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18/04/2015

7 films à voir ou à revoir sur la Guerre comme expérience intérieure

A propos de la guerre, Ernst Jünger écrivait : "Oui, le soldat, dans son rapport à la mort, dans le sacrifice de sa propre personne pour une idée, ignore à peu près tout des philosophes et de leurs valeurs. Mais en lui, en ses actes, la vie trouve une expression plus poignante et plus profonde qu'il n'est possible en aucun livre. Et toujours, de tout le non-sens d'un processus extérieur parfaitement insensé, ressort une vérité rayonnante : la mort pour une conviction est l'achèvement suprême. Elle est proclamation, acte, accomplissement, foi, amour, espérance et but ; elle est, en ce monde imparfait, quelque chose de parfait, la perfection sans ambages. " Il y a un siècle, la Première Guerre mondiale inaugurait le combat moderne en même temps qu'elle propulsait sur des centaines de théâtres d'opération des millions de jeunes âmes volontaires ou contraintes de vivre leur guerre "comme expérience intérieure". Des hommes, tel Ernst Jünger, héraut de l'aristocratie guerrière allemande, René Quinton ou Joseph Darnand, frères d'armes français, naquirent pour la seconde fois sous la tempête des Orages d'acier. Mais combien d'hommes marqués à jamais par l'indicible effroi de l'expérience du combat ? Eux qui clamèrent plus volontiers, non la Guerre notre mère mais la Guerre notre mort. Le thème de la guerre figure parmi les plus explorés du cinéma. Excellente occasion de découvrir ou redécouvrir, sous de nombreux aspects, de brillantes réalisations abordant plus généralement la perception psychologique des conflits.

 

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LES CHEMINS DANS LA NUIT

Titre original : Wege in der Nacht

Film allemand de Krzysztof Zanussi (1979)

1943, des soldats du Reich prennent possession d'une grande ferme polonaise. La chasse aux alentours est l'occupation favorite des officiers de la Wehrmacht, parmi lesquels deux universitaires, Friedrich et son cousin Hans-Albert. Friedrich se distingue de son cousin par sa passion pour l'art et la littérature. Il tombe bientôt amoureux d'Elzbieta, fille du baron propriétaire, qui est animée des mêmes goûts artistiques. Un amour nullement réciproque. Elzbieta juge Friedrich trop peu critique à l'égard de la barbarie de la guerre. Et patriote polonaise ardente, Elzbieta est bien décidée à utiliser l'amour de Friedrich pour aider l'action militaire des partisans polonais...

Pas tout à fait un film de guerre, la réalisation de Zanussi explore de manière admirable la collaboration par l'inaction. Si Friedrich n'est pas un national-socialiste convaincu, son inaction pour combattre le régime et son acceptation de la barbarie le transforment en complice actif. Et c'est toute la faiblesse morale du héros, présenté comme un personnage affable et sympathique mais obéissant aveugle à un régime qu'il ne cautionne pas, que souhaite mettre en exergue le réalisateur. Tourné en 1979, Zanussi, de nationalité polonaise, ne manque pas d'établir un parallèle fort avec l'intelligentsia polonaise, de même, complice du régime communiste par sa lâcheté. Le film, en outre servi par de brillants interprètes, est un petit bijou.

 

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EMPIRE DU SOLEIL

Titre original : Empire of the Sun

Film américain de Steven Spielberg (1987)

Shanghai en 1941, la zone anglaise de la ville connaît un destin singulier quand le reste de la Chine est occupée par l'armée japonaise. James Graham est le jeune fils d'un riche industriel britannique et mène une adolescence insouciante. Mais James est bientôt rattrapé par la guerre. L'aviation japonaise vient d'attaquer Pearl Harbour scellant la déclaration de guerre nippone aux forces alliées. L'armée impériale envahit la Concession internationale de Shanghai. Séparé de sa famille, le jeune garçon erre et découvre la peur et la mort avant de se retrouver prisonnier dans un camp dans lequel il doit apprendre à survivre. Ses rêves de révolte et de guerre perdent leur sens. Aidé par le prisonnier Basile, James n'a d'autre possibilité pour évader son esprit que de transformer sa détention en aventure extraordinaire...

Si le talent de Spielberg est largement surestimé, le présent film constitue l'une de ses meilleures réalisations avec Rencontres du troisième type.  Bien que non soldat, James est contraint de mener et vivre sa guerre sans fusil comme un parcours initiatique qui le révèlera et le conduira à l'âge adulte. L'image émouvante d'un antihéros qui se représente la guerre et la barbarie comme son nouveau terrain de jeu. Le film est une adaptation du récit semi-autobiographique de l'écrivain de science fiction James Graham Ballard. Une œuvre lyrique et envoutante.

 

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LE FAUBOURG OKRAINA

Titre original : Okraina

Film russe de Boris Barnet (1933)

1er août 1914, l'Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie tsariste. Un vent patriotique souffle dans tout le pays, aussi sur le faubourg d'une petite ville menacée par l'avancée des troupes du Kaiser. Gresin, le fabricant attitré de bottes pour l'armée est le plus fervent patriote et enjoint tous les hommes en âge de combattre du quartier à monter au front. L'ouvrier Nikolaj Kadin est mobilisé et rejoint par son frère Son'ka qui se porte volontaire. Ces modestes ouvriers et paysans vont bientôt découvrir les horreurs des tranchées et la gestion irresponsable d'officiers généreux en chair à canon. A l'arrière du front, l'effervescence patriotique cède la place à la contestation d'un conflit engraissant les marchands de canons. Les thèses bolchéviques trouvent un terreau favorable à leur éclosion...

Certes, il s'agit d'un film de propagande stalinienne qui ne fait guère l'économie d'un certain nombre de poncifs. C'est le lot des films de propagande après tout... Barnet livre néanmoins ici une vision douce-amère de la guerre, éloignée de la grandiloquence d'autres productions bolcheviques. L'autre particularité du film réside également en une présentation de la perception du conflit par l'ensemble des classes sociales, limitant un point de vue uniquement prolétaire. Bref, une réalisation assez iconoclaste au sein du monolithisme du cinéma soviétique. A voir !

 

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FLANDRES

Film français  de Bruno Dumont (2005)

De nos jours en Flandre, Demester doit quitter son exploitation agricole, accompagné d'autres jeunes Flamands, pour être propulsé sur un théâtre d'opération lointain. Demester menait jusqu'alors une vie pauvre et simple. Il aime secrètement Barbe, son amie d'enfance avec laquelle il partage de longues ballades. Il aime Barbe malgré ses mœurs libres et ses amants, parmi lesquels Blondel qui la séduit. Attendant le retour de Demester, Blondel et leurs compagnons, Barbe s'ennuie au village. Quant à Demester, de nature aussi taciturne et morose que l'était son ciel de Flandre, il fait face à la guerre avec une parfaite tenue au feu et se mue en véritable guerrier. Une guerre dont il ne sortira pas indemne psychologiquement...

Afrique du Nord ? Moyen Orient ? Rocailleux et écrasé par un lourd et brûlant soleil, le théâtre d'opération défini par Dumont est imaginaire et filmé avec un ton glacé. Le film n'épargne rien au spectateur plongé au cœur d'un voyage au bout de l'enfer. Une descente aux enfers qui se poursuit après le retour du champ de bataille et maintient le spectateur dans une position inconfortable sublimée par d'interminables moments de silence. Bruno Dumont ne cesse d'étonner et de confirmer l'étendue de son incroyable talent. A voir absolument !

 

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LA HONTE

Titre original : Skammen

Film suédois d'Ingmar Bergman (1968)

Jan et Eva Rosenberg vivent reclus sur une île et vouent une passion inconditionnelle pour la musique dans un monde en proie à une guerre lointaine. Une panne de radio suivie d'autres incidents mineurs précipitent progressivement l'île dans le conflit. Les comportements de chacun se modifient radicalement. Jan se montre ainsi de plus en plus agressif envers Eva. Arrêtés tour à tour par les conquérants et les libérateurs, les amoureux sont relâchés sur ordre de leur ami, le colonel Jacobi. Eva s'offre au colonel bientôt fusillé sous leurs yeux. Les musiciens prennent la fuite en compagnie d'autres fugitifs en barque sur une mer jonchée de cadavres. Ils savent que, désormais, plus rien ne sera comme avant...

