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30/12/2013

Chronique de film: L'Au-delà (L'aldilà) - Lucio Fulci

 L’Au-delà (L’aldilà) un film de Lucio Fulci (Italie, 1981)

audela1.jpgParlons maintenant films d’horreur, genre cinématographique qui, comme tous les autres, a du bon et du mauvais, le tout étant de séparer le bon grain de l’ivraie, c’est ce que nous allons faire ici en traitant d’un classique, si ce n’est LE classique du genre : l’Au-delà.

Avant de parler du film, il convient de faire une petite présentation de son réalisateur : Lucio Fulci (1927-1996). Ce réalisateur romain est avant tout resté célèbre pour ses films d’horreur mais comme bien d’autres metteurs en scène italiens de cette époque, il a énormément œuvré dans des genres différents (giallo, drame historique, western, fantastique, comédie). Il serait bête de ne s’arrêter qu’à ses films d’horreur, je me contente donc de citer deux de ses meilleurs films ci-après : Liens d’amour et de sang (1969, aka Beatrice Cenci en DVD) et le fameux western Le temps du massacre (1966). Lucio Fulci était un vrai réalisateur, un artisan du cinéma populaire qui avait touché à tout et qui avait une vraie maîtrise de ce qu’il faisait à l’image de ces réalisateurs de l’époque que sont Mario Bava ou Dario Argento (je ne parle certainement pas de la désastreuse carrière récente de ce dernier).

Lorsqu’à la fin des années 1970, Fulci se lance, par effet de mode il faut bien le dire, dans le pur film d’horreur, il a déjà plus de 50 ans. Il a déjà connu un certain succès avec ses précédentes productions mais son nom restera avant tout attaché aux quatre chefs-d’œuvre qu’il va tourner entre 1979 et 1982 : L’enfer des Zombies (Zombi 2) ; Frayeurs (Paura nella città dei morti viventi) ; L’au-delà (L’aldilà) et La maison près du cimetière (Quella villa accanto al cimitero).

 Pourquoi ces films, 30 ans après, restent des pierres angulaires du cinéma d’horreur ? Prenons le cas du film qui nous occupe ici, L’au-delà, qui, des 4 films cités plus haut, est mon favori et qui reste certainement le film le plus populaire de Fulci quoique pas forcément le plus facile d’accès.

Le scénario est simple. 1981. Liza hérite d’un vieil hôtel en Louisiane qu’elle compte retaper. Elle va vite se rendre compte que la demeure est maudite. Elle est, en effet, construite sur l’une des portes de l’enfer, rouverte à l’occasion d’un meurtre atroce ayant eu lieu dans l’hôtel en 1927… 

audela2.jpg

L’Au-delà a, au départ, toutes les caractéristiques du film d’horreur typique mais s’en détache par le traitement de son histoire qui, bien vite, passe au second plan au profit d’une succession de scènes toutes plus étranges et fascinantes les unes que les autres. Elles plongent le spectateur dans une sorte de cauchemar filmé où son raisonnement n’a plus lieu d’être. Le film casse avec les schémas de narration typiques du genre et l’on se rend vite compte que le scénario ne compte plus vraiment dans ce métrage souvent qualifié de poème horrifique, sauf peut-être pour donner le vernis indispensable à l’édifice bâti par Fulci : mystère, sorcellerie, malédiction. Les scènes défilent les unes après les autres en créant une atmosphère macabre de plus en plus pesante qui ne cessera plus à aucun moment et qui prendra toute son ampleur dans un final qui clôt en apothéose un film semblable à nul autre.

