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01/05/2014

La cité des Castor à Pessac (33), retour sur une expérience d'auconstruction et d'autogestion (1948)


31/03/2014

Chronique littéraire: Jacqueline de Romilly "La grandeur de l'homme au siècle de Périclès"

Jacqueline de Romilly, La grandeur de l'homme au siècle de Périclès, Editions de Fallois, 2010

Helléniste française de renom international, membre de l’Académie Française, Jacqueline de Romilly est décédée en 2010. Quelques mois avant sa mort, elle écrivit (ou plutôt dicta) cet essai qui répondait à son triste constat quant à la réalité de notre époque : le niveau culturel baisse inexorablement et les textes antiques ne sont plus lus. Or, pour l’auteure, il est impératif de se ressourcer auprès de ces grands textes afin d’y trouver les réponses sur nous-mêmes et de préparer notre futur car « nous vivons une époque d’inquiétude, de tourments, de crise économique, et –par suite- de crise morale ». Cette louable préoccupation, qu’on retrouvait également chez Dominique Venner, explique pourquoi je me suis intéressé à cet ouvrage dont je vais tenter d’extraire plus bas les aspects qui m’ont le plus marqué.

1. Que signifie, pour les auteurs grecs de l’époque de Périclès (Vème siècle avant JC), cette idée, exprimée pour la première fois sans doute, de grandeur de l’homme ? 

romilly.jpgJacqueline de Romilly se base ici sur Sophocle et surtout Thucydide où elle décèle les éléments d’une sagesse politique tendant à des vérités valables pour le présent mais aussi l’avenir.

La grandeur de l’homme s’entend comme l’agrégat de plusieurs éléments: en plus de l’intelligence et de l’ingéniosité propres aux hellènes, c’est ce sentiment que la nature humaine dans ce qu’elle a de plus « humain » (égoïsme, paresse, passions –au mauvais sens du terme- diverses) se doit d’être dominée. « La grandeur de l’homme, nous dit effectivement J. de Romilly, c’est de s’élever contre sa nature ».

Dans sa Guerre du Péloponnèse, Thucydide faisait justement remarquer que nombre des acteurs politiques de l’époque étaient souvent mus par de bas mais très humains motifs personnels au lieu de rechercher avant tout le bien commun. Il soulignait par ailleurs que Périclès, à la différence de ceux-là, était honnête et incorruptible. Il disait la vérité au peuple et cherchait à le guider pour le bien de la cité. Voilà ce qu’est un dirigeant valable : un homme rempli de qualités morales qui fera rejaillir celles-ci chez le peuple qui a besoin de tels meneurs. Seul, le peuple ne peut en effet ni dominer sa nature ni tendre vers le supérieur car il lui manque des responsables exemplaires, disposant de hautes vertus, et donc, capables de le conduire vers davantage de grandeur. En effet, le peuple est trop marqué par sa nature profonde, sa légèreté et son manque de réflexion (il est ainsi capable de s’enthousiasmer facilement pour le premier démagogue venu), pour évoluer sans guides. Toute réussite politique est donc le fruit de la recherche du bien commun couplé à une morale forte. Elle implique la rencontre d’esprits éclairés et d’une base réceptive.

D’ailleurs, les points principaux de l’idéal politique de Périclès se retrouvent chez Thucydide (dans son oraison funèbre des morts, Livre II) : le respect des gens et de la loi, l’absence de trop de coercition, la participation à la vie publique (tout en ayant une vie privée), la célébration des fêtes, le respect des morts et de leur gloire passée, le courage et le dévouement à la cité. Cet ensemble de rites et de vertus cimentent la communauté dans la recherche du bien pour le plus grand nombre. Les citoyens sont donc fiers, responsables et peuvent mener un mode de vie éclairé par la liberté, ce qui les mène sur les chemins de la grandeur.