L'histoire de deux civils ordinaires plongés dans un conflit imaginaire aussi banal qu'insoutenable. Avec brio, le réalisateur démontre l'intrusion de la violence et les irréversibles bouleversements qu'elle engendre. Les deux individus sont littéralement pris au piège et otages d'un monde qui ne les concerne pas. Une anomalie dans la filmographie de Bergman qui parvient à montrer la guerre avec un indéniable talent conjugué à une parfaite psychologisation des protagonistes. Un chef d'œuvre !

 

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LA LIGNE ROUGE

Titre original : The Thin Red Line

Film américain de Terence Malick (1998)

1942, la bataille de Guadalcanal fait rage dans le Pacifique. Le cadre paradisiaque est trompeur. Au milieu de tribus amérindiennes otages d'un conflit étranger, soldats américains et nippons se livrent une lutte sans merci, dont aucun combattant ne sortira indemne. Au sein de la Charlie Company, le fantassin Witt, accusé d'avoir déserté, bénéficie de la clémence du sergent Welsh. Le chemin menant à l'objectif, la colline 210 défendue par un solide bunker, semble interminable et la préparation d'artillerie semble bien mince. De nombreux soldats gisent déjà au sol. Les survivants sont assoiffés. Il n'y a plus d'intendance... Le capitaine Staros refuse de poursuivre l'assaut commandé par sa hiérarchie, estimant qu'il s'agit d'une mission-suicide. Après de longues heures d'attente, une patrouille de sept hommes est chargée d'effectuer la reconnaissance des abords de la colline 210. Le G.I. Witt en fait partie...

Witt et ses compagnons d'armes étaient de simples civils peu auparavant. Qu'a-t-il bien pu s'opérer pour qu'ils se muent en bêtes de guerre ? Malick livre ici une formidable réalisation sur le vécu d'une troupe et mêle très habilement l'alternance de scènes d'effroyables combats avec de longs plans sur la faune et la flore insulaires et le quotidien d'indifférentes tribus autochtones plongées, malgré elles, dans l'une des plus sordides boucheries. Autre habileté : l'utilisation de la voix off pour accentuer le caractère tragique de la guerre. A voir absolument !

 

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SIGNES DE VIE

Titre original : Lebenszeichen

Film allemand de Werner Herzog (1967)

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un jeune soldat du Reich, Stroszek, est blessé et envoyé en convalescence dans un dépôt de munitions dont il assure la garde sur l'île de Crète. Loin du tumulte de la bataille et réduit à l'inaction, le soldat occupe le temps en s'astreignant à d'inutiles tâches qu'il juge nécessaires à son équilibre psychique. Le conscrit pourrait mener une vie paisible dans cette forteresse que nul ne menace, en compagnie d'une jeune femme grecque dont il fait son épouse et deux autres camarades. Mais face à l'interminable attente, Stroszek sombre progressivement dans la folie et devient dangereux pour son entourage...

Premier long-métrage du génial Werner Herzog. Et c'est une réussite ! Stroszek, symbole du combattant déchu de sa guerre, orphelin de sa mort, que ses gestes dérisoires pour se maintenir parmi les guerriers attirent vers la déraison. Quel contraste entre la violence d'une guerre et le pacifique calme solaire de cette île du Dodécanèse où le temps semble s'être arrêté ! Herzog filme magnifiquement la lente dégradation des rapports entre ces êtes que la guerre a oubliée. Une œuvre oppressante !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

11/04/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Handicap

Ludwig van Beethoven était sourd ! Ce qui ne l'empêcha nullement d'être le plus formidable des compositeurs de musique classique. Le poète anglais John Milton, atteint de cécité à l'âge de 43 ans, publie quelques années plus tard, son maître-livre, Le Paradis perdu. Philippe Croizon, quadri-amputé, parvient à relier les cinq continents à la nage. L'aède Homère n'est-il pas toujours représenté aveugle ? La perception des handicaps physique et mental reste encore largement stéréotypée dans nos sociétés contemporaines. Pourtant, on estime à 16% le taux de la population française déclarant un handicap au cours de sa vie. Le handicap demeure l'un des sujets tabous par excellence. La peur l'emporte, de même que l'impossibilité de savoir comment se comporter avec une personne handicapée. Ce sont très largement ces causes qui favorisent l'exclusion des personnes souffrant d'une diminution de leurs capacités physiques ou psychiques. Sujet mineur dans le 7ème art, quelques films ont néanmoins choisi de prendre le sujet à bras le corps.

 

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CAVALCADE

Film français de Steve Suissa (2005)

Il est des êtres à qui la vie sourit ! Léo est de ceux-là et jouit de sa vie sans entraves et en toute insouciance. Fêtard noctambule reconnu au sein de la jet-set qu'il affectionne, Léo, professionnel de la drague, multiplie les conquêtes féminines. Léo a tout ce qu'il veut. Sa compagne Alizée souffre de cette existence facile et somme son ami de changer son mode de vie s'il veut conserver son amour. Tandis qu'il part la rejoindre, Léo effectue une sortie de route et termine sa course dans un ravin. Sorti d'une longue période de coma, Léo apprend que son corps ne lui obéira jamais plus. Léo s'était crû mort. C'est paradoxalement maintenant que va débuter sa vraie vie...

Certes, il est permis de se demander les raisons qui ont poussé le réalisateur a faire tenir le rôle principal à l'humoriste Titoff ! Nonobstant sa performance rarement à la hauteur, le film entame une réflexion sur le sens d'une vie révélée par la tétraplégie, sans parvenir à émouvoir véritablement. Basé sur l'histoire vraie de l'acteur et écrivain Bruno de Stabenrath, la réalisation bénéficie d'un scénario néanmoins solide.

 

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DE ROUILLE ET D'OS

Film français de Jacques Audiard (2012)

Ali doit désormais s'occuper de son fils, âgé de cinq ans, qu'il connaît à peine. Marginal, sans domicile, sans ressources, ni amis, il n'a d'autre choix que de se réfugier chez sa sœur à Antibes. Hébergé dans le garage du pavillon, sa vie s'améliore sous le doux soleil de la côte azuréenne. Et l'enfant trouve en sa  sœur une mère de substitution. Engagé comme videur dans une boîte de nuit, Ali rencontre la belle Stéphanie à la suite d'une bagarre. Stéphanie est dresseuse d'orques dans un parc aquatique. Un jour, le spectacle de dressage tourne au drame. Réveillé en pleine nuit par un coup de fil, Ali retrouve la jeune femme mal engoncée dans un fauteuil roulant. Amputée de ses jambes, Stéphanie ne se berce plus d'illusions sur la beauté de son futur. Ali va l'aider à reprendre goût à la vie sans pitié ni compassion...

De film en film, Jacques Audiard s'impose comme l'une des plus sûres valeurs du cinéma français contemporain. Son sixième long-métrage se révèle une réalisation aboutie de bout en bout et parvient à émouvoir sans jamais sombrer dans le pathos. Lui, le marginal dénué de tout sens des responsabilités, elle, être brisé par de puissantes mâchoires. Deux paumés qui vont s'entraider sans bonté, sans empathie ni compassion. Aussi, ne lui fait-il pas l'amour pour le plaisir de la jeune femme mais juste par hygiène. Un excellent film à des années lumières de la mièvrerie socialement correcte d'Intouchables.

 

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LA FAMILLE BELIER

Film français d'Eric Lartigau (2014)

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd. Tout le monde à l'exception de la pimpante Paula, seize ans. Au sein de l'exploitation agricole familiale en Normandie, Paula officie en tant qu'interprète entre tous les membres de la famille, de même qu'elle régit la vie de toute la famille avec le monde extérieur. La présence de l'adolescente à la ferme est indispensable pour ses parents lorsqu'il s'agit de répondre au téléphone, traiter avec le banquier ou... expliquer au gynécologue les problèmes de mycoses et champignons de ses parents. Passionnée par le chant, la lycéenne est poussée par son professeur de musique à participer au concours de maîtrise organisé par Radio-France. Malgré eux, les parents craignent l'émancipation de leur fille dont la poursuite d'une carrière dans la chanson entraînerait irrémédiablement son éloignement...

