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02/02/2013

Chronique de film: Django Unchained, un film de Quentin Tarantino (Etats-Unis, 2012)

 Chronique de film:

Django Unchained, un film de Quentin Tarantino (Etats-Unis, 2012)

quentin-tarentino-django-unchained.jpgTraitons maintenant du dernier film de Quentin Tarantino qui s’attaque cette fois au Western tendance spaghetti avec Django Unchained, présenté comme un remake de l’excellent film de Sergio Corbucci, Django, sorti en 1966. Disons-le d’entrée de jeu : le film de Tarantino n’a pas grand-chose à voir avec le film original, il se contente surtout de reprendre ce nom prestigieux du Western pour le donner à un personnage noir qui est bien loin du Django interprété par Franco Nero…

Le nouveau Django est en effet-signe des temps- issu de la diversité et n’est plus le cow-boy solitaire de Corbucci mais un esclave noir qui va se révéler un as de la gâchette. Le film se déroule effectivement dans le sud des Etats-Unis en 1858, 3 ans avant la guerre de Sécession, avec pour arrière-thème, vous l’avez deviné, l’esclavage. Tout destinait Django à vivre comme un esclave toute sa vie si la providence n’avait mis sur son chemin le Docteur Schultz, chasseur de primes d’origine allemande, qui va le libérer pour mener à bien un contrat, ayant besoin d’informations détenues par Django sur ses cibles. Le Docteur Schultz va vite prendre notre personnage éponyme comme associé et s’attacher à lui, allant jusqu’à l’aider dans la juste quête que poursuit ce dernier : retrouver sa femme, esclave aux mains d’un maître particulièrement sadique…

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Le scénario, somme toute très simple, nous amène à un film de 2h45, ce qui est long, très long, ceux ayant enduré le fameux Inglorious Basterds du même Tarantino savent de quoi je parle… Les similitudes entre les deux films ne s’arrêtent pourtant pas là. Leur thème est similaire : la vengeance. Bête, méchante, incontrôlée, rabique. Contre les Allemands/Nazis dans Inglorious Basterds, contre les Blancs/Sudistes dans Django Unchained. Voilà donc de la vengeance de bon aloi, politiquement correcte et même fortement recommandée ! Peu importe d’ailleurs que Django flingue des Blancs, même innocents d’ailleurs, ils sont tous mauvais et d’ailleurs, avant d’en venir à tuer pour se venger, ne déclarait-il pas : « être payé pour supprimer des Blancs, ça déplairait à qui » ? Pas à Tarantino en tout cas qui avait déjà pris un malin plaisir à faire massacrer des Allemands par ses Inglorious Basterds juifs… Idem ici, tuer des Blancs n’est pas un problème, ils sont tous (hormis le Docteur Schultz) des pourris : des hommes de main sudistes tendance dégénérée aux maîtres sadiques. Les massacres d’Inglorious Basterds avaient été applaudis par la foule en délire lors de la première de ce film en Israël, je ne sais pas si les meurtres de Django Unchained l’ont été également…

tarantino et foxx.jpgLa patte Tarantino ? Depuis Kill Bill, elle n’existe plus. Le cinéaste tourne en rond et ne surprend plus. Ses scènes de dialogues sont interminables et inintéressantes (même s’il a fait un effort dans Django Unchained par rapport à ses films précédents), son goût de la violence bon marché fatigue, toute son inventivité s’est envolée et il a cédé à la facilité, sachant bien que « comme c’est de Tarantino », ce sera forcément présenté par la critique comme intéressant, novateur, décalé, iconoclaste. Quel enfant terrible du cinéma ce Tarantino ! Il est indéniable que ses premiers films et scénarios étaient très bons mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Que retenir d’ailleurs de Django Unchained? De beaux paysages d’une part et les jeux d’acteur de Léonardo Di Caprio (le maître blanc sadique dispensant à l’occasion des cours de racisme biologique) et de Samuel L. Jackson (le majordome noir du premier, tout dévoué à son maître), gros méchants du film, très convaincants et sauvant ce dernier du naufrage complet… Sachant qu’il peut faire ce qu’il veut et qu’il a les moyens de le faire, Tarantino tourne ses délires qui sont bien moins sulfureux qu’on veut bien le dire. Lui qui aime les vieilles séries B, on peut dire qu’il en réalise des très actuelles où il substitue les moyens financiers à la créativité et à l’inventivité qui étaient fréquentes dans ce cinéma Bis souffrant souvent de moyens mais pas d’idées… Même s’il avait atteint les bas-fonds de l’ordurier avec Inglorious Basterds, son cinéma reste un tantinet nauséabond et, en réalité, tout à fait conformiste. Prendre comme thèmes le nazisme puis l’esclavage n’en fait pas le réalisateur rebelle qu’on dit mais seulement un « artiste » qui a subi le lavage de cerveau de la pensée unique : prônant le cosmopolitisme et la culpabilisation éternelle des Blancs… Quel sera le thème de ton prochain film, Quentin ? Un thème vendeur j’imagine. Les crimes du Christianisme ? Le sadisme des Japonais ? Je n’ose imaginer ce que notre commerçant du cinéma dit décalé nous trouvera. On ne sait jamais ce qu’il y a dans la tête d’un marchand de tapis.

