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05/09/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Cirque

Issue des jeux antiques romains, la tradition du cirque se perpétue à travers l'Histoire au sein des cours et charivaris médiévaux et modernes. On songe à l'exquise description de la Cour des miracles dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Destiné au divertissement des princes qui se moquaient des pitreries de ces équilibristes jouant un rôle de bouffon, le cirque est devenu progressivement socialement correct. Aujourd'hui, on ne rigole plus des pitres, mais avec les pitres. Si nos chères têtes blondes sont bien évidemment facilement émerveillées par le spectacle, il s'en trouve pour juger les clowns effrayants. Stephen King est passé par-là à l'adolescence. Il est vrai que nous n'avons jamais réellement su si ceux-ci sont des amuseurs frappés du syndrome de Peter Pan, la volupté évanescente en moins, ou des pédophiles refoulés, toujours prêts à s'assurer les faveurs de jeunes enfants à l'aide de fleurs ou de sucreries. Si les arts du cirque apparaissent légitimement comme d'extraordinaires prouesses physiques promptes à offrir le plus beau des spectacles, l'envers du décor impose un lourd prix à payer. Au nom de l'amusement, personne ne semble trop s'émouvoir de ces enfants à l'ossature nécessairement déformée pour les besoins du spectacle. Au nom de l'émerveillement, les pouvoirs publics semblent peu enclins à prendre le relais des associations de protection animale pour dénoncer la maltraitance subie par ces animaux sauvages contraints de demeurer chaque année, des mois durant, dans des cages emprisonnées dans des remorques de 38 tonnes, pour ne recevoir que des coups de fouet lorsqu'ils en sortent. Quel plaisir y-a-t-il à regarder un ours se prendre pour un cycliste du dimanche ? Le cirque, une citadelle à laquelle le politiquement correct n'osera jamais s'attaquer ? Quelques dizaines de films ont évoqué le monde du cirque. L'immense majorité de ceux-ci ne manque pas d'allier à la féérie une atmosphère glauque tendue par des rapports humains difficiles. Entrez en piste à l'aide de sept films !

 

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BALADA TRISTE DE TROMPETA

Film espagnol de Alex de La Iglesia (2010)

Madrid, pendant la guerre civile, un clown est recruté de force par l'armée républicaine. D'une cruauté extrême, il massacre des combattants franquistes à l'aide de sa machette avant d'être jeté en prison. A son fils, il ne lègue que son désir de vengeance. Bien plus tard, en 1973, son fils Javier est un clown triste qui travaille dans un curieux cirque de banlieue. Javier découvre progressivement que son compère, le clown gai Sergio terrorise l'ensemble de la compagnie par son caractère tyrannique. Entre les deux pitres, les tensions s'exacerbent bientôt et il ne peut y avoir d'autre issue que l'affrontement. D'autant plus que chacun aspire à remporter l'amour de Natalia, jolie et cruelle acrobate...
La Iglesia, figure du nouveau cinéma espagnol, livre ici un film noir et déjanté qui dresse un parallèle habile entre les horreurs perpétrées par les combattants anti-franquistes et la misère sociale de nos sociétés contemporaines dans une péninsule hispanique irréconciliable et durablement imprégnée par la Guerre civile. Loin des clichés enchanteurs du monde du cirque, la présente œuvre fournit une excellente occasion de faire défiler des gueules patibulaires mais presque, comme disait le camarade Coluche, autre clown triste. Un film baroque dans lequel le sublime côtoie le grotesque et le romantique. Le générique du début constitue à lui seul une œuvre d'art.

 

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BRONCO BILLY

Film américain de Clint Eastwood (1980)

Bronco Billy McCoy dirige une misérable petite troupe ambulante produisant des spectacles de western dans l'Ouest américain. A chaque représentation, Billy lance des couteaux sur une jeune femme attachée à une roue de chariot tournante. Mais le spectacle ne fait plus recette et Billy est en cessation de paiement. La situation s'aggrave encore lorsque la jeune héroïne fuit bientôt la troupe. Billy fait alors la connaissance d'Antoinette Lily dans une station-service. Billy l'engage aussitôt sans se soucier du passé de la jeune femme. Son roi du lasso appréhendé pour désertion, la toile du chapiteau qui prend feu..., très rapidement, la poisse semble s'abattre sur un cirque déjà mal en point...
Largement méconnu dans la filmographie d'Eastwood, Bronco Billy mérite pourtant qu'on s'y attarde. Il est vrai que le western était passé de mode au début de la décennie 80. Alors un western qui épouse le thème du cirque... A la fois réalisateur et acteur principal du film, Eastwwood se livre comme un anti-héros déboussolé à la recherche d'un far west mythique et adulé dont il sent bien que la quintessence ne peut que lui échapper. Autoritaire, désenchanté et nihiliste, Eastwood entame sa sempiternelle Révolte contre le monde moderne sans jamais être avare d'émotions. Le film a bien évidemment été honni par toute la critique bien-pensante. Voilà donc une excellente raison de se divertir de ces deux heures.

 

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DE L'EAU POUR LES ELEPHANTS

Titre original : Water for elephants

Film américain de Francis Lawrence (2011)

En 1931, les Etats-Unis poursuivent leur dépression économique issue du krach financier de 1929. Après la mort de ses parents, Jacob Jankowski, jeune étudiant vétérinaire, plonge dans l'indigence la plus totale et rejoint le minable cirque ambulant des frères Benzini. Jacob, embauché comme soigneur, est très tôt séduit par la charmante écuyère Marlena, qui n'est autre que l'épouse d'August, le directeur du cirque ; un être cynique et violent coupable de maltraitance envers sa troupe et ses animaux. L'arrivée d'une éléphante fait bientôt se rapprocher le soigneur et la cavalière qui mettent en place un nouveau spectacle. La proximité des deux êtres se fait de plus en plus palpable...
Séduisante œuvre adaptée du roman éponyme de Sara Gruen. Taillé pour le box-office, le film n'ose guère aller trop loin dans sa noirceur et se contente de freiner sa dénonciation de l'univers impitoyable du monde du cirque au sein duquel hommes et animaux sont réduits à l'état d'esclaves impudiques contraints à l'exhibition. Le cinéma hollywoodien, empêtré dans une logique de rentabilité financière, semble décidément désormais incapable de s'extirper du mélodrame romantique. Si on ne se lassera quand même pas de la délicieuse Reese Witherspoon, dont ça n'est pourtant pas la meilleure prestation, le film aurait gagné à être plus inquisiteur. Allez ! Il se laisse quand même voir !