La scène chez le gynécologue est juste hilarante. Un film souvent drôle et toujours tendre qui met en lumière les incompréhensions entre les membres d'une même famille paysanne atteinte de surdité et une jeune fille prisonnière de jouir de l'intégralité de ses sens. Car malgré ce handicap surmontable, les bonheurs sont simples dans la famille Bélier. Et le drame pourrait bien survenir de l'épanouissement de leur fille. Révélée par un télé-crochet, la rafraichissante Louane Emera excelle pour son premier rôle.

 

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HASTA LA VISTA

Film belge de Geoffrey Enthoven (2012)

Jozeph, Lars et Philip sont trois amis âgés d'une vingtaine d'années qui désespèrent de perdre leur virginité. Le moins qu'il soit permis de dire est qu'ils partent avec un handicap pour séduire les femmes que le trio aime autant que le vin. L'un est aveugle, l'autre inséparable de son fauteuil roulant et le dernier complètement paralysé. Mais puisqu'ils sont déterminés à perdre leur pucelage dans un bordel spécialisé pour handicapés, le trio embarque pour un voyage, à l'insu de leurs parents, à travers la France jusqu'en péninsule ibérique dans l'espoir de jouir de leur première expérience sexuelle ; une jeune femme leur servant ce chauffeur et d'infirmière. Bientôt rattrapés par leurs parents, le périple des Flamands ne peut qu'être totalement rocambolesque...

Quelle vie sexuelle pour des adolescents lourdement handicapés mais soumis au même travail hormonal que les héros d'American Pie ? Traiter du handicap par le burlesque est un pari risqué et parfaitement réussi ici, même si le style impose parfois une narration trop convenue. Burlesque certes, mais très politiquement incorrect et voyeur. Et le réalisateur a raison de multiplier les gros plans de ces corps suppliciés pour mieux maintenir le spectateur dans une position souhaitée inconfortable.

 

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LES IDIOTS

Titre original : Idioterne

Film danois de Lars von Trier (1997)

Karen entame une longue dérive sublimée par sa nature introvertie. Attablée dans un restaurant, elle observe une jeune femme tentant de faire manger proprement deux handicapés mentaux. Les trois individus, dont elle se rapproche, l'intègrent bientôt à leur communauté. Repliés dans une maison de la banlieue de Copenhague, un groupe d'adultes anti-bourgeois, mené par Stoffer, occupent leurs journées à trouver et mettre en scène leur idiot intérieur et adoptent le comportement d'attardés mentaux. Au sein de leur société idéale, ils s'affranchissent de toutes leurs inhibitions tandis qu'ils observent les réactions compatissantes ou gênées de la société extérieure lorsqu'ils jouent aux déficients en ville ; recherchant volontairement l'humiliation et les situations les plus dégradantes...

Réalisateur génialissime ou sombre décadent ?, Lars von Trier ne laisse personne indifférent. Une chose est sûre, son cinéma anarchisant n'est jamais avare de provocations. En témoigne la scène de partouze non simulée. Filmé caméra à l'épaule, Les Idiots est presque une œuvre d'improvisation. Pas de musique, dialogues sur le vif, lumière naturelle, nous voilà à la frontière du cinéma-réalité, le tout cherchant à déstabiliser le spectateur renvoyé à une sombre introspection face à l'anormalité. Les Idiots constituent le chef d'œuvre du Dogma 95, que proclame Lars von Trier pour le centenaire du cinéma et visant la création d'un art critiquant la dérive bourgeoise de la Nouvelle vague. Dérangeant donc à voir impérieusement !

 

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LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON

Film français de Julian Schnabel (2007)

Jean-Dominique Bauby est rédacteur en chef du magazine féminin Elle. Décembre 1995, victime d'un accident vasculaire cérébral, il sort tétraplégique de vingt jours de coma et dénué de la parole. Son état de "légume" n'altère par contre nullement ses capacités psychiques. En phase de rééducation, Jean-Dominique est suivi par une équipe de thérapeutes lui apportant un réconfort total et lui réapprenant à vivre. Pour cet homme fossilisé dans le marbre, le clignement de sa paupière gauche demeure son dernier espace de communication. A raison d'un clignement pour sélectionner la lettre d'alphabet qu'on lui lit, Jean-Dominique entreprend de cette manière l'écriture d'un roman dont chaque matin, pendant des semaines, il  a mémorisé les phrases avant de les dicter...

Film tiré du roman éponyme du héros et publié quelques jours avant sa mort, emporté par une pneumopathie le 9 mars 1997. Vit-on quand la seule mobilité d'un être est une paupière ? Ne fait-on que survivre lorsque l'on jouit de l'ensemble de ses facultés cognitives ? Loin de tout pathos lacrymophile, la réalisation oscille remarquablement entre le scaphandre oppressant un corps végétatif et le papillon libérant un esprit vagabond. Une œuvre bien évidemment mélancolique mais non-dénuée d'autodérision. 

 

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THE SESSIONS

Film américain de Ben Lewin (2012)

"Homme, 38 ans, cherche femme pour relation amoureuse, et plus si affinités", petite annonce ô combien banale ! "En revanche paralysé... Amatrices de promenades sur la plage s'abstenir", voici qui ferait faire machine arrière à n'importe laquelle des femmes à la recherche de toute idylle. Mark O'Brien est poète, journaliste et fervent catholique. Victime d'une attaque de poliomyélite dans son enfance, Mark passe la majeure partie de sa vie allongé dans un appareil permettant la ventilation pulmonaire. Contre toute attente, Chéryl, une thérapeute faisant office d'assistante sexuelle, répond à son annonce. Bien que secrète, Cheryl va initier Mark à des sensations inédites. Mark peut enfin aimer...

Lumineuse Helen Hunt ! Enfin un rôle à sa hauteur, elle qui semblait condamnée à naviguer dans le soporiphisme du divertissement familial américain. Tendresse, délicatesse et humour, le tout non dénué d'un certain rigorisme quant à l'évolution de la thérapie menée par une profession inexistante en France : assistant(e) sexuel(le), assimilée à une certaine forme de prostitution. Le sexe peut-il, doit-il, pénétrer les thérapies d'accompagnement des personnes tétraplégiques ? Avec finesse, la réalisation de Lewin répond par l'affirmative.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

 

04/04/2015

7 films à voir ou à revoir sur les Années de plomb

"Tuer un fasciste n'est pas un délit", tel est le blanc-seing proclamé et bombé sur les murs de l'Italie de la fin de la décennie 1960. Les formations néo-fascistes italiennes font l'objet d'une répression impitoyable orchestrée par l'Etat tandis que les organisations communistes révolutionnaires s'abandonnent à la lutte armée et au terrorisme, sans oublier de mettre en pratique le mot d'ordre évoqué plus haut. L'Italie et l'Allemagne, et dans une moindre mesure d'autres Etats dans le monde entier, viennent d'entrer dans les Années de plomb. Passées à la postérité à l'issue de la sortie sur écrans du film éponyme de Margarethe von Trotta, les Années de plomb désignent ainsi les deux décennies de guerre civile et d'agitation révolutionnaire qui ensanglantèrent la société et marquèrent de manière indélébile tant de destins. Rien que pour l'Italie, le bilan se dresse ainsi à 380 morts et près de 2.000 blessés. Si les cinémas italien et allemand n'ont, par bonheur, pas manqué de s'intéresser à cette période trouble, on regrettera, bien évidemment, leur partialité contrastant avec une certaine mythologisation de la lutte d'extrême-gauche. Pour ceux qui désireraient explorer le sujet plus avant, est-il besoin de préciser l'impérieuse nécessité de plonger dans la trilogie de notre ami, camarade et témoin Gabriele Adinolfi, Nos belles années de plomb, Orchestre rouge et Années de plomb et semelles de vent ?