Rüdiger

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

07/01/2013

Chronique de film : Le Hobbit, un voyage inattendu (2012)

 Chronique de film : Le Hobbit, un voyage inattendu (2012)

20273834.jpgUne délégation du Cercle Non Conforme s’est déplacée début janvier pour voir le nouveau film événement de Peter Jackson, le Hobbit, adapté du roman de J.R.R Tolkien, le célèbre philologue britannique qu’on ne présente plus, ou presque. Certains de nos valeureux militants ont lu il y’a fort longtemps l’ouvrage Bilbo le Hobbit, qui rappelons-le, est un conte destiné aux enfants paru en 1937, c'est-à-dire à une autre époque et se sont donc précipités avec enthousiasme en salle pour ce premier volet puisque le réalisateur en a prévu trois.

L’adaptation à l’écran d’un conte pour enfant dans un univers fantastique est donc un exercice qui peut s’avérer plutôt complexe. Autant pour retranscrire le fond que la forme.

Nous pouvons procéder dans un premier temps à un examen rapide de la forme, tel un enfant découvrant un cadeau.

Nous avons choisi de regarder le film en 2D HD, car la 3D nous semble prohibitive. Une place de cinéma coutant désormais plus qu’une heure de travail au SMIC pour des films tous plus mauvais les uns que les autres, la 3D, qui nécessite en plus l’achat de lunettes bas de gamme made in China ne nous a pas semblé d’une très grande utilité pour apprécier le film. D’une part certains d’entre nous ont fini avec des nœuds au cerveau après avoir subit la 3D d’Avatar, mais de plus, nous avons pu nous enthousiasmer devant Star wars ou le Seigneur des Anneaux avec une 2D. La 3D participe d’ailleurs, comme dans les jeux videos (type Assassins Creed), à embellir la forme, pour des scénarios tous plus creux et improbables les uns que les autres.

Ces quelques considérations passées, que dire ? Et bien que les paysages néo-zélandais sont splendides, mais cela ne constitue pas une nouveauté. Surtout les prises de vues sont plutôt bien réussies, malgré un effet flou par moment assez désagréable. Certaines scènes comme le combat des géants de pierre ou la fuite de la montagne des gobelins sont d’une très grande réussite. Nous sommes bien dans une production d‘heroic fantasy. La musique quant à elle ne m’a pas particulièrement marquée et le thème final n’est pas particulièrement vibrant. Nous avons en revanche droit à une scène au début du film digne d’une comédie musicale humoristique qui nous rappelle que le livre d’origine est destiné aux plus jeunes, alors que le film se dirige par la suite vers un public plus large.

Attention, la suite de cette chronique va donner un grand nombre d’éléments de l’intrigue !

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Le scénario n’est pas une adaptation fidèle du livre. Peter Jackson a mis son empreinte sur l’œuvre de J.R.R Tolkien. Le scénario est globalement assez simple, il s‘agit d’une quête. Des nains veulent retourner dans leur royaume ancestral dont ils ont été chassés. Ils doivent alors affronter un certains nombre d’épreuves, rencontrer des « races » différentes, hostiles ou non, traverser des lieux aux caractéristiques différentes, résoudre des énigmes, se battre,  etc… Le début du film est particulièrement intense car il parvient non seulement à justifier l’intrigue principale (la quête) mais aussi à nous introduire une grande quantité de personnages (Bilbon, Frodon, Gandalf, les nains).

Trois personnages sont au cœur de l’histoire : Thorïn (qui ressemble à Aragorn), le roi nain, qui veut revenir dans le royaume de ses ancêtres et venger son père et son grand-père, Gandalf, le magicien qui se révèle aussi excellent combattant et Bilbon, un Hobbit qui vit tranquillement dans son village avant de donner un tout autre sens à sa vie. D’autres personnages sont également passés en revue, les elfes (avec entre autre Galadriel), les orques, les trolls, les gobelins, les géants de pierre, le mage Saroumane, le mage Radagast et bien sur Gollum qui se fait dérober l’anneau par Bilbon.

Il serait possible de donner quelques interprétations, dont pourtant Tolkien se méfiait, sur le sens de certains personnages.

Les nains, et cela est peut-être d’ailleurs sujet de quelques grincements de dents, peuvent être associés au peuple biblique d’Israël et à la vision du Juif dans l’Europe d’avant les HLPSDNH. Le royaume des nains est un royaume prospère où il fait bon vivre et qui profite en large parti de la production d’or. Les nains sont de grands orfèvres… Le roi qui prétend tenir son pouvoir de droit divin va causer la perte de son royaume par son goût immodéré pour l’or. Le royaume est détruit par les flammes et les nains sont condamnés à errer et à vivre de métiers artisanaux dans d’autres contrées dont ils parlent les langues alors qu’ils ont leur langue propre pour eux, qu’ils connaissent malgré leur séparation. Puis un roi cherche à revenir avec 12 nains sur la terre de ses ancêtres. Les nains ont aussi une certaine tendance à se jeter sur le moindre trésor. Nous pouvons y trouver un certain nombre d’analogies bibliques. Le royaume de Canaan, le veau d’or, la monarchie divine, la destruction (et purification ?) par le feu, l’errance dans le désert, la diaspora, les douze tribus d’Israël (pour les douze nains), et bien sur les odieux clichés que nous réprouvons totalement : l’usure, l’avarice, le goût immodéré pour l’or. Nos lecteurs ont suffisamment de culture biblique pour se faire une idée des multiples analogies que nous pouvons faire. Mais elles sont suffisamment importantes pour que nous les notions.

