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21/05/2016

Dominique Venner : PRESENT !

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Le 21 mai 2013, Dominique Venner choisissait une mort sacrificielle pour réveiller les consciences endormies. Les petits ruisseaux qui sont sortis de terre s'écoulent et deviennent peu à peu des rivières. Nous sommes un certain nombre à poursuivre ou à accomplir notre mue depuis cette événement qui nous a placé face à nous même. Notre rapport au monde, à la vie, aux autres, à l'histoire mais aussi à notre territoire ne peut qu'être bouleversé par un geste d'une telle force. La mort de Dominique Venner était un souffle qui avait pour objet d'influer chez nous une force vitale.

Trois ans après, souhaitons que ce samedi 21 mai permette à de nombreux camarades de réfléchir sur eux-mêmes en tant que personnes et sur eux-mêmes en tant que militants. Sortez marcher en forêt, écrivez vos réflexions dans votre carnet, relisez Dominique Venner ou l'empereur-philosophe Marc-Aurèle. Le premier combat est contre nous même.

« Il faut choisir, se reposer ou être libre. » Thucydide

15/05/2016

La France n’a pas gagné la Première guerre mondiale grâce à l’Afrique et aux Africains

La France n’a pas gagné la Première guerre mondiale grâce à l’Afrique et aux Africains

(Ce communiqué peut être repris à condition d'en mentionner la source)

Bernard-Lugan.jpgDans la grande entreprise de réécriture de l’histoire de France par les partisans du « grand remplacement », la Première Guerre mondiale, et plus particulièrement la bataille de Verdun, constitue un argument de poids. Son résumé est clair : les Africains ayant permis la victoire française, leurs descendants ont donc des droits sur nous.

Voilà qui explique pourquoi ces ardents défenseurs du « vivre ensemble » que sont MM. Samuel Hazard, maire socialiste de Verdun, et Joseph Zimet, à la ville époux de Madame Rama Yade, et en charge de la Mission du centenaire de la Grande Guerre, ont voulu mettre le sacrifice de millions de Poilus au service de leur idéologie.

Laissons donc parler les chiffres[1] : 

1) Effectifs français (métropolitains et coloniaux)

- Durant le premier conflit mondial, 7,8 millions de Français furent mobilisés, soit 20% de la population française totale.

- Parmi ces 7,8 millions de Français, figuraient 73.000 Français d’Algérie, soit environ 20% de la population « pied-noir ».

- Les pertes françaises furent de  1.300 000 morts, soit 16,67% des effectifs.

- Les pertes des Français d’Algérie furent de 12.000 morts, soit 16,44% des effectifs.

2) Effectifs africains

- L’Afrique fournit dans son ensemble 407.000 hommes, soit 5,22 % de l’effectif global de l’armée française.

- Sur ces 407.000 hommes, 218.000 étaient des « indigènes » originaires du Maroc, d’Algérie et de Tunisie, soit 2% de la population de ces trois pays.

- Sur ces 218.000 hommes, on comptait 178.000 Algériens, soit 2,28 % de tous les effectifs français.

- L’Afrique noire fournit quant à elle, 189.000 hommes, soit 1,6% de la population totale et 2,42% des effectifs français.

- Les pertes des unités nord africaines furent de 35.900 hommes, soit 16,47% des effectifs.

- Sur ces 35.900 morts,  23.000 étaient Algériens. Les pertes algériennes atteignirent donc 17.98 % des effectifs mobilisés ou engagés.

- Les chiffres des pertes au sein des unités composées d’Africains sud-sahariens sont imprécis. L’estimation haute est de 35.000 morts, soit 18,51% des effectifs ; l’estimation basse est de 30 000 morts, soit 15.87%.

Pour importants qu’ils soient, ces chiffres contredisent donc l’idée-reçue de « chair à canon » africaine. D’ailleurs, en 1917, aucune mutinerie ne se produisit dans les régiments coloniaux, qu’ils fussent composés d’Européens ou d’Africains.

Des Africains ont donc courageusement et même héroïquement participé aux combats de la « Grande Guerre ». Gloire à eux.
Cependant, compte tenu des effectifs engagés, il est faux de prétendre qu’ils ont permis à la France de remporter la victoire. Un seul exemple : le 2° Corps colonial engagé à Verdun en 1916 était composé de 16 régiments. Les 2/3 d’entre eux étaient formés de Français mobilisés, dont 10 régiments de Zouaves composés très majoritairement de Français d’Algérie, et du RICM (Régiment d’infanterie coloniale du Maroc), unité alors très majoritairement européenne.

Autre idée-reçue utilisée par l’idéologie dominante : ce serait grâce aux ressources de l’Afrique que la France fut capable de soutenir l’effort de guerre.
Cette affirmation est également fausse car, durant tout le conflit, si la France importa six millions de tonnes de marchandises diverses de son Empire, elle en importa 170 millions du reste du monde.