 

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LES ANNEES DE PLOMB

Titre original : Die Bleierne Zeit

Film allemand de Margarethe von Trotta (1981)

En Allemagne, Juliane et Marianne sont deux sœurs engagées dans le combat militant. Si la première est journaliste passionnée et publie dans un journal féministe, la seconde, pourtant de nature plus réservée, abandonne mari et fils pour épouser la lutte radicale communiste révolutionnaire. Arrêtée, Marianne est emprisonnée et entame une grève de la faim à l'approche du procès. Mais elle est bientôt retrouvée morte dans sa cellule de prison. Juliane ne peut croire que sa sœur se soit donné la mort. Tandis que son mari la quitte, elle décide de recueillir l'enfant de sa sœur cadette qui, lui aussi, est animé du feu de la révolte...

Le titre du film aura fait florès dans l'histoire en offrant son nom à cette période de tension ; la réalisatrice ayant elle-même pioché le nom dans la délicieuse poésie de Hölderlin. Pour sa réalisation, von Trotta s'est librement inspirée de faits réels : le suicide carcéral de Gudrun Ensslin, membre fondatrice de la Fraction Armée Rouge, dont la sœur avait repris à son compte l'enquête sur son décès. Avec brio, la réalisatrice fait s'alterner les flash-back favorisant l'immersion dans l'enfance des deux sœurs et l'analyse comportementale et sociologique de la jeunesse ouest-allemande de la seconde moitié du 20ème siècle. 

 

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LA BANDE A BAADER

Titre original : Der Baader Meinhof Komplex

Film germano-franco-tchèque d'Uli Edel (2008)

Attentats à la bombe meurtriers, braquages, enlèvements, la République Fédérale d'Allemagne est le théâtre d'opérations d'une organisation clandestine d'extrême-gauche redoutablement violente. Son nom ? Fraction Armée Rouge. Fondée par le trio Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Gudrun Ensslin, la R.A.F. entend mener un combat sans merci contre l'impérialisme américain qui s'apparente à leurs yeux au nouveau fascisme. Ces révolutionnaires entendent contribuer à l'émergence d'une société plus humaine, au moyen d'actions terroristes sanglantes. La fragile République allemande entame une pourchasse impitoyable à l'encontre de l'organisation. Horst Herold est le chef de la police, instigateur des coups de filet qui sonnèrent le glas de l'organisation. Consciencieux, Herold n'en est pas moins compréhensif à l'égard d'une jeunesse consciente que se profile un totalitarisme larvé. Et surtout lucide, il sait que ce trio n'est que la partie visible de l'iceberg...

Remarquable adaptation de l'histoire de la R.A.F. depuis sa création en 1967 jusqu'à l'"automne allemand" de 1977 qui culmina avec le suicide en prison des principaux responsables de l'organisation. La mise en scène s'avère efficace et musclée, sans jamais sombrer dans le cul-de-sac du simple film d'action. L'analyse politique affleure tout au long du film, à travers une parfaite évocation des principales figures de la R.A.F. Un film qui évite remarquablement le manichéisme. A ne pas manquer !

 

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CHRONIQUE D'UN HOMICIDE

Titre original : Imputazione di omicidio per uno studente

Film italien de Mauro Bolognini (1972)

Fabio est étudiant en architecture, d'extraction bourgeoise et militant dans la formation d'extrême-gauche Lotta Continua. Lors d'une manifestation à laquelle il participe, de violents affrontements entre policiers et manifestants ensanglantent la rue. Un étudiant est retrouvé mort, tué d'une balle de revolver de calibre 7,65, tandis que Fabio est lui-même blessé. S'emparant d'un poing américain traînant au sol, il blesse mortellement un policier. C'est l'un de ses compagnons de lutte, Massimo Trotti, qui se retrouve inculpé d'homicide. Fabio manifeste l'intention de se constituer prisonnier, bientôt dissuadé par son chef de cellule. Le juge Aldo Sola est chargé de l'enquête sur ce double assassinat et ne tarde pas à découvrir l'implication de Fabio. Et il s'avère que Sola n'est autre que le propre père de Fabio. La confrontation morale et idéologique entre les deux hommes s'avère inévitable...

Fantastique réalisateur italien, jamais avare de la sublimation des luttes sociales,  Bolognini réalise ici un coup de maître d'une parfaite mesure et renvoie l'ensemble des protagonistes dos à dos. D'un côté, les institutions italiennes, plus particulièrement judiciaire et policière, prêtes à jeter en prison un manifestant, certes subversif, mais innocent du meurtre dont on l'accuse. De l'autre, une organisation prolétaire révolutionnaire qui consent à laisser croupir en geôle ce même manifestant, dont la détention arbitraire autorise le maintien d'une stratégie de la tension avec l'Etat. A voir immanquablement !

 

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ILS ETAIENT LES BRIGADES ROUGES 1969-1978

Documentaire français de Mosco Lévi-Boucault (2011)

9 mai 1978, l'assassinat par balle du responsable démocrate-chrétien italien Aldo Moro marque le point culminant de l'action terroriste des Brigades Rouges, fédération d'organisations communistes révolutionnaires, formées huit années plus tôt à Milan. Etudiants ou ouvriers, les brigadistes constituaient le fer de lance de la déstabilisation révolutionnaire communiste des années de plomb. Attentats, enlèvements et meurtres contraignent l'Etat italien à voter les lois d'exception. Victime d'arrestations massives, l'aventure des brigadistes se termine par de longues peines d'enfermement...

Le documentariste dresse ici le portrait de quatre de ces brigadistes, membres du commando responsable de l'enlèvement d'Aldo Moro, qui tentent de retrouver leur place dans une société italienne du troisième millénaire étrangère à leurs vœux sociétaux. Divisé en deux parties, le film explore la genèse de la création des Brigades et leur conversion à la lutte armée. Si les quatre protagonistes ne s'avèrent nullement partisans de la langue de bois, lumière n'est guère faite sur certains évènements troubles, tel l'attentat de la Piazza Fontana à Rome, instituant la mouvance néo-fasciste comme l'ennemi principal de la démocratie italienne ; les formations révolutionnaires de gauche bénéficiant alors d'une certaine forme d'impunité. Intéressant !

 

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ROMANZO CRIMINALE

Film italien de Michele Placido (2005)

Rome dans les années 1970, surnommés Le Libanais, Le Froid, Le Dandy ou Le Nazi, des voyous du quartier de la Magliana entreprennent la conquête de la cité de la Louve de la manière la plus spectaculaire. Le baron Rossellini est bientôt kidnappé et assassiné, malgré le versement de la rançon. L'importe somme perçue est réinvestie dans le trafic de drogue. La petite bande criminelle se hisse très rapidement parmi l'élite des voyous italiens. Et ce, pendant 25 années. Le commissaire Scialoia est déterminé à mettre un terme à leur ascension. Et il possède un atout de choix en la personne de Patricia, sa maîtresse, magnifique prostituée de luxe, que le commissaire partage avec Le Dandy...

Si la réalisation de Placido n'est pas à proprement parler un film politique sur l'évocation des années de plomb, le réalisateur n'en oublie pas pour autant de mélanger subtilement l'ascension sanglante des protagonistes avec le contexte politique italien des années 70 et 80, à travers l'assassinat d'Aldo Moro, l'attentat de la gare de Bologne ou l'instrumentalisation de la pègre pour lutter contre la subversion de l'extrême-gauche. Si Placido, bien évidemment ne rétablit pas la vérité sur les manipulations héritées du dynamitage de la gare bolognaise, il ne manque pas de pousser le réalisme jusqu'à faire lire Julius Evola au Nazi. Une fiction brillante, rapide et sans temps mort. Et avec Anna Mouglalis d'une lascivité érotique débordante...

 

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RUE DE LA VIOLENCE

Titre original : Milano trema : la polizia vuole giustizia

Film italien de Sergio Martino (1977)

Giorgio Caneparo est un flic au tempérament sans concessions, l'un des plus durs de sa brigade. Lors d'un transport de prisonniers en fourgon cellulaire, une échauffourée éclate. Deux détenus en fuite sont tués et Caneparo en prend pour son matricule. La tragédie se poursuit avec l'assassinat de son ami et supérieur hiérarchique, abattu en pleine rue. Caneparo est bien décidé à venger son collègue en infiltrant, en dehors de toute enquête officielle, la pègre locale. Padulo est bientôt identifié par le policier comme le chef de la bande criminelle. Le flic-justicier entend bien utiliser les méthodes les plus expéditives pour pallier la lenteur et le laxisme de l'institution judiciaire...

