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09/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Gore

Une voiture, ça ne tombe jamais en panne là où il faut ! Le cinéma d'épouvante compte parmi les genres cinématographiques les plus stéréotypés. Exagérons un peu en indiquant un véhicule bondé d'amis, dont de jeunes filles pulpeuses et courtes-vêtues, tombant en panne non loin d'une maison abandonnée dans laquelle nos amis pénètrent confiants et goguenards avant de se retrouver confrontés à un sauvage boucher qui les chassera jusqu'au dernier tel du gibier. L'une des charmantes demoiselles parvient bien à s'échapper mais trébuche sur une racine et se foule la cheville. Le meurtrier n'a plus qu'à fondre sur sa malheureuse proie... Le panel est en réalité bien plus large et compte parmi ses thèmes de prédilection l'interaction du monde des vivants et celui des morts, les animaux mythologiques, le mystère du souterrain labyrinthique ou encore la sorcellerie... La mode du film gore est quelque peu passée en Europe, continent sur lequel le film d'épouvante a accompagné la création cinématographique depuis ses débuts. Les Etats-Unis poursuivent bien une large production mais ses réalisations demeurent sans aucun intérêt à quelques exceptions près ; la multiplication des effets spéciaux, usant trop facilement du gros plan pour mieux masquer la faiblesse de la mise en scène, ayant largement pris le pas sur l'ambiance du film. C'est bien le cinéma asiatique, et plus particulièrement japonais et sud-coréen, qui a repris le flambeau. Il y a à prendre et à laisser parmi l'énorme filmographie d'épouvante qui comptabilise autant de détracteurs aux sentences péremptoires que d'admirateurs fanatiques. L'objectif du film d'horreur est bien évidemment de susciter chez le spectateur un sentiment de malaise qui se double d'une profonde terreur à la vue des scènes sanguinaires qui s'étalent de la torture à l'anthropophagie. Et soyons honnêtes, certaines scènes et atmosphères contenues dans les meilleurs films ne manquent pas de produire leur effet pour qui accepte de se laisser prendre au jeu. De la terreur au rire, il peut d'ailleurs n'y avoir qu'un pas ! Aussi, le loufoque peut-il également être considéré comme une autre composante du film gore. Et, à cet égard, les films classés B ou Z ne sont parfois pas les plus mauvais. Le cinéma d'épouvante peut être perçu comme une lutte des crasses et des classes qui ne dit pas son nom. Des individus, généralement laids et pauvres, font payer à de jeunes gens riches et beaux leur adhésion à l'insouciance de la société de consommation. Une révolte des laissés pour compte de la société capitaliste et droit de l'hommiste en fin de compte dans une mise en scène de ce que chaque individu a de plus pervers en ses entrailles les plus profondes. Et finalement, le cinéma n'est rien d'autre qu'une mise en perspective de chacun face à ses propres démons... Critique qui n'est néanmoins que trop effleurée dans l'immense majorité des films. D'aucuns objecteront, à raison, que la sélection présentée est très arbitraire. Il est souvent nécessaire de revenir aux fondamentaux. Aussi, les grands classiques du cinéma d'épouvante qui acquiert ses lettres de noblesse dans les décennies 1970-1980 côtoient quelques pépites moins connues. Genre transversal et finalement moins stéréotypé qu'il n'y paraît, il y aurait encore beaucoup de films à présenter. Il ne vous reste plus qu'à éteindre la lumière...

 

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ANGOISSE

Titre original : Angustia

Film espagnol de Bigas Luna (1987)

Patty et Linda sont deux amies. C'est au cinéma qu'elles passeront cette matinée. La projection du film d'horreur, auquel les lycéennes assistent, raconte l'histoire d'Alice Pressman, une mère possessive qui tente de soutenir son fils unique John, atteint d'une progressive cécité, à l'aide de ses pouvoirs hypnotiques. Curieusement, c'est justement dans une clinique ophtalmologique que travaille John en tant qu'assistant. Pour peu de temps encore car son handicap s'aggravant lui fait commettre de nombreuses erreurs qui justifient son renvoi. Alice, qui tient à son fils comme à la prunelle de ses yeux, force celui-ci à sortir pour recueillir les yeux d'innocents qu'il égorge horriblement. Ces prélèvements doivent lui permettre de guérir sa cécité. Patty est mal à l'aise à la vision de ces scènes sanguinolentes et se réfugie aux toilettes du cinéma. Un homme au comportement bizarre occupe ces mêmes lieux. Sur l'écran, John se rend dans un cinéma de quartier afin de prélever des organes oculaires...

Cinéaste pluridisciplinaire, Luna s'est essayé également au film d'horreur avec talent. Le synopsis peut sembler complexe dans le lien que l'on peine à trouver entre les deux lycéennes et John. C'est justement toute l'originalité du procédé narratif de faire se mélanger deux films en un : le film que la salle de cinéma regarde sur le grand écran à celui que le téléspectateur regarde confortablement installé dans son salon ! On s'y perd un peu parfois, beaucoup même entre les deux fictions s'entremêlant mais c'est justement l'intérêt de se prendre à ce jeu dont vous êtes aussi le témoin. Difficile de faire l'économie de tout révéler : le film que les lycéennes regardent est celui qui se joue, en réalité, dans le cinéma ; un peu à l'image du clip Thriller de Michael Jackson. La mise en scène est très satisfaisante et Michael Lerner est très convaincant en psychopathe vieux garçon. Une vraie réussite qui est à voir. Un petit bijou !

 

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CALVAIRE

Film belge de Fabrice Du Welz (2004)

Marc Stevens est chanteur itinérant qui anime des galas pour dames du troisième âge. A la sortie d'un concert dans les Ardennes belges, il reprend la route sous un temps épouvantable et sa camionnette tombe bientôt en panne en pleine forêt. Boris, un homme étrange à la recherche de sa chienne, guide le malchanceux vers Bartel, un aubergiste, qui recueille le crooner à son domicile. Le tenancier est psychologiquement instable depuis que Gloria, son épouse, l'a quitté. Bartel se persuade que Stevens est l'incarnation de son ex-femme. Ce n'est guère au sein de la communauté villageoise que le chanteur trouvera de l'aide. Le village ne semble être habité que par des hommes patibulaires qui utilisent les rares clients de l'auberge comme objets sexuels. Pour Stevens, le cauchemar commence...

Un film d'horreur belge ! Voilà qui change des œuvres américaines. Ça ne manque pas de sang mais la réalisation s'éloigne du gore traditionnel en explorant largement le domaine de l'encaissement des tortures physiques et psychologiques infligées par un bourreau plus humain qu'il n'y paraît et lui-même, rongé par la souffrance.  Du Welz prend également soin d'habiller le film d'une véritable mise en scène et d'une belle esthétique, tranchant ainsi nettement avec le genre cinématographique. Fait rare qui augmente le réalisme du film, aucune musique n'accompagne le récit. On se rend compte que Laurent Lucas est un acteur génialissime d'inexpressivité et trop méconnu du grand public. Jackie Berroyer est également à la hauteur. Contenant néanmoins peu de scènes violentes, le film pourra dérouter les plus inconditionnels amateurs du genre survival ! Il n'en reste pas moins totalement déjanté et glauque !

 

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LA COLLINE A DES YEUX

Titre original : The Hills have Eyes

Film américain de Wes Craven (1977)

La famille Carter appartient à la classe moyenne américaine. Big Bob est un ancien policier de Cleveland qu'accompagnent son épouse Ethel et les enfants Brenda, Bobby et Lynn, la fille aînée dont le mari Doug est également du voyage. Afin de resserrer les liens entre les parents et enfants, le clan Carter traverse les Etats-Unis en direction de la Californie. Dans l'Etat du Nouveau Mexique, la famille cherche la trace d'une ancienne mine d'argent et se retrouve accidentellement au beau milieu d'une zone militaire de l'aviation américaine dans laquelle furent pratiqués naguère des essais nucléaires. Le propriétaire âgé de la station service, dans laquelle ils avaient fait halte peu avant, avait pourtant bien essayé de les dissuader de pénétrer l'endroit. Les pneus du véhicule tractant la caravane éclatent brusquement. La famille est contrainte de se séparer et s'aventurer dans le désert afin de chercher de l'aide. Le désert est bien peuplé mais les Carter auraient préféré se passer de la rencontre...

Film d'une rare violence qui compte parmi les œuvres cultes du genre. La présente réalisation s'inscrit parfaitement dans les codes du cinéma d'horreur. Une famille bien sous tous rapports subit la rage d'individus ignobles, rebuts d'une Amérique opulente. Clin d'œil à l'élection de Jimmy Carter en 1977, année de la sortie du film ?, la famille homonyme et involontairement héroïne est un pur produit de la civilisation américaine. Elle aime les armes à feu et conçoit l'auto-défense. A bien y regarder, les points communs entre les Carter et la famille cannibale sont plus nombreux qu'il n'y paraît. La violence de certains est légitimée par une société américaine qui la refuse à l'autre. Le film n'ira pas plus loin dans sa critique sociale et remplit parfaitement son rôle de ficher la trouille. Il est difficile de ne pas sursauter lors de certaines scènes. Certains préfèreront à l'original le remake plus moderne et spectaculaire d'Alexandre Aja et produit, en 2006, par Craven lui-même.

 

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EVIL DEAD

Film américain de Sam Raimi (1981)

Le temps d'un week-end, un groupe de cinq jeunes gens, dont trois filles, prend ses aises dans une maison abandonnée dans laquelle la végétation forestière a repris ses droits. D'étranges phénomènes se produisent dans la bicoque. Un vieux magnétophone entreposé dans la cave de la demeure est découvert. L'un des deux garçons appuie sur le bouton actionnant la bande magnétique. L'enregistrement en dit plus sur la sinistre habitation. Un archéologue s'y était retranché pour étudier le Necronomicon, également appelé Livre des Morts, et entreposé à proximité de l'appareil. Les amis feuillettent le lugubre ouvrage relié en peau humaine et dont du sang tient lieu d'encre. L'appareil poursuit le déroulement de la bande. La voix du scientifique prononce alors une ancienne incantation magique qui déchaîne les forces du mal. L'horreur déferle sur la maison...

Premier long-métrage de Raimi alors seulement âgé de 23 ans, Evil Dead constitue un autre film culte parmi les plus appréciés des amateurs du genre. Le minimalisme du scénario ne nuit que peu. L'œuvre est portée en cela par un rythme et des effets spéciaux qui garantissent les frissons espérés. C'est ce que chacun demande à un film d'horreur après tout ! Frissons garantis donc et fous rires également. Le film fut tourné avec un budget minimum, cela se remarque dans les nombreux problèmes de raccords entre les scènes. Ouvrez l'œil ! Et puis, le film a peut être un peu vieilli... Raimi ne manqua, en revanche, pas d'idées dans le maniement de la caméra souvent à l'épaule. C'est bien fait et c'est finalement agréable à regarder ! Là aussi, un remake en 2013, dirigé par Fede Alvarez, reproduit l'original.

 

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MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE

Titre original : The Texas Chainsauw Massacre

Film américain de Tobe Hooper (1974)

Sally, son frère handicapé Franklin, Jerry, Kirk et Pam sont un groupe de cinq amis traversant l'Etat du Texas à bord d'un minibus lorsqu'il charge un auto-stoppeur dans leur véhicule. Mais l'homme, couvert de cicatrices, a un comportement inquiétant et apparaît trop préoccupé par les problèmes des bouchers suite à la fermeture de l'abattoir local... Aussi, les amis décident-ils de se débarrasser du curieux vagabond. La station-service, dans laquelle ils pensaient faire le plein d'essence, a les cuves vides. L'inévitable panne d'essence oblige le groupe à stopper la route. Les cinq jeunes gens entreprennent de visiter une vieille maison abandonnée qui appartient aux grands-parents de la fratrie. Kirk et la sexy Pam s'éloignent afin de se baigner lorsqu'ils remarquent une ferme isolée. Les deux jeunes gens ont l'idée de demander d'acheter du carburant au propriétaire. A peine Kirk a-t-il pénétré l'intérieur de l'habitation que surgit un homme masqué...

