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16/07/2015

Du chaos européiste à l'abîme souverainiste ?

scream.jpgLa stratégie néo-souverainiste me fait penser aux films d'horreur où les protagonistes se séparent tous et sont tués les uns après les autres.

Ne pas confondre les causes et les conséquences

En visant l'UE et non pas le libéralisme, certains confondent les causes et les conséquences. Si le libéralisme a facilité la construction européenne par l’intégration économique et monétaire et l'effacement des frontières, il a aussi, dans le même temps, poursuivi sa logique propre et fragilisé l'UE sur le plan politique puisque pour de nombreux pays il ne s'agit plus depuis longtemps d'adhérer à un projet politique mais à un projet économique. L'UE a effacé – en partie - la souveraineté politique des Etats sans construire véritablement la sienne. Comme une révolution qui n'aurait pas aboutie. Après les phases d'effacement, de déconstruction, il faut toujours une phase de construction. Détruire l'UE permettrait peut-être de reconstituer des nations souveraines mais cela ne détruira en rien le libéralisme. Il s'agira simplement de re-basculer vers des rapports bilatéraux, ce qui aura pour résultat une Europe morcelée, terrain des appétits des grandes puissances impérialistes et des réseaux islamistes. C'est au moment où nous sommes face à des défis communs comme le TAFTA ou l'immigration que nous devrions nous unir. Or c'est tout le contraire qui se produit. Et cela en dit long sur la suite : qu'en sera-t-il d'une politique de « redressement national » qui se fera en concurrence avec nos voisins directs et promouvra la réindustrialisation, l'agriculture productiviste, les grands travaux, etc … ? Qu'adviendra-t-il de « l'écologie patriote » dans ce contexte. Sans oublier le nucléaire, les rapports franco-russe sur le gaz et le pétrole pour les seuls profits de Total et Gazprom ou encore l'exploitation du gaz de couche... Quel avenir radieux... Certains objecteront qu'un ordre national-libéral vaut mieux qu'un chaos libéral continental. Nous devons affirmer qu'ils ont tort. Ils oublient que nous avons affaire au même type de personnels politiques dont les paradigmes sont datés. De nos énarques  aux commissaires européens, c'est le même mode de développement basé sur la sacro-sainte croissance infinie et le productivisme qui sont plébiscités.

La division de l'Europe

Jamais dans l'histoire récente l'Europe n'a paru autant divisée que depuis ces dix dernières années. Sur l'€uro, la Russie, la Grèce ou l'immigration, les politiques européens sont incapables d'accorder leurs violons et les réflexes sont à la séparation et au chacun pour soi. En deux mots à « l'égoïsme territorial ». Si le régionalisme divise la nation au profit de l'Europe, alors il faut avoir l'honnêteté d'admettre que le souverainisme national divise l'Europe par rapport aux enjeux mondiaux. Ce n'est qu'un changement d'échelle. Le simple fait que la droite britannique connectée à la City soit hostile à l'Union Européenne devrait interpeller Français et Allemands, tant on sait que la vision géopolitique britannique a toujours été hostile à toute affirmation de puissance continentale.

Les Etats traditionnels ne semblent pas pouvoir apporter une réponse durable aux défis du siècle. Les enjeux civilisationnels sont du domaine des empires. La France ou le Royaume-Uni ont influencé le monde en devenant des empires (dans le mauvais sens du terme, j'en conviens). Ils n'étaient donc plus de simples Etats, mais des puissances impériales. C'est en revenant au stade de simples Etats-nations (Etat multinational limité pour le Royaume-Uni) entre les années 60 et 90, qu'ils ont progressivement perdu leur influence. Les Etats traditionnels sont trop petits pour résister aux logiques globales et trop gros pour s'adapter au réel de façon efficace.

Ce que nous craignons, c'est que les Etats traditionnels n'aient probablement comme vocation qu'à être les pions sur l'échiquier mondial des relations entre empires. On le voit déjà avec le FN qui entame très largement les principes d'indépendance nationale par son tropisme moscovite et démontre par anticipation la difficulté de ces Etats à agir de façon souveraine dans le contexte actuel sans devenir les satellites d’empires. L'Etat-nation, de Gaulle et la Russie comme horizon indépassable, voilà un programme un peu limité et peu en phase avec le contexte actuel. D'autres exemples sont parlant comme le Royaume-Uni ou des états moins forts comme la Grèce, la Syrie ou l'Ukraine dont la survie ne dépend que du bon vouloir de leurs partenaires.