A l'image de Romanzo Criminale, Rue de la violence n'est pas non plus un film politique de prime abord. La décennie 1970 a néanmoins largement favorisé l'essor de nombreux poliziotteschi, polars à l'italienne fortement teintés du sceau du politiquement incorrect, où le contexte d'agitation révolutionnaire, bien que secondaire, est affleurant. Ici réside l'une des réponses du cinéma transalpin pour conjurer les angoisses d'une société empreinte d'un large sentiment d'insécurité. Curieusement, ce film passé absolument inaperçu en France a été distribué sous pas moins de sept titres différents !

 

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LA SECONDA VOLTA

Film italien de Mimmo Calopresti (1995)

A Turin en hiver, Alberto Sajevo, professeur universitaire spécialiste de l'organisation du travail, croise par hasard Lisa Venturi. Elle ne se souvient pas de lui. Lui, en revanche, n'oubliera jamais le visage de Lisa. Et pour cause, ancienne terroriste des Brigades Rouges, elle avait tenté de le tuer douze années auparavant. La balle est d'ailleurs toujours logée dans le cerveau du professeur et une complexe et dangereuse opération médicale est bientôt prévue pour l'en extraire. Lisa, qui a été condamnée à trente années de prison,  tente de refouler son passé. Alberto fait en sorte de multiplier les rencontres et de croire les allégations de la jeune femme. Nullement employée de bureau, Lisa est contrainte de retourner passer chaque nuit en prison. Et Alberto est perpétuellement hanté par le souvenir de sa tentative d'assassinat, provoquée par l'ex-brigadiste amnésique. Qu'attend-il de la multiplication de ces rencontres ?...

"Pourquoi moi ?", telle est la question qui obnubile le professeur. De la manière la plus délicate et désenchantée, le film aborde subtilement la question du pardon et de l'oubli, bien qu'il se préserve de fournir une réponse au spectateur. Autre question intérieure subtilement dosée : "Que reste-t-il des idéaux révolutionnaires après douze années de captivité ?" Un point de vue original sur les années de plomb et son empreinte socio-psychologique. Une œuvre tout en nuances.

Virgile / C.N.C.

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28/03/2015

7 films à voir ou à revoir sur l'œuvre de William Shakespeare

Est-il besoin de préciser que William Shakespeare demeure le plus grand écrivain, poète et dramaturge de langue anglaise ? Nul n'ignore son nom, ni même les titres de ses principales œuvres. Et pourtant ! Qui a songé à se replonger dans ce monument de la littérature européenne depuis ses lointaines années collège ? Et bien, c'est un tort ! Car l'œuvre de Shakespeare détient une magnifique part d'intemporalité dans sa représentation des aspects de la nature humaine. Né en 1564 et mort en 1616, Shakespeare aura largement contribué à l'émergence d'un théâtre populaire et à l'analyse du pouvoir tyrannique des puissants. Sous de nombreux aspects, l'héritage shakespearien peut apparaître comme non-conforme. Il est d'ailleurs curieux qu'il soit le seul écrivain non-censuré dans le 1984 de George Orwell... Bien évidemment, Shakespeare est le poète dont les pièces furent les plus adaptées au cinéma. Il est ainsi possible de dénombrer 420 films reprenant fidèlement l'œuvre de William ou s'en inspirant plus ou moins vaguement dans les éléments de l'intrigue. Il fallait bien en choisir sept...

 

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BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Titre original : Much ado about nothing

Film anglais de Kenneth Brannagh (1992)

1599, à Messine en Sicile, le prince Don Pedro d'Aragon revient victorieux d'une expédition militaire, entouré de ses plus fidèles gentilshommes compagnons d'armes, Benedick et Claudio. Le trio est bientôt reçu avec tous les honneurs par Leonato, le gouverneur de la ville. Cette réception favorise les retrouvailles de Benedick et Beatrice, la nièce du gouverneur, tandis que Claudio tombe amoureux de Hero, la fille de celui-ci. Les deux couples ont d'ailleurs la bénédiction du gouverneur et du prince d'Aragon qui souhaiteraient officialiser cette double union. Mais le mariage de Benedick et Beatrice s'avère difficile tant ces forts caractères se livrent à d'impitoyables joutes oratoires. Si Beatrice n'a pas une haute opinion des hommes, Benedick, lui, jure à qui veut l'entendre qu'il demeurera célibataire toute sa vie. Et la situation se complique d'autant plus lorsque Don Juan, frère de Don Pedro, entend usurper la place de son frère et empêcher par tous les moyens les épousailles...

Considérée comme une œuvre mineure parmi l'ensemble des pièces de Shakespeare,  cette comédie n'en est pas moins fascinante par la truculence des joutes auxquelles se livrent nos deux aliénés aussi passionnément amoureux qu'ennemis. Si le réalisateur prend parfois quelque distance avec le récit initial, la première scène reprenant les codes du western, et si le tournage eût lieu en Toscane, et non en Sicile, cela ne nuit nullement à l'ensemble qui s'avère brillant.

 

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HAMLET

Film anglais de Laurence Olivier (1948)

A Elseneur, le fantôme du défunt Roi du Danemark confie à son fils, Hamlet, l'identité de son assassin qui ne se révèle être d'autre que son oncle Claudius, frère du roi. Ce parricide-régicide favorise l'accession au trône de l'assassin qui s'empare, par là-même, de la Reine Gertrude. Hamlet mûrit sa vengeance en simulant la folie afin de confondre son frère. Mais Hamlet semble incapable de toute mise en application de sa vengeance. La cause en serait Ophélie, fille de Polonius, chambellan et conseiller du roi, qui bénéficierait des sentiments amoureux du jeune Hamlet. Mais le fils fait bientôt éclater la vérité lors d'une représentation théâtrale aux conséquences tragiques...

Splendide ! Il n'y a pas d'autre mot qui puisse mieux définir cette adaptation esthétisante et glacée de l'une des plus grandes pièces shakespeariennes. Laurence Olivier se révèle définitivement, avec Orson Welles dans une moindre mesure, le plus grand spécialiste de Shakespere au cinéma, dont il s'agit ici de la deuxième adaptation.

 

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HENRY V

Film anglais de Laurence Olivier (1944)

1600, au théâtre, le rideau s'apprête à se lever et dévoiler la représentation qui doit avoir lieu avant de céder la place aux images de la conquête de la Terre de France par Henry V, Roi d'Angleterre, qui entend faire valoir ses droits à la conquête du trône de France occupé par Charles VI. Retour en 1415. Depuis Harfleur, bientôt conquise, Henry V et son armée remontent vers le Nord, en vue de faire la jonction avec Calais, détenue par la couronne britannique. Malgré l'épuisement de sa troupe, Henry V rencontre la chevalerie française, lancée à sa poursuite, dans un petit village d'Artois dénommé Azincourt...

Si l'adaptation de Hamlet est splendide, celle de Henry V est tout simplement génialissime ! Un chef d'œuvre du cinéma historique ! Les scènes de bataille figurent parmi les plus belles du Septième art, avec celles d'Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein !  Les décors sont époustouflants, au point de reproduire les erreurs de perspective de l'art de la miniature médiévale. A noter, la prise de Harfleur fait écho au débarquement de Normandie. Pour rappel, le tournage date de 1944 et le film est d'ailleurs dédié aux troupes aéroportées alliées. Vous n'avez jamais vu ce film ? Courrez acheter le DVD !

