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28/03/2016

Tchétchénie, l’autre Etat islamique? (Causeur)

Tchétchénie, l’autre Etat islamique?
Poutine tenté de lâcher le fidèle Kadyrov

Par Ella Micheletti
 
Jusqu'ici protégé du Kremlin, le président tchétchène Ramzan Kadyrov a annoncé son prochain retrait de la vie politique. En coulisses, certains pointent du doigt l'islamisation de la république caucasienne qui fournit l'un des plus grands contingents de combattants à l'Etat islamique.
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Défilé d'étudiantes lors de la journée de la Femme tchétchène (Grozny, 2010). Sipa. Numéro de reportage : AP21025754_000003.

Il y a une quinzaine de jours, la déclaration de Ramzan Kadyrov, le président de la République tchétchène, à la télévision russe a eu l’effet d’une bombe : celui qui règne en tyran depuis plus de dix ans propose de prendre sa retraite politique. Il est difficile d’imaginer Kadyrov, qui soufflera ses quarante bougies le 5 octobre prochain, céder la place pour démarrer une deuxième carrière. S’agit-il d’une marque de défiance adressée à Poutine ? Quoi qu’il en soit, cette annonce reflète-t-elle des tensions avec Moscou. Mais pourquoi ? Kadyrov est plutôt un « bon élève »  du Kremlin qui « tient » bien la Tchétchénie. Pour quelle raison Poutine risquerait-il de réveiller le chat qui dort ?  Un rapport publié par l’opposition russe pourrait permettre de percer le mystère : selon le texte, Kadyrov représente un risque islamiste élevé pour la Russie.

Pour Silvia Serrano, chercheuse au Centre d’étude des mondes russes, « Ramzan Kadyrov instrumentalise depuis longtemps la religion dans le but d’asseoir sa légitimité et de trouver un écho dans la région. Il procède depuis une dizaine d’années à une politique de réislamisation et de terreur.» Rappelons que Ramzan Kadyrov est le fils d’Akhmad Kadyrov, mufti de Tchétchénie et l’un des leaders du mouvement indépendantiste après la dislocation de l’URSS. Il a été un soutien du leader séparatiste Dudayev, pendant la première guerre de Tchétchénie en 1994-1996 et s’est battu contre les Russes. Il a cependant fini par rallier le camp russe au cours de la deuxième guerre tchétchène de 1999-2000. Grâce au soutien de Poutine, il s’est ensuite imposé à Grozny, capitale de la petite république (1 250 000 habitants) à forte capacité de nuisance. S’il s’est éloigné des séparatistes, ce n’était pas uniquement par des calculs – essentiels – de pouvoir et de clans, mais aussi par peur de voir le djihadisme wahhabite du type Al-Qaïda, importé par les combattants étrangers répondant à l’appel au djihad contre la Russie, se substituer à l’Islam sunnite pépère de l’ancienne république soviétique. Quoi qu’il en soit, Akhmad Kadyrov a trouvé en Poutine un allié qui, à partir de 2000, l’a soutenu sans faille.

Ce n’est qu’après son assassinat par des islamistes pendant le défilé de la victoire le 9 mai 2004, que son fils lui succède. Pour s’imposer, Kadyrov junior recourt aux mêmes sources de légitimité : le nom du père mais surtout la religion. Ainsi, en 2005 il lance la construction d’une mosquée monumentale au cœur de Grozny, dédiée à la mémoire de son père assassiné.

[...]

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27/03/2016

Christian Harbulot : "Fabricants d'intox, la guerre mondialisée des propagandes" (TV Libertés)


Le directeur de l’Ecole de guerre économique, Christian Harbulot, nous présente son ouvrage intitulé “Fabricants d’intox”. Dans un récit édifiant, l’auteur dévoile la manière dont les Etats, les militaires, la société civile et les acteurs économiques se servent de la propagande pour arriver à leurs fins.

Source : TV Libertés

20/03/2016

Géopolitique de l’Afrique du Sud (François Lafargue)

Géopolitique de l’Afrique du Sud

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Extrait de l’ouvrage du 8e festival de Géopolitique de Grenoble : François Lafargue, "Géopolitique de l’Afrique du Sud. Une nation en construction", Coll. Major, PUF.