On pourrait par ailleurs ajouter à ce tableau idéal les idées que l’auteure n’évoque que trop rapidement : la morale qui perle à cette époque à propos de la solidarité, de l’indulgence et du pardon ou encore ce qu’on retrouve dans Socrate et Platon qui, d’un point de vue religieux, placent le but de l’homme dans son « assimilation à Dieu »…

2. En quoi la figure du héros tragique nous aide à mieux cerner ce qu’est la grandeur de l’homme ?

Se basant également sur les tragédies de la même époque se rapportant aux héros grecs, la grande helléniste nous montre un autre aspect de cette grandeur de l’homme à travers l’étude de leur sort.  Dans les tragédies d’Eschyle ou d’Euripide, les héros et leurs proches sont tous frappés de désastres et souffrent allégrement. Bien sûr, des personnages aussi différents qu’Œdipe ou Médée sont très souvent emportés par leurs passions, la première tue ses enfants pour se venger de Jason et le second (chez Euripide) tue toute sa famille. Pourtant, et ce point est fondamental, ils ne sont que des victimes de la volonté divine. Les dieux, par châtiment ou hostilité, inspirent démesure, folie ou actes insensés aux hommes et aux héros qui subissent cet « égarement » qu’ils craignent au plus haut point tant il est une menace pour leur dignité et leur grandeur. C’est un fait, l’homme (ou le héros qui est une sorte de demi-dieu) est fragile, voire minuscule face aux dieux.

Pourtant, même abattu ou humilié, le héros ne perd pas de sa grandeur. Le malheur le rend encore plus grand à nos yeux car il n’est pas synonyme d’abandon. Il prouve que le héros de la tragédie est prêt à tout pour atteindre son but : il accepte les épreuves et le sacrifice ultime : la mort.

Le spectacle répété des tragédies amenait ainsi le public à accéder à un monde de grandeur où se déroulait ce que Jacqueline de Romilly appelle « la contagion des héroïsmes ». La grandeur des héros pénétrait les habitudes de pensée des Grecs et influait sur leurs esprits et leurs idéaux. Savoir se sacrifier alors qu’on sait n’être que fragilité face aux dieux magnifie d’autant plus, chez l’homme, sa grandeur. D’ailleurs, l’exemple d’Ulysse qui fait face au courroux de Poséidon et à mille autres dangers le montre bien.

Les grecs n’étaient pas des optimistes béats et avaient bien conscience que l’homme mène une vie difficile où les épreuves et les pièges sont légions, avant tout à cause de sa fragilité et de sa nature intrinsèque. Pourtant, ils avaient fait le choix de dominer cela et de se vouer à un idéal supérieur, durable et beau, atteignable seulement par un travail constant sur soi impliquant efforts et triomphe de la volonté. Ils nous montraient un chemin, un élan intérieur, que nous devrions chacun essayer de suivre avec ardeur car tendre vers cette grandeur est un désir que nous nous devons de poursuivre en tant qu’Européens conscients de notre héritage et désireux de construire notre avenir. Car notre premier travail, il est à faire sur nous-mêmes. Et nous sommes notre premier ennemi.

Rüdiger

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17/03/2014

Chronique de livre: "Vauban et l'invention du pré carré français" de Bernard Crochet

Chronique de livre:

Vauban et l'invention du pré carré français de Bernard Crochet, OUEST-FRANCE, 2013

vauban invention.jpg

Il y a sept ans, déjà, nous fêtions le tricentenaire de la mort de Vauban en 1707. Le gouvernement français décréta l’année 2007 « année Vauban » et décida de faire inscrire son œuvre au patrimoine mondial de l’UNESCO. Malheureusement, l’absence de mémoire nationale et surtout de culture historique n’a pas permis à nos compatriotes de prendre la mesure de l’œuvre de Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban.

Depuis cette période, un certain nombre de publications voient le jour. Parmi elles, les Editions OUEST-FRANCE ont édité un ouvrage illustré de 120 pages rédigé par Bernard Crochet, intitulé Vauban et  l’invention du pré carré français.

Cet ouvrage est idéal pour se familiariser avec la vie et l’œuvre de Vauban et ce même pour les adolescents. Très richement illustré, il propose une grande quantité de documents qui permettent de se rendre compte du génie de celui qui finira sa vie maréchal (en 1703), le premier ingénieur militaire à recevoir cette distinction.