Encore un classique bien connu du gore, le film fut longtemps censuré dans de nombreux pays. La réalisation de Hooper inaugure le sous-genre du slasher, film d'horreur dans lequel le meurtrier tue à l'aide d'un outil. Le titre du film d'ailleurs pose question puisqu'une seule victime est tuée à la tronçonneuse mais passons... Pour travailler son personnage, Hooper s'était inspiré de la véritable histoire d'Ed Gein, profanateur de tombes dans le Wisconsin, chez qui avaient été retrouvés les cadavres de pas moins de quinze femmes... Est-il besoin de préciser que le film est malsain ? Il eut, en tout cas, une descendance nombreuse estampillée à la tronçonneuse ou non. Plaisante œuvre d'épouvante de Hooper qui ne parvint pas à confirmer son talent dans ses réalisations suivantes, à l'exception peut-être de Poltergeist.

 

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LA NUIT DES MASQUES

Titre original : Halloween

Film américain de John Carpenter (1978)

C'est la nuit d'Halloween en cette année 1963 à Haddonfield dans l'Illinois. Cette nuit, Michael Myers se précipite dans la chambre de sa sœur et assassine sauvagement Judith à coups de couteaux. Il n'est âgé que de six ans... Se terrant dans un profond mutisme, l'enfant est enfermé dans l'asile psychiatrique du Smith's Grove Sanatorium. 30 octobre 1978, Michael, désormais pénalement responsable, est transféré vers le tribunal pour être jugé de ses actes. Le prévenu parvient à échapper à la vigilance de ses gardiens et se fait la belle. Son psychiatre, le docteur Loomis se lance à sa poursuite et devine que l'assassin va revenir sur les lieux du crime. Un indice confirme la supposition de Loomis. La tombe de Judith vient d'être profanée. C'est une nouvelle nuit d'Halloween qui débute...

Plaisante réalisation de Carpenter, peut-être sa meilleure, qui parvient à entretenir un parfait suspense et évite l'écueil de privilégier les scènes d'horreur au détriment du scénario tourné caméra à l'épaule. Un scénario qui, néanmoins, ne pipe mot sur les raisons qui poussèrent l'enfant à poignarder sa sœur. Idem concernant les motivations qui poussent le garçonnet devenu adulte à commettre de nouveaux crimes. Le film d'épouvante aura toujours ses limites... La fin laisse sur sa faim, et pour cause ! Des suites, médiocres..., étaient d'ores-et-déjà prévues. La tension demeure palpable tout au long du film. En cela, c'est une angoissante réussite ! Les grincheux objecteront qu'on a fait bien mieux depuis. Réalisé à l'aide d'un maigre budget, le film est l'un des plus rentables de toute l'Histoire du cinéma.

 

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SUSPIRIA

Film italien de Dario Argento (1976)

Parmi les passagers de l'avion qui atterrit à Fribourg par cette nuit d'orage, figure Suzy Banyon, étudiante de nationalité américaine qui incorpore la Tanz Akademie, l'une des plus prestigieuses académies de danse au monde, dans le but de perfectionner sa technique. Tandis que le taxi dépose l'étudiante devant l'école, Suzy aperçoit une étudiante effrayée hurler de manière incompréhensible dans l'interphone et s'enfuir dans les bois. L'étudiante américaine se voit refuser l'entrée dans l'école et est contrainte de passer la nuit en ville. Curieuse intégration suisse ! Suzy pénètre enfin dans l'école le lendemain. Deux étudiantes ont été sauvagement assassinées la nuit précédente, dont la jeune fille horrifiée aperçue la veille. Le rêve de Suzy vire à l'effroi. D'étranges événements ne tardent pas à se produire dans l'institution...

Avec Suspiria, Argento rompt avec le giallo, épouse pour la première fois le film d'horreur et livre le premier volet de La Trilogie des Enfers. Argento est un cinéaste trop facilement considéré comme mineur. Mineur, certainement pas mais clivant ? Oui ! Aussi, il se peut que d'aucuns jugent ridicule ce conte maléfique empreint d'une forte esthétique baroque dans lequel Suzy figure une Alice au pays des séquelles. Argento livre un film de sorcellerie réellement angoissant, à l'atmosphère suffocante et colorée dans laquelle le rouge, couleur de prédilection du réalisateur, prédomine largement. La réalisation est servie par une musique obsédante. Mention spéciale pour la scène lors de laquelle le pianiste aveugle est égorgé par son propre chien. Argento est définitivement  le digne héritier de Mario Bava. Un petit bijou !

Virgile/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

02/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur Pâques 1916 et l'Indépendance de l'Irlande

 

On l'oublie trop souvent ! L'Irlande est peut-être le pays qui aura le plus contribué à la préservation de notre plus longue mémoire. A la suite de l'évangélisation de l'île par Saint Patrick au 5ème siècle, de nombreux moines fixent minutieusement par écrit les traditions orales du Nord de l'Europe dans des monastères qui comptent parmi les centres spirituels les plus effervescents du monde connu, contribuant ainsi à une meilleure connaissance des temps et des civilisations les plus anciens. Les temps troublés prennent place au 16ème siècle lorsque des navires chargés d'Anglais et d'Ecossais protestants déferlent sur la Green Erin et entreprennent sa colonisation. La langue gaélique cède progressivement sa place à l'idiome anglais. Plus qu'une volonté de résistance linguistique, c'est le facteur religieux qui va exacerber les passions. Farouchement catholiques, les Irlandais ne cessent de se révolter contre l'occupant protestant. Insurrections vaines face à la toute puissance de l'ennemi... Aussi, l'Histoire moderne de l'Irlande constitue-t-elle une longue litanie de massacres perpétrés par Oliver Cromwell et ses successeurs au service de Sa Majesté. Les massacres s'accompagnent d'une élimination politique. Composant 85% de la population insulaire, les Irlandais sont bannis du Parlement ; Parlement bientôt supprimé par l'Acte d'Union de 1801 qui intègre pleinement l'île dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Un pas supplémentaire est franchi lorsque l'élimination politique se mue en pratique génocidaire. S'il sera exagéré d'indiquer que la Grande Bretagne a "fabriqué" la grande et meurtrière famine qui sévit entre 1846 et 1848 et contraint nombre d'Irlandais à émigrer aux Etats-Unis, il ne le serait point d'affirmer que l'occupant se frottait les mains de voir les Irlandais disparaître ! Malgré tous ces malheurs, jamais le peuple irlandais n'aura abdiqué depuis la bataille de la Boyne en 1690 qui consacre la première défaite des rebelles. L'histoire de la résistance irlandaise est jalonnée de noms de héros : Wolfe Tone, Robert Emmett, Daniel O'Connell... Si chaque rébellion est un échec noyé dans le sang, c'est un coup de bélier supplémentaire qui fissure toujours un peu plus la citadelle assimilationniste britannique. En 1905 est fondé le Sinn Fein qui parvient très rapidement à obtenir des concessions de l'Empire britannique. En 1912, le Home Rule accorde une autonomie accrue à l'île. L'éclatement de la Première Guerre mondiale offre une fantastique opportunité d'attaquer un occupant déjà affaibli par la mobilisation de ses troupes sur le continent et de créer un arrière-front de guérilla. L'insurrection de Dublin, également appelée Pâques Sanglantes, éclate en ce lundi de Pâques, le 24 avril 1916. L'indépendance de l'Irlande est proclamée. Les volontaires républicains sont écrasés après une semaine d'intenses combats le 30 avril. Le socialiste et nationaliste James Connolly est arraché de son lit d'hôpital sur lequel sont pansées ses blessures, assis sur une chaise et fusillé. Exécutés également les autres chefs, Patrick Pearse, Tom Clarke, John MacBride, Sean McDiarmada, Joseph Plunkett et le lord protestant pro-irlandais Roger Casement. Perçue dans la mythologie nationaliste comme une bataille de grande envergure, les événements de Pâques constituent en réalité un affrontement miniature lors duquel 1.250 Irlandais font face à 16.000 soldats de la Couronne. 80 volontaires républicains furent tués, de même que 300 civils ; l'Empire dénombrant quant à lui 169 morts. Dublin, Guernica nationaliste ? Si les rebelles n'auront pas suscité d'embrasement généralisé, au moins l'insurrection aura-t-elle marquée de sa profonde empreinte la mémoire collective irlandaise. Et la rébellion de Pâques 1916 est certainement intéressante pour tout révolutionnaire à cet égard : il s'agit peut-être du meilleur exemple de l'émergence d'un sentiment révolutionnaire au sein d'un peuple. La proclamation de l'indépendance ne suscita guère l'enthousiasme parmi la foule irlandaise qui ne manqua pas de se gausser de voir quelques 800 volontaires de l'Irish Citizen Army et de l'Irish Volunteers Force, habillés en guenilles et armés de fusils qui manqueraient un cerf dans un pub bondé, défiler dans O'Connell street animés de leur volonté de défier le puissant Commonwealth. De la moquerie, le sentiment populaire se mue bientôt en colère lorsque la population dublinoise examine la détermination de ces bougres d'indépendantistes qui vont faire s'abattre sur la ville une féroce répression. En cela, ne s'étaient-ils pas trompés ! Mais c'est bien le courage romantique et sacrificiel de cette élite républicaine qui va faire germer le sentiment révolutionnaire au sein de tout le peuple d'Irlande. L'un des chefs républicains, McDiarmada, peut-il écrire dans sa dernière lettre à sa famille, "Au revoir chers frères et sœurs. Ne pleurez pas sur mon sort. Priez pour mon âme et soyez fiers de ma mort. Je meurs pour que la Nation irlandaise puisse vivre. Dieu vous bénisse, vous protège, et puisse-t-Il avoir pitié de mon âme." Comme toujours, le peuple fut attentiste avant de comprendre que c'est l'Irlande qui avait trop attendue... Mieux soutenue par le peuple, c'est désormais à l'Irish Republican Army de reprendre le flambeau de la révolte. Up the R.A. ! Mélange de romantisme révolutionnaire et de celtisme, la lutte de l'Irlande pour son auto-détermination a gagné les cœurs de nombre d'Européens de tous bords. Le cinéma a inévitablement joué un rôle d'adhésion à la lutte républicaine. Nombre de réalisateurs ont, avec le plus grand talent, rendu hommage aux volontaires des unités rebelles. En ce centenaire de l'insurrection de Pâques 1916, vous contribuerez à votre tour à ce salutaire devoir de mémoire en n'oubliant pas...

 

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LA FILLE DE RYAN

Titre original : Ryan's daughter

Film anglais de David Lean (1969)

Kirrary est un petit village de la côte irlandaise la plus occidentale. L'année 1916, Tom Ryan est le tenancier sournois d'un pub dont la fille Rosy épouse Charles Shaughnessy, l'instituteur veuf de quinze ans son ainé. Curieuse union qui prend l'eau dès les premiers jours ; la sensuelle Rosy se désespérant aussitôt de la maladresse conjugale de son époux. Rosy fait bientôt la rencontre du taciturne major britannique Randolph Doryan, débarquant, gravement blessé, des tranchées de la Première Guerre mondiale afin de prendre la tête du commandement d'une garnison. La subite passion qui unit les deux êtres fait scandale dans la communauté villageoise après que le secret de leur liaison soit révélé par le benêt du coin, Michaël. Rosy est sévèrement tancée par le Père Collins tandis que les villageois, tous ultranationalistes, s'étranglent de cette relation contre-nature. Un autre scandale secoue bientôt le village. Tim O'Leary, volontaire républicain, dont la popularité est grande parmi la communauté, est arrêté tandis qu'il s'apprêtait à réceptionner une cargaison d'armes allemandes. Si Tom Ryan est le dénonciateur, les soupçons se portent immédiatement sur sa fille, coupable de pactiser avec l'ennemi protestant. La communauté villageoise, acquise à la cause indépendantiste, se retourne violemment contre Rosy...

