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24/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur Cuba

Quasi toutes anciennes possessions espagnoles, rien ne prédestinait les Îles Caraïbes à bénéficier d'un tel prestige chez nos contemporains européens. Pas les meilleurs, peut-être, on le concèdera. Plus que la Jamaïque et le reggae, plus que les Bahamas et son tourisme de luxe, plus que les Îles Caïmans et son opacité financière, plus que la République Dominicaine et sa Mecque des couples fraichement mariés et bientôt divorcés, plus que toutes les autres et surtout de Haïti, Cuba est très certainement l'île bénéficiant de la plus grande sympathie. Le communisme exotique de Fidel Castro et d'Ernesto Guevara, passé à la postériorité sous le surnom du Che, y aura largement contribué. Toute l'île garde la mémoire du souvenir révolutionnaire, qu'il semble lointain néanmoins, par des milliers de fresques, il est vrai remarquables, disséminées ça-et-là sur les murs des villes et campagnes. La Havane ou le Belfast latino! Symbole de l'antiaméricanisme aux Amériques, l'île avait avant cela conquis son indépendance contre l'occupant espagnol lorsqu'éclatait la Guerre de dix ans qui démarra en 1868. Indépendance relative. Les Etats-Unis ne manquèrent pas, à leur habitude, d'intervenir dans la lutte pour l'auto-détermination de l'île pour mieux l'occuper de 1898 à 1902, puis de 1905 à 1909. Les Américains définitivement chassés au début du 20ème siècle, l'ingérence américaine ne cessa pourtant guère jusque 1934 et plus tard, plus officieusement, jusque l'arrivée au pouvoir de la guérilla castriste le 1er janvier 1959 qui déchoit le dictateur Fulgencio Batista. Très tôt reconnu diplomatiquement par les Etats-Unis, Castro demeurait l'objet de toutes les convoitises américaines, alliées à plusieurs milliers de cubains anticommunistes qui avaient pris le soin de fuir l'île. La nationalisation des avoirs étrangers est le prétexte du misérable débarquement de la Baie des Cochons du 17 au 19 avril 1961. Si l'embargo est décrété par les Etats-Unis, la première puissance mondiale renonce à toute intervention militaire quand bien même elle craint l'alignement progressif de Cuba sur le bloc soviétique. Cuba aurait d'ailleurs pu devenir un nouveau Sarajevo lorsque le dépêchement par la Russie sur l'île de trente-six missiles nucléaires, l'année suivante, faillit plonger le globe dans la Troisième Guerre mondiale. Progressivement, les relations entre Cuba et la puissance américaine se normalisent autant que le bloc de l'Est vacille et que la santé de Castro décline. Cuba, c'est aussi une série de clichés qui courent du cigare au rhum en passant par le mambo et le cha-cha-cha ou les automobiles américaines hors d'âge qui défilent dans La Havane. Bien évidemment, le cinéma cubain ou sur Cuba privilégia les bouleversements sociaux qui ne manquèrent pas de radicalement transformer la société lorsqu'elle entreprit sa mutation d'une société traditionaliste sud-américaine pour s'adapter au dogme marxiste. Mais il n'est pas aisé de s'extirper de son identité latine, quand bien même l'on souhaite contribuer à l'émergence de l'Homme nouveau. Mal connu en France, le cinéma cubain mérite pourtant que l'on s'y attarde à bien des égards. Et l'on y découvre une société attachante un peu en-dehors du temps...

 

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ADIEU CUBA

Titre original : The Lost city

Film américain d'Andy Garcia (2005)

1958 à Cuba. L'île vit sous le régime autoritaire et militaire de Batista. La contestation gronde dans les champs de canne à sucre et dans la jungle de la chaîne de montagnes orientale. Emmenées par le duo Castro et le Che, les guérilleros du Mouvement du 26 juillet se préparent à une irrésistible avancée sur la capitale havanaise. C'est justement à La Havane que Fico Fellove dirige El Tropico, le plus élégant cabaret de la ville. Soucieux de n'être impliqué dans aucun tumulte tandis que ses frères et amis se déchirent, Fellove n'entend que mener le combat de l'amour pour conquérir le cœur d'une femme. Mais en des temps aussi troublés, il n'est pas aisé d'observer la plus stricte neutralité. El Tropico va devenir, malgré son propriétaire, un lieu de toutes les passions révolutionnaires...

Acteur passé derrière la caméra pour la première fois avec cette réalisation, Garcia prend le risque de se lancer dans le projet ambitieux de la reconstitution d'une grande fresque familiale s'étendant de la fin de la dictature militaire à l'exercice du pouvoir par les rebelles communistes. Né à La Havane en 1956, Garcia ne connut son île que les cinq années qui précédèrent l'exil de toute sa famille en Floride. Pari risqué donc que son enfance meurtrie prenne le pas. Adieu Cuba sonne comme une thérapie et le cinéaste ne laisse le soin à personne d'interpréter le rôle principal. L'écriture du scénario par l'écrivain anticastriste Guillermo Cabrera Infante ne fait pas mystère d'un certain anticommunisme coloré de belles nuances dans un film dénonçant les légitimes aspirations progressistes du peuple vite trahies par la nature tyrannique du régime soutenu par Moscou. L'œuvre présente une tendre et nostalgique évocation d'un Cuba disparu auquel Garcia demeure plus fidèle qu'à Fidel. Malgré une certaine indolence et un trop grand académisme, le cinéaste y met toutes ses tripes et transforme l'essai.

 

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LES AVENTURES DE JUAN QUIN QUIN

Titre original : Aventuras de Juan Quinquín

Film cubain de Julio Garcia Espinosa (1967)

Juan Quin Quin est un ancien sacristain. Avec Jachero, les deux amis sont inséparables. Sa vie? Il la gagne en exerçant les professions les plus improbables, parmi lesquelles, enfant de chœur, clown, montreur de fauves, démonstrateur de foires, torero ou dans des combats de coq. Dans ce Cuba mené par le régime autoritaire de Batista, les deux originaux ne cessent de se heurter aux autorités policières. Alors décident-ils de rejoindre les forces révolutionnaires castristes. Loin d'être motivés uniquement par une parfaite adhésion aux thèses progressistes de la Révolution, les deux compères sont surtout séduits par l'opportunité de continuer leurs pérégrinations de saltimbanques. Quin Quin est nommé chef d'une bande de guérilleros combattant dans les montagnes. Plus anarchiques qu'anarchistes mais rétifs à toute discipline, les menées révolutionnaires de nos compères ne se révèlent guère couronnées de succès...

S'inspirant du roman Juan Quin Quin en pueblo mocho de Samuel Teijoo, Garcia Espinosa, castriste convaincu, livre un curieux western picaresque qui constitue l'un des fleurons du vieux cinéma cubain. Il est vrai que cette comédie violente offre de belles images de la ruralité cubaine. Par ailleurs, le réalisateur ne manque pas d'imagination en faisant figurer à l'écran des bulles, à la manière de la bande dessinée, dans lesquelles le spectateur lit les pensées des protagonistes. Si ces intentions sont louables, le film paraitra néanmoins confus, irrégulier et maladroit à bien des égards. On rit quand même en maintes occasions.

 

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CHALA, UNE ENFANCE CUBAINE

Titre original : Conducta

Film cubain d'Ernesto Daranas (2014)

Chala est un jeune adolescent de douze ans aussi débrouillard qu'espiègle. Elevé par une mère manquant d'amour pour sa progéniture, l'éducation est évidemment assez lâche. Chala est ainsi livré à lui-même dans La Havane de notre époque mais ne manque jamais de prendre soin de sa mère alcoolique et toxicomane. Pour rapporter quelque argent au sein du foyer, l'enfant élève des chiens de combat. Il aurait tôt fait de devenir un voyou sans le soutien que lui témoigne son institutrice sexagénaire Carmela qui veille sur toute sa classe avec la même dévotion que sur ses propres enfants. Chala a également l'âge des premiers émois amoureux. Sa camarade Yeni est l'heureuse élue. Grâce à elles, l'adolescent semble finalement gagner un droit chemin. Mais Carmela est bientôt terrassée par une crise cardiaque. Sans son ange gardien, Chala doit faire face seul aux services sociaux qui veulent l'enfermer dans une maison de correction...

Daranas livre un très intéressant métrage doté d'une incroyable énergie douce-amère et désinvolte à l'image de son jeune héros! L'énergie du film, c'est en cela que le réalisateur prend totalement le contre-pied du sombre mélodrame. Film magnifiquement servi par le duo de personnages principaux. Profitons-en pour leur tirer un coup de chapeau tant il n'est pas impossible qu'on ne les retrouve guère sur les écrans français: Armando Valdes Freire en Chala et Alina Rodriguez en l'institutrice bourrue et emplie de compassion. Au-delà de ce duo, c'est Cuba qui est le troisième personnage principal. Cuba qui ne s'en sort plus d'une Révolution agonisante oppressant l'île de sa tentaculaire bureaucratie. Cuba, le Paradis coco-latino plongé aussitôt dans la misère, ne parvenant pas à gommer les différences de classe. Aux séides du régime font face la pauvreté des cubains, l'abandon de la jeunesse et de ceux sombrés dans la marginalité. De belles images enfin... A voir !

 

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FRAISE ET CHOCOLAT

Titre original : Fresa y chocolate

Film cubain de Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabio (1991)

1979, Diego est un homme cultivé menant une vie de bohême dans la capitale. Diego aime profondément son île, sa culture et... les hommes. David, lui, est tout le contraire. Il est étudiant en sciences sociales et hétérosexuel fraichement désavoué en amour. Sa courtisée en a épousé un autre. Il est, en outre, adhérent aux Jeunesses communistes. A la terrasse d'un glacier, Diego et David se rencontrent par hasard. Bientôt invité par l'artiste, le révolutionnaire découvre un univers qui lui est étranger et étrange. S'ils se revoient, c'est surtout parce que David soupçonne le bohême de dissidence et est chargé de l'espionner. Petit à petit, les deux hommes vont apprendre à se connaître dans un curieux jeu de dupes. Et le militant gay ne tardera pas à tomber amoureux de son espion. Quant à David, il devine que leurs oppositions de vues ne sont pas un obstacle à une amitié naissante bien qu'il refuse plus si affinités. A plus forte raison, Nancy la prostituée voisine de Diego gagne le cœur de l'étudiant...

Inspiré de la nouvelle El Bosque, el lobo y el hombre nuevo de Senel Paz, le duo de réalisateurs livre un film dans lequel un militant gay initie un étudiant communiste aux plaisirs interdits. Nullement ceux de la chair mais bien la littérature et les arts conspués par le régime castriste. En retour, le révolutionnaire pénètre dans un univers épicurien qui remet progressivement en question l'orthodoxie de son idéal politique. Le film ne manqua pas de créer la polémique dans un Cuba oscillant entre un machisme traditionnel et une homophobie encouragée par le pouvoir qui affirme l'homosexualité comme contre-révolutionnaire dès 1965. Nul militantisme gay dans ce film ouvertement anticastriste et constituant un pamphlet contre l'intolérance, l'œuvre ne sombre pas pour autant dans la caricature mièvre et se laisse agréablement regarder.