Plonger dans la vie et surtout l’œuvre de Vauban, c’est plonger au cœur du règne de Louis XIV et du "Grand Siècle". Ce règne qui fut capital pour l’histoire de France. Vauban fait parti de ses grands personnages de l’époque avec Colbert, contrôleur général des finances et secrétaire d’Etat à la Marine, Louvois, ministre de la Guerre ou encore « le Grand Condé » qui mena la Fronde des princes contre Louis XIV puis fut lieutenant-général de l’Armée Royale après la grâce royale que lui accorda le Roi-Soleil.

Pourquoi Vauban est-il considéré comme un personnage majeur à son époque, comme à la nôtre ?

Bien considéré par le roi alors qu’il ne se prive pas de le contredire et qu'il participa à la Fronde, un de ses livres sera d’ailleurs interdit, Vauban est aussi l’inventeur du pré carré à une époque où les conceptions territoriales héritées des féodalités laissent peut à peu place à des conceptions territoriales nationales. Vauban va, d’une certaine façon « baliser » notre hexagone à l'aide d'un réseau de fortifications bastionnées. Nombreuses sont les régions qui comptent des forteresses et des citadelles conçues ou modernisées par Vauban. Dans le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique, nous pouvons citer Lille, Ypres, Bergues, Valenciennes, Le Quesnoy, Maubeuge, Saint-Omer, Arras, Douai, Cambrai et bien d‘autres encore… Ces fortifications qui s'organisaient selon une double ligne devaient permettre à la France de constituer et de protéger une frontière face aux rivaux : les Espagnols, les Habsbourg ou les Hollandais. Vauban a eu le génie de conseiller à Louis XIV de profiter de ses victoires pour échanger des territoires et constituer un pré-carré fortifié et protégé plutôt que de conquérir des territoires difficiles à maîtriser et qui fragiliseraient l’ensemble du royaume. Pour lui, mieux vaut un territoire modeste bien maîtrisé qu’un grand territoire mal maîtrisé dont les Espagnols sont un parfait exemple. Dans une lettre à Louvois du 23 janvier 1673, il défend "l’idée de bien fermer le royaume en respectant les frontières naturelles par un nombre limité de places fortes, bien fortifiées et bien pourvues, reliées entre elles". Vauban est un ingénieur doué d’un très grand raisonnement géographique, rare à son époque. En effet il façonne ses forteresses et choisi leur emplacement en tenant compte de la géographie physique : cours d’eau, relief, marais, distances, … C’est à cette période que commence à véritablement naître l’idée de « frontières naturelles ». Il va aussi considérablement rationaliser le système de défense du royaume de France en démantelant des forteresses mal placées et trop gourmandes en hommes pour fortifier des places bien plus stratégiques et qui garantissent l’efficacité du système de défense. Cette politique va également porter ses fruits le long des 3000 km de côtes du royaume de France où Vauban va implanter et moderniser des forteresses pour protéger notre littoral et empêcher les grandes flottes de l’époque (espagnole, anglaise ou hollandaise) d’accoster trop facilement.

Mais Vauban est aussi un stratège et participe aux nombreuses campagnes militaires victorieuses de la période comme par exemple la guerre de Dévolution (1672-1673), la guerre de Hollande (1672-1679) ou encore la guerre de la Ligue d’Augsburg où il jouera une grande partie contre son grand rival Hollandais, l’ingénieur militaire Menno Van Coehorn. Vauban s’empare de Namur en 1692 mais Van Coehorn aura sa revanche trois ans plus tard en reprenant la ville. Les grandes réussites militaires de Vauban feront naître un célèbre dicton : « Ville assiégée par Vauban, ville prise. Ville défendue par Vauban, ville imprenable ». Vauban définit des stratégies pour progresser vers les murailles par des systèmes de sape et de minages calculés. Dès 1672, il remet à Louvois son Mémoire pour servir d’instruction dans la conduite des sièges, il a alors 39 ans. Il base une grande partie de ses raisonnements sur son expérience. Vauban n’est pas un stratège de cabinet mais un homme de terrain qui mène des sièges et surveille personnellement l’édification de ses bastions. Il fait en sorte d’adapter la stratégie à l’usage de plus en plus important de l’artillerie et aura le soin de préserver au maximum la vie des soldats. Ainsi le royaume de France remportera de nombreuses victoires avec un minimum de pertes… on est encore loin des boucheries napoléoniennes. Vauban sera d’ailleurs surement l’un de ceux qui modèrera l’ardeur prométhéenne de son roi, au grand étonnement de nombreux rois et empereurs qui voyaient en Louis XIV un souverain arrogant et prétentieux et qui seront souvent surpris par sa modération lors de la négociation des traités.