Conclusion : durant la guerre de 1914-1918, l’Afrique fournit à la France 3,5% de toutes ses importations et 5,22 % de ses soldats. Ces chiffres sont respectables et il n’est naturellement pas question de les négliger. Mais prétendre qu’ils furent déterminants est un mensonge doublé d’une manipulation.

Bernard Lugan
13/05/2016 

[1] Les références de ces chiffres sont données dans mon livre Histoire de l’Afrique du Nord des origines à nos jours. Le Rocher, en librairie le 2 juin 2016.

Source : L'Afrique Réelle

06/04/2016

Chronique de livre: Collin Cleary "L’appel aux dieux"

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Collin Cleary, L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu (Les Editions du Lore, 2016)

 

Qu’il est dur d’être païen ! Ou plus exactement « néo-païen ». Qu’est-ce que cela peut bien dire d’ailleurs « néo-païen » ? Peut-on être culturellement et/ou cultuellement « néo-païen » ? Et surtout à quoi cela peut-il « servir » d’être ou de se proclamer du paganisme en général ?

La nébuleuse « néo-païenne » en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique recouvre un ensemble d’individus, de groupes et d’organisations les plus différentes les unes des autres, dont les conceptions et la praxis diffèrent toutes autant. Ne parlons même pas de l’identité spirituelle du « néo-paganisme » : Grecque ? Germanico-nordique ? Celte, voir même Indo-aryen ? En ce qui nous concerne, l’identité spirituelle du « néo-paganisme » devrait se référer au triumvirat Boden – Blut – Geist  (Terre, sang, esprit) "ordonné évidemment du supérieur à l'inférieur et en accord avec l’être particulier de chacun."

Néanmoins,et en admettant que l’on a trouvé son identité spirituelle « néo-païenne », c’est-à-dire sa propre « paganité », il est somme toute difficile, pour certaines personnes se réclamant du (néo) paganisme, d’agir contre la vacuité spirituelle qu’ils ressentent en eux. En effet point de praxis religieuse établie officiellement ; d’expériences de communion avec les dieux, seul ou en groupe ; de corpus de textes sacrés et considérés comme tels ou même d’épisodes recensés de théophanie par exemple. Enfin, une psyché modelée par des siècles et des siècles de christianisme, même sécularisé dans diverses idéologies modernes (laïcité issue des lumières et marxisme principalement) est indéniablement un frein à la redécouverte puis à l’incarnation de notre « paganité ». En conséquence il n’est pas rare dans notre vaste milieu politique de voir certains se convertir au catholicisme. L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu de l’auteur américain Collin Cleary pourrait bien marquer les esprits ou plutôt les ouvrir aux dieux.

Fondateur du journal TYR – Myth- Culture – Tradition aux cotés de Joshua Buckley et Michael Moynihan, Collin Cleary est également membre de la Rune-Gild. Le lecteur aura l’occasion d’en savoir plus sur l’auteur via l’introduction. Il serait plus parlant de citer les influences de Collin Cleary et elles sont nombreuses : Julius Evola, Hegel, Lao-Tseu, Heidegger, Alain Danièlou et Alain de Benoist, Platon et Aristote ainsi que son ami Edred Thorsson. Cleary fait preuve d’une véritable maitrise des concepts développés par les philosophes précités et, quant à sa connaissance des doctrines orientales, elle impose également le respect. Bref, vous l’aurez compris, nous avons affaire en la personne de CollinCleary à un érudit. Tout simplement.

Les Editions du Lore ont eu l’excellente idée de faire traduire certains essais de Cleary et de les rassembler dans le présent recueil. Celui-ci est divisé en trois grandes parties : «Néo-paganisme », « Paganisme nordique » et « Parmi les ruines ». Nous nous concentrerons principalement sur la partie intitulée « Néo-paganisme » car elle recèle deux essais, Connaître les dieux  et  L’appel aux dieux qui sont fondamentaux et fondateur de la pensée de Collin Cleary.Par ailleurs, une critique intitulée Paganisme sans dieux : Alain de Benoist et Comment peut-on être païen ? entrera en résonance avec les interrogations exprimées plus haut dans mon introduction. Les deux autres parties seront naturellement évoquées et commentées.

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« Néo-Paganisme »

I. Connaître les Dieux

Dans cet essai paru en 2002 dans le premier volume de la revue TYR : Myth – Culture – Tradition, CollinCleary expose la théorie de base de ce qui deviendra son système de pensée. En premier lieu, une mise au point salutaire quant au concept de « l’ouverture aux dieux » s’impose. En effet cette dernière est le plus souvent biaisée, faisant même office de simulacre car envisagée uniquement d’un point de vue moderne, c’est-à-dire, dans ce cas précis, rationaliste, alors que « l’ouverture au divin est rendue possible par un point de vue plus fondamental : l’ouverture à l’être des choses elles-mêmes », soit un parti pris heideggerien . La compréhension du divin passe donc belle et bien par une ouverture, mais une ouverture au sensible, véritablement naturelle pour les hommes, et non pas par une ouverture rationnelle.  On comprend ainsi que c’est notre fermeture qui n’est pas naturelle. Le premier pas vers une réouverture consiste en un « changement radical dans notre manière de nous orienter vis-à-vis des êtres, et ceci doit commencer par une critique radicale et impitoyable de tous les aspects de notre monde moderne. »