 

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MEMOIRES DU SOUS-DEVELOPPEMENT

Titre original : Memorias del subdesarrollo

Film cubain de Tomás Gutiérrez Alea (1968)

La junte militaire de Batista vient de s'effondrer une année plus tôt à La Havane. Sergio Carmona Mendoyo voit d'un mauvais œil ce changement de régime. Sa famille d'extraction bourgeoise désormais émigrée à Miami depuis la confiscation de la totalité de leurs biens, l'intellectuel décide de ne pas quitter son île natale. L'avènement d'un régime communiste entraîne de nombreux bouleversements politiques et économiques. Sergio ne se sent décidément guère à l'aise, tiraillé qu'il est entre la dictature militaire qui ne recueillait guère ses faveurs et l'échec de la justice sociale du nouveau pouvoir qu'il a tôt fait de deviner. Peut-on être heureux à Cuba? Sergio se livre à une forte introspection et entreprend la rédaction de ses mémoires dans lesquels il passe en revue son passé et ses amours avec son ancienne femme et Elena, son nouvel amour. C'est avec cette dernière qu'il semble retrouver quelque bonheur. Mais refusant de l'épouser, Sergio se voit dénoncé aux autorités par la famille de la jeune femme...

Sergio est-il le cubain par procuration que Gutiérrez Alea aurait pu être ? Lui-même, issu d'une famille bourgeoise ayant fui l'installation de Castro? En tout cas, le roman original d'Edmundo Desnoes semble avoir été écrit pour lui. A travers le prisme de son héros, c'est l'histoire sociale de ces quelques années remuée de fond en comble qui intéresse le cinéaste qui procure à cette œuvre une remarquable mise en scène. Tourné en plein temps fort du castrisme et influencé par le néo-réalisme italien, pays dans lequel le réalisateur séjourna deux années durant, les Mémoires de Gutiérrez Alea demeurent l'un des documents sociopolitiques les plus intéressants sur le castrisme. Quasiment tombé dans l'oubli bien que considéré comme le chef-d'œuvre du cinéma cubain, le film renaît grâce à une restauration financée par... George Lucas, pourtant peu suspect de sympathie pour cette Guerre des Etoiles rouges ! Il serait dommage de bouder son plaisir et de ne pas le voir désormais.

 

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LA PREMIERE CHARGE A LA MACHETTE

Titre original : La Primera carga al machete

Film cubain de Manuel Octavio Gómez (1969)

La tension monte en ce mois d'octobre 1868 dans la province d'Oriente. La puissance espagnole ne le sait pas encore mais vient de débuter une guerre longue de dix années. Un avocat et gros propriétaire terrien, Carlos Manuel de Cespedes, est l'organisateur de la rébellion visant à bouter la domination hispanique hors de l'île. Retranchés dans la ville de Bayamo, les indépendantistes opposent une résistance héroïque aux deux colonnes expéditionnaires espagnoles dépêchées dans le sud-est de l'île par le gouverneur Francisco Lerchundi. Face à la supériorité en hommes et en armes de l'occupant, les guérilleros cubains adoptent diverses techniques d'embuscade. Pour palier le manque de fusils et de poudre, c'est bientôt à la machette que les rebelles cubains affronteront les détachements de l'armée coloniale...

La première guerre d'indépendance de Cuba est un épisode héroïque totalement méconnu en Europe. Gómez a-t-il vu La Bataille de Culloden, réalisé par Peter Watkins, cinq années plus tôt? En tout cas, le réalisateur cubain utilise avec talent l'anachronisme de la mise en scène et la caméra portée à l'épaule pour offrir une consistance plus immersive, un peu à la manière d'un film tourné par un reporter de guerre, utilisant l'interview pour mieux faire comprendre au spectateur le déroulé du combat. Cinéaste documentaire avant de passer à la fiction, Gómez maîtrise parfaitement l'art de la mise en scène historico-journalistique. A ce titre, l'interview du gouverneur soucieux de mâter toute révolte nationaliste constitue un petit bijou. Film des plus intéressants donc, notamment, de par son exotisme latino. En revanche, ceux qui auront déjà visionné le Culloden de Watkins déploreront un goût amer de copié-collé, pour ne pas dire de plagiat...

 

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RETRATO DE TERESA

Film cubain de Pastor Vega (1979)

La Havane à la fin de la décennie 1970. Teresa occupe le poste de chef d'équipe dans une entreprise textile dans laquelle elle est également déléguée syndicale et médiatrice culturelle. Rentrée du travail, c'est une autre journée qui commence avec l'intégralité des taches domestiques à accomplir, trois enfants et Ramón, un mari ombrageux qui reproche à son épouse le temps passé hors du foyer qu'il considère mal entretenu. Egoïstement, il refuse l'engagement révolutionnaire de Teresa au service du peuple. Un soir et une énième dispute conjugale, Teresa décide que les choses au sein du foyer doivent changer. Surtout, elle apprend l'infidélité de son époux. Ils se séparent et Ramón se prend en main en montant une petite entreprise. Ramón échoue dans la reconquête de son épouse, ne parvenant jamais à comprendre que les temps ont changé et qu'elle aussi veut sa part d'indépendance...

Affirmant son désir de justice et d'égalité sociale, le communisme cubain ne parvint jamais tout à fait à s'affranchir du machisme propre aux sociétés d'Amérique latine. Ainsi de Teresa plus révolutionnaire que féministe, constamment reléguée par un époux, lui, plus traditionaliste que révolutionnaire, à son rôle de femme au foyer. En démontrant l'incompatibilité de ces couples dont les vies seront désormais radicalement modifiées par la révolution triomphante, Vega livre un film empreint d'une très grande sobriété qui refuse le pamphlet. C'est un premier long-métrage réussi pour le réalisateur qui brosse une magnifique galeries de portraits, à commencer bien entendu par celui attachant de Teresa, brillamment interprété par Daisy Granados. Film malheureusement inédit en France.

Virgile / CNC

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

10/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Gestaporn

Le premier, Wilhelm Reich, médecin psychanalyste autrichien, avait, dès 1933 dans son ouvrage La Psychologie de masse du fascisme, établi un lien entre les fascismes et la sexualisation du désir organique insatisfait des masses, faisant tendre ces dernières vers l'autoritarisme. Aussi, Reich écrivait-il que "Le désir inconscient de bonheur sexuel et de pureté sexuelle, s'ajoutant à la peur simultanée de la sexualité normale et à l'horreur de la sexualité perverse, ont résultat l'antisémitisme sadique fasciste. " Alors frigides, frustrées, coincées que ces dizaines de millions d'hommes et de femmes qui épousèrent les théories de l'Homme nouveau ? Déjà peu débattues dans les années 1930, les théories de Reich sombrent bientôt dans l'oubli. Remilitarisation de la Rhénanie, rapprochement de l'Allemagne et de l'Italie, constitution d'un bloc contre les forces de l'Axe, poursuite de la percée japonaise en Mandchourie, le conflit mondial se profile inévitablement dont la Guerre d'Espagne constitue le hors-d'œuvre. 1945, le monde panse ses plaies béantes et l'heure n'est plus aux discussions frivoles... 1976, un film sorti sur les écrans fait l'effet d'une bombe. Pier Paolo Pasolini vient de commettre son chef-d'œuvre, Salò ou les 120 journées de Sodome. Epousant partiellement les vues de Reich, Pasolini entend dénoncer le fascisme italien par la mise en image de sévices et tortures psychologiques et sexuels dont le régime abusait secrètement selon le génial cinéaste. Nombre de réalisateurs érotiques italiens, au talent plus modeste que ceux-là, flairent la juteuse rentabilité et se lancent dans la réalisation de films pour adultes alliant sexe, violence et fascisme. Le Gestaporn est né ! Plus connu sous le nom de Nazisploitation, ce sous-genre du cinéma érotique va connaître ses heures de gloire de 1976 à 1978. Certains réalisateurs s'étaient bien essayés au genre dès les années 1960 mais sans parvenir à créer une mode cinématographique. Ainsi de Werner Klingler, dès 1961, avec Les Fiancées d'Hitler, mais encore Lee Frost en 1969 avec Love Camp 7 et Ilsa, la louve des S.S. de Don Edmonds qui devance Salò de quelques mois. En tout, un peu plus d'une vingtaine de films, majoritairement produits par la société Eurociné en Italie, France et aux Etats-Unis, dans lesquels le national-socialisme sert surtout de prétexte à la présentation d'irréprochables poitrines en même temps que les réalisateurs rivalisent pour montrer au spectateur voyeur les scènes de tortures les plus obscènes. Films à petit budget, il n'était pas rare que plusieurs réalisations soient tournées en même temps afin que soient mieux supportés les coûteux frais de location d'uniformes et engins militaires. Lorsque les mêmes acteurs jouent des rôles similaires dans plusieurs films produits simultanément, il n'est guère étonnant que les cinéastes se soient parfois emmêlés les bobines. Et lorsque ces films ressortaient sur les écrans quelques mois plus tard sous un autre nom, là, c'est au tour du spectateur de s'emmêler les pellicules. Il n'est pas rare qu'un spectateur achète un billet pour un film déjà visionné quelques mois plus tôt! Voilà qui apprendra à celui soucieux de tendre à l'exhaustivité du genre. Bien évidemment, d'aucuns ne manquèrent pas de considérer l'érotisme nazi comme moralement douteux, et ce, au sein même du monde du cinéma B, pourtant avare de commentaires sur le mauvais goût... De là à considérer que les cinéastes de Gestaporn aient voulu faire l'apologie des régimes fascistes, il y a un grand pas de l'oie... Certains Etats refusent d'ailleurs toujours la distribution de ces films. Il est certain que le Gestaporn ne ravira pas les nostalgiques et doit être regardé comme un objet de curiosité...

 

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BORDEL S.S.

Film français de José Bénazéraf (1978)

A Paris pendant l'Occupation, une maison de tolérance de haute tenue devient le lieu de débauche de prédilection d'officiers S.S. Les prostituées entendent bien jouer un rôle supérieur au simple écartement de cuisses. Usant de la confidence sur l'oreiller, les filles renseignent secrètement la Résistance. La situation devient désespérée sur le front de l'Est tandis que les craintes de l'ouverture d'un nouveau front après un débarquement allié se précisent. Les sujets d'indiscrétion ne manquent pas. Wilhem est l'un de ces soldats parmi les plus imprudents et fidèles de la maison. Epris de la belle Amélia, la fille de joie mène le jeune officier également par le bout du nez. Wilhem devine bien que sa galante dame répète aux ennemis du Reich ses confessions. Mais il est amoureux...

Brigitte Lahaie, alors brune, dans un rôle, évidemment déshabillé et à l'aube de sa carrière dans ce moyen métrage réalisé par l'un des pontes du film pornographique français. Le film ne tomba pas dans l'oubli grâce à la future carrière de la star du X français des décennies 1970 et 1980 bien qu'elle ne tienne pas encore le haut de l'affiche. Evidemment, les dialogues sont rares et les scènes explicites sont privilégiées. La réalisation de Bénazéraf réserve néanmoins quelques passages intéressants notamment dans la structuration psychologique étonnamment mesurée des personnages masculins. Des efforts sont également consentis à la mise en scène et au déroulement de l'intrigue. Cela est plutôt rare pour ce type cinématographique. La bande son est également satisfaisante. A réserver aux amateurs avertis du genre...