Si le sujet vous intéresse, que vous voulez découvrir Vauban, approfondir cette recension, visualiser les nombreuses illustrations de l’ouvrage ou en savoir plus sur l’avant et l’après Vauban, notamment sur la pérennité de son œuvre au XVIIIe siècle et durant les guerres napoléoniennes, je vous conseille cet ouvrage.

Jean

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09/03/2014

Le temps en histoire à partir de l'oeuvre de Fernand Braudel

Le temps en histoire

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« On ne fait pas de l’histoire sans dates » écrivait Claude Lévi-Strauss dans la Pensée Sauvage.

L’histoire, à la différence d’autres disciplines en science sociale, est fondée sur l’étude du rapport entre des évènements ou des faits et la chronologie à laquelle ils se rattachent. L’historien se doit de comprendre ces évènements et de signifier la part de rupture et/ou de continuité qu’il opère dans le temps – ou les temps. Car en effet, le temps en histoire peut se décliner au pluriel selon la durée de l’objet étudié. Depuis l’introduction à la thèse de l’historien Fernand Braudel [1], on a tendance à le décliner en 3 temps différents, mais non moins complémentaires quant à une étude générale d’un phénomène humain.

Ces trois temps prennent en compte la durée, la diffusion d’un ou plusieurs évènements ou processus social. On peut citer dans l’ordre du plus court au plus  long :

-            L’agitation de surface, ou le temps politique et évènementiel au sens de la succession ‘rapide’ d’évènement qui se déroule (depuis sa cause jusqu’à ses conséquences) dans un temps court.  C’est le temps d’une bataille, d’une élection par exemple.

-          Le temps conjoncturel : celui-ci convient plutôt à une histoire sociale, économique, culturelle, religieuse, à une histoire des groupes plutôt qu’à une histoire de l’individu.

-              Le temps structurel, aussi appelée « l’histoire immobile ». Ce temps convient à l’étude des lents changements, ceux-là même qui prennent en compte les rapports entre les hommes et leur milieu. Pour F. Braudel, c’était le temps géologique par exemple. Ainsi, il l’associait, et l’associe-t-on d’ailleurs encore aujourd’hui, avec la géographie. On peut citer à titre d’exemple l’ouvrage de Christian Grataloup sur la mondialisation, Une géohistoire de la mondialisation. Le temps long du monde (2006).

Cette conception du temps en histoire est la base pour quiconque tente de jeter un regard dans le passé et de le comprendre.

Il faut ainsi retenir qu’en histoire, la périodisation ainsi que l’échelle d’analyse sont primordiales. C’est ce qui rend l’histoire profonde, large voire indéfinie, et non rectiligne. Car, il faut le dire, même s’il est plus que fréquent de réduire l’histoire à une frise chronologique (ce qui en soit est tout à fait correct si l’objectif est de situer un évènement ou une période dans le temps propre au calendrier grégorien), l’histoire enseignée et réalisée par les historiens n’est qu’au mieux une caricature de la réalité des faits. Et cette réalité est aussi complexe aujourd’hui qu’auparavant.

D’autres éléments et principes sont donc à prendre en compte et à rajouter à l’analyse des faits et évènements du passé, et a fortiori, au temps en général.

En effet, il convient de rappeler l’importance capitale du principe de causalité en histoire. La causalité, sans rentrer dans des détails proprement philosophiques et mathématiques, conduit l’historien à prendre conscience que tout évènement étudié possède une ou plusieurs causes, et que cet évènement conduira à une ou plusieurs conséquences dont la portée et la finalité varieront dans la durée, dans sa ou ses temporalités, et seront dépendantes et liées à l’évènement et de sa ou ses causes.

On peut prendre l’exemple, dans l’histoire de France, de la Révolution française.