Tout bon film d’horreur se doit d’avoir une ambiance, une atmosphère, une personnalité qui permet au spectateur de s’immerger dans celui-ci. Cela est vrai pour tous les grands films du style, de Massacre à la Tronçonneuse à Maniac. L’ambiance de L’Au-delà est elle aussi unique et repose sur une sorte de mystère constant dans le développement de l’histoire dont le côté horrifique et infernal ne fait que croître au fur et à mesure que meurt tout espoir d’échapper à l’inéluctable mort horrible qui touche les personnages les uns après les autres. Cette gradation dans l’horreur est portée par des scènes hallucinées, surréalistes et souvent très sanglantes. Ces dernières sont très nombreuses, extrêmement graphiques et n’ont pas vieilli trop mal pour la plupart. Elles constituent une part importante de L’Au-delà car elles renforcent le côté épouvantable du film. A l’époque, elles faisaient figure de très extrêmes et peu de films étaient allés aussi loin (hormis peut-être Blue Holocaust de Joe d’Amato). Le maquilleur, Giovanni de Rossi, était d’ailleurs celui des précédents films de Fulci. Ceux-ci avaient déjà défrayés la chronique à ce propos, on se souvient de la fameuse scène de l’écharde dans l’œil de L’enfer des zombies ou du meurtre à la perceuse de Frayeurs. Même si l’aspect sanglant a tendance à attirer toute notre attention, il convient de souligner le travail de photographie qui le rend encore plus saisissant (la scène où le peintre Schriek est torturé dans les premières minutes du film est à cet égard très révélatrice). On notera par ailleurs le côté « poisseux » de plusieurs scènes qui apportent à celles-ci un côté malsain du meilleur effet. 

 La force de l’Au-delà est de tellement plonger son spectateur dans un cauchemar n’en finissant pas qu’on oublie vite le reste, les acteurs par exemple. Comme dans Frayeurs et La maison près du cimetière, le personnage principal du film est une femme, jouée dans tous les cas par Catherine MacColl, actrice devenue indissociable de ces trois films de Fulci. On retrouvera également David Warbeck qui avait joué la même année dans un autre film de Lucio Fulci, bien moins connu : Le chat Noir. Chaque aspect du film ayant son importance, on aurait tort de ne pas mentionner ces petits plus qui contribuent tant à lui donner toute sa saveur : les bruits et essentiellement les chuchotements renforçant l’aspect mystérieux mais surtout la superbe musique de Fabio Frizzi dont le côté envoutant accompagne à merveille le spectateur dans cette descente aux enfers cinématographique.

Comme vous l’entendrez par vous-mêmes (dans la version française) : « Maintenant, tu vas affronter la mer de ténèbres ».

Rüdiger

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12/12/2013

Chronique cinéma: « The Killer », un film de John Woo (Hong Kong, 1989).

« The Killer », un film de John Woo (Hong Kong, 1989).

thekiller-affretro2.JPGSi John Woo m’intéresse, c’est avant tout pour ses films faits à Hong Kong et non pas pour les blockbusters américains qu’il a tournés plus tard.

En 1989, il tourne ce qui est selon moi son plus beau film, « The Killer ». Le scénario est simple : un tueur professionnel, lors d’un contrat, aveugle accidentellement une jeune chanteuse. Poussé par le remords, il la prend en charge, ce qui devient de plus en plus difficile puisqu’il a à ses trousses la police et l’un de ses anciens commanditaires.

Ce film est surtout connu, comme les autres de Woo (« Le syndicat du crime » ou surtout « A toute épreuve ») pour être un film d’action « révolutionnaire » et très violent. C’est vrai, ça tire de partout, il y a énormément de morts mais jamais, ça ne ressemble pas aux films d’action américains, si médiocres en général. Le rythme des fusillades est ardu mais on s’ennuie jamais car tous ces combats d’armes à feu sont superbement filmés et très esthétiques. Esthétique, le film l’est indéniablement et plusieurs scènes sont vraiment superbes, telles celles qui se déroulent dans l’église toute éclairée de centaines de bougies.

Un film d’action, oui. Et certainement l’un des tous meilleurs du genre. Mais pas seulement. Ce qui donne sa force à « The Killer », ce sont les thèmes qui sont abordés lors des temps morts et en premier lieu ceux de l’amitié et de la trahison. Jeff (l’excellent Chow-Yun Fat), tueur très inspiré du personnage d’Alain Delon dans le Samouraï de Merville (il porte d’ailleurs le même nom), place l’amitié au plus haut point, ce qui lui apportera, au fur et à mesure du film, de fortes déconvenues mais aussi un courage accru face aux épreuves. L’amitié est ici sublimée, et, au CNC, cela ne peut que nous plaire… On trouvera plusieurs scènes sur ce thème ; c’est assez poignant par moments voire même naïf mais si vous connaissez les autres films de Woo, en particulier « Le syndicat du crime» (1986) ou « Une balle dans la tête » (1990), cela ne vous étonnera guère. D’autres thèmes annexes, l’amour, le remords, la persévérance sont également traités de manière annexe dans ce polar violent qui ne semble, au final, que servir d’enveloppe aux sentiments chers à John Woo et qu’il développe au travers de ses personnages dans ses films de la période hongkongaise. the-killer.JPG