 

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LE CAMP DES FILLES PERDUES

Titre original : Lager SSadis Kastrat Kommandantur

Film italien de Sergio Garrone (1976)

Retenues dans un camp de prisonniers à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des jolies jeunes femmes subissent d'ignobles sévices. Tandis que certaines sont destinées à devenir prostituées ou génitrices d'enfants aryens, d'autres sont vouées à toutes sortes d'expériences. Le commandant du camp et colonel S.S. von Kleiben fut jadis castré par une jeune fille qu'il venait de violer. Cherchant à se faire greffer un nouveau sexe, Kleiben sélectionne ceux de ses plus beaux officiers. Soucieux de s'assurer de la valeur sexuelle du membre, le commandant teste les éventuels donneurs sur les prisonnières qui, de plus en plus nombreuses, emplissent le camp....

Egalement sorti sous le titre Horreurs nazies mais encore Sadisme S.S. L'évocation des camps de concentration dans lesquels les prisonnières servent d'esclaves sexuelles ou sont l'objet d'expérimentations terrifiantes dont on peine à comprendre la finalité sont des thèmes phares du genre. S'il s'agissait de condamner les exactions nazies tel que Garrone s'en targue, la dénonciation est bien mince et s'efface rapidement devant le spectacle dénudé et lubrique. Le réalisateur satisfait surtout la volonté voyeuriste du spectateur. Et le film ne recule devant aucun plan sanglant et sexuel dès les premières minutes. L'histoire est invraisemblable mais évidemment, là n'était pas l'objectif. Pas très original, on devine un film avec un budget famélique réalisé à la va-vite.

 

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LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH

Titre original : L'Ultima orgia del Terzo Reich

Film italien de Cesare Canevari (1976)

Un homme au volant de son véhicule écoute à la radio le déroulement d'un procès pour crime de guerre. C'est dans les ruines d'un camp concentrationnaire qu'il retrouve une femme. Ils font l'amour. Flash-back. Lisa est une jolie jeune femme blonde. Mais parce qu'elle est juive, Lisa Cohen est envoyée dans un camp de concentration dirigé d'une main de fer par le commandant S.S. Conrad von Starker. La prisonnière, responsable de l'extermination de l'ensemble de sa famille, se résigne à sa propre mort. Contre toute attente, Starker tombe éperdument amoureux de la jeune juive et se refuse à assister à la mort prématurée de Lisa. Au moins pour quelques temps. Car le sadique Starker entend bien tuer à petit feu, en la torturant tant physiquement que psychologiquement, la jeune femme qui semble endurer la souffrance au-delà de tout entendement...

Bourreaux S.S., Des Filles pour le bourreau, La Séquestrée des S.S., faites votre choix ! Et encore, nous ne les citerons pas tous. Canevari prend le pari de compliquer l'intrigue en racontant l'histoire de Lisa en flash-back. Reprenant les codes du mythique Portier de nuit de Liliana Cavani, Canevari joue la carte de l'immoralité jusqu'au bout. Le couple qui s'unit dans le camp en ruines est bien sûr l'ancien commandant et la prisonnière juive qui témoignera d'ailleurs en faveur de son bourreau au tribunal et lui fera éviter la condamnation à mort. Suggérant plus qu'il ne montre, la réalisation comporte quelques séquences d'anthologie alliant sadomasochisme, anthropophagie, torture, infanticide, scatophagie et autres. Beaucoup d'autres... D'un érotisme moindre et plus sombre et froid que les autres films de Gestaporn, le scénario peut exprimer une intrigue mieux ficelée. La mise en scène et le jeu des acteurs sont également soignés. Louables intentions qui ne parviennent pas à masquer de lourdes faiblesse et une forte platitude.

 

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ELSA FRAULEIN S.S.

Film français de Patrice Rhomm (1976)

L'année 1943, les troupes du Reich ont le moral au plus bas. Afin de revigorer ses officiers supérieurs, Adolf Hitler, conseillé par le Major Müller, entreprend d'envoyer sur le front un train pourvu d'armes particulières. Point de mitrailleuses ou de pièces d'artillerie mais de jolies jeunes femmes destinées au repos des guerriers. La colonel S.S. Elsa Ackermann est la commandante du convoi et poursuit, en réalité, une toute autre mission. Dans son train truffé de micros, la Fraulein S.S. s'assure de la vigueur combattante des officiers en plus de les satisfaire sexuellement. Ceux qui manifestent quelque lassitude ou sentiment défaitiste et complotiste sont éliminés inexorablement. Tandis que le train s'apprête à pénétrer le territoire français, la Résistance entend détruire le convoi à tout prix. Liselotte Richter, l'une des filles de joie, renseigne d'ailleurs les rebelles. De la traitresse tombe amoureux Franz Holbach, interprète du convoi d'origine alsacienne et ancien amant d'Elsa. Revenu du front soviétique, Franz n'est guère plus le national-socialiste convaincu qu'il fut...

Huis clos ferroviaire opposant une maquerelle national-socialiste fanatique à son ancien amant revenu de son idéal en même temps que de l'horreur du front. Erotisme et violence font bon ménage à l'aide d'un scénario relativement travaillé, en tout cas bien plus que dans les autres films de Nazisploitation. Il n'évite pourtant pas les lourdeurs et longueurs. On regrettera presque qu'il s'agisse d'un film érotique tant l'idée scénaristique est séduisante. Les scènes dénudées, pourtant moins nombreuses, nuisent bien évidemment à une parfaite exploration du scénario. Certains considéreront que Rhomm défend malgré lui une certaine vision apologétique et jusqu'au-boutiste du national-socialisme. Elsa Fraulein reprend le même thème que Train spécial pour Hitler d'Alain Payet, en tournage simultanément, et auquel il est infiniment supérieur. Quelques risibles incohérences néanmoins inhérentes au genre. Charmantes en revanche que Patrizia Longo et Malisa Longo en Elsa Fraulein qui fait passer l'envie de rester accroché aux Porte Mantaux...

 

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ILSA, LA LOUVE DES S.S.

Titre original : Ilsa, she wolf of the SS

Film américain de Don Edmonds (1975)

Lentement mais inexorablement, la défaite du Reich se dessine. L'officier S.S. Ilsa est la diabolique gardienne d'un camp de concentration mixte isolé dans la campagne allemande. Ilsa sélectionne impitoyablement les dernières arrivées. Certaines travailleront jusqu'à l'épuisement fatal. Pour les autres, ne souffrant aucune pitié, elle soumet ses détenues aux expériences pseudo-médicales les plus ignobles. Son objectif ? Démontrer scientifiquement que les femmes supportent la douleur plus facilement que le sexe opposé. Sur tous les fronts, les armées allemandes refluent tandis que les renforts manquent cruellement. En démontrant la puissance d'endurance des femmes en matière de souffrances, rien ne devrait s'opposer à ce qu'elles prennent aussi le chemin de la première ligne de front pour sauver le Reich. Les hommes ne sont pas logés à meilleure enseigne. Sont ainsi émasculés ceux incapables de satisfaire les pulsions et fantasmes de la Louve...

Après Elsa, Ilsa endosse l'uniforme de la S.S. sadique et brutale qui prend un malin plaisir à torturer et exercer sa domination sexuelle. Anti-Emmanuelle, elles figurent de curieuse représentations d'un univers tortionnaire pourtant largement masculin. Certainement, est-on autorisé de penser qu'Ilsa tire son prénom d'Ilse Koch, célèbre pour sa cruauté, et épouse de Karl Koch, premier commandant du camp de Buchenwald. En revendiquant les honneurs de la guerre pour les femmes, Ilsa fait même montre d'un certain féminisme et demeure partisane de la guerre totale chère à Joseph Goebbels. Preuve, s'il en est besoin, de la maigreur des budgets consentis à ces réalisations, les décors d'Ilsa sont ceux utilisés par un soldat allemand peu prompt à émoustiller notre louve en la personne de Papa Schulz... Bref, on rit plus que nous ne sommes effrayés ou choqués. Il est le premier film d'une tétralogie au sein de laquelle même le grand Jésus Franco s'est compromis.

 

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NATHALIE DANS L'ENFER NAZI

Film français d'Alain Payet (1977)

En pleine Seconde Guerre mondiale, un officier allemand est assassiné par des partisans dans un village soviétique et tous les habitants arrêtés en représailles. Parmi eux, Nathalie Baksova est une jeune médecin ukrainienne antifasciste. La Résistance parvient à intriguer en favorisant son transfert à la forteresse de Stillberg en Pologne et lui confier une mission de la plus haute importance. La jeune femme est chargée, par son chef Vassili, d'y retrouver la trace d'une espionne anglaise prénommée Ingrid Vassering. Détenue à la forteresse qui tient lieu de bordel, Nathalie subit les avances de Helga Horst, la directrice des lieux, aussi tyrannique que sadique. C'est au contraire dans les bras du bel officier allemand Erik Müller que Nathalie s'abandonne. La Résistance, elle, prépare l'offensive finale pour s'emparer du château. Avec l'aide de Müller, Nathalie doit veiller à se préserver de la tyrannie de Helga...

Egalement sorti sous le titre Nathalie rescapée de l'enfer. La forteresse place l'intrigue, enfin l'intrigue..., dans un conte de Roméo et Juliette transposé en plein camp de concentration avec la jolie et vaillante princesse antifasciste Nathalie confrontée à une vilaine sorcière nazie et sauvée par le prince charmant nazi Müller. D'un érotisme soft, d'une violence également atténuée par rapport aux productions transalpines, la réalisation de Payet reprend tous les codes du genre et tous les poncifs aussi. C'est kitsch au possible et parfois réussi. Affirmons néanmoins qu'il s'agit là de l'un des meilleurs du genre. La scène d'ouverture qui figure des combats entre soldats allemands et partisans soviétiques a au moins le mérite de recueillir le minimum de crédibilité nécessaire. Et on y retrouve Patrizia Gori !

 

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SALON KITTY

Film franco-italo-allemand de Tinto Brass (1976)

La Seconde Guerre mondiale embrase l'Europe depuis quelques mois. Les autorités du Reich manifestent le souhait de gérer intégralement le Salon de Madame Kitty, le plus cossu des bordels berlinois. Plus que satisfaire la libido des dignitaires fréquentant les lieux, les services de sécurité du régime voient une excellente occasion d'espionner ambassadeurs étrangers, financiers, hommes d'affaires et autres officiers allemands succombant aux charmes des plantureuses teutonnes. Chargé de diriger secrètement le salon, Helmut Wallenberg, capitaine S.S. arriviste, s'emploie à sélectionner les plus jolies filles convaincues de la grandeur du national-socialisme. Les prostituées militantes remplissent leur mission à la perfection et la surveillance est couronnée de succès. En tombant amoureuse d'un officier de la Luftwaffe hostile au Führer, Margharita se compromet. Sa trahison rejaillit sur toutes les autres filles...