Gandalf quant à lui est un personnage qui a tout d’un prophète, possédant des dons, guidant le roi et les nains, on peut y voir une comparaison avec le Christ, surtout dans la scène où il proclame que les gestes les plus importants sont ceux du quotidien, qu’il faut faire preuve d’Amour. Il enseigne aussi à Bilbon que le vrai courage n’est pas de savoir qui tuer, mais qui épargner. Ce qui va avoir une importance, puisque Bilbon épargne Gollum qui va créer bien des soucis dans le Seigneur des Anneaux. Notons aussi que le royaume des nains est occupé par un dragon qui en a chassé les habitants, et nous ne doutons pas que le troisième volet verra l’affrontement avec le dragon, ce qui ne sera pas sans rappeler l’affrontement entre l’archange Michel et le dragon. Parmi les sorciers, nous avons aussi Radagast, un mage des bois avec de la fiente dans les cheveux, qui nous rappelle Saint François d’Assise, le saint protecteur des animaux et qui communiquait, d’après la croyance, avec eux, d’ailleurs nous voyons une scène du film où Radagast parle avec un oiseau, exactement comme dans certaines iconographies médiévales montrant Saint-François faisant la prédication aux oiseaux.

Quant à Bilbon, son rôle est important car il s’agit du plus parfait exemple du type lambda, dans sa routine et son confort, qui prend la décision de s’engager dans une aventure dont il sait qu’il peut ne jamais revenir et qui va transformer sa vie. Une aventure qui ne le regarde pas, car il n’a que faire des histoires des nains et que le roi nain ne le porte pas dans son cœur. Ce choix de l’inconnu, de l’aventure, permet à Bilbon de s’affirmer au fur et à mesure de l’histoire. Ce voyage est presque « initiatique » et va faire de Bilbon, qui vit dans les souvenirs de sa mère et qui est assez effacé, voire pathétique, au début, un personnage prenant de plus en plus d’ampleur. Si bien que nous ne doutons pas que la suite de la trilogie verra notre Hobbit s’affirmer de plus en plus. Il n’emprunte d’ailleurs pas toujours le même chemin que les nains, il vit son propre voyage, n’a pas le même rapport aux événements et reçoit les enseignements de Gandalf. Parmi ses chemins, sa rencontre avec Gollum…

Bilbon est le trait d’union des deux trilogies (avec Gandalf, mais pour une autre raison). Puisque de la quête des nains, naîtra ensuite le Seigneur des Anneaux (SdA) avec la quête liée à l’anneau. Ce qui d’ailleurs m’amène à commenter cet aspect non négligeable du film…

Tolkien a écrit Bilbo le Hobbit avant la trilogie du SdA et il faut donc lire l’œuvre de Tolkien selon cette logique. Bilbo le Hobbit fut une œuvre distincte du SdA. Il y’a des incohérences dans les deux histoires mais surtout Tolkien n’a pas, dans Bilbo le Hobbit, préparé toute l’intrigue du SdA. Tolkien chercha ensuite à raccorder en partie les histoires. Mais Bilbo le Hobbit est toujours resté un conte pour enfant là où le SdA a été conçu comme une saga. Les choses sont très différentes au cinéma. Peter Jackson a adapté le SdA avant Bilbo, ce qui rend la mise à l’écran de ce dernier encore plus complexe. Non seulement il est plus difficile de nous surprendre avec l’univers Tolkien, mais de surcroît le réalisateur a choisi de faire de Bilbo un véritable prélude du SdA avec une construction assez similaire. Ainsi, prenons l’exemple de la bagarre avec les trolls, ce qui dans l’œuvre originale n’est qu’une péripétie parmi d’autre, prend dans le film un autre sens : l’irruption des « forces du mal », bref, du futur Sauron. La scène finale avec l’œil du dragon rappelle d’ailleurs l’œil de Sauron. Il revient à Gandalf dans le film le rôle de relier les deux trilogies entre-elles sur ce point. Si Bilbon est celui qui fait le lien via l’anneau, Gandalf introduit un autre lien car il est le seul à percevoir l’irruption de Sauron, et déjà il affronte verbalement Saroumane, on sait ce qu’il advient dans le SdA avec une célèbre scène d’affrontement entre Gandalf et Saroumane.