The Killer est un film atypique et que pour ma part je trouve excellent tant il ne ressemble à aucun autre. Et puis, c’est du cinéma hongkongais, qui bien que très professionnel, fleure bon encore l’artisanat du cinéma d’antan. C’est loin, très loin, du cinéma hollywoodien et tant mieux. On notera tout de même que le cinéma de John Woo, très inspiré par le cinéma policier français traditionnel, est certainement plus accessible que bien d’autres films asiatiques. Si vous ne connaissez pas ce cinéma, c’est une excellente entrée en la matière.

Rüdiger

01/06/2013

Chronique de film: Mesrine : L’instinct de mort / L’ennemi public n°1, des films de Jean-François Richet (France, 2008)

 Mesrine : L’instinct de mort / L’ennemi public n°1, des films de Jean-François Richet (France, 2008)

mesrine1.jpgmesrine2.jpgLe « Grand Jacques »… Non, nous n’évoquerons pas ici Jacques Doriot mais un autre Jacques qui fut parfois nommé tel de par son singulier parcours criminel : Mesrine, l’homme qui fut, dans les années 1970, celui après qui couraient toutes les polices de France et fut alors désigné « ennemi public n°1 ». Il y a 5 ans, le cinéaste français Jean-François Richet consacra au légendaire bandit deux films de grande qualité dont nous allons parler maintenant. Ce n’est pas la première fois que Mesrine est honoré au cinéma (il l’a déjà été plusieurs fois) mais l’on constate que l’intérêt - la fascination ?-  est toujours vif envers certaines grandes figures du banditisme de ces années-là, pensons par exemple à Albert Spaggiari… Pourquoi ? Car dans notre époque morne et aseptisée, l’audace et les prises de risque qui furent réelles de la part de ces hommes qui détroussaient les riches et les banques font parfois que l’on a tendance à voir en eux de grands rebelles qui osaient décider de ce qu’était leur liberté et de s’opposer d’une certaine façon à la société de leur temps. Quoi qu’on pense de leur parcours, il laisse rarement indifférent.

L’Instinct de mort traite des débuts de Jacques Mesrine dans la criminalité tandis que L’ennemi public n°1 se base sur son parcours dans les années 1970. Du début des années 1960 à sa mort le 2 novembre 1979, ce sont donc la vingtaine d’années de carrière de Mesrine dans le banditisme qui sont ici évoquées en deux films durant, en tout, près de 4 heures. Malgré cette longueur, il est évident que tout ne pouvait être dit sur Mesrine mais les choix réalisés ont été heureux et les inévitables éléments de fiction accolés aux faits habilement choisis.

Jacques Mesrine, qui servit comme soldat durant la guerre d’Algérie, rentre en France en 1959. Originaire d’une famille bourgeoise de Clichy, il ne tarde pas à réaliser que la vie de monsieur-tout-le-monde n’est pas pour lui et intègre un groupe de truands plus ou moins affiliés à l’OAS avec qui il réalise ses premiers coups. Ceci n’est que le début d’une longue fresque criminelle où Mesrine va défrayer la chronique, tant en France qu’à l’étranger (au Canada notamment) et alterner avec différents complices, parfois hauts en couleurs eux aussi, attaques à main armée (sur des banques, maisons de haute couture, casinos…), kidnappings de riches personnages, périodes de prison et spectaculaires évasions d’établissements de haute sécurité (la Santé à Paris par exemple). Entretenant son image d’ « ennemi public n°1 », Mesrine écrit en prison mais surtout utilise la presse pour magnifier son personnage, faire différentes revendications et critiquer voire menacer le Système et son arsenal judicaire. Incapable de freiner ses ardeurs, il va même jusqu’à torturer et laisser pour mort un journaliste de Minute qui l’avait calomnié. Recherché, traqué par toutes les polices de France, il est froidement abattu le 2 novembre 1979 à Paris, porte de Clignancourt par les hommes du commissaire Broussard, qui lui courait après depuis des années.