La publication de cet extrait s’inscrit dans le contexte du 8e Festival de Géopolitique de Grenoble consacré aux "Dynamiques africaines" du 16 au 19 mars 2016. Du mercredi 16 h30 au samedi 20 h 15 de nombreuses conférences sont retransmises en direct sur le site festivalgeopolitique.com

Une nation orpheline de ses rêves

QUELLE sera l’évolution de l’Afrique du Sud dans les dix à quinze prochaines années ? Sans se fourvoyer dans une prospective hasardeuse, l’histoire contemporaine de l’Afrique nous permet de tirer quelques enseignements utiles pour l’avenir.

Une évolution similaire à celle du Zimbabwe

L’hypothèse d’une évolution de l’Afrique du Sud à l’image de celle du Zimbabwe de Robert Mugabe ces quinze dernières années est malheureusement concevable. Vingt ans après le premier scrutin libre et la célébration de la « nation arc-en-ciel », l’Afrique du Sud est une société gangrenée par la violence et incapable de cicatriser les plaies de l’apartheid. Le programme électoral de Jacob Zuma lors de sa première élection en mai 2009 se voulait une rupture avec les années de Thabo Mbeki qui avait su, par une politique économique prudente, rassurer les investisseurs étrangers. Mais son action avait été jugée trop favorable à la classe moyenne noire. Zuma avait promis d’engager une politique de redistribution sociale plus équitable, tout en restant très imprécis à propos de son financement. Jacob Zuma a eu bien du mal, avec ses alliés, le Parti communiste sud-africain (SACP) et la puissante centrale syndicale COSATU, à honorer ses promesses. Sa démagogie a provoqué une profonde frustration au sein des populations les plus défavorisées, qui s’étaient laissé séduire par son charisme et ses discours. Cette déception explique le résultat mitigé de l’ANC au dernier scrutin législatif. Zuma doit surtout sa réélection à l’absence d’une réelle alternative électorale et à la forte mobilisation de l’électorat zoulou. Dans les années à venir, confronté à une opposition politique de plus en plus violente (très régulièrement, les manifestations dégénèrent en affrontements meurtriers), le pouvoir pourrait être tenté de s’appuyer sur des forces supplétives, des milices populaires, composées principalement de Zoulous et chargées de rétablir l’ordre dans les townships qui leur sont familiers.

Ce climat insurrectionnel justifierait alors la restriction des libertés publiques, avalisée par le Parlement où l’ANC détient encore une très large majorité. Pour atténuer les critiques, Zuma pourrait être tenté, à l’instar de Robert Mugabe au milieu des années 1990, d’exacerber les tensions raciales en encourageant l’occupation des terres agricoles détenues par les Européens et en cristallisant sur cette minorité le mécontentement social. Même des personnalités modérées, comme Cyril Ramaphosa, contribuent par leurs propos à envenimer les tensions raciales. En novembre 2013, alors vice-président de l’ANC, il encourageait les jeunes noirs à s’inscrire sur les listes électorales pour éviter « le retour au pouvoir des Boers » et leur domination. La nationalisation des entreprises du secteur minier, déjà réclamée par certains élus de l’ANC, pourrait également être engagée. En 2002, la législation minière du pays a été modifiée, mettant un terme au régime d’accession jusque-là en vigueur et dans lequel le propriétaire du sol est également celui du sous-sol. La Loi sur le développement des ressources minérales et pétrolières permet à l’État d’attribuer des licences de prospection et d’exploitation des gisements de matières premières. Les autorités publiques se réservent le droit de révoquer les permis miniers si l’exploitant ne respecte pas suffisamment certaines dispositions sociales, comme la priorité d’embauche accordée aux femmes, des mesures destinées à améliorer la qualification de la main-d’œuvre, ou encore la mise à disposition de logements décents pour les mineurs. En échange de ces obligations, les droits d’exploitation sont portés à trente années. La nationalisation des groupes miniers et la création de milliers d’emplois publics, s’inscrivent dans une volonté de mieux contrôler la production de richesses. Les institutions de la jeune démocratie sud-africaine restent encore trop fragiles pour pouvoir éviter une dérive autocratique du régime.