 

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FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE

Titre original : Freaks

Film américain de Tod Browning (1932)

Dans les années 1930, le cirque Tetrallini, composé de phénomènes de foire, sillonne toute l'Europe. L'illusionniste Hans, atteint de nanisme est fiancé à l'écuyère Frieda, atteinte du même ralentissement de la croissance. Mais Hans éprouve des sentiments de plus en plus forts pour la jolie trapéziste Cléopâtre, l'une des rares de la troupe à être dépourvue de tout handicap. Si Cléopâtre s'amuse gentiment des avances de Hans, elle n'en refuse pas moins ses cadeaux, provoquant la jalousie de Frieda. La relation entre la belle et le nain semble devoir être un amour impossible, d'autant plus que Cléopâtre entretient une relation secrète avec Hercule, le colosse de la troupe. Mais celle-ci apprend bientôt que Hans vient d'hériter d'une immense fortune. La cupidité de Cléopâtre lui fait échafauder un plan diabolique. La belle épouse le lilliputien...
Un couple de nains, des êtres androgynes, une femme à barbe, des sœurs siamoises, un homme-tronc..., freaks peut être traduit par monstres. Le film n'a pas pris une ride en huit décennies et demeure toujours aussi cultissime ! Le tour de force de ce film étrange et oppressant réside bien dans son absence de voyeurisme. Freaks, c'est tout sauf une galerie de monstres puisque ce sont les gens "normaux" qui sont étrangers au monde de ces bêtes de foire bien réelles et sans aucun trucage. Pas de voyeurisme, pas de misérabilisme humaniste non plus, juste un féroce humour noir. Un véritable chef-d'œuvre du cinéma fantastique longtemps censuré. Faut pas choquer le bourgeois !

 

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LE PLUS GRAND CIRQUE DU MONDE

Titre original : Circus world

Film américain de Henry Hathaway (1964)

Impresario d'un grand cirque américain, Matt Masters emmène toute sa troupe de l'autre côté de l'Atlantique pour une grande tournée européenne. Secrètement, il a l'espoir de retrouver une femme qu'il aima jadis, en la personne de Lili Alfredo, une ancienne trapéziste de la compagnie enfuie quatorze années plus tôt après la mort de son mari ; mort dont elle se sent responsable. Parmi ceux les plus désireux de retrouver sa trace, l'écuyère Toni, l'actuelle star de la troupe et fille de Lili. Arrivés à Barcelone, un naufrage suivi d'un incendie détruisent la totalité des équipements. Matt est anéanti et ruiné. Mais comme il sied dans le monde des arts, il faut que le spectacle continue ! Tandis que la troupe entreprend une répétition à Madrid, une femme assiste à celle-ci en cachette. Elle n'est autre que Lili...
Certes, plusieurs scènes d'acrobatie sont spectaculaires. Certes, Claudia Cardinale est belle comme un cœur... Et pourtant, on peine à entrer pleinement dans cette intrigue alourdie par une histoire d'amour convenue. Et le scénario ne fait émerger que trop peu de personnages ; les autres faisant office de simples figurants. Le film se laisse néanmoins regarder bien que l'on se dit que John Wayne est définitivement incapable de ne pas camper un rôle de western, même au cirque ! Pour l'anecdote, la scène de l'incendie faillit bien coûter la vie à ce dernier qui continuait à jouer la comédie tandis que l'équipe ne maîtrisait plus le feu du chapiteau.

 

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ROSELYNE ET LES LIONS

Film français de Jean-Jacques Beineix (1988)

Thierry est animé par une passion, celle de devenir dompteur de fauves, pour laquelle il sacrifie son baccalauréat. Au zoo de Marseille, il apprend le métier auprès du maître dresseur de lions Frazier. Thierry fait bientôt la connaissance de Roselyne qui voue une même passion au domptage de lions et tigres. Thierry et Roselyne sont faits pour s'aimer et vivre leur passion commune. Ensemble, ils prennent la route avec l'espoir d'une embauche dans un cirque. Mais l'apprentissage de ce métier risqué est long. Aussi, nos amoureux doivent-ils se contenter dans un premier temps de ramasser le crottin des chameaux et, pour la belle, de se faire découper chaque jour par un illusionniste. C'est dans un grand cirque munichois qu'ils finissent par être engagés. Elle sera dresseuse, sous les feux des projecteurs, lui, entraineur dans l'ombre...
Deux jeunes adultes prêts à tout pour consumer fanatiquement leur passion dévorante, tel est l'un des thèmes de prédilection du cinéma de Beineix, à la suite de 37°2 le matin. Le film passe malheureusement à côté de son sujet tant les rapports entre les personnages eux-mêmes et entre les héros et les fauves manquent d'épaisseur. Ce qui est un comble lorsque l'on sait que Beineix a exigé de ses acteurs de longs mois d'apprentissage du métier de dompteur qui, chacun en conviendra, est un rôle particulièrement ardu à appréhender pour tout acteur ! Le film ne manque pourtant pas d'une certaine grâce voluptueuse. Il fit un flop. Certainement ne méritait-il pas cela.

 

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36 VUES DU PIC SAINT-LOUP

Film français de Jacques Rivette (2009)

Tandis que le cirque s'apprête à partir en tournée, le directeur de la troupe décède brutalement. Kate, la fille aînée est appelée à la rescousse pour permettre à la troupe de maintenir les spectacles. Contre toute attente, Kate, qui avait juré qu'elle n'y reviendrait plus, abandonne ses activités professionnelles et reprend du service. En panne sur le bord d'une route provençale, elle fait la rencontre inopinée de l'Italien Vittorio. Fasciné par la jeune femme, Vittorio accompagne la troupe dans sa tournée et va progressivement s'insérer dans la vie sociale de la compagnie. Décelant une fracture dans la vie de Kate, l'Italien entreprend de percer le mystère de son ancienne rupture avec l'univers du cirque...
Habitué des longs, très longs-métrages, Rivette a décidé, une fois n'est pas coutume, de condenser son film en moins de quatre-vingt-dix minutes. Condenser ou bâcler ? Si l'œuvre ne fait pas l'économie de scènes extrêmement fortes et d'une intensité fidèle au réalisateur, on ne peut que déplorer la totale invraisemblance de ce cirque dont les artistes aussi vifs qu'un nonagénaire feraient salle comble dans des villages vides d'habitants. Et tout s'écroule quand on apprend les véritables raisons de la fragilité de Kate, néanmoins remarquablement interprétée par Jane Birkin. Mais l'exploitation métaphorique du cirque est originale. Bref, qu'en penser ? Le cinéma de Rivette est toujours aussi irritant. Certains adoreront, les autres s'en seront remis au marchand de sommeil bien avant le générique de fin.

Virgile / C.N.C.

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11/08/2015

Chronique de film : Ant-Man

 Ant-Man : Marvel sur tous les fronts !