 

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MACBETH

Film américain d'Orson Welles (1947)

Dévoré d'ambition et sous l'emprise de sa femme, le général Macbeth assassine le Roi d'Ecosse, Duncan, favorisant ainsi son accession au trône. Trois sorcières, rencontrées dans la lande, avaient bien prédit ce déroulement des faits, l'un de ses homologues, Banquo, devant ensuite engendrer des rois bien qu'il n'en fut pas un. Soucieux de conserver le pouvoir, Macbeth fait alors assassiner Banquo, dont le fils, Fleance, parvient à fuir. Lors d'un banquet, le spectre du défunt Banquo apparaît. Effrayé, Macbeth commandite l'assassinat de son lieutenant Macduff. Ne parvenant plus à mesurer sa folie meurtrière, c'est au tour de son épouse et de ses enfants de périr. La riposte s'organise bientôt pour déchoir le tyran. Une armée est en marche sur le château à l'intérieur duquel Macbeth est reclus...

Welles tourna le film en 23 jours avec un budget d'une pauvreté extrême. Mais l'homme ne manquait pas d'imagination pour masquer ce flagrant manque de moyens par des solutions d'une radicale et astucieuse audace. Un épais brouillard, très précisément, dissimule le dénuement des décors. L'atmosphère y gagne dans cette œuvre étrange d'une sauvage beauté. Si les adaptations de Welles sont un tantinet en deçà de celle de Laurence Olivier, il serait dommage de ne pas pousser la curiosité jusqu'à une attentive vision.

 

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OTHELLO

Titre original : The Tragedy of Othello : The Moor of Venice

Film américain d'Orson Welles (1952)

Venise, les succès militaires du général Othello, surnommé Le Maure, et la célébration de son mariage avec la fille du sénateur Barbantio, la belle Desdémona, suscitent admiration et jalousie. Parmi les invités de la noce, Iago, lieutenant d'Othello, dont l'ambition démesurée est sublimée par une haine inextinguible qu'il voue à son supérieur militaire. Passées les noces, Othello part bientôt combattre la flotte ottomane avant de retrouver son épouse sur l'île de Chypre, dont il est nommé gouverneur. Iago entreprend alors de jeter le doute dans l'esprit de son général en le faisant douter de la fidélité de sa belle, et se révèle expert de la perversion machiavélique...

Accouchement difficile pour cette production dont le tournage fut stoppé à deux reprises, faute d'un budget suffisant. Deux années furent ainsi nécessaires à sa réalisation sous le soleil italien et marocain. Le film n'en est pas moins d'un lyrisme extraordinaire des premiers plans aux derniers ; le génie de Welles perfectionnant l'esthétique et l'extraordinaire vitalité de son œuvre à l'aune d'une criante pauvreté financière.

 

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RICHARD III

Film anglais de Laurence Olivier (1956)

En Angleterre, au milieu du XVème siècle, le bossu Richard, Duc de Gloucester, intrigue, malgré son éloignement dans l'ordre de succession, en vue de ravir la couronne royale, coiffant son frère Edouard IV. Après avoir convolé en justes noces avec Lady Anne, veuve de l'héritier de la Maison de Lancastre, qu'il force à l'épouser, Richard parvient à persuader son frère de la traîtrise de Georges, Duc de Clarence, bientôt enfermé à la Tour de Londres avant d'être exécuté. Totalement dénué de scrupules, Richard est aidé par la Providence et Edouard décède de maladie. Plus aucun obstacle ne s'oppose, dès lors, à l'accession au trône du futur Richard III, dernier prince Plantagenêt, dont le règne sera placé sous le signe du despotisme...

Dernière réalisation de la trilogie shakespearienne de Laurence Olivier, à la fois derrière et devant la caméra, dans un rôle principal qu'il campe magnifiquement, le film crève l'écran. L'acteur-réalisateur n'hésite pas à s'adresser directement au spectateur, par le truchement de la caméra, à l'image d'une représentation théâtrale sublimée par l'ensemble des procédés scénographiques utilisés, depuis la longueur des plans jusqu'à une remarquable profondeur de champs. A voir tout simplement !

 

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LE ROI LEAR

Titre original : Tzar Lear

Film russe de Gregori Kozintsev (1972)

Le Roi Lear partage son royaume entre ses trois filles, Goneril, Regan et Cordelia. Tandis que les deux premières manifestent un amour hypocrite pour leur père, Cordelia tombe en disgrâce après avoir refusé l'héritage et exprimé la folle déraison et les terribles conséquences de la décision paternelle. Paradoxalement, c'es bien Cordelia qui s'avère la seule de sa fratrie à être animée de véritables sentiments d'amour pour la figure royale. Les mises en garde de Cordelia s'avèrent très vite prémonitoires. Le royaume est bientôt ravagé par la guerre qu'autorisent des ambitions jugeant la réelle faiblesse du pouvoir. Frappé par la folie, Lear meurt...

S'éloignant quelque peu d'une parfaite fidélité au récit initial, Kozintsev livre ici une vision très personnelle de cette tragédie shakespearienne. Aussi, le réalisateur précisa-t-il avoir volontairement renoncé à toute connotation historique précise, seuls les décors évoquant la terre d'Angleterre. Certainement la production d'un tel film en Russie soviétique a-t-elle rendu nécessaire une moindre évocation de l'univers d'un pays tout acquis au bloc capitaliste. Cela ne nuit néanmoins nullement à la beauté de la réalisation.

Virgile / C.N.C.

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21/03/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Football

Plus qu'un sport, le football est progressivement devenu le plus important des phénomènes de société. Dès 1986, la revue Eléments ne tardait pas à écrire : "Que le football soit un des phénomènes contemporains les plus caractéristiques et les plus étranges, nul ne songe à le nier. Sa mondialisation, son impact médiatique, les sommes fabuleuses qui s'y investissent depuis quelques années, les débordements parois sanglants qu'il provoque, tout cela contribue à en faire souvent l'«évènement» d'une actualité en quête de sensations fortes." Propos visionnaire quand on songe aux sommes englouties dans le club qatari du Paris-Saint-Germain. Propos apocalyptique quand on se souvient des milliers de morts qu'enterra la Guerre du football, ce 14 juillet 1969, lorsque le Salvador envahit le Honduras à l'issue d'un match entre ces deux Nations en conflit larvé. Mourir pour Michel Platini ? Heysel, 1985, 39 morts... Et le cinéma dans tout ça ? Les films traitant du football sont bien plus nombreux qu'on pourrait le penser, bien que très peu soient sortis sur les écrans français. Néanmoins, sept films pour une plongée nostalgique dans le football de Papa ou un regard tendre sur notre football contemporain.

N.B. : la question du hooliganisme et de la violence dans les stades fera l'objet d'un thème à part.

 

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L'ANGOISSE DU GARDIEN DE BUT AU MOMENT DU PENALTY

Titre original : Die Angst des Tormanns beim Elfmeter

Film autrichien de Wim Wenders (1971)

Joseph Bloch est gardien à la stature internationale. Lors d'une rencontre à Vienne, il est expulsé par l'arbitre après avoir encaissé un but. Il erre alors dans les rues de la capitale autrichienne, loue une chambre dans un hôtel et se rend à plusieurs reprises dans le même cinéma dont il courtise la caissière avec laquelle il passe la nuit et l'étrangle soudainement le matin venu. Après avoir effacé les traces de son meurtre, Joseph fuit alors la ville en autocar en direction de la petite cité de Bierbaum, dans l'espoir de renouer avec une ancienne petite amie. Parvenu à destination, Joseph assiste à un match de football et s'enquiert de l'évolution de l'enquête à la radio...

Issu du roman éponyme de Peter Handke, l'adaptation cinématographique de Wenders pourra apparaître décousue. Un choix volontaire du réalisateur afin de mieux faire partager au spectateur l'errance physique et intellectuelle du sportif. On perd parfois un peu pied mais une œuvre forte sur le sens de l'existence et la place sociétale de l'homme et de la femme. Le film le moins "footballistique" de la sélection.

 

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COUP DE TETE

Film français de Jean-Jacques Annaud (1978)

François Perrin tient le poste d'ailier droit dans la petite équipe de l'Association Sportive de Trincamp. Doté d'un caractère exécrable, il est bientôt renvoyé de l'équipe, après avoir bousculé Berthier, le joueur vedette. François perd, par là-même, son emploi ; le patron de l'usine cumulant également la fonction de président du club. Accusé à tort d'un viol commis par Berthier, François est embastillé avant de bénéficier d'une sortie exceptionnelle, sous bonne garde, afin de remplacer un joueur titulaire blessé, pour le compte d'un match de Coupe de France. Deux buts marqués le transforment en gloire locale. Son immunité, confiée par les supporters, lui permet alors de mener au mieux sa vengeance contre les notables, coupables et complices de faux témoignages, qui le firent conduire en prison. Exerçant sa vengeance jusqu'au bout, François Perrin refuse de participer au match retour...  