Les deux voies de garage

Deux voies semblent donc se dessiner, un renforcement des liens entre l'UE et les Etats-Unis via les projets euro-atlantiques de type TAFTA ou le morcellement en plusieurs nations souveraines, souvent alliées à la Russie. C'est ce que l’on peut qualifier de « néo-souverainisme ». La troisième voie que nous avions définis au cours d'une émission de Méridien Zéro n'est donc pas tout à fait celle des années 70-80. Il s'agit plutôt pour nous de nous positionner comme une alternative d'un côté face aux alliés des Etats-Unis qui nous vendent pieds et poings liés au libre-échange transatlantique et de l'autre aux néo-souverainistes de « gauche » ou de « droite » qui n'envisagent que le retour à la souveraineté nationale avec le soutien de partenaires étrangers comme la City ou, surtout, le Kremlin. Le FN par exemple a vu dans la victoire de Syriza un signe encourageant quant à son propre avenir alors même que Syriza constitue, pour nous, un danger mortel*.

Ces deux voies sont totalement funestes.

Aux différentes époques correspondent des « tailles critiques ». La Cité-Etat était le modèle de l'antiquité jusqu'à l'époque hellénistique, l'Etat-nation fut un modèle plébiscité au XIXeme et au XXeme siècle, l'empire continental est adapté au XXIeme siècle. Si nous voulons de profonds changements économiques sociaux, écologiques et identitaires, ils ne pourront se faire qu'à l'échelle continentale. Il faut donc faire émerger la troisième voie et mobiliser nos forces non pas pour saborder l'UE mais pour au contraire proposer une alternative. Napoléon a achevé la Révolution française, c'est donc une nécessite historique de réaliser cet imperium sans lequel nous demeurerons au mieux des nains géopolitiques. Sans cet imperium nous serons en incapacité d'effectuer la révolution anthropologique qui doit venir et de l'insuffler au reste du monde.

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

*: je ne résume pas Syriza à Tsipras. Lire ICI ce que nous avons écrit. Syriza joue la division néo-souverainiste, Tsipras a un rôle différent.

14/07/2015

Entrevue #20: Gabriele Adinolfi à propos de l'actualité européenne

1) Le Cercle Non Conforme : La Grèce est au cœur de l'actualité. Quel est votre sentiment sur la stratégie de Tsipras et quelles solutions voyez-vous pour la Grèce et l'Europe?

292120785.jpgGabriele Adinolfi: Tsipras n'a aucune stratégie. Il répond à deux patrons: son principal sponsor, Soros, qui finance Syriza depuis 2012, c'est à dire qu'il a été transformé en un cartel electoral efficace, et puis sa base qui est formée par les fonctionnaires parasitaires. C'est plutot le FMI, que Tsipras, qui dicte la ligne en Grèce. Tsipras, commis des banquiers, en particulier des WASP, joue son rôle dans la comédie, exactement comme le font en Italie Grillo, en Espagne les harpies de Podemos et en Angleterre Farrage. Tous des fantoches de Soros et/ou de Rotschild.

Pour l'instant, gérée comme elle l'est, la Grèce n'a pas d'issue: elle sera ruinée hors de l'€uro et dans l'€uro. Comme le dit très justement l'Aube Dorée, qu'on continue de nous montrer comme un mouvement d'excités, mais qui est, tout au contraire, l'un des rares partis politiques concrets et sérieux dans tout l'Occident, il faut d'abord changer de politique économique et sociale en Grèce et après discuter du sexe des anges.

2) Le C.N.C : Êtes-vous favorable au maintien de l'€uro et comment voyez-vous l'avenir de l'Eurozone?

G.A. : Dans mon livre de poche L'Europe, sorti ce printemps par Synthèse Nationale [NDLR: lire notre chronique ICI et voir la vidéo de la conférence à Bruxelles ICI) j'écrivais:

“Quant à moi, je suis favorable au maintien de l’€uro mais avec d’autres paramètres. S’agissant ici d’une proposition dynamique, nous éviterons de nous fossiliser, en laissant place à d’autres solutions pourvu qu’elles répondent à la même logique.

Partons de la BCE et du SEBC qui représentent respectivement la locomotive de l’UE et l’organe d’émission monétaire auquel participent les banques nationales (ainsi sont-elles nommées).