Le scénario décrit plus haut suit donc Mesrine d’une manière chronologique en s’arrêtant évidemment sur les évènements les plus marquants de sa vie. Le personnage est quant à lui traité d’une manière assez objective à mon sens même si l’on sent bien une certaine sympathie pour lui de la part du réalisateur… Mesrine nous est montré comme un homme ne doutant jamais de lui-même ou de ses choix de vie : seule importe pour lui sa liberté d’action qu’il n’hésite jamais à défendre de la manière la plus violente possible. Extrêmement charismatique, il joue beaucoup de ce trait de personnalité envers les autres, en particulier les femmes, mais a des relations parfois difficiles avec ses associés effrayés par sa trop grande impulsivité. Assoiffé d’une liberté totale, il ne peut la conjuguer avec une vie dite normale, ce qui le pousse à des relations tendues avec ses proches, notamment ses parents ou la mère de ses enfants dont il ne s’occupa que très peu. Bon vivant, il aime les femmes, l’alcool, le jeu, la gastronomie mais surtout l’action. Cette action vaut pour elle-même et pour ce qu’elle rapporte tant sur le plan financier que médiatique. Comme il est dit plus haut, Mesrine soignait la mise en scène de son personnage et cherchait grandement la notoriété médiatique (elle ne se démentit pas pendant des années… et même encore aujourd’hui). 

 

mesrinep.jpg

Ce personnage haut en couleurs est joué à la perfection par un Vincent Cassel qui semble réellement habiter son personnage : mimiques, attitude générale, tout y est. Il est accompagné par de très bons seconds rôles, en particulier Gérard Depardieu campant Guido, un vieux truand aux sympathies OAS, et la jolie Ludivine Sagnier qui prend le rôle de Sylvia Jeanjacquot, dernière compagne du criminel. Et quant à Jean-François Richet, réalisateur connu pour ses sympathies d’extrême-gauche mais surtout pour le tristement célèbre Ma 6T va crack-er ? On trouvera à différents moments du film des indices sur les opinions de celui-ci, notamment dans les propos qu’il met dans la bouche de Guido ou du journaliste de Minute étant donné que ces hommes n’ont forcément pas ses idées… Toutefois, force est de constater que les délires politiques assez flous qu’a pu avoir Mesrine dans ses derniers mois sont habilement présentés pour ce qu’ils sont : des élucubrations peu sérieuses d’un truand voulant se muer en révolutionnaire d’extrême-gauche… Bref, hormis le très fin soupçon de politiquement correct que l’on trouvera en cherchant bien, Richet a réalisé avec ses deux Mesrine des films policiers de tradition française comme on savait les faire avant. Des films qui certes contiennent de l’action mais se basent avant tout sur les personnages et l’ambiance d’une France qui a bien changé. Il rejoint en cela Olivier Marchal qui a, lui aussi, réalisé de très bons films ces dernières années. Si le cinéma français actuel est plus que déplorable, il reste tout de même certains réalisateurs qui sauvent l’honneur, notamment dans le genre policier. Richet fait désormais partie de ceux-là.

Rüdiger

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25/04/2013

Chronique de film: Guerrière, un film de David Wnendt (Allemagne, 2013)

Chronique de film:

Guerrière, un film de David Wnendt (Allemagne, 2013)

guerriere affiche.jpgD’emblée, j’ai envie de donner un nom à tous ces films soi-disant sérieux sur l’extrême-droite et qui, en réalité, ne parlent toujours que de skinheads bêtes et méchants (et contents avec ça…) : la skinexploitation. Même si la skinexploitation ne compte pas énormément de films, c’est un genre qui continue de vivre et qui fait parler de lui de temps en temps. Nous avons déjà parlé du médiocre Romper Stomper ici et voici quelques mots sur la dernière perle en date du genre précité : Guerrière, un film allemand.

La skinexploitation sort des films qui sont toujours construits sur le même schéma : au départ, on a une bande de vilains skinheads à qui il va arriver des problèmes sérieux de par leurs conneries violentes. Ces conneries entrainent le doute chez un ou plusieurs d’entre eux qui vont vouloir se détacher de tout cela. Mais, comme vous le savez, on ne sort pas facilement du milieu skinhead qui est pire que la mafia ou les cartels mexicains…

Vous avez ci-dessus le déroulement de Guerrière qui nous sert la même soupe que les autres hormis le fait que les personnages mis le plus en valeur dans le film sont des femmes. Celles-ci réclamaient la parité dans la skinexploitation depuis longtemps, le réalisateur David Wnendt les a entendues et a réalisé sur elles un travail « sérieux », attention, le film a donc une valeur documentaire certaine ! Attendez de voir.