Le film donne l’impression de greffer plusieurs histoires en une seule (la quête des nains, la rivalité entre le roi nain et le chef orque, les manifestations des forces du mal, le vol de l’anneau, etc…). Peter Jackson n’hésite pas à introduire des éléments absents du livre. Comme l’arrivée de Radagast qui nous fait un grand numéro de course de traineau tiré par des lapins, pour certes aider les nains, mais surtout nous parler d’un nécromancien (en fait le futur Sauron) et ainsi encore une fois nous placer quelques éléments en vue du SdA. Radagast disparaît ensuite du film comme il est venu… La principale innovation de Peter Jackson demeure la lutte entre Thorïn et le chef orque, Azog, absente du livre et qui prend une grande place dans le film. Peter Jackson a donc choisi d‘opposer nos héros à un ennemi principal, ce qui rajoute une nouvelle histoire parmi les autres. Le but est probablement de tenir en haleine le spectateur, puisque les nains sont poursuivis sans arrêt mais cela nous éloigne encore plus de l’œuvre originale et nous oblige bien à aborder nos critiques en fonction du film, en faisant abstraction du livre. Il fallait bien quelques ajouts et quelques longueurs pour tenir 9h avec un livre de 300 pages. Parmi les longueurs, nous pouvons citer dès le début du film le dialogue totalement inutile entre Bilbon et Gandalf qui fait référence, entre autre, aux feux d’artifices, rappelant le début du SdA où les Hobbit font la fête et où Pipin et Merry volent les feux d’artifice de Gandalf pour faire des bêtises. Rien à voir avec notre quête des nains. L’histoire a été pensée à rebours. La rencontre entre Bilbon et Gollum qui s’éternise quelque peu sous fond d’énigmes, alors que dans le même temps les nains sont prisonniers de gobelins. Bien sur cette scène est capitale dans l’œuvre de Tolkien, et fut d’ailleurs retravaillée par l’auteur. Mais voila typiquement une scène qui est pourtant à l’origine dans le livre mais se glisse dans le film uniquement pour éclairer le SdA et n’apporte rien dans l’intrigue originelle : la quête des nains.

En conclusion, nous avons donc passé un moment agréable, devant un film ne sacrifiant pas à la sainte loi de la diversité et qui plonge son inspiration au cœur des mythes et des légendes. Du point de vue purement esthétique, le film est une réussite. Quant à l’histoire elle-même, si on fait abstraction des invraisemblances, il prendra tout son sens une fois que la trilogie sera bouclée et reliée au SdA, mais je n’ai pas trouvé dans Bilbon ce qui avait fait la magie du SdA. Surtout, je me répète, il s‘agit bien plus d’une trilogie destinée à introduire le SdA qu’une véritable adaptation du livre. Le côté « enfantin » ayant laissé place à un film mélangeant action et humour et insistant sur des points plutôt secondaires dans le livre, voire en ajoutant des éléments absents du livre. La quête des nains semble d’ailleurs être un fil rouge autour duquel se mettent en place les protagonistes du SdA : Gandalf, Saroumane, les elfes, Sauron.


Jean

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28/11/2012

Chronique de film: King of California de Mike Cahill

Chronique de film:
King of California de Mike Cahill
 
Note: Nous reproduisons ici une chronique de film parue sur Europe Maxima.
 
En 2007, il y a cinq ans déjà, sortait, dans l’anonymat le plus complet, un film dont je n’eus vent ni de la naissance, ni du voyage final vers l’Avallon des films morts avant d’avoir vécu. Je le découvris quatre ans plus tard, alors que je furetais au hasard dans les allées virtuelles d’une chaîne de vidéos à la demande.

Il est des films qui changent la vie. Et s’ils ne changent pas votre vie, du moins peuvent-ils changer la façon que vous avez de la voir. En général, ces films-là arrivent à l’adolescence, comme l’acné et les histoires d’amour. En général.

Mais le plus étrange, c’est quand un de ces films qui vous foudroient, qui vous frappent comme une révélation, a été massacré par le public et la critique, et que, alors même que vous le voyez pour la première fois, il a déjà depuis longtemps disparu dans les limbes du box office, sans même l’aumône d’un succès d’estime.

Pourtant, comme pour contredire le récit du destin banal d’un film à petit budget lancé sans promotion (ou avec une bande-annonce qui présente le film comme il fut finalement jugé, c’est-à-dire « une-petite-comédie-sans-prétention ») et oublié de tous un mois après sa sortie, l’acteur à qui on a confié le premier rôle n’est autre que Michael Douglas, méconnaissable.

L’histoire : Charlie, un rescapé de l’hôpital psychiatrique, exalté barbu aux yeux fous, relâché après plusieurs années d’internement, retrouve pour toute famille sa fille Miranda (Evan Rachel Wood), laissée seule, encore enfant, dans la maison familiale, et qu’il retrouve âgée de dix-sept ans, travaillant dans un fast food, gérant sa propre vie tant bien que mal après avoir échappé par miracle aux services sociaux.

Entre Charlie et sa fille, le courant ne passe pas, ou plus. Obligée de gérer les lubies et l’irresponsabilité de son père en plus des affaires courantes, Miranda apparaît finalement comme l’adulte responsable du duo. Car Charlie est sorti de l’hôpital avec une nouvelle idée fixe : il prétend savoir comment retrouver un trésor enterré au XVIIe siècle dans ce coin de Californie par des explorateurs espagnols, grâce au journal du père Torrès, qui relate l’expédition dont il faisait partie, journal dont Charlie est persuadé être le seul à avoir pu décrypter le message qui y serait selon lui caché, et qui permettrait de trouver l’emplacement des doublons d’or.