Cet évènement est depuis les travaux de l’historien François Furet et de son école délimitée entre deux dates : 1789-1799 (Penser la Révolution française, 1978). Ici, le temps évènementiel, l’agitation de surface, va de soi. On imagine bien l’agitation lors du serment du jeu de paume le 20 juin 1789, puis les évènements de l’été, entre la nuit du 4 août et le 26 août.

La Révolution française ne s’arrête pas à ces quelques années de la fin du XVIIIème siècle. Depuis le lendemain de la Révolution française jusqu’à aujourd’hui, les historiens n’ont eu de cesse de penser la Révolution française comme objet historiographique, c’est-à-dire, comme un objet d’étude pour l’évolution (voulue ou non) de la discipline historique.

Depuis deux siècles, donc, c’est la question des causes de la Révolution française qui est posée, et après coup, celles de ses conséquences.

Un peu de culture et de mémoire des enseignements du collège et du lycée suffisent à se souvenir que la cause n’est pas singulière mais plurielle, qu’elle ne se limite pas qu’à cette goutte d’eau populaire révoltée contre les décisions des Etats Généraux de 1789, mais qu’elle est plus profonde et qu’elle renvoie à des dynamiques tant économiques et sociales, que culturelles et sociétales.

La portée de ces évènements de 1789-1799 conduit également à une pluralité des conséquences.

Conséquences politiques, donc dans un temps qui semble court, sur les institutions et le fonctionnement de la France. Celles-ci vont de pair avec les tensions frontalières, et l’émergence de Bonaparte.

Les conséquences économiques et sociales sont un peu plus étendues dans le temps, puisque c’est tout au long du XIXe siècle que s’établissent les nouvelles fondations de la France. La transition en la société d’Ancien Régime soumise aux trois ordres, et la société de citoyens égaux en droits, ne peut se faire en profondeur en un claquement de doigt.

Les conséquences culturelles et religieuses sont quant à elles encore en mouvement aujourd’hui. Pensons d’abord qu’au début du XXe siècle, il était encore presqu’indispensable pour tout politicien de se placer publiquement par rapport aux évènements de la Révolution française, soit pour, soit contre. Et faut-il rajouter ces nombreux écrits, aujourd’hui, qui traitent de la part de responsabilité qu’ont les évènements et les acteurs contemporains, ou non, de la Révolution françaises sur la destruction des fondations traditionnelles de la France ? Faut-il citer Vincent Peillon ?

En somme, le temps est clairement l’acteur principal de l’histoire.

Et, non, l’histoire n’est pas finie, comme le criaient Francis Fukuyama au lendemain de la victoire américaine sur l’URSS, ou Philippe Muray face à la toute-puissance galopante de l’empire du Bien.

L’histoire n’est pas finie car il y a toujours des tensions, de l’improbabilité et du mystère. Mais il faut l’admettre, avec ces mots de Philippe Muray, que la surface de l’histoire est épaisse et aujourd’hui fortement teintée du « règne intégral de la modernité. » [2]

[1] La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, 1949.
 

[2] http://maxencecaron.fr/2011/05/entretien-de-philippe-mura...

Aristide

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08/03/2014

Le futurisme selon Marinetti

Le futurisme selon Marinetti

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 « La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas gymnastique, le saut périlleux, la gifle et le coup de poing »
(Filippo Tommaso Marinetti, le Manifeste du futurisme)

Filippo Tommaso Marinetti, né à Alexandrie d’Égypte en 1876, est décédé à  Bellagio – le 2 décembre 1944. Marinetti, poète, écrivain et dramaturge italien, est notamment connu pour avoir fondé le mouvement futuriste, la première avant-garde historique italienne du XXème siècle. De 1905 à 1909, Marinetti dirige la revue milanaise Poesia, dont il est le fondateur. La revue se distingua pour avoir osé proposer en Italie certains auteurs symbolistes français et belges encore inconnus. Puis, en 1909, elle devint le premier organe officiel d’un nouveau mouvement poétique: le futurisme.