Réalisateur de films à petit budget jusqu'alors, Brass prend une toute autre envergure lorsque sort son Kitty, deux ans avant son chef-d'œuvre Caligula. Pasolini est entre temps passé par-là... Long-métrage bénéficiant de moyens conséquents, Brass reconstitue à la perfection le décor du Berlin des années 1940. Excellant dans la démesure dépravatrice, Brass offre une hallucinante scène de partouze à but pédagogique et militant mais n'en disons rien de plus. Maîtrisant sa mise en scène et un goût certain pour le décorum, Brass fut suspecté de se vouloir un héritier décadent de Leni Riefenstahl par une certaine bien-pensance outrée de tant de provocation. Accusation bien entendu à tort. Dominant tout le casting, Helmut Berger est impeccable dans son rôle d'officier parvenu. D'un érotisme assez osé et battant en brèche tous les tabous, l'on apprend que le sexe mène aussi à la trahison. Ce salon sent le souffre! Le fleuron du genre malgré quelques longueurs dans sa deuxième partie.

Virgile / C.N.C.

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03/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur les Mers et océans

Que Charles Baudelaire a raison de vanter les Hommes libres qui toujours chériront la mer. Eléments consubstantiellement étrangers à l'animal terrestre qu'est l'être humain, les mers et océans n'ont de cesse que de refuser de se laisser apprivoiser. Les mythologies regorgent de récits dans lesquels la Nature reprend ses droits. Ainsi de Poséidon, Dieu des mers et océans, coupable de furieuses colères. De même, les récits de raz-de-marée et de cités englouties comme l'Atlantide font se sentir l'Homme vulnérable face à l'imprévisibilité de l'élément aquatique. Elément prédominant tel que l'indique la Genèse, élément destructeur tel qu'elle apparaît dans le Déluge, la mer revêt des attributs similaires dans les religions monothéistes. Le combat entre l'homme et les mers et océans apparut dès l'organisation des premières sociétés humaines établies sur les côtes. Tout à la fois objet d'émerveillement et de terreur, l'imaginaire voyait ces vastes étendues mouvantes peuplées de créatures monstrueuses. Mare incognita, les mers furent longtemps considérées comme des fins du monde, à plus forte raison avant la révolution galiléenne affirmant la sphéricité de la Terre, amorcée par Pythagore dès le 5ème siècle avant Jésus-Christ. Les rapports de l'homme à la mer évoluent au fur et à mesure des améliorations des techniques de navigation. Au cabotage succèdent les grandes traversées maritimes. S'il est un fait acquis aujourd'hui que Christophe Colomb ne mit les pieds sur le continent américain que de nombreux siècles après les Vikings, l'anthropologue Jacques de Mahieu va plus loin en indiquant que les Hommes du Nord descendirent jusqu'en Amérique du Sud, et furent, avant eux, devancés par les Troyens. Ce sont néanmoins les Grandes découvertes qui modifièrent radicalement la perception de l'Homme aux territoires maritimes ou "merritoires" pour reprendre l'expression du géographe Camille Parrain. Indéniablement, les Grandes découvertes confirment de la manière la plus empirique la sphéricité du globe terrestre. Mais on ne dompte jamais les océans, quand bien même on les traverse. Sans évoquer les furieuses et meurtrières batailles navales des Guerres du Péloponnèse à Guadalcanal, en passant par Lépante, la mer demeure un danger constant que ne vaincra aucune technologie. Nombreuses sont les fois lors desquelles La Mer n'a pas voulu..., pour reprendre le titre de l'un des ouvrages trilogiques de Saint-Loup. L'écrivain-guerrier qui écrit justement que "Maintenant que des milliers de plaisanciers découvrent la mer, et particulièrement la navigation traditionnelle à la voile, avec plus de bonne volonté et d'enthousiasme que d'expérience, nous voyons que si les amateurs ont multiplié les bêtises de tout ordre, l'Océan n'a pas voulu en prendre acte et leur a fait crédit. " Alain Colas sur Manureva, Loïc Caradec, Eric Tabarly, mais encore Daniel Gilard, co-équipier d'Halvard Mabire, même des navigateurs parmi les plus expérimentés ne revinrent pas de leur long voyage. L'Homme ne prend jamais tout à fait la mer... Nombreux furent les peintres, écrivains et poètes à rendre hommage à la mer à travers leur art. Les cinéastes ne furent en reste et ne manquèrent pas de s'inspirer justement de Daniel Defoe, Jules Verne ou Michel Tournier. Plongée, c'est le cas de le dire, dans sept films de ce genre cinématographique.

 

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ALL IS LOST

Film américano-canadien de Jeffrey C. Chandor (2013)

Traverser les océans n'est pas sans danger. Tandis qu'il traverse en solitaire l'Océan indien, un navigateur découvre à son réveil que la coque sur tribord de son voilier de douze mètres a été éventrée lors d'une collision avec un container à la dérive. Privé de radio et de tout matériel de navigation, le monocoque est pris dans une furieuse tempête. C'est de justesse que le navigateur expérimenté survit. Notre marin n'en est pas pour autant tiré d'affaire. L'océan est infesté de requins et les réserves alimentaires fondent à vue d'œil sous un Soleil implacable. Seuls un sextant et quelques cartes marines permettent au navigateur de tenter de gagner une voie de navigation empruntée par des cargos et demander de l'aide...

Un seul acteur et aucun dialogue, si l'on fait exception de quelques jurons bien compréhensibles, au cours d'une centaine de minutes qui illustrent huit jours de naufrage. Un seul acteur dont on ne sait rien. Seulement, devine-t-on l'existence d'une famille à l'aide d'une photographie. Chandor séquestre le spectateur sur le monocoque malmené en ne procédant à aucun flash-back, ni scène extérieure à l'embarcation. Un tel exercice de style peine évidemment à tenir le spectateur en haleine tout au long de l'œuvre et l'on peut reprocher un certain manque d'intensité dramatique. Un seul acteur donc, mais c'est Robert Redford, monstre redoutable du cinéma, qui réalise une grosse performance scénique à 77 ans. Le film n'en est pas moins plaisant.

 

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LE CRABE-TAMBOUR

Film français de Pierre Schoendoerffer (1977)

Quittant Lorient, l'escorteur d'escadres Jauréguiberry est chargé d'assister des chalutiers de pêche sur les bancs de Terre-Neuve pour sa dernière mission avant démilitarisation. Au cours de la traversée, le commandant, le médecin-capitaine et le chef mécanicien se remémorent Willsdorff, dit le Crabe-Tambour, un personnage qu'ils ont côtoyé naguère tandis qu'il participait aux guerres d'Indochine et d'Algérie. Partisan du maintien de l'Algérie française, le Crabe-Tambour avait rejoint les rangs de l'Organisation de l'Armée secrète. Préférant le légalisme à la clandestinité, le commandant avait été contraint de manquer à sa parole et rompre le contact avec le Crabe-Tambour, aujourd'hui patron de l'un des chalutiers escortés. Si proches après tant de temps. Et pourtant, les mauvaises conditions météorologiques empêchent le commandant de saluer l'ancien O.A.S. en personne. Le cancer du poumon qui condamne le commandant à une mort imminente est bien peu de choses face aux tourments de sa trahison à l'égard de Willsdorff...

A-t-on besoin de présenter ce splendide drame de la Marine militaire ? Il est un crime de ne pas l'avoir vu. Cinéaste militaire par excellence, Schoendoerffer ne laissa le soin à personne d'adapter à l'écran son propre roman, inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume qui participa d'ailleurs au tournage comme conseiller technique. Un film à l'ambiance mortifère dans lequel la Grande faucheuse rode, prête à enlever les soldats tourmentés à jamais que la France a trahi. Eux qui avaient choisi De Gaulle plutôt que leur idéal et prendre les armes au sein de l'O.A.S. Une part d'eux-mêmes est morte en Algérie et les tourments de l'honneur, bafoué ou manqué, hanteront leurs nuits jusqu'à leur dernier souffle. Quelques critiques bien-pensants se sont étranglés du portrait nostalgique et nationaliste de la France coloniale puissamment interprété par Jean Rochefort, Claude Rich, Jean Perrin et Jacques Dufilho, qui rivalisent d'une souveraine sobriété. Adieu Vieille Europe, que le Diable t'emporte ! Un chef-d'œuvre !

 

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THE DISCIPLE

Titre original : Lärjungen

Film finlandais d'Ulrika Bengts (2013)

L'été 1939, âgé de treize ans, Karl Berg débarque sur la petite île déserte de Lågskär, perdue en pleine mer Baltique, afin d'être l'apprenti du gardien du phare, Hasselbond, accompagné de son épouse et de ses deux enfants. Jugé trop jeune, le gardien refuse son enseignement à l'apprenti, pourtant bien contraint de demeurer sur l'île, le bateau désormais reparti. Karl va s'échiner à se lier d'amitié avec Gustaf, le souffre-douleur et fils de Hasselbond. Karl se révèle entreprenant et dégourdi et est progressivement accepté du gardien-tyran, au point que ce dernier commence à favoriser l'apprenti à son propre fils. L'amitié entre les deux jeunes garçons se double bientôt d'une forte rivalité. Par-dessus tout, Hasselbond interdit tout mensonge dans son entourage. Mais lui-même ne semble pas exempt de reproches...

Un huis clos à ciel ouvert ! Aussi paradoxale que puisse paraître cette assertion, c'est bien ce tour de force que réalise la réalisatrice en situant son intrigue sur une minuscule île des 6.500 sauvages îles Aland, situées au beau milieu de la Baltique, dont la Suède et la Finlande se disputaient la souveraineté. La Société des Nations mit un terme au conflit en attribuant l'île à la Finlande malgré que le dialecte parlé par la maigre population soit rattaché au suédois. Mais parlons plutôt du film pour indiquer que Bengts dresse de magnifiques portraits de chacun de ses personnages vivant sous l'emprise d'un ombrageux gardien de phare dont la vie est dédiée au seul exercice de sa profession. Le film est intégralement filmé en lumière naturelle, offrant à la réalisation un caractère diaphane des plus envoutants. Il est également servi par un époustouflant trio d'acteurs principaux. Un bijou froid.

 

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FIDELIO, L'ODYSSEE D'ALICE

Film français de Lucie Borleteau (2014)

Âgée de trente ans, Alice réalise son rêve de devenir marin. Dans quelques jours, elle embarquera comme mécanicienne sur le Fidelio parmi un équipage exclusivement masculin. Aussi, doit-elle se résoudre de laisser à quai son ami Félix. A bord du navire de marine marchande, Alice apprend que l'homme dont elle vient de prendre la place vient de mourir. Egalement, Gaël, le commandant du vieux cargo n'est autre que son premier grand amour. Si la jeune femme est éperdument amoureuse de Félix, la solitude du grand large lui impose de se questionner sur la fidélité. Alice cède aux avances de son ancien amoureux, ce qui ne manque pas de se savoir très rapidement sur le navire. Une embarcation sur laquelle tout n'est pas rose. Dans sa cabine, Alice tombe par hasard sur le carnet de l'ancien mécanicien décédé qui renseigne la jeune femme sur la vie du rafiot et de l'équipage. Elle apprend également que le navire n'est pas aux normes et est habitué aux problèmes mécaniques...