Il est inacceptable que la BCE soit un organe indépendant de la politique et qui n’ait l’obligation de garantir la dette publique des nations européennes qui ne sont pas absorbées par les marchés.

Pour sa réforme nous nous approprierons quelques propositions.

On peut proposer par exemple l’élection de la majorité des membres du conseil de la BCE par les parlements nationaux, faisant ainsi cesser le mensonge de l’indépendance de la BCE alors que celle-ci est totalement dépendante de divers clubs financiers. Rappelons que la banque centrale de la deuxième plus grande économie mondiale - la Chine - est totalement soumise à une nomination politique.

En outre il est opportun de faire pression afin que l’objectif de fond de la BCE passe de « stabilité financière et contrôle de l’inflation » à « croissance du PIB », en y incluant l’équité sociale.

En réalité l’équation devrait être tridimensionnelle : croissance économique, stabilité financière et équité sociale. Le poids des respectifs coefficients devrait être à raison de 50 : 30 : 20, compte tenu de l’actuelle pondération qui équivaut à 0 : 100 : 0.

Il faut proposer également que la BCE garantisse toutes les émissions en monnaie.

Nous irons même au-delà en proposant la nationalisation effective de toutes les banques nationales et par conséquent celle de la BCE même qui, de fait, n’est qu’un conseil d’administration, les BC nationales en étant les actionnaires. Ainsi, la BCE finirait par appartenir automatiquement au peuple de l’Europe Nation.

Une logique corporative et confédérée devrait être celle de la BCE qui, comme nous l’avons déjà affirmé, devrait avoir comme objectif primaire la réquisition des titres de dette en possession étrangère afin de rendre l’Europe, ainsi que ses composantes, indépendante de l’usure et de la dictature de la caste cosmopolite.

L’indépendance se base sur la souveraineté monétaire mais également sur celle militaire, énergétique, satellitaire, environnementale et de la santé. Il n’est guère possible qu’une telle indépendance s’obtienne sans l’instauration d’un véritable pouvoir fort.”

Ce n'est pas tout, je suis favorable à une Europe à la fois impériale et confédérée, telle que l'avait imaginé de façon visionnaire Drieu La Rochelle il y a déjà quatre-vingt-dix ans. Une Europe des nations, des patries, mais surtout de l'esprit et d'un ADN pluri-millénaire qui fonda la civilisation. Aujourd'hui, plus qu'à l'époque où la France avait encore un sens et une force, il n'y a pas d'avenir sans un bloc de puissance, fondé sur de racines profondes, qui ne gèlent jamais.
Je ne suis pas du tout un inconditionnel de l'€uro mais à ceux qui s’élèvent contre lui au nom d'une comptabilité petite-marchande et très provinciale, souvent dépassée par les dynamiques historiques, je rappelle que les USA ont déclaré la guerre à tous les pays, à tous le gouvernements et à tous les hommes politiques (y compris Strauss-Kahn) qui ont essayé de donner un status important à l'€uro.
C'est contre l'Europe et non pas contre les BRICS que New York se bat en priorité. Je ne sais même pas si New York se bat réellement contre quelqu'un d'autre que l'Europe puissance en puissance.

Quant à l'avenir de l'Eurozone, c'est à voir. Il suffit d'écouter Soros lui même et les porte-parole de Rotshchild qui nous expliquent quels sont les enjeux réels de la crise, qui ne concernent pas le peuple grec, de qui tout le monde se fout, mais l'Allemagne qu'on veut obliger à renoncer à son leadership qui se montre trop autonome vis-à-vis des Etats-Unis, vu qu'elle est favorable à l’émancipation européenne dans tous les domaines, espace compris, et qui ne veut pas renoncer à l'ouverture à la Communauté Economique Euro-asiatique. La Merkel, à la veille de l'affaire de la Germanwings, était en train d'organiser une intervention navale européenne de défense dans la Méditerranée et vers l'Afrique du Nord. Or Soros l'a dit carrément: on trouvera une solution seulement si l'Europe se durcit à l'est et si sa société est plus ouverte: c'est à dire toujours plus d'immigrés. Du reste dans le programme de Tsipras, il y a la proposition de concéder la nationalité à un million d'immigrés, avec une population de onze millions de Grecs.

3) Le C.N.C. : Sur un autre sujet, mais qui n'en est pas moins important, quelle est actuellement votre position sur le conflit en Ukraine et sur la Russie de Poutine ?