Au Zimbabwe, la minorité européenne a massivement quitté le pays à partir du milieu des années 1990 pour regagner la Grande-Bretagne. Un tel scénario n’est pas envisageable pour une partie des Blancs d’Afrique du Sud, d’origine hollandaise, qui ne bénéficient pas d’une double citoyenneté. Les Afrikaners seront sans doute contraints, comme au xixe siècle face aux Britanniques, de résister par la force. Les perspectives qui s’ouvrent alors pour eux sont la mort ou le départ forcé vers d’autres pays d’Afrique comme la Namibie. Les Afrikaners pourraient aussi revendiquer la création de leur propre État, mais sans voir ce rêve se concrétiser. Ce projet avait été défendu au moment de la transition institutionnelle (1991-1994) par le général Viljoen. Ancien commandant en chef de l’armée sud-africaine (1980-1985), Viljoen dirige alors l’Afrikaner Volksfront, et menace de provoquer une sécession pour créer un « État », le Volkstaat, réservé aux Blancs. Conscient du faible soutien des Afrikaners à son entreprise et devant la détermination de Frederik de Klerk de parvenir à un compromis avec l’ANC, Viljoen renonça à ses projets. Mais ce dessein est peu envisageable aujourd’hui, car quelles seraient les frontières d’un tel État et sa viabilité économique ?

Des enclaves réservées aux Blancs se sont déjà constituées comme à Kleinfontein (cité de Tshwane), qui compte un millier de résidents ou à Orania, dans la province du Cap du Nord. Les promoteurs de ces projets, qui restent encore isolés, s’appuient sur la Constitution qui reconnaît dans son article 185 le droit aux minorités de protéger leur langue, leur culture et leur religion. Jacob Zuma, en se rendant à Orania en septembre 2010, a reconnu le droit des Afrikaners à défendre leur culture, mais sans apporter de réponse concrète à leur désarroi.

Surtout, l’espoir des Sud-Africains blancs est de vivre dans une Afrique du Sud démocratique. Les Afrikaners refusent d’être encore stigmatisés et rappellent que les Empires coloniaux furent le théâtre de sévices corporels, jamais punis, infligés aux autochtones, particulièrement au Congo belge. Les Européens ont le sentiment que la transition institutionnelle a été menée à leur détriment. Leurs représentants auraient dû leur obtenir davantage de droits (comme un quota d’élus au Parlement), et choisir la voie d’une cogestion du pays plutôt qu’un transfert du pouvoir sans aucune garantie. Un reproche d’autant plus justifié que l’ANC n’avait pas gagné la guerre contre le pouvoir blanc, et que l’effondrement de l’Union soviétique privait l’ANC d’un précieux soutien, éloignant davantage la perspective d’une victoire par les armes.

La criminalité alimente cette peur d’un « génocide blanc », que confirment partiellement les chiffres puisque depuis 2000, plusieurs milliers de Sud-Africains blancs sont décédés d’une mort violente. Au regard de l’histoire contemporaine de l’Afrique, la présence de cette minorité blanche en Afrique du Sud semble ne pas devoir durer. Ces Européens connaîtront le même sort que les Français d’Algérie ou les Britanniques de Rhodésie du Sud. Près de 400 000 Blancs (10 % des Européens), principalement des Afrikaners, vivent dans la pauvreté, regroupés dans des campements de fortune pour mieux se protéger. Leur colère n’est pas canalisée par une formation politique. Frederik de Klerk est ici souvent comparé à Mikhaïl Gorbatchev, deux hommes estimés en Occident pour leur sagesse, mais jugés très sévèrement dans leur pays natal. Ces Blancs souvent peu qualifiés ne parviennent plus à trouver un travail dans un pays où la couleur de la peau prime sur la compétence.

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18/03/2016

Réminiscences algériennes

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-Alger, de nos jours-

A bien des égards, la guerre d'Algérie, ressassée encore par certains, littéralement oubliée et ignorée par beaucoup, porte en elle certains germes permettant de comprendre la situation française d'aujourd'hui. Avec quelques camarades, nous évoquions récemment ce tropisme lourd : la résolution d'un conflit véhicule souvent en elle les ferments du prochain… Les exemples ne manquent guère, surtout pour nous, Français. 1871 donne 1914 et 1918 donne 1939.