Très libre adaptation de Madame Bovary de Gustave Flaubert, transposée de la Normandie dans la Green Erin. Le film fut assassiné par la critique, au point que Lean ne toucha plus une caméra pendant quinze longues années. Et l'on se demande bien ce qui motiva cette injustifiable exécution en règle tant le réalisateur livre une magnifique œuvre romantique et empreinte d'une forte émotion. La famille Ryan, c'est la duplicité d'un père délateur à laquelle s'ajoute la volonté émancipatrice de la fille, éprise de culture dans un univers rustre en même temps que d'un soldat ennemi. Le film est d'une irréprochable esthétique invitant au voyage en Irlande. La scène de la tempête figure au Panthéon du cinéma. Si l'œuvre ne fait pas référence de prime abord à l'insurrection dublinoise, elle retranscrit merveilleusement et avec une parfaite précision historique la fiévreuse mentalité nationaliste qui secoue l'île peu avant l'insurrection de 1916, et ce, en pleine Première Guerre mondiale, pendant que la perfide Albion est enterrée dans les tranchées outre-Manche.

 

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IRISH DESTINY

Film irlandais de George Dewhurst (1925)

En 1919, la lutte pour l'indépendance de l'Irlande vient de débuter. Les sombres Black and Tans poursuivent inlassablement les rebelles indépendantistes. Le petit village de Clonmore est l'un des théâtres d'opération. Volontaire républicain, Denis O'Hara apprend au cours de la descente que la police investira le lieu d'une réunion secrète, qui doit se tenir non loin de Dublin, afin de discuter des actions à mener. Afin de déjouer l'arrestation de chacun, O'Hara tente de prévenir ses camarades mais est touché par une balle etbbientôt appréhendé. Son arrestation le fait échouer dans sa tentative. O'Hara est emprisonné à Kildare. Sans nouvelle du jeune homme, la famille du prisonnier le croit mort. Sa mère perd la vue sous le choc de la nouvelle tandis que sa fiancée Moira est enlevée par Gilbert Beecher, traitre acquis aux loyalistes. Le jeune O'Hara parvient néanmoins à s'échapper et regagner son village...

Première œuvre à évoquer la rébellion de Pâques 1916 et projetée pour la première fois le jour de Pâques 1926, dix années jour pour jour après les événements, la réalisation muette de Dewhurst rencontra immédiatement un fort succès malgré la censure britannique. O'Hara figure un jeune irlandais ordinaire qui accepte de mettre sa vie en péril pour la plus juste cause à ses yeux : l'indépendance de l'Irlande. Pour cela, il est prêt à tout sacrifier. Considéré comme perdu pendant plusieurs décennies, une bobine fut, par bonheur, miraculeusement retrouvée aux Etats-Unis, en 1991, restaurée et enrichie de fascinantes images d'archives de l'I.R.A. Le producteur et médecin dublinois Isaac Eppel y laissera toute sa fortune. L'œuvre est empreinte d'un certain côté propagandiste évidemment et est parfois prisonnière du cinéma mélodramatique muet mais n'en demeure pas moins un petit bijou dont on peut craindre qu'il ne soit jamais édité en France.

 

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MA VIE POUR L'IRLANDE

Titre original : Mein Leben für Irland

Film allemand de Max W. Kimmich (1941)

Dublin en 1903, Michael O'Brien est capturé. L'activiste indépendantiste est suspecté d'un attentat meurtrier sur des policiers de Sa Majesté. La justice condamne le jeune O'Brien à mort après une parodie de procès. Pendant sa détention, sa fiancée enceinte Maeve Fleming le visite en prison et obtient l'autorisation de l'épouser avant qu'il ne soit pendu. O'Brien lui remet une croix d'argent qu'arborent les nationalistes irlandais et sur laquelle sont gravés les mots "Ma vie" et "Irlande". Puisse cette croix revenir un jour au fils qu'O'Brien ne verra jamais... 1921, O'Brien n'aura effectivement jamais connu son fils qui passe cette année-là son baccalauréat dans un collège anglais. Sa condition de fils d'un rebelle lui a imposé une éducation spécifique par l'occupant sous la férule de Sir George Baverly qui veut en faire un parfait Britannique. Ainsi sont éduqués les mauvais Irlandais comme Michael Jr. Il se peut qu'il en faille plus qu'un conditionnement sous haute surveillance pour transformer un fils de rebelle en fidèle sujet de la Couronne...

En 1941, avant que le Reich ne s'attaque à la Russie soviétique, la Grande-Bretagne représente le principal ennemi de l'Allemagne. Aussi, n'est-il pas anormal que le cinéma national-socialiste ait glorifié les autres ennemis du pouvoir londonien. Sorti la même année que Le Président Krüger de Hans Steinhoff, évoquant la Guerre des Boers, Ma vie pour l'Irlande s'intéresse bien évidemment aux combattants de la liberté irlandaise, perçus comme solidaires de la lutte antibritannique. L'œuvre de Kimmich se range résolument aux côtés des républicains. Dans la production de qualité inégale de l'art cinématographique nazi, il s'agit ici d'une réalisation très intéressante dans sa présentation de la vie clandestine et des motivations des luttes pour l'auto-détermination. L'atmosphère embrumée des ruelles dublinoises et parfaitement rendue et le film est servi par un rythme haletant dès la scène d'ouverture qui se poursuit jusqu'à la sublime scène finale. Un film remarquable mais difficile à revoir et uniquement distribué en D.V.D. par une société de Chicago...

 

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MICHAEL COLLINS

Film américain de Neil Jordan (1997)

Pâques 1916, l'atmosphère est lourde dans la cité dublinoise. Chacun sent bien que des événements vont se produire. Si la rébellion d'une poignée d'insoumis irlandais éclate bien, l'issue des combats ne laisse aucun doute tant la supériorité technique des troupes anglaises est remarquable. Nombre de patriotes irlandais sont tués dans les combats. Beaucoup d'autres sont arrêtés, tel Eamon De Valera, président du Sinn Fein. On fusille des prisonniers parmi lesquels le révolutionnaire national-syndicaliste Connolly. L'insurrection est noyée dans le sang et provoque une détermination infaillible chez les survivants. Parmi les jeunes insurgés à avoir échappé à la mort, Michael Collins se jure que 1916 constituera le dernier échec des indépendantistes. Face à un ennemi supérieur en armes, la surprise doit-elle prévaloir. Aussi, la priorité est-elle l'élimination des espions. Avec l'aide de son fidèle ami Harry Boland et l'appui d'un informateur anglais, Collins devient le héraut républicain, entreprend la neutralisation des traitres et prépare une véritable stratégie de harcèlement militaire qui porte ses fruits. Le traité de 1921 accorde l'indépendance à la majeure partie de l'île. L'Ulster reste sous domination britannique, faisant se déchirer la famille républicaine...

Somptueuse et rigoureuse épopée de la lutte du peuple irlandais pour son accession à l'indépendance dans la première moitié du vingtième siècle. Difficile de ne pas plonger corps et âme dans cette lutte pour la liberté qui se double d'une guerre fratricide entre nationalistes. On ne peut s'empêcher de regarder les frères d'hier s'entretuer sans un gros pincement. Collins est le héros d'un combat qui le transforme en victime expiatoire de sa propre lutte. Allez un petit bémol, Jordan peine à faire l'économie d'une histoire d'amour entre Collins et sa fiancée Kitty Kiernan qui alourdit considérablement une intrigue déjà fort spectaculaire. A plus forte raison, Julia Roberts n'est guère à son aise ! Le cinéaste prend quelques autres libertés avec l'Histoire, prêtant à moins de conséquences. Liam Neeson s'implique énormément dans son rôle. Enorme succès en Irlande, massacré en Angleterre, preuve s'il en est que le cinéma n'est pas qu'art. A voir absolument évidemment !

 

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ON EST TOUJOURS TROP BON AVEC LES FEMMES

Film français de Michel Boisrond (1970)

Dublin, le Lundi de Pâques 1916. L'armée britannique attaque le bureau des Postes dans lequel sont retranchés sept insurgés républicains commandés par McCormack. Gertie Girdle, une employée qui utilisait les toilettes au moment inopportun, est prise en otage par les indépendantistes. La jeune femme se révèle être la fiancée du commandant Cartwright, qui n'est autre que l'officier à la tête du détachement de Sa Majesté assiégeant la cité. L'otage se mue bientôt en une pasionaria exhortant les révolutionnaires à se conduire au feu de la plus belle manière. La fougue des insurgés est dérisoire face à la puissance des troupes britanniques. Les canons ont raison de la rébellion. Mais Cartwright ne ressortira pas non plus indemne du combat...

Boisrond adapte à l'écran le roman éponyme paru en 1947 sous le pseudonyme de Sally Mara qui masqua un temps l'identité de Raymond Queneau. Curieux et plaisant roman de Queneau que Boisrond trahit allégrement en en faisant un film vulgaire avec le Jean-Pierre Marielle des mauvais jours. C'est bien dommage pour le seul film français sur le sujet ! Le synopsis est trompeur. Aussi, ne faut-il pas s'attendre à un film historique. Bien au contraire, le roman et le film évoquent plutôt un récit burlesque et grivois, empreint d'un soupçon d'érotisme, sur la manière de se comporter au feu en compagnie d'une dame de la haute société. Si quelques passages du film sont assurément plaisants, il sera permis de lui préférer le roman.

 

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REVOLTE A DUBLIN

Titre original : The Plough and the Stars

Film américain de John Ford (1936)

Pâques 1916 en Irlande. Les troubles agitent Dublin. L'insurrection..., Nora Clitheroe aimerait s'en tenir la plus éloignée possible. Mais voilà..., son époux Jack vient d'être nommé par le général Connolly commandant d'une unité. L'époux doit prendre immédiatement ses fonctions. Les dirigeants du Sinn Fein viennent de proclamer l'indépendance. Une indicible peur envahit l'épouse lorsqu'elle apprend que l'homme qu'elle aime éperdument reçoit l'ordre d'investir le bâtiment des Postes. Les rebelles possèdent l'avantage de la surprise et se battent vaillamment. Mais les nombreuses forces loyalistes écrasent sans difficultés la hardiesse des volontaires irlandais. Poursuivi sur les toits de la cité, Jack peine à retrouver Nora tout en continuant de tirer ses cartouches. Son amour pour Nora ne le fera guère abandonner la lutte armée...

Libre adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Sean O'Casey, l'œuvre de Ford se révèle fort plus belliciste que la pièce du dramaturge nationaliste. Révolte à Dublin, c'est le tiraillement d'un homme entre le fol amour qu'il voue à son épouse et une cause révolutionnaire qui sublime toute autre perspective de vie. Un vrai bréviaire de la Révolution dans ses dialogues qui évite l'écueil de vouloir trop en faire, si ce n'est montrer et rendre hommage à la paradoxale froide passion des combattants irlandais. Ford ne manque pas de saluer la mémoire des oubliées des révolutions en la personne des épouses des rebelles. Les premiers rôles sont merveilleusement campés et la réalisation offre une truculente galerie de seconds roublards. Le propos est clairement favorable au camp républicain. Il est vrai que le réalisateur est né Sean O'Feeney avant d'adopter un patronyme plus digeste à Hollywood. Tout simplement un chef-d'œuvre d'un peu plus d'une heure. Quel regret qu'il soit malheureusement trop court !

 

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LE VENT SE LEVE

Titre original : The Wind that shakes the Barley

Film anglais de Ken Loach (2006)

Les années 1920 en Irlande. Des bateaux entiers déversent leur flot de Black and Tans pour mâter les rebelles qui poursuivent la lutte pour l'indépendance après l'échec de l'insurrection de Pâques 1916. Les exactions sont nombreuses et la répression britannique impitoyable. A l'issue d'un match de hurling dans le comté de Cork, Damien O'Donovan voit son ami Micheál Ó Súilleabháin sommairement exécuté sous ses yeux. Malgré quelques hésitations, Damien plaque la jeune carrière de médecin qu'il devait débuter dans l'un des plus prestigieux hôpitaux londoniens pour rejoindre son frère Teddy, commandant de la brigade locale de l'I.R.A. Dans tous les comtés, des paysans rejoignent les rangs des volontaires républicains et bouter l'Anglais hors de l'île. Au prix de leur sang, et d'indicibles tourments, les volontaires de l'I.R.A. changeront le cours de l'Histoire...

