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23/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Féminisme

Les seins nus des Femen n'auront pas suscité le désir dans nos milieux ! Leurs actions à Notre-Dame de Paris et aux Manifs pour Tous n'auront pas plaidé en leur faveur et elles ne réclamaient pas notre enthousiasme non plus. Les militants de nos milieux, plus habitués aux nervis gauchistes ou aux forces de l'ordre, comptent dorénavant parmi leurs traqueurs les célèbres sextrêmistes aux seins nus. Qu'elles ont de jolis par ailleurs ! Les Romains savaient apprécier le nez de Cléopâtre après tout... Par contamination virale, l'antifemenisme s'est mué en un antiféminisme, couvrant d'un même opprobre la moindre remarque féminine perçue comme activiste. L'antiféminisme apparaît alors plus que jamais comme l'anti-Affaire Dreyfus. Or, l'irruption des Femen dans les rues parisiennes en 2012 aura surtout mis en évidence la pauvreté du débat dans nos cercles sur la question de la femme dans nos sociétés. Entre ceux qui estiment que la Femme a acquis tous ses droits et ceux qui ne cachent pas leur souhait de voir sa condition être rétrogradée au domicile, la conversation n'a pas de quoi fouetter une chatte ! Et soudain, Cologne inaugure une longue litanie de villes européennes, dans lesquelles des femmes blanches symbolisent le plus précieux butin de guerre en cette soirée de la Saint-Sylvestre. Le Taharrush gamea constitue la dernière trouvaille d'envahisseurs toujours plus prompts à tester la capacité de résistance des peuples européens. Et ils ne seront pas déçus ! Passons sur les déclarations des classes politiques européennes, hommes et femmes confondus, qui minimisent les évènements de la manière la plus effroyable maintenant qu'il n'est plus possible de les cacher. Pour les féministes aussi, il y aura un avant et un après Cologne. Car les réactions les plus odieuses proviennent bien de celles qui se revendiquent être à la pointe du combat pour la défense de la Femme. Certes, il est vrai que les migrants n'ont pas le monopole des agressions physiques et sexuelles commises contre les femmes et que la dénonciation de ces violences est la partie immergée de l'iceberg qui maintient sous l'eau d'autres discriminations moins visibles. Mais en refusant de percevoir la montée de l'islamisme comme un péril pour la condition féminine, les féministes viennent de dévoiler l'imposture de leur mouvement contemporain. L'embourgeoisement du prêt-à-penser féministe vient de sonner son glas et Cologne sera son tombeau sur lequel danseront les agresseurs. Et ils auront bien raison d'en profiter puisque les prétendues héritières de Simone de Beauvoir ne s'émeuvent des viols et attouchements que parce qu'ils ne sont pas le fait de la bête immonde. Il semblait pourtant qu'une main dans une culotte restait une main dans une culotte ! Non ! Les féministes ont admis que la gravité des actes serait désormais graduée selon l'origine des auteurs... Ce 31 décembre, l'Homme redécouvre brutalement que l'intégrité de la femme ne constitue nullement un acquis. Et pour l'homme européen, y aura-t-il aussi un avant et un après Zurich, Helsinki ? Les questions de la place et de la condition féminines dans nos sociétés du troisième millénaire comptent parmi les plus difficiles à aborder tant les réactions sont épidermiques. Le féminisme est-il une lutte des sexes qui viendrait s'agglomérer à la lutte des classes englobée dans un choc des civilisations ? Consiste-t-il à doter les femmes d'un pénis et offrir un pubis aux hommes ? Peut-être est-il un tort de battre en brèche la légitimité du questionnement sur l'existentialisme féminin... N'est-il finalement pas reproché aux femmes de penser leur rôle sociétal là où l'Homme a abdiqué sa réflexion et accepté son aliénation ? Seul le droit de vote des femmes ne semble être remis en cause par personne. La classe politique française, si prompte à donner la leçon, oublie d'ailleurs volontiers que celui-ci, accordé en France en 1944, le fut après d'autres Nations bien moins droits de l'hommiste, telles que le Salvador, Cuba, le Sri Lanka, la Mongolie et bien d'autres. Et aujourd'hui encore, le salaire des femmes est inférieur de 20% à celui des hommes. Il s'en trouve d'ailleurs pour justifier cela sans se poser la question de savoir à qui profite le crime ? Bien évidemment pas à la Femme. Mais à l'Homme non plus... A qui alors ? Le Capital, lui, se réjouit de justifier cette différence par les absences répétées pour cause de maternité, de la même manière qu'il jouit de l'arrivée massive des praticiens du Tamarrush gamea pour payer des salaires encore plus faibles que ceux des autochtones. Il n'y a pas de petites économies ! D'aucuns rêveront d'une société idéale ou la Femme échappera à l'aliénation par le travail en s'activant aux fourneaux. Lointaine chimère désormais que l'avènement du capitalisme a balayé depuis bien longtemps. Sans risquer le pilori, il faudra bien un jour se poser certaines questions que se posent les féministes, et justement sans elles puisqu'elles sont mortes bien qu'elles ne le sachent pas encore. Refuse-t-on de penser le socialisme à cause du Parti Socialiste ? Mais passons au cinéma.

 

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LA BELLE SAISON

Film français de Catherine Corsini (2015)

1971, Delphine travaille dans la ferme parentale de la campagne corrézienne. Ses parents verraient d'un bon œil qu'elle épouse Antoine, un agriculteur voisin amoureux de la jeune femme. La réciprocité sera difficile car Delphine aime les femmes. Lorsque sa petite amie lui annonce son prochain mariage avec un homme et son désir d'une vie normée, Delphine, désemparée, gagne la capitale afin de s'émanciper de la tutelle parentale et devenir autonome financièrement. A Paris, elle assiste à une curieuse scène lors de laquelle un groupe de femmes met la main aux fesses des hommes en hurlant des slogans féministes. Elle fait ainsi la connaissance de Carole, parisienne au fort caractère et militante du Mouvement de Libération des Femmes de la première heure. Delphine intègre la lutte féministe en même temps qu'elle tombe éperdument amoureuse de Carole qui est en couple avec Manuel...

Mélange de Brokeback Mountain et de Vie d'Adèle pour ses scènes de sexe, La Belle saison énonce clairement son souhait de faire fusionner la défense des droits des femmes et la volonté de vivre comme elles l'entendent. Au point que Corsini risque de créer l'amalgame entre féminisme et homosexualité, fait rare du cinéma féministe. Si le film contient tous les thèmes de la lutte pour l'égalité des sexes, et s'il illustre parfaitement l'incompréhension masculine, au sein du monde patriarcal et rural, quant à l'émancipation des femmes, il s'agit aussi d'une histoire d'amour passionnelle entre deux femmes. Le scénario peut apparaître parfois un peu faible. Mais notons, en revanche, l'excellent travail documentaire sur la période des débuts du M.L.F. Le tumulte des assemblées générales, meetings, manifestations et autres actions féministes est, au final, bien rendu. Film assez intéressant pour comprendre la genèse du féminisme contemporain.

 

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LA DOMINATION MASCULINE

Documentaire français de Patric Jean (2009)

Dans une clinique, des chirurgiens pratiquent des opérations d'élargissement du pénis. Le vendeur d'un rayon jeux explique de quelle manière les industriels sexualisent les jouets. A Montréal, un forcené séquestre une classe entière avant de libérer les garçons et abattre toutes les filles. Son mobile ? Une haine tenace des femmes qu'il juge prendre la place des hommes dans la société. Au milieu de tout cela, un nombre conséquent de témoignages et de confrontations des différents points de vue. Hommes et femmes s'expriment devant la caméra et exposent leurs motivations diverses, parfois à contre-courant. Des hommes "féministes" admettent l'existence de la domination masculine et acceptent la nécessaire émancipation de la Femme. Egalement, des femmes, parfois d'extraction bourgeoise, qui avouent leur attirance pour un compagnon dominateur. Et bien évidemment, des positions plus conventionnelles avec des femmes qui dénoncent l'inégalité des sexes et des hommes revendiquant la place de la femme aux fourneaux...

"Je veux que les spectateurs se disputent en sortant de la salle", indiquait le réalisateur. Pari réussi ! Faites l'expérience avec votre moitié ! Il est vrai que le documentaire pousse à la réflexion et chacun dans ses ultimes retranchements. De même, il pointe le décalage entre la pensée et la concrétisation du comportement de chacun. Certains passages sont drôles, d'autres dramatiques ou surprenants tel ces hommes, membrés normalement, rêvant d'un plus gros pénis ; comportement ultra-minoritaire certes. A l'inverse, les propos féministes tenus par d'autres hommes seront perçus comme la provocation ultime. Le début du sujet est habile en ouvrant son propos sur les hommes, eux-mêmes victimes de la domination masculine et ses ravages. Le réalisateur souhaite embrasser tous les aspects de la soumission des femmes. Et c'est là qu'il devient parfois brouillon. Le film a au moins le mérite de provoquer le débat. Le titre du documentaire est naturellement emprunté à l'ouvrage sociologique de Pierre Bourdieu.

 

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FOXFIRE, CONFESSIONS D'UN GANG DE FILLES

Film franco-anglo-canadien de Laurent Cantet (2012)

En 1955, dans un quartier populaire d'une petite ville du Nord de l'Etat de New York. D'allure garçonne, Legs est révoltée par le conformisme mièvre de la société américaine et les injustices sociales. L'adolescente regroupe bientôt autour d'elles de jeunes disciples féminins. Legs, Maddy, Rita et Goldy créent une société secrète, Foxfire. Leur but ? Se venger de toutes les humiliations infligées par les hommes, combattre le machisme et la domination masculine. Mais surtout, faire vivre la société secrète selon ses propres lois. Aux petits délits, se succèdent des méfaits plus graves. Le clan s'agrandit et les dissensions internes sur la manière de réaliser l'utopie ne tardent pas à venir. La solidarité se rétablit après que Legs soit condamnée à purger une peine de quelques mois dans une maison de redressement. A sa sortie, Legs a un rêve : acheter une ferme dans laquelle Foxfire subsistera en toute autonomie. Mais le projet n'est pas si simple à pérenniser...

Seconde adaptation cinématographique du roman de Joyce Carol Oates à la mise en scène sobre. Le Foxfire de Cantet est, en cela, largement supérieur à celui d'Annette Haywood-Carter avec Angelina Jolie qui campe difficilement une femme en pleine rébellion. Les Foxfire, ce sont un peu des Femen avant l'heure qui gardent leurs vêtements. Les jeunes filles sont en tout cas à l'extrême opposé du féminisme soixante-huitard qui triomphera peu après. En adoptant la violence et un mode de vie communautaire, ces adolescentes écorchées vives exaltent le triomphe de la fureur juvénile révolutionnaire. Le gang réagit ainsi à des pulsions instinctives et ne fait que peu de cas des théories féministes. Le réalisateur parvient facilement à susciter l'empathie du spectateur à l'égard de cette révolte de lutte des sexes, doublée d'une lutte des classes, dont on devine aisément qu'elle se terminera mal. Et Cantet distille avec adresse les thèmes de l'homosexualité féminine et du racisme lorsque se pose le débat sur l'intégration au gang d'une jeune noire. Est-ce un film féministe d'ailleurs ? Cantet dirige avec talent nombre de jeunes actrices, vierges de toute expérience cinématographique.

 

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LES SUFFRAGETTES

Titre original : Suffragette

Film anglais de Sarah Gavron (2015)

A Londres, en 1912, Maud Watts est une jeune blanchisseuse travaillant dans des conditions exécrables sous la surveillance de contremaîtres masculins. Tandis qu'elle livre du linge dans une demeure, elle aperçoit une manifestation de suffragettes durement réprimée par la police. Attirée, elle s'engage progressivement dans l'Union Sociale et Politique des Femmes, dirigée par Emmeline Pankhurst. Maud ne tarde pas à payer son engagement militant. Mise à la porte par son mari, les difficultés sont nombreuses pour maintenir le lien avec son petit garçon. Qu'à cela ne tienne ! Maud n'abandonnera pas la lutte. L'insuffisance des manifestations pacifiques contraint les jeunes femmes à entrer dans la clandestinité. Les réactions du gouvernement sont proportionnelles à la radicalité accrue des actions des suffragettes. En butte à l'incompréhension de leurs maris, elles savent qu'elles peuvent tout perdre, leur travail, leur famille. Parfois leur vie...

Fruit d'un travail historique approfondi sur le mouvement des suffragettes, l'œuvre de Gavron dresse un remarquable panorama de la condition féminine du Londres du début du vingtième siècle ; l'accent cockney des actrices en moins. Si l'on peut qualifier la présente réalisation de film historique, le personnage de Maud Watts est, quant à lui, fictif. Aussi, la reconstitution est-elle soignée bien qu'elle n'échappe pas, parfois, à un certain manque de spontanéité. Plus de lâcher-prise dans la réalisation eût pu être souhaitable. On a du mal à imaginer comment des femmes engoncées dans de tels vêtements pouvaient pratiquer une lutte aussi radicale. 1918, les femmes propriétaires de plus de trente ans obtiennent le droit de vote, bientôt élargi sans conditions dix ans plus tard. L'action des suffragettes a joué un rôle déterminant, en même temps que le concours manufacturier des femmes dans la victoire de 1918. Un film poignant, peut-être un peu trop court !

 

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THELMA ET LOUISE

Titre original : Thelma and Louise

Film américain de Ridley Scott (1991)

Thelma Dickinson et Louise Sawyer sont deux amies qui s'ennuient fermement dans leurs vies monotones. Thelma mène ainsi une vie morne de mère au foyer sous la coupe de Darryl, époux machiste et violent, tandis que Louise, serveuse dans un snack qu'elle ne supporte plus, est délaissée par son petit ami Tommy. Louise convainc son amie de s'offrir un week-end en célibataires sur les routes désertes de l'Arkansas. Sans trop savoir pourquoi, la serveuse emporte un revolver. Les deux amies s'arrêtent dans un dancing. Thelma a l'impression de recouvrer sa liberté. Alcoolisée, elle suit un homme ivre sur le parking qui tente de la violer. Louise arrive à temps avec son revolver. Face à la vulgarité et l'agressivité de l'homme, elle appuie sur la gâchette. Refusant de se rendre à la police, la meurtrière emmène Thelma dans une cavale improvisée en direction du Mexique. De nombreux policiers se mettent à la poursuite de la Ford Thunderbird décapotable...

Curieuse anomalie dans la filmographie de Scott, le réalisateur met en lumière deux femmes frustrées de leur existence terne dont la soif de liberté est vite rattrapée par la fatalité sur un minable parking. Avec Susan Sarandon en femme de fort caractère mais sans grande intelligence et Geena Davis en minette plus légère et ingénue, le tandem fonctionne à merveille. C'est dans la violence qu'elles vont acquérir leur liberté et l'accomplissement d'elles-mêmes. Et si la précipitation des évènements les entraîne dans une spirale infernale de laquelle elles ne parviennent plus à sortir, au moins sont-elles désormais actrices de leur vie. En répondant par les armes à la violence masculine, l'œuvre est devenue l'un des films cultes des féministes les plus radicales. Le film ne faillit jamais voir le jour devant la méfiance des producteurs ultra-majoritairement masculins. Il est vrai que les hommes n'y ont pas le beau rôle ! Ce scénario a fait des émules depuis... Les plans sont, enfin, très convaincants et que dire des sublimes décors de l'Ouest américain !

 

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LA VICTOIRE DES FEMMES

Titre original : Josei no shori

Film japonais de Kenji Mizoguchi (1946)

1945, la reddition du Japon impérial favorise la sortie de prison de nombre de figures progressistes hostiles à Hiro Hito et considérées jusqu'alors comme des criminels politiques. Parmi elles, Keita est l'amant de la jeune avocate Hiroko. Les retrouvailles sont tendes entre les amants bien que Keita soit affecté par une grave maladie. Hiroko accepte de défendre une pauvre veuve qui a provoqué par inadvertance la mort de son bébé. La mère est accusée d'infanticide par le procureur qui n'est autre que le beau frère de Hiroko. Par crainte du scandale, le procureur somme sa belle sœur de renoncer à la défense de sa cliente. Déchirée entre son devoir familial et sa conscience professionnelle, la jeune avocate décide, après réflexion, de conserver la défense de la mère. De surcroit, prenant conscience de la condition féminine sur l'archipel nippon, Hiroko entend bien que ses plaidoiries servent la cause de la libération des femmes...

Mizoguchi fut marqué de manière indélébile par la vente de sa sœur par son père. Le cinéaste prolixe qu'il devint consacra la majorité de son œuvre à la place de la femme au sein de la société japonaise. La présente réalisation est loin de figurer parmi les plus beaux films de l'auteur. Elle n'en constitue pas moins une œuvre intéressante dans sa triple dénonciation d'une société qu'il juge trop archaïque. Par le biais de l'avocate Hiroko, le réalisateur condamne la rigueur d'une caste judiciaire qui entend maintenir coûte que coûte son statut élitaire en jugeant de manière arbitraire le petit peuple. L'argent également qui gangrène progressivement l'un des futurs fleurons du capitalisme et favorise le creusement des inégalités sociales. La femme, enfin, évidemment, qui apparaît sans défense face au système patriarcal et est condamnée d'avance, à l'image de la mère accidentellement infanticide. Cette mère qui est le point d'ancrage de Hiroko dans sa volonté d'entamer sa rébellion morale contre l'injustice.

 

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WE WANT SEX EQUALITY

Film anglais de Nigel Cole (2010)

Le printemps 1958 en Angleterre. Rita O'Grady, ouvrière de la succursale de l'usine Ford de Dagenham, découvre que les femmes sont moins bien payées que les hommes. Poussée par le syndicaliste Albert Passingham, elle enjoint les 187 couturières chargées de l'assemblage des revêtements des sièges autos à se mettre en grève pour la première fois, malgré l'hostilité de la majorité des syndicalistes. Leur revendication est simple. A travail égal, salaire égal entre les sexes ! Les femmes apprennent sur le tas la manière de monter des piquets de grève et confectionner des banderoles. Galvanisées par Rita, leur discours s'affermit en même temps qu'elles prennent confiance en elles. Déterminées à aller jusqu'au bout, Rita et ses collègues se battent malgré l'hostilité de la maison-mère de Detroit qui somme la direction de Dagenham à faire cesser l'agitation des jupes...

Film librement inspiré de la révolte des ouvrières de Dangenham qui aboutit à l'Equal Pay Act de 1970 et consacra l'égalité salariale entre hommes et femmes. La réalisation de Cole montre parfaitement les réactions que suscitent les révoltes du pot de terre contre le pot de fer. La grève suscite tout d'abord la moquerie des hommes, dont les époux de ces dames, puis l'incompréhension devant leur détermination et, enfin, l'hostilité lorsque l'action des grévistes provoque l'arrêt des chaînes de montage et la mise au chômage technique des 50.000 ouvriers pendant trois semaines ; Dagenham constituant la plus grande usine d'Europe de l'époque. Une partie de la gente masculine s'inclinera devant leur courage. Un film pimpant, drôle et truculent, en opposition au légitime pathos de ce type cinématographique. Un film glamour également. Trop peut-être ! On imagine mal les ouvrières du lointain East End si sexy... Passons ! La kyrielle d'actrices acidulées sont toutes plus à l'aise les unes que les autres. Une comédie sociale efficace comme les Anglais savent si bien les faire. Attention Messieurs, il se pourrait que vous appréciiez ces femmes !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

16/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur les Animaux

Le dodo est un gros oiseau qui pouvait peser jusque quatorze kilos et dont l'habitat endémique se situait sur l'Île Maurice. Découvert par l'homme en 1507, l'espèce disparut en 1681. Beau record ! Le dodo est le premier d'une longue litanie d'espèces animales anéanties. Une accélération notoire est à l'œuvre depuis le début du 20ème siècle. Le loup de Tasmanie, le rhinocéros noir d'Afrique de l'Ouest, le grand pingouin de Californie, le dauphin de Chine, plus près de nous, le bouquetin des Pyrénées... Liste non exhaustive. Depuis 1964, ce ne sont pas moins de quatorze espèces qui ont disparu. La prochaine pourrait être le lynx des Vosges qui comptabilise moins de dix individus aujourd'hui. Tous les biotopes sont concernés et englobent mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, insectes, crustacés, mollusques et autres oiseaux dans leur lente agonie. Les meilleurs zoos jouent bien un rôle de préservation mais il s'apparente à des unités médicales de soins lourds symbolisant des antichambres de la mort. Ces extinctions se poursuivent dans l'indifférence générale de nos élites qui ne cessent de chanter la diversité que pour mieux participer au meurtre. Comment ne seraient-elles pourtant pas au courant que détruire la biodiversité, c'est accélérer l'agonie de l'humain ? Pollution industrielle, déforestation, utilisation de pesticides et insecticides, pratique de l'openfield, extension urbaine réduisant les zones naturelles, augmentation de la circulation automobile, chantage économique et social pour une pêche déraisonnée, incapacité de l'Afrique à ne pas se livrer au trafic d'ivoire pour le compte de riches Russes et Chinois, si les causes sont nombreuses, toutes ont pour centralité originelle l'activité humaine. Le flou entretenu autour du réchauffement climatique a peut-être bon dos pour mieux masquer la réalité. Vous souhaitez que vos enfants admirent hérissons, renards, loutres, lièvres et autres petits rapaces ? Le bas côté des routes se lit tel un animalier macabre ! Surgit alors la question taboue ultime : quand l'humanité sera-t-elle trop nombreuse ? L'est-elle déjà ? Et si l'animal qui vengera Dame Nature était ce minuscule insecte qu'évoque Jean-Christophe Vié dans son ouvrage Le jour où l'abeille disparaîtra..., sous-titré L'homme n'aura plus que quatre années à vivre ? Maître-sorcier de l'ensemble de la chaîne alimentaire, l'Homme est désormais incapable de déterminer la place de l'animal auprès de lui. Roi de l'ensemble des terres immergées, animé des plus noirs desseins quant à sa possession des espaces sauvages, l'Homme pervertit également sa relation aux animaux de compagnie. Des oiseaux exhibés comme des trophées chantant dans de minuscules cages et des chiens infantilisés et habillés, arborant couleur et brushing ou autres chiens-objets abandonnés lorsque devenus trop encombrants. Certes, cette description est excessive et minoritaire, mais il est un fait que l'Homme humanise l'animal en même temps qu'il se déshumanise lui-même et redevient un animal de consommation, un anima consumens régi par des pulsions primaires non plus déterminées par des gènes instinctifs mais par le marketing. Hydre froide de la gouvernance alimentaire, le capitalisme rationalise notre rapport à l'animal à coup de broyage de millions de poussins vivants ou de techniques d'abattages que ne renieraient pas des combattants de Daesh. L'animal n'aurait donc qu'une fonction alimentaire, utilitaire ou décorative ? Faux débat qui oppose l'Homme omnipotent et régissant la Nature à l'écueil exterminationniste visant à l'anéantissement de l'Homme par la non-reproduction. C'est à lui qu'il incombe de retrouver sa place en premier lieu face à des sociétés animales et idéales, interdites à la décadence et dont la dégénérescence est le produit de celui-ci. Il n'est pas le fruit du hasard que le Mouvement d'Action Sociale arbore la fourmi ! Et ce, malgré l'incapacité congénitale de nos milieux à aborder ces problématiques vitales jugées mineures. L'occasion de sortir des sentiers battus des sempiternelles questions réductrices du végétarisme et de la chasse qui apportent pour toute réponse de poser un sparadrap sur la plaie d'un homme en état de crise cardiaque. La solution est simple et les méthodes compliquées : abattre le capitalisme et revenir à une subsistance grégaire reliée à la Nature. Un cinéma contribue à la mise en valeur de cette biodiversité à l'aide de prouesses techniques extraordinaires et offre l'occasion d'une grosse bouffée d'air. Et rappelle que la vengeance est un plat qui peut se manger froid et que nous pourrions être ce plat...

 

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BAXTER

Film français de Jérôme Boivin (1988)

Baxter est un bull-terrier à la splendide robe blanche immaculée. Mais Baxter n'est pas un chien comme les autres... Il pense et est doué de la capacité de se faire une opinion de l'espèce humaine et de ses maîtres. Et le chien méprise les hommes qui ne le comprennent pas. Sa première maîtresse est une vieille dame qui ne supporte pas que son animal soit éloigné d'elle. Baxter s'ennuie et se sent seul. Persuadé qu'il a un maître à trouver, il précipite leur séparation et provoque sa mort. Le bull-terrier est alors recueilli par un jeune couple qui le délaisse à la naissance de leur enfant. Baxter est déçu de leur comportement. Le canidé trouve en le jeune Charles son véritable maître. Le jeune homme est de nature irascible et fasciné par le national-socialisme...

A la vision du film de Boivin, vous ne regardez plus un bull-terrier de la même manière. Et surtout, vous vous persuaderez qu'un bull-terrier ne vous regarde pas de la même manière qu'un autre chien. L'idée du scénario est proprement géniale. Un chien juge la condition humaine ! Les réflexions du chien sont connues grâce à une voix off. Et voilà Baxter juger ceux qui pensent qu'il ne pense pas. Et le chien n'est pas tendre envers l'Homme. Au point que le canidé fasse payer l'Homme de le décevoir par le meurtre. Car Baxter a des passions, des sentiments mais aussi des pulsions. Et pas des moins inquiétantes... La réalisation est sobre mais efficace. Le jeu des acteurs est inégal certes. Une vraie réussite néanmoins malgré le manque de moyens ! Glaçant !

 

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DANSE AVEC LUI

Film français de Valérie Guignabodet (2007)

La trentaine, Alexandra voue une passion aux chevaux, en même temps qu'elle est une cavalière émérite lorsqu'elle pratique le concours d'obstacle. Sa vie sentimentale s'avère moins simple. La jeune femme apprend que son mari la trompe et s'apprête à la quitter pour rejoindre son amante enceinte. Le drame s'accentue encore lorsqu'une grave chute la contraint d'euthanasier son cheval. Alexandra est conduite à l'hôpital lorsque son mari infidèle décède dans un accident de la route tandis qu'il la rejoignait à la clinique. Une longue hospitalisation est nécessaire pour effacer les blessures physiques auxquelles se superposent celles psychologiques. La jeune femme n'a plus le courage d'aimer, de vivre, ni de remonter à cheval. Trois ans plus tard, Alexandra tombe en panne d'essence à proximité d'une écurie abandonnée. La jeune femme fait bientôt la rencontre du Colonel, vieux maître d'équitation misanthrope, et de son cheval blanc...

Une jeune femme cabossée par la vie ressuscite, ou remet le pied à l'étrier, grâce à une certaine forme d'équithérapie. Si les premières dizaines de minutes, trop lourdes de pathos, laissent présager le pire et, si le sujet est traité avec une simplicité qui tombe parfois dans la facilité, l'ensemble s'améliore ensuite considérablement. Le scénario paraîtra peut être convenu et un peu niais. De même, les destinées sentimentales de l'héroïne abîmée sont parfois mal venues. Les défauts du film sont finalement pardonnables. L'intrigue sert surtout de prétexte à filmer la grâce du cheval de dressage, de même que la complexité de la relation entre l'animal et son cavalier. Et ça, Guignabodet le fait merveilleusement bien. Il est aisé de deviner l'amour de la réalisatrice pour les chevaux. Mathilde Seigner y est évidemment très à l'aise ; Samy Frey également. Le film ravira tous les amoureux de ce noble animal.

 

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JE SUIS UN SOLDAT

Film français de Laurent Larivière (2015)

Sandrine a trente ans lorsqu'elle est contrainte de quitter Paris et regagner le domicile parental roubaisien. Elle ne peut longtemps cacher la vérité sur sa nouvelle condition de sans-emploi. Le retour dans le cocon familial n'arrange personne ; sa sœur et son mari, également dans la précarité, occupant déjà sa chambre. Sandrine accepte de travailler avec son oncle Henri dans un chenil non loin de chez ses parents. Le travail est rude et sale mais la jeune femme, corvéable à merci, s'accroche. Très vite, elle s'aperçoit que le chenil constitue une plaque tournante du trafic de chiots en provenance d'Europe de l'Est, via la Belgique, et vendus au poids. Dans ce milieu pourtant masculin, Sandrine ne tarde pas à acquérir le respect de tous et parvient à s'imposer comme une fine négociatrice. La réussite "commerciale" de la jeune femme ne l'empêche néanmoins pas de conserver un regard amer sur son activité...

Pour un premier long-métrage, c'est parfaitement réussi ! On peut craindre le pire d'une film sur le trafic d'animaux. Larivière le fait tout en nuances, suggérant plus que montrant la sordidité du trafic en matière de maltraitance et fraude aux vaccins et sur les dates de naissance. Le présent film tient autant du drame familial que de la chronique sociale. Jean-Hugues Anglade est remarquablement à la hauteur en spéculateur éhonté de petites boules de poils qui achète la crédulité de sa famille à coups de liasses de billets. Cheveux courts, combinaison et bottes en caoutchouc, Louise Bourgoin est génialement méconnaissable en jeune femme, actrice lucide de sa descente aux enfers socioprofessionnelle. Gageons que ce film puisse faire ouvrir les yeux sur ces trafics bénéficiant d'une curieuse impunité... Enfin, si Louise Bourgoin est assurément très belle toute nue, la scène est parfaitement injustifiée et gâche quelque peu la fin. Un film à voir absolument !

 

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JONATHAN LIVINGSTONE, LE GOELAND

Titre original : Jonathan Livingstone Seagull

Film américain de Hall Bartlett (1973)

Jonathan Livingstone est un magnifique goéland argenté qui poursuit un rêve unique : voler toujours plus haut. Toujours plus haut et toujours plus vite au point de risquer sa vie. Aussi, l'oiseau se blesse-t-il gravement lors de l'un de ses vols. Ses pairs jugent Livingstone trop orgueilleux et dangereux. L'insouciance le pousse à raconter à son clan que le goéland peut effectuer des vols nocturnes. Cette révélation sonne son glas ! Livingstone est banni de la tribu par les anciens qui considèrent qu'il a définitivement brisé la loi. Volatile désormais solitaire, Livingstone erre de mer en mer et entame un long voyage initiatique à la découverte de lui-même. Sa rencontre avec Chian, vieux sage d'une autre tribu de congénères, change radicalement son destin. Le sage initie l'oiseau fougueux à la mystique de la perfection physique et spirituelle bouddhiques.

"Plus nous volons haut, plus nous paraissons petits à ceux qui ne savent pas voler." Livingstone est cet oiseau nietzschéen qui méprise de voir ses congénères se battre pour des débris de poissons jonchant les ports parmi les ordures. L'œuvre anthropomorphisée de Bartlett est d'une beauté onirique fascinante. Formidable ode écologiste et païenne notamment dans sa seconde partie, dont l'enseignement mystique constitue une plaisante synthèse métaphysique des textes bouddhiques enseignant le Dharma, que d'aucuns jugeront parfois trop bavarde. Vingt-huit ans avant Le Peuple migrateur, on reste ébahi devant le défi fou de Bartlett de mettre en scène des oiseaux sauvages, avec beaucoup d'astuces dans les trucages, et construire un scénario sans l'intervention d'aucun acteur. Le film est bien évidemment issu du roman éponyme de Richard Bach. La bande originale de Neil Diamond est parfaite de circonstance. Grisant à se vouloir être Icare...

 

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LES OISEAUX

Titre original : The Birds

Film américain d'Alfred Hitchcock (1963)

Melanie Daniels est une jolie jeune femme de la bourgeoisie de San Francisco. Une oisellerie est le lieu de sa rencontre avec un séduisant avocat, nommé Mitch Brenner. Cherchant un prétexte pour le revoir, Melanie se déplace jusque Bodega Bay apporter à Brenner le couple d'inséparables qu'il souhaitait offrir à sa jeune sœur Cathy. Lors de son arrivée, Melanie est légèrement blessée par une mouette peu avant son débarquement du canot. Attitude surprenante de l'oiseau mais très certainement anodine... Pas tout à fait ! La paisible cité californienne est victime d'étranges phénomènes qui interdisent la coïncidence. Les attaques de volatiles se multiplient. Un homme est retrouvé mort à son domicile les yeux dévorés et entouré de cadavres d'oiseaux. Les enfants subissent un raid de corbeaux à la sortie de l'école. Le centre ville ressemble à une zone de guerre que détruit un gigantesque incendie provoqué par de similaires attaques. L'Apocalypse semble frapper Bodega Bay. Melanie, Cathy et Mitch se réfugient dans la demeure de Madame Brenner. Plusieurs milliers d'oiseaux cernent la bâtisse et passent à l'attaque...

Issus d'une nouvelle de Daphné du Maurier, Les Oiseaux peuvent être considérés comme l'ultime chef-d'œuvre de Hitchcock, réalisateur prolixe à la filmographie néanmoins inégale. Le scénario est d'une simplicité de tête-de-moineau mais facilite la concentration du regard sur l'horreur apocalyptique des attaques. Et la réalisation maintient une tension allant crescendo tout au long du film. Comment un animal aussi banal qu'un oiseau peut-il se muer en meurtrier ? Quel sens donner à cette épouvante ? L'orgueil et l'insolence de l'Homme méritent-elles un châtiment pouvant épouser mille visages ? Dont celui de la vengeance des volatiles ? Face à ce phénomène inexplicable, Hitchcock présente remarquablement l'éventail des réactions d'une population terrorisée et meurtrie, de la couardise à la solidarité ou l'inconscience. La fin eut pu, en revanche, être mieux travaillée. Quelle prouesse en tout cas lorsque l'on sait que 28.000 oiseaux, mouettes, corbeaux corneilles, moineaux et autres bruants, furent dressés trois ans avant le début du tournage ! Et les effets spéciaux sont extraordinaires pour un film si ancien. Un chef-d'œuvre du film d'angoisse !

 

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L'OURS

Film français de Jean-Jacques Annaud (1988)

La Colombie britannique. Youk est un ourson sur lequel sa mère veille précieusement. Un éboulement rocheux écrase l'adulte. Désespérément, Youk tente de déblayer les rochers autour de sa mère avant de devoir se rendre à l'évidence. Elle ne se relèvera plus. Désormais orphelin, l'ourson court un grand danger. Il est heureusement bientôt recueilli par Kaar, vieil ours solitaire qui l'initiera à l'apprentissage de la vie et corrigera sa maladresse et l'inconscience de son âge. Les rapides, chutes vertigineuses et piqûres d'abeilles ne constituent désormais plus qu'un lointain danger. Reste le péril humain symbolisé par deux chasseurs, Bill et Tom, lancés à la poursuite des plantigrades et bien décidés à vendre la peau de l'ours. Les hommes parviennent à se rapprocher au point que Tom tombe nez à nez avec Kaar. Le chasseur prend conscience de la force de l'animal et qu'il ne remportera pas la victoire...

Comme Jonathan Livingstone, L'Ours est un film dans lequel les réactions animales sont anthropomorphisées, trop peut-être d'ailleurs, nuisant par là même à l'essence sauvage de l'animal. Film pour les enfants de prime abord, la réalisation d'Annaud se révèle néanmoins très réaliste quant à la cruauté de la chaîne alimentaire et la nécessaire défense de l'ours contre ses prédateurs que sont les pumas ou chiens de chasse. D'aucuns jugeront le scénario trop moralisateur et manichéen entre la gentille faune et les méchants humains mal caricaturés. Pourquoi pas après tout ? La France est un bien mauvais élève dans ce domaine. Aussi, rappelons-nous de l'ourse Cannelle, dernier individu de souche pyrénéenne, abattue à la Toussaint 2004 par le chasseur René Marquèze. Invoquant la légitime défense, Marquèze et ses sbires n'admettront jamais qu'il puisse exister des territoires sur lesquels l'animal règne et non l'homme. Cannelle aussi invoquait la légitime défense. L'ours, mais aussi le loup, la France est un pays qui se montre incapable de cohabiter avec la faune prédatrice d'élevages ? Concluons sur ce bon film qui se veut une ode à la biodiversité et à la persistance de territoires animaliers.

 

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WHITE GOD

Titre original : Fehér isten

Film germano-suédo-hongrois de Kornél Mundruczó (2014)

Budapest dans un futur proche. Âgée de treize ans, Lili est contrainte de passer trois mois chez son père Daniel. Hagen, le chien de Lili, dont elle est inséparable, est confié par l'ex-épouse de Daniel, en même temps que sa progéniture. Le père n'apprécie guère la compagnie du chien. A plus forte raison parce que l'Etat crypto-fasciste hongrois cherche à favoriser les chiens de race pure et impose le recensement des chiens bâtards dont il taxe la possession sous peine de confiscation et mise en fourrière dans des refuges déjà bondés. Comme nombre de propriétaires de chiens sans pédigrée, Daniel abandonne Hagen sur le bord d'une route malgré les supplications de sa fille. Tandis que Lili, effondrée, cherche à retrouver à tout prix son chien, Hagen doit échapper aux multiples camionnettes qui patrouillent en ville en vue de la capture des chiens errants. Livré à lui-même, Hagen découvre la cruauté humaine et prend la tête d'une meute de chiens vagabonds prêts à la révolte...

Film en deux parties distinctes. La première, plus psychologique, approfondit les rapports père-fille, tandis que la seconde applique une mise en scène crue et violente sur la clandestinité canine qui, malgré quelques lourdeurs, ne manque pas d'ingéniosité. Au son de la Rhapsodie hongroise n°2 de Franz Liszt, le téléspectateur est habilement enjoint à choisir le camp de la révolte. Une révolte anarchique au sein de laquelle les chiens endurent la férocité de la société humaine ; contraints qu'ils sont de se battre entre eux, au cours de scènes chocs, pour le plus grand plaisir des trafiquants et parieurs. Choisis ton camp camarade donc ! Mundruczó a choisi le sien ; lui qui ne se cache pas d'avoir voulu réaliser une allégorie de la politique du gouvernement de Viktor Orbán à l'égard des minorités rom et étrangères. Allégorie maladroite au regard des évènements postérieurs de la gare de Keleti saccagée par les migrants... Nonobstant cette ineptie, le film produit son effet.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

09/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Guerre du Viêt Nam

Le Viêt Nam, c'est tout d'abord un pays concernant lequel personne ne parvient à s'accorder sur l'orthographe... Viêt Nam ou bien Vietnam ? Ou alors Viet Nâm ? Avec ou sans tiret ? Tous les goûts sont dans la rizière ! Mince bande de terre bordant l'extrémité occidentale de la Mer de Chine, le Viêt Nam poursuit son entreprise de déstabilisation issue de l'échec de la France à conserver l'Indochine après les furieux combats de Diên Biên Phu en 1954. Quelques mois plus tard, la République Démocratique du Viêt Nam de Hô Chi Minh, soutenue par le bloc soviétique et la Chine, lorgne sur la partie Sud détenue par le Front National de Libération du Sud Viet Nâm, porté par les Etats-Unis, accompagnés de quelques alliés asiatiques. Voilà le peuple vietnamien pris en otage entre les deux blocs. Fidèles à la logique de guerre froide et sa doctrine géopolitique d'endiguement de la Russie soviétique, les Etats-Unis interviennent massivement dans le conflit. Les tapis de bombes s'avèrent rapidement insuffisants. Dès 1965, plus encore en 1968, les Etats-Unis sont contraints de descendre au sol dans un milieu hostile et fangeux constituant une jungle épaisse. L'offensive du Têt, cette même année, consacre l'enlisement du conflit contre un ennemi imprévisible et invisible surgissant de partout, dont les fameux tunnels de Cŭ Chi. En 1969, ce ne sont pas moins de 500.000 américains présents sur le terrain, englués dans un conflit, perçu comme une impasse, et de plus en plus impopulaire outre-Atlantique. Une fiancée n'écrit plus à son chéri perçu comme un odieux assassin impérialiste. Un vétéran est maculé d'excréments canins par des étudiants gauchistes. Des familles de défunts sont harcelés d'appels faisant part du bonheur procuré par la mort du fils... Dès 1964, la contestation avait grandi au sein des universités et s'était intensifiée après la victoire à la Pyrrhus de la bataille du Têt. Les étudiants d'extrême gauche sont à la pointe du combat ; rejoints également par des vétérans du front eux-mêmes. De Born in the USA de Bruce Springsteen au God Bless America déstructuré de Jimi Hendrix, 500.000 personnes hurlent leur refus du Viêt Nam au festival de Woodstock en 1969. Cette contestation blesse au plus profond de leur âme les GI's. Richard Nixon se persuade d'une nécessaire issue. En 1973, les accords de paix de Paris entérinent le retrait des troupes américaines du Viêt Nam. Deux années plus tard, le Nord lance une offensive d'envergure et envahit tout le pays. Naît la République Socialiste du Viêt Nam tandis que l'ensemble de la péninsule indochinoise, Laos et Cambodge, accompagne ce mouvement d'ensemble et tombe dans l'escarcelle rouge. Plus de 58.000 morts américains ! Le conflit marque durablement de son empreinte la mentalité collective américaine, plus que la Seconde Guerre mondiale, et seuls les attentats du 11 septembre 2001 ont pu constituer depuis un traumatisme similaire. Pourquoi un tel traumatisme ? Première guerre télévisée, le peuple américain s'est lui-même retrouvé immergé dans la jungle. Cette retransmission en direct de la guerre a également favorisé son internationalisation dans le monde. Les étudiants ont joué leur Viêt Nam ! Ainsi en France, tandis que les rouges vouaient un culte à Hô Chi Minh, l'anticommunisme atavique du Mouvement Occident le faisait se ranger derrière la bannière du Front Uni de Soutien au Sud-Viêt Nam, crée et dirigé par Roger Holeindre. Et le moindre faux pas n'était pas permis ! Le 28 avril 1968, faute de service d'ordre suffisant, l'exposition de soutien au Sud-Viêt Nam, du 44 de la rue de Rennes à Paris, est attaquée par une centaine de gauchistes lourdement armés. Treize blessés dont trois graves jonchent le parquet. La France s'achemine tout droit vers Mai 68. Mais revenons à Washington et Los Angeles. Hollywood consacra pas moins de 400 films sur le conflit qui marque un tournant dans la production cinématographique américaine. Fait nouveau, les réalisateurs prennent désormais leurs distances avec la propagande militaire américaine. Hollywood ne célèbrera plus, ou moins, la magnificence de l'action libératrice américaine sur les théâtres d'opération. Et ce pendant près de quatre décennies. Certains de ces chefs-d'œuvre sont à ne pas manquer. L'Apocalypse, c'est maintenant !

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APOCALYPSE NOW

Film américain de Francis Ford Coppola (1978)

1969, le jeune capitaine des Forces spéciales, Willard, est reclus dans une chambre d'hôtel de Saïgon lorsqu'il se voit confier, par le général Corman, l'exécution d'une mission secrète de la plus haute importance : éliminer le colonel Kurtz. Devenu trop gênant, Kurtz est une brute aux méthodes expéditives qui n'a que faire des ordres et s'est taillé un empire, sur lequel il règne en chef absolu, qui s'étend au-delà de la frontière cambodgienne, afin de lutter contre les troupes Viêt Công avec une sauvagerie terrifiante. Willard se lance sur les traces de Kurtz en remontant un fleuve et assiste au bombardement au napalm d'un village vietnamien au seul prétexte que le lieutenant-colonel Bill Kilgore souhaite surfer sur les rives du village. Poursuivant sa mission, Willard ne tarde pas à retrouver l'homme qu'il doit éliminer...

Librement inspiré de la nouvelle Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, Coppola livre une mise en scène grandiose de l'enfer que connurent les troupes américaines dans la jungle indochinoise. Il est vrai que le réalisateur y a mis les moyens matériels et financiers. Plus qu'un simple film de guerre, Coppola filme la guerre dans la guerre. En 1969, les Etats-Unis commencent à douter de l'issue des combats tandis que de nombreuses troupes, livrées à elles-mêmes, deviennent incontrôlables et se livrent à la violence, drogue, prostitution et aux assassinats. Les services secrets décident l'élimination des enfants terribles que l'impérialisme américain a crée. Hollywood ne craint désormais plus de rompre avec la Maison Blanche tant il est vrai qu'Apocalypse Now est tout sauf un film de propagande ! L'un des premiers métrages abordant directement la guerre du Viêt Nam et qui n'a pas volé sa Palme d'or ! Comment ne pas évoquer, enfin, la scène anthologique de l'attaque des hélicoptères américains sur un village au son de l'opéra wagnérien de La Chevauchée des Valkyries que les appareils crachent hauts-parleurs hurlants ?

 

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ENTRE CIEL ET TERRE

Titre original : Heaven and Earth

Film américain d'Oliver Stone (1993)

Au milieu des années 1960, à Ky La, petit village perdu au milieu des rizières. La guerre fait rage entre les troupes gouvernementales du Sud Viêt Nam, soutenues par les Etats-Unis, qui attaquent le jour, et celles du Viêt Công qui reprennent le contrôle des lieux dès la nuit tombée. Lê Ly est une jeune paysanne prise dans la tourmente du conflit. La jeune femme rejoint la guérilla communiste afin de lutter contre les troupes gouvernementales. Bientôt repérée, elle est arrêtée, torturée et violée. Lê Ly parvient néanmoins à s'évader et fuir avec sa mère à Saïgon où la paysanne se met au service d'Anh, un bourgeois citadin. Enceinte de son protecteur, Lê Ly est chassée et se réfugie à Danang, où elle retrouve sa sœur prostituée. C'est à Danang qu'elle fait la rencontre d'un soldat américain, Steve Butler, qui tombe fou amoureux de la jeune femme...

Réalisation inspirée des autobiographies de Le Hy Hayslip, évoquant la vie de l'héroïne avant, pendant et après la guerre du Viêt Nam et constituant le dernier volet de la trilogie que consacra Stone au conflit, après Platoon et Né un 4 juillet. Moins spectaculaire et plus intimiste, Entre ciel et terre n'est pas le meilleur des trois films du cinéaste. Il a, en revanche, le mérite de raconter l'Histoire par des spectres féminin et vietnamien, de même que de replacer le conflit dans une perspective historique plus large. A la violence des combats, Stone laisse la place à l'exercice de la violence morale et civile. Sans trahir la fin, l'émigration de Lê Ly aux Etats-Unis et le contraste entre la pauvreté indigène et l'opulence de sa nouvelle vie offre au réalisateur une occasion d'établir une critique de la société de consommation. Malgré de superbes images et un plaisant substrat bouddhique, le film n'évite pas l'écueil de trop nombreux poncifs, en plus d'une voix off trop omniprésente. Reste la prestation de Tommy Lee Jones dans un rôle inhabituel.

 

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FULL METAL JACKET

Film anglais de Stanley Kubrick (1987)

James T. Davis, surnommé Guignol, est un jeune Marine engagé volontaire pour le Viêt Nam. Avec nombre de camarades de son âge, Guignol intègre le camp d'entraînement de Parris Island en Caroline du Sud. Le sergent instructeur Hartman est l'officier gradé en charge d'éduquer le groupe. Et il ne manque pas d'autorité, pour ne pas dire d'affection pour l'humiliation et la tyrannie ! Parmi les autres élèves, le volontaire Leonard Lawrence, surnommé Grosse Baleine au regard de sa corpulence, tient lieu de tête de turc. Guignol est chargé de remonter le niveau de la Baleine, aussi gauche qu'obèse. Mais la mission s'avère impossible. Punis collectivement à cause de leur adipeux camarade, Baleine devient la bête noire de tous et sombre progressivement dans la déraison. La dernière nuit au camp, il abat le sergent Hartman avant de se tirer une balle dans la bouche. The show must go on ! Cela n'empêchera pas les volontaires de s'envoler pour le Viêt Nam. Guignol a demandé son affectation dans une unité de journalistes militaires. Après s'être querellé avec son supérieur, il est envoyé en reportage sur le terrain, en pleine offensive du Têt...

Kubrick compte parmi les génies du cinéma et connaît toutes les ficelles pour faire de chacune de ses réalisations un film efficace. Une fois encore, les moyens engagés devraient coïncider avec les attentes de son public. Le deuxième film de guerre de Kubrick est bien évidemment à voir absolument. Oui mais... Le personnage du sergent Hartman ressemble, comme deux gouttes d'eau, au gardien-chef Barnes d'Orange Mécanique. Une impression de déjà vu également que les scènes de combat, parfaites de réalisme certes, mais qui ne surpassent pas celles de ses concurrents Apocalypse Now ou Platoon. L'originalité du présent métrage vaut surtout pour sa première partie et la vie quotidienne du camp d'entraînement, absolument distincte de la seconde. Les scènes d'embrigadement et d'aliénation mentale sont un délice de moqueries, punitions et autres insultes. Et puis non ! Ne faisons pas la fine bouche ! Full Metal Jacket est un excellent film. Arrivé peut-être un peu trop tard que les autres...

 

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GOOD MORNING VIÊT NAM

Film américain de Barry Levinson (1988)

L'année 1965 à Saïgon. La station Radio Forces Armées est chargé de distraire et soutenir le moral des troupes américaines. Simple soldat mais disc-jockey célèbre, Adrian Cronauer est chargé de redynamiser la radio. Les résultats dépassent largement leurs espérances au point que les officiers n'apprécient que très modérément la liberté de ton irrévérencieuse et anticonformiste du nouvel animateur. Un cocktail explosif de blagues, d'imitations moqueuses, dont du président Richard Nixon et de fausses informations, le tout sur fond de musique rock, le rend immédiatement populaire auprès de toute la troupe. Cronauer s'autorise une aventure avec Trinh, jeune vietnamienne. L'idylle n'est pas du goût de la famille indigène, surtout du frère Tuan, qui fait, cependant, mystérieusement échapper Cronauer à un attentat, démontrant son implication dans la guérilla Viêt Công. Cronauer, choqué, se voit interdire toute allusion à l'attentat meurtrier. Ne pouvant s'en empêcher, il est bientôt mis à pied...
Qui n'a jamais entendu le fameux cri Gooooooooood Moooooooooorning Viêt Nam ? Le présent film de Levinson constitue une libre interprétation de la véritable expérience de Cronauer, plongé dans une sale guerre avec pour seule arme son micro. Chargé de répéter les informations soigneusement filtrés par l'Etat-major, de présenter la météo et de diffuser de la musique qui adoucit les mœurs, Cronauer avait envoyé paître toutes les consignes. L'originalité du film est de présenter le conflit et son enlisement, à travers les clowneries d'un cabotin plus politiquement incorrect qu'il n'y paraît. La bande originale est fantastique et que dire de la performance proprement hallucinante de Robin Williams ? Seule l'histoire d'amour alourdit inutilement une plaisante comédie sur laquelle le drame l'emporte progressivement.

 

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HAMBURGER HILL

Film américain de John Irvin (1987)

Si les premières négociations pour trouver une issue à la guerre sont menées en cette année 1969, cela n'empêche nullement les combats de faire rage. La célèbre 101ème Division Aéroportée est postée non loin de la frontière laotienne. Pour palier les morts et blessés, de nouvelles recrues arrivent à la base et sont accueillies en vue d'une formation accélérée. En attendant les Orages d'acier, vétérans et puceaux de la guerre fraternisent au café et au bordel locaux. Leur formation terminée, les hommes apprennent leur nouvel objectif. Il s'agit de monter à l'assaut de la colline 937, déterminée par son altitude, que les combattants surnomment Hamburger Hill. La position est solidement tenue par ce maudit ennemi invisible qu'est le Viêt Công. Sous les ordres du lieutenant Eden et des sergents Frantz et Worcester, les brigades s'élancent. Les GI's arracheront Hamburger Hill après dix jours de combat acharné mais à quel prix ?...

Moins connu que les autres films traitant du conflit et sorti la même année que celui de Kubrick, Hamburger Hill ne démérite pourtant pas, malgré un manque de moyens flagrant et quelques faiblesses scénaristiques dans la deuxième partie dont l'aspect ressemble parfois trop à un documentaire. La violence et le réalisme des combats sont néanmoins au rendez-vous. Deux thèmes originaux abordés dans l'œuvre : l'effet sur le moral des troupes issu de l'antimilitarisme hippie et du soutien aux forces du Nord-Viêt Nam par une frange plus radicale, accompagné des nombreuses humiliations subies par les soldats de retour au pays ; de même les tensions racistes au sein des compagnies. Le film fait écho à la véritable bataille qui eût lieu du 10 au 20 mai 1969 et qui coûta la vie à de nombreux hommes malgré un intérêt stratégique quasi-inexistant, au point que la position surélevée fut purement et simplement abandonnée peu après. Hamburger Hill constitue l'une des batailles les plus décriées du conflit. A voir !

 

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PLATOON

Film américain d'Oliver Stone (1986)

Septembre 1967, Chris Taylor, d'extraction bourgeoise, est seulement âgé de 19 ans mais ardemment soucieux de servir la Nation américaine. Aussi, s'engage-t-il comme volontaire et est affecté à la compagnie Bravo du 25ème Régiment d'Infanterie à proximité de la frontière cambodgienne. L'unité a subi de sérieuses pertes peu avant l'arrivée du jeune patriote. Toutes les illusions de Taylor s'envolent bientôt lorsqu'il découvre la réalité déshumanisante de la guerre. Aux harassantes patrouilles, succède le creusement de trous inutiles. Légèrement blessé, Taylor se fond dans la masse en assistant impuissant à la rivalité entre les sergents Barnes et Elias. Le premier est un chien de guerre coupable de crimes de tandis que le second est moins atteint par la folie. Elias meurt au cours d'une patrouille. Taylor soupçonne Barnes de lui avoir tendu un piège...

Platoon, qui peut-être traduit depuis l'anglais par peloton ou section, tient lieu de premier épisode que consacra Stone au conflit vietnamien. Et s'il semble maîtriser le projet à la perfection, c'es très certainement parce qu'il servit lui-même comme volontaire dans ce même régiment et revint bardé de décorations prestigieuses. Le sujet central de l'œuvre de Stone consiste en la guerre dans la guerre, par le truchement de l'opposition entre les deux sergents, tous deux dépositaires d'une façon particulière de pratiquer l'art militaire. Tout en bas, le fantassin embourbé dans la jungle asiatique, ne sachant plus pourquoi il combat réellement et ne pensant qu'à sa survie. Plus généralement, Stone place son film dans la division entre les partisans d'une victoire à tout prix, dès lors que la Nation est engagée, et d'autre part, ceux qui pensent que les Etats-Unis gaspillent leur sang et leur argent dans un conflit perdu d'avance. Une réalisation diablement efficace mais qui souffre également d'être postérieure à Apocalypse Now.

 

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VOYAGE AU BOUT DE L'ENFER

Titre original : The Deer Hunter

Film américain de Michael Cimino (1979)

Clairton est une petite ville de Pennsylvanie. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel sont des amis inséparables, tous ouvriers sidérurgiques de l'aciérie de la ville et dont le passe-temps favori est la chasse au daim qu'ils pratiquent le dimanche. En cette année 1968, ils célèbrent le mariage précipité de Steven avec Angela. La grossesse d'Angela n'est pas la cause de cette hâte. Mike, Steven et Nick partent quelques jours plus pour le Viêt Nam... Les trois amis connaissent l'enfer des combats. Mais c'est sans commune mesure avec ce qu'ils vont endurer après leur capture, deux années après leur arrivée sur le front. Emprisonnés dans de minuscules baraques de bambou à moitié immergées dans une eau boueuse, ils n'en sont extraits que pour être contraints de servir de malheureux pions au jeu de la roulette russe. C'est au cours de l'une de ces macabres parties qu'ils parviennent à abattre leurs geôliers et s'enfuir. Un hélicoptère tente de leur venir en aide sans succès. Seul Mike parvient à grimper à bord. Steven se brise les jambes en chutant de l'appareil tandis que Nick disparaît...

Premier film à aborder le conflit du Viêt Nam, le Voyage de Cimino est une tragédie de trois heures, divisée en trois actes distincts et décrite à hauteur de trois pauvres hommes. A la vie dure de prolétaires pennsylvaniens, succède l'épreuve de la guerre et de la captivité avant un retour au pays de deux des trois héros, symbolisant une vaine tentative de réinsertion. Le film dresse admirablement les séquelles, autant physiques que psychologiques, issues de l'expérience de la jungle. La scène de la roulette russe, longue de quinze minutes, constitue une extraordinaire allégorie de la guerre et de la mort qui rôde et frappe au hasard. Une scène majeure du cinéma ! C'est bien cette scène par laquelle le scandale arriva. Scène jugée de pure fiction ; aucun cas de roulette russe n'ayant été avéré. Aussi, l'œuvre fut-elle accusée de dramatisation de la guerre mais également de racisme. Il est vrai que le peuple vietnamien est réduit à l'image de barbares, en opposition aux libérateurs américains. Propagande ? Peut-être ! Chef d'œuvre de métaphysique de la guerre ? Assurément !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

07/01/2016

Regard sur l’actu #23: Derniers méfaits des nuisibles

Certains lecteurs l’auront reconnu, avec l’emploi du terme « nuisibles » je fais un petit clin d’œil à Serge de Beketch, disparu depuis 8 ans déjà, et à son Catalogue des nuisibles. Vous constaterez que cette chronique s’emploie à en dénoncer des sacrés de ces nuisibles ! Au programme : le CRIF, le PCF, l’Union Européenne, les Banksters, Mélanchon, le tandem Valls-Hollande et l’inénarrable Tarantino.

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Le CRIF fait une nouvelle crise d’hystérie !

On ne rend pas toujours compte à quel point les gens sont sensibles. Les gens du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) le sont énormément et se déclarent « choqués » à tout va. Dernièrement, c’est l'exposition In Between wars, organisée à Paris par Médecins sans frontières, qui a encore transformé en persécuteurs ceux qui se plaignent à longueur de temps d’être des victimes… Pensez… L’exposition se veut "une immersion au cœur du quotidien des Palestiniens en territoire occupé". Insupportable pour Roger Cuckierman, le président du CRIF, qui y voit "une incitation à la haine et une apologie du terrorisme" ! Original comme toujours, Roro a posté sur Twitter le message suivant : "Nous pleurons encore 130 morts, mais pour @MSF les terroristes sont des martyrs. Choquant". En voilà un amalgame ! Selon lui, cette exposition « ne peut qu'attiser la violence antisémite et augmenter la menace terroriste à Paris". En bon rapporteur, il a d’ailleurs demandé au maire de Paris, Anne Hildago, de faire annuler l’exposition (visible jusqu’au 17 janvier). L’exposition insoutenable poussera-t-elle d’autres juifs à quitter la France ? On est en droit de le craindre car, selon l’agence juive d’Israël :

« 7 900 juifs français sont venus vivre en Israël cette année, soit une augmentation de 10% par rapport à l’année dernière. Chacun a ses raisons : la crise économique, le sentiment d’insécurité, les attentats terroristes ou un sentiment d’antisémitisme. »

Le Grand Rabbin de Bruxelles, Albert Guigui, sonne lui aussi l’alerte ! Avec les récents attentats en France et les répercussions en Belgique, les juifs belges n’oseraient même plus sortir de chez eux pour aller à la synagogue à cause du « climat de peur dans les rues » ! Ils seraient nombreux à vouloir faire leur aliyah (terme hébreu qui désigne l’acte d’immigrer en Israël) car, nous explique Albert Guigui : « les gens comprennent qu’il n’y a pas d’avenir pour les Juifs en Europe. » Le Grand Rabbin avait pourtant un autre discours en 2012 : "Je ne vois pas dans la pluralité un danger, j'y vois une richesse"… Cette « richesse » ferait-elle fuir les juifs d’Europe ? « Les Juifs ne devraient pas faire leur aliyah par peur (…), mais par amour pour Israël » conclut Al.

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Cocos et libéraux, unis pour le profit !

Le communisme a toujours fonctionné à deux vitesses et les camarades français ne font pas exception. Maurice Thorez se rendait ainsi à ses meetings dans une limousine avec chauffeur… Ses descendants n’ont pas changé et, à Saint-Denis (l’une des villes les plus malhonnêtes de France pour reprendre le bon mot de Lucien Rebatet à propos de Marseille), on a su se faire plaisir pour Noël ! Le maire et deux adjoints se sont offert des hausses de salaire staliniennes :

« Florence Haye, 1re adjointe PC, passe de 1957€ à 4 477 € bruts par mois soit une hausse de 128 %, Bally Bagayoko, adjoint PC au sport, augmente son plafond de 1 577 € à 3 183 € bruts par mois, soit une hausse de 102 % et Didier Paillard, le maire PC de la commune, lui, se contente d’une hausse de 16 % passant de 4 574 € à 5 295 € bruts par mois. L’opposition est montée au créneau en évoquant une faute morale. Les intéressés, eux, assurent être dans un cadre parfaitement légal. »

Le père Noël n’a pas été généreux qu’avec le PCF… il l’a été avec les 55.000 fonctionnaires travaillant pour l’Union Européenne ! On le lit dans Le Point :

« Grâce à la générosité de Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission, tous se sont vu attribuer une augmentation de salaire de 2,4 %, largement au-dessus de l'inflation. Et cerise sur le gâteau, rétroactive sur les six derniers mois. De plus au 1er janvier 2016, une nouvelle augmentation de salaire de 2,4 % viendra se rajouter à la hausse obtenue en décembre. Cela représente un budget supplémentaire de plus de 100 millions d'euros pour les finances européennes. Donc pour les contributions des 27 pays membres. »

On apprend dans le même article que la presse britannique s’est offusquée du fait que:

« 10 000 fonctionnaires européens gagnaient plus d'argent que leur Premier ministre David Cameron. Et qu'au moment où, dans tous les pays membres, on cherche à réduire le nombre des fonctionnaires, la bureaucratie européenne avait augmenté ses effectifs de 60 % en dix ans. Rien que cette année, le nombre de juges européens, rétribués 18 600 euros par mois, a pratiquement doublé. »

Ajoutez à cela un régime fiscal des plus avantageux et vous aurez une petite armée de bureaucrates bien tenus et contents de leur sort. Inutile de dire qu’iceux ne se sentent guère concernés par les crises successives, la quasi-faillite de la Grèce et la marée migratoire qui engloutit les millions comme fond neige au soleil.

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Nouvelle offensive bancaire

A propos de leur Europe justement, saviez-vous que depuis le 1er janvier était entrée en vigueur une discrète directive européenne permettant aux banques en faillite de ponctionner les comptes de leurs clients comme ç’avait été le cas à Chypre en 2013 ? La directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances (BRRD) ne concerne que les comptes supérieurs à 100.000 euros. Pour l’instant car je doute qu’ils s’arrêtent là… « Jusqu'ici, les établissements bancaires en faillite se tournaient vers les actionnaires puis les créanciers. Désormais, ils auront une troisième possibilité: les déposants, sollicités en troisième recours » nous explique Le Figaro... avant de nous assurer, par la voix d’un « expert », qu’il ne faudrait surtout pas s’inquiéter :

«Il n'y a pas trop de craintes à avoir. Les banques sont plus solides, le système de garantie des dépôts plus opérationnel, et il vaut mieux, en cas de faillite, perdre 10-15% de ses dépôts que la totalité, comme avant.»

Les banques veillent sur votre argent… Mais commencez déjà par payez vos frais de tenue de compte qui viennent très probablement d’augmenter et après seulement vous pourrez vous inquiéter du spectre d’un nouveau krach… Qui n’est pas à prendre à la légère, surtout après ce qu’il s’est passé avec les bourses chinoises le 4 janvier…

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Le système contre la Corse

Suite à la légitime colère populaire que l’on a pu constater à Ajaccio, le système s’est empressé de salir les Corses et de promettre les pires tourments à tous ceux qui oseraient imiter la manifestation musclée qui a fait trembler la cité des Jardins de l’Empereur le 26 décembre. Mélenchon s’est encore distingué par un billet titré « Le premier pogrom en France aura donc eu lieu en Corse. » Voici ce qu’il y écrit, les Corses apprécieront :

"Ce quartier terrorisé, ce kebab saccagé, ce lieu de culte incendié, viennent après des centaines d’inscriptions injurieuses et racistes aussi impunies que la plupart des autres délits sur l’île. Sur ce territoire déjà, on peut assassiner dans la nuit un préfet désarmé en lui tirant dans le dos et passer pour un héros pour ce genre d’exploit. On peut aussi tuer, au milieu de soixante personnes qui affirment n’avoir rien vu, un apprenti pâtissier qui voulait témoigner en justice à propos d’un autre crime, et ainsi de suite. Tel est le fruit pourri d’une situation où l’État a de longue main laissé tout se dégrader par démagogie et complaisance."

Valls, quant à lui, nie la volonté populaire qu’il détourne afin de parfaire une dictature qui ne dit pas son nom. Martial, il a déclaré que «l’Etat prendra toutes ses responsabilités en combattant tous les appels à la haine et à la violence». Ne faisant pas d’amalgames, il a estimé qu’il fallait «proscrire définitivement les groupes identitaires». Manuel Ier réfute, en bon jacobin, toute idée de «nation corse». «Il n’y a qu’une seule nation, la nation française. Il est hors de question de revenir là-dessus.»

Hollande, comme à son habitude, s’est voulu compréhensif avec tous les « Français », ignorant consciemment ce qui avait mis le feu aux poudres. En rupture totale avec les Français qui, majoritairement, ne condamnent pas les manifestations qui ont suivies l’agression des pompiers, il a sorti son habituelle ritournelle :

"Ces gestes-là ne resteront jamais impunis, qu'ils concernent une mosquée, une synagogue, un temple ou une église. Il y va de l'honneur de la France. Je n'accepterai jamais que l'on puisse opposer les Français entre eux" car "nous diviser, c'est ce que cherchent les extrémistes. Je n'accepterai pas davantage que l'on puisse s'en prendre, dans notre République laïque, à l'un de nos concitoyens pour la pratique de sa religion" ou "que des lieux de culte puissent être profanés, comme une salle de prière ces derniers jours en Corse".

Parlez, parlez… La Corse n’est pas prête à capituler.

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Tarantino ferme-là !

Finissons sur un personnage du milieu du spectacle donc forcément conformiste et cosmopolite. Il aurait été possible de prendre bien du monde mais mon choix s’est arrêté cette fois sur Quentin Tarantino, réalisateur américain à la tronche de dégénéré que tout le monde connaît. S’il n’a jamais été un génie, il a tout de même fait en début de carrière de très bons films (Reservoir Dogs et Pulp Fiction) et a été à l’origine de scénarios parfois excellents (True Romance notamment). C’était il y a 20 ans… Obsédé par les « minorités » et la discrimination positive, antiraciste acharné, il a tourné ces dernières années certains des films les plus anti-blancs qui soient : Django Unchained (ma chronique ici) et Inglorious Basterds. Médiocres tous les deux en plus... Le second m’avait particulièrement dégoûté par son antinazisme risible et sa violence légitimée envers des Allemands massacrés complaisamment par une équipe de juifs sanguinaires. Ne craignez rien, son prochain film, The Hateful Eight, s’annonce du même genre… Parfois, Quentin estime qu’il a à ouvrir sa gueule, comme récemment lors des débats qui ont entouré la question du drapeau confédéré aux Etats-Unis. Le pseudo-rebelle a ainsi déclaré qu’il avait toujours considéré ce drapeau comme une sorte de « swastika américaine »… Le tournage d’Inglorious Basterds lui a apparemment bien fait tourner la tête et la raison nous commande de fuir les prochaines productions de ce sombre imbécile qui doit certainement bien regretter de ne pas être né noir. On pourrait simplement en rire… mais considérant l’influence du cinéma en général et du cinéma hollywoodien en particulier sur des esprits de plus en plus faibles et malléables, je trouve que Tarantino a tous les défauts nécessaires pour mériter lui aussi le qualificatif nuisible.

Rüdiger / C.N.C.

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05/01/2016

Chronique de film : Lucy de Luc Besson

Lucy de Luc Besson (2014)

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Les fêtes de fin d'années sont souvent l'occasion de voir des films qu'on a pas pu visionner plus tôt Lucy fait parti de ceux-là. Film de science-fiction sorti en 2014, il aura assez peu fait parler de lui. Luc Besson s'attaque à cette occasion à un nouveau sujet : les capacités de notre cerveau.

L'histoire démarre lorsque Lucy, interprétée par Scarlett Johansson, est amenée à porter une mallette à des Coréens dans un grand hôtel. Le début du film est alors totalement haletant, mêlant cette scène avec des images d'une gazelle chassée par un guépard et d'une conférence d'un professeur d'université joué par Morgan Freeman, Samuel Norman. Le contenu de la mallette inquiétant visiblement nos amis Coréens, Lucy est d'abord conduite de force dans un bureau, pendant que le guépard lui, a bondi sur la gazelle. Elle est ensuite obligée d'ouvrir la valise dont on ignore le contenu, avant de subir quelques déboires qu'on pourrait qualifier de potentiellement traumatisant. Les hommes d'affaires lui ont en effet implanté un sachet d'une nouvelle drogue dans le ventre. Refusant les avances d'un jeune homme un peu trop entreprenant, elle est frappée par le malotru, libérant une partie de la drogue dans son organisme.

C'est alors que démarre l'intrigue du film, puisque cette drogue augmente la capacité de son cerveau. Nous suivons donc Lucy tout au long du film voyant son potentiel cérébral augmenter jusqu'à atteindre les 100%. Ceux qui désirent voir le film peuvent s'arrêter de lire ici car le reste de la chronique dévoilera l'histoire.

Lucy se transforme très vite en une sorte de X-men froid et calculateur, mais ce qui n'est pas très embêtant au départ devient franchement lassant sur la longueur. Une partie de l'intrigue consiste en sa rencontre avec le Professeur Samuel Norman. Pour ce faire, elle va prendre l'avion pour Paris et c'est à partir de cette épisode que le film bascule dans le n'importe quoi. Alors que le concept est très bon et le début du film excellent, le reste n'est qu'une suite d'invraisemblances et au final on se demande si tout ça n'a pas pour prétexte de nous gratifier de poursuites en voiture dans Paris avec un nombre incalculable d'accidents, ou de nous montrer des coréens très très en colère qui finissent par entrer en lévitation grâce aux nouvelles capacités de Lucy.

Le bouquet final intervient à la fin du film lorsque Lucy se transforme en super ordinateur pour laisser comme seul héritage... une clef USB. Le postulat où l'homme deviendrait une machine en arrivant à exploiter 100% des capacités de son cerveau nous déplaît fortement. D'autre part, le film aurait presque pu rejoindre les classiques du genre lorsque Lucy remonte dans le temps à la fin du film pour retrouver l'australopithèque du même nom. Là, on se dit que lorsque les deux se touchent du doigt, on assiste à une sorte d'allusion à la création d'Adam de Michel Ange, on se dit que peut-être ce sont les connaissances hors normes de la Lucy de 2014 qui permettront grâce à un voyage dans le temps de transmettre une sorte de « feu de la connaissance » à l'australopithèque, et bien... non. Ajoutons à cela que cette séquence dure longtemps pour combler le vide de ce film d'à peine 1h30 qui en réalité aurait pu tenir dans un épisode d'une heure d'une série télévisée française. On passe dans le même film de quelques inspirations digne de Tarantino à un mélange entre une série du vendredi soir de France 2, Taxi et un sous-blockbuster américain.

Au final un ensemble qui laisse un goût mitigé, et une chronique qui sera aussi courte que le film.

Jean / C.N.C.

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02/01/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Danse

L'individualisme sociétal aura finalement tout nivelé sur son passage. Même la danse, aujourd'hui réduite à de simples gesticulations plus ou moins maladroites que chacun exerce au sein d'une meute collective dont chaque membre est isolé des autres. Nul ne se touche ni ne se frôle désormais. Pour la jeunesse, exit la sensualité brûlante d'un tango ou la chorégraphie symphonique et millimétrée de plusieurs dizaines de couples pratiquant la valse. Valse, tango, danses salonardes bourgeoises, objecteront certains de la manière la plus péremptoire. Mais ringardes également que bourrées, gavottes, matelotes, an-dro, jig et autres scottish. Avec la disparition progressive de toutes les danses, c'est un pan entier de l'identité européenne qui sombre. Car la disparition des danses traditionnelles s'accompagne irrémédiablement de celle des instruments singuliers de nos terroirs. L'inverse est également vrai. Il y a bien des irréductibles évidemment. Et en Flandre, en Auvergne et en Bretagne, les bals folk et fest-noz ne désemplissent pas. Il est néanmoins dommage que ces salles de bal soient désertées par ceux qui revendiquent le plus fort leur héritage pluriséculaire. Et si le pogo peut apparaître bien sympathique pour se défouler au pied d'une scène de rock, qualifier cette frénésie de danse, c'est un peu comme comparer Bernard-Henri Lévy à Martin Heidegger ! Parmi l'ensemble de l'héritage que nous devons plus mettre en valeur que défendre, il est aisé de concéder que les danses ne constituent nullement un axe de combat à privilégier. Mais s'il est vrai que tout n'a pas la même importance, tout est néanmoins important. Important et beau et utile à une époque pas si lointaine lors de laquelle quelques bières à l'estaminet bientôt suivies d'un bal récompensaient les dures semaines de labeur et participaient à la cohésion sociale de la communauté villageoise. Alors, en attendant de pousser les portes de la salle de bal la plus proche de chez vous, plusieurs films de qualité mettront l'eau à la bouche.

 

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LE BAL

Film franco-italien d'Ettore Scola (1983)

1983, dans une salle de dancing parisienne. Les unes après les autres, les femmes arrivent les premières. Entrent bientôt les hommes qui s'accoudent au bar. A chaque âge son style vestimentaire. Tous recherchent l'âme sœur. Les couples se forment et s'apprivoisent en enchaînant les danses qui font défiler l'Histoire de France. A l'avènement euphorique du Front populaire en 1936 et la java succède la Seconde Guerre mondiale lors de laquelle le dancing tient lieu d'abri, puis viennent le be-bop, le jazz et le rock n'roll. Le tumulte étudiant de Mai 68 poursuit cette folle soirée avant que l'intrusion du disco ne vienne la conclure. Les danses se terminent lorsque chacun regagne sa solitude empli de mélancolie.

Curieuse idée que ce bal ! Le film est sans aucun dialogue. Seuls les sourires, les expressions des danseurs et les mouvements au rythme de la musique constituent la narration du film. A l'insouciance et la cocasserie alternent des moments dramatiques, tel ce danseur revenu du front unijambiste. Raconter l'Histoire de France, ses moments de joie et les blessures des temps tragiques à travers la danse, voilà le pari fou de Scola. Et c'est assez réussi ! Le réalisateur use de nombreuses astuces pour éviter de tomber dans le piège d'une retransmission théâtrale. Ainsi, les changements de costumes sont-ils nombreux et offrent une plaisante évolution des modes vestimentaires. Les nombreux mouvements de caméra et de teintes de couleur font oublier le décor unique. Si vous êtes fanatiquement allergique à la danse, passez votre chemin ! Les autres apprécieront un spectacle assez nostalgique et envoûtant au final.

 

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BILLY ELLIOT

Titre original : The Dancer

Film anglais de Stephen Daldry (1999)

Durham est une petite cité minière qui pousse comme une verrue au cul du Nord-Est de l'Angleterre. Âgé de onze ans, Billy Elliot pratique assidument la boxe, poussé par son père Jackie qui voit en ce sport une possibilité d'améliorer les revenus de la famille. Billy découvre avec effarement que le gymnase doit être partagé avec de nouvelles venues. Les tutus côtoient désormais le ring. Billy découvre une gestuelle gracieuse et inconnue qui le fascine petit à petit. Il raccroche les gants pour s'adonner à la danse, au grand désarroi de son père et de son frère Tony, mineurs grévistes, bientôt furieux d'apprendre que Billy a dépensé son argent en cotisant aux forts peu virils cours de Madame Wilkinson. Elève appliqué et talentueux, le jeune garçon devra affronter la fureur du père et du frère pour poursuivre les cours...

Premier long-métrage de Daldry qui, par bonheur, est très éloigné des stéréotypes inhérents aux films sur l'art de la danse et ne succombe pas à une mièvrerie à la Walt Disney. Billy Elliot, c'est l'histoire d'un petit bonhomme qui affronte le rude milieu social prolétaire du Nord de l'Angleterre pour imposer sa passion dévorante. Et l'imposer surtout au sein de sa famille masculine qui se persuade que préférer l'entrechat de la danse à l'entrechoc de la boxe est un signe avéré de pédérastie. Une comédie dramatique plaisante de laquelle n'est pas exclue le drame social à travers la lutte des mineurs dont les droits sont battus en brèche par la sinistre Margaret Thatcher. La complication de l'intrigue avec une maman décédée et une grand-mère gâteuse est, en revanche, de trop. Le jeune Jamie Bell est remarquable. Un film sympathique mais néanmoins assez prévisible dans le déroulement de l'intrigue.

 

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BLACK SWAN

Film américain de Darren Aronofsky (2011)

Ballerine au sein du prestigieux New York City Ballet, Nina voue à sa vie à la pratique de la danse. Ses efforts sont récompensés lorsque Thomas Leroy, le directeur artistique de la troupe, la choisit pour remplacer la reine des cygnes Beth Macintyre dans le ballet du Lac des cygnes. Nouvelle arrivante au sein de la compagnie, le travail de Lily impressionne également le directeur. Le ballet de Piotr Illitch Tchaïkovski impose à la danseuse d'être aussi à l'aise dans le rôle du cygne blanc que du noir. La grâce et l'innocence, symbolisant le cygne blanc, caractérisent Nina au plus haut point. Moins rusée et sensuelle que Lily, Nina se rend compte que sa rivale a des qualités indéniables pour le cygne noir. L'amitié entre les deux danseuses se mue bientôt en concurrence perverse. Nina doit trouver son côté noir, ce qui pourrait ne pas être sans danger...

Vous n'aimez pas la danse ? Cela ne vous empêchera pas de prendre un plaisir immense à la vision de l'œuvre d'Aronofsky qui parvient à un remarquable mélange des genres entre film de danse, thriller, conte fantastique et film psychologique. Le cinéaste offre une formidable plongée dans le quotidien d'un prestigieux ballet. Et tout n'est pas rose ! Le dépassement de soi, la fatigue, la douleur, les blessures, mais aussi la jalousie, la méchanceté, la violence... L'atmosphère étouffante monte crescendo au fur et à mesure de l'approche de la première du spectacle. Natalie Portman est éblouissante et touchante de fragilité schizophrène. Le reste de la galerie de portraits féminins est impressionnant. A voir absolument !

 

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LES CHAUSSONS ROUGES

Titre original : The Red shoes

Film anglais de Michael Powell et Emeric Pressburger (1947)

Boris Lermontov est un célèbre imprésario qui ambitionne de créer le ballet des Chaussons rouges, hérité de l'œuvre du conteur Hans Christian Andersen. A cette fin, il recrute le compositeur, Julian Craster, étudiant alors inconnu au conservatoire de Londres. Victoria Page est une ballerine prometteuse qui rêve d'intégrer le ballet. Elle y parvient grâce à l'appui de sa riche tante Lady Neston. Le ballet triomphe. Epris l'un de l'autre, Victoria et Craster se marient, faisant s'éloigner la ballerine des planches. Mais le tyrannique Lermontov a d'autres perspectives pour la jeune femme. Aussi, parvient-il à la faire se séparer de Craster...

Loin du mélodrame destiné à faire rêver les adolescentes, Powell livre un film remarquable et esthétique sur l'imaginaire propre aux contes d'Andersen, au sein duquel la caméra accompagne merveilleusement le mouvements des corps. Les séquences chorégraphiques peuvent paraître trop longues aux allergiques de la danse mais sont néanmoins indissociables de l'intrigue. Plus qu'un film sur la danse, l'œuvre du duo se veut une réflexion sur l'univers de cet art à travers le tiraillement de la jeune héroïne entre l'accomplissement d'une vie heureuse et le lourd sacrifice qu'impose sa pratique. Le choix des couleurs est époustouflant, tout autant que Moira Shearer, splendide rousse écossaise dont il s'agit du premier rôle.

 

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CHORUS LINE

Titre original : A Chorus line

Film américain de Richard Attenborough (1985)

Dans un théâtre de Broadway, plusieurs dizaines de danseurs ont répondu favorablement à un casting dans l'espoir de décrocher un rôle dans le plus célèbre show de Manhattan, le Chorus Line. Seuls dix-sept puis huit d'entre eux seront sélectionnés à l'issue d'une audition impitoyable pour intégrer le corps de ballet du prochain spectacle et figurer parmi la première ligne de danseurs derrière les étoiles. Le metteur en scène Zach est chargé de retenir les meilleurs artistes. En plus de leur talent de danseurs, les candidats à l'audition sont poussés dans leurs retranchements et enjoints de parler de leurs doutes et de leurs secrets. La cohésion de l'ensemble de la troupe est à ce prix...

Le Chorus Line est une authentique comédie musicale jouée sans interruption à Broadway de 1975 à 1990 pour un total de pas moins de 6.137 représentations. Rien ne prédisposait le réalisateur de Gandhi ou d'Un pont trop loin à filmer un spectacle musical. Et c'est plutôt satisfaisant malgré une intrigue quasi-inexistante et un décor unique. On a l'impression de se retrouver dans un jeu de télé-réalité. Combien de rêves brisés pour quelques élus ? Si les numéros musicaux et de danse sont de très grande qualité, il est préférable d'aimer cet art pour apprécier ce film soucieux de montrer l'envers du décor de Broadway.

 

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GREASE

Film américain de Randal Kleiser (1978)

Pendant les vacances estivales de l'année 1958, Sandy Olsson, belle et sage australienne, flirte avec Danny Zuko, l'un des chefs charismatiques de la bande des T-Birds dont la devise pourrait être blousons de cuir, grosses cylindrées et belles gonzesses. La fin des vacances annonce la fin de leur idylle ensoleillée. Mais c'est sans compter sur le déménagement soudain de ses parents qui fait s'inscrire Sandy en dernière année du lycée de Rydell High, l'établissement dans lequel le désinvolte Danny drague, roule des mécaniques et, accessoirement, poursuit de piètres études. Sandy s'intègre vite à une bande de filles aussi délurées que sympathiques, les Pink Ladies, menées par Betty Rizzo. Le chemin des deux héros ne tarde pas à se croiser mais les retrouvailles ne sont pas au beau fixe. La réputation de Danny souffrirait d'afficher un amour trop tendre envers la douce et réservée australienne. De plus, Danny ne manque pas d'être courtisé par des filles sachant se montrer ô combien plus entreprenantes...

Grease, c'est un peu le film terriblement niais que tous les garçons apprécient de regarder en cachette mais se gardent bien de l'annoncer ! Car il importe qu'un mec soit aussi canaille que Danny et avouer aimer une comédie musicale fleur bleue, ça fait justement pas très mec... L'œuvre de Kleiser est donc une bluette romantique et sans trahir la fin, c'est évidemment un happy end. Mais la bande son est géniale et le film restitue à la perfection l'insouciance et les tumultes d'une High School des années 1950. Et chacun rêverait secrètement de savoir danser comme John Travolta et Olivia Newton-John. Bon, tout le monde l'a certainement déjà vu maintes fois et il y a peu de choses à apprendre sur ce film. Si ! Celle-ci : Grease est une marque de gomina !

 

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ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX

Titre original : They shoot Horses, don't they ?

Film américain de Sydney Pollack (1969)

1932, les Etats-Unis poursuivent la grave crise économique commencée en 1929. Des marathons de danse poussent sur la piste un public toujours plus nombreux à la recherche de quelque moyen de subsistance qui permettra de lutter contre le chômage et la précarité. Loin d'être un spectacle bon enfant, ces marathons exploitent la misère de pauvres gens en les faisant danser, jour et nuit avec dix minutes de pause toutes les deux heures jusqu'à l'épuisement total, en compensation de repas chauds et d'une forte prime pour le vainqueur. Les spectateurs bourgeois raffolent de ces jeux du cirque version moderne. Rocky est l'un de ces organisateurs de marathons en Californie, chargé du recrutement des participants. Et ils ne manquent pas... Parmi eux, Alice, actrice au chômage, Gloria, jeune femme solitaire accompagnée de Robert qui rêve de faire carrière à Hollywood, Ruby est enceinte et Sailor est marin. Morituri te salutant...

Un chef-d'œuvre ! La filmographie de Pollack est coutumière de cet examen de la conscience de la Nation américaine. Il livre très certainement ici son meilleur film, adapté du roman de Horace McCoy. L'intrigue du livre ne provient pas de la géniale imagination d'un écrivain quasiment inconnu en France. Car ces "spectacles" spéculateurs ont bel et bien existé. Il se dégage une profonde impression de malaise à la vision de ce film. Le spectateur derrière son écran est lui aussi ce bourgeois voyeur avide de voir les corps de ces pauvres bougres se désarticuler parfois jusqu'à la mort. Jane Fonda est bouleversante de désespoir et de révolte, au point de peut-être parfois trop écraser les autres personnages par sa présence. Les cadrages et la mise en scène sont parfaitement convaincants. Juste sublime !

Virgile / C.N.C.

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