Voilà un premier long-métrage maîtrisé de bout en bout ! Borleteau filme admirablement le microcosme du personnel marin dans ce film dans lequel l'on parle français, anglais évidemment mais également le roumain et... le tagalog, dialecte philippin. Les mers sont également plaisamment filmées au gré des traversées au long cours. Certes, la jeune réalisatrice possède cet art mais c'est surtout son héroïne qui retient l'attention. Un marin a une femme dans chaque port dit-on. Mais lorsque l'on est "une" marin, on peut se permettre également d'avoir un homme dans chaque bateau. Tourmentée au début et progressivement gagnée par la solitude et la mélancolie sexuelle, Alice cède à ses pulsions. Nul portrait féministe pourtant, mais celui d'une jeune femme qui a décidé d'être actrice de son destin. Ariane Labed y crève l'écran, pleine d'une sincérité troublante. A voir !

 

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MANINA, LA FILLE SANS VOILES

Film français de Willy Rozier (1952)

Gérard Morère est un étudiant parisien de 25 ans. Tandis qu'il assiste à une conférence d'archéologie, il apprend que l'épave d'un navire phénicien coulé au large des côtes de la Corse pendant les guerres du Péloponnèse contiendrait un trésor. Immédiatement, cette révélation fait écho à une plongée sous-marine qu'il avait effectué cinq années auparavant à proximité des Îles Lavezzi et lors de laquelle il avait pu voir des fragments d'amphores. Morère se persuade qu'il sait où se trouve le trésor de Trolius et qu'il doit partir à sa recherche. Des amis et un aubergiste acceptent de financer son entreprise. A Tanger, l'étudiant s'associe avec Eric, contrebandier de cigarettes qui le convoiera jusque sur le lieu du supposé naufrage. Parvenu en Corse, le chasseur de trésor fait la connaissance de la magnifique Manina, 18 ans et fille du gardien du phare, qui prend un bain de Soleil sur les rochers... Le contrebandier Eric s'aiguise d'autant plus l'appétit que Morère préfère compter fleurette...

Second film de Brigitte Bardot, alors âgée de 18 ans et premier grand rôle après son apparition au milieu du long-métrage. Il n'est pas le meilleur film de B.B., loin de là même..., mais les acharnés de l'icône y trouveront leur bonheur. Sculpturale dans son bikini blanc ou noir, on comprend aisément qu'un chercheur de trésor y perde son latin, son grec et ses amphores ! B.B. sauve à elle seule le film du naufrage. Point de sexisme et admettons que l'acteur suisse Howard Vernon campe également son rôle avec talent. Effroyable bluette avec des dialogues d'aucune envergure, la réalisation de Rozier offre quand même de belles images de plongée sous-marine. Un Grand bleu avant l'heure. On y entend également avec plaisir des chants traditionnels en langue corse ! Si Dieu créa la femme B.B., Rozier n'inventa pas le cinéma...

 

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PÊCHEUR D'ISLANDE

Film français de Pierre Schoendoerffer (1959)

A Concarneau en 1959, l'armateur breton Mével ordonne au second d'équipage Guillaume Floury, surnommé Yan, de prendre la place du capitaine blessé dans une précédente tempête après qu'il soit parvenu à ramener l'embarcation à bon port. Yan commandera le chalutier Pêcheur d'Islande pour la première fois. Qu'à cela ne tienne que ledit chalutier ait une bien mauvaise réputation. Car on le dit porter malheur. Qu'à cela ne tienne donc et ce à plus forte raison que Yan fait la connaissance dans le bureau de Mével de sa fille Gaud, récemment rentrée de Paris. Les deux jeunes adultes ne restent pas indifférents l'un à l'autre. Au large, la pêche est bien maigre. Voulant faire ses preuves, Yan l'espérait au contraire miraculeuse. Il décide de gagner les dangereuses eaux au large de l'Irlande et de pêcher frauduleusement dans les eaux territoriales. Dénoncé par Jenny, sa maîtresse jalouse de Gaud, Yan est renvoyé. La mauvaise réputation du bateau empêche Mével de trouver un nouveau successeur. Yan reprend le commandement du Pêcheur d'Islande bientôt porté disparu...

Schoendoerffer ne fut pas le premier à porter à l'écran le roman éponyme de Pierre Loti ; Jacques de Baroncelli s'y étant déjà essayé en 1924. Le réalisateur modernise l'histoire et prend de nombreuses distances avec le texte initial, notamment en incluant des scènes maritimes à la différence du roman dont l'intrigue se passe intégralement en terre armoricaine. Il n'est d'ailleurs pas sûr que ce Pêcheur soit une adaptation de Loti. Le film n'en demeure pas moins une belle réussite bien que le Schoendoerffer de 1959 ne soit pas encore le génialissime réalisateur dont le talent explose six ans plus tard avec La 317ème Section. L'intrigue est solide et les personnages bien campés ; Charles Vanel en tête. Un film intéressant sur la pêche d'Islande, aussi dangereuse que mythique dans l'univers marin, à laquelle les Flamands préféreront le terme de pêche à Islande.

 

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TEMPÊTE

Film français de Samuel Collardey (2015)

Âgé de 36 ans, Dominique a une vie toute consacrée à son dur métier de pêcheur en haute mer. Ce n'est que trop rarement qu'il reste à terre en compagnie de ses enfants dont il a hérité de la garde après sa séparation avec son épouse Chantal. Dom fait preuve d'une inextinguible envie de se montrer à la hauteur de la tâche malgré ses longues absences et se rêve en patron de son propre chalutier associé avec son fils Matteo. Avec sa sœur Maylis, Matteo tente de ne pas trop faire payer au père de manquer nombre d'événements au sein du foyer des Sabes-d'Olonne. Les adolescents autonomes n'en mènent pas moins leur vie. Mais les choses se compliquent lorsque l'assistante sociale et la juge menacent Dom de lui retirer la garde des enfants s'il ne passe pas plus de temps à terre. Et Maylis, seulement âgée de seize ans, doit se résoudre d'affronter seule l'avortement d'un foetus non viable. Afin de les conserver auprès de lui, Dom se résout à transformer son rêve d'affaire en réalité. Sans apport financier mais de la hargne, il dépose des dossiers auprès des banques...

Dominique, Chantal, Matteo et Maylis Leborne, quatre comédiens amateurs qui campent leur propre rôle dans ce long-métrage quasi-documentaire qui gagne son pari d'avoir la force d'un coup de poing qui se reçoit avec la tendresse d'une caresse sur la joue. Collardey offre une formidable immersion dans le quotidien professionnel et familial d'un marin pêcheur vendéen. Aux longues et harassantes campagnes de pêche succèdent de trop fugaces moments de bonheur en famille bien que le père peine à offrir une éducation et se comporte plus en grand frère immature et maladroit dans ses sentiments. Et ce foutu argent qui manque immanquablement... La représentation de la figure paternelle ne manquera pas d'offusquer les plus puritains des spectateurs. Collardey révolutionne le cinéma social français. A voir absolument que ce film enthousiasmant et généreux !

Virgile / C.N.C.

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03/07/2016

Chronique de livre : Nicolas Bonnal "Le Paganisme au cinéma"

 Nicolas Bonnal, Le Paganisme au cinéma

(Dualpha, 2015)

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Des livres sur le cinéma, il en a été suffisamment écrit pour remplir les salles du château de Minas Tirith ! Pléthore de dictionnaires, de biographies de réalisateurs ou d'acteurs, d'études thématiques, tout a été écrit sur le sujet. Simplement, il suffit de réactualiser au gré des nouvelles sorties en salles. Tout a déjà été écrit ou plutôt presque tout. Dans son très intéressant ouvrage intitulé Le Paganisme au cinéma. Mondes païens, épopées, contes de fées..., paru aux Editions Dualpha, Nicolas Bonnal ouvre grandes les portes d'un monde cinématographique qui n'avait été que trop peu exploré jusqu'à présent.

Chacun aura vu Excalibur ou Le Seigneur des anneaux. Si on ne peut parler de cinéma païen stricto sensu, Nicolas Bonnal, déjà auteur de plus d'une quinzaine d'ouvrages, dont quatre sur le cinéma, a le bonheur d'évoquer plutôt la présence d'éléments païens dans l'art cinématographique. Et bien évidemment, la liste des films s'allonge !

La Nouvelle Droite a depuis longtemps démontré la persistance d'un substrat, hérité de notre plus longue mémoire, qui a survécu jusque dans le médiocre crépuscule matérialiste de nos sociétés du Troisième millénaire et demeure présente dans notre imaginaire et nos fêtes et traditions populaires. Il n'est donc guère étonnant que ces survivances païennes se retrouvent chez des cinéastes aussi différents que Fritz Lang, Akira Kurosawa ou dans certains Walt Disney.

Choisissant la difficulté, Nicolas Bonnal opte, pour le plus grand bonheur du lecteur, à une étude chrono-thématique des principales productions nationales plutôt que s'essayer à la constitution d'un simple dictionnaire des œuvres cinématographiques incorporant tout ou partie des anciennes cosmogonies, et d'ailleurs, plus ou moins consciemment parfois. Cela suppose évidemment des choix arbitraires. Aussi, l'auteur exclut-il le péplum. Et l'on regrettera l'absence du mythique Wicker Man de Robin Hardy. Il est à ne pas confondre avec l'ignoble remake de Neil LaBute dont le crime artistique justifierait que le réalisateur connaisse la même fin que l'austère inspecteur protestant de l'œuvre originale. Oubli sans conséquence et largement compensé par la longue évocation de l'art du cinéaste russo-ukrainien Alexandre Ptushko, totalement inconnu en Occident.

Divisé en cinq chapitres nationaux, Nicolas Bonnal explore le Septième art anglo-saxon, allemand, français, russe et japonais à l'aune des traditions, mythes et mythologies païens. Dans cette confrontation analytique entre ces cinémas nationaux, l'auteur opère une distinction fondamentale entre le cinéma à connotation païenne de l'Occident et le cinéma à intention païenne pratiqué en Russie et au Japon.

Numériquement la plus importante, la production cinématographique anglophone est la plus grande pourvoyeuse de films contenant des éléments païens. Très certainement, le caractère spectaculaire des contes et légendes colle-t-il au mieux à la tradition de l'art filmé anglo-saxon. De nombreuses réussites certes mais aussi l'exercice du prisme déformant d'Hollywood. Il y a naturellement à voir et à venger.

Et la France dans tout cela ? Cette fille ainée de l'Eglise que le démon républicain offre en dot à l'hydre du Monde moderne, dont les victoires sont nos renoncements... Tandis que le cinéphile païen piaffe d'impatience à l'annonce du tournage prochain de La Morsure des Dieux de Cheyenne Carron, a-t-il existé un cinéma français paganisant ? Chacun sera tenté de répondre par la négative de prime abord, à quelque exception près... Eric Rohmer peut-être. Aussi, le lecteur sera-t-il étonné d'être confronté à une liste bien plus nombreuse de cinéastes dont certaines œuvres incorporent nombre d'éléments païens en leur sein. Marcel Pagnol, Jean Renoir, Julien Duvivier, Jean Cocteau, Maurice Tourneur ou plus proche de nous, Jean-Jacques Annaud. Moins convaincu après lecture, il suffira pourtant de s'essayer à un nouveau visionnage de certaines œuvres mises en avant, et c'est un nouveau Champ des possibles qui s'ouvre et emporte l'adhésion. La magie analytique de Bonnal l'Enchanteur opère.