Il est judicieux d'évoquer l'Algérie en ces heures. La situation de ce pays, rarement évoquée par les médias français, est absolument catastrophique. Un chômage de masse (plus de 30% chez les très nombreux jeunes, « officiellement ») implique un niveau de dépenses sociales très important visant à acheter la paix intérieure. Or le pays ne vit que de deux mamelles : le pétrole et le surtout le gaz. L'économie algérienne n'est aucunement diversifiée (les exportations d'hydrocarbures représentent plus de 30% du PIB et plus de 60 % des recettes de l’État) et l’effondrement récent des cours du brut (qui est déjà en train d'anéantir littéralement certains États tels que le Venezuela ou encore l'Azerbaïdjan) provoque la fonte des réserves de change algériennes. Résultat : de nombreux produits ne sont plus importés en Algérie depuis plusieurs semaines. La priorité est donnée aux biens de première nécessité (nourritures, médicaments, etc.). Au rythme actuel, le compte à rebours court jusqu'à la fin de l'été 2016 quant à l'épuisement total des réserves de change et donc l'arrêt des transactions avec l'extérieur et des destructions économiques irrémédiables. Cela provoquerait une implosion sociale de grande envergure, voir même une chute de l’État.

A l'heure où l'ensemble du monde arabo-musulman est parcouru de soubresauts violent, cela ne laisse rien présager de bon. Imaginons un instant un scénario à la libyenne ou à la syrienne pour l'Algérie dans les prochains mois. Où iraient les centaines de milliers de « réfugiés » algériens ? Vous connaissez déjà la réponse, chaque Algérien possédant au moins un membre de son cercle familial en France…

Cela pose naturellement la question de cette relation « spéciale » qu'entretiennent la France et l'Algérie depuis 1830 et plus largement avec l'ensemble du Maghreb. C'est cette relation spéciale qui explique la présence en France de millions de Maghrébins (dont le chiffrage est toujours complexe aujourd'hui), population accumulée progressivement tout au long de la seconde moitié du vingtième siècle et qui constitue aujourd'hui une véritable tête de pont au profit des grands flux à venir. En effet, ces populations arrivées de manière « diffuses » (via l’immigration de travail, le regroupement familial et les naissances in situ) ne représentent rien en comparaison des masses qui se préparent à la grande transhumance vers le nord...

Décidément, le « problème algérien » n'est pas prêt de prendre fin… La fameuse guerre d'Algérie, dans laquelle nombre de nos prédécesseurs dans le combat pour la France et l'Europe avaient pris part, avait mis en avant nombres d'éléments qu'il serait bon de se rappeler aujourd'hui : la prise de conscience identitaire face à l'altérité, le rôle des forces de l'ordre et des services de renseignement, la place de l'Armée dans la société, l'intervention de la sphère politique, le combat dissident, etc.
Il est surprenant de retrouver, pas loin de 60 ans après, des acteurs que l'on avait déjà vu à l’œuvre « en ce temps là ».

Jacques Thomas pour le C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

17/03/2016

Kyiv et Moscou, la main dans la main

Kyiv et Moscou, la main dans la main

La répression à l’encontre du Régiment Azov dans les prisons édifiées à Yalta

En dépit de l’attentisme quasi-général de l’armée régulière ukrainienne, le régiment à destination spéciale Azov a repris en force l’action sur le terrain depuis environ deux semaines [NDLR : mi-février], réduisant en miettes les espoirs russo-américains de l’acceptation tiède et passive d’une trêve hautement désavantageuse, particulièrement en regard des conquêtes territoriales obtenues sur le terrain par les soldats ukrainiens.

Dans la vidéo référencée ci-après, Andriy Biletskyi, commandant d’Azov, militant national-révolutionnaire historique, plusieurs fois détenu et persécuté par le régime d’occupation anti-ukrainien, explique la tactique opérationnelle qui a permis de développer l’offensive (https://www.youtube.com/watch?v=J_gc30Kp0Zs).