Cette fois, il en est persuadé : ce n’est pas une nouvelle idée farfelue comme toutes celles qui avaient pu germer dans sa tête auparavant, qui avaient fini par faire partir sa femme et à le conduire à l’asile. Il tient là quelque chose d’énorme. Il va finalement décider sa fille à l’aider dans ses recherches à travers une Californie dévastée par les autoroutes, les constructions immobilières anarchiques et les centres commerciaux, à travers une nature mutilée, envahie et souillée par l’urbanisation. Il va finalement, du moins le croît-il, localiser l’emplacement exact du trésor : sous deux mètres cinquante de béton, au beau milieu d’un magasin de bricolage.

Miranda semble avoir perdu toute faculté d’émerveillement. Ses rêves mêmes paraissent se limiter à l’acquisition d’un lave-vaisselle. Ses perspectives d’avenir se limitent à un plan de carrière minable dans un fast food. Sérieuse, responsable, intelligente, volontaire, elle est néanmoins mentalement diminuée. Son horizon s’est rétréci impitoyablement. Voir la scène où, partant au travail, elle croise dans la résidence un attroupement formé de quelques-uns des nouveaux arrivants, pour la plupart issus du Tiers Monde, en train de célébrer, à l’occasion d’une fête officielle, l’installation de la millième famille dans la résidence, famille qui reçoit son prix sous les applaudissements. Une banderole tendue entre deux poteaux annonce l’événement. Aux grillages sont accrochées quelques grappes de ballons. Alentours, de nouveaux chantiers s’ouvrent sans cesse, finissant de garnir les collines et les plaines de maisons, de routes et de ronds-points.

Assis sur leur terrasse, un soir, Charlie et Miranda, en contemplant la vallée couverte de maisons préfabriquées, discutent :

« — Avant, quand on s’asseyait ici, on voyait une, peut-être deux lumières. Ta mère passait son temps à se plaindre parce qu’on habitait un trou perdu au milieu de nulle part.

— C’est toujours au milieu de nulle part. Seulement, il y a plein de gens maintenant. »

Le père, en embringuant sa fille dans une équipée qu’elle juge grotesque et dérisoire, va la mettre au bord d’un autre chemin. Il sait, lui, qu’il y a autre chose derrière le rideau gris de cette sordide réalité. Charlie entretient un rêve fou, immense, aux antipodes des ambitions étriquées de Miranda. Contrairement à elle, il n’accepte pas le monde tel qu’il est.

Philippe Murray nous avait prévenu : « La rumeur voudrait que nous ayons désormais tout vu, tout raconté, tout écrit, que nous ayons même perdu cette fameuse santé de l’imaginaire qui accompagne le sens de l’épique, de l’aventure, des grands espaces, de l’urgence du récit et de l’inspiration […]. Or, de deux choses l’une : ou bien, en effet, les “ grandes aventures ” et les “ grands espaces ” existent encore, ainsi que le veut la formulation publicitaire globale, et nous en avons perdu le sens : ou bien tout cela a disparu (ou s’est transformé d’une façon très subtile), et ce qui serait ridicule serait : premièrement de ne pas nous rendre compte de cette disparition en continuant à raconter comme si de rien n’était des histoires pleines des grands espaces d’autrefois : deuxièmement de disparaître avec cette disparition au lieu de trouver le mode de narration qui soit synchrone au mouvement même de la disparition de tout. Mais trouver ce mode de narration implique qu’on sache exactement ce qu’est la réalité ici et à présent. »

Mike Cahill n’aime pas notre monde. Mais il le regarde, puisqu’il est là. Il y a un hiatus entre ce qui est filmé et la façon dont cela est filmé. Comme si le fantôme de l’Amérique du Nord précolombienne, et particulièrement celui de ce finisterre californien, apparaissait en transparence sur le tableau terrifiant d’un paysage sans fin d’autoroutes, de grandes surfaces, de chaînes de restaurants et de cités-dortoirs. Comme si le merveilleux pouvait survivre même à l’horreur du quotidien de ce monde cauchemardesque tout droit sorti d’un film d’anticipation des années soixante-dix. Cahill s’attache à ce qui reste de l’ancien monde : les arbres, le ciel, les collines, la foi de Charlie, l’envie d’y croire de Miranda, le journal du père Torrès rapportant une histoire vieille de trois siècles. Et l’amour non-dit qui unit le père à sa fille, et qui semble baigner ce monde atroce d’une lumière presque palpable.

La majorité des critiques semble ne s’être même rendu compte que Mike Cahill n’avait pas essayé simplement de réaliser « une gentille petite comédie ». Il est vrai que le scénariste-réalisateur ne leur a pas mâché le travail. Il n’a pas voulu donner à son histoire les couleurs glauques et prétentieuses d’un film « intellectuel » à l’européenne. King of California est un film léger, lumineux, transfiguré à chaque instant par une bande originale qui mélange les musiques additionnelles au ukulélé de David Robbins et des morceaux pop dénichés on ne sait où (avec en point d’orgue le sublissime Flood of dreams écrit pour l’occasion par Robbins et interprété par Jolie Holland).