The Wind that shakes the Barley est un poème de Robert Dwyer Joyce évoquant l'insurrection irlandaise de 1798. Nous ne saurions trop recommander également l'écoute du chant éponyme repris par nombre d'artistes de Dolores Keane à Dead Can Dance. Encore un film sur l'I.R.A., direz-vous ! Pas tout à fait, l'originalité de la réalisation du Loach, cinéaste militant, est de présenter la lutte nationaliste sous un angle socialiste, pour ne pas dire marxiste. Aussi, la lutte de libération anticolonialiste se double-t-elle chez les éléments les plus révolutionnaires d'une volonté de refonte radicale de la société bourgeoise quand d'autres estiment le départ de l'occupant suffisant. Pour le reste, c'est un film sur l'I.R.A. de très belle facture. Loach ne vola pas sa Palme d'or au Festival de Cannes 2006 qui contribua au succès de l'œuvre en Angleterre même ! A voir !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

26/03/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Musique classique et lyrique

"S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu.", écrivait Emil Cioran non sans quelque provocation ! Cette joute replace néanmoins la musique classique dans son essence quasi-divine en matière de création de toute chose. La musique classique tire son origine de la musique de la Renaissance qui prend, elle-même ses sources d'une double inspiration, sacrée sous l'impulsion du chant grégorien et profane à la suite des troubadours des cours d'oc et trouvères médiévaux. La musique classique est ainsi une musique savante, au sens qu'elle est précisément structurée et élaborée, musique savante donc, occidentale, liturgique et séculière qui s'oppose à la musique populaire. Aussi, ne doit-on pas craindre d'affirmer son caractère élitiste sans qu'il soit hermétique aux classes populaires soucieuses de la notion de Beau. Inutile de faire cours sur l'histoire de la musique classique. Les plus intéressés se plongeront dans le maître-ouvrage Histoire de la musique de Lucien Rebatet qui fait autorité au point de ne cesser d'être réédité chez Robert Laffont. Rebatet qui a décidemment le vent en poupe au grand dam des détracteurs professionnels ; la réédition des Décombres faisant office de best-seller... S'il est nécessaire que chacun ait un rapport singulier à la musique, est-il permis d'affirmer que la Grande musique est la seule qui remporte le suffrage universel tant elle est celle qui exalte le plus toute passion ? Celui qui demeure absolument fermé à ses appels restera à jamais un cuistre ! Est-on un esprit fou si l'on considère la Marche pour la cérémonie des Turcs de Jean-Baptiste Lully, la Marche de Radtezky de Johann Strauss, la Danse des Chevaliers de Sergueï Prokofiev, la Chevauchée des Valkyries de Richard Wagner ou Carmina Burana de Carl Orff comme des appels à la révolte ? L'envoutement de l'onirique et païenne Danse macabre de Camille Saint-Saëns cède sa place à la magnificence de la Symphonie n°7 de Ludwig van Beethoven. Qui ne s'éprendrait d'une jolie dame au son de la Danse hongroise n°5 de Johannes Brahms ou de la Moldau de Bedřich Smetana ? D'autres styles musicaux peuvent procurer des sensations profondes mais ils ne seront jamais rien d'autre que des ersatz du génie musical européen, occidental tout au plus ! Il semblerait néanmoins, malheureusement, que la musique classique devienne ou soit devenue un art mort, disparu en même temps qu'Olivier Messiaen en 1992. Les fins connaisseurs seront autorisés à critiquer cette affirmation péremptoire. Et il est vrai que nombre de compositeurs n'ont connu de gloire que post-mortem. Nous indiquions quelques lignes plus haut le caractère élitiste de la Grande musique. Chacun aura pourtant, à n'en pas douter, le souvenir de parents de classe populaire sensibles et auditeurs de musique classique. Le fossé se creuse irrémédiablement entre le classique et le peuple ; la musique classique étant aujourd'hui bannie des chaînes de télévision et stations radios à l'exception d'horaires tardifs ou canaux spécialisés. Curieusement, la musique rap est certainement le genre qui "popularise" ou "modernise" le plus le récital. Certainement, ne nous faut-il pas tomber dans un complotisme niais. Gardons néanmoins à l'esprit ce qu'écrivait Platon : "Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler la musique." Cela ne doit pas concerner que le classique d'ailleurs... Quelques films n'ont pas manqué de rendre hommage à la mère de toutes les musiques. Des films pour la plupart remarquables mais dont on peut déplorer la caractère quasi-exclusivement biographique et historique. Définitivement, nous ne savons pas si le classique est mort !

 

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AMADEUS

Film américain de Milos Forman (1984)

"Pardonne Mozart ! Pardonne à ton assassin !", une supplication déchire la nuit d'une demeure bourgeoise de Vienne. Nous sommes en novembre 1823. Les serviteurs enfoncent la porte et découvrent leur vieillard de maître, Antonio Salieri, couvert de sang, la gorge tranchée. Musicien italien reconnu et compositeur de la cour de l'empereur mélomane Joseph II, le monde entier aurait dû auréoler Salieri de gloire si un jeune compositeur aussi immature et candide que talentueux n'était devenu la coqueluche du tout Salzbourg de 1871. Wolfgang Amadeus Mozart est son nom et sa renommée ne tardera pas à s'étendre à Vienne et toute l'Europe ! Salieri comprend le danger que représente le jeune Mozart et entreprend de l'approcher pour mieux l'éliminer. Il découvre en Mozart un génie paillard dépourvu d'éducation que ne laisse pas indifférent l'hédonisme de la vie de cour ni la profondeur du décolleté des dames...

Biographie baroque librement inspirée de la vie de Mozart vue par le prisme de celui qui se considérait comme responsable de la mort du génie. Forman livre un chef-d'œuvre. Il n'y a pas d'autre mot ! Les libertés historiques sont nombreuses. Aussi, plus qu'une biographie, Amadeus est le récit d'un affrontement entre deux hommes que tout oppose ; affrontement musical qui consacre la victoire temporaire de Salieri le travailleur acharné. Car c'est le nom de Mozart que retiendra l'Histoire, lui, qui mourut dans une misère la plus indigente. Trois heures de film captivantes. Le jeu des acteurs, les costumes et décors, l'atmosphère de la cour viennoise de la seconde moitié du 19ème siècle..., tout concourt à la perfection. Quand on pense que le rôle de Mozart faillit être offert à Mick Jagger... Même si finalement, le comportement de Mozart pourrait le faire considérer comme la première rock star de l'Histoire.

 

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FARINELLI, IL CASTRATO

Film italo-belgo-français de Gérard Corbiau (1994)

Naples au 18ème siècle. Castré depuis l'âge de dix ans, Carlo Broschi s'oppose dans une joute à un trompettiste virtuose sur une place bondée de la cité napolitaine. Séduite par sa voix pure et cristalline, la foule ovationne le castrat Broschi. Désormais surnommé Farinelli, le castrat devient bientôt une célébrité à laquelle n'est pas étrangère Ricardo, son frère et compositeur de ses mélodies. Farinelli sent qu'il lui faut pourtant briser le lien fraternel pour accéder à la gloire suprême. Aussi, accepte-t-il de rompre avec son frère et lier son destin à celui du  compositeur Georg Friedrich Haendel à Londres. Haendel avait pris soin de révéler à Farinelli l'origine secrète de sa voix. Il a été castré sur décision de son frère... Farinelli construit sa légende à travers toute l'Europe. Les triomphes côtoient les scandales. Il met brusquement un terme à sa carrière pour suivre Philippe V, Roi d'Espagne...

Corbiau prend de nombreuses distances avec la réalité historique de la vie du castrat dans ce remarquable film. Le travail effectué pour retranscrire la voix du castrat emporte l'adhésion. Là encore, la mise en scène, les superbes décors et costumes ravissent le spectateur. Le réalisateur peine néanmoins parfois à examiner les tourments du héros dont la voix est l'outil de sa gloire en même temps que le symbole de sa condition d'homme mutilé, ce qui ne l'empêchait nullement de séduire la gent féminine. L'œuvre repose sur une double dualité, l'une entre les deux frères, l'autre entre Farinelli et Haendel, qui est parfois trop ambigüe et brouillonne. Mais ne soyons pas trop exigeants avec ce film baroque qui remplit parfaitement son rôle.

 

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LUDWIG VAN B.

Titre original : Immortal beloved

Film américain de Bernard Rose (1994)

26 mars 1827, le grand Beethoven meurt à Vienne. Son secrétaire et homme de confiance Anton Schindler s'apprête à régler la succession du maître lorsqu'il découvre un testament annulant et remplaçant les actes précédents. Dans ce nouveau manuscrit, le musicien exprime sa volonté de léguer tous ses biens et sa fortune à son Immortelle bien-aimée. Malgré la vive opposition de la famille du compositeur, Schindler part à la recherche de la muse qui se cache derrière cette mystérieuse identité. La comtesse Giuliana Guicciardi, Joanna et la comtesse Anna Maria Erdody, chaque femme qui a partagé la vie de Beethoven évoque ses souvenirs avec le génie allemand...

Nouveau film biographique sur un compositeur. De nouveau, le cinéaste prend de nombreuses libertés avec l'Histoire malgré un grand soin de minutie dans la reconstitution. L'enquête testamentaire contenue dans l'œuvre sert surtout de prétexte à un long flash-back autorisant l'évocation de la vie du génie sourd. C'est bien fait mais lisse et commercial ! On dirait une page de publicité. C'en est une d'ailleurs ! La multinationale Sony est partenaire du film qu'elle n'a pas manqué de faire accompagner d'une réédition des symphonies du maître. Evidemment, la bande son est technologiquement supérieure. Certainement, la réalisation la plus décevante du genre. On s'ennuie parfois même si Gary Oldman fait de son mieux. A voir et à écouter quand même si comme Alex DeLarge, vous comptez parmi les admirateurs absolus du grand Ludwig van.

 

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MAHLER

Film anglais de Ken Russell (1974)

1911, Gustav Mahler rentre de voyage et regagne Vienne. Rongé par la maladie, le compositeur autrichien ignore encore qu'il ne lui reste plus que quelques jours à vivre ici-bas. Sombrant dans une profonde mélancolie, Mahler se remémore, au cours de son voyage, les étapes importantes de sa vie parfois fantasmée. De religion juive, l'enfance de Mahler s'est heurtée au fort antisémitisme de la société viennoise qui contraint une future conversion au Christianisme, seule possibilité de faciliter son ascension et la direction de l'orchestre de Vienne. Les drames familiaux ont également forgé la vie de l'apostat. La violence de son père à l'encontre de sa mère, le suicide de son frère et la mort prématurée de la fille qu'il eut avec Alma, son épouse, sont autant d'évènements qui constituent de douloureuses cicatrices...

Il est apparemment définitivement établi qu'aucune biographie d'un compositeur ne sera une transcription fidèle de la vie de l'homme... Mort en 1911, le Mahler de Russell se fantasme pourtant en homme persécuté par les nationaux-socialistes... Nonobstant ce curieux anachronisme hallucinatoire et une interprétation qui autorise le questionnement, voilà qui n'en fait pas pour autant un mauvais film. Loin de là... Russell a un sens inné de l'image dont témoigne la photo d'illustration empreinte d'un noir sadomasochisme qui représente Cosima, seconde épouse de Richard Wagner, déguisée en prêtresse nazie adoubant le juif Mahler devenu chrétien. Ne vous attendez pas à un biopic académique. Voilà tout ! Le cinéaste intègre merveilleusement les symphonies de Mahler à la mise en scène et livre au final un film onirique très intéressant.

 

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LE MAÎTRE DE MUSIQUE

Film belge de Gérard Corbiau (1988)

Londres, au début du 20ème siècle, le célèbre baryton Joachim Dallayrac met un terme à sa carrière de chanteur lyrique à l'issue d'une soirée triomphale. La décision crée la surprise et engendre l'incompréhension générale des critiques et la consternation du public. Dallayrac était pourtant au faîte de sa renommée. Soutenu dans sa décision par son amie Estelle Fisher, il se consacrera désormais tout entier à l'enseignement de sa talentueuse élève Sophie qu'il souhaite faire tendre à la perfection vocale. Dallayrac croise bientôt le chemin de Jean, jeune voyou, que le baryton initie au travail vocal au prix d'un enseignement impitoyable. Le prince Scotti, mécène richissime et éternel rival de Dallayrac, organise un concours lyrique auquel il convie les deux élèves de celui-ci. Ce dernier accepte que ses deux protégés participent à l'épreuve dans laquelle ils connaissent le triomphe...