Marina est une jeune fille allemande, une « bird » qui fait partie d’une bande désorganisée de skinheads. Ceux-ci sont évidemment de gros crétins alcooliques (voire drogués pour certains) se comportant comme les pires des asociaux : ils humilient, tabassent, insultent tous les immigrés qu’ils voient et lèvent le bras en toute occasion : aussi bien dans les trains qu’ils attaquent (oui, en Allemagne, les « attaques de diligences » ne sont pas le fait de la racaille allogène mais des skinheads, je l’ai appris moi aussi grâce à Guerrière) que lorsqu’ils sortent en voiture, en profitant également pour hurler « Heil Hitler » dans les rues… Tous sont tatoués de swastikas et de SS arborés fièrement, ils suintent de haine et d’alcool et se partagent à eux tous un QI de 80. Voilà nos protagonistes, vous vous en seriez doutés j’imagine… Le film est allemand, tourné en Allemagne et ferait suite à des enquêtes du réalisateur dans les milieux d’extrême-droite… Ah bon ? Connaissant la répression à laquelle font face nos camarades d’outre-Rhin, je suis un peu étonné de tout ce que je vois dans Guerrière : certes, le milieu skinhead a partout ses cas pathologiques mais voir ces sapins de Noël hurler et tendre le bras en pleine rue dans une voiture arborée d’autocollants explicites ou sortir une arme de point devant des masses de témoins me laisse assez songeur sur le sérieux revendiqué du film. Ca pouvait passer avec American History X qui se déroulait aux Etats-Unis mais là…

Le film fait sa promotion sur l’idée qu’on peut voir (enfin !) ce milieu très particulier sous les yeux des femmes. C’est bien prétentieux. Marina, mis à part son sexe, remplit le cahier des charges de l’acteur principal de skinexploitation : elle est violente, extrémiste (elle refuse de servir en caisse des immigrés pakistanais) et doit une partie de ses opinions nauséabondes à son antisémite de grand-père qui, on l’apprendra, était dans sa vie familiale une réelle ordure (j’en étais sûr !). Heureusement, elle va prendre conscience peu à peu de la dangerosité de ce milieu et des types qu’elle fréquente (en premier lieu son petit ami, l’un des pires qui passe d’ailleurs par la case prison pour les violences réalisées dans le train). Cette prise de conscience se fait de deux façons, ou, plus précisément via deux personnes. La première est la jeune Svenja, 15 ans. Adolescente normale ayant quelques disputes avec ses parents, elle va rentrer un peu par hasard dans le groupe de Marina et va vite devenir une adepte aveugle et fanatique des « idées » politiques de ses nouveaux compères où elle trouvera une sorte de nouvelle famille. La seconde personne est l’un des immigrés pakistanais que Marina avait refusé de servir. Après une série de tribulations  (cette dernière ira jusqu’à le renverser volontairement en voiture) elle va petit à petit vouloir l’aider. Peu à peu, elle se met en péril face à son groupe et loge même le dit pakistanais qu’elle veut aider à retrouver sa famille en Suède. C’est cette relation très politiquement correcte (l’aide aux sans-papiers !) complètement improbable et rendue très maladroitement par le scénario qui va faire peu à peu changer notre guerrière…

Je ne vous dévoile pas la fin, je vous laisse l’imaginer. Tout ce qu’il en est, c’est qu’on a l’impression d’avoir bien perdu son temps avec Guerrière (mais ne le savait-on pas dès le départ ?) et qu’on savait bien que les idées politiquement incorrectes n’apportaient que tristesse, désolation et no future… surtout aux femmes !