Depuis la sortie du film Iron Man en 2008, les productions des studios Marvel –propriétés de la Walt Disney Company- font office de véritables rouleaux compresseurs du box-office. Une douzaine de films sont d’ores et déjà venus compléter l’univers super héroïque et les projets ne manquent pas pour les années à venir puisque pas moins de neuf nouveaux films sont en chantier.

En cet été 2015, c’est un nouveau personnage qui fait son apparition sur grand écran, Ant-man, l’homme fourmi. De quoi attirer l’attention des militants du MAS que nous sommes !

 Des cousins éloignés ?

Ant-Man est une création de Stan Lee, comme de nombreux personnages Marvel. Ses premières apparitions datent de 1962 dans les comics Tales to Astonish, théâtre également des premiers exploits de l’Incroyable Hulk.

Par une tenue de haute technologie, le héros peut réduire sa taille et décupler sa force, tout en communiquant avec les insectes. Plusieurs hommes se succèdent dans le costume, et le film qui nous intéresse s’attarde sur l’histoire des deux premiers.

Scott Lang est un jeune père de famille, qui vient de sortir de prison après être tombé pour cambriolage. S’il tente de rester dans le droit chemin, ses anciens compagnons de cellule l’entraînent dans une nouvelle escapade qui va bouleverser sa vie. Leur cible est en effet la maison de Henry « Hank » Pym, célèbre et riche scientifique à la retraite…et ancien « Ant-Man ».

Si la relation entre les deux hommes semblait partir sur de mauvaises bases, leur rencontre n’était peut-être pas un hasard…Ils finissent par travailler ensemble, Scott apprend à utiliser le costume et à diriger les fourmis dans le but de déjouer les plans du successeur de Hank, dont le projet est de trouver la formule du costume pour l’exploiter à des fins militaires. Pour faire plus simple, ils doivent sauver le monde. Un grand classique !


Avec Ant-Man, les studios Marvel démontrent qu’ils veulent toucher à tous les styles. Après les films épiques (Avengers), d’action (Iron Man, Hulk), de guerre (Captain America), les films fantastiques (Thor), de science-fiction (Les Gardiens de la Galaxie) ou les thrillers (Captain America 2), ils proposent cette fois-ci…une comédie !

L’humour est omniprésent, sans être lourd ni grossier, mais il donne au film un ton trop léger à mon goût, qui fait de Ant-Man un film pour ados comme l’était Les Gardiens de la Galaxie. On sort de la trame sérieuse voire dramatique ouverte dans le deuxième opus de Captain America en 2014 (cf : Le Top 10 2014 de Marceau).

L’histoire manque de profondeur, tout comme le grand méchant du film, une sorte de Lex Luthor de seconde zone. Les « gentils » sont attachants, et Ant-Man reste tout de même un bon divertissement.

Le casting est de qualité, avec Michael Douglas dans le rôle du mentor et Paul Rudd dans celui de Scott Lang, la fille de Hank est jouée par la belle Evangeline Lilly que nous avions pu voir dans Le Hobbit et dans la série Lost.

Evangeline Lilly lors de l’avant-première du film

Restez devant votre écran jusqu’à la fin du générique, puisque comme Marvel en a désormais pris l’habitude, deux scènes ont été incrustées après la fin du film, donnant des indices sur les prochains longs métrages de la franchise.

Notons enfin que l’avant-première française du film a eu lieu dans la petite commune de Fourmies, dans département du Nord. Hollywood maîtrise sa communication de main de maître et ne laisse rien au hasard…

Marceau/C.N.C.

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25/07/2015

Chronique de film : Jurassic World

Chronique de film : Jurassic World

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2015 marque le retour tant attendu d’une des franchises les plus connus et « bankable » du cinéma, à savoir Jurassic Park. Jurassic World a la lourde tâche de remonter le niveau et de faire oublier un prédécesseur en demi-teinte.

Vingt-deux ans après le désastre survenu dans le premier parc, un jeune millionnaire du nom de Simon Masrani (Irrfan Khan) est devenu propriétaire de la société InGen. Il réalise finalement le rêve de John Hammond en créant un parc à thème où les dinosaures tiennent la vedette. Dans un souci de compétitivité et d’innovation, l’équipe de scientifiques, dirigée par Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), élaborent un dinosaure de toutes pièces, l’Indominus rex. Masrani fait appel à Owen Grady (Chris Pratt), un ancien de la Navy qui a réussi à dompter un groupe de vélociraptors, pour évaluer le comportement de sa future attraction. Pendant ce temps, les neveux de Claire, Zach et Gray, dont les parents sont sur le point de divorcer, visitent le parc, accompagné de l’assistante de leur tante. Lors d’une inspection de l’enclos de l’Indominus Rex, ce dernier s’échappe en semant le chaos sur son passage et se dirige droit vers le parc…

Jurassic World, à la vue de la bande annonce, suscita pas mal d’espoirs, notamment en ce qui concerne le rôle de Chris Pratt et de ses vélociraptors. En réalité le film reste dans la lignée de ses prédécesseurs en respectant un cahier des charges qui a fait ses preuves : de gentils et de méchants dinosaures, un incident/imprévu, des mômes, etc. Le scénario, il faut l’avouer, tient sur un confetti. Les nouveautés, outre les effets spéciaux dans l’air du temps, ne se bousculent pas vraiment au portillon. Le film vit sur les acquis de la saga c’est indéniable ; malgré tout et tant que l’on juge l’œuvre pour ce qu’elle est, Jurassic World ne déçoit pas. Pourvu d’un rythme maîtrisé et sans temps mort, il tient aisément le spectateur en haleine. Bryce Dallas Howard et Chris Pratt sont parfait dans leurs rôle respectifs, la première incarnant une femme d’affaire ambitieuse, psycho-rigide et maniaque du contrôle; et le second, incarnant quant à lui à peu près l’inverse, un homme soucieux du respect de la nature et des animaux du parc. A noter la présence d’Omar Sy, en bon noir de service (quota ethnique oblige), dans le rôle du partenaire d’Owen Grady, rôle plus qu’anecdotique. {SPOILER !!!!] On aurait aimé voir l’acteur des abominables œuvres de propagande que constituent Intouchable et Samba terminé en charpie mais peine perdu. Une véritable déception…

Au-delà de son côté « entertainement », Jurassic World invite le spectateur critique et lucide du monde dans lequel il vit à un minimum de réflexions. En effet, et bien qu’étant une fiction, le film met en exergue certains thèmes de société. Celui qui saute évidemment aux yeux et le tropisme Prométhéen de l’homme moderne. Analogue à la fameuse œuvre de l’anglaise Mary Shelly, Frankenstein ou le Prométhée moderne, la reconstitution de dinosaure, grâce à l’apport des avancées scientifiques, peint le portrait d’une humanité qui, non seulement a tué Dieu, mais souhaite également prendre sa place. Une étape est cependant franchis comparé au premier film avec la création symboliquement (et non techniquement) ex nihilo, de l’Indominus Rex. Authentique Frankenstein à sang froid, ce monstre qui échappe complètement à ses créateurs, incarne parfaitement la dérive scientiste et techniciste que sont par exemple les OGM, si ce n’est que les rôles sont ici inversés, l’humain finissant dans l’estomac de sa propre création. L’exploitation animale est également un thème explicite présent dans le film, où toute l’horreur des cirques et des zoos est présente. Que ce soit des spectateurs avides de sang et de boyaux devant un Tyrannosaure dévorant une pauvre chèvre, ou des bambins chevauchant des bébés triceratops tel des poneys, un malaise se fait sentir. Non seulement l’Homme moderne a pris la place de Dieu, mais il ne respecte pas sa propre création qu’il utilise pour son propre plaisir. La Nature doit donc se plier à sa volonté et satisfaire ses caprices…

Le capitalisme mondialisé et ses méfaits sont au centre de Jurassic World qui suinte littéralement la société de consommation. Le personnage de Masrani est révélateur. D’origine probablement indienne, il incarne parfaitement ces nouveaux riches issus des pays en voie de développement, notamment les BRICS. On ne pourra pas s’empêcher de faire une analogie avec le Qatar ou la Chine qui investissent de plus en plus en Occident. La monstruosité capitalisme ne connaît pas les frontières et ne peut plus se résumer à « l'homme blanc ».

L’Homme moderne (dans ce cas la Femme moderne) est incarné à la perfection par le personnage de Claire Dearing. Phagocyté par sa carrière, elle est coupée de sa famille à tel point qu’elle ne sait même pas l’âge de ses neveux et ne sait pas comment se comporter avec eux. Cette caricature pointe clairement du doigt la place qu’occupe le travail dans la vie et la psyché de l’être humain du XXI siècle, qui ressemble parfois à un robot. Et comment le carriérisme féminin n'a rien à envier à la soif de pouvoir des hommes. Le constat final demeure assez triste et inquiétant à la vue de ce producteur/consommateur à l’égo démesuré, dont le nombrilisme l’empêche de réaliser à quel point il est esclave de la technique et de lui-même. Cette technique, certains souhaiteraient la voir appliquer au domaine militaire comme Vic Hoskins, responsable de la sécurité chez InGen. A ses yeux, les vélociraptors représentent une nouvelle arme de guerre et il n’hésitera pas à la tester pour détruire l’Indominus Rex. Pour accomplir cette mission il fait également appel à une société privée constituée de mercenaires rappelant fortement la société Black Water. L’avènement de ce genre de milice/armée privée, agissant déjà au Moyen-Orient, démontre également la puissance de certains réseaux d’argent qui anticipe sûrement de futures révoltes populaires…

En conclusion Jurassic World est un film typiquement hollywoodien, sans prise de tête qui ravira toute la famille. Il a le mérite de redorer le blason de la franchise même si on aurait aimé plus de nouveauté et de profondeur dans le scénario et les personnages. Le côté « tout public » est sans doute un frein en soit car d’autres pistes auraient pu être explorées, et du même coup apporter vraiment du sang neuf. Le film, et cela est plutôt surprenant, pointe du doigt plusieurs thèmes d’actualité, chose que l’on a du mal à s’imaginer venant d’une machine de propagande comme Holywood. Certes le spectateur lambda a de grande chance de passer à côté mais ceci méritait d’être souligné. Néanmoins nous sommes à des années lumières du film anti capitaliste. Jurassic World figure parmi le podium des meilleures recettes du cinéma avec 1,52 milliard de dollars…

Donatien/C.N.C.

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11/07/2015

Chronique de film: Bong Joon-ho, Le Transperceneige - 2013

 Chronique de film: Bong Joon-ho, Le Transperceneige - 2013

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Après avoir provoqué une nouvelle ère glaciaire par excès de zèle face à la menace du réchauffement climatique, l’humanité est décimée. Les derniers survivants se retrouvent parqués à bord d’un train extrêmement perfectionné, qui parcourt inlassablement le globe, année après année.

La société à bord du train, le bien nommé Transperceneige, est rigoureusement stratifiée : les wagons de tête appartiennent aux plus aisés, les wagons de queue aux laissés-pour-compte, aux « intouchables ». Une milice implacable et cruelle au service des classes supérieures écrase régulièrement les velléités de rébellion des passagers de l’arrière du train, dont les conditions de vie sont totalement déplorables.

À partir d’une situation initiale somme toute assez classique, l’histoire se déploie avec beaucoup d’intelligence, de finesse et de panache.

Le héros, Curtis, est présenté comme un personnage assez tourmenté, leader presque malgré lui de l’insurrection qui approche, dont le but est de traverser chacun des wagons les uns après les autres afin de parvenir au compartiment de tête et d’éliminer l’insaisissable despote qui profite de la situation et contrôle la fabuleuse machine.

Les choses se compliquent assez vite : au fur et à mesure de la progression des insurgés, les difficultés deviennent plus grandes, les forces armées déciment les rebelles malgré leur ingéniosité et insensiblement, la noblesse des idéaux qui animaient les insurgés se heurte à une série d’obstacles, des inflexions se font sentir dans les motivations de chacun des héros de l’histoire.

Inspiré de la bande dessinée française du même nom, le film invite à réfléchir au concept de révolution, à qui elle profite vraiment et dans quelle mesure elle coïncide, dans les faits, avec les nobles idéaux qui lui ont donné naissance.

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Une vignette de la bande dessinée

Curtis est en effet amené à faire une série de choix particulièrement éprouvants au fil du récit – sacrifier un jeune idéaliste menacé par un ennemi ou mettre en joue une cible stratégique afin de poursuivre la progression dans le wagon suivant ? Battre en retraite ou lutter jusqu’à la fin, lorsque l’ennemi est supérieur en nombre et en arme, et que les camarades se font étriper ?... Jusqu’à la décision ultime que le héros devra prendre à la fin du récit, et que je ne dévoilerai pas ici.

Beaucoup d’aspects psychologiques de la mécanique révolutionnaire sont bien mis en évidence ici : corruption, instrumentalisation, faux-semblants, logique sacrificielle et volonté de pouvoir… Et pendant que se déroulent les affrontements sanglants entre la milice et les insurgés, le reste de la société, qu’on découvre peu à peu dans le film, demeure dans un état d’aveuglement et d’indifférence total. La « classe moyenne » se prélasse, elle joue, elle danse, elle gaspille. Elle ne manifeste sa colère qu’en tout dernier recours, lorsque c’est sa propre survie qui est mise en jeu.

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D’autres thèmes abordés par Bong Joon-ho ne manqueront pas de faire sourire les lecteurs du CNC : la machine-train éternellement mobile et bienfaisante, bijou technologique abritant un microcosme rigoureusement organisé, fonctionne très exactement sur le même principe que la société libérale actuelle, puisque des enfants sont réduits en esclavage afin d’alimenter la machine, dans l’indifférence quasi-générale, et que l’on présente le « système » comme intrinsèquement bienfaiteur, louable sous tout rapport, incontournable et virtuellement éternel.

Sur le plan purement formel, le film est très stimulant : on découvre un univers nouveau à mesure que les insurgés avancent de compartiment en compartiment ; d’ailleurs le cadrage et ce déroulement sur un mode progressif ne sont pas sans évoquer certains jeux vidéos.

Les aspects baroques et outranciers de l’œuvre de Bong Joon-ho, la méprisable caste dirigeante et la situation post-apocalyptique ne sont pas sans évoquer l’univers des Eaux de Mortelune, une série de bande dessinée française. L’humanité face à l’ère glaciaire et la machine comme ultime rempart évoquent, pour leur part, l’univers de la Compagnie des Glaces, excellent cycle de science-fiction française du brillant Georges J. Arnaud (auquel la revue Elément consacre un article fort bien venu ce trimestre, sous la plume d’Olivier Maulin).

Les ruptures de ton, enfin, petite marque de fabrique du cinéma coréen, sont ici nombreuses et font de ce film un très bon divertissement.

Le Transperceneige délaisse bien vite un programme très convenu, axé sur une lutte des classes manichéenne, pour se muer en une virée tonitruante dans les bas-fonds de l’âme humaine, déchirée entre désir d’émancipation collective et individualisme carnassier. Loin de nous servir les clichés habituels sur le sujet, le film invite à mesurer combien le résultat d’une révolution peut être éloigné de ses impulsions initiales.

Lyderic / C.N.C.

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04/07/2015

7 films à voir ou à revoir sur les Skinheads

Par où t'es rentré ? On t'a pas vu sortir... Ne parvenant pas à intégrer le box office dès la première semaine, Un français de Diastème sera presque sorti des salles aussi vite qu'il est sorti en salles. Au point d'ailleurs qu'il a même eu du mal à y entrer. La faute à d'affreux skinheads et autres fachos qui menaçaient d'attaquer les salles de projection !?! On ne prête qu'aux riches après tout ! Bien évidemment encensé par toute l'intelligentsia, tant il est vrai que la moindre production artistique ayant la prétention de faire œuvre d'antiracisme est forcément un chef-d'œuvre, les chansons "Tout le monde il est beau" de Zazie et "La bête est revenue" de Pierre Perret sont là pour nous le rappeler, le riche battage médiatique n'aura pas suffi à faire se déplacer les foules. Nul doute que Diastème parviendra à en rejeter la faute sur un climat qui fait penser aux-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, sans jamais se demander si son film n'est pas tout simplement mauvais. De très loin, c'est finalement Serge Ayoub qui aura signé la meilleure critique du film*, tout en nuances. Certains esprits malveillants affirmeront de la manière la plus péremptoire que nous ne pouvons supporter le cinéma antifasciste. Nous objecterons simplement que le traitement d'un tel sujet, beaucoup plus complexe qu'il n'y parait, requiert un minimum de talent et de réalisme non fantasmé.

 

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AMERICAN HISTORY X

Film américain de Tony Kaye (1998)

Derek Vinyard n'est qu'un enfant lorsque son pompier de père est abattu par un dealer noir alors qu'il tentait d'éteindre un incendie dans un ghetto noir de Los Angeles. Devenu skinhead, Derek se rapproche bientôt d'un groupe néo-nazi de sa localité de Venice Beach en Californie. Les Disciples of Christ sont dirigés par le charismatique Cameron. Une nuit, Derek surprend deux jeunes noirs s'affairant à voler la voiture de son père. Il fait feu et abat les deux délinquants sous les yeux de son jeune frère. Derek est condamné à trois années fermes d'emprisonnement. A son tour, son jeune frère Daniel fréquente la communauté suprématiste...

L'histoire du skinhead repenti semble devoir constituer la trame préférée de réalisateurs en panne d'imagination. Si Edward Norton et Edward Furlong sauvent le film d'un naufrage complet, on s'ennuie rapidement devant la simplicité médiocre de l'intrigue et un manichéisme fort qui condamnent l'œuvre. On comprend volontiers la volonté de Kaye de réaliser un film à charge mais à vouloir aller trop loin dans le stéréotype, on passe forcément à côté du but recherché ; Kaye souhaitant même que son nom n'apparaisse pas au générique. On se demande même comment le réalisateur a pu tourner une fin aussi ambigüe. Bref, à l'exception de quelques scènes assez bien menées, c'est pas folichon...

 

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GUERRIERE

Titre original : Kriegerin

Film allemand de David Wnendt (2011)

Marisa a 20 ans et grandit dans une petite ville désœuvrée de l'ex-Allemagne de l'Est des bords de la mer Baltique. Comme beaucoup de jeunes, elle fait partie d'une bande de skinheads. Marisa exècre les étrangers de couleur, les juifs et les flics jugés responsable du déclin de la de la grandeur nation allemande qu'incarnait son grand-père, ancien soldat de la Wehrmacht. Ecorchée vive, la violence, les gardes à vue et l'alcool font partie du quotidien de la jeune femme employée comme caissière dans un supermarché. La rumeur se répand bientôt comme une trainée de poudre de l'arrivée en ville d'un adolescent réfugié afghan. Tandis qu'elle le croise en voiture, la skingirl le renverse volontairement...

De la repentance, acte 2 ! Si l'outrance des skinheads américains d'American History X peut, à l'extrême limite, apparaître un minimum crédible, avec Guerrière, on sombre dans le plus risible folklore pour qui s'intéresse un tant soit peu à la mouvance. Un skin qui ferait le dixième de ce que nos héros s'autorisent quotidiennement dans le film irait assurément en prison pour plusieurs années ! On devine que tous les skinheads allemands n'ont pas la finesse de Goethe mais, là encore, à vouloir trop stéréotyper, on sombre dans le grotesque. Que l'on fasse un film pour dénoncer la xénophobie des skinheads, soit ! Mais qu'on le fasse bien ! C'est dégoulinant de pathos. Le seul intérêt du film est d'analyser l'histoire sous l'angle d'une jeune femme immergée dans un monde majoritairement masculin. A part ça... Si ! Les plages sont jolies...

 

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MADE IN BRITAIN

Film anglais d'Alan Clarke (1982)

Trevor est un jeune skinhead anglais de seize ans. Une croix gammée tatouée entre les deux yeux, Trevor crache sa haine à la figure de la bien-pensance britannique et partage son temps entre le bureau d'aide sociale à l'emploi et le hangar qui lui tient lieu de royaume. Condamné à six semaines de placement dans un centre social pour avoir commis un vol avec dégradations d'habitation sur fond de violence raciale, le jeune homme est suivi par Harry Parker qui ne ménage pas ses efforts pour remettre le skinhead dans ce qu'il estime être le droit chemin. Mais Trevor est retors à toute autorité...

Premier film à donner le premier rôle à un skin, Made in Britain est un petit bijou. Oui Trevor est brutal et raciste mais Alan Clarke donne une formidable liberté de ton à son métrage. Car Trevor est également ce jeune prolétaire otage d'une société qui rejette son ascendance sociale. Sans concession, Trevor refuse au bourgeois son abdication. Trevor se délecte d'emmerder le monde entier. Enfin un peu de profondeur en opposition avec l'insupportable niaiserie des autres réalisations. Et il est finalement difficile de ne pas s'identifier à ce jeune en opposition violente à la société ultra-libérale. Première apparition à l'écran de Tim Roth qui campe son rôle à la perfection. On n'a peut être pas fait mieux depuis sur les skinheads.

 

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OPHILIA

Film malaisien de Raja Mukhriz Raja Ahmed Kamaruddin (2014)

En Malaisie, Uji, Ozzi Gandum et Totoi sont d'indécrottables amis depuis l'école. Issus de la classe ouvrière, tous les trois se reconnaissent dans la même culture skinhead. Par hasard, les trois amis font la connaissance d'Ophilia, négociatrice de la plus importante triade de Kuala Lumpur. La présence de la mystérieuse jolie jeune femme ne tarde pas à créer des tensions entre les trois skinheads. La situation dégénère bientôt au point qu'Ophilia est accidentellement tuée. Tout s'envenime lorsque la triade exige le paiement d'une lourde compensation financière pour expier le décès de la jeune femme qui a largement perturbé les activités économiques de l'organisation criminelle dans la capitale. La chasse au skin s'organise...

Preuve s'il en est que la culture skinhead est un excellent produit d'exportation, l'Asie connaît depuis quelques années une forte explosion du mouvement, et même dans les pays les plus inattendus tels le Népal ou la Chine. Ophilia est le premier film asiatique autocentré sur les skinheads. Et si l'œuvre est fortement ancrée dans le cinéma d'action asiatique, c'est une remarquable réussite ! Les différentes facettes de la culture skinhead sont parfaitement représentées : bomber, Doc Martens et musique Oï ! Tout y est ! Ophilia apporte également un arrière-plan métaphysique très réussi sur l'amitié et le sens de l'existence. Est-il utile de préciser que le film est inédit en France ?

 

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ROMPER STOMPER

Film australien de Geoffrey Wright (1992)

A Melbourne, Hando et Davey appartiennent à une bande de skinheads néo-nazis. Ils passent leurs journées à se battre contre les immigrés asiatiques qui prolifèrent dans la métropole australienne et qu'ils estiment constituer une menace pour l'intégrité du pays. Gabe, une jeune femme épileptique, rejoint bientôt la bande. La violence entre autochtones et immigrés redouble toujours plus d'intensité. Attablés dans le bar qu'ils ont l'habitude de fréquenter, les skinheads voient débarquer des vietnamiens bientôt rossés avant que la situation ne tourne à leur avantage. Le bar détruit par l'incendie oblige les skins à chercher refuge dans une zone plus reculée. Les tensions entre skinheads croissent tandis que Gabe et Davey se rapprochent. Ce qui n'est pas du tout du goût de Hando...

Les romper stomper sont des petits éléments de plastique placés sous les semelles des chaussures pour imiter la sonorité des claquettes. Les skinheads australiens reprirent cet accessoire dont le bruit imite également le claquement de bottes sur le bitume. Que dire du film ?... Encore une fois, un minimum de documentation sur la culture bonehead ne nuirait pas. L'intention est louable mais les puristes s'étrangleront à la vue du look de nos héros. Et par décence, nous n'évoquerons pas les tatouages.... Si abstraction est faite du décorum nazi, on se demande parfois s'il s'agit bien du mouvement skinhead que le réalisateur a voulu dépeindre et non un simple gang de ghetto. D'aucuns se délecteront des nombreuses scènes de bagarre, bien qu'elles puissent paraître trop nombreuses. La profondeur psychologique des personnages est tout simplement absente. Cinquième film de Russel Crowe alors totalement inconnu du public occidental.

 

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SKIN GANG

Film américain de Wings Hauser (1994)

A Los Angeles, deux skinheads croisent la route de Marjoe, un jeune homosexuel de quinze ans qui vient de louper le dernier autobus. Emmené de force dans le repaire de la bande, Marjoe est passé à tabac, subit nombre de sévices sexuels et est abandonné totalement nu sur un trottoir. Sa mère ne peut se résigner à laisser la bastonnade impunie. Elle reprend contact avec son ancien policier de mari, totalement dépendant à l'alcool et résidant désormais au Mexique. Pourtant homophobe, Joe se résout à organiser l'implacable vengeance. Noirs, blancs, juifs, tous unis, sont déterminés à venger l'adolescent...

Le film ferait passer Joséphine, ange gardien pour un chef-d'œuvre pasolinien. Certes, il est de bon ton, au sein du microcosme du 7ème art, de ne pas porter les skinheads en très haute estime. Mais quel est l'intérêt de réaliser des films aussi vulgaires et racoleurs sur une culture sur laquelle on ne prend même pas la peine de se renseigner quelque peu ? Et dans le cas présent, c'est un euphémisme... A quelques exceptions près dans le cinéma britannique, les skinheads remplissent la fonction d'alibi nourrissant les fantasmes sadiques de réalisateurs médiocres. C'est tellement mauvais que même un antifa trouverait le ficelles un peu grosses.

 

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THIS IS ENGLAND

Film anglais de Shane Meadows (2006)

L'Angleterre en juillet 1983, Shaun n'a que douze ans et partage une existence modeste avec sa mère dans une ville côtière du Nord, après que son père ait été tué lors de la guerre des Malouines. Pris en grippe par ses camarades de classe, les vacances estivales lui offrent quelque répit. L'ennui le guette lorsqu'il croise Milky, Gadget, Pukey, Kez et Woody, tous skinheads apolitiques. Au sein de la communauté, Shaun s'émancipe et découvre l'amitié, la fête, le reggae et les premiers émois amoureux. Tout naturellement, Shaun devient un membre à part entière de la bande. Mais l'entente cordiale est bientôt mise à mal lorsque Combo termine de purger sa peine de prison. Revenu à la vie civile, Combo ne masque pas son virage entrepris en direction du National Front. Plus charismatique et dur que les autres skins, Combo contraint Shaun de montrer qu'il est digne d'appartenir à la bande en réussissant un rite de passage. Et Shaun ne veut pas décevoir Combo en qui il retrouve une figure paternelle...

Une vraie réussite ! L'intérêt majeur de cette réalisation est bien évidemment de remonter aux sources de la culture skinhead identifiée au Spirit of 69'. Et qui mieux que Meadows, lui-même ancien skin, pour y parvenir ? En plus d'une excellente description de la culture skinhead, éloignée de tout fanatisme et sensationnalisme, Meadows parvient en plus à relater remarquablement l'arrière-plan social d'une Angleterre thatchérienne qui s'abandonne définitivement au libéralisme ; laissant de côté nombre de jeunes de la working class avides de révolte et d'un patriotisme qui mue progressivement en nationalisme radical . Le jeune Thomas Turgoose est tout simplement hallucinant de justesse !

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* http://solidarisme.fr/17202-un-francais-pas-si-mauvais-par-serge-ayoub/

Deux des films de cette sélection, Guerrière et Romper Stomper, avaient déjà été chroniqués dans nos pages. Voir ici et .

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

20/06/2015

7 films à voir ou à revoir sur Rome

N'en déplaise aux plus fervents Gavroches et autres Apaches, apôtres d'une légitime mauvaise foi cocardière, il se pourrait bien que Paris ne soit pas la plus belle ville du monde. Quelle autre cité aurait-elle l'outrecuidance de pouvoir se targuer de ce titre prestigieux ? Rome, la ville aux sept Collines, possède bien des atouts pour jouer la vedette. Le romantisme des ruines de la Rome Antique, la magnificence de la Rome baroque, l'austérité fasciste du quartier de l'Exposition Universelle, ce ne sont pas moins de 28 siècles d'histoire qui ont façonné une cité devenue musée à ciel ouvert qui ne s'est jamais résignée à se discipliner. Car la Rome révolutionnaire et alternative anime toujours la ville de son souffle. Et il y en a pour tous les goûts entre le quartier gauchiste de la Garbatella et le quartier de l'Esquilino, au centre de laquelle se dresse fièrement le célèbre immeuble de CasaPound. Le cinéma a évidemment fait la part belle à la Ville Eternelle, appuyée en cela par l'une des meilleures productions cinématographiques au monde ; les studios de la Cinecittà rivalisant allégrement avec ceux de Babelsberg et Hollywood. Rome et la société romaine mériteraient bien plus de sept films pour être honorées comme il se doit. Mais il en faut normalement moins pour ressentir une irrépressible envie de sauter dans le premier avion.

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AFFREUX, SALES ET MECHANTS

Titre original : Brutti, sporchi, cattivi

Film italien d'Ettore Scola (1976)

Rome au début des années 1970. Une vue splendide sur la cathédrale Saint-Pierre... vue depuis un bidonville. Giacinto Mazzatella règne en tyran sur ce cloaque entouré des vingt membres de sa famille dans une cabane en bois qui tient lieu de château. Un château contenant un million de lires perçues comme indemnité après avoir accidentellement perdu un œil. Fusil en main, Giacinto veille sur son pactole comme sur la prunelle de son œil car d'aucuns se verraient bien les heureux propriétaires du trésor. Dans ce bouge, la promiscuité favorise aussi bien les rixes que les bruyants débordements hormonaux et déviances en tous genres. Aussi, Giacinto ramène-t-il dans le bidonville une prostituée obèse et hideuse dont il décrète qu'elle ne quittera plus le lit conjugal. L'épouse déchue par la catin entreprend de réunir le clan autour d'une appétissante découpe d'abats de bœuf et décide de la mort salvatrice du patriarche. Une mort d'autant plus souhaitable que Giacinto dilapide désormais sans compter le magot...

Evidemment, pour vanter les charmes de la capitale italienne, on a fait mieux. Mais quelle formidable satire ! Tourné dans le quartier de Monte Ciocci, l'un des anciens quartiers les plus mal famés de Rome, la réalisation décrit de manière splendide les affres d'un quart-monde romain déshumanisé, bestial et amoral. Il n'y aucun romantisme de la pauvreté dans cette œuvre de laquelle est absente toute solidarité clanique et sociale. Un film remarquable et sordidement drôle en rupture totale avec le cinéma néo-réaliste contemporain de cette décennie. A voir absolument !

 

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LES AMANTS DE LA VILLA BORGHESE

Titre original : Villa Borghese

Film italien de Gianni Franciolini (1953)

Situés au cœur de Rome, les jardins verdoyants et ombragés du parc de la Villa Borghese abritent chaque jour une multitude d'histoires détenues par les âmes de ses promeneurs. Amoureux, sportifs et enfants se côtoient dans cette douce oasis de verdure avant de céder leur place la nuit venue à une faune en quête de plaisir tarifé. L'une de ces journées qui ressemble à toutes les autres, un couple d'anciens amoureux se promène dans le parc, bien résolu à rompre définitivement. Or, y a-t-il lieu moins propice à la rupture que les jardins de la Villa Borghese ? Le charme romantique du lieu pourrait bien contrecarrer leurs velléités de déchirement...

En sept histoires sous forme de sketchs, la description d'une journée dans les jardins de la Villa avec une multitude de personnages dont aucun ne tient véritablement le premier rôle. Car la vedette, c'est bien la Villa Borghese dont les arbres et les fontaines autorisent toutes les histoires simples de la vie. L'un des films les moins connus de la carrière de Gérard Philippe au point qu'il ne connut aucune sortie en salles en France.

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LA DOLCE VITA

Film italien de Federico Fellini (1960)

Marcello Rubini a quitté sa province pour gagner Rome avec l'espoir de devenir écrivain. En fait d'écriture, Marcello croupit comme chroniqueur mondain dans un journal à sensations. Afin d'alimenter son papier, Marcello entreprend chaque soir la tournée des lieux les plus fréquentés par l'aristocratie romaine et les gens du cinéma afin de se mettre quelque indiscrétion sous la dent. Bientôt las de la jalousie maladive de sa maîtresse Emma, Marcello passe la nuit avec Maddalena, riche héritière désœuvrée. De retour chez lui, il découvre que son épouse a attenté à ses jours et ne parvient pas à masquer son indifférence. Le lendemain, le paparazzo attend à l'aéroport la venue à Rome de l'égérie hollywoodienne, Sylvia Rank. Il ne sait pas que cette arrivée va bouleverser sa vie...

Loin de tout hédonisme, la douceur de vivre vue par le génialissime Fellini tranche avec la morosité et le désabusement d'une jet-set morose, décadente et prisonnière de plaisirs pauvres. Le film, chapitré en plusieurs épisodes faussement distincts les uns des autres, décrit à merveille une certaine névrose romaine, cité empreinte de catholicisme qui se love dans la luxure. La Dolce Vita est la réalisation qui fait accéder Fellini à la maturité de son art. A voir absolument ne serait-ce que pour admirer la délicieuse et lascive Anita Ekberg se baignant dans la Fontaine de Trevi. La scène fit scandale au point que le quotidien du Vatican menaça les spectateurs d'excommunication. En matière de provocation cinématographique, les temps ont bien évidemment changé.

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FELLINI ROMA

Titre original : Roma

Film italo-français de Federico Fellini (1971)

Fraichement débarqué à la gare de Termini depuis sa province, un jeune homme découvre Rome et son histoire. Ce jeune provincial est Fellini lui-même qui décrit la capitale dans une anarchique succession de récits de la Rome des années trente à la Rome contemporaine des hippies en passant par une joyeuse découvertes des maisons de tolérance à l'époque fasciste. Rome, mère nourricière à l'image de la louve. Rome, la cité aux sept Collines dont les courbes sexualisent la cité tel le corps d'une femme. Une femme splendide dont Fellini demeure l'un de ses amants les plus sincères et ardents...

Difficile d'extirper un résumé de cette œuvre fictionnelle baroque qui constitue également un documentaire autobiographique. Comme dans La Dolce Vita, Roma s'inscrit dans une certaine tradition cinématographique italienne de par son découpage déstructuré parvenant miraculeusement à une remarquable harmonie finale. Un film-jalon dans la filmographie du réalisateur qui, avec une parfaite maîtrise, passe sans transition, sans début ni fin, de la satire au lyrisme, de l'insolite à la nostalgie. A voir absolument !

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MAMMA ROMA

Film italien de Pier Paolo Pasolini (1962)

Mamma Roma, prostituée quadragénaire, est affranchie de son souteneur Carmine lorsqu'il se marie. Aspirant à un nouveau départ empreint de respectabilité, elle décide de refaire sa vie et asseoir de nouveau son autorité sur Ettore, son fils de seize ans qui a grandi dans un pensionnat de la campagne romaine et dont elle ignore tout. Ensemble, ils emménagent dans un appartement du quartier Don Bosco. Les souvenirs d'une vie blessée s'estompent progressivement et Mamma Roma est tout heureuse de regarder son fils grandir tandis qu'elle trouve un travail de maraîchère sur un petit marché. Jusqu'au jour où Ettore apprend le passé de sa mère... Aussi, se rapproche-t-il bientôt d'un petit groupe d'adolescents désœuvrés qui traînent leur ennui dans un terrain vague proche...

Second film du génialissime Pasolini qui s'inscrit dans la plus pure tradition du néo-réalisme italien. Toute l'essence du cinéma pasolinien est déjà inscrit dans sur ce second métrage. Pessimisme et noirceur totale face à une irrémédiable aliénation de l'individu empêchant toute ascension sociale. La longueur de certains plans fixes durant lesquels il ne se passe rien peut parfois nuire à l'ensemble pour qui est insensible à tout cinéma contemplatif. Anna Magnani est, en outre, extraordinaire de truculence, d'autant plus lorsque l'on sait la grande part laissée à l'improvisation par Pasolini, grand cinéaste en devenir.

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VACANCES ROMAINES

Titre original : Roman Holiday

Film américain de William Wyler (1953)

Agée de dix-neuf ans, Ann est une jeune princesse d'un pays imaginaire qui enchaîne les visites des plus prestigieuses capitales européennes. C'est à Rome qu'elle décide de s'extirper de la lourdeur protocolaire et de fuguer du palais. Auparavant droguée aux sédatifs par son médecin, elle s'endort bientôt sur un banc à proximité du Colisée. Joe Bradley, séduisant correspondant d'un journal américain, ne manque pas de remarquer la belle au banc dormant. Après l'avoir installée dans sa maison, il ne tarde pas à découvrir la qualité princière de la jeune femme qu'il devait, par le plus grand des hasards, interviewer le jour même. Se souciant peu de l'affolement provoqué par sa disparition, Ann, éprise de liberté, visite la capitale romaine fièrement juchée sur la Vespa de Joe. Cupidon semble devoir les accompagner dans leur escapade...

Pour qui n'a jamais vu Rome, la vision de cette réalisation vaut tous les guides touristiques ! Vacances Romaines est une curieuse et romantique anomalie dans la filmographie de Wyler, cinéaste professionnel du pathos sociétal. Prenant le contre-pied de ses précédents films, Wyler livre ici un touchant conte de fées, épuré de toute niaiserie, sur une jeune princesse désireuse de transgresser les lourdes conventions aristocratiques. Audrey Hepburn et Gregory Peck sont tout simplement aussi éblouissants qu'étourdissants. Enfin, c'est évidemment anecdotique mais la première séquence du film illustrant les Bersaglieri vaut le coup d'œil à elle seule.

 

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VENDETTA ROMANA

Titre original : Cemento armato

Film italien de Marco Martani (2007)

Diego est un petit caïd adulé par toute la petite bande qui gravite autour de lui. Préférant le menu larcin au travail et insensible au danger, Diego entend courir tous les risques nécessaires à l'alimentation de sa petite légende. Coincé dans un embouteillage, le bouillant Diego se fraye un chemin à coups de rétroviseurs cassés. Mal lui en prend de briser celui d'un parrain de quartier qui lance ses hommes à sa recherche. A la place de Diego, c'est sa petite amie Asia, au charmant décolleté, que le parrain rencontre par hasard. Il la viole. Provoquant la fureur de Diego, le jeune voyou entreprend de défier le parrain...

Si le présent film est certes en dessous d'un Romanzo Criminale, ce polar à l'italienne sorti en France dans la plus totale indifférence aurait pourtant mérité une promotion accrue. Certes, l'intrigue manque cruellement de profondeur et se résume parfois à une rapide succession de coups mutuellement portés à l'adversaire. Mais enfin, on aura vu largement pire dans ce genre cinématographique trop largement kidnappé par les productions américaines. Le film contient ainsi quelques fort plaisantes scènes. Première prestation convaincante à l'écran de la petite frappe Nicolas Vaporidis.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source