Après une longue carrière de producteur d'émissions sur la musique et la danse, Corbiau signe un remarquable premier long-métrage. Le cinéaste belge se révèle immédiatement expert ès-musique classique dans le monde du Septième art. Si la mise en scène est austère, elle s'avère d'une grande subtilité malgré un scénario qui contient quelques faiblesses, car trop prévisible et académique. Cela peut se concevoir pour un premier essai au cinéma. Pour interpréter le personnage fictif d'un Dallayrac, absolument "prisonnier" de son art et délivrant l'enseignement de Mozart, Giuseppe Verdi et Mahler, le réalisateur offre le rôle au baryton José van Dam, plutôt qu'à un acteur professionnel, tant la technique vocale prend ici toute son importance et la gestuelle se doit d'être précise. La scène finale vaut d'être vue. C'est une poignante réussite !

 

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LA TOURNEUSE DE PAGES

Film français de Denis Dercourt (2006)

Issue d'une famille bouchère de province, Mélanie Prouvost est une prometteuse et jeune pianiste de dix ans qui échoue au concours d'entrée du conservatoire. L'attitude nonchalante et intransigeante d'Ariane Fouchécourt, présidente du jury et pianiste de renom, aura eu raison de la concentration de la jolie candidate. Dix années ont passé et la jeune fille devenue femme a abandonné le piano. Mélanie trouve un stage dans un grand cabinet juridique. Le fondateur du cabinet n'est autre que l'époux d'Ariane, désormais fragilisée après un accident automobile. Le chemin des deux femmes ne tarde pas à se croiser de nouveau après que Monsieur Fouchécourt, charmé par le talent organisationnel de la stagiaire l'engage ensuite au domicile comme jeune fille au pair afin de veiller sur son fils. Mélanie se rend bientôt indispensable en devenant la tourneuse de pages de la grande pianiste qui ne reconnaît pas la femme dont elle a bouleversé l'existence...

Dercourt est définitivement un cinéaste trop méconnu. Un virtuose de la mise en scène  ! Enfin un film sur la musique classique qui rompt avec le genre biographique. La Tourneuse constitue un thriller ouaté, lové dans le confort de la perversité bourgeoisie. C'est dans cet univers élégant que la calculatrice Mélanie mûrit sa délicate fureur. L'arme de sa lutte des classes est une partition de musique. On devine rapidement l'issue du film mais cette précocité ne gâche rien tant le scénario fait brillamment évoluer la relation d'un sensuel trouble glacial entre les deux femmes. Catherine Frot et Déborah François rivalisent de talent dans leur confrontation. La vengeance est un La qui se joue froid... Un petit bijou sans fausse note !

 

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UN GRAND AMOUR DE BEETHOVEN

Film français d'Abel Gance (1937)

L'année 1801, Beethoven tombe fou amoureux à Vienne d'une jeune et jolie italienne, la comtesse Guicciardi qui compte parmi ses élèves attentives. La comtesse deviendra sa muse bien qu'elle ne ressen pour lui qu'une grande amitié, empreinte d'une forte admiration. L'élève italienne annonce son vœu de mariage avec le comte Gallenberg. Profondément meurtri, le compositeur s'enfuit tandis que l'orage se déchaîne. Lé génie se rend compte que la surdité le gagne. Thérèse de Brunswick, cousine de la comtesse, prend bientôt la place de Giulietadans le cœur éploré de Beethoven. Sans aucune concertation machiavélique, Giulieta se rend compte de l'échec inévitable de son mariage et entreprend de se rapprocher de son mentor tandis que Thérèse devine la nature inextinguible des sentiments de Beethoven envers la comtesse. Thérèse aussi ne demeurera qu'une amie et Beethoven un génie solitaire...

Chef-d'œuvre d'un pionnier du cinéma, le Beethoven de Gance est largement supérieur à celui de Rose pour qui n'est pas allergique au noir et blanc. Il est inutile de préciser que la réalisation de Gance bénéficia pourtant de peu de moyens mais est largement compensée par un talent génial. Lorsque vous regarderez le film, faites le..., prêtez attention à la manière dont Gance fait comprendre au spectateur la surdité qui va définitivement affliger Beethoven ! Le cinéaste livre un film à l'atmosphère irréprochable, d'un esthétisme remarquable et d'une grande puissance émotionnelle. La prestation d'Harry Baur est époustouflante et les seconds rôles tout aussi à la hauteur. Seul point noir mais à mettre au crédit de la qualité insuffisante du matériel cinématographique d'avant-guerre, le son est absolument médiocre, ce qui gâche l'écoute des symphonies.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

12/03/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Rédemption

Dérivant du latin "redemptio" qui signifie le rachat, la rédemption constitue une représentation théologique de l'expiation héritée du Christianisme ; le Christ lui-même ayant racheté l'Homme par son Sacrifice sur la Croix. Le Salut de l'Homme ainsi offert par Dieu rachète la nature pécheresse de l'Etre et le sauve par la Rédemption. Aussi, " Il était dans la nature des choses que le premier converti par la Rédemption fût un soldat et un Romain. ", écrivait Louis-Ferdinand Céline. Par extension séculière et laïque, la rédemption est l'action de revenir au bien par l'expiation des erreurs et quémande le pardon, dès lors que le fautif est le premier acteur de sa propre rédemption. Elle impose une transformation réelle du coupable par la prise de conscience de la gravité de son acte. En prenant quelque distance avec la théologie chrétienne, peut-être sera-t-il permis d'effectuer une graduation dans la tolérance du repentir. Il y a des crimes, tels que l'infanticide, la pédophilie, le viol et bien d'autres qui empêchent, aux yeux de certains, tout pardon. Il est vrai qu'on peut difficilement plus jeter la pierre au caractère intransigeant refusant le paiement de la dette qu'au criminel lui-même... Et il est vrai également que l'accomplissement d'une peine judiciaire ne peut tout à fait être synonyme de rachat de la faute commise. Sans quoi, la récidive n'existerait tout simplement pas... La rédemption est, bien évidemment, un thème de prédilection pour le Septième art, à mettre en opposition avec l'autre grand thème classique de la vengeance. Chacun a immédiatement à l'esprit un certain nombre de films dans lesquels la rédemption constitue le fil conducteur de l'œuvre. Certainement, est-il préférable de sonder ici des films moins connus qui n'en méritent pas moins le plus grand intérêt.

 

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ADAM'S APPLES

Titre original : Adam Æbler

Film germano-danois d'Anders Thomas Jensen (2006)

Adam est un skinhead récemment sorti de prison. Ivan, pasteur plein de bonté, accueillie le néo-nazi dans sa communauté religieuse pour quelques mois. Le pasteur est convaincu que chaque être humain est intrinsèquement bon. Aussi, sacrifie-t-il sa vie à son charitable sacerdoce : accueillir d'anciens détenus et leur offrir une seconde chance sans tenir compte des turpitudes de ses ouailles, surtout celles d'Adam, homme diabolique qui donne bien du fil à retordre à l'Homme de Dieu. Et Ivan n'est peut-être pas le plus indiqué pour jouer le rôle du rédempteur combattant le mal.  De graves traumatismes ont façonné un profil psychologique instable. Le braqueur Khalid et l'alcoolique violeur Gunnar complètent la galerie de ceux qui tentent de se racheter une conduite. Au sein de la communauté, Adam est chargé de veiller sur le pommier afin de réaliser un gâteau dès lors que les fruits seront mûrs...

De nombreux passages excellent en humour noir et s'inscrivent pleinement dans la tradition des comédies scandinaves. Jensen nous amène très loin d'un film mystique et pesant sur la rédemption. Les racistes, handicapés, immigrés, obèses, tout le monde en prend pour son grade avec une fine truculence. La présente œuvre ne manque également pas de profondeur et de gravité dans sa dualité entre le bien et le mal. Et on ne sait plus trop à la fin qui, du skinhead, droit dans ses rangers, ou du pasteur, qui entend soigner le Mal par le Mal, est l'être le plus machiavélique. Enfin, les acteurs campent leurs rôles à merveille. Une perle de loufoquerie amorale et cynique que ce film ! Un seul bémol : le doublage en français n'est pas terrible. A regarder en version originale sous-titrée !

 

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THE BOXER

Film américano-anglo-irlandais de Jim Sheridan (1997)

A Belfast, Danny Flynn, 18 ans, possédait toutes les qualités requises pour devenir un grand champion de boxe. Sa fiancée Maggie l'épaulait et le boxeur menait une vie sereine à ses côtés. Mais le contexte politique nord-irlandais le dévore bientôt et Flynn intègre les rangs de l'Armée Républicaine Irlandaise. Inculpé d'un attentat qu'il n'a pas commis, il échoue en prison quatorze longues années durant sans livrer aucun de ses compagnons de lutte. En prison, Flynn prend ses distances avec l'I.R.A. et rend sa liberté à sa fiancée qui épousera, avec son consentement, son meilleur ami. Sorti de son incarcération et désormais âgé de 32 ans, Flynn entame une nouvelle vie et tente de se réinsérer dans son quartier que dévaste toujours la guerre d'indépendance. Maggie y vit toujours et c'est au tour de son mari de croupir en prison pour terrorisme et la laisser seule avec son fils. Flynn n'a qu'un souhait : la reconquérir. Son alcoolique d'entraîneur, Ike Weir, n'a pas non plus quitté Belfast. Avec Flynn, il ouvre un gymnase, dans lequel les boxeurs catholiques et protestants seront les bienvenus sans discrimination. L'I.R.A. ne voit pas les choses du meilleur œil...

Déjà réalisateur du magnifique Au nom du père, Sheridan livre un deuxième film avec l'I.R.A. en filigrane et son acteur fétiche Daniel Day Lewis dans le rôle principal. Car plus qu'une œuvre sur le nationalisme irlandais, The Boxer traite de la volonté d'un ancien détenu républicain de réconcilier les deux communautés en guerre par le pugilat sur un ring en lieu et place de la rue. L'histoire d'amour entre deux êtres contrariés par une longue détention tient également une place majeure dans l'intrigue. Si le réalisateur ne manque pas d'égratigner, à son habitude, l'attitude de la Grande-Bretagne en Irlande, il ne se fit pas non plus que des amis au sein de sa communauté catholique. Le cinéaste possède suffisamment le sens de la mesure dès lors qu'il traite de Belfast et maîtrise suffisamment les ficelles de son art pour faire de sa réalisation un excellent film, parfois trop prévisible, c'est vrai... Il reste néanmoins d'excellente facture.

 

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ERTAN OU LA DESTINEE

Titre original : Risse im Beton

Film autrichien d'Umut Dag (2014)

D'origine turque, Ertan vient de purger une peine de dix ans de prison pour meurtre. Avant son incarcération, il était un individu dur et violent. Aujourd'hui, il est libre et ses 35 ans résonnent comme une seconde naissance. A quinze ans, au contraire, l'adolescence de Mikael vient d'éclore. Le jeune homme est déjà sur un mauvais chemin. Après avoir mis un terme à son apprentissage, il passe son temps à errer avec des amis peu fréquentables et chanter du rap au prix d'un dangeureux endettement auprès du caïd Yilmaz. Ertan comptait parmi ses amis des individus peu recommandables qui ne manquent pas de le tenter de retourner à son ancienne vie. Il souhaite définitivement rompre avec une existence de voyou et rêve d'une vie sans embrouilles. Aussi, accepte-t-il un travail de manutentionnaire. Egalement, Ertan entreprend de surveiller Mikael afin que l'adolescent ne prenne pas le même chemin que lui. Mais extirper Mikael de la délinquance a un prix...

Dag invite à une immersion dans les bas fonds de Vienne dans lesquels est livrée une guerre sans merci entre différentes communautés immigrées, ici, principalement turque et géorgienne. Loin de brosser un tableau idyllique de l'immigration viennoise, le réalisateur peine néanmoins à traiter son sujet avec quelque originalité. Ertan est ainsi ce personnage, issu de l'immigration turque, qui souhaite rompre avec le mauvais chemin et se racheter par le biais d'un paternalisme à l'égard de jeunes qui entament un même chemin de violence. Paternalisme est le bon mot. Aussi, apprend-on progressivement quel lien unit-il les deux protagonistes.  A la façon d'une tragédie grecque, Ertan est un personnage déterminé et contraint de sombrer de nouveau pour mieux sauver son protégé. Malgré quelques passages intéressants, le film manque de profondeur et se révèle trop académique. Dag livre néanmoins une évocation sans concession de l'immigration en Autriche. Nous sommes loin des fastes de la Vienne de Johann Strauss...

