans de la France ou des membres du MNA, une des méthodes d’assassinat du FLN consistant à noyer ses opposants. La police française n’est pour rien dans ces noyades.

François Hollande devra donc rendre compte au tribunal de l’Histoire car il a couvert de son autorité un mensonge, une manipulation, un montage grossier qui va être utilisé contre la France par ceux que son ministre de l’Intérieur a qualifiés d’ «ennemis de l’intérieur ».

Pour en savoir plus :
- Brunet, J-P., (2002) « Enquête sur la nuit du 17 octobre 1961 ». Les Collections de l’Histoire, hors série n°15, mars 2002.
- Brunet, J-P., (2008) « Sur la méthodologie et la déontologie de l’historien. Retour sur le 17 octobre 1961 ». Commentaire, vol 31, n°122, été 2008.
- Brunet, J-P., (2011) « Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ? ». Atlantico, 17 octobre 2011.

Bernard Lugan

[1] Voir à ce sujet le dossier spécial de l’Afrique réelle, novembre 2011 intitulé Pour en finir avec le mythe du « massacre » des Algériens à Paris le 17 octobre 1961.
[2] « Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 ». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’Etat, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne.
[3] Voir l’Afrique réelle, novembre 2011

Source: http://www.bernardlugan.blogspot.fr/2012/10/apres-lesclav...