Cahill semble avoir trouvé (comme le romancier Olivier Maulin avec son livre Les évangiles du lac, sorti – signe des temps ? – juste quelques mois plus tard) ce nouveau mode de narration réclamé par Muray. Contrairement par exemple à Michel Houellebecq, prisonnier résigné de ce monde moderne (mais qui, peut-être le premier, osa le montrer tel qu’il est), il a préféré, à partir de cette réalité crûment photographiée, porter son regard vers l’horizon, vers la frontière, vers les anciens grands espaces, vers cet inconnu depuis longtemps défriché, mais qu’on peut toujours faire resurgir de sa mémoire.

Mais encore une fois, il serait faux de qualifier cette œuvre de film « intellectuel » ou « philosophique ». Ce film est ce qu’on pourrait nommer, cinématographiquement parlant, un thyrse : mot désignant une sorte de bâton de cérémonie des religions antiques autour duquel venaient s’enrouler lierre, fleurs et pampres. King of California est l’histoire d’un amour tardif, crépusculaire, celui d’un père pour sa fille, sur laquelle vient se greffer cette description du monde actuel, qui aurait pu être un discours critique affaiblissant l’œuvre dans son ensemble en en faisant un « film engagé », si Cahill n’avait pas choisi, littéralement, de reléguer ce discours à l’arrière-plan. De noyer ce qui n’aurait pu être qu’une énième « dénonciation », dans le bleu des yeux d’Evan Rachel Wood.

Dans Le spleen de Paris, dans son poème en prose intitulé simplement Le thyrse, Baudelaire délivrait cette sentence en forme de question : « Et quel est, cependant, le mortel imprudent qui osera décider si les fleurs et les pampres ont été faits pour le bâton, ou si le bâton n’est que le prétexte pour montrer la beauté des pampres et des fleurs ? ».

André Waroch

• King of California, film étatsunien de Michael Cahill, 2007, projeté en ouverture du Festival de Deauville de 2007, durée de 93 mn, en couleurs.
 
Source: Europe Maxima

17/11/2012

Chronique de série: Rome

Rome (série, 2005-2007)

Rome est une série qui fut produite par la chaîne américaine HBO et dont l’un des instigateurs est John Milius, le réalisateur de Conan le Barbare (l’original de 1981). Datant du milieu des années 2000, elle compte 2 saisons pour 20 épisodes au total. Cette série est l’une des plus coûteuses de l’histoire et cela se voit : les moyens ont été mis et les décors sont de toute beauté et fort réalistes, ce qui n’est pas toujours le cas dans les productions ayant l’histoire pour thème.

Rome1.JPGLes deux saisons sont centrées sur le parcours de deux légionnaires romains, Lucius Vorenus et Titus Pullo, entre 52 avant notre ère (Victoire de César en Gaule) et 30 avant notre ère (Mort de Marc-Antoine et Cléopâtre). Durant cette vingtaine d’années marquant la fin de la République romaine, nos deux héros vont connaître bien des péripéties, bien des tourments mais surtout être les acteurs et spectateurs de leur époque. Car c’est là où excelle Rome avant tout : mettre en parallèle l’histoire de ses personnages principaux et celle de la chute de la République. L’histoire politique de cette période, assez complexe en réalité pour le néophyte, est, je pense, rendue assez claire par un scénario des plus habiles qui arrive à en faire saisir l’essentiel au spectateur lambda, ce qui est déjà un excellent point. Du point de vue historique justement, Rome tient très bien la route et des historiens ont abondamment travaillé sur la série pour la rendre la plus réaliste possible. Des bas-fonds glauques aux splendides villas patriciennes en passant par les rues sales et les grands lieux de la ville éternelle, c’est une grande réussite. Les costumes, les activités quotidiennes ou les différentes formes de piété, tout a été étudié pour donner une image sensée de l’époque et de la manière dont on y vivait. Série HBO oblige, sexe et violence ne sont pas absents, loin de là. Mais est-ce choquant ? Non, leur présence permet de renforcer cet aspect réaliste recherché par les créateurs. L’immersion voulue pour le spectateur n’en est que meilleure et lui montre une société où les tabous et interdits étaient autres, aussi attendez-vous à croiser force fripouilles, meurtriers, esclavagistes et prostituées. Le tableau brossé de la société romaine est ainsi assez large : dirigeants, nobles patriciens, humbles plébéiens, esclaves ou bandits, tous ont droit à une place dans la série.