En optant pour une action soudaine et rapide, Azov a mis au pied du mur aussi bien le gouvernement de Kyiv que les séparatistes.
En août dernier, en effet, les représentants du gouvernement ukrainien, d’une part, et ceux des entités séparatistes (« République populaire de Donetsk » et « République populaire de Louhansk »), d’autre part, s’étaient mis d’accord sur un plan de démilitarisation du village de Chyrokyne. Biletskyi et les dirigeants militaires du régiment, forts du soutien de l’opinion publique ukrainienne, protestèrent immédiatement contre cet accord inique pour l’Ukraine et proposèrent Debaltseve comme centre de démilitarisation. Chyrokyne se trouve en effet dans une position idéale pour qui veut frapper les centres militaires « azoviens ». Des hauteurs, il est en effet possible pour les séparatistes de bombarder Marioupol -conquise, il y a un an, par les soldats de Biletskyi, au prix de pertes importantes- ainsi que d’autres zones à l’évidence stratégique pour Azov, comme on a pu effectivement le vérifier ces derniers mois.

C’est dans ce contexte qu’a été conçue l’offensive actuelle du bataillon national-révolutionnaire ukrainien, qui est pour l’instant victorieuse sur toute la ligne et a reçu l’approbation de la société civile ukrainienne.

Pour Azov, cette offensive n’est pourtant qu’une partie d’un plan stratégique visant à la reconquête de la Crimée elle-même.

Depuis des mois, et ce n’est pas par hasard, Azov, avec d’autres mouvements nationaux-révolutionnaires ukrainiens, a organisé des défenses fixes aux frontières avec la Crimée, en protestation contre le gouvernement de Kyiv, qui continue à entretenir des relations économiques et politiques avec la puissance russe, occupante et impérialiste ; dans le même temps, des manifestants ont empêché l’entrée en Crimée de camions transportant en principe des médicaments et denrées alimentaires en provenance de Russie, et ont bloqué des voitures qui s’apprêtaient à entrer à Simferopol et transportaient des séparatistes, alors que ceux-ci auraient dû être détenus, pour cause de massacres de la population civile ukrainienne. Il convient également de noter que les Ukrainiens sont particulièrement opprimés et maltraités dans la Crimée sous occupation russe.

C’est ainsi que, la semaine dernière, le SBU (Services de Sécurité de l’Ukraine, issus de l’ex-KGB - NDT) a arrêté Stanislav Krasnov, chef de la branche criméenne d’Azov. L’accusation retenue contre lui est totalement fantaisiste, puisque l’on parle carrément de collaboration avec le FSB poutiniste !

Stanislav, né à Simferopol, a été un volontaire du bataillon OUN, constamment en première ligne contre l’envahisseur durant la bataille de Pisky, dans la région du Donetsk.

En même temps que Stanislav, on a également arrêté sa fiancée, Oksana, militante de longue date dans le camp national-révolutionnaire ukrainien et également présente dans toutes les manifestations de protestation en faveur de la Crimée ukrainienne.

Le 28 février, le Corps Civil d’Azov a organisé une journée de soutien à Stanislav et Oksana, et, bien entendu, de dénonciation des actions du SBU.
Sur les murs du tribunal ont fleuri des inscriptions comme : « SBU trahison ! », flanquées du trident ukrainien ou de l’emblème adopté par Azov qui rappelle à certains la rune du loup, symbole d’identité sacrale et d’une communauté de soldats qui, pour le régiment, lutte et se sacrifie quotidiennement (nombreux sont en effet, les camarades volontaires de chaque pays d’Europe, dont énormément de citoyens russes, à être tombés sur le front ).
Biletskyi s’est également dépensé en première ligne pour obtenir la libération immédiate de deux militants.

Des messages et actes de solidarité concrète sont venus et continuent d’affluer de tous les milieux nationaux-révolutionnaires européens, de la Russie à l’Espagne.

Federico Martino

(traduit de l’italien par Yves G. pour le CNC et publié initialement par sur le site NoReporter.org, animé par Gabriele Adinolfi, le 3 mars 2016).

Lien vers l’article original : http://www.noreporter.org/index.php?option=com_content&view=article&id=24028:kiev-e-mosca-mano-nella-mano&catid=6:conflitti&Itemid=16

15/03/2016

Trump sans l'aimer ?

Trump sans l'aimer ?