Moins connu du profane, le cinéma soviétique puis russe constitue un indéniable jalon de l'art cinématographique auquel l'auteur livre un vibrant hommage, de même qu'une plaisante initiation, en filigrane, aux paganismes slaves. Nicolas Bonnal ne fait nullement mystère de son attachement à la culture russe. Tout aussi passionnants sont les chapitres consacrés au paganisme dans le cinéma allemand et japonais, concernant lequel l'auteur hisse de précieuses passerelles entre le pays du Soleil levant et l'imaginaire européen.

Ça-et-là, l'auteur se livre à de courtes digressions qui offrent quelque évasion et permettent de reprendre son souffle parmi l'évocation de ces centaines de titres et de noms de réalisateurs.

Il était une fois un livre qui manquait à l'Histoire du cinéma...

Virgile / C.N.C.

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02/07/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Cycle arthurien

Issu d'un ensemble de textes médiévaux autocentrés autour de la figure du roi Arthur, le Cycle arthurien compte parmi les plus merveilleuses gestes européennes. Loin de constituer un texte unique, la légende arthurienne s'est au contraire enrichie, à partir du 9ème siècle, de divers apports issus des traditions orales bretonnes et, plus généralement celtiques, compilés par plusieurs générations d'écrivains. C'est le poète du 12ème siècle Chrétien de Troyes qui, le premier, fixe par écrit la légende dans ses Romans de la Table Ronde et fait émerger la Quête du Graal, voyage initiatique parsemé d'embuches visant à la découverte du vase contenant le Sang du Christ. De la même manière, l'amour que se portent le chevalier Lancelot et Guenièvre préfigure-t-il les romans d'amour courtois qui dicteront une part importante de la littérature médiévale. Et la Quête de transcender très rapidement les frontières du monde celte pour s'internationaliser et former la quintessence de l'aventure européenne, jusque dans les mondes germanique et slave qui conservent le souvenir de la Table Ronde dans le Royaume mythique de Bretagne, regroupant une majeure partie de l'Angleterre contemporaine et un territoire non défini de la Bretagne armoricaine. L'unité de temps est également conservée quelque soit sa forme et les influences internationales subies. Aussi, le Cycle arthurien prend-il place après le départ des troupes romaines d'Angleterre à la fin du 5ème et au début du 6ème siècles. Transformée, réécrite, adaptée, la littérature arthurienne parvient jusqu'à notre monde moderne, popularisée de nouveau par les écrits de Xavier de Langlais ou Jean Markale au 20ème siécle. Et il ne sera pas exagéré d'indiquer, qu'avec Homère et Virgile, le Cycle arthurien est père de toute la littérature de contes et légendes initiatiques ; Le Seigneur des anneaux de John Ronald Reuel Tolkien demeurant la plus parfaite illustration. Païen et chrétien solaire, le Cycle arthurien a massivement débordé le cadre de la littérature pour être largement repris dans l'ensemble des autres arts, de la peinture au théâtre en passant par le chant, et bien évidemment le cinéma. Plus ou moins inspirés, dans tous les sens du terme..., du Cycle arthurien, plus ou moins fidèles aux textes initiaux ou, au contraire, en totale confrontation, on dénombre pas moins d'une soixantaine de films, téléfilms, dessins animés et séries s'y rattachant. Et le phénomène semble s'accélérer dans la seconde moitié du 20ème siècle. Rentré de plein fouet dans notre ère désenchantée et matérialiste, le cinéma, majoritairement anglo-saxon , entreprit de contribuer au réenchantement du monde. Le chef-d'œuvre en la matière est signé John Boorman qui rend à la légende ses lettres de noblesse païenne, évolienne et eliadienne pourrait-on dire. Par ailleurs déjà auteur de Lancelot et la reine chevalerie hyperboréenne et féminité, l'écrivain Nicolas Bonnal, dans son dernier ouvrage Le Paganisme au cinéma, indique qu'Excalibur "est une grande réussite : la fin de cette chevalerie arthurienne est une fin de notre monde. Bienvenue après au centre commercial et à la salle de bains américaine". Plus qu'un film, Excalibur est un crachat lancé à la figure hideuse de la médiocrité contemporaine. Excalibur et quelques autres à découvrir maintenant ! Et la Quête ne fait que commencer en réalité. Le destin de l'Europe est à ce prix...

 

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LES BRUMES D'AVALON

Titre original : The Mists of Avalon

Film américano-germano-tchèque d'Uli Edel (2001)

Une invasion barbare se précise sur les côtes anglaises. Les hommes de Camelot se préparent à défendre le Royaume d'Avalon dont Viviane est la grande prêtresse de ce monde invisible aux impies. Elle est la Dame du Lac chargée de la préservation des traditions et mythes païens du royaume. Même pour les fidèles, Avalon devient un lieu mystérieux de plus en plus introuvable tant sont nombreux ceux qui se détournent de la Déesse-Mère. Il faut un roi à la Bretagne ! Et c'est aux femmes qu'il revient de le trouver. Viviane est rejointe dans sa quête par Morgaine, désignée à sa succession un jour, et sa sœur Morgause, femme du Roi Lot qui, au prix de nombreuses infamies, intrigue en vue de capter l'héritage du trône à son profit. L'irréversible combat que vont se mener ces trois femmes va changer à jamais la destinée du Royaume d'Arthur Pendragon et de ses chevaliers...

Réalisée pour la télévision, cette mini-série de deux téléfilms est bien évidemment tirée de deux romans du Cycle d'Avalon de l'écrivaine américaine Marion Zimmer Bradley qui assume une réécriture de fond en comble des mythes arthuriens. Sacrilège !, ne manquerons pas de hurler certains d'entre nous. Fidèle au roman, Edel filme son histoire à l'aune de ses personnages féminins narrant l'histoire d'Arthur au cours de trois heures de téléfilm à grand spectacle qui contiennent cependant de nombreuses longueurs. Et c'est peu dire... Le réalisateur filme, en revanche, magnifiquement certaines scènes, à l'instar des feux de Beltaine. On pourrait croire au premier abord à un film de contes et légendes pour enfants. Les têtes blondes feront pourtant bien de ne pas regarder certaines scènes de mœurs assez... "païennes".

 

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CAMELOT

Film américain de Joshua Logan (1967)

Roi du pays pacifié de Camelot, ceint par une merveilleuse forêt enchantée, Arthur épouse Guenièvre et fonde la confrérie des chevaliers de la Table Ronde. Ce mariage arrangé devenu romance procure au royaume une forte période de stabilité, de liberté et de justice, dont les chevaliers doivent constituer le fer de lance. Arrive de France Lancelot du Lac qui formule le vœu de rejoindre l'ordre chevaleresque. Arthur voit en celui-ci un fils mais le chevalier trahit son roi en tombant éperdument amoureux de la reine Guenièvre dont il devient bientôt l'amant. Cet amour interdit précipite la fin de la confrérie...

Le Cycle arthurien se décline à toutes les sauces. Aussi en 1960, Alan Jay Lerner et Frederick Loewe produisent-ils une comédie musicale à Broadway, adaptée d'un roman de Terence Hanbury White, dont la réalisation de Logan constitue l'adaptation cinématographique revisitée. A titre d'exemple, sont manquants les personnages de Viviane et la fée Morgane. Idem, la Quête du Graal. Camelot est l'anti-Excalibur de Boorman et développe un curieux univers Flower Power, il est vrai bien contemporain en 1967. Une plaisante mise en scène, des décors et costumes soignés, et pourtant, Camelot laisse un goût amer. La faute peut-être à une théâtralisation trop académique qui peine à convaincre. A plus forte raison, le film dure trois heures... De même, la qualité des chansons mises en scène laisse à désirer. Pour une camelote musicale, c'est un comble !

 

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LES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE

Titre original : The Knights of the Round Table

Film anglais de Richard Thorpe (1953)

Au 6ème siècle, au sein d'un royaume miné par les dissensions internes, le Roi Arthur s'appuie sur Merlin l'Enchanteur et le chevalier Lancelot pour ramener la paix sur l'ensemble de ses terres. L'ordre des Chevaliers de la Table Ronde qu'Arthur fonde doit pourvoir à ce but. A la cour, l'intrépidité et l'élégance du chevalier Lancelot font l'unanimité auprès de tous. Presque tous..., car Mordred, un des chefs de clan rebelle jalouse le prestige dont jouit le chevalier et cherche par tous les moyens à ourdir contre lui. La reine Guenièvre est son talon d'Achille ; Lancelot et la reine éprouvant de forts sentiments auxquels leur loyauté empêche de se livrer. La fée Morgane, mère de Mordred, diffuse la calomnie dans tout le royaume. Afin de faire taire les médisances, Lancelot épouse dame Elaine et fuit la cour pour guerroyer. Les périls pointent à l'horizon. Lancelot absent, la malédiction s'abat sur le royaume sans protection face à l'appétit saxon, affaibli qu'il est par les tensions au sein de l'ordre de chevalerie...

Une année après Ivanhoé, la société de production hollywoodienne Metro-Goldwyn-Mayer récidive en confiant à Thorpe une adaptation du Cycle du Graal. Et la M.G.M. met le paquet dans cette superproduction à très haut budget pour l'époque. Pour qui n'est pas un héraut fanatique de l'imaginaire arthurien, le résultat est à la hauteur grâce à un subtil mélange de romance dramatique et de guerre chevaleresque, accompagné d'une sublime musique de Miklos Rózsa. Il est une curieuse tradition pour chaque réalisateur s'essayant au cinéma arthurien : gommer certains personnages et parties de l'intrigue. Ici, c'est à Viviane d'en faire les frais tandis que Merlin et la Quête du Graal ne sont quasiment pas évoqués. Une fois n'est pas coutume, Ava Gardner peine à convaincre, à la différence de Robert Taylor, grande figure de la geste cinématographique médiévale anglo-américaine. Un petit bijou.

 

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EXCALIBUR

Film américain de John Boorman (1981)

De Merlin l'Enchanteur, Uther Pendragon reçoit l'épée Excalibur sortie des eaux par la Dame du Lac. A Uther revient la mission d'unir et de pacifier le Royaume de Bretagne. Mais les espoirs de Merlin sont bientôt ruinés par les amours du Roi qui convoite la belle Ygraine, épouse du duc de Cornouaille. Afin qu'Uther séduise Ygraine, Merlin use de sa magie et offre les traits du duc à Uther. Du lit illégitime nait Arthur qu'enlève Merlin à son père en échange de l'utilisation de ses pouvoirs. A la mort d'Uther, Excalibur demeure scellée dans une stèle de granit. Il est dit que seul celui qui parviendra à retirer l'Epée deviendra Roi. Seul Arthur parvient à extraire le métal de la pierre et le brandir. Quelques années plus tard, le nouveau Roi épouse Guenièvre en même temps qu'il fonde la Table Ronde. Sa demi-soeur, la fée Morgane intrigue et parvient à enfanter un bâtard d'Arthur. L'enfant va provoquer la perte du Roi...