Rüdiger

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25/03/2013

Chronique de film: Le professionnel, un film de Georges Lautner (France, 1981)

 Chronique de film:

Le professionnel, un film de Georges Lautner (France, 1981)

bebel le professionnel.JPGIl me faut l’avouer : Jean-Paul Belmondo m’a toujours été sympathique. C’était l’acteur fétiche de ma grand-mère, pensez… La vieillesse n’a pas épargné Bébel : on n’évoque plus de lui aujourd’hui que ses malheureuses affaires de cœur (de c.. ?) qui ont mal tournées avec une jolie bimbo trentenaire venant de milieux apparemment très libertins (dépravés ?) et dont les appétits devaient valoir quelques zéros. Le pauvre personnage s’étant apparemment fait rouler par la jeune femme qui en aurait voulu plus à son porte-monnaie qu’à ses charmes… Mémé n’aurait pas apprécié de voir ça, Bébel savait pourtant y faire avec les femmes au cinéma…

A une époque, Belmondo était le grand acteur français (avec Delon évidemment) qui faisait vibrer les foules. Au début des années 80, lorsque sort Le professionnel, c’est le cas : Bébel connaît l’un des sommets de sa carrière. Réalisé par Georges Lautner, très grand nom du cinéma français (Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes, Mort d’un pourri, Flic ou Voyou…) et mis en dialogue par l’inimitable Michel Audiard avec qui le réalisateur a déjà plusieurs fois collaboré, Le professionnel reste un grand film policier de cette époque.

Josselin Beaumont (J.-P. Belmondo) est un agent secret qui a eu comme mission d’assassiner le président Njala, chef d’Etat du Malagawi, pays africain (fictif évidemment). Finalement lâché par les autorités françaises en vertu de la « raison d’Etat », il est capturé et condamné dans le pays où il œuvrait. Beaumont réussit non sans mal à s’évader et à regagner clandestinement la France. Apprenant l’imminente visite officielle de Njala en France, il projette de mener à bien sa mission initiale, ce qui met à ses trousses ses anciens collègues et un commissaire particulièrement mauvais (Robert Hossein)…

Le thème principal de film est donc la vengeance d’un homme seul contre le gouvernement français et ses services qui l’ont manipulé et finalement trahi prétextant un changement de contexte politique. Alors qu’il aurait la possibilité de recommencer une nouvelle vie, Beaumont n’a qu’une obsession : faire payer les autorités de leur trahison envers lui… Critique à peine voilée des dessous fort troubles de la politique étrangère française en Afrique Noire, Le professionnel n’est cependant pas un film où l’intrigue est compliquée, loin de là. C’est du divertissement populaire comme on savait en faire avant avec un acteur charismatique, qui, bien que jouant dans un film un peu plus sérieux voire noir par moments, sait que tout repose sur ses épaules. C’est le Bébel de toujours, qui distribue les châtaignes, fait de l’humour et charme les femmes. Les femmes sont d’ailleurs les seules à vraiment être sincères dans leurs sentiments, subjuguées qu’elles sont par ce charmeur de Belmondo. Les fonctionnaires et ex-collègues de Beaumont ne sont, pour leur part, pas présentés sous leur meilleur jour : même son meilleur ami en arrive à essayer de le piéger sous l’impulsion de sa hiérarchie… Bref, on sera d’accord avec Josselin Beaumont : le gouvernement français est pourri et il doit payer !

Bercé par la célèbre musique d’Ennio Morricone (celle qui fut reprise dans la pub Royal Canin malheureusement…), Le professionnel nous offre également nombre de scènes d’action et de cascades qui, comme toujours, étaient réalisées par Belmondo lui-même ; les acteurs actuels en font-ils autant ? Accompagné par des seconds rôles de qualité tels Jean Desailly, Michel Beaune (qui avaient de vraies « gueules » de français) mais aussi Robert Hossein, impeccable en flic teigneux, Belmondo ne pouvait que trouver une nouvelle fois le succès avec ce classique qui quoique un peu kitsch a finalement bien vieilli et qui garde le charme d’un cinéma français qui a bien changé depuis...

Rüdiger

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13/02/2013

Chronique de film : Confession d'un dragueur, d’Alain Soral (France, 2001)

 Chronique de film :

Confession d'un dragueur, d’Alain Soral (France, 2001)

confession.jpgFilm oublié de presque tous aujourd’hui alors qu’il était soutenu par France 2 et Canal + à l’époque, Confession d’un dragueur est une comédie qui puise dans l’œuvre livresque d’Alain Soral, en particulier Sociologie du dragueur (1996).

Le film débute alors que Paul, jeune étudiant à Sciences Po interprété par Thomas Dutronc, et Fabio, un gars de la rue issu de l’immigration maghrébine, interprété par Saïd Taghmaoui, convoitent la même fille, Sophie, lectrice qui aime à se détendre dans le parc de son quartier, à Paris. Alors que Paul observe la jeune femme depuis de nombreux jours, il voit Fabio parvenir à la séduire en un clin d‘œil. Fabio et Paul se rencontrent alors et Fabio va apprendre les ficelles de la drague à notre "Sciences Piste".