Rome2.JPGComme toute bonne fiction, un soin particulier a été apporté aux nombreux personnages qu’ils soient principaux ou secondaires. On ne trouvera trace de dualité pour la plupart d’entre eux : tous ont des points positifs ou négatifs, aucun n’est un exemple réel, ce sont des hommes et des femmes avec leurs forces et leurs faiblesses. Le jeu des acteurs, globalement peu connus, est très satisfaisant et certains crèvent littéralement l’écran, en particulier James Purefoy qui donne une interprétation absolument géniale de Marc-Antoine, Ciaran Hinds qui campe au mieux le difficile personnage de Jules César ou encore Kenneth Granham jouant parfaitement un Pompée affaibli et brisé par les revers politiques et militaires. Pour parler quelque peu de ces grands personnages historiques, j’ai beaucoup apprécié la façon avec laquelle on les traite (même si la fiction voulue par une telle série joue évidemment son rôle). Marc-Antoine par exemple, malgré ses nombreux travers humains, est malgré tout un personnage franc et courageux qui succombera finalement aux calculs politiques impitoyables d’Auguste qui apparaît bien dans Rome comme son antithèse : froid, calculateur mais doté d’un sens civique plus développé que l’ancien bras-droit de César. Comme on le constate, tout cela s’appuie sur des bases historiques avérées et n’est pas que pure invention. La période traitée était problématique et marquait un réel tournant pour la République romaine où l’ambition et la recherche de pouvoir personnel d’importants personnages posaient un problème s’alliant à celui de la perte des valeurs traditionnelles et à l’impossible adaptation du système politique à un empire de plus en plus vaste. Là encore, l’époque est à mon sens fidèlement montrée. Rome n’est pas encore la Babylone qu’elle sera un ou deux siècles plus tard mais est déjà une ville cosmopolite où l’on croise de nombreux peuples (Celtes, orientaux, juifs, africains…) et qui n’est plus la Rome de Caton l’Ancien… La licence est très répandue et c’est bien ce qui rend très intéressant le personnage de Lucius Vorenus, l’un des deux héros de la série. Respectueux des dieux, de la cité et de son héritage républicain, il symbolise bien l’état d’esprit qui devait être ceux que l’historiographie a nommé les « vieux romains ». Les trois axes de l’idéal romain : Virtus, pietas, fides (en d’autres termes très généraux : discipline, respect, fidélité aux engagements) sont siens et il apparaît, lui le simple plébéien, vraiment en décalage avec une société qui change et en particulier avec cette noblesse patricienne qui, a l’exception de Caton (d’Utique) est dévorée par l’ambition. On le voit, à cette époque, Rome a déjà perdu la concorde qui avait fait sa grandeur. Certains réflexes sont cependant toujours présents chez les Romains de cette époque comme le montre bien le choc que constituent les mœurs égyptiennes pour eux…

Rome3.JPGRome est une grande réussite car elle tient le spectateur en haleine avec un scénario très intelligent et une galerie de personnages bien dissemblables dont les relations et les intrigues ne lassent jamais. On lui pardonnera bien grâce à cela son aspect quelque peu aguicheur voire stupide à certains moments (fallait-il vraiment présenter Auguste comme un pervers au niveau sexuel ?). Enormément de belles scènes ponctuent la série, essentiellement les plus tragiques d’ailleurs (les Ides de Mars, les derniers instants de Pompée, Cicéron ou Marc-Antoine). L’aspect guerrier n’est pas oublié et l’on a droit a quelques belles scènes de batailles mais celles-ci ne sont pas l’attrait dominant de la série qui ne se base finalement que très peu sur le fait de montrer des scènes guerrières et propose plutôt une réelle plongée dans cette époque historique de première importance.

Rüdiger

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26/10/2012

Romper Stomper de Geoffrey Wright (Australie, 1992)

 Romper Stomper de Geoffrey Wright (Australie, 1992)

romper cover.jpgNous y voilà : le film skinhead par excellence, moins connu qu’American History X mais d’autant plus vénéré, bien qu’aujourd’hui, on en entende un peu moins parler qu’il y a une dizaine d’années. Romper Stomper est une série B australienne tournée en 1992 étrangement devenue culte...

Qu’est-ce que ce fameux film ? Et bien l’histoire d’une bande de skinheads australiens qui finit (forcément) mal. Dans les quartiers miteux de Melbourne, on suit les tribulations d’Hando et de sa bande, skinheads très violents, qui affrontent les immigrés asiatiques s’installant dans leur quartier. Dès la première scène, nos crânes rasés s’en prennent à de jeunes vietnamiens de façon bien peu convenable : supérieurs en nombre, ils les provoquent et les tabassent pour finalement les laisser sur le carreau. Le conflit va vite dégénérer et la descente aux enfers d’Hando et de ses sbires commence à l’issue de l’attaque d’un bar convoité par des Asiatiques. Ceux-ci vont se défendre et infliger une terrible déconvenue aux skins qui y laisseront des morts et deviendront des traqués, à la fois par les immigrés mais aussi par la police, ce qui ne va pas les calmer, loin de là…

Vous l’aurez compris, le propos du film n’est pas apologétique pour les adeptes des cheveux ras. Il a cependant le mérite de mentionner deux problèmes très épineux : l’immigration sauvage qui transforme en un temps record des quartiers blancs en quartiers étrangers et la dénonciation, par Hando, lors de l’une des seules phrases intelligentes du film, de cette immigration voulue par le patronat pour obtenir de la main d’œuvre à bon marché. Immigration : arme du capital !

