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26/12/2015

7 films à voir ou à revoir sur la Foi catholique

"Votre saison est en croix, si je puis dire". Se rêvant très certainement en humoriste noir, à défaut d'être Président de la République, voilà ce que déclare François Hollande, en juin 2013, aux habitants de Lourdes qui ont les pieds dans l'eau peu avant le début de la saison touristique. Allez, blague un peu lourde ou Lourdes, c'est selon, dirons-nous... Lourde, de mauvais goût mais assez révélatrice d'un certain esprit. Des Pères Noël et des Saint Nicolas bannis au nom de la laïcité, des crèches interdites de construction pour ne pas choquer, des pendentifs figurant une croix catholique priés de demeurer cachés sous les vêtements, les signes ostentatoires de christianophobie s'affranchissent chaque jour de l'antichambre laïcarde. Politique, médias, finance, justice, des apôtres du Grand remplacement, il s'en trouve aisément parmi les élites prêtes à collaborer. Il s'en trouve d'ailleurs même au sein de l'Eglise : le clergé de Notre-Dame de Paris qui renonce à dresser le sapin de Noël, mais encore la Conférence des évêques si prompte à dénoncer tout graffiti islamophobe sur une mosquée, geste certes imbécile s'il en est, et si silencieuse à la découverte quasi-quotidienne de diverses profanations antichrétiennes. Un peu de peur, beaucoup de bêtise et d'asservissement. L'armée n'est plus la seule Grande muette ! Le problème, c'est que l'Eglise, on ne lui avait rien demandé... Finalement, l'Eglise, elle aussi, a accepté sa mort par substitution, le clergé se révélant de plus en plus coupé des préoccupations de ses ouailles. Au geste kamikaze d'un islamiste qui se fait sauter au Bataclan, s'oppose la passivité du catholique qui a accepté qu'on vienne lui donner la mort après avoir tendu la joue gauche au bourreau qu'il a lui-même invité à commettre son forfait. Curieux masochisme... Face à la trahison des clercs, c'est aux fidèles que revient le devoir de s'affirmer en tant que catholiques. L'avenir de la Chrétienté ne doit pas seulement résider dans sa volonté de désigner l'ennemi, pour reprendre une conception schmittienne. Il s'agit surtout de réaffirmer sa propre identité innée et positive, de manière radicale peut-être, extrémiste jamais. Laissons cela aux ennemis de la Foi et de l'intelligence. Car il n'y a pas de gloire à tuer au nom de Dieu, mais bien une immense à mourir pour Lui. Etre un martyr au sens étymologique du terme signifie porter témoignage de sa foi. Porter témoignage de sa foi..., c'est ce qu'il nous sera permis de découvrir dans chacun de ces sept films traitant de la croyance sous différents aspects, parfois à la limite de l'anticléricalisme, mais présentant une manière propre d'être chrétien.

 

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L'APÔTRE

Film français de Cheyenne Carron (2014)

La sœur d'un prêtre catholique est assassinée par un voisin. Malgré la douleur, le prêtre continue de vivre et exercer son ministère auprès de la famille de l'assassin, comprenant que cela les aide eux-aussi à surmonter le drame. Rien qui ne concerne Akim, jeune musulman destiné à épouser la vocation d'imam en compagnie de son frère Youssef, au caractère plus ombrageux. La pratique religieuse d'un islam modéré tient une place importante pour Akim et sa famille. Pourtant, interpellé par la force charitable du prêtre, Akim est bientôt touché par l'amour du Christ et s'engage dans le chemin de la conversion au catholicisme. Akim annonce à l'ensemble de la famille sa volonté de se faire baptiser. Youssef, ses proches et l'ensemble de la communauté musulmane s'opposent à la décision d'Akim l'apostat...

Voilà un film qui n'est pas passé inaperçu et que, paradoxalement, presque personne n'a vu lors de sa sortie en salles. Et pour cause ! Dans le contexte des attentats de Charlie Hebdo, la couardise de la Sécurité intérieure imposa la déprogrammation de celui-ci de plusieurs salles. Aussi trouillards, nombre d'exploitants de salles préférèrent tout simplement boycotter le film. Un film que d'aucuns auraient d'ailleurs préféré qu'il ne voit jamais le jour. Surtout le Centre National du Cinéma qui refusa tout simplement de participer au financement de l'œuvre ! La conversion à l'Islam de Français autochtones est perçue comme un formidable phénomène d'intégration, mais l'inverse, pensez donc ? Il ne fut pas difficile de trouver des charrettes de vierges effarouchées athées et bien-pensantes pour voir la patte du racisme le plus islamophobe et analyser le film comme une opposition entre l'intolérance musulmane et la sagesse chrétienne. Le grand effet pervers de toute cette polémique, c'est que finalement, la parfaite maîtrise de cette œuvre bouleversante n'est jamais évoquée. Les écueils sont nombreux lorsqu'on filme un sujet tabou. C'est toute la force de Carron de tenir un propos mesuré et nuancé, mais déterminé, sur l'identité des religions catholique et musulmane. Les dialogues qui offrent une large part à l'improvisation renforcent la qualité du scénario. Comme l'indique la cinéaste dans l'interview qu'elle accorde au Cercle Non Conforme, le début du film fait clairement référence à l'assassinat, par strangulation, de la sœur du prêtre par un voisin musulman d'origine marocaine. La réalisatrice, alors âgée de 19 ans, résidait dans ce même village... Film à voir obligatoirement !

 

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BONTE DIVINE

Titre original : Svećenikova djeca

Film croate de Vinko Brešan (2013)

Don Fabijan est un jeune prêtre fraichement débarqué sur une petite île dalmatienne pour exercer son ministère dans la paroisse insulaire. Si les enterrements se succèdent, le jeune prêtre est très rapidement intrigué par le catastrophique taux de natalité au sein de sa communauté de paroissiens. L'île meurt. L'explication vient peut être du fort nombre de préservatifs vendus par Petar, le tenancier du kiosque local. Très pieux, Petar accepte la proposition peu commune du prêtre. Les deux hommes se mettent bientôt à percer finement tous les préservatifs vendus par le kiosquier. Le pharmacien s'associe à l'initiative en remplaçant les pilules contraceptives par des vitamines. Bien évidemment, les naissances inattendues, et parfois illégitimes, abondent rapidement. La télévision s'intéresse immédiatement à la vigueur procréatrice des îliens. Croyant à un miracle et venant du monde entier, une foule inattendue de couples ne parvenant pas à enfanter débarque sur l'île...

Cinquième long-métrage du réalisateur, Brešan livre une curieuse comédie satirique sur ce père qui n'est pas avare de méthodes originales et radicales pour faire appliquer les préceptes du Vatican en matière de contraception. Qu'on ne s'y trompe pas ! Les ambitions de Brešan ne sont nullement spirituelles. Bien au contraire... Le film entend bien dénoncer le pouvoir de l'Eglise catholique de Croatie sur une population fortement teintée de sentiments xénophobes, de même que le scandale de la pédophilie au sein de l'institution. Projeté en festival dès 2013, le film ne sortit en salles en France que deux années plus tard et bénéficia du parrainage bien peu inspiré de Charlie Hebdo quelques jours avant les attentats. Un film anticlérical donc ? Le film comporte tant de faiblesses et tombe si facilement dans la caricature qu'il manque son but. Et on ne peut finalement que se prendre de sympathie pour ce jeune prêtre naïf et soucieux de relancer la natalité de son île moribonde.

 

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CRISTEROS, UN COMBAT POUR LA LIBERTE

Titre original : For greater glory : the true story of Cristiada

Film mexicain de Dean Wright (2012)

1926, le peuple mexicain se soulève après la promulgation des lois anticléricales du président Plutarco Elias Callès qui interdisent la pratique de toutes les religions dans le pays. Des prêtres étrangers sont expulsés tandis que les réfractaires sont assassinés. Les Cristeros, soldats du Christ, vont bientôt rassembler des hommes et des femmes, de toutes conditions, soucieux de lutter, armes à la main, contre les mesures de persécution du gouvernement et pour leur foi catholique. A leur tête, le général Enrique Gorostieta Velarde qui commande ses combattants de la foi. Âgé de treize ans, José Sanchez del Rio est l'un des jeunes héros de cette troupe qui, pendant trois années, va mener la révolte contre les Fédéraux du sinistre Callès... Vive le Christ Roi !

Sorti en 2012 au Mexique, le film aura mis deux années à traverser l'Atlantique et à créer la polémique, quelques mois avant L'Apôtre, au simple motif qu'il s'agit d'un film ne cachant nullement sa volonté de rendre hommage aux soldats du Christ. Cela fut suffisant pour provoquer des cris d'orfraie parmi nombre de critiques cinéma. Œuvre de propagande ratée, manichéenne, banale, révisionniste..., les qualificatifs ne manquent pas ; la palme revenant à l'amalgame entre film chrétien et crétin. Pourquoi pas après tout ! Et si Cristeros était un mauvais film ? S'il est vrai qu'il contient quelques longueurs et faiblesses dans la réalisation, Cristeros s'avère être une excellente et spectaculaire réalisation qui en fait même parfois un western trop hollywoodien ! Et le film est beaucoup plus mesuré qu'indiqué par l'intelligentsia de la critique. Wright n'omet nullement de dénoncer l'attitude ambigüe des autorités vaticanes, en même temps que l'odieux crime commis par les Cristeros qui incendièrent un train rempli de ses occupants. Et Callès est justement campé dans son personnage de président patriote de gauche sincère mais aveuglé par sa haine des religions. L'unanimité de la critique est suspecte et révélatrice d'une christianophobie rampante en France. Cristeros n'a pas à être un bon ou un mauvais film parce qu'il est catholique. Il est un bon film parce qu'il est un bon film. C'est parfois aussi simple que cela ! Peter O'Toole, enfin, est éclatant dans ce qui est son dernier rôle.

 

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DES HOMMES ET DES DIEUX

Film français de Xavier Beauvois (2010)

Le petit village isolé de Tibhirine, Algérie, dans les années 1990. Au milieu des montagnes de l'Atlas, une petite communauté de moines cisterciens est installée dans le monastère. Chaque jour, les huit moines mènent une vie simple et austère, rythmée par la prière et le travail de la terre. Loin de tout repli sur elle-même, la communauté cistercienne accorde toute son aide aux villageois arabes les plus démunis, en même temps qu'elle prodigue des soins aux malades. Si l'harmonie est parfaite avec les voisins, la situation se dégrade brusquement. La violence islamiste gagne progressivement les alentours. De nombreux civils sont assassinés par les intégristes. Des travailleurs croates sont bientôt retrouvés égorgés non loin du prieuré. L'armée algérienne propose à la communauté religieuse sa protection, ce que cette dernière décline. Assaillis par le doute, se pose, pour les moines, la question de partir et abandonner les villageois ou rester et risquer sa vie...

Librement inspirée de l'assassinat des moines cisterciens de Tibhirine, Beauvois livre une œuvre d'une terrifiante beauté austère et retrace la vie quotidienne de la communauté de 1993 jusqu'à leur enlèvement trois années plus tard par le Groupe Islamique Armé. Seules les têtes décapitées de sept moines seront retrouvées un mois plus tard. Nulle trace des corps. On ne peut rester qu'ébahi devant la dignité de ces hommes de foi malgré le drame sacrificiel qui se rapproche inéluctablement. Beauvois retrace avec une force inouïe les doutes et les peurs qui ne manquèrent pas de harceler ces hommes. La scène du repas lors de laquelle les moines s'autorisent un verre d'alcool est d'une force indicible. Afin d'éviter toute vaine polémique et faire se concentrer le regard du spectateur sur la foi qui portait la communauté, le réalisateur se garde bien de filmer l'assassinat des moines. En effet, il se pourrait que l'armée algérienne n'ait pas les fesses propres... Presque vingt années plus tard, les familles des martyrs ne connaissent toujours pas l'identité des assassins, ni ce que sont devenus les corps. Et Jacques Chirac s'est montré bien timide lorsqu'il s'est agi de demander des comptes. Ce film est un chef-d'œuvre !

 

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LEON MORIN, PRÊTRE

Film français de Jean-Pierre Melville (1961)

Une petite ville des Alpes sous l'Occupation. Barny, la veuve d'un soldat juif et communiste, tué en 1940, s'est réfugiée avec sa fille France dans la cité. Athée et ancienne militante marxiste, elle entreprend de pénétrer dans un confessionnal et défier l'abbé Morin sur le terrain de la foi en proclamant l'absurdité de la religion. Mais c'est elle qui est rapidement décontenancée par l'intelligence du prêtre, au point que la jeune femme songe à embrasser la religion catholique. A plus forte raison lorsqu'elle découvre que le prêtre progressiste permet à des juifs de se cacher et critique ouvertement l'embourgeoisement de sa hiérarchie. Mais cette soudaine volonté de conversion est peut être motivée par de mauvaises raisons. Barny est une jeune femme passionnée. Aussi, une amie de la veuve ouvre-t-elle ses yeux. Elle est amoureuse de l'abbé...

Adapté du roman éponyme de Béatrix Beck, l'athée Melville réalise un film émouvant et sobre sur les thèmes de la fascination et de la tentation. Certainement, l'ambition du réalisateur n'est-elle pas de réaliser une œuvre sur la foi, reléguée progressivement au second plan au profit du jeu de séduction auquel l'abbé refuse de succomber, n'appartenant qu'à Dieu, au grand dam de la prétendante. Parfois trop bavard et monotone, les joutes idéologiques ne manquent néanmoins pas de jeter le trouble sur le spectateur. Un film didactique et dialectique, ça n'est pas si courant ! Emmanuelle Riva est très convaincante et que dire de Jean-Paul Belmondo dans ce rôle, ô combien, inattendu. Ajoutons enfin la vision très nuancée d'une société française sous occupation italienne puis allemande.

 

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MARCELIN, PAIN ET VIN

Titre original : Marcelino, pan y vino

Film espagnol de Ladislao Vajda (1955)

En Espagne, après le départ des troupes napoléoniennes. Un bébé est déposé devant la porte d'une abbaye détruite par les combats et dont les moines font leur couvent. L'enfant est recueilli temporairement par les frères, chargés par le supérieur, de trouver une famille d'adoption. Mais nombre de familles refusent et celles qui acceptent ne plaisent pas aux moines. Marcelin grandira donc à l'abbaye et fait la joie de sa communauté d'adoption, même s'il se sent parfois bien seul dans cet environnement exclusivement masculin. Avec son ami imaginaire Manuel, le malicieux Marcelin brave l'interdiction faite de monter au grenier et découvre un grand Christ en croix qui l'effraie beaucoup et qu'il prend bientôt en pitié. Le Christ semble souffrir. Décidé à en faire son ami, Marcelin monte chaque jour au grenier nourrir le crucifié en croix de pain et de vin. Le miracle se produit lorsque le Christ lui accorde la réalisation d'un souhait...

Hongrois de naissance émigré en Espagne, Vajda livre ici une réalisation forte sur la religion bien que Marcelin ne soit pas qu'une œuvre mystique. Marcelin n'est pas un faiseur de miracles, il est le miracle accordé par le Christ. La scène est d'ailleurs magnifiée par la sobriété du réalisateur et ne peut laisser insensible le spectateur. Le petit Pablito Calvo qui interprète le rôle principal offre un jeu merveilleux et fin de tendresse, d'humour et de malice. Film archétypal de la production cinématographique franquiste qui exaltait les notions de la famille, de la Nation et de la religion. Une œuvre poétique et humaniste à redécouvrir !

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MISSION

Titre original : The Mission

Film américain de Roland Joffé (1986)

En 1750 en Amérique du Sud. Le cardinal Altamirano, visiteur apostolique des missions jésuites, écrit son rapport à Sa Sainteté et décrit l'action évangélisatrice menée par le Père Gabriel dans la forêt tropicale auprès des Amérindiens Guaranis. La musique, par la création d'écoles musicales, joue un rôle primordial dans la conversion des indigènes. Accompagné par Mendoza, ancien meurtrier et trafiquant d'esclaves repenti cherchant la Rédemption, Altamirano visite plusieurs missions. Mais ce dernier est, en réalité, porteur de mauvaises nouvelles. Il est ordonné aux Jésuites de quitter ces territoires autonomes, bientôt dévolus au Portugal, à l'issue des accords signés avec les espagnols pour le partage des terres. Les Jésuites refusent d'abandonner les Guaranis et organisent la résistance...

Joffé est un coutumier des films historiques dans lesquels le rêve aventurier s'oppose au réalisme politique. La présente réalisation est ainsi une très intéressante œuvre historique, politique et religieuse sur les missions évangéliques jésuites dont l'action est sacrifiée sur l'autel de simples considérations territoriales décidées à plusieurs milliers de kilomètres de ces territoires autonomes. Le milieu du 18ème siècle voit une action vaste être menée contre les Jésuites en France, Espagne et Portugal, allant jusqu'à leur exclusion. Tiraillé entre le respect de la hiérarchie et une croyance supérieure en la nécessité de la conversion des païens, doublée d'un intérêt sincère à l'égard des Indiens, la réalisation de Joffé sublime le sacrifice. Robert de Niro et Jeremy Irons sont parfaitement convaincants bien que le film eût pu gagner en intensité et en force. Les protagonistes peuvent parfois, en effet, sembler être de simples éléments du décor parmi le décor. Il est vrai que les paysages sont à couper le souffle. A voir !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

25/12/2015

Entrevue du C.N.C. #23: La réalisatrice Cheyenne Carron

IL Y A DU PIALAT OU DU BLAIN CHEZ CARRON

Le non-conformisme au cinéma a un nom : Cheyenne Carron !

Jolie jeune femme, Cheyenne Carron pourrait bien devenir une future égérie du cinéma français... ou plutôt d'un cinéma français. Celui qui ne se résigne pas au fatalisme de la mièvrerie subventionnée ! Il y a du Maurice Pialat ou du Gérard Blain dans les films de Cheyenne Carron. Sa sensibilité à fleur de peau est sa meilleure arme pour pallier le cruel manque de moyens dont bénéficient ses longs-métrages. A l'occasion de l'édition d'un coffret de 6 DVD comprenant l'intégrale de sa filmographie, Cheyenne Carron a eu l'exquise gentillesse de répondre aux questions du Cercle Non Conforme. Retrouvez également la critique de son avant-dernier long métrage, L'Apôtre, dans la chronique à paraître demain sur 7 films à voir ou à revoir sur la Foi catholique.

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Le CNC - Bonjour Cheyenne, puisque tous les lecteurs du Cercle Non Conforme ont bien évidemment été parfaitement sages au cours de l'année 2015, il n'y aucune raison que votre coffret de 6 DVD contenant l'intégrale de votre filmographie ne figure pas sous le sapin de Noël. L'occasion pour ceux qui n'auraient pas encore vu vos films de se familiariser avec votre œuvre. De votre premier long-métrage Sans Limite à Patries, comment envisagez-vous votre évolution cinématographique?

Cheyenne Carron - Mon premier film était une pure catastrophe… Quant au dernier il semble être apprécié. Entre les deux, 15 années qui se sont écoulées. De sacrifices, de sueur et de discipline. LF Céline, disait « Lorsqu’on écrit, il faut mettre sa peau sur la table ». C’est ce que j’ai fait et je crois que ça porte ses fruits, car je progresse dans mon travail.

Le CNC - La violence passionnelle dans Sans limite, la difficulté de croire en Dieu dans Extase, l'adultère et le mensonge dans Ne nous soumets pas à la tentation, l'adoption et la quête identitaire dans votre film semi-autobiographique La fille publique, la prostitution, la mélancolie, la condamnation à mort également dans vos courts-métrages..., peut-on pour autant parler de cinéma désespéré ?

Cheyenne Carron - Les sujets sont graves et peut-être désespérés, comme l’est parfois ce monde dans lequel nous vivons, mais dans la plupart de mes films, la fin est chargée d’espérance et d’humanité.

Le CNC - Extase évoque pour la première fois dans votre filmographie le sujet de la foi. Cette foi catholique qui vous est chevillée au corps. Que signifie être catholique pour vous dans cette France du Troisième millénaire ?

Cheyenne Carron - Etre Catholique, c’est être un combattant, un être en quête de Vérité.
Chaque époque à ses épreuves, dans notre temps, les ultras-laïcards, les Islamistes sont véritablement en guerre contre les Chrétiens. Mais nous, Catholiques, ne baissons pas l’échine. Nous leurs faisons face. Pour ma part, je le fais modestement avec mes films.

Le CNC - L'Apôtre et Patries constituent des jalons dans votre carrière et vous font aborder des thèmes non-conformistes. Qu'est-ce qui a déterminé cela ? Pourquoi avoir choisi les thèmes de la conversion d'un musulman au catholicisme et le racisme anti-blanc ?

Cheyenne Carron - J’ai fait L’Apôtre en souvenir de la sœur de mon prêtre qui a été assassinée dans mon village par un musulman. Et en hommage à ce prêtre qui a tendu la main à la famille du tueur. J’avais 19 ans lorsque ça s’est passé. Ce saint anonyme qu’était mon prêtre méritait bien un film pour que jamais on ne l’oublie.
Patries, je l’ai fait car le racisme anti-blanc existe en France, et aucun film n’en parle. Mais ce film parle aussi de l’importance pour tous les êtres de préserver leur enracinement et leur identité.
Je suis une fille de la DDASS, j’ai vécue 19 ans pupille de l’Etat, et moi je sais ce que c’est le drame de ne pas avoir d’enracinement véritable.

Le CNC - Avez-vous conscience d'explorer des thèmes sulfureux honnis par le politiquement correct ? N'avez-vous pas peur que ses prises de position vous nuisent ?

Cheyenne Carron - Pas du tout. Je traite simplement des sujets de mon temps.

Le CNC - Tandis que le Cercle Non Conforme tente modestement de faire votre promotion, un autre CNC (Centre National du Cinéma) vous accuse de ne pas respecter la chronologie des médias. Et puisque le hasard fait bien les choses, c'est très exactement après le tournage de votre long-métrage sur le racisme anti-blanc. Qui veut pas la peau de Cheyenne Carron ?

Cheyenne Carron - Je pourrais jouer les victimes, mais dans le fond ça ne serait pas correct. Le CNC est simplement fait de petits fonctionnaires qui obéissent à leurs petites lois et qui n’ont pas de véritable amour pour le cinéma. S’ils avaient une véritable passion pour cet Art, ils n’emmerderaient pas une petite réalisatrice comme moi qui fait ses films avec des bouts de ficelles.

Le CNC - Justement, comment fait-on du cinéma sans bénéficier d'aucune subvention ?

Cheyenne Carron - On s’entoure de techniciens et de comédiens pour qui le cinéma n’est pas qu’un divertissement, mais un moyen de délivrer un message à la société.

Le CNC - Une presse, pourtant peu suspecte de complaisance à l'égard du cinéma non-conforme vous considère pourtant comme une étoile montante du cinéma français. Comment expliquez-vous cela ?

Cheyenne Carron - Il me semble qu’on peut parler de tous les sujets, même les plus complexes, ou sensibles, si on le fait avec justesse, humanité, et sans manichéisme, on touche les gens peu importe de quel bord ils sont.

Le CNC - Quels sont vos futurs projets ?

Cheyenne Carron - Je suis en préparation de mon prochain film, La Chute des Hommes, qui racontera l’histoire d’une jeune Chrétienne prise en otage par des Djihadistes.
Et je termine l’écriture d’un nouveau scénario qui s’intitule La Morsure des Dieux. Cette histoire raconte le parcours d’un agriculteur français qui se bat pour sauver sa petite exploitation. Ce film parlera aussi de l’amitié Pagano-Chrétienne.

Le CNC - Cheyenne Carron, quelle est la question que personne n'a encore eu la bonne idée de vous poser ?

Cheyenne Carron - Votre vie personnelle, ça se passe comment ?... Et là je répondrais : un enfer 

Le CNC - Cheyenne Carron, merci !

Cheyenne Carron - Merci à vous !

 

Filmographie :

2001 : A une madone (court-métrage)
2005 : Sans limite
2009 : La charité romaine (court-métrage)
2011 : Ne nous soumets pas à la tentation
2012 : La Fille publique
2014 : L'Apôtre
2015 : Patries

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

28/11/2015

7 films à voir ou à revoir sur les Nations sans Etat

Depuis la fin de la période de décolonisation amorcée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale jusqu'au milieu des années 1970, les notions d'éternité et d'intangibilité des frontières nationales sont durablement inscrites dans la représentation mentale collective. Or, ces derniers mois, les aspirations à l'indépendance de l'Ecosse et de la Catalogne bouleversent ces certitudes qui n'avaient pas été aussi ébranlées, au sein des Etats piliers de l'Union européenne, depuis de nombreuses décennies. De nombreux Etats européens ne masquent pas leurs craintes que ces exemples ne créent un lourd précédent. En réalité, qu'est-ce qu'une frontière continentale si ce n'est une limite issue d'un traité de guerre ou d'une union par mariage ? Ainsi, les luttes indépendantistes constituent-elles un légitime moteur de l'Histoire. Depuis la dissolution de l'ancien bloc soviétique au début de la décennie 1990, qui a favorisé l'accession ou la ré-accession à l'indépendance de nombre d'anciennes républiques soviétiques, ce ne sont pas moins de six pays qui sont parvenus à l'indépendance ces vingt dernières années : de l'Erythrée en 1993 au Soudan du Sud en 2011, en passant par le micro-Etat du Pacifique des Palaos, le Timor Oriental et le Monténégro. Il nous sera permis d'être plus circonspect concernant le sixième cas. Car si de nombreux Etats européens ne masquent pas leurs craintes de voir leurs frontières remises en cause, ces Etats-dit-Nations, si prompts à se crisper sur leur intégrité territoriale avaient su se montrer plus favorables, en 2008, à soutenir l'indépendance de l'Etat-mafieux islamiste du Kosovo-et-Métochie, au détriment du caractère de berceau originel que représente le Kosovo pour une Nation serbe qui n'avait pas voulu se plier aux injonctions du Nouvel Ordre mondial... Mauvais apprentis sorciers, les arroseurs sont aujourd'hui les arrosés. "Aujourd'hui la Serbie, demain la Seine-Saint-Denis, un drapeau frappé d'un croissant flottera sur Paris".... La chanson prophétique Paris-Belgrade du groupe de rock In Memoriam fait dramatiquement écho aux récents événements survenus dans la très jacobine Nation française.

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LA BATAILLE DE CULLODEN

Titre original : The Battle of Culloden

Film anglais de Peter Watkins (1964)

16 avril 1746, à Culloden, des membres des différents clans rebelles écossais des Highlands, menés par le Prince Charles Edouard Stuart, font face aux troupes anglaises du Roi George II de Grande-Bretagne, que commande le Duc de Cumberland. Il ne faut pas plus d'une heure pour que le destin de la bataille soit scellé. Les Ecossais, mal organisés, sont mis en pièce par l'armée royale mieux équipée. Le combat terminé, la pacification du gouvernement britannique est d'une férocité sans nom. L'objectif avoué est de totalement annihiler le système clanique et, ainsi, de prévenir toute nouvelle rébellion dans les Hautes terres. Ils seront plus de deux mille Ecossais à périr dans la lande marécageuse ce jour-là...
Watkins a curieusement opté pour un montage singulier. Aussi, le film se présente-t-il comme un documentaire d'actualités tourné caméra à l'épaule. Le réalisateur se balade donc sur le champ de bataille et interviewe les combattants çà-et-là sans manquer pas de commenter le déroulé de la bataille en voix off. Choix risqué mais, ô combien, magistralement réussi ! Tourné avec des comédiens amateurs et un maigre budget, on est loin de la grande production peu avare en mélodrame. Et voilà tout le charme de Watkins, le drame brut l'emporte sur le pathos, finalement assez anachronique. Culloden, c'est un peu un Braveheart réussi ! Un chef-d'œuvre !

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BRAVEHEART

Film américain de Mel Gibson (1995)

En cette fin de treizième siècle, l'Ecosse est occupée par les troupes d'Edouard 1er d'Angleterre. Rien ne distingue un certain William Wallace de ses frères de clan lorsque son père et son frère meurent opprimés. Bien au contraire, Wallace souhaite avoir le moins d'ennuis possibles avec la soldatesque anglaise et s'imagine parfaitement en modeste paysan et époux de son amie d'enfance, Murron MacClannough. C'est en secret que les amoureux se marient afin d'épargner à la belle de subir le droit de cuissage édicté par la couronne anglaise. Mais Murron est bientôt violentée par un soldat anglais, provoquant la fureur de Wallace. La jeune femme est étranglée devant ses yeux. Wallace ne pense plus qu'à se venger. La garnison britannique du village est massacrée, première bataille d'une longue série de reconquête des clans écossais à l'assaut des Highlands...
Oui, Braveheart est un beau film ! Oui, les scènes de bataille sont fabuleuses ! Oui, le personnage de Wallace, imaginé et interprété par Gibson, ferait se soulever n'importe quel militant et s'enhardir du courage nécessaire lorsqu'il n'y a plus d'autre solution que le combat. Oui, Wallace est un héros nationaliste qui ne laisse pas indifférent. Oui, Gibson maîtrise toutes les ficelles du Septième art dès son deuxième long métrage. Oui, il est normal que vous ayez irrésistiblement eu une furieuse envie de casser la figure de Darren, brave étudiant londonien en Erasmus, qui vous tient lieu de pourtant si amical voisin. Oui, oui, oui et pourtant... Braveheart ne parvient pas au niveau de la réalisation de Watkins. La faute à un pathos romantique trop exacerbé et une idylle absolument mal venue avec Isabelle de France, bru du Roi Edouard 1er. Il est néanmoins impensable de ne pas le voir et l'apprécier.

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FLB

Documentaire français de Hubert Béasse (2013)

En quatorze années d'existence, de 1966 à 1980, le Front de Libération de la Bretagne a commis pas moins de deux centaines d'attentats. Par tous les moyens, les F.L.B. entreprennent de défaire l'annexion de la Bretagne à la France, héritée du mariage de la Duchesse Anne, alors seulement âgée de douze ans, et du Roi de France Charles VIII. Les nombreux attentats visent l'ensemble des pouvoirs régaliens et symboliques de la France. Le plasticage de l'antenne de retransmission télévisée de Roc'h Trédudon, privant la Bretagne de télévision pendant plus d'un mois, et le dynamitage de la Galerie des glaces du château de Versailles comptent parmi les actions les plus spectaculaires menées par les mouvements indépendantistes en France. Evidemment, la répression ne tarde pas à frapper l'Emsav...
Divisé en deux parties, Les Années De Gaulle et Les Années Giscard, le remarquable documentaire de Béasse donne la parole à nombre d'anciens F.L.B., dont le témoignage est assorti de nombreux documents inédits. Provenant d'horizons politiques, parfois les plus opposés, l'extension du F.L.B. ne pouvait que rimer avec scission. S'ouvrant aux thèses socio-économiques anticapitalistes, l'Armée Révolutionnaire Bretonne entend marier ses initiales au sigle F.L.B. et lutter pour une Bretagne plus progressiste. Béasse, par bonheur, entend tendre le micro à toutes les tendances des F.L.B., et ce, avec une objectivité appréciable dans le traitement des témoignages. Les pendules sont remises à l'heure pour ceux qui ont la mémoire courte ou la dent dure sur la réalité du mouvement breton. Parfaitement intéressantes que ces deux heures documentaires.

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GENERATION FLNC

Documentaire français de Samuel Lajus (2004)

Eté 1975 sur l'Ile de beauté, Edmond a finalement choisi entre la canne à pêche et le fusil. Dès l'année suivante, différents groupuscules unissent leurs forces et créent le Front de Libération Nationale Corse et célèbrera joyeusement sa naissance par une spectaculaire nuit bleue. Le sigle F.L.N.C. se popularise très rapidement au-delà des côtes corses et inquiète fortement les services français. Les nombreuses arrestations et mises en détention n'entament en rien la progression de l'idée nationaliste en Corse. Aussi, est-il inconcevable de ne pas attribuer au Front les avancées des revendications corses. Si la lutte armée contre le trafic de drogue divise la population, tous les Corses, à l'exception de certains propriétaires fonciers peu regardants, approuvent le plasticage des résidences construites sur le littoral, afin que la Corse ne devienne pas la Costa del Sol. Pourtant, les tensions grandissent et les nationalistes s'engluent dans les affaires jusqu'à l'assassinat du préfet Erignac qui consomme un certain divorce entre partisans de la lutte armée et peuple corse.
Il est dit que l'omerta règne en Corse. Pas dans ce passionnant et poignant documentaire en tout cas. De nombreuses images d'archives enrichissent les témoignages d'une trentaine d'ex-militants quinquagénaires du Front, de représentants du nationalisme corse mais également de hautes personnalités, tel le commissaire Robert Broussard, Jean-Louis Debré ou Charles Pasqua. La langue de bois n'est ainsi pas de mise, y compris sur les sujets les plus sensibles, des règlements de compte entre partisans de la même cause aux négociations secrètes entre les clandestins et l'Etat, mais aussi sur la dérive mafieuse de certaines factions. Finalement, ce sont les représentants de l'Etat qui en disent le moins ; tant il est vrai qu'ils n'ont pas les fesses complètement propres sur ces sujets. Deux années de tournage pour achever ce document, extraordinaire de décorticage d'un sentiment identitaire. Indispensable pour qui s'intéresse au sujet.

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L'ORDRE ET LA MORALE

Film français de Mathieu Kassovitz (2011)

1988, loin de l'hexagone, sur l'île kanake d'Ouvéa, quatre gendarmes sont abattus dans l'assaut de leur caserne et vingt-sept autres retenus par des membres du mouvement indépendantiste du Front de Libération National Kanak et Socialiste. La situation se dégradait depuis de nombreux mois. Trois cents militaires sont dépêchés sur l'île calédonienne pour libérer les otages. Philippe Legorjus, patron de l'élite des gendarmes d'intervention, et Alphonse Dianou, leader des preneurs d'otages, partagent bien des valeurs communes, l'honneur surtout. Legorjus sent qu'il peut maîtriser la situation sans effusion de sang mais la France est alors à deux jours du premier tour des élections présidentielles. Dans le combat qui opposera Jacques Chirac et François Mitterrand en pleine cohabitation, la morale ne semble pas être la première préoccupation des deux candidats.
Tiré de l'ouvrage La Morale et l'action de Legorjus, le film ne manqua pas de faire scandale. Film militant pro-indépendantiste selon les partisans de la vérité d'Etat, film inutile pour de nombreux Kanaks estimant la réouverture des cicatrices inutile. C'est certainement Legorjus qui constitue la source la plus fiable pour expliquer ce bain de sang. Manipulation des faits pour de basses considérations électives, réalité d'un néo-colonialisme français, fortes rivalités entre de hauts gradés, la prise d'otages de la grotte ne pouvait connaître d'issue sereine. Les exécutions sommaires de militants indépendantistes fait prisonniers sont là pour le rappeler. Parfois manichéen dans sa caricature des militaires français, le film de Kassovitz demeure néanmoins extrêmement convaincant. A voir absolument !

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15 FEVRIER 1839

Film québécois de Pierre Falardeau (2001)

14 février 1839, sous le régne de la Reine Victoria, deux héros québécois de la lutte pour l'indépendance, Marie-Thomas Chevalier de Lorimier et Charles Hindelang, apprennent que la sentence de mort par pendaison sera appliquée le lendemain. Voilà deux années que ces hommes comptent parmi huit cents détenus emprisonnés à Montréal dans des conditions dégradantes après l'échec de l'insurrection de 1837, dont une centaine a été condamnée à mort par les autorités colonialistes anglaises. Entourés de leurs compagnons d'infortune, vingt-quatre heures les séparent de leur funèbre destin. De vagues sursauts d'espoir affrontent la peur et le doute. Une seule chose est sûre, affronter la mort sera leur dernier combat. Et ils ne regrettent rien...
Malgré une parenté historique et linguistique évidentes, que connaît-on aujourd'hui du Québec en France et de son aspiration à la liberté ? Inspiré de faits réels, Falardeau rompt avec sa filmographie satirique et a à cœur de rendre hommage aux luttes indépendantistes qui ont enflammé le pays québécois au 19ème siècle. Le réalisateur livre un huis-clos sombre de toute beauté. D'un parti pris indépendantiste évident, le film a légitimement été fortement égratigné par la critique anglophone dénonçant un déferlement de haine antibritannique. Quelques approximations historiques ne nuisent pas à un ensemble prodigieux.

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SALVATORE GIULIANO

Film italien de Francesco Rosi (1961)

5 Juillet 1950, le corps criblé de balles du bandit indépendantiste sicilien Salvatore Giuliano est découvert dans la cour d'une maison du village de Castelvetrano. Si l'homme était traqué par la police et l'armée italiennes, il semblerait qu'il ait été retrouvé avant eux. Le constat du décès est dressé par un commissaire tandis que les journalistes sont à l'affût du moindre renseignement. La mort achève une existence intrépide commencée en 1945 lorsque Giuliano s'engage dans la lutte violente, avec l'appui de la Mafia, pour l'indépendance de son île. Le 1er mai 1947, il avait été notamment impliqué dans l'assassinat de militants socialistes. Son corps est bientôt exposé dans sa commune natale de Montelepre, où sa mère et les habitants viennent se recueillir avec une dévotion non simulée. Tous les regards convergent alors vers Gaspare Pisciotta, lieutenant de Giuliano, que tous soupçonnent de l'avoir trahi et assassiné...
Film subversif et engagé à plus d'un titre ! Rosi utilise un curieux procédé scénographique pour évoquer la vie de ce curieux personnage historique sicilien, moitié bandit indépendantiste, moitié Robin des Bois dont le souhait était de voler les riches pour donner aux pauvres et arracher l'île à la domination italienne pour en faire le quarante-neuvième Etat d'Amérique. Ainsi, le récit anarchique de Rosi parvient-il à ne pas être brouillon sans aucun ordre chronologique. Autre point fort, Rosi est l'un des premiers à dénoncer les rapports étroits de la Cosa nostra avec le pouvoir politique sicilien. Enfin, le réalisateur n'a pas hésité à faire appel à des acteurs non-professionnels, renforçant le caractère authentique de l'œuvre. Un grand film politique par l'un des maîtres du cinéma italien.

Virgile / C.N.C.

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18/11/2015

Chronique cinéma: The green inferno d'Eli Roth

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THE GREEN INFERNO

Un film d'Eli Roth (2015)

L’anthropophagie et surtout le cannibalisme ont toujours fasciné les hommes. Interdit indépassable, cette pratique fut «naturellement » exploitée par le cinéma d’horreur. Le film Cannibal Holocaust (1980) de l’italien Ruggero Deodato, véritable électrochoc graphique, traumatisa des générations entières de cinéphiles dont Eli Roth. Nouveau chouchou du cinéma d’horreur, responsable des films Cabin Fever et Hostel et grand fan devant l’éternel de Cannibal Holocaust, le sieur Roth nous livre sa vision du film d’exploitation cannibale avec The Green Inferno.

Justine (Lorenza Izzo), étudiante à l’université de Columbia, a la chance d’être mignonne et d’avoir un papa avocat aux Nations Unies. Un jour, alors qu’elle papote avec sa tête-à-claque de copine, elle remarque Alejandro (Ariel Levy), le chef d’une petite bande d’activistes et tombe aussitôt sous son charme. Dans le but de se rapprocher de ce dernier, Justine va participer à un voyage au Pérou organisé par Alejandro dans le but de dénoncer les pratiques d’une société pétrolière, société qui menace d’anéantir une tribu locale de la forêt amazonienne. Armés de leurs smartphones et diffusant les images en « direct live » les jeunes activistes réussissent leur coup en évitant le drame de justesse. Dans l’avion qui les ramène à la civilisation, le ton est à la fête et à l’euphorie quand, soudain, l’un des moteurs explose. Le crash est violent et plusieurs membres de l’équipage y laissent leur peau. C’est en cherchant un téléphone équipé d’un GPS que les survivants sont attaqués et neutralisés grâce à des flèches tranquillisantes. Ils se réveillent sur des embarcations et réalisent qu’ils ont été faits prisonniers par des autochtones. Une fois arrivé dans leur village, les décorations macabres et les restes humains font comprendre aux survivants qu’ils sont détenus par une tribu cannibale…


The green Inferno était très attendu. Les bandes-annonces et un marketing savamment orchestré avaient su mettre l’eau à la bouche à des légions d’amateurs de sévices corporels et autres torrents d’hémoglobine. Il faut noter qu’Eli Roth avait marqué le genre horrifique grâce à un Hostel qui sut se hisser en fer-de-lance du genre « torture porn » ; par conséquence l’équation Eli Roth + thématique cannibale ne pouvait pas décevoir, pire, elle ne devait pas décevoir. Et c’est bien là le drame de ce film : Eli Roth, bien que sans doute animé des meilleurs intentions, ne se montre pas à la hauteur et échoue misérablement. Ceci à cause d’un rythme inégal, d’une prévisibilité et d’une niaiserie vomitives et insupportables, de situations ridicules et d’un manque de gore et de torture inacceptables pour le genre. La première partie du film, celle qui se passe avant l’arrivée de la fine équipe au Pérou, est juste affligeante de déjà-vu, de clichés pubères et d’ennui. C’est un supplice pour les yeux et les oreilles. On passe enfin la seconde une fois dans la forêt amazonienne mais on roulera au pas jusqu’à la fin telle une voiture sans permis. La seule séquence vraiment gore et sadique du film ne casse pas trois pattes à un canard ; on est juste peiné pour le pauvre gars qui s’est fait « friendzoné » par Justine pendant tout le début du film et qui finit dans un four ! (On vous rassure il ne fonctionne pas au gaz). Le thème des mutilations sexuelles faites aux femmes, présent en filigrane durant tout le film, laisserait envisager une séquence insoutenable mais peine perdue aussi. Les promesses se dégonflent les unes après les autres. On atteint le summum du risible avec quelques séquences qui tombent comme un cheveu sur la soupe ou/et qui sont intrinsèquement débiles. Comment ne pas éclater de rire lorsque l’un des captifs, une belle blonde aux yeux bleus, est victime d’une bruyante chiasse explosive semant la terreur parmi ses petits camarades ? Le spectateur ne sait pas s’il doit rire ou pleurer devant ce condensé de connerie humaine saupoudré de bidoche…

The Green Inferno est un échec. Malgré quelques critiques sous-jacentes qui ne sont pas dénués de sens (la relation à la technologie, la naïveté de l’homme occidental vis-à-vis de cultures fantasmées, etc) et le code couleur intéressant (le vert de la forêt, l’héroïne peinte en blanc et les indigènes peints en rouge), l’ambiance est trop lisse, trop américaine. La tribu anthropophage a beau être flippante à sa façon, l’atmosphère du film n’est ni anxiogène, ni macabre et le tout manque cruellement de gore. Le fan « die-hard » des meilleurs films du genre ou le fan des œuvres d’Eli Roth doit éviter cette chabbat-daube (étron) à tout prix !

Donatien/CNC

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31/10/2015

7 films à voir ou à revoir sur la Parodie

La parodie est très certainement l'art le plus difficile de la comédie. En plus de provoquer l'hilarité, le cinéma parodique a pour objectif d'utiliser un cadre précis pour mieux s'en moquer. Ainsi, l'humour parodique ne se pratique-t-il pas comme une finalité en soi mais se met au service de la dénonciation des travers de faits, de personnages, de périodes historiques ou de comportements sociaux. C'est dire si les possibilités de furieuses moqueries sont vastes. Genre à part au sein de la production cinématographique, le cinéma parodique fait se côtoyer le pire et le meilleur. Parmi le meilleur, la parodie autorise une réflexion acerbe et profonde sur le sujet traité. Aldous Huxley n'écrivait-il pas que "Parodies et caricatures sont les plus pénétrantes des critiques" ? Les vikings, l'évolution des sociétés humaines, Hitler, l'antisémitisme, le cinéma, le sexe, la lutte des classes..., voilà bien des sujets qui en prennent pour leur grade au travers de ces sept films.

 

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ERIK LE VIKING

Titre original : Erik the Viking

Film anglais de Terry Jones (1989)

Erik est un jeune chef viking. Il assassine bientôt la jeune femme dont il était amoureux. Touché par la grâce de sa belle, Erik prend tardivement conscience de la violence perpétuelle des tribus vikings, dont les raids sont basés sur la rapine, le viol et la violence. Après avoir consulté Freya, il décide de convertir ses hommes à plus de civilité et les mène en quête d'un cor suspendu sur l'île d'Hy-Brasil. Selon la prophétie de Freya, le puissant souffle du cor réveillera les dieux. Alors seulement prendra fin le temps du Ragnarök. Mais on n'efface pas aussi simplement les mauvais penchants des intrépides guerriers vikings....

Ancien des Monty Python tout juste séparés avec lesquels il prend ses libertés cinématographiques, Jones poursuit en solo son exploration de l'absurde. En solo donc et avec brio ! Les initiés ne manqueront pas d'apprécier les nombreux clins d'œil aux Sagas islandaises et à l'univers mental des Scandinaves. Les premières dizaines de minutes sont absolument truculentes, au détriment des dernières, il est vrai, plus poussives. Bon, ça ne vaut pas Monty Python, sacré Graal ou La Vie de Brian mais l'ensemble reste de très bonne facture. Et d'ailleurs, la comparaison est sans fondement, Erik le Viking n'est pas un Monty Python !

 

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LA FOLLE HISTOIRE DU MONDE

Titre original : Mel Brooks' History of the world, Part one

Film américain de Mel Brooks (1981)

A l'aube de notre ère historique, une des tablettes glisse des mains de Moïse descendant le Sinaï. Cette maladresse déterminera l'évolution de la civilisation judéo-chrétienne en réduisant le nombre de Commandements de quinze à dix. A Rome, le gai luron Néron et l'impératrice Nympho entreprennent d'organiser une orgie à laquelle ils convient le philosophe Comicus. Quelques siècles plus tard, l'Inquisition espagnole que dirige Torquemada autorise la torture des musulmans et des juifs par des moines. Par bonheur, tout se termine en chansons. Quant à la Révolution française, le contraste est saisissant entre le Tiers-Etat parisien réduit à manger de la viande de rats tandis que Louis XVI batifole dans les fastes de son palais. Le roi échange bientôt sa place avec un valet...

Mel Brooks revisite par l'absurde l'histoire de l'humanité divisée en quatre épisodes. Coutumier du cinéma parodique, Brooks ne fait aucunement l'économie de son éventail d'anachronismes, de jeux de mots et autres gags scabreux pour ne pas dire scatologiques. Evidemment, il est inutile de chercher toute finesse et toute logique. Le film reste néanmoins politiquement correct et ne se risque pas à provoquer le spectateur. D'aucuns trouveront cette réalisation consternante. D'autres s'en délecteront. Assez drôle !

 

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MON FUHRER

Titre original : Mein Führer, die wirklich wahrste Wahrheit über Adolf Hitler

Film allemand de Dani Levy (2007)

Fin 1944, le Führer va de mal en pis. Cette foutue guerre, il va la perdre ! Adolf Hitler sombre progressivement dans une profonde dépression. Son Ministre de la propagande Joseph Goebbels tente de lui redonner toute sa vaillante fougue et souhaite l'organisation d'une nouvelle grand messe berlinoise lors de laquelle il haranguera le peuple allemand. Un coach sera nécessaire à remettre Hitler en forme. Goebbels se souvient du juif Adolf Grünbaum, ancien professeur de théâtre du jeune Hitler. Bientôt sorti du camp de Sachsenhausen, Grünbaum entreprend de faire remonter la pente au Führer par le truchement d'exercices de respiration et de thérapies psychologiques. La victoire finale du Troisième Reich est à ce prix...

Pierre Desproges disait : "On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". Passé inaperçu en France, le film fit scandale Outre-Rhin. Il est vrai que Levy campe assez mal son héros, impuissant, dépressif et complexé certes mais également touchant de bougonnerie, fragile, empathique... La réalisation se veut sans conteste une charge contre le régime national-socialiste mais les maladresses du cinéaste suffirent à déclencher la polémique qui perçut le film comme une bonne comédie... mais sur l'homme le plus honni de l'Histoire. Cela n'était pourtant pas la première fois depuis Charlie Chaplin et Ernst Lubitsch mais Hitler est un homme qui déchaînera toujours toutes les colères. Et le film en lui-même dans tout ça ? Quelques gags ne parviennent pas à relever l'ensemble qui s'avère pataud.

 

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OSS 117 - RIO NE REPOND PLUS

Film français de Michel Hazanavicius (2009)

De tous les agents secrets français, Hubert Bonnisseur de la Bath, alias OSS 117, est sans conteste le plus doué de la profession. En cette année 1967, c'est à Gstaad, en Suisse, que l'agent se repose plus ou moins paisiblement. De légers démêlés avec des gangsters chinois troublent sa douce quiétude. C'est alors qu'OSS 117 se voit confier une mission des plus périlleuses. Un microfilm contenant une liste d'anciens collaborateurs français, voilà un document hautement compromettant pour la République gaullienne. Epaulé de la jolie Dolorès, lieutenant-colonel du Mossad, Hubert débarque à Rio, sur les traces du maître-chanteur et ancien dignitaire  nazi von Zimmel. Mais l'agent secret est loin de s'imaginer que les chinois refusent d'en rester là et élaborent un plan pour l'éliminer définitivement...

Hilarant du début à la fin ! Inspiré des romans de Jean Bruce, ce deuxième opus des aventures d'OSS 117 est toujours aussi réussi. Une mise en scène enlevée et rythmée, des décors sublimes conjugués à des couleurs chatoyantes et un savoureux mélange des genres cinématographiques qui enlève l'exclusivité de l'exercice à Quentin Tarantino ! Et le héros évidemment, monstre d'immobilisme dans une société en pleine mutation. Franchouillard, réactionnaire et machiste, OSS ajoute la corde sensible de l'antisémitisme à son arc. Toujours aussi maladroit et pétri d'images d'Epinal sur les Juifs, OSS ferait passer Joseph Goebbels pour un perdreau de l'année ! Trop politiquement incorrect OSS 117 six années plus tard ? Jean Dujardin et le réalisateur s'accordent à dire que les tensions ethniques qui secouent l'Europe empêchent toute troisième réalisation.

 

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LA PARTY

Titre original : The Party

Film américain de Blake Edwards (1968)

Hrundi V. Bakshi est un cascadeur indien. Il est aux portes de la gloire lorsqu'il est engagé à Hollywood pour interpréter un soldat indigène dans un remake d'un célèbre film américain, Gunga Din. Mais le nouveau venu fait rater quantité de prises et se révèle d'une maladresse folle, au point de détruire complètement la forteresse, décor le plus coûteux du film. Hors de lui, Divot, le producteur du film, demande au patron du studio, Fred Clutterbuck, à ce que le nom de Bakshi soit inscrit sur une liste noire d'acteurs de seconde zone à ne plus faire travailler. Mais en réalité, c'est sur la liste d'invités de la fête annuelle du studio que Clutterbuck inscrit par erreur le comédien débutant. Au cours de la fête, Bakshi, tout heureux de se retrouver parmi les plus célèbres divinités hollywoodiennes, se révèle aussi gaffeur sur un plateau qu'en soirée...

Géniale satyre des mondanités hollywoodiennes par le réalisateur de la Panthère rose. Peter Sellers est tout simplement extraordinaire en acteur débutant raté. Un film psychédélique, dans la droite ligne des Laurel et Hardy ou du cinéma de Jacques Tati, illustré par des gags en cascade s'amoncelant à un rythme intrépide. Et la réalisation est, en outre, remarquable. Peu sensibles à l'autodérision, les milieux du cinéma avaient accueilli le film à sa sortie de la façon la plus froide. Il est d'ailleurs retombé dans un oubli quasi-total aujourd'hui. A consommer sans modération puisqu'il n'est pas interdit de se détendre parfois.

 

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THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW

Film américain de Jim Sharman (1975)

S'ils sont bien fiancés, Janet et Brad se révèlent coincés sur de nombreuses questions. L'orage gronde cette nuit-là lorsque l'un des pneus de leur véhicule crève et que le couple est obligé de se réfugier dans un mystérieux château. A l'intérieur de la grandiose demeure, les occupants se livrent à d'étranges expériences. Sous la férule de Frank N. Furter, scientifique transsexuel en chef de sa lointaine contrée transylvanienne, l'assistance s'apprête à donner naissance à Rocky. Rocky dont la vocation est de s'apparenter à l'homme idéal avec ses cheveux blonds, son teint halé et... son slip en or. Les orgies se succèdent tandis que les fiancés se retrouvent isolés dans le château, irrésistiblement attirés par la débauche...

Issu d'un spectacle londonien, le film de Sharman n'est ni un film de science-fiction, ni un film d'épouvante, encore moins une mauvaise série B. Difficile de critiquer ce film qui est véritablement un chef-d'œuvre de parodie qui pastiche un peu tout cela en même temps qu'il multiplie les clins d'œil à de nombreux autres films, de Nosferatu au Magicien d'Oz en passant par Stanley Kubrick. Le cocktail qui en résulte est absolument loufoque, excentriquement déjanté, génialement grotesque. La bande son est juste fantastique. Les qualificatifs d'excellence manquent pour louer l'une des comédies musicales les plus cultes de l'histoire du cinéma. Et comme tous les meilleurs films cultes, il fit un flop lors de sa sortie.

 

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TOUCHE PAS A LA FEMME BLANCHE

Titre original : Non toccare la donna bianca

Film franco-italien de Marco Ferreri (1974)

25 juin 1876, bataille de Little Big Horn. Les Indiens, menés par Sitting Bull, se montrent de plus en plus menaçants pour les troupes américaines. A la tête de ses hommes, le général Custer veut regrouper les indigènes résistant aux persécutions en vue de les exterminer, avant que leurs velléités ne deviennent ingérables. Peu avant la bagarre, Marie-Hélène de Boismonfrais, belle jeune femme entièrement vêtue de blanc, est séduite par l'intrépide général. La pure jeune femme est interdite à Mitch, l'éclaireur indien de Custer. C'est Buffalo Bill, éternel rival de Custer, qui entend bien jouer les trublions au sein de cette société progressiste conquérante au sein de laquelle hommes d'affaires et hommes politiques, certains de la victoire de Custer, négocient de juteuses affaires...

Tout en anachronisme que cette réalisation de Ferreri qui se veut une parodie de western en même temps qu'une féroce satire sociale. En lieu et place des vastes étendues prairiales du Montana, c'est en réalité dans le quartier parisien environnant les pavillons Baltard, en plein cœur des Halles, que le général Custer poursuit le génocide des autochtones du Nouveau continent. Remarquable satire parodique et politique, l'œuvre se veut tout autant une dénonciation du génocide indien que de la réorganisation sociale de l'urbanisme du centre-ville parisien qui relègue les classes populaires dans la périphérie. Le capitalisme naissant n'est pas exempt non plus de vives critiques. Ce décalage historique et géographique ne manquera pas de déplaire à certains grincheux. C'est pourtant tout l'intérêt du film.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

 

19/09/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Nooit meer oorlog

Nooit meer oorlog ! Plus jamais de guerre ! Cette sentence péremptoire, lancée par les soldats flamands ayant survécu au grand suicide de 1914-1918, résonne comme un terrible appel aux peuples européens de ne plus jamais se livrer de guerre. A tout jamais, cette déclaration, inscrite sur le bas de la deuxième Tour de l'Yser à Dixmude, honorera la mémoire de tout le sang versé au profit des marchands de canons. L'Europe, exsangue, cède sa place de puissance mondiale au profit des Etats-Unis qui surent patiemment attendre 1917 pour intervenir et asseoir leur domination sur le Vieux continent. De Dixmude à Verdun, il y a plus qu'une portée de canon. Si Verdun constitue indéniablement un haut lieu tragique du premier conflit, il tendit, pendant de trop nombreuses années, à occulter, dans la mémoire collective française, les champs de bataille de Flandre-Artois-Hainaut et dans une moindre mesure de la Somme. Et pourtant... Dixmude, Ypres, Langemark, Vimy, Notre-Dame de Lorette, Arras, Cambrai, Albert, Péronne, Chemin des Dames..., loin d'être exhaustive, cette litanie de lieux fixe autant de cicatrices indélébiles de l'histoire européenne. Si la Première Guerre mondiale n'est pas la première guerre contemporaine du cinéma, elle est la première a profondément imprégné ses images dans les esprits des spectateurs. Le grand écran démocratise la vision de l'horreur qui n'est plus réservée aux seuls acteurs du conflit. Une centaine de films traitent du premier conflit. Il eût été dommage d'en tenter une impossible compilation en sept réalisations. Et il apparaît louable de rendre hommage à cette terre de bataille qu'est le Sud des grands Pays-Bas, à jamais marquée dans sa chair.

 

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COMMANDOS DE L'OMBRE

Titre original : Beneath Hill 60

Film australien de Jeremy Sims (2010)

Le conflit s'enlise en cette année 1916, sur le front flamand entre Armentières et Ypres. A des milliers de kilomètres des Orages d'acier, le capitaine Oliver Woodward s'apprête à quitter son épouse et embarquer pour l'Europe. Afin de permettre l'avancée des troupes britanniques, un commando australien, aux ordres du capitaine, reçoit la mission suicidaire de pénétrer les lignes ennemies pour les miner. Le peloton de sapeurs australiens est contraint, avec la plus grande discrétion, de creuser des galeries pour déposer des charges explosives sous un bunker allemand. Que l'Australie semble loin pour ces jeunes hommes, à peine sortis de l'adolescence...

Plaisante biographie du capitaine Woodward que livre Sims. S'il ne manque pas de films sur la Première Guerre mondiale, rares sont ceux s'attachant à des corps spécifiques, ici en l'occurrence, un peloton de mineurs venu de l'autre côté du globe. Loin de tout manichéisme, le réalisateur filme les combattants des deux côtés des tranchées, ennemis mortels unis dans les mêmes souffrances. Les scènes de combat sont également efficaces bien que l'intrigue se situe naturellement majoritairement sous terre. On ne comprend pas que le film ne bénéficia d'aucune sortie en salle en France.

 

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JOYEUX NOEL

Film français de Christian Carion (2005)

A quelques kilomètres de Lens le jour de Noël 1914. L'arrivée des colis, envoyés par la famille, égaye quelque peu le mortifère quotidien des troupes françaises, allemandes et écossaises. Depuis la tranchée allemande, retentit le chant Stille Nacht, heilige Nacht, magnifiquement interprété par le ténor Nikolaus Sprink qui a troqué le costume de l'opéra de Berlin contre l'uniforme feldgrau. Le silence se fait sur les alentours. Des sapins sont exposés en dehors des tranchées. Des soldats sortent bientôt de celles-ci, bougies, cigarettes et chocolat en main. Contre toute attente, aucun coup de feu ne retentit...

Le film est librement inspiré de différents épisodes de fraternisation survenus sur le front du Nord de la France le jour et le lendemain du réveillon de Noël 1914. Si l'intention de Carion est louable, le réalisateur passe quelque peu à côté de sa dénonciation du grand suicide européen. Des scènes très fortes côtoient trop souvent d'autres parfaitement invraisemblables qui sombrent dans un mauvais tragi-comique. Beaucoup de points faibles pour un film qui a néanmoins le courage de mettre en lumière ces jeunes hommes jetés dans un conflit qui les dépasse. Les marchands de canons et des officiers peu avares en sang versé ont très rapidement piétiné la fleur au fusil.

 

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MAUDITE SOIT LA GUERRE

Film belge d'Alfred Machin (1914)

Adolphe Hardeff est un jeune aviateur. Il aime Lydia Modzel, citoyenne d'un pays voisin, et sœur de Sigismond. Les jeunes amoureux sont bientôt séparés par un sanglant conflit qui oppose leurs deux nations imaginaires. Hardeff est en pris à une forte rivalité avec un second aviateur, qui n'est autre que Sigismond. Chacun aux commandes de leurs biplans et triplans,  les aviateurs livrent de terribles combats aériens. Le moulin qui abritait naguère la passion d'Adolphe et Lydia constitue désormais l'ultime théâtre dans lequel s'affrontent l'amant et le frère de la jeune femme. Pour chacun de ces êtres, la guerre n'a pas voulu...

Le scénario apparaît bien évidemment tiré par les cheveux. Mais là n'est pas l'essentiel pour ce film colorié à la main et terriblement prophétique, réalisé plusieurs mois avant le début du conflit. Originaire de Blendecques en Artois, Machin démontre avec talent que le cinéma de guerre avait trouvé ses lettres de noblesse dès l'aube du Septième art ; grâce, il est vrai, à un important concours de l'armée belge. Censuré en 1914 et occulté à la fin du conflit, au point d'être oublié de Maurice Bardèche et Robert Brasillach dans leur irremplaçable Histoire du cinéma, il mérite de trouver la place qui lui est due dans la filmographie européenne traitant de 1914-1918. Un chef-d'œuvre impitoyable dans sa mise en accusation de la guerre.

 

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POUR L'EXEMPLE

Titre original : King and country

Film anglais de Joseph Losey (1964)

1917, sur le front de Flandre. Horrifié par la barbarie de la guerre, en proie à des problèmes conjugaux et dans un état d'épuisement total, le soldat britannique Hamp se laisse gagner par le désespoir et déserte son régiment. Fuite bien évidemment misérable... Hamp est bientôt rattrapé. Défendu devant la cour martiale par le capitaine Heargraves, avocat militaire, le jeune fantassin est condamné à mort. Heargraves éprouve bien de la compassion pour le soldat mais il ne peut y avoir d'autre sentence pour le capitaine Midgley qui dirige la cour. Ce sera la mort dans le déshonneur. Ses camarades du front s'enivrent avec lui pour la dernière fois...

S'il ne figure pas parmi les films les plus connus de Losey, Pour l'exemple est une réalisation filmée avec talent bien que son origine théâtrale nuise parfois à la mise en scène. Imprégné par la doxa communiste, Losey teinte également parfois trop sa réalisation d'une lutte des grades. L'œuvre réhabilite néanmoins puissamment ces milliers de jeunes hommes, quel que fut leur uniforme, pour lesquels flancher était synonyme de peloton d'exécution. Dirk Bogarde est très largement à la hauteur, à l'image de Kirk Douglas dans Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, autre maître-film antimilitariste. Les décors des tranchées et des casemates sont particulièrement soignés. Les puristes apprécieront.

 

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LA TRANCHEE

Titre original : The Trench

Film franco-anglais de William Boyd (1999)

L'été 1916, peu avant la bataille de la Somme. La tranchée britannique se prépare à monter à l'assaut deux jours plus tard. Ils sont une trentaine, à peine entrés dans l'âge adulte, à tenter de percevoir ce qui les attend. Parmi eux, Eddie MacFarlane et son frère cadet, Billy, seulement âgé de 17 ans, sont des engagés volontaires. A grandes rasades de rhum, chacun trompe l'ennui et la peur comme il le peut. Pour faire le fanfaron devant ses camarades, Billy parie deux shillings qu'il regardera la tranchée adverse par l'une des meurtrières. Une balle le frappe alors en plein visage. A peine le temps de se morfondre pour son grand frère. Car il est 7h30. Sous les ordres du lieutenant Hart, ils s'apprêtent à prendre part au premier dispositif d'attaque...

Ils sont nombreux ces visages juvéniles, alors anonymes, dont il s'agit de l'un de leurs tout premiers films. Ils sont nombreux et ils sont crédibles dans leur représentation de gosses touchants de naïveté qui ne concevaient la guerre qu'à travers leurs livres d'Histoire. Certes, la réalisation contient des passages inégaux empreints d'une grande sobriété mélancolique qui tranche mal avec une dénonciation universaliste de l'horreur de la guerre de tranchées. Le tout est néanmoins d'excellente facture pour William Boyd, transfuge du roman au cinéma qui signe avec La Tranchée son premier et unique long-métrage.

 

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UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES

Film français de Jean-Pierre Jeunet (2004)

La romantique Mathilde n'a que 19 ans en cette année 1919. Si la guerre est terminée, elle a définitivement brisée son existence, déjà largement malmenée par sa condition d'orpheline boiteuse. Son Breton de fiancé Manech est mort quelque part sur le front de la Somme, à proximité d'un avant-poste dénommé Bingo crépuscule. Manech fait partie d'un petit groupe de cinq fantassins condamnés à mort par une cour martiale pour mutilation volontaire et abandonnés à leur triste sort à proximité des lignes teutonnes. Mais Mathilde refuse de croire en la mort de son fiancé ; mort pourtant confirmée par tous les vétérans du front. Mathilde se décide à mener sa propre enquête, aidée en cela de M. Pire, détective privé...

On adhère ou non mais l'univers cinématographique de Jeunet ne peut laisser indifférent. Peut-être ne sied-il pas toujours au mieux à un film sur la Première Guerre mondiale. On a parfois l'impression de regarder Amélie Poulain et les Poilus ; le réalisateur faisant de nouveau figurer au casting Audrey Tautou. Il confère néanmoins une extraordinaire originalité qui prend largement, trop ?, ses libertés avec le roman éponyme de Sébastien Japrisot. Le réalisme des premières scènes de combat est époustouflant avant que l'on se perde quelque peu dans une intrigue faisant la part belle à de nombreux personnages secondaires qui compliquent le scénario. Qu'en penser encore une fois, à l'instar des autres films ? Finalement, peut-être est-il difficile de totalement se délecter de tels films qui plongent le spectateur dans un légitime malaise quand on songe à la terreur endurée par ces guerriers.

 

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LA VIE ET RIEN D'AUTRE

Film français de Bertrand tavernier (1989)

Deux années que la Première Guerre mondiale est terminée en ce mois de novembre 1920. Dans une France qui, bien que victorieuse, panse sa plaie béante de plus d'un million et demi de ses enfants morts au combat, le commandant Dellaplane est chargé d'identifier les corps exhumés et les soldats amnésiques dans les régions du Nord de la France. Lors de ses recherches, il fait bientôt la rencontre d'Alice et Irène, deux femmes de condition sociale opposée, cherchant respectivement leur fiancé et mari. D'abord agacé par la présence inepte de ces deux femmes, le commandant et Irène apprennent progressivement à s'apprivoiser. Dellaplane reçoit l'ordre de rechercher quel disparu aura l'insigne honneur d'être inhumé sous l'Arc de triomphe et de devenir le soldat inconnu. Par déontologie, le commandant  s'oppose à sa hiérarchie...

Habitué des films sur l'Histoire, Tavernier livre ici l'une de ses toutes meilleures réalisations. Et qui de mieux que Philippe Noiret pour ce rôle de bourru chef d'une comptabilité macabre chargé de "redonner vie" à une partie des 350.00 soldats Français disparus ? Et de leur redonner vie à tous, et ce contre l'avis d'une hiérarchie politique soucieuse de n'honorer la mémoire que de l'un d'entre eux. L'appropriation et la récupération des destins de ces héros brisés s'avèrent bien plus macabres que la guerre elle-même en fin de compte... Aussi, en filigrane, Tavernier signe-t-il un fort et émouvant réquisitoire contre ces politiciens ventrus de la Troisième république déjà affairés à s'engraisser et se remettre aux affaires comme si de rien n'avait été. Un chef-d'œuvre à voir impérativement !

Virgile / C.N.C.

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