La naissance du mouvement

Le futurisme fut fondé par Filippo Tommaso Marinetti à Paris en 1909, année où le Figaro publia le premier Manifeste du futurisme. Ce manifeste reprenait des éléments idéologiques empruntés à Nietzsche, Bergson, Sorel, D’Annunzio, Zola et d’autres encore. Le premier aspect de ce mouvement fut la rébellion explicite et le refus total de la culture présente et de la tradition, qui s’exprimèrent dans la volonté de destruction de tout ce qui appartenait au passé. Le futuriste se sentait donc projeté en avant et vivant « déjà dans l’absolu » et n’entendait d’aucune façon tourner son regard vers le passé. Une autre caractéristique propre au futurisme était son agressivité, son exaltation de la violence, qui portait à déclarer : « nous voulons exalter le mouvement agressif… la gifle et le coup de poing », jusqu’à arriver à la glorification de la violence extrême, c’est-à-dire de la guerre, considérée la « seule hygiène du monde » dans le sens où, provoquant des millions de morts, elle pourrait ainsi libérer le monde d’une grande partie de la pourriture humaine. Les futuristes eurent ensuite une vision exaltée du progrès qui s’exprima dans l’admiration de la machine, entendue aussi bien comme instrument de la production industrielle que comme machine automotrice, dont la caractéristique la plus enthousiasmante était la vitesse. Ainsi, ils purent d’un côté s’adresser à la « vibration nocturne des arsenaux » et de l’autre déclarer qu’une automobile de course, « avec son coffre orné de gros tuyaux » (les tuyaux chromés qui acheminent les gaz d’échappement du moteur) est plus belle que la Victoire de Samothrace. En observant le monde du travail, ils comprirent aussi l’imminence d’un choc violent entre capitalisme et forces organisées du prolétariat et ils se dirent prêts à chanter « les grandes foules agitées par le travail, le plaisir ou la révolte » car « il n’y a plus de beauté que dans la lutte ». En anticipant certains aspects du squadrismo fasciste, ils proclamèrent le mépris du danger. Marinetti représenta la figure de proue d’un groupe d’écrivains et d’artistes qui trouvèrent à Paris le point de rencontre de leurs expériences, de leurs idées et de leurs inquiétudes. L’attitude commune aux futuristes de la mouvance italo-française est une vitalité exaspérée, se traduisant en un refus de la tradition classique, de l’illuminisme et du romantisme.

C’est en 1909 que Marinetti publia sur les pages du quotidien français le "FIGARO" le manifeste futuriste :

1. Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité.

2. Le courage, l’audace et la révolte seront les éléments essentiels de notre poésie.

3. La littérature ayant jusqu’ici magnifié l’immobilité pensive, l’extase et le sommeil, nous voulons exalter le mouvement agressif, l’insomnie fiévreuse, le pas de course, le saut mortel, la gifle et le coup de poing.

4. Nous affirmons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive … une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille est plus belle que la Victoire de Samothrace.

5. Nous voulons célébrer l’homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite.

6. Il faut que le poète se prodigue avec ardeur, faste et splendeur pour augmenter la ferveur enthousiaste des éléments primordiaux.

7. Il n’y a plus de beauté que dans la lutte. Aucune œuvre d’art sans caractère agressif ne peut être considérée comme un chef-d’œuvre. La poésie doit être conçue comme un assaut violent contre les forces inconnues pour les réduire à se prosterner devant l’homme.

8. Nous sommes sur le promontoire extrême des siècles! … Pourquoi devrions-nous nous protéger si nous voulons enfoncer les portes mystérieuses de l’Impossible ? Le Temps et l’Espace mourront demain. Nous vivons déjà dans l’absolu puisque nous avons déjà créé l’éternelle vitesse omniprésente.

9. Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées pour lesquelles on meurt et le mépris de la femme.

10. Nous voulons détruire les musées, les bibliothèques, les académies de toute sorte et combattre le moralisme, le féminisme et toutes les autres lâchetés opportunistes et utilitaires.