G.A. : Je ne reviendrai pas sur la question ukrainienne, j'ai toujours dit que la fierté d'un peuple ne se troque pas dans une logique d'intérêt, mais qu'on peut se battre tout en ayant dans la tête une issue stratégique autre que d'être les pantins d'autrui. Pour ceci j'ai toujours soutenu Pravy Sektor et le Bataillon Azov, autant que je soutiens l'Aube Dorée. Contre Poroshenko et Tsipras d'abord, et surtout ! (Lire ICI)

Il ne faut pas trop schématiser ce qui se passe en Ukraine, ceci dit nous avons deux sujets européens qui jouent la dedans, l'un comme pacificateur: Berlin à qui nous devons les accords de Minsk, l'autre comme incendiaire: Londres qui veut pousser l'OTAN toujours plus à l'est.

La Russie de Poutine s'arrange au jour le jour. Elle a du sa puissance à son président mais aussi au prix du gaz et du pétrole gonflé par les effets de la stratégie américaine prévue en 1997 dans le rapport Cheney et dont les Russes ont bénéficié jusqu'en 2011.Par la suite, les Américains sont passés à la vitesse supérieure et aussi à l'impérialisme énergétique. Ils sont aujourd'hui en train de coloniser dans ce sens l'Europe du sud-ouest en laissant aux Russes exclusivement le nord-est via l'Allemagne. En plus l'effondrement financier russe et la grande crise économique ont joué sur les choix tactiques du Kremlin qui n'a pas neutralisé les agissement de Soros à Kiev en favorisant au contraire que la montée de tension dès qu'elle a commencé à se manifester. La Russie a accepté en revanche un partage qui lui est assez favorable car elle laisse la partie ouest ukrainienne moins riche et plus coûteuse.
Ceci dit la Russie cherche une issue, parce que sinon la Chine l'avalerait. Les États-Unis ne lui concéderont pas exactement un nouveau Yalta, vu que Moscou est largement tierce, dépassée par la Chine. Il ne lui reste que l'entente avec l'Europe parce que les contrats signés avec la Chine et maintenant la Turquie, l'Arabie Saoudite, etc. ne la rendent pas puissante. Ce qui se vérifierait si elle changeait de cap. Seulement, l'axe Paris-Berlin-Moscou a été cassé par la trahison française, qui persiste aussi à être commise par les pro-russes d'aujourd'hui, tel le Front de Marine qui, consciemment ou pas, se retrouve dans le parti anglais et non allemand, et donc est objectivement un parti anti-russe, quoiqu'il en dit. Parce que la seule prospective de l'Europe est d'avoir une entente positive avec la Russie, par la diplomatie et l'industrie allemande. Donc, en attaquant l'Allemagne on se résigne à être les vassaux des États-Unis.

4) Le C.N.C. : Quelles réflexions sur l'Europe vous inspire la situation grecque et la situation ukrainienne ? Que pensez-vous du rôle de l'Allemagne et de celui de la France ?

G.A. : Comme le dit parfaitement Soros: la Grèce rejoint l'Ukraine dans le flancs de l'Europe. Seulement à l'inverse des raisonnement simplistes qu'on a tendance à faire, c'est Syriza qui est jouée contre l'entente germano-russe et pas le contraire. Les liens entre la Russie et Syriza ne doivent pas nous duper, il s'agit d'une realpolitik de deux cotés mais à Athènes c'est Soros qui commande.Pour pacifier à l'est, l'Allemagne a du accepter de promouvoir les sanctions anti-russes, ce qui nous a nuit et qui a permis aux Américains de doubler leurs exportations vers la Russie. C'est donc une guerre contre l'Europe dans laquelle la Russie est objectivement complice mais qui est aussi contraire à ses intérêts.Or Soros nous annonce que ce n'est pas suffisant...Du reste, cette stratégie d’étouffement de l'Allemagne, qui est aussi une stratégie anti-russe, vise aussi à mettre hors-jeu le dernier pouvoir étatique, industriel et social en Europe pour assurer la domination absolue de la BCE où, personne ne le remarque jamais, les Allemands et ses alliés sont en minorité. Syriza joue contre Berlin et Moscou. Les Russes soutiennent politiquement les partis “souverainistes” anti-allemands comme le FN de Marine ou la Lega de Salvini seulement depuis qu'ils ont renoncé à la ligne euro-russe, avant ils soutenaient l'€uro et Strauss-Kahn. Les partis eurosceptiques ne sont pas payés par la Russie mais par les banques russes qui financent à un taux d'intérêt double par rapport aux taux habituels.