 

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L'HOMME DE MAIN

Titre original : Z Odysku

Film polonais de Slawomir Fabicki (2006)

En Silésie, Wojtek est un jeune homme de 19 ans qui a grandi sans figure paternelle. La vie dans cette région sinistrée n'offre que peu d'espoir tant les mines ferment les unes après les autres. Tant bien que mal, Wojtek tente d'assurer la subsistance de sa fiancée plus âgée Katia, émigrée depuis l'Ukraine en compagnie de son enfant. Katia n'a pas encore de titre de séjour légal en Pologne au grand désespoir de son amoureux dont la pratique de la boxe dans le club local constitue une échappatoire. La boxe va devenir bien plus. Elle permet à Wojtek de quitter son emploi éreintant et peu rémunérateur dans la porcherie de son oncle. Wojtek se plait à gagner de l'argent facilement dans des combats clandestins. Repéré par un dirigeant de la pègre locale, Wojtek devient bientôt son homme de main, mais plutôt de poing, en allant récupérer les sommes dues. Le jeune homme se laisse progressivement entraîner dans la criminalité. Le boxeur hait son métier mais le désœuvrement lui laisse-t-il le choix ?...

Un homme gentil devient méchant malgré lui mais souhaite redevenir gentil. Voilà à peu de choses près l'intrigue convenue. Et pourtant ! Fort de son premier long-métrage, Fabicki livre une œuvre parfaitement maîtrisée de bout en bout dans laquelle le récit intimiste se mêle au polar. Et bien évidemment, et sans nostalgie aucune du communisme, le jeune cinéaste ne manque pas de flageller cette Pologne à deux vitesses qui s'est convertie au capitalisme débridé, et dont la richesse de Cracovie l'occidentale contraste avec la pauvreté des ses campagnes oubliées, en proie à un chômage endémique favorisant l'exode du fameux plombier et bien d'autres. L'on se rend compte que la Pologne est une Nation finalement beaucoup plus méconnue en France qu'il n'y paraît, malgré la présence sur notre territoire d'une forte communauté d'origine polonaise. Ne manquons pas de souligner la performance d'Antoni Pawlicki, dans le rôle principal, talentueux acteur parfaitement inconnu. Un film poignant au rythme enlevé qui est une révélation !

 

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JE NE SUIS PAS UN SALAUD

Film français d'Emmanuel Finkiel (2015) 

Eddie est un jeune homme que ronge le démon de l'alcool et qui tente de se réinsérer après une période difficile. Une nuit clôturant une soirée arrosée, Eddie s'accroche avec un groupe de jeunes qui ennuie une jeune femme et est violemment agressé à coups de tournevis en pleine rue. C'est Ahmed qu'il désigne comme coupable lors d'une séance d'identification au commissariat. Ahmed ne lui est pas inconnu. Il l'a croisé quelques jours précédant sa bastonnade. La justice suit son cours pour le présumé agresseur. Quant à Eddie, héros raté, il tente d'oublier ce mauvais souvenir en regagnant la confiance de Karine, son épouse dont il est séparé et avec laquelle il a eu un fils. Un nouveau travail lui permet de tourner la page encore un peu plus vite. Mais au fond de lui, Eddie sait parfaitement qu'il a accusé sans fondement Ahmed. Il se repend et souhaite porter la vérité à la connaissance de tous...

Finkiel livre un intéressant film anxiogène et voyeuriste dont le titre résonne comme un slogan. Il sera néanmoins nécessaire, pour apprécier l'œuvre, de faire abstraction sur le non-dit raciste qui pousse le héros à incriminer, et s'efforcer de l'envoyer en prison, un immigré maghrébin qui se révèlera innocent. Le personnage atrabilaire d'Eddie veut un coupable. Il faut qu'il paie ! Tant pis si ça n'est pas le bon ! Eddie et Ahmed sont, chacun à leur manière, deux anonymes sans-grades d'une société dans laquelle erre un nombre croissant d'individus dont la remise du pied à l'étrier n'a d'autre fonction que de les plonger de nouveau dans un consumérisme effréné. L'analyse du malaise social qui constitue le fil conducteur de l'ensemble des protagonistes est finement appréciée par le cinéaste, bien que d'aucuns jugeront la charge trop lourde. La fin du film est malheureusement caricaturale... Mélanie Thierry tient son rôle et Nicolas Duvauchelle, toujours à la hauteur !

 

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MATERNITE CLANDESTINE

Film français de Jean Gourguet (1953)

La banlieue parisienne. Une bande de jeunes gens accumule les méfaits et s'entraîne à perfectionner sa technique de menus larcins. André, dit La Fouine, la trentaine et plus âgé que ses camarades, souhaite passer à la vitesse supérieure et pousse l'équipe à commettre un véritable hold-up. Certainement, tous les autres se seraient-ils laissés entraîner s'ils n'avaient été témoins d'une tentative de suicide pendant le guet précédant l'attaque. Une jeune femme vient de se jeter dans la rivière. Les apprentis délinquants la sauvent et constatent que la jeune désespérée, qui se prénomme Lucienne, est enceinte. Tous entreprennent de la réconforter au mieux dans des ruines qui tiennent lieu de repaire des gangsters. André se montre plus distant et imagine rapidement que jeter la jeune femme sur le trottoir pourrait rapporter quelque argent. Il tente par ailleurs de la violer. La bande délinquante se disloque aussitôt pour sauver Lucienne de l'appétit cupide d'André...

Voilà une œuvre injustement tombée dans le plus total oubli tant Gourguet livre une belle réalisation au rythme soutenu. La personnalité de chacun des membres du gang de bras cassés est parfaitement affinée. Evidemment, le film s'inscrit dans la plus pure tradition du cinéma français d'après-guerre que certains jugeront démodé. C'est pourtant bien ce qui fait conserver au film un charme à la française indémodable. Le film contient de nombreuses scènes osées pour l'époque qui ne manquèrent pas de faire sensation. Dany Carrel est bouleversante et compte parmi les premières actrices françaises à avoir offert sa poitrine généreuse au regard du spectateur. A noter l'interprétation de Jean-Pierre Mocky dans le rôle de La Fouine. A voir !

 

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YOU'RE UGLY TOO

Film irlandais de Mark Noonan (2015)

Will est une vedette de cinéma qu'une incarcération a éloigné des projecteurs. Une sortie anticipée lui est permise afin qu'il s'occupe de sa nièce Stacey, onze ans, orpheline depuis le récent décès de sa mère qui succède à la mort bien antérieure du père. Les deux âmes blessées quittent Dublin à bord de la caravane de la mère et font route vers les splendides terres des Midlands. La soudaine "paternité" de Will n'est pas sans causer quelques problèmes bien qu'il prenne sa nouvelle vie très au sérieux. Will parvient avec difficultés à respecter le couvre-feu qu'impose le juge d'application des peines. L'engagement auquel l'ex-taulard est contraint tourne au désastre. Et le destin ne facilite guère sa tâche. L'école municipale refuse l'admission de la jeune fille après qu'on ait découvert chez elle une narcolepsie...

Premier long-métrage d'un prometteur jeune réalisateur et scénariste irlandais. L'œuvre de Noonan se révèle d'une grande et subtile tendresse empreinte d'une forte sobriété. Les regards, silences et non-dits en disent long sur la construction naissante d'un lien familial contraint, autour duquel tourne bien évidemment toute la réalisation. Les longues plages musicales camouflent agréablement la nature taciturne de Will qui subit une formation accélérée de paternité. Will, c'est cet antihéros, ni bon ni mauvais, malgré une courte peine de prison qui se retrouve soudainement avec une adolescente sur les bras, lui qui n'avait jamais eu qu'à penser à lui. Et l'adolescente entend bien se rebeller contre son oncle-père d'adoption afin d'acquérir une liberté accrue. Chacun aura à affronter les démons de son propre passé et Lauren Kinsella est adorable en petite peste à la bouille parfaitement irlandaise. C'est, en outre, souvent drôle.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