Dans les quartiers répugnants où ils évoluent, nos skins côtoient toute une foule de marginaux qu’ils utilisent ou terrorisent : immondes filles faciles, drogués et autres paumés. On se retrouve plongé dans la laideur des périphéries urbaines où tout espoir semble disparu… sauf pour les immigrés.

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Sinon, qu’avons-nous à y trouver ? Rien. Strictement rien. Une bande d’asociaux alcooliques n’ayant rien à envier à nos racailles : ils se comportent constamment comme des abrutis, saccagent, cambriolent, frappent et vivent comme des punks à chien dans un garage qui sert de lieu de rassemblement aux skins locaux et de passage. Bref, la misère humaine. Seul Hando, le chef de la bande (du gang ?), joué par Russell Crowe, qui se pare de quelques connaissances historiques sur le IIIème Reich, semble un peu plus intelligent mais est, évidemment, le plus pervers de la bande. Pas de surprise, on reste dans les habitudes de ce genre de cinéma, pur produit du système.

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Ce qui est le plus étonnant est l’influence que ce film, somme toute médiocre, a eu sur bien des individus. Influence n’est pas peu dire d’ailleurs. Comment s’identifier à ce minable concentré des clichés les plus poussés et les plus stupides ? L’excuse du rejet de la société ne tient évidemment pas, rejeter ne signifie pas se comporter comme un dégénéré. L’image de gros méchants qu’ont les skins du film peut être séduisante à un certain niveau. Mais il me semble qu’il vaut mieux chercher ses modèles ailleurs… l’Europe n’en manque pas.

Rüdiger

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19/10/2012

Chronique de film: A bittersweet life, un film de Kim Jee-Woon (Corée du Sud, 2005)

 A bittersweet life, un film de Kim Jee-Woon (Corée du Sud, 2005)

A Bittersweet Life poster 05.jpegDans le cinéma asiatique récent, la Corée n’a rien à envier à Hong Kong ou au Japon ; de nombreux films le prouvent, même si un beaucoup d’entre eux restent inédits en France. Ce ne fut pas le cas de A bittersweet life, sorti en 2005 et réalisé par Kim Jee-Woon, connu dans notre pays pour ses films 2 sœurs (2003) et J’ai rencontré le diable (2010).

Dernièrement, la Corée du Sud s’est beaucoup distinguée par ses polars violents et c’est justement le style du film qui nous préoccupe ici. Son thème principal ? La vengeance, là encore thème récurrent traité un nombre incalculable de fois ces dernières années (la trilogie de Park Chan-Wook, J’ai rencontré le diable…). Certes, tout cela ne flaire pas la grande originalité. On aurait cependant tort de ne se fier qu’à cela…

A bittersweet life nous fait suivre les déboires de Sunwoo, directeur d’un hôtel de luxe tenu par un parrain de la mafia, Kang, dont il est le favori et le confident. En vertu de cette confiance, Kang charge Sunwoo d’une mission quelque peu inhabituelle : il doit surveiller sa maîtresse qu’il suspecte de voir un autre homme. Si cela se vérifie, Sunwoo doit éliminer l’amant mystérieux sans se poser de questions. Bien vite, il s’éprend lui aussi de la maîtresse de son patron. Cette situation va vite lui attirer de gros ennuis alors qu’il vient également de se brouiller avec un clan mafieux rival qui veut sa peau…

Premier point fort du film : un scénario simple mais très efficace qui permet au réalisateur de toucher des sujets tels que la fidélité, l’honneur, l’amour impossible et surtout la vengeance. On s’attache au personnage de Sunwoo qui nous est vite sympathique, tant par son allure que par ses valeurs et réactions. C’est un peu la version asiatique (encore une fois…) d’Alain Delon dans Le Samouraï, film très populaire en Asie où l’acteur français est une icône. Second point fort, les acteurs. Tous très crédibles, leur jeu est avant tout basé sur leurs expressions de visage. On sent qu’un gros travail a été fait sur ce point car on peut vraiment appréhender tous les sentiments ressentis par une galerie de personnages riche et très typique de ce style de films : gangsters bas-de-gamme et chefs de clan bien sûr mais surtout la jeune maîtresse de Kang et Sunwoo. Ce dernier est d’ailleurs joué par le célèbre acteur Lee Byung-Hun qui campe à merveille ce gangster classe mais violent dont le visage ferme ne parvient toutefois plus à dissimuler la mélancolie qui l’habite à partir du moment où il découvre l’amour, malheureusement à sens unique… Pour finir, c’est l’esthétique qui enveloppe le film qui lui apporte un indéniable plus : la lumière est de première qualité, les images sont belles et soignées, la manière de filmer Séoul la nuit est très réussie et les fusillades et autres combats sont superbement chorégraphiés. Comme chez John Woo, leur violence est magnifiée par les images, surtout lors des dernières minutes, quand Sunwoo vient régler ses comptes dans l’hôtel de luxe qu’il dirigeait.

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Violent, esthétique, émouvant également, A bittersweet life a tout pour plaire aux amateurs de polars, d’autant que l’on ressent l’influence de notre cinéma policier traditionnel, élément très encourageant à mon sens… Visionnez-le, vous ne serez pas déçus !

Rüdiger

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