11. Nous chanterons les foules agitées par le travail, par le plaisir ou par l’émeute : nous chanterons les marées multicolores et polyphoniques des révolutions dans les capitales modernes ; nous chanterons la ferveur nocturne vibrante des arsenaux et des chantiers incendiés par de violentes lunes électriques, les gares goulues dévorant des serpents qui fument, les usines suspendues aux nuages par des fils tordus de fumée, les ponts pareils à des gymnastes qui enjambent les fleuves étincelant au soleil comme des couteaux scintillants, les paquebots aventureux qui flairent l’horizon, les locomotives à la poitrine large qui piaffent sur les rails comme d’énormes chevaux d’acier bridés de tubes et le vol glissant des avions dont l’hélice claque au vent comme un drapeau et semble applaudir comme une foule enthousiaste.

C’est en Italie que nous lançons ce manifeste de violence culbutante et incendiaire, par lequel nous fondons aujourd’hui le Futurisme parce que nous voulons délivrer l’Italie de sa gangrène d’archéologues, de cicérones et d’antiquaire…

Article écrit par Vincent Maes de l’Association Culturelle Zenit (Belgique)

Source: Association culturelle ZENIT

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Portrait de Marinetti, par Enrico Prampolini, 1924-1925

27/02/2014

L'Empire médiéval de Kiev, débats historiques d'hier et d'aujourd'hui

L'Empire médiéval de Kiev, débats historiques d'hier et d'aujourd'hui

par Iaroslav Lebedynsky

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/16/%D0%92%D0%B0%D1%80%D1%8F%D0%B3%D0%B8.jpg

Du Xe au XIIIe siècle, un grand empire du nom de Rous'a uni les Slaves orientaux et développé une brillante culture de type byzantin. Iaroslav Lebedynsky, après un bref rappel historique, nous présente les vives controverses dont son histoire et son héritage ont fait et font encore aujourd'hui l'objet.

La Rous' médiévale

Les Slaves ont fait une entrée relativement tardive dans l'histoire, à la fin de l'Antiquité. Leur groupe oriental – les ancêtres des Biélorussiens, Ukrainiens et Russes – était représenté, au IXe siècle, par une série de tribus déjà groupées autour de centres proto-urbains, dont la future ville de Kiev. Certaines étaient vassales des Khazars, ces nomades de langue turque dont la couche dirigeante s'était curieusement convertie au judaïsme.

À partir de la fin du IXe siècle, ces tribus furent progressivement unifiées par une dynastie établie à Kiev et l'État ainsi constitué prit le nom de Rous'. En 988, le grand-prince Volodimer (Vladimir) adopta le christianisme byzantin comme religion officielle et fit ainsi entrer la Rous'dans l'orbite culturelle – mais non politique – de l'empire d'Orient. L'empire kiévien atteignit son apogée sous son fils Iaroslav « le Sage » (1019-1054) ; il était alors le plus puissant État d'Europe orientale et entretenait des rapports étroits avec l'Europe centrale et l'Occident : les filles de Iaroslav épousèrent le roi de France Henri Ier et les rois de Norvège, de Hongrie et d'Angleterre.

Un régime de succession inadapté causa des guerres civiles presque incessantes à partir de la seconde moitié du XIe siècle, mais la Rous'conserva son unité essentielle jusqu'au règne de Vladimir « Monomaque » (1113-25) et de son fils Mstislav (1125-32). Ensuite, elle éclata en une série de principautés indépendantes de fait, toutes gouvernées par des branches de la même dynastie. Tout en conservant sa prééminence symbolique, Kiev cessa d'être le centre du pouvoir réel au profit de nouvelles puissances, comme les principautés du sud-ouest – Galicie et Volhynie – ou celles du nord-est – Vladimir et Souzdal. C'est cette mosaïque encore unie par la langue écrite, la culture et la religion qui subit le choc des invasions mongoles de 1237-40, qui sont considérées comme le terme de la période kiévienne et le début de l'histoire distincte des peuples slaves-orientaux modernes.

Le rôle des Varègues

Le premier grand débat sur la Rous' kiévienne concerne le rôle des Varègues, ces aventuriers scandinaves cousins des « Normands » d'Occident, auxquels était traditionnellement attribuée la création de l'empire de Kiev. La Chronique des années écoulées, rédigée aux XIe-XIIe siècles et qui est la principale source sur le sujet, est claire : divisés, les Slaves orientaux appelèrent un groupe de Varègues appelés les Rous'pour venir mettre de l'ordre chez eux. Leur chef Riourik, fondateur semi-légendaire de la dynastie kiévienne, s'établit en 862 près de Novgorod, en Russie du Nord, d'autres à Kiev. Vingt ans plus tard, la famille de Riourik s'empara à son tour de Kiev et en fit la capitale d'un empire auquel s'étendit le nom de Rous'.