05/03/2016

7 films à voir ou à revoir sur les Hooligans

Voilà un curieux mot que celui de hooligan... Les avis divergent quant à l'origine du nom. Un certain Patrick Hooligan, Irlandais de son état et ivrogne notoire, serait passé à la postériorité en provoquant de nombreuses bagarres dans les pubs londoniens. Selon d'autres, une famille Hooligan serait devenue célèbre, au 19ème siècle, par un mode vie quelque peu agité. Enfin, hooligan pourrait dériver d'un gang du quartier londonien d'Islington qui aurait été dénommé Hooley. Faites vos jeux ! L'origine est obscure. Les hooligans sont donc entrés dans la légende. Une légende souvent noire... Comme pour le 11 septembre 2001, chacun se souvient de ce qu'il faisait ce 29 mai 1985 lorsque la télévision retransmet la mort en direct en filmant les bagarres entre supporters de Liverpool et de la Juventus de Turin qui provoquèrent la mort de nombreuses personnes dans une gigantesque bousculade. Pierre Desproges y va de son humour irrévérencieux en précisant que "Pour démontrer [...] qu'on peut rester actif après une bonne bière, les supporters du match Liverpool - Juventus tuent 39 personnes et en blessent 454 sur le stade du Heysel [...]". Plus personne n'ignore désormais que des bandes rivales s'affrontent avec une violence extrême dans et autour des stades. Les sociologues s'emparent du phénomène et tentent d'appliquer tant bien que mal leurs méthodes scientifiques pour expliquer la causalité du phénomène. Chômage, désœuvrement, passion exacerbée pour son club, sa ville, sa région, son pays, infiltration de l'extrême-droite, alcoolisation à outrance, chacun y va de son couplet pour déterminer le sujet sans jamais donner la parole aux acteurs principaux. Ils l'auraient dit, eux, que le hooliganisme, c'est tout simplement comme jouer à celui qui pisse le plus loin ! Les choses ne sont parfois pas plus compliquées et chaque membre d'une bande hooligan a certainement ses propres raisons de se plonger dans cet univers. La tribu urbaine des hooligans développe progressivement sa contre-culture à coup de musique pop ou techno et arbore sa propre mode. Le look des hooligans est certainement un anti-look. Il s'agit d'être un "casual", badaud passe-partout qui abandonne bientôt le trop connu laurier Fred Perry pour le tartan Burberry ou une cible Stone Island qui ne sont pas moins repérables pour un œil averti. La liste des marques sportswear de luxe n'est pas exhaustive bien entendu... Une chose est sûre, le football de papa est mort ! D'ailleurs pas seulement dans les tribunes. Car que sont aujourd'hui les footballeurs si ce n'est des mercenaires désincarnés de tout engagement et prêts à exercer leur talent dans une autre ville pour peu que le salaire soit plus rémunérateur ? Ceux pétris d'amour pour leur maillot font désormais figures d'extra-terrestres. Ainsi de Francesco Totti, mythique meneur de jeu de la Roma, ou de Wayne Rooney à Manchester United ou Steven Gerrard à Liverpool. Allez ! Citons quand même quelques exemples français, certes moins prestigieux, tels que Jean-Luc Ettori à Monaco, Eric Sikora à Lens ou Philippe Hinschberger à Metz, ou plus proche de nous, Marc Planus à Bordeaux. Là également, liste non exhaustive... De toute façon, quand bien même un joueur serait-il indéfectiblement lié à son club, il n'aurait désormais guère de chance de le servir toute sa carrière. Perçus comme du bétail cramponné, les joueurs de football professionnels constituent la matière première sur laquelle les dirigeants de clubs se plaisent à spéculer. On investit sur une jeune recrue comme un proxénète avec ses filles ! Et pour être certain que, désormais mort, le football de papa sera bien enterré, même la Cour de Justice des Communautés Européennes s'en mêle ! En 1995, Jean-Marc Bosman, joueur du Standard de Liège refuse d'être transféré à, il est vrai, l'Union Sportive de Dunkerque et saisit l'instance judiciaire. L'arrêt Bosman rendu peu après consacre la totale libéralisation du sport européen en déclarant illégal l'établissement de quotas de sportifs extracommunautaires dans les équipes professionnelles. Les équipes professionnelles comptent désormais en leur sein un nombre minoritaire de joueurs nationaux. De la région ou de la ville, n'en parlons pas... Les clubs eux-mêmes d'ailleurs ne symbolisent plus que la situation géographique de leur enceinte sportive. Le Paris-Saint-Germain tombe aux ordres du Qatar. Même le modeste club de Sedan intéresse un Prince saoudien. L'évolution du football déresponsabilise allégrement des joueurs déjà irresponsables. Des nouveaux bourgeois parvenus incapables de se couper de leur comportement de racaille malgré les millions d'Euros qui gonflent leurs comptes bancaires, voilà ce que sont nos footballeurs du Troisième millénaire. Nullement en contradiction avec la montée d'un Islam rigoriste, le consumérisme de bolides n'apprend pas les bonnes manières. Les filles mineures encore moins ! Coucou Zahia ! Encore moins le bon goût... Il suffit de s'intéresser aux coupes de cheveux de nos chères têtes brunes... On ne comprendra jamais pourquoi certains s'étranglent que les footballeurs ne montrent pas l'exemple tant Nicolas Anelka, Karim Benzema, Franck Ribéry ou Serge Aurier sont les vedettes les plus représentatives de leur époque qui subordonne l'humain au Veau d'or. Bien sûr, tous ne sont pas à jeter dans le même sac et il sera permis de préférer Paolo di Canio et la curieuse manière qu'il avait de célébrer ses buts, Paul Gascoigne plus teigneux qu'un hooligan, Alexy Bosetti qui a toujours revendiqué ses liens avec la sulfureuse Brigade Sud de Nice ou le bastiais Yannick Cahuzac qui prit récemment part à la manifestation fustigeant le comportement des policiers responsables de la perte d'un œil d'un supporter bastiais. Yannick Cahuzac qui, au passage, réussira peut-être l'exploit d'être plus sanctionné pour ses tacles, certes enlevés, que son homonyme Jérôme, seulement coupable d'avoir omis de déclarer quelques deniers au fisc... Face à la dérive du football, il serait autorisé de penser que la Fédération s'érige en garde-fou. Manque de chance, les instances dirigeantes ont depuis longtemps choisi de préférer les substantiels revenus émanant de la publicité et des droits de retransmission des matchs plutôt que de privilégier le public. Qu'on ne s'y trompe pas ! Le phénomène du hooliganisme est très certainement indépendant de la modernisation sociétale et libérale du football. C'est une mode qui vit et s'étend comme toutes les modes et dont la propagation accompagne la mondialisation du football. Depuis longtemps, en Europe, l'Angleterre a perdu son leadership au profit des pays de l'Est. Le fait nouveau est que le hooliganisme s'est étendu à la quasi-totalité du globe ces dernières décennies. L'Amérique du Sud ? Cela fait longtemps que les gangs locaux, appelés barras bravas, règlent leurs comptes avec nombre d'armes dont des pistolets. Plus récente est la contamination des pays du Maghreb où des groupes ultras appliquent des comportements inspirés de l'exemple européen. L'Afrique noire est également le théâtre d'incidents fréquents bien que le contexte socio-ethnique prenne une dimension prépondérante. Non, la nouveauté, c'est que la violence autour des stades gagne des territoires sur lesquels le football est loin de constituer le sport-roi. L'été dernier, des affrontement éclatent entre supporters des New York Red Bulls et du New York Football Club peu avant le derby. A plusieurs milliers de kilomètres de là, en Australie, des supporters de Melbourne Victory et Sydney Football Club propagent un joyeux chaos en centre-ville. Seul le continent asiatique semble, pour l'heure, épargné. Et la France dans tout cela ? Des groupes de supporters actifs se sont crées dès les années 1980 et la violence a aussitôt accompagné leurs rencontres. Un mensuel destiné aux supporters, Sup'Mag, a largement contribué à exporter les cultures ultra et hooligan jusque dans les divisions inférieures. S'il ne viendrait à personne l'idée de contester la suprématie des bandes éparses du P.S.G. qui constituaient le fameux Kop de Boulogne, les places fortes du hooliganisme français, avec des influences diverses, demeurent Bastia, Lille, Lyon, Nantes, Nice ou Saint-Etienne. Les incidents dans et autour des stades se sont bien taris au regard de ce qui se passait dans les années 1990 et 2000. La répression a contraint les hooligans à privilégier des free fights souvent à plusieurs kilomètres du stade, et ce, au grand désarroi des quarantenaires pour lesquels une bagarre spontanée et imprévue aux abords du stade faisait la plus grande joie. Les téléphones portables ne sont pas si vieux après tout ! Mais ça c'est un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître... Peu regardants en matière de constitutionnalité, les différents gouvernements et certains clubs français ont édicté des lois d'exception afin de ficher, voire bannir, les habitués des tribunes les plus agitées et dissoudre des associations entières. C'est un peu comme si on interdisait aux bandes des cités de descendre en centre-ville les soirs de Fête de la Musique ou de réveillon du Nouvel an... Interdire les supporters de déplacement, voilà la seule réponse apportée par le gouvernement. Cela autorise quelques questions lorsque l'on sait que des milliers de fans anglais, écossais, allemands, polonais, croates, russes, ukrainiens, turcs ou autres vont bientôt déferler cet été pour l'Euro 2016. Définitivement, si le football est pourri, les hooligans constituent certainement les éléments les plus désintéressés. Bien évidemment, certains objecteront de la mauvaise canalisation de cette violence. Au moins, celle-ci n'est-elle pas hypocrite ! L'unité réclamée dans les concerts identitaires ne produit malheureusement guère plus d'effet vertueux... Le cinéma ne pouvait que s'intéresser au sujet.

 

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A MORT L'ARBITRE

Film français de Jean-Pierre Mocky (1984)

Maurice Bruno est désigné pour arbitrer un match de football comptant pour la Coupe d'Europe. Déjà avant le match, l'ambiance est surchauffée et le commissaire Granowski veille à ce qu'il n'y ait pas de débordements. Par autobus bondés, une foule jaune et noire débarque en ville et s'enivre. Bruno sait que le match sera tendu. Aussi, peu avant le match, l'arbitre décompresse-t-il en compagnie de son amie Martine, journaliste. Le match est heurté sur la pelouse. Un pénalty sifflé dans les dernières minutes est synonyme de défaite et d'élimination des jaune et noir. L'ambiance dégénère dans les tribunes et des bagarres éclatent entre supporters des deux équipes. Sous la férule de Rico et Albert, des supporters fanatiques et ivres de vengeance traquent l'homme en noir et son amie dans toute la ville. Granowski tente d'empêcher le déferlement de violence...

"C'est con une foule ; ça suit le plus dingue et il y en a toujours un de dingue", assurait Mocky. Tourné un an avant le drame du Heysel, il s'agit du seul film français à évoquer le hooliganisme et ses hordes de supporters sombrant dans la violence. L'objectif du cinéaste est plus de condamner la violence autour du football que de présenter le mode de vie des supporters les plus violents. Les puristes s'étrangleront du look des fans jaunes et noirs, ni ultras, ni hooligans, de même à la vision de Michel Serrault en chef de bande et homme médiocre. Les supporters sont ici plus campés en bougres adeptes d'une violence spontanée qu'en professionnels de la bagarre. Pourtant, certainement le meilleur film du genre en ce qui concerne la mise en place des mécanismes de violence spontanée des foules. Pour la petite histoire, les scènes du stade furent tournées dans l'antre du Football Club de Rouen qui manque à l'élite du football français. Une réussite !

 

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ARRIVEDERCI MILLWALL

Film anglais de Charles McDougall (1990)

C'est la Coupe du Monde de football en cet été 1982 en Espagne. Mais cette période coïncide également avec le début de la Guerre des Malouines opposant la Grande-Bretagne à l'Argentine, pour laquelle la Nation espagnole prend fait et cause. Avec Billy Jarvis, un groupe de quatre hooligans de Millwall Football Club, entreprend de supporter sa sélection nationale et d'errer dans la péninsule. En plus du football, l'alcool et la bagarre constituent leur projet de vacances qui commencent à Bilbao. Mais surtout, il s'agira pour Billy de venger de quelque manière que ce soit la mort de son frère Bobby, tué, à l'autre bout de la planète, lors du conflit. Billy tenait beaucoup à son frère même s'il s'autorisait une relation avec l'amie de celui-ci. Le voyage footballistique va vite devenir un enfer. C'est à l'Espagne, solidaire de l'Argentine, de subir leur vengeance.Les gars de Millwall non plus n'en ressortiront pas indemnes...

Premier film anglais à traiter du hooliganisme, à l'exception du téléfilm The Firm, réalisé par Alan Clarke en 1988, que la France avait eu le mauvais goût de projeter sous le titre Carton rouge pour les hooligans. La réalisation de McDougall est un moyen-métrage de cinquante minutes, issu d'une pièce de théâtre de Nick Perry, et évoquant un groupe de supporters violents et xénophobes dont le clair but de leur séjour hispanique est bien la vengeance de la mort de l'un des leurs sur les lointaines Malouines. Le réalisateur n'invite pas à l'empathie concernant les hooligans. Quel dommage que cette brillante œuvre ne dure pas plus longtemps ; interdisant d'approfondir la psychologie des protagonistes. La carence de moyens se fait ressentir et les scènes d'action manquent. Les amateurs de bagarres seront frustrés. Arrivederci Millwall n'en demeure pas moins mythique. Inédit en France.

 

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THE FIRM

Film anglais de Nick Love (2009)

A Londres dans les années 1980. Dom est un adolescent, tout ce qu'il y a de plus normal. Comme tous les jeunes de son âge, il sort en boîte avec ses copains. Certainement aurait-il préféré une jeune fille mais c'est Bex Bissell que son ami Tel bouscule par mégarde. Et Bissell est le leader de la firm de West Ham United... Dom retourne voir Bissell dans le pub dans lequel il se regroupe avec sa bande de hooligans. Le leader loue le courage de l'adolescent qui ose venir recroiser sa route. Fasciné par Bissell, Dom commence à le côtoyer. Son sens de l'humour le fait rapidement accepter au sein de la bande. Mais d'autres qualités sont requises pour devenir un casual. Se confronter aux firms des autres clubs est obligatoire. Portsmouth, Crystal Palace, Dom débute son apprentissage. La bande de Bissell se fait bientôt sévèrement rossée par les hooligans de Millwall. Cette défaite met à mal le leadership de Bissell au sein du groupe. Il est déterminé à prendre sa revanche. Dom se rend compte qu'il sera bientôt trop tard pour sortir de cette spirale de violence...

Remake d'un précédent téléfilm réalisé par Love. La présente réalisation est exclusivement autocentrée sur la violence. Aussi, le football n'est-il jamais évoqué. Le sport peut servir de prétexte parfois c'est vrai, mais quelques scènes de pelouses ne nuiraient pas. The Firm peut paraître parfois un peu trop désincarné. Love fait ainsi l'économie des raisons qui poussent des hommes à se battre autour des stades et se borne à n'évoquer que leur mode de vie, empreint d'un remarquable réalisme. Le réalisateur offre une excellente immersion dans le milieu des firms. La bande originale est justement originale en préférant les grands standards de la musique britannique des années 1980, comme Soft Cell, Tears for Fears ou Nik Kershaw, plutôt que des groupes pop et rock plus underground. Le spectateur pourra être surpris de la mode vestimentaire des casuals de West Ham pour lesquels les marques de luxe cèdent leur place aux survêtements Fila ou Sergio Tacchini. Inédit en France.

 

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THE FOOTBALL FACTORY

Film anglais de Nick Love (2004)

C'est enfin le week-end ! Et Tommy Johnson n'a qu'une hâte : s'adonner à ses activités favorites que constituent le sexe, l'alcool, la drogue, mais par-dessus tout, Chelsea Football Club. Entouré de ses copains, Billy Bright, jamais avare d'une réflexion raciste et Zeberdee, toujours plongé dans quelque embrouille, Johnson ne louperait un match de son équipe pour rien au monde. Mais ce que le supporter des Blues préfère encore, c'est se battre contre les autres firms, lui, pourtant issu d'une famille de la classe moyenne et jouissant d'un emploi stable. Johnson aime la bagarre, au point que le comportement trop fougueux du héros et de sa petite bande les met parfois en délicatesse avec le leader Harris qui apprécierait un peu plus de discipline. Le match contre l'ennemi juré de Millwall approche et l'excitation est à son comble. A presque trente ans, Johnson sait qu'il aura bientôt un choix décisif à faire : arrêter le baston et épouser une vie normée ou plonger de plus belle dans son mode de vie, au grand désespoir de son vétéran de grand-père, Bill Farrell, qui, lui, a connu la vraie guerre et espère une autre vie pour son petit-fils...