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Le phénomène Trump ne cesse de grandir et la presse bien pensante et à sens unique ne cesse de recourir au Trump bashing. Trump est assimilé tantôt à Marine Le Pen, tantôt à Poutine, tantôt à Hitler; bref Trump c'est le camp des méchants. Il est presque impossible d’avoir des informations claires et non orientées dans la presse française sur Trump, les médias télévisés ne relayant souvent que quelques « dérapages » ou « catch phrase » et résumant ce milliardaire mal coiffé à un troll du net. D'autres se risquent à des analyses. Le phénomène Trump est le signe du manque de culture des américains, car comme vous le savez tous quand on a de la culture on est forcément ouvert et tolérant et on ne vote pas pour le « repli sur soi » et les idées « populistes ». Trump est assimilé à un sorte de Georges Bush, et pour la plupart des français il s'agit de la continuation de la méchante droite américaine patriote et conservatrice agressive face à la gentille gauche cosmopolite et progressiste pacifiste. Or les catégories politiques aux Etats-Unis sont un peu plus complexes que ça. L'isolationnisme par exemple existe autant chez les Démocrates que chez les Républicains, de même que l'interventionnisme. Il n'est donc pas possible d'importer un caricatural débat droite-gauche sur la scène américaine dont l'histoire, la sociologie, la taille et les intérêts sont différents des nôtres.

Les courants des relations internationales aux Etats-Unis

Pour nous autres, Français, et plus largement, Européens, la seule chose qui nous intéresse c'est de savoir si un futur présidentiable est interventionniste ou non. Sur ce point Trump représente un intérêt majeur et c'est en grande partie ce qui explique les attaques venant autant des Démocrates que des néo-conservateurs du camp Républicain. Il existe aux Etats-Unis au moins trois courants géopolitiques, trois manières de concevoir les relations internationales :

  • L'internationalisme libéral qui se développe très tôt et considère qu'il est un devoir pour les nations libérales d'importer leurs valeurs même si cela se fait au mépris de la souveraineté des Etats. Ce courant est présent autant chez les Démocrates que chez les Républicains, en particulier chez les néo-conservateurs. Ce courant qui s'inspire de John Locke est incarné entre autre par la figure de Woodrow Wilson, le président des 14 points et de la SDN et par John Maynard Keynes, un des théoricien de l'Etat-providence.
  • L'école des réalistes qui tire ses racines dans la tradition politique et géopolitique des anciens états européens et s'inspire de Thucydide, Machiavel, Max Weber, Morgenthau ou Carl Schmitt. Pour eux, le fait prime le principe, et à la suite de Hobbes ils voient le monde en état d'anarchie permanente. Le but de la politique internationale n'est pas d'instaurer la paix mais un équilibre par l'intermédiaire d'une ou de plusieurs grandes puissances. Les réalistes peuvent aussi bien s’accommoder de l'unipolarité (une seule grande puissance peut assurer l'équilibre mondial) ou de la multipolarité (plusieurs grandes puissances assurent l'équilibre mondial).
  • Le constructivisme qui, quant à lui, tranche avec les autres. Il est plus récent. Si l'Etat est un acteur clef, il est un acteur parmi d'autres et les partisans de ce courant pensent aussi que les organisations internationales comme les ONG, les entreprises, la société civile « mondiale » ont un rôle à jouer. Ce courant acte la prolifération de conflits asymétriques et le changement de nature du pouvoir. Joseph Nye, bien qu'il ait évolué dans un contexte de débat entre réalistes et internationalistes libéraux a pu être rattaché à ce courant en raison du fait que le « soft power » peut sembler être un produit du « constructivisme social » appliqué au champs des relations internationales.

Du hard power au soft power

Par désintérêt ou ignorance beaucoup de Français ne connaissent pas les débats qui agitèrent les Etats-Unis à la fin des années 1980 sur le déclin de ceux-ci. En 1987, Paul Kennedy publie The Rise and Fall of the Great Powers et explique que les Etats-Unis sont amenés à décliner car c'est le destin de toutes les grandes puissances qui n'ont plus les moyens de gérer des territoires trop importants. Joseph Nye lui répond en 1990 avec Bound to Lead, qui signifie « condamné à gouverner » et qui explique que la nature de la puissance, mais aussi du pouvoir (le mot power en anglais désignant autant puissance que pouvoir), a changé. Ainsi les Etats-Unis peuvent poursuivre leur domination par un pouvoir plus « doux » autour de l'économie et de la culture. Joseph Nye, qui sera par la suite conseiller de John Kerry, va remettre le couvert en 2004 en intitulant, enfin serait-on tenté de dire, un nouvel ouvrage Soft Power: The Means to Success in World Politics dans le contexte de la guerre en Irak. Persévérant dans ces théories, il considère que l'échec de la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient vient de l'échec de la politique de séduction du modèle occidental (libéral). Les Etats-Unis sont donc aujourd'hui à la croisée des chemins, ni le hard power ni le soft power ne paraissant suffisants. Un nouvel élément de langage, le « smart power », le pouvoir intelligent, au sens de l'intelligence rusée est apparu dans l'état major Démocrate chez Obama et chez Hillary Clinton. Cela se ressent dans les substantielles évolutions de Brzezinski, l'auteur du Grand Echiquier, dont l'approche des relations américano-russe est nettement moins frontale que lors de la parution de son maître-ouvrage en 1991.