Si le film de Boorman peut sembler avoir vieilli sous certains aspects, quel chef-d'œuvre il demeure ! Le réalisateur livre l'adaptation cinématographique la plus fidèle au Cycle arthurien dans sa chronologie malgré quelques entorses imposées par la nécessité de ne pas produire une œuvre trop longue. Elle est également la transposition la plus païenne de la légende au cinéma tant un grand soin est apporté aux rapports de l'homme à Dame Nature et aux apports prodigués par celle-ci. Boorman fait également la part belle à la Quête du Graal en opposition avec les autres réalisations arthuriennes. Cet Excalibur résonne, en outre, comme une tragédie grecque dans laquelle le destin de chacun est aliéné, empêchant toute possibilité d'échappatoire. Quant aux mélomanes, ils apprécieront, à n'en pas douter, l'immixtion précieuse d'œuvres de Richard Wagner et Carl Orff. A voir et à revoir !

 

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LANCELOT DU LAC

Film franco-italien de Robert Bresson (1974)

La Quête du Graal se solde par un échec et a décimé les chevaliers de la Table Ronde l'un après l'autre au cours de furieux combats. Parmi les derniers survivants contraints au désespoir maintenant que l'ordre chevaleresque est sur le point de disparaître, le chevalier Lancelot regagne la cour du Roi Artus. Il y retrouve Guenièvre qui, bien que Reine entretient une relation adultérine avec le noble chevalier. Lancelot se persuade que l'échec de sa Quête est une punition divine exigée par Dieu pour que le chevalier expie sa relation cachée. Humblement, Lancelot demande à son amante de le délivrer de son serment de l'aimer ; ce que la Reine refuse. Gauvain exhorte à la poursuite de la Quête tandis que Mordred, souffrant du prestige du chevalier, entend user de tous les stratagèmes pour le déshonorer. Plus que tout autre, il devine la passion adultère qui unit les amants et en apporte la preuve irréfutable à Artus...

Spécialiste de l'adaptation au cinéma des œuvres de Georges Bernanos, mais encore de Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski, Bresson prend le risque de s'attaquer au mythe arthurien. Le film n'est pas le meilleur du genre mais conserve un intérêt certain dans l'"identité" cinématographique française de l'œuvre. A la différence des adaptations américaines ou anglaises, le présent film offre une transcription plus austère et plus dépouillée, plus cérébrale et plus théâtrale également. Cela manque certainement de panache mais l'intention est louable. Bresson ne conserve qu'un seul personnage féminin en la personne de Guenièvre. Exit les autres ! Mais on ne restera pas insensible à la scène lors de laquelle elle prend un bain. Moins spectaculaire que les autres, il n'en est pas moins à voir. Le Lancelot de Bresson est largement supérieur en tout cas à celui de Jerry Zucker réalisé deux décennies plus tard.

 

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MONTY PYTHON, SACRE GRAAL

Titre original : Monty Python and the Holy Grail

Film anglais de Terry Gilliam et Terry Jones (1974)

Recruter des chevaliers de la Table Ronde, tel est le défi qui anime le Roi Arthur. L'entreprise n'est pas sans difficultés et les tentatives d'approches du chevalier noir ou de paysans anarcho-syndicalistes s'avèrent vaines. Au cours du procès d'une sorcière, Sir Bedevere le Sage accepte de se joindre au Roi, bientôt rejoints par d'autres chevaliers sans montures. Cheminant vers Camelot, la petite troupe part en Quête du Graal à la suite d'une divine rencontre. Un château renfermant des soldats français serait détenteur d'un Graal. Qu'à cela ne tienne, nos courageux chevaliers entreprennent la construction d'un lapin de Troie afin de pénétrer à l'intérieur des lieux. Mais le sort s'acharne contre les chevaliers qui oublient de se cacher à l'intérieur de la structure. Les hommes d'Arthur sont contraints d'abandonner toute velléité de tenir plus longtemps le siège car les Français se battent vaillamment en lançant des vaches domestiques depuis la muraille. Et encore ne sont-ils pas au bout de leur dangereuses aventures. Heureusement, la police motorisée veille...

Hilarant que cette parodie du mythe arthurien, la plus montypythonesque qui soit ! Ça n'est que succession de gags tous plus loufoques les uns que les autres, anachronismes surréalistes, danses absurdes, redondances abrutissantes ; le tout apparaissant dès la première seconde du générique. Il paraît que les loufiats Gilliam, Jones et consorts ne pouvaient produire que des navets. Alors l'industrie cinématographique anglaise refusa d'y mettre le moindre penny. Le film put quand même être produit grâce aux largesses de Led Zeppelin, Pink Floyd ou encore des Rolling Stones. Comme quoi l'Angleterre a quand même pu léguer à l'humanité quelques bonnes choses. En cherchant bien... Même Henri Béraud eut pu esquisser un sourire à la vision de ce film irrésistible ! A côté de Monty Python, la série, quoique réussie, de Kaamelott, fait figure de thèse d'histoire médiévale !

 

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PERCEVAL LE GALLOIS

Film français d'Eric Rohmer (1978)

Perceval est un jeune valet éduqué par sa mère loin de toute présence masculine. Aussitôt qu'il croise par hasard des chevaliers, Perceval rêve d'en épouser le code et ses dangers. Malgré la farouche opposition de sa mère qui a vu mourir au combat son mari et ses deux autres fils, Perceval quitte le château maternel afin de gagner la cour du Roi Arthur et être adoubé à son tour. Il y apprendra le maniement des armes et aura à venger une offense faite à une damoiselle dont l'honneur a été bafoué par un triste personnage que Lancelot tue sans sourciller. Il est désormais temps pour le preux chevalier de partir en Quête mais auparavant de saluer sa mère. Se dresse alors sur son chemin un étrange château où le chevalier est invité à demeurer le temps d'un étrange festin...

A l'instar de Bresson, Rohmer fait une brève incursion dans l'imaginaire médiéval avec cette curieuse adaptation du Perceval de Chrétien de Troyes. Curieuse mais réussie ! Curieux décors en papier mâché en effet qui ne sont pas sans rappeler l'art de l'enluminure médiévale, en ce qui concerne la disproportion des perspectives, mélangés à des décors de séries animées pour enfants des années 1970 et en contraste total avec le grand soin apporté aux costumes. D'aucuns seront effarés de cette hardiesse mais le style esthétique est intéressant. A plus forte raison, si Rohmer traduit en langue moderne le roman courtois du 12ème siècle, il en conserve la versification. La musique est composée de chœurs s'inspirant d'airs médiévaux. Loin de l'argot célinien, Fabrice Luchini dans l'un de ses tous premiers grands rôles. Ce film est un bijou majestueusement conservé dans son écrin !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

11/06/2016

7 films à voir ou à revoir sur l'Adolescence

Plus tout à fait un enfant, pas encore un adulte, l'adolescence a très certainement toujours été l'âge le plus difficile à vivre pour l'entourage, surtout pour l'entourage, mais également, soyons de bonne grâce, pour l'adolescent en question. Ainsi François Truffaut clamait-il que "l'adolescence ne laisse un bon souvenir qu'aux adultes ayant mauvaise mémoire". Mais est-on encore adolescent aujourd'hui ? Soucieux de s'accaparer une part de marché numériquement très nombreuse, le capitalisme n'a pas manqué de lorgner sur ces proies faciles, extirpées de la tutelle parentale depuis 1968, que le mimétisme social oblige aux épousailles avec une société de consommation parfaite dans ses capacités d'adaptation du marketing. La cigarette, le rap, le sexe précoce et les vêtements de marque constituent un uniforme de la jeunesse tandis que les nouvelles technologies, téléphone et jeux vidéos, ouvrent grandes les portes des interdits sociaux. L'adolescent est aujourd'hui un adulte comme les autres et l'adulte commun se revendique un enfant comme les autres. La déresponsabilisation individualiste de chacun devient un programme existentiel favorisant le triomphe du système dictatorial de la masse. Peut-être est-il faux d'écrire, d'ailleurs, que l'on n'est plus adolescent tant on l'est peut-être désormais toute notre vie. C'est finalement l'âge adulte qui a disparu. Oh bien évidemment, tous les boutonneux pubères et lolitas qui se maquillent comme une voiture volée ne sont pas à jeter dans le même sac. Personne ne doute que vous ayez été vous-même un adolescent différent ! Ben voyons ! Thème majeur du Septième art, le cinéma sur l'adolescence, à ne pas confondre avec le teen movie à destination des adolescents, dresse un large panel de cet âge, passage rituel obligé, duquel n'est jamais absent la quête de la première fois et les tourments des premiers émois. Le cinéma entend agir ici comme un miroir qui reflète à celui devenu adulte ce qu'il a été. A l'analyse des jeunes portraitisés dans les films suivants, on se fera immanquablement la remarque : avoir des enfants, pourquoi pas ?, mais pourvu qu'ils ne deviennent jamais adolescents !

 

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A DERIVA, UN DERNIER ETE

Titre original : A Deriva

Film brésilien de Hector Dhalia (2009)

Dans les années 1980. Filipa est âgée de quatorze ans. Cet été, c'est sur la plage brésilienne de Buzios que la jolie adolescente passera ses vacances avec ses parents, son frère et sa sœur cadets. La jeune fille est extrêmement proche de son père Mathias tandis qu'elle entretient des rapports plus tendus avec sa mère Clarice, dépendante à l'alcool. A cet âge, ce sont les premiers émois amoureux qui doivent tenir lieu d'actualités estivales. Mais Filipa surprend l'adultère de son père, célèbre romancier frappé du syndrome de la page blanche qui trompe son épouse avec Angela, une américaine établie à proximité du village. Certes Filipa avait bien deviné la morosité qui gagnait l'union de ses parents mais l'adultère lui semblait impensable. La découverte de l'infidélité est la première d'une série de désillusions qui feront entrer l'adolescente dans le monde des adultes. S'initiant maladroitement aux problèmes des adultes, l'adolescente tient Angela pour responsable de la séparation de ses parents...

Les tourments de l'adolescence..., voilà un thème que le cinéma n'aura pas manqué de traiter. La présente réalisation tire pourtant largement son épingle du jeu.  La localisation de l'intrigue dans une partie sauvage de la côte brésilienne brûlée par le Soleil plutôt que sur les grandes étendues de Copacabana y est très certainement pour beaucoup. Quels paysages magnifiques ! La jeune Laura Neiva est époustouflante dans son rôle d'adolescente sensuelle qui apprend le monde des adultes à l'aune de la trahison qui fait s'écrouler son monde enfantin rempli de certitudes en même temps que l'éveil à l'émoi sentimental auquel s'oppose la complexité des rapports amoureux entre adultes. Dhalia évite tous les écueils mélodramatiques du genre et livre un film au charme indéniable malgré quelques longueurs, disons plutôt langueurs, et quelques scènes inutiles.