Selon Collin Cleary les hommes sont naturellement prédisposés à « l’ouverture à l’être » mais aussi à se fermer : « La nature humaine, comme vie réelle en présence de ce qui est «supérieur » (le surnaturel, le divin, le transcendant, l’idéal), existe dans une tension constante entre deux impulsions jumelles : l’impulsion à s’ouvrir au supérieur, et l’impulsion à se fermer à lui. L’une est l’impulsion à atteindre une chose plus grande que nous-mêmes, la laissant nous diriger et (littéralement) nous inspirer. L’autre est l’impulsion à nous fermer à elle et à nous élever nous-mêmes au-dessus de tout. Par manque d’un meilleur mot, je désignerai cette dernière tendance par le mot de Volonté. Les deux tendances – ouverture et Volonté – sont présentes dans tous les hommes. Elles expliquent la grandeur des hommes, ainsi que leur coté obscur. »

Cette notion centrale de « Volonté », que l’on pourrait comparer à « l’esprit Faustien » décrit en son temps par Oswald Spengler, bien que « naturelle et nécessaire à la nature humaine » doit être canalisée. Effectivement, si elle n’est pas bridée, la Volonté devient irrémédiablement un « humanisme titanique » dont le principe serait de « faire de l’homme la mesure, d’exalter l’homme comme le but et la fin de toute l’existence, de plier toutes les choses aux désirs humains. »  Cette impulsion à l’arrière-gout d’hubris résonne en nous d’une manière tragique car on comprend que la Volonté est la « pneuma », le souffle vital de toutes les philosophies issues des Lumières. Cleary confirme cette impression : « l’âge moderne est l’Âge de la Volonté, l’âge de l’Humanisme Titanique. La modernité est unique dans l’histoire humaine, parce qu’à aucune autre époque la Volonté n’a aussi complètement triomphé de l’ouverture. »

Cette fermeture au divin est progressive. La première étape est une séparation entre les hommes et la nature, osmose qui est capitale si l’on veut connaître les Dieux : « L’ouverture à la nature […] rend possible l’ouverture à un autre monde de forces et de pouvoirs – un monde qui contient et qui pourtant transcende la nature. C’est le monde des dieux. Nous fermer au monde naturel signifie inévitablement nous fermer au divin. » Nos ancêtres avaient en effet un lien direct avec la nature, condition sine qua non pour expérimenter les dieux. Le rapport « hommes - nature » était évidemment différent. De facto, La nature apparaissait autrefois comme une force coercitive, indomptée, qui inspirait à la fois respect et crainte. Et cette césure c’est la « Volonté » qui, via son avatar, « l’esprit faustien », va en être responsable. Elle opéra à un véritable bouleversement qui se réalisa, dans le cas qui nous intéresse ici, de deux manières. Premièrement, une « césure technique » qui va d’abord permettre aux hommes de se protéger de la nature avant de dévier vers une maitrise, puis vers une domination. Dès lors on comprend que l’homme moderne, du fait de son mode de vie éminemment bourgeois, rien que par sa quête du confort absolu qui l’induit dans un doux cocon hédonisto-matérialiste, est ontologiquement un être fermé. Deuxièmement, la « Volonté » opère à une « césure métaphysique et spirituel » prométhéenne qui s’accomplit elle aussi de deux façons distinctes : «  La première est la manière que j’ai déjà décrite : l’homme peut rejeter le divin, déclarer qu’il n’a pas besoin de lui » ; soit le meurtre de Dieu conceptualisé par Friedrich Nietzsche, envisagé en tant qu’acte de naissance, en quelque sorte,  du rationalisme et du scientisme modernes. « La seconde manière est de tenter de concevoir une méthode spéciale de combler le gouffre séparant l’homme du divin, sans nier la réalité de ce dernier. Cette méthode est appelée mysticisme. Les mystiques pensent qu’ils s’élèvent jusqu’à l’union avec le divin. Ils ne voient pas que ce processus pourrait aussi bien être décrit dans l’autre sens : l’abaissement de Dieu au niveau de l’homme. La divinisation de l’homme et l’anthropomorphisation de Dieu sont la même chose ».

Mais alors comment réaliser l’ouverture aux dieux ? Pour commencer Cleary préconise de créer un « espace », une « clairière » selon les mots du philosophe allemand Heidegger, pour accueillir les dieux. Comme nous l’avons vu précédemment, il est impératif de modifier en profondeur notre relation à la spiritualité, à la religion et au divin en éradiquant : « l’approche moderne pour