La fin du règne des internationalistes ?

Ce qui se joue entre Trump et Clinton c'est donc l'avenir de la politique américaine et donc, in fine, de nos propres intérêts. La vieille bique « démocrate » est encore travaillée par les réseaux qui depuis la chute du mur de Berlin et l'effondrement des Etats-Unis veulent la domination totale des Etats-Unis, l'export du modèle libéral, la fin de l'histoire (Francis Fukuyama), la paix par le libre-échange, etc... Nous ne sommes donc pas étonnés de retrouver le tristement célèbre Georges Soros parmi ses soutiens. Trump quant à lui semble plutôt travaillé par des influences réalistes et cherche un meilleur équilibre dans les relations internationales, comprenant par la même que le facteur de déstabilisation mondiale ne vient pas tant des jeux de puissance que des masses démographiques des pays du Sud. Trump reprend une ligne proche de celle d'un Pat Buchanan qui s'était fait tailler en pièce aux élections 1992, 1996 et 2000. Ce dernier fut d’ailleurs par la suite un commentateur républicain hostile à la politique de Georges Bush en Irak et de la politique interventionniste des Etats-Unis en général. Que ce soit malgré elles ou non, les élites médiatico-politiques et financières occidentales sont toute prisonnières de l'influence des internationalistes libéraux qui peuplent les grands raouts mondiaux comme la Commission Trilatérale composés autant de Démocrates que de Républicains. Cette tentation mondialiste d'une prétendue Pax Americana est un élément fort de la pensée anglo-saxonne qui ne date pas d'aujourd'hui. Dès 1968, le célèbre spécialiste de la communication, MacLuhan, publiait War and Peace in the Global Village où était employé le terme de « village planétaire », le tout en contexte de guerre froide et de tension forte entre les deux blocs. Ce qui devrait singulièrement refroidir les nostalgiques des deux blocs qui imaginent que la bipolarité empêchait l'avènement d'une société mondialisée... En 1983, un économiste et professeur de marketing d'Harvard, Theodor Levitt, décédé en 2006, publiait un article nommé The Globalization of Markets qui appelait à un « village global » où les frontières nationales, entre autres, seraient abolies. Kenichi Ohmae, économiste et ancien cadre chez Hitachi qui publiait en 1985 The Triad Power, the Coming Shape of Global Competition sera l'auteur en 1996 d'un ouvrage traduit en français dont le titre est lui même tout un programme, De l’Etat-nation aux Etats-régions. Il est intéressant de noter que ces deux parangons du marché global auront publié leurs théories dès les années 1980 alors que, là aussi, nous étions dans un contexte de guerre froide. Si l'histoire semble donner tort à tous ses utopistes globalistes, il n'empêche que l'influence, pour ne pas dire la sidération, que ces milieux auront provoqué jusque chez nous est un phénomène très important. Et c'est cette Amérique là qu'un BHL par exemple porte en haute estime. Les altermondialistes eux-mêmes reprennent régulièrement ces âneries de « village global » pourtant issus des milieux d'affaire américains.

Trump, un Poutine américain ?