Extraordinaire Patrick Dewaere qui campe de manière splendide cet anti-héros, héraut d'un football populaire progressivement gangréné par les magouilles financières et les trafics d'influence qui ont désormais cours au sein du monde footballistique ;  le football amateur n'étant guère épargné. Petit clin d'œil à nos camarades Bretons, Jean-Jacques Annaud s'est inspiré pour son film de l'épopée du club de l'En Avant Guingamp lors de son épopée de la Coupe de France de 1973, formation alors loin des feux de la Ligue 1.

 

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THE DAMNED UNITED

Film anglais de Tom Hooper (2009)

1974, pendant quarante-quatre jours, Brian Clough a assuré la fonction d'entraîneur de Leeds United, un des clubs phares du football britannique. Si son prédécesseur, Don Revie, avait apporté au club ses plus glorieux titres, Clough, gentleman, estimait son jeu trop brutal. De style flamboyant et pétri de principes, Clough était connu pour avoir mené au plus haut niveau de la Football Association les équipes de Hartlepool et Derby County. Arrivé à Leeds, Clough doit composer avec de fortes individualités, pratiquant un jeu hérité de l'ancien entraîneur. C'est avec une détermination sans faille que l'opiniâtre Clough entend imposer son style. Mais son fidèle assistant le quitte et ses joueurs le haïssent. Leeds United ne tarde pas à affronter de nombreux revers sur la pelouse...

Un film exclusivement autocentré sur le ballon rond qui révulsera tous ceux que la pratique ne passionne pas ? Du tout ! The Damned United est une production brillante sur le récit d'une ascension brisée. Telle une rock star, Brian Clough se brûle les ailes dans une volonté d'autodestruction, obnubilé qu'il est par la célébrité et le pouvoir. En filigrane, le portrait nostalgique du Nord de la Perfide Albion, soumis à l'hégémonie travailliste à la veille de la fermeture des mines de charbon. Quant à ceux qui apprécient le football britannique, tout est écrit dans le synopsis !

 

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JE SUIS UN SUPPORTER DU STANDARD

Film franco-belge de Riton Liebman (2013)

Pour Milou, 40 ans, le football est le Panthéon dont le Standard de Liège est le Dieu suprême. Par tous les moyens, continuellement, Milou, fidèlement entouré de ses amis supporters, ivres de frites et de bières, entend contribuer à la victoire de son équipe. Mais Milou, moniteur auto-école, rencontre bientôt Martine dont il ne tarde pas à tomber amoureux. Evidemment, Martine, le football, elle déteste ça ! Et Milou se retrouve bientôt l'éternel supporter post-adolescent qu'il a toujours été. Tel un toxicomane, il se jure de décrocher pour reconquérir le cœur de sa belle...

Tendre évocation du football de la décennie 1990. Et pour une fois que cela ne concerne pas l'Angleterre ! Mais justement, le Standard n'est pas West Ham... et le réalisateur-acteur principal confond un peu trop la dévotion pour un club et une passion pour les images Panini ! Flingué par la critique, allergique à tout ce qui ne relève pas de la bobocratie, ce film n'en est pas pour autant mauvais même s'il présente une vision assez caricaturale du monde des fanatiques du football sans jamais, néanmoins, sombrer dans la moquerie. Et notre supporter porte allègrement le Fred Perry...

 

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JIMMY

Titre original : When saturday comes

Film anglais de Maria Giese (1996)

Jimmy Muir n'est pas dénué d'un certain talent pour le jeu. Mais, rétif à toute forme de discipline et d'autorité, Jimmy ne manque jamais une occasion de pratiquer son autre occupation favorite : boire de la bière. Aussi, ses chances de percer dans le haut niveau sont-elles minces. Pourtant, se présente à lui l'occasion de quitter sa petite formation pour le prestigieux club de Sheffield United Football Club. Pour Jimmy, la confrontation avec la découverte du monde professionnel ne doit aller de pair qu'avec une ascèse et une hygiène de vie sans faille...

Jimmy... Convenons qu'il était difficile de trouver un nom plus stupide pour son exploitation en France ! "Deviens ce que tu es !", écrivait Nietzsche, et il s'avère que Jimmy n'est pas un individu doté d'une force d'esprit suffisante pour vivre son rêve. Petite production anglaise sans grande prétention cinématographique, sortie en France uniquement en DVD, Jimmy est un film qui se laisse voir.

 

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LOOKING FOR ERIC

Film anglais de Ken Loach (2009)

Eric Bishop distribue le courrier à Manchester. La dépression est sa compagne depuis que sa femme l'a quitté et qu'il ne peut que constater la lente mais irrémédiable mauvaise pente que suivent ses deux beaux fils, tandis que sa fille lui reproche sa médiocrité. Soutenu par ses collègues, Eric s'avère incapable de refaire surface, allant jusqu'à songer au suicide. Seul son club de Manchester United le sort de sa léthargie hebdomadaire. Une nuit, Eric Bishop s'adresse au poster de son champion, Eric Cantona, joueur mythique du club. Ce dernier semble l'observer l'œil plein de malice. "Que ferait à sa place King Cantona ?" Bishop en est désormais persuadé ! Son idole va l'aider à reprendre sa vie en mains...

Curieux film de Ken Loach ! A mi-chemin entre un film social et un conte, Looking for Eric relève d'une certaine forme de morale sportive. La réussite de l'existence impose le jeu collectif. Loin d'être un chantre de l'optimisme, ce film, finalement assez joyeux, constitue très certainement une anomalie filmographique de l'auteur. Et Cantona se révèle aussi bon acteur que formidable gentleman-footballeur et gracieux karatéka lorsqu'il essuyait ses crampons sur le visage d'un fan de Crystal Palace.

 

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UN BUT POUR LA GLOIRE

Titre original : A shot at glory

Film américain de Michael Corrente (2000)

En Ecosse, une petite ville. Gordon McLeod est le charismatique entraineur du club de la ville, évoluant en seconde division, et ne poursuit qu'un unique but : faire monter ses champions aux plus hauts sommets. Pour ce faire, il est bien décidé à user de toutes les stratégies. Gordon subit les fortes ambitions du président américain du club qui menace de délocaliser celui-ci en Irlande si ses joueurs ne remportent pas la Coupe. Contraint, Gordon accepte de recruter un nouveau joueur...

Le film ne connut qu'une sortie DVD en France. DVD à la jaquette trompeuse puisque l'histoire ne se situe nullement au Pays de Galles tel qu'indiqué. Il ne s'agit pas du meilleur film sur le football et l'intrigue d'avère plutôt banale. Que vient faire un réalisateur américain dans le microcosme footballistique écossais ?... Néanmoins, les scènes de jeu sont assez bien recréées, sous l'impulsion de l'ancienne vedette Ally McCoist. Bande-son signée Mark Knopfler, ce qui, en outre, ne gâche rien.

 

Virgile / C.N.C.

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14/03/2015

7 films à voir ou à revoir sur la Prostitution

A propos de la prostitution, Raymond Abellio écrivait : "La religion en fait un problème moral, le communisme un problème social [...]. En employant le jargon de la philosophie, c'est d'abord un problème ontologique*. Il touche aux racines de l'être et, en l'espèce, à celles de la féminité." Quel regard avoir ainsi sur le commerce du corps ? Vaste débat qui n'a pas manqué d'enflammer la société française, en 2014, sous l'impulsion de Najat Vallaud-Belkacem. Les termes de celui-ci, maladroitement posés par l'ex porte-parole du gouvernement, masquent la réalité des différents types de prostitution. Jeunes filles sous l'emprise tyrannique de réseaux, femmes déboussolées pratiquantes malgré elles, prostituées volontaires et indépendantes, le cinéma a largement abordé ce thème sous de nombreux angles.