Il y a beaucoup des choses à faire. Il nous faut une force révolutionnaire qui oblige l'Allemagne à prendre autrement le timon de l'Europe et non pas une dialectique réactionnaire et de clocher anti-allemande et anti-européenne.

Regardez, l'histoire se répète, dans un autre système, cela va de soi, mais nous sommes à nouveau en '40. La force de l'Allemagne et le rêve de l'Europe ont été assurés, encore une fois, par l'accord germano-russe. Qui sert non seulement les intérêts allemands mais aussi les nôtres.
Les Anglo-américains mettent tout en place pour que les Allemands et les Russes se combattent.
La France, en retard historique, se divise entre un “parti” allemand et un “parti” anglais. Et c'est dommage que les nationalistes français en large partie soient séduits par une caricature gaulliste plutôt que de se comporter en “nouveau Darnand”.
L'Allemagne commet toujours les mêmes erreurs: pas de flexibilité, aucune séduction médiatique et une insistance à convaincre les Anglais à coopérer avec elle, alors que les Britanniques la dupent et la neutralisent. L'allié traître de Berlin, l'Italie, s'apprête à la trahir de nouveau. C'est Draghi qui en principe devrait assurer la victoire anglo-saxonne contre l'Europe germano-russe. N'oublions pas enfin que dans la Pologne, les pays baltes, etc. dans lesquels subsistent la plupart des mouvements de troisième voie sur une ligne ni USA ni Russie, ce qui est prometteur.
En pleine campagne à l'est les Anglo-américains ouvrent un front en Grèce. L'histoire sera maîtresse de vie comment l'on dit, mais personne n'en est l'élève.

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Conférence à Lausanne (26/09/15): Regard non conforme sur la question ukrainienne ... avec Pascal Lassalle

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23/06/2015

Vers un nouvel ordre impérial sans l'Europe ?

Vers un nouvel ordre impérial sans l'Europe ?

Dans une entrevue récente au Figaro, Jean-Michel Quatrepoint est formel : « Un super Etat islamique aux portes de l'Europe, c'est possible ».

Vers la reconstitution du Califat

Les lecteurs du C.N.C. connaissent nos positions modérées quant à l'islam. Toutefois, force est de reconnaître que le rapport de force actuel au sein du « monde musulman » est clairement en faveur des sunnites de tendance salafiste et aux diverses ramifications des Saoudiens, des Qataris et des Frères musulmans. Peu importe les débats sur le vrai ou le faux islam ou sur, tartufferie absolue, « l'islam républicain », car dans l'histoire il est d'abord question de rapports de force plus que de vérité, même si bien sur, cela n'empêche pas la vérité de triompher.

Lors de la révolution bolchevique, les bolcheviks ont taillé des croupières aux mencheviks, puis les partisans de Staline à ceux de Trotski. Ce schéma se répète quelque soit les époques et les pays. Il va donc probablement falloir s'adapter à un réel  en passe de modification et qui manifestement ne nous est pas favorable. Aymeric Chauprade, dans une tribune controversée, avait déjà noté le basculement des rapports de force dans le monde arabo-musulman. Il notait l'effacement du nationalisme arabe au profit de l'Oumma (communauté des croyants). Il lui a été reproché, de façon parfois assez grossière, de faire le jeu du « choc des civilisations », comme si les analystes et les spécialistes étaient responsables des constats qu'ils émettent et qui se basent sur une observation du réel.

Cette réalité s'adosse à une autre : la « bombe démographique africaine ». Sans être en accord avec l'intégralité de ce qu'énonce Guillaume Faye dans un article récent, il replace néanmoins des éléments concrets (chiffrés et sourcés) qui vont dans ce sens et qui devraient doucher les conceptions des uns et des autres sur la « réconciliation » qui tient plus de l'utopie marxiste, donc d'une tradition qui n'est pas la nôtre, que de l'approche du monde tel qu'il est. La démographie est par exemple un élément trop sous-estimé par l'opinion publique et les observateurs. Mais les statistiques démontrent clairement que les dynamiques en cours dans le monde africain et musulman vont avoir un effet à court, moyen et long terme chez nous, en Europe. Le Califat et les différentes avancées de l'islam s’appuient sur une démographie galopante. La faiblesse des nations africaines et moyen-orientales et la puissance des réseaux islamistes auront donc raison rapidement, dans un premier temps, du monde issu de la décolonisation.