 

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L'AMOUR, C'EST LA HONTE

Film français de Bruno Bontzolakis (2010)

La Gironde est agréablement baignée de Soleil cet été. A quinze ans, Mélissa vient d'emménager dans un lotissement résidentiel lorsqu'elle fait la connaissance d'Océane et Jessie avec lesquelles elle se lie d'amitié. Le pavillon de Mélissa devient un lieu de villégiature. S'ennuyant fermement, les trois jeunes filles invitent un groupe de cinq garçons, qui traînent dans le quartier, à profiter des lieux. Il y a Fred qui dirige le petit groupe de mâles, mais aussi Omar, Arthur, Tom et son grand frère Bruce. Mélissa tombe bientôt amoureuse de ce dernier, âgé de 17 ans. L'idylle naissante est soumise à rude épreuve de la part de la bande nouvellement formée. Bruce éprouve bien des sentiments réciproques à l'égard de Mélissa mais il subit l'ascendant de Fred qui estime qu'aimer, c'est la honte...

De la même manière qu'il vaut mieux boire un bon crémant qu'un mauvais champagne, il est préférable de regarder un bon téléfilm qu'un mauvais film ! Produit pour la télévision, la réalisation de Bontzolakis manque évidemment de moyens que le réalisateur a le génie de compenser par un procédé narratif d'une remarquable originalité et efficacité. Les 86 minutes du film sont divisées en deux parties de durée sensiblement égales présentant la même histoire par le prisme de Mélissa puis de Bruce. Une adolescente s'éveille à l'amour en compagnie d'amis qui font l'apprentissage des jeux sensuels. Passées les quarante premières minutes qui s'apparentent à une banale bluette "téléfilmique", l'histoire prend une toute autre tournure, ô combien plus tragique, lorsque Bruce prend le contrôle de la narration. La bluette se transforme progressivement en drame sordide et désenchanté à l'atmosphère pesante parfaitement entretenue. Le film est puissamment servi par une kyrielle de jeunes acteurs jusqu'alors inconnus. A voir !

 

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EKA ET NATIA, CHRONIQUE D'UNE JEUNESSE GEORGIENNE

Titre original : Grzeli nateli dgeebi

Film géorgien de Nana Ekvtimishvili et Simon Groẞ (2013)

Au lendemain de l'effondrement du régime soviétique en 1992, Eka Khizanishvili et Natia Zaridze sont deux amies inséparables âgées de quatorze ans. Si la mère de Natia pense que sa fille subit la mauvaise influence d'Eka, elle est bien impuissante à les faire se séparer. A Tbilisi, les deux jeunes filles mènent une adolescence normale partagée entre la famille, l'école et les copains avec lesquels elles se promènent dans les rues de la capitale. Les deux amies ne se sentent pas toujours libres dans une société postsoviétique dans laquelle la pénurie alimentaire se fait ressentir et qui conserve l'ensemble de ses attributs patriarcaux. Natia est harcelée par le jeune Kote qui souhaite l'épouser. L'amoureux-voyou éconduit ne supporte pas de voir sa courtisée décliner ses avances. La tradition veut que les jeunes filles se fassent enlever en vue d'être mariées. Aussi, Natia l'est. Pour fuir son père violent, elle épousera finalement bien Kote...

S'inspirant des propres souvenirs de son adolescence passée dans une Géorgie indépendante faisant chemin depuis le communisme vers le capitalisme et encore en guerre avec la province sécessionniste d'Abkhazie, Ekvtimishvili cosigne une remarquable œuvre d'une vérité sociologique sans aucun défaut bien que l'on s'attarde parfois trop sur quelque détail. La Géorgie est filmée elle-même telle une adolescente en même temps que le duo de réalisateurs sublime une tendre amitié entre deux jeunes filles obligées de se débrouiller dans une société qui a perdu tous ses repères. Loin de sombrer dans la réalisation dramatique, le film se veut léger et espiègle. Les deux héroïnes sont stupéfiantes de fraicheur empreinte de gravité. Un film qui sonne fort et juste sur un pays largement méconnu en Europe.

 

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NAISSANCE DES PIEUVRES

Film français de Céline Sciamma (2007)

L'été à Cergy-Pontoise. Trois adolescentes se croisent à la piscine municipale. Toutes gravitent autour du club de natation synchronisée et c'est dans le vestiaire qu'elles apprennent à mieux se connaître. Entraineuse des poussines, Anne est boulotte et complexée par ses formes. Amoureuse de François, joueur de l'équipe locale de water-polo, elle espère être aimée en retour. Son amie Marie, quant à elle, est troublée par Floriane, la capitaine des minimes. Et Floriane, si une réputation de vertu légère lui colle au maillot, elle appréhende en réalité sa première fois aussi désirée que terrifiante. Floriane s'en confie à Marie. En plus de la pratique sportive, toutes ont pour point commun d'être submergées par ce désir qui doit faire de cet été un moment inoubliable. Les espoirs et les drames se jouent. Au cours d'une soirée, c'est Floriane qui sort avec François, laissant Anne effondrée...

Premier long-métrage de la jeune réalisatrice qui révèle Adèle Haenel. Si la pratique de la natation synchronisée constitue le thème central du film, ceux que cette pratique ne révulse pas fanatiquement regarderont l'essai sans déplaisir. Si le rythme peut paraître parfois trop lent, il est à l'image de ses héroïnes ennuyées et ennuyeuses, aussi seules que leur cité de Cergy-Pontoise est morne. Dans ce film liquide, naïades, sirènes et poissons moins fluides se confrontent à leurs doutes en matière de sexualité. Leur première fois pourrait être synonyme de noyade et dans ce cas, il n'est pas toujours facile de se jeter à l'eau. Parfois drôle, parfois émouvant, chaque femme y retrouvera une partie de ses quinze ans dans ce portrait complexe et abouti de l'adolescence. Une première réalisation intéressante malgré ses défauts.

 

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NOCE BLANCHE

Film français de Jean-Claude Brisseau (1989)

A Saint-Etienne en 1989. Mathilde Tessier est une adolescente écorchée vive, solitaire et mal dans sa peau. Son professeur de philosophie, François Hainaut, découvre la jeune fille évanouie à proximité d'un arrêt de bus. Le professeur pense pouvoir venir en aide à son élève en développant ses qualités intellectuelles qu'il croit certaines. François a raison de défendre son élève devant le conseil de discipline car Mathilde devient en effet plus assidue aux cours et ses notes progressent en même temps que baisse sa consommation de drogue. Mais le professeur quinquagénaire n'avait pas prévu que la lycéenne tombe follement amoureuse de lui et manque de pudeur en sa compagnie. Lui-même ne tarde d'ailleurs pas à succomber et se détacher de son épouse. François sait bien que cette aventure ne peut durer éternellement...

Le film révéla au cinéma Vanessa Paradis, alors âgée de seize ans, dans cette réalisation naturaliste de Brisseau qui résonne comme une tragédie grecque. Talentueux cinéaste sexualisant, Brisseau fait se transcender son héroïne à la dérive qui ne remonte difficilement la pente que pour mieux chuter jusqu'à son dénouement le plus extrême et entrainant dans sa chute son Roméo qui, s'il survivra, demeurera à jamais meurtri de cette voluptueuse rencontre empoisonnée. Une provinciale histoire d'amour interdit, plaisamment localisée dans une cité stéphanoise, dont l'âpreté colle aussi durement que majestueusement à l'intrigue. Doit-on condamner ce professeur sur ses gardes qui succombe malgré lui à la fragilité de cette femme-enfant incapable d'être aimée ? Il se pourrait que le débat déchaîne les passions. En se privant de tout jugement moral, Brisseau a décidément réussi son film.

 

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NOS 18 ANS

Film français de Frédéric Berthe (2007)

Le baccalauréat 1990, c'est dans quelques jours ! Profitant de ces derniers instants au lycée, Lucas conspue le professeur qu'il hait le plus, en la personne de Monsieur Martineau qui enseigne la philosophie. Pas de chance ! Martineau fera partie des membres du jury de la session de rattrapage orale et Lucas devine qu'il n'aura pas la moyenne à la session écrite. Le soir de la dernière épreuve, le jeune homme tombe éperdument amoureux de Clémence qu'il rencontre dans une soirée. Les choses se compliquent un peu plus lorsqu'il comprend que la jolie jeune fille n'est autre que celle du professeur qu'il a insulté de raté et de salaud. Les deux lycéens se séparent et passent les jours suivants, en compagnie de leurs amis respectifs, à réviser pour les rattrapages et mener de front leur vie sentimentale qui semble aussi compliquée qu'une leçon de physique quantique...

Si on devient adulte à 18 ans, on ne l'est pas pour certains qui peinent à quitter l'insouciance de leur adolescence. Le thème des lycéens drôles, pas méchants, un peu branleurs et que rien ne préoccupe, Berthe n'est pas le premier à s'y essayer et de ce point de vue, Nos 18 ans ne révolutionne pas le genre. Les lycéens potaches sont plus préoccupés par les travaux pratiques de leurs cours d'anatomie que par leurs classeurs. Le film manque autant de profondeur que le cerveau de nos jeunes sous-doués et on les jugera bien énervants en priant ne pas avoir été comme eux. En teen movie qu'il est, le film n'évite pas les clichés tant de fois rebattus, mais met en scène un pléiade de sympathiques acteurs. Des scènes sont drôles. Pour la petite histoire, il est rare qu'un film français soit un remake d'un film étranger. En voici un ! Berthe retranscrit en France la réalisation Notte prima degli esami, tourné une année auparavant par Fausto Brizzi.

 

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UN POISON VIOLENT

Film français de Katell Quillévéré (2010)

Cet été, plus rien ne sera comme avant pour Anna, quatorze ans. Fraichement rentrée de l'internat, elle découvre que son père a quitté le domicile conjugal. Sa mère, effondrée, trouve quelque réconfort auprès du jeune prêtre du village breton qui ne la rend pas insensible. Quant à Anna, la consolation, c'est son mécréant de grand-père qui la lui procure. Anna prépare pieusement sa confirmation qui constitue la prochaine étape de sa foi catholique. Mais surgit Pierre qui fait chavirer le cœur de l'adolescente. Déboussolée par ses déboires familiaux et sentimentaux, Anna se met à fréquenter les enterrements. Ses croyances religieuses sont d'autant plus ébranlées que le regard des autres sur son corps en pleine puberté change. Pierre éprouve un désir ardent pour Anna, loin d'être insensible, tandis que sa mère, succombant à la crise de la quarantaine, la jalouse. C'est au prêtre qu'il reviendra de palier l'absence du père et tentera de prodiguer ses meilleurs conseils pour qu'Anna reste dans le droit chemin...

Douce mélancolie... Quillévéré dresse un tendre et délicat portrait d'Anna, immergée dans une famille bretonne très pieuse, très croyante elle-même, dont l'harmonie vole soudainement en éclat lorsque le démon de minuit enlève la figure paternelle. A cet âge, est-on armée pour faire face aux convoitises qui se font pressantes lorsqu'il faut privilégier la toute première foi à la toute première fois ? Une mère qui maîtrise mal le sacerdoce de chasteté cléricale, un grand-père mourant qui confond sa petite-fille et un tableau de Gustave Courbet. L'adolescente tourmentée se confronte au feu démoniaque de la puberté et Anna s'autorise quelques écarts avec le dogme. Le prêtre fait figure de phare bienveillant dans cet océan passionnel déchainé. C'est assez rare pour être souligné ! "Un poison violent, c'est ça l'amour"..., chantait Serge Gainsbourg. Un premier long-métrage encourageant qui embrasse plusieurs thèmes mais peine à les approfondir.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.