Le film est à ce titrre plutôt sympathique, les profils des personnages sont plutôt bien interprétés par Thomas Dutronc et Saïd Taghmaoui (qui a fait du chemin depuis…). Les deux hommes se retrouvent dans des situations cocasses qui peuvent se révéler plutôt amusantes. Ainsi lorsque Paul passe une bonne partie du film à essuyer des refus ou encore lorsque les deux hommes se retrouvent avec une vieille bourgeoise un peu folle dans un plan douteux dont Paul finira par s’échapper. J’ai particulièrement apprécié le moment où les deux hommes refusent de prendre deux auto-stoppeuses anglaises en leur rappelant Jeanne d’Arc et Napoléon.

Ce qui donne son intérêt au film, c’est la subtilité du message qui est délivré par Alain Soral. Plus le film se développe, plus l’atmosphère est lourde, jusqu’à ce final terrible où Fabio se retrouve chez son frère, enlève ses chaussures en cuir de bourgeois pour enfiler ses babouches alors que dans le même temps Paul se retrouve enfin avec une fille qui lui fait une fellation et conclut par le fait que la réussite vaut bien mieux pour attirer les filles que tous les plans dragues foireux.

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Cette ambiance qui se dégrade se développe petit à petit, particulièrement dans le dernier tiers du film. A une dizaine de minute de la fin du film, Fabio s’épanche sur le fait qu’en 10 ans, il a passé 2500 nuits seuls et que les 1000 autres il avait beau être accompagné, en réalité il s’est toujours senti seul. Fabio passe pour un loser et toutes ses conquêtes ne peuvent pas enlever cette réalité. Au travers de cet univers de lutte des classes, Alain Soral n’hésite pas à faire passer subtilement certains messages : ainsi alors qu’ils viennent de donner une pièce à un SDF, Fabio rétorque à Paul qu’il n’y a jamais d’arabes qui mendient. Une autre scène fascinante est celle du repas avec des bobos gays devant un portrait géant du Che. Alain Soral paraît exercer une critique de ce milieu parisien de bourgeois pseudo-révolutionnaires engagés contre l’ordre moral.

La question de la drague est aussi emblématique de notre société libérale dégénérée du spectacle. Tout apparait comme faux. Fabio travesti son identité, son pseudonyme renvoie à des origines italiennes, ce qui facilite la séduction, alors qu’en réalité il est berbère et que son passé familial était plutôt du côté des foyers Sonacotra. Ce travestissement de l’identité pour avoir accès à la séduction des bourgeoises européennes renforce subtilement le côté pathétique de Fabio. Quant à Paul, il invente son histoire personnelle en se faisant passer pour un amnésique victime d’un accident. Les rapports se basent sur le mensonge, le paraître, le sexe, la séduction par intérêt. Fabio en arrive même à parler de « prédation ». Les deux hommes inventent des histoires pour arriver à leurs fins, mais les filles ne sont pas épargnées. Filles faciles, menteuses, consommatrices, la femme moderne, digne produit du mai 68 libertaire en prend aussi pour son grade.

Le film ne pourra que rappeler Extension du domaine de la lutte de M. Houellebecq, paru en 1994 où la lutte des classes s’étend au marché du sexe et de la séduction. Ce que cherche à faire Fabio, c’est surement à accumuler du Capital dans ce domaine parce qu’il n’en a pas dans d’autres, mais cette quête paraît être un échec, car il passe à côté de ce que sont des rapports homme/femme qui relèveraient plus de l’Amour courtois que du libéralisme.

Une nouvelle fois, il apparaît que les libertaires, en souhaitant la « liberté sexuelle » n’ont fait que favoriser les modes de fonctionnement du libéralisme les plus primaires en ramenant l’homme à son animalité. La femme ne devient qu’un objet de convoitise, sans aucune pudeur ni morale et l’homme un prédateur, animé par rien d‘autre que l’accumulation des conquêtes. Mais au fond tout cela apparaît vain et navrant. Il semble évident après la vision de ce film que la drague est une mascarade. L’anthropologie libérale des rapports entre l’homme et la femme est surement l’un des grand mal du siècle…

Jean

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