Vers l'effondrement des états-nations au Moyen-Orient

L'idée que j'ai, et qui prolonge (modestement) celle énoncée par Aymeric Chauprade, c'est que nous assistons à la faillite quasi totale du nationalisme issu de la Révolution française, et de l'expérience bonapartiste, qui se diffusa au cours du XIXème siècle essentiellement en Europe mais également du XXème à travers le monde.

Le nationalisme eut pour caractéristique de lutter d'un côté contre le morcellement féodal (ex: Italie) et de l'autre contre les empires (ex: indépendances au sein de l'empire colonial français). Le modèle de l'Etat-nation s'est imposé car les Européens dominaient le monde et ont diffusé une partie de leurs conceptions. Ce modèle paraît aujourd'hui daté et ne pourra s'imposer de nouveau au mieux que par des processus de "restauration" qui ne dureront qu'un temps, ce qu'a très bien pointé Julien Rochedy.

La multipolarité et l'effacement des nationalismes arabes au profit du Califat peuvent être analysés comme des phénomènes concomitants et qui émergent à peu près au même moment, au tournant de l'an 2000. A l'échelle du temps long du Moyen-Orient, l'existence d'états comme la Syrie, le Liban ou l'Irak apparaissent à mon sens comme des parenthèses, au même titre que les Etats latins du Levant médiévaux. Ce furent d'ailleurs des chrétiens influencés par le monde européen qui impulsèrent initialement les dynamiques nationales dans le monde arabo-musulman. C'est aussi pour cela que nous les soutenons.

Cette région du monde est passée de l'empire romain à l'empire byzantin puis aux différentes formes de Califat dont la puissance varia au cours du temps, mais qui jamais ne disparut vraiment jusqu'à la chute de l'empire ottoman. Le recul de l'empire ottoman à partir principalement de 1830 recomposa ces régions selon les volontés des puissances coloniales européennes. La Première Guerre mondiale acheva de disloquer l'empire ottoman mais la politique étrangère des Etats-Unis depuis 1991, et surtout depuis 2001, contribua à réactiver la logique impériale au détriment des logiques nationales. La politique néo-ottomane d'Erdogan, l'absence de réaction vis-à-vis de l'Etat islamique, les mauvaises relations avec la Syrie baassiste sont autant d'indicateurs qui tendent à démontrer que la Turquie ne voit pas d'un mauvais œil la reconstitution d'un Califat émergeant des cendres des anciens états. Face à cette situation le seul Etat-nation restant n'est autre qu'Israël et il est tentant pour des Européens désemparés par la situation Proche-orientale de se tourner vers l'Etat hébreu. En effet le sionisme est aussi un produit de l'histoire européenne puisqu'il est né dans la ferveur des idées nationales du XIXème siècle.

Vers l'affirmation des empires au détriment des Etats-nations

Les Etats-nations ont aussi été porteurs de leur propre projet impérial : l'empire britannique ou l'empire français dominèrent une part non négligeable de la planète. Leur recul puis leur disparition se fit au profit des Etats-Unis et de l'URSS, et facilita le processus de construction européenne. Les nations européennes étaient sommées d'abandonner leur projection sur le monde pour se recentrer sur la maison commune européenne.

Ouvrez un Atlas historique, et une réalité vous sautera aux yeux : l'histoire est la succession chronologique de l'émergence de l'apogée, puis du déclin des différents empires. L'Europe est d'ailleurs face à un paradoxe : alors qu'elle a porté le projet stato-national, elle n'a pourtant jamais été aussi forte que lorsque les royaumes et les nations se sont mus en empires. Actuellement, les pays qui dominent la scène internationale ne sont pas des Etats-nations mais des « empires », même s'ils n'en portent pas le nom. Le XXIème siècle pourrait conduire à une nouvelle ère des grands empires: anglo-américain thalassocratique, moscovite eurasiatique, chinois, indien, ottoman/islamique. « L'empire » n'est donc aucunement réductible aux seuls Etats-Unis contrairement à ce qu'imagine une certaine dissidence. La multipolarité n'est que le nouveau découpage du monde entre empires différents aux intérêts tantôt opposés, tantôt convergents. Russie, Inde et Chine cherchent d'ailleurs à s'affirmer au sein de l'ONU qui est devenu une tribune anti-occidentale pour de nombreux pays mais qui permet aussi de noter que chacun défend avant tous ses intérêts. Les BRIC voudraient également modifier le fonctionnement et la composition du Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui se ferait au détriment de la France et du Royaume-Uni. L'Inde (1.25 milliard d'habitants) n'y est pas membre permanent par exemple à l'inverse de la Russie et de la Chine.

Ces empires ne s'affrontent pas véritablement sur le plan idéologique, puisqu'ils s'alignent à peu près tous sur une ligne néo-conservatrice ou a minima autoritaire-libérale, même si des différences subsistent du fait de leur histoire propre. Le monde musulman a la particularité de se situer à la marge de ces différents empires : Russie, Inde, Chine par exemple, qui ont, plus que les Etats-Unis, un besoin vital de maîtriser leurs marges face à la poussée démographique et guerrière islamique. Ce sont d'ailleurs les soviétiques, puis les russes qui lancèrent les hostilités contre les mouvements islamistes, et non les Etats-Unis. La lutte contre le terrorisme islamique, principalement en Tchétchénie, permit d'ailleurs à Vladimir Poutine de s'emparer du pouvoir. La « dissidence » a malheureusement eu tendance à projeter ses fantasmes sur la personne du président russe alors que jamais la Russie n'a eu pour projet d'être une force « anti-sioniste ».

Vers l'effacement de l'Europe ?

Au cœur de tout cela se situe l'Europe, et l'honnêteté conduit à admettre que la situation n'y est pas favorable. Divisée en raison des crises financières, monétaires et économiques, et de l'inégale intégration et coopération des différents pays à l'Union européenne, incapable de se définir elle-même sur le plan identitaire, soumise à une immigration massive et à une démographie autochtone en berne, sans armée à l'exception de l'anecdotique « Eurocorps », avec une souveraineté contrariée, un vide politique, une hostilité croissante des opinions publiques, le projet européen traverse une crise majeure. Cette faiblesse, bien perçue de l'extérieur, en fait une « proie » pour les appétits des uns et des autres : Etats-Unis via le TAFTA, Chine, Russie, islamistes… Trop d'observateurs et de commentateurs continuent de ne pas voir par exemple que c'est l'Union européenne, et non les Etats-Unis, qui paye les pots cassés des frictions avec la Russie sur le dossier ukrainien.

L'obsession anti-américaine qui sévit ça et là empêche de nombreux « faiseurs d'opinions » de voir les partenariats en Arctique et dans l'industrie pétrolière, pourtant principale ressource du pays entre les russes et les états-uniens. Pendant que la Russie boycotte l'agriculture européenne, elle exploite son pétrole avec Exxon Mobil... La guerre économique en cours semble donc bien plus tournée vers notre zone économique que vers le « Grand Satan américain ». La faiblesse structurelle de la construction européenne est le nœud du problème, et nécessiterait d'ailleurs un article qui lui soit propre.

Quoi qu'il en soit, alors que l'ensemble des bassins civilisationnels sortent de leur sommeil, les européens sont en dormition et ont perdu, pour le moment, toute pulsion vitale. Des intellectuels au « petit peuple », c'est la rengaine du déclinisme et du fatalisme qui tient la corde. Les européens sont annihilés par le consumérisme et la culpabilité. Les voyants sont au rouge et aucune réaction ne semble véritablement voir le jour. Nous savons tous très bien ce qui pourrait enclencher un réveil : le combat (Polemos est le père de toute chose, écrivait Héraclite), mais la construction de l'Europe est un projet de paix et elle ne sait pas qui combattre... Alors que les états-uniens, les russes, les chinois, les indiens, les islamistes, eux, savent très bien qui ils combattent et savent user de mythes fondateurs et mobilisateurs. Les enjeux sont tels que seule une inflexion par le haut serait de nature à inverser la tendance. Les initiatives par la base n'auront pour objet que d'être des « noyaux » qui serviront, le cas échéant, à la reconquête.

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

Annexe:

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Note 1: Ce document ne vise ni à la complexité, ni à l’exhaustivité. Il a seulement pour objet d'illustrer le propos.
Note 2: Faites un clic droit sur la souris pour pourvoir afficher l'image en entier.

09/05/2015

Chronique de livre: Gabriele Adinolfi "L’Europe"

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Gabriele Adinolfi, L’Europe

Les bouquins de Synthèse Nationale, 2015

 « L’Europe est une nécessité absolue, mais elle ne se fera jamais si elle n’est pas d’abord une identité consciente et combattante, à la hauteur du Mythe qu’elle représente. » Militant exemplaire au parcours tumultueux, penseur politique actif et auteur de plusieurs ouvrages, dont un abécédaire remarquable et remarqué, Pensées corsaires : abécédaire de lutte et de victoire (Éditions du Lore, 2008), Gabriele Adinolfi est l’un de ces hommes dont l’idéal se résume en un mot : l’Europe. Pour lui, l’Europe est un projet politique vital face au bloc occidental et au triumvirat Washington – City de Londres – Tel-Aviv, comme autrefois face au bloc soviétique. L’Europe comme projet est toujours d’actualité dans un monde globalisé d’où émergent de nouvelles menaces. Parmi elles, notamment, la monté des « BRICS », ce groupe de pays constitué du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. A l’heure où certains voient en l’Europe un frein, voire un problème, incarné par un conglomérat de technocrates et de porteurs de valises, Gabriele Adinolfi affirme, envers et contre tout, la nécessité d’une troisième voie. L’Europe Puissance, « nation des patries » (selon une formule du MSI), devant  être « l’Imperium», le pilier central qui incarne l’axe vertical qui relie le tellurique et le céleste ; en un mot la solution.

Gabriele Adinolfi commence par faire le lien entre passé et présent en inspectant, entre autre, de façon critique, la notion d’avant-garde. Le recul métaphysique évolien est, selon l’auteur, une condition sine qua non pour résister aux assauts mortifères du monde actuel. S’ensuit la genèse et un historique, en quelque sorte, du concept d’Europe Nation. L’influence de Jean Thiriart et surtout de Pierre Drieu La Rochelle y est omniprésente (l’ouvrage leur est dédicacé). « La grande Europe », dont les racines remontent au début du XXe siècle, est bien plus qu’un concept intellectuel, elle est le support de notre destin et de notre identité. C’est pourquoi un chapitre est consacré à l’identité européenne. Ce sentiment d’appartenance à un socle identitaire remonte pour Gabriele Adinolfi à la célèbre bataille des Thermopyles. A travers d’autres exemples, on réalise alors à quel point cette notion d’identité est centrale et va au-delà de la dimension ethnique prônée comme un absolu par beaucoup trop de militants ; l’identité relève davantage des concepts de « race de l’âme » et de « race de l’esprit » chers à Evola, et aussi de l’axe vertical qu’est le pôle viril, dont les symboles sont le sceptre, l’épée, la lance ou le faisceau. Avant de vouloir une nouvelle Europe, il faut d’abord l’incarner soi-même. L’Union européenne est bien entendu passée au crible: l’auteur renvoie dos à dos européistes et eurosceptiques. Il analyse de nombreux lieux communs, comme l’influence maçonnique et américaine sur l’UE ou le rôle de l’Allemagne que certains considèrent comme responsable de tous nos malheurs. Après cette critique vient naturellement le temps des propositions. D’ordres économique, structurel ou militaire, elles sont le point de départ de la reprise d’une souveraineté salvatrice.

N’étant ni un livre « programme » ni une diatribe assenant des coups de marteau à l’aveugle,  L’Europe de Gabriele Adinolfi est une synthèse – trop courte diront certains. L’auteur y réaffirme avec un point de vue différent, peut-être plus posé, voire serein, ce que les militants nationalistes révolutionnaires paneuropéens ont toujours appelé de leurs vœux : une Europe Nation, une Europe Puissance et une Europe politique. Malgré une traduction parfois hasardeuse, cette brochure demeure indispensable pour tous nationalistes « alter-européens ». Faisant le lien entre passé, présent et futur, cet ouvrage vous invite à une seule chose : prendre le témoin et brandir l’étendard de l’Europe, la « nation de nos patries ».

« Les masses ne peuvent s’ébranler pour la défense de l’Europe que si le mythe d’Europe et le mythe du socialisme se sont clairement unis et si cette union se manifeste par des actes décisifs. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. » disait Pierre Drieu La Rochelle dans un article de mars 1944...

Donatien / C.N.C.

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07/03/2015

Conférence à Strasbourg: "La bande sahélo-saharienne, un enjeu stratégique pour la sécurité de l'Europe" avec Bernard Lugan (18/03/15)

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