Bien que Poutine soit souvent apprécié par les réalistes et que Trump et Poutine semblent mutuellement favorables l'un à l'autre, il est en partie hasardeux de comparer Trump à Poutine. Poutine est un néo-impérialiste chauviniste dont la politique consiste à mener une marche vers l'ouest que les élites russes depuis Pierre Le Grand n'ont cessé d'entreprendre. Poutine soutient des partis politiques pro-russes dans les pays baltes qui sont de véritables cinquième colonnes. Il a annexé la Crimée, dégradé la situation du Donbass, appuyé les mafias en Moldavie et il continue de contrôler la Transnistrie. Il a également démembré la Géorgie de l'Abkhazie et de l'Ossétie du sud, s'appuyant sur quelques oligarques mafieux locaux et pratique massivement la corruption pour s'allier les marges, comme en Tchétchénie. Ce que voit Poutine en Trump, c'est la fin de l'internationalisme libéral et de l'interventionnisme, ce qui est bon pour ses intérêts qui sont, eux, interventionnistes. Trump en revanche n'a aucune prétention ni sur son espace impérial (comme l'est l'Europe occidentale) ni sur ses marges (comme l'Ukraine) et il ne semble pas qu'à l'heure actuelle un seul mouvement politique européen ne bénéficie des milliards de Trump comme d'autres bénéficient des milliards de Soros ou de … Poutine. Poutine est une réaction russe à la politique néo-conservatrice sur des bases à peu près similaires, il est aussi une réaction à la politique d'extension de l'UE sur des bases également similaires (l'Union eurasiatique). Poutine est le fruit des théories géopolitiques occidentales des années 80 et 90 qui placèrent la Russie sous tutelle et qui développèrent un modèle expansionniste reposant autant sur le hard power (comme en Irak) que sur le soft power (comme en Europe). Trump à l'inverse correspond à une ligne qui n'est pas néo-conservatrice. Par ailleurs le candidat à l'investiture Républicaine a désigné l'ennemi : l'islam et l'invasion migratoire. Poutine lui semble désigner « l'Occident » (c'est à dire nous, en fait) et cherche à maintenir l'islam comme un élément de la culture russe historique comme l'atteste l'inauguration de la mosquée de Moscou ou les réactions anti-nationalistes après la terrible décapitation d'une enfant de 4 ans par une nourrice Ouzbek. Là où Poutine veut restaurer un empire affaibli sur des bases multiculturelles autoritaires tout en menant une politique de rejet/intégration des éléments occidentaux, Trump lui semble surtout vouloir protéger un empire menacé en s'appuyant sur la classe moyenne blanche, en pratiquant la démocratie réelle et en défendant les fondamentaux de la démocratie américaine (comme le port d'arme). Classe moyenne qui n'accepte donc pas les tentatives de captation du pouvoir par le centre oligarchique du nord-est et qui est victime de l'agitation des minorités ethniques, comme l'illustre la campagne du marxiste culturel Bernie Sanders. Conseillé par Michael Flynn, ancien chef du renseignement qui fut aux premières loges du désastre irakien et soutenu par un acteur emblématique d'une certaine Amérique, Clint Eastwood, Trump semble être le seul en mesure de bousculer le schéma en vogue depuis la fin de l'URSS et à défendre de façon concomitantes les intérêts des américains blancs et des Européens.

Bien sûr, en politique, les discours n'engagent que ceux qui y croient et il est impossible dans le fond de comparer un simple candidat n'ayant jamais exercé le pouvoir avec un chef d'Etat ayant exercé les plus hautes fonctions pour le meilleur et pour le pire. Il faudra aussi se garder d'une « trumpolâtrie » s'ajoutant ou supplantant une « poutinolâtrie » sur des bases tout autant contestables. Quoi qu'il en soit, résumer les personnalités à leur image médiatique en faisant fi des écoles et des courants qui les conseillent et une mauvaise habitude prise par beaucoup de commentateurs autant sur la Russie que sur les Etats-Unis. Loin de nous l'idée d'encenser Trump, il s'agit simplement de replacer Trump dans la crise de l'Amérique blanche et dans l'impuissance géopolitique des Etats-Unis qui doivent faire face à l'échec irakien et à la montée de l'Etat islamique. Si Obama avait une optique intéressante en sous traitant à ses alliés (comme en Libye), en reprenant les discussions avec l'Iran et en misant sur le Pacifique, il est certain qu'une élection d'Hillary Clinton serait une véritable catastrophe pour nous. Trump, sans l'aimer et sans illusion. Faute de mieux.

Jean/C.N.C.

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