 

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A SEIZE ANS DANS L'ENFER D'AMSTERDAM

Titre original : Hanna D., la ragazza del Vondel Park

Film franco-italien de Rino Di Silvestro (1984)

Hanna est âgée de seize ans et partage un modeste logement de la capitale néerlandaise avec une mère alcoolique et son compagnon, Hans, un homme deux fois moins âgé, que Hanna ne laisse pas insensible. Chaque jour, Hanna se livre à des hommes contre de l'argent. La jeune femme fait bientôt la rencontre de Miguel qui la présentera à un producteur de films pornographiques. Du statut d'amant, Miguel ne manque pas de remplir également la fonction de proxénète. Hanna sombre progressivement dans une prostitution de plus en plus avilissante avant de sombrer définitivement dans l'enfer de la drogue...

Très critiqué à sa sortie, ce film cru et frisant avec une certaine vulgarité livre une glaçante plongée dans les bas-fonds les plus sordides et pervers de la cité amstellodamoise. Hanna ou l'héroïne d'une brutale descente aux enfers.

 

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CHLOE

Film franco-belge de Dennis Berry (1996)

Après une violente dispute avec sa mère avec laquelle elle entretient des rapports conflictuels, Chloé, lycéenne âgée de seize ans, promène sa solitude dans les rues. Son compagnon, Ahmed, tête brûlée sans envergure, ne lui accorde guère plus d'attention. Chloé est livrée à elle-même et s'abandonne à chaque bouée que provoque son errance. Une boite d'allumettes sur laquelle figure une adresse et voilà Chloé se rendant au domicile indiqué. L'adolescente y rencontre Katia qui devient bientôt son amie. Poursuivant toujours une quête obscure, Chloé fait alors la connaissance de Jean-Michel, charmant jeune homme. Mais Jean-Michel ne tarde pas à montrer sa face sombre et entraîne la jeune fille résignée dans une spirale destructrice jusqu'à la prostitution...

Dennis Berry livre une présentation classique, parfois banale et trop manichéenne, de la chute progressive d'une jeune femme. Aussi, le film ne révolutionnera-t-il pas le thème. L'intérêt est contenu, ici, dans l'époustouflante prestation de Marion Cotillard, alors à l'aube de sa carrière, dont le talent crève l'écran malgré l'extrême dureté des scènes de viols et violences corporelles.

 

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ELLES

Film français de Malgorzata Szumowska (2012)

Anne mène une vie banale et jongle entre l'essoufflement de son couple, les questionnements adolescents de son fils et ses contraintes professionnelles. Anne est ainsi journaliste pour un grand magazine féminin. Abordant le thème de la prostitution estudiantine, elle parvient à gagner la confiance de Charlotte et Alicja, fraîchement arrivées de Pologne. Les deux étudiantes parisiennes se livrent progressivement à la journaliste sans pudeur ni tabous. Chacune a leur façon, elles tentent d'améliorer leur quotidien à l'aide d'un gagne-pain plus lucratif et rapide que les traditionnels jobs d'étudiants. Aucune des deux jeunes femmes ne semble vraiment mesurer la portée du commerce de leur corps. Ces témoignages vont bouleverser l'existence de la journaliste et provoquer des suites inattendues...

Libération ou soumission ? La réalisatrice se garde bien de prendre parti dans cette œuvre quasi-construite sur un mode documentaire ; oscillant ainsi entre le quotidien routinier d'une mère de famille et les flash-back évoquant la vie dissolue des jeunes étudiantes. Un remarquable témoignage impudique sur l'intimité féminine, à défaut de tout point de vue féministe.

 

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JEANNE DIELMAN, 23 QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES

Film belge de Chantal Akerman (1975)

Jeune veuve depuis six années, Jeanne Dielman poursuit une morne existence dédiée à l'éducation de son fils âgé de seize ans. Quand celui-ci est à l'école, Jeanne pratique inlassablement, à horaires très stricts, le ménage, la cuisine et les courses. Le midi, Jeanne garde également un bébé. Mais Jeanne exerce aussi, dans le plus grand secret, en tant que prostituée occasionnelle dans la chambre de son appartement l'après-midi. Une vie parfaitement rangée bientôt troublée par une succession de petits incidents qui la conduisent à assassiner l'un de ses clients à l'aide de ciseaux...

Curieux titre que ce film que d'aucuns trouveront exaspérant. Peu de dialogues, peu de son et d'interminables plans fixes capturant le quotidien routinier d'une jeune mère de famille emprisonnée dans sa solitude et un conditionnement atavique.

 

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JEUNE ET JOLIE

Film français de François Ozon (2013)

Isabelle jouit de l'insouciance de ses dix-sept printemps. En vacances sur la Côte d'Azur, avec sa famille issue de la petite bourgeoisie, elle offre sa virginité à Félix, un jeune Allemand, sans qu'elle n'éprouve le moindre plaisir. Rentrée à Paris, Isabelle, bien que ne manquant de rien, prend la décision de se livrer à la prostitution sous le pseudonyme de Léa et multiplie les rendez-vous sur internet. Parmi les nombreux clients attirés par sa beauté et sa jeunesse figure Georges, homme attentionné et d'un certain âge. Mais Georges meurt d'une crise cardiaque tandis qu'ils font l'amour. Paniquée, Isabelle-Léa fuit mais est bientôt rattrapée par la police. Sa famille découvre alors horrifiée qu'Isabelle s'offrait volontairement et en toute indépendance à des hommes contre de l'argent...

Comment une jeune fille peut-elle délibérément s'adonner au commerce de son corps ? François Ozon livre ici un portrait ambigu de la jeune héroïne qui semble dénuée de toute émotion et parfaitement insensible au monde qui l'entoure. Ce manque de communication constitue néanmoins un point faible du film. En rupture avec le monde bourgeois, le portrait de Léa aurait gagné en une explication plus profonde de ce suicide sexuel.

 

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MATRIOSHKI : LE TRAFIC DE LA HONTE

Titre original : Matroesjka's

Série belge de 20 épisodes créée par Marc Punt et Guy Goossens (2005 & 2008)

Elles sont une dizaine à poursuivre le même rêve : fuir la misère en Lituanie et travailler en Europe de l'Ouest. Ce rêve devient accessible tandis qu'elles participent à un casting pour une compagnie de danse que dirigent deux Belges. Et d'accessible, il devient réel lorsqu'elles sont engagées. Qu'importe de signer un contrat de travail en langue grecque, elles s'envolent pour Chypre ! Chypre dont les plages ensoleillées ne manquent pas de contraster avec la neige de Vilnius. Mais sur place, elles comprennent que la danse s'avère devoir se pratiquer nue... Les jeunes femmes seront ensuite emmenées dans un club de striptease anversois et se verront confisquer leur passeport avant d'être livrées à la prostitution pour rembourser les frais de voyage et de "formation"...

Une fois n'est pas coutume, non un film mais une série trop injustement méconnue. Tirée d'une histoire vraie, cette série évoque pudiquement le quotidien de dix de ces centaines de jeunes femmes contraintes de se livrer à des relations sexuelles dans les clubs de danse belges et néerlandais. Remarquable série !

 

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TOKYO DECADENCE

Titre original : Topâzu

Film japonais de Ryu Murakami (1998)

Pourtant timide, Ai, jeune collégienne japonaise, est une prostituée de luxe qui s'est fait du sadomasochisme et des pratiques fétichistes extrêmes une spécialité pour le compte de riches clients aux mœurs décadentes. Délurée la nuit, Ai se mue le jour en une discrète jeune femme, renfermée sur elle-même et qui poursuit le doux rêve de retrouver celui dont elle est secrètement amoureuse, un homme malheureusement pour elle, déjà marié...

Qualifié par certains de film pasolinien à la nippone, Ryu Murakami développe en filigrane une vision corrosive de la société japonaise perçue comme castratrice, pudique et imprégnée de valeurs patriarcales, contre laquelle certains assument de plus en plus ouvertement des penchants exhibitionnistes et immoraux. Le film ne fait nullement l'économie d'une évocation très précise des rituels fétichistes.

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* En italique dans le texte

Virgile / C.N.C.

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