Cette présentation fut prise au pied de la lettre jusqu'au XIXe siècle. Il existait des parallèles historiques, comme la création du duché de Normandie par les Vikings de Rollon. En Occident, l'idée de Kulturträger germaniques venus civiliser les Slaves anarchistes flattait agréablement le sentiment de supériorité des historiens, notamment allemands. La théorie « normaniste » est toujours bien représentée dans la littérature historique occidentale, par exemple dans les travaux de Régis Boyer.

Dans les pays slaves orientaux, l'origine varègue fut enseignée comme vérité officielle dans l'empire de Russie jusqu'en 1917. À l'époque soviétique au contraire, elle fut victime d'une violente réaction « anti-normaniste ». La Rous' médiévale fut présentée comme le produit du développement indigène des sociétés slaves-orientales, sans impulsion extérieure notable. Les historiens soviétiques finirent par nier tout rôle des Varègues dans la formation de l'empire kiévien.

Sans vouloir ménager les uns ou les autres, il est clair que la vérité doit être plus nuancée. La présence des Varègues en territoire slave-oriental est absolument certaine. Ces Scandinaves, qui vivaient de mercenariat – par exemple à Constantinople où ils servaient dans la garde des empereurs – mais aussi de commerce, fréquentaient la grande « Voie des Varègues aux Grecs » qui allait de la Baltique à la mer Noire en suivant notamment la partie navigable du cours du Dniepr. Il semble assuré aussi que la dynastie kiévienne, à en juger par les noms des premiers grands-princes et une partie de l'élite militaire de la Rous', était issue de ce milieu varègue. Igor est ainsi issu de Ingvarr, Oleg, de Helgi.

C'est évidemment insuffisant pour attribuer aux Varègues la création ex nihilo de structures politiques chez les Slaves orientaux. La Chronique des années écoulées contient une strate nettement antérieure, peut-être du VIe siècle, relative à la création de la ville de Kiev par un personnage nommé Kyï auquel ses descendants auraient succédé. La dynastie varègue aurait ainsi tiré parti d'un cadre préexistant et son installation à Kiev suggère que la ville était déjà un centre politique et commercial important. L'organisation primitive de la Rous', avant la conversion au christianisme, n'a d'ailleurs pas de caractère typiquement scandinave et présente les traces d'autres influences, comme celle des nomades de la steppe – on y reviendra plus loin.

Il ne faut donc ni minorer, ni exagérer le rôle des Varègues. Ils ont fourni à la Rous' originelle une dynastie de souverains talentueux et une partie de son encadrement, ainsi que des réserves toujours disponibles de mercenaires et Iaroslav le Sage leur dut son accession au trône. Mais – sauf dans le domaine militaire – leur influence culturelle fut très limitée ; il n'y a pratiquement pas de termes scandinaves dans les langues slaves-orientales. À l'exception des régions les plus septentrionales, la colonisation varègue fut faible et l'assimilation rapide. Au sein même de la dynastie kiévienne, des noms slaves apparaissent dès le milieu du Xe siècle. La Rous' n'est pas une « Normandie » orientale.

Doit-on aux Varègues, comme on l'a longtemps cru, le nom même de Rous'? Rien n'est moins sûr. Le terme n'a pas d'étymologie certaine : on a proposé diverses racines germaniques, mais aussi slaves ou iraniennes, plus exactement scytho-sarmates. Surtout, son sens initial n'est pas clair. Certaines sources présentent les Rous' des IXe-Xe siècles comme des Scandinaves et les opposent aux Slaves, mais ceci veut-il dire que les Varègues ont apporté ce nom avec eux, ou qu'ils ont adopté sur place, ou reçu, un nom local ?

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Illustration: Riourik et ses frères au bord du lac Ladoga, par Victor Vasnetsov