Librement inspiré du roman éponyme de John King, Love se réessaie à son sujet de prédilection en jetant son dévolu sur une autre firm réputée des rues londoniennes. Comme dans son œuvre précédente, le football n'est jamais évoqué bien que The Firm soit plus fouillé et plonge dans le quotidien de la bande de copains entre filles faciles, drogue et bagarre. Peut-être parce qu'issu d'un roman, le film tombe moins dans le cliché et Love réussit son pari de susciter l'empathie du spectateur, au point que le film peut être perçu comme apologétique même si chacun se rendra compte qu'être membre d'une firm n'est pas sans risque. La bande originale est toujours à la hauteur et les scènes d'action, tournées caméra à l'épaule sont parfaitement crédibles. Certainement le meilleur film du genre ! Danny Dyer, qui tient le rôle principal, appréciera suffisamment son expérience de hooligan pour ensuite tourner une série de dix mini-reportages en Europe, Turquie et en Amérique du Sud et sortis en France sous le titre Hooligans F.C.

 

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HOOLIGANS

Titre original : Green Street Hooligans

Film anglo-américain de Lexi Alexander (2005)

Etudiant en journalisme, Matt Buckner est injustement renvoyé de la prestigieuse université de Harvard pour possession de cocaïne que son camarade de chambrée avait dissimulé dans son armoire. Il décide alors de traverser l'Atlantique afin de rendre visite à sa sœur londonienne, Shannon, qui vient d'accoucher de son enfant. Matt débarque dans la gare centrale que des employés remettent en état. La veille, le hasard a fait se croiser des gars de West Ham avec ceux de Tottenham Hotspurs. Non qu'il ne soit pas le bienvenu mais Matt contrecarre les plans de son beau-frère, Steve Dunham, avec qui la rencontre est froide. Toujours à l'improviste, Pete, le frère de Steve, débarque au domicile. Matt est confié aux soins de Pete qui, malgré de fortes réticences, l'intègre dans son monde. L'américain découvre un univers qui lui est totalement inconnu : celui des casuals de la Green Street Elite, la firm de West Ham. Le protégé de Pete ne fait l'unanimité au sein de la G.S.E. Et encore, ne savent-ils pas qu'il est fils de journaliste...

De sexe féminin et de nationalité allemande, rien ne prédestinait la jeune réalisatrice à s'intéresser au phénomène du hooliganisme. Moins réussi que ses concurrents britanniques, le film d'Alexander n'en est pas moins agréable à regarder... en version originale ! Le doublage en français est catastrophique dans le choix du champ lexical. Et entendre en français l'hymne du club de West Ham, I'm forever blowing bubbles, est juste pathétique. Puisqu'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, le film fait figurer de vrais hooligans dans leur propre rôle, à l'exception des acteurs principaux bien entendu. L'aviez-vous remarqué ? Cass Pennant apparaît en policier anti-émeute, lors des incidents à la gare de Manchester. Un comble pour le mythique leader de l'Inter City Firm de West Ham ! Enfin, cerise sur le gâteau : I wanna be adored des Stone Roses compte parmi la bande originale. Bon, c'est vrai qu'Elijah Wood en américain sombrant dans les bas-fonds londoniens n'est pas très crédible... Mais n'en déplaise aux plus puristes des plus pointilleux, Hooligans est un bon film.

 

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I.D.

Film anglo-allemand de Philip Davis (1995)

John est un jeune policier ambitieux au comportement irréprochable. Epaulé par trois collègues, Il se voit bientôt confier par sa hiérarchie une mission à risque : infiltrer les terribles hooligans de Shadwell Town évoluant en deuxième division. L'identification des meneurs permettra l'arrêt des violences après que ceux-ci croupiront en prison. La ruse permettra au quatuor de progressivement se noyer dans la masse des hooligans. Mais gagner la confiance des meneurs, habitués du pub The Rock, est une autre histoire. Aussi, faudra-t-il que John mette la main à la patte ou plutôt le poing à la figure. Le problème est que John se prend au jeu, au point d'oublier la raison pour laquelle il fréquente "le Chenil", la glauque antre des Dogs de Shadwell. John sombre dans la violence. Les tensions s'exacerbent parmi le quatuor et le policier-hooligan devient méconnaissable aux yeux de son épouse...

Connu également en France sous le titre Hooligans, nous nous en tiendrons au titre original afin qu'il n'y ait nulle confusion avec la précédente œuvre. Aucun initié ne croira à cette histoire d'un nouveau venu qui intègre aussi facilement l'élite des hooligans d'un club aussi fictif soit-il comme Shadwell Town mais enfin... Egalement, le look de certains hooligans laisse à désirer, avec une mention spéciale à celui qui arbore un avant-bras de cuir parsemé de clous... Une fois n'est pas coutume, vendons la fin ! Elle est des plus ambigües. Aussi, après avoir sombré dans la drogue, John défile-t-il avec des skinheads sans que l'on sache s'il s'agit d'une nouvelle couverture comme il l'indique à son ancien collègue Trevor. Le film a beaucoup vieilli mais les amateurs apprécieront. Une suite serait en tournage depuis quelques mois...

 

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L'ULTIMO ULTRAS

Film italien de Stefano Calvagna (2009)

Luca Vanni est un ultra de la Brigata Gladio. Tandis qu'il se déplace à Milan avec son groupe, leur bus est attaqué par le groupe local de la Brigata Albatros. Dans la bagarre qui s'ensuit, Luca poignarde à mort un tifoso local à la poitrine. Le meurtrier est alors contraint de partir en exil forcé et se réfugier dans un appartement sur les rives du Lac de Garde. Luca s'appelle désormais John Sirani et quelques centimètres de cheveux supplémentaires garnissent son crâne. Il ne s'autorise quelques sorties que pour effectuer des paris sportifs dont les gains sont engloutis par les frais d'hôtel, mais aussi pour fréquenter Lucrezia, une prostituée. Plus risquées sont ses sorties dominicales lors desquelles Luca-John retourne à ses vieux démons et intègre les supporters visiteurs du club local en participant aux affrontements contre les Ultras Bardo. Immanquablement, le dimanche soir le ramène à sa solitude et au souvenir du jeune garçon qu'il a suriné. Luca parvient néanmoins à trouver l'amour, en la personne de Marina, charmante caissière dans le local de bookmaking. Marina est plus âgée et masque une lourde peine après que son fils ait été poignardé... La présence au stade d'un même individu dans les tribunes visiteurs intrigue Bruno Spalti, le chef des Ultras Bardo. Ce dernier découvre bientôt quelle véritable identité se cache derrière l'homme mystérieux. Vanni-Sirani est bientôt rançonné par Spalti...

Un film italien ! Voilà qui a le mérite de faire sortir des ruelles de l'East End londonien. Calvagna signe un film indépendant dont il tient lui-même le rôle principal ; un rôle qui sied, en effet, à un ancien membre des Irriducibili, les ultras de la Lazio Rome. Un film âpre, violent, sans censure comme les Italiens savent faire. Le réalisateur n'ôte pas non plus l'idéologie néo-fasciste de nombre de groupes ultras. A ce propos, il est à noter que l'intrigue ne fait référence à aucune équipe réelle du Calcio. A la différence des œuvres anglaises, le présent film a la bonne idée de sonder le profil psychosociologique du héros. Mais l'on s'y perd parfois et la bonne idée devient alors trop indigeste et complexifie l'intrigue avec des éléments invraisemblables. Surtout en ce qui concerne l'histoire d'amour entre le héros et Marina. Relisez bien le synopsis, vous devinerez... L'Ultimo Ultras demeure néanmoins un film plaisant sur l'univers des ultras et le Calcio, véritable religion en Italie. L'occasion est fournie de rendre hommage à Gabriele Sandri, tifoso de la Lazio, assassiné d'une balle dans le cou par un policier en 2007. Giustizia per Gabriele !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

02/03/2016

Chronique de film : « Les Saisons » de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud

« Les Saisons » hymne profond de notre longue mémoire forestière

les saisons.jpgSorti en salles le 27 janvier dernier, « Les Saisons » est le film indispensable pour tous les amoureux de la faune et de la flore forestières européennes, mais aussi pour tous ceux qui se placent dans le droit fil de notre longue mémoire.

Film de Jacques Perrin et de Jacques Cluzaud, « Les Saisons » sort du cadre classique du documentaire animalier pour aller vers le poème visuel et sonore. Retraçant l'évolution de la forêt européenne depuis l'ère glaciaire jusqu'à nos temps actuels, en expliquant par la voix de Jacques Perrin l'apparition des saisons qui marquent depuis des millénaires nos paysages et notre nature.

Procédant par touches impressionnistes, par une beauté visuelle, tout autant que sonore, « Les Saisons » se place dans le sillage de l'émerveillement permanent, de l'apologie de la beauté de notre nature. Grâce à une véritable prouesse technique, nous approchons au plus près des habitants de nos forêts, les voyant naître, grandir, mourir... A tel point que nous nous identifions aux cerfs, loups, lynx, ours, renards, sangliers et autres multiples espèces d'oiseaux qui constituent la diversité de notre faune, autant d'animaux qui font le bonheur des lecteurs de « La Salamandre » et de « La Hulotte ». Sans parler de la beauté des éléments (pluie, neige, vent, orage, aurore, crépuscule, nuit, pleine lune, etc.). Le film réussit également à nous montrer l'apparition des hommes au cœur de cette nature par petites touches comme si nous n'étions pas l'élément central de cette nature, mais l'un des hôtes.

« Les Saisons » est également une réussite car ce film évite le commentaire permanent et la musique sempiternelle, on découvre en effet la multitude de sons et de bruits que font la faune et la flore au cœur de nos forêts. Ce qui rend d'autant plus appréciables les commentaires de Jacques Perrin et les illustrations sonores qui tombent juste à chaque fois.

Ensuite, le film montre le déroulement des saisons par des touches infimes et surtout leur cycle permanent, une véritable leçon qui passe, là-aussi, par la beauté et l'émerveillement.

Il mérite d'être revu plusieurs fois et retrace notre forêt, notre flore et notre faune dans une longue mémoire, y compris celle des hommes qui rappellera aux lecteurs du CNC les œuvres de Dominique Venner, tant pour la chasse et la place symbolique qu'occupe le cerf dans ses œuvres, et même au sein du film, mais surtout pour la longue filiation humaine européenne. En évoquant qui plus est sources et divinités par touches, idem pour l'arrivée des monastères et des défricheurs présentée tout en nuances.

Pour autant « Les Saisons » montre là encore avec finesse comment les hommes ont changé leur rapport à la nature, pour la domestiquer, expliquant à la suite de Descartes que nous voyons désormais les animaux comme utiles ou nuisibles. Pour autant, le film n'oublie pas la poésie des gestes humains au cœur de cette nature.

La dernière partie du film est proprement étonnante. Montrant des animaux, notamment des oiseaux, au cœur de la boucherie de 14-18, on voit un soldat français cesser son observation pour dessiner un oiseau ; scène qui évoque directement Jünger et ses récits de guerre. Ensuite nous sommes plongés en plein combat avec l'utilisation du gaz moutarde qui décime les animaux sur le front et nous assistons à l'utilisation actuelle de pesticides et insecticides dans les rangs d'arbre qui a pour conséquence la décimation de nos abeilles, ce qui infirme le greenwashing de certains sponsors du film (EDF, Center parcs, etc.). Enfin apparaît une jeune fille entrant avec précaution au cœur d'une forêt pour regarder avec émerveillement une biche et son faon. Là Jacques Perrin nous incite à retrouver notre part sauvage, avec une belle scène sur Paris. Et un énième survol de nos forêts par des oiseaux migrateurs...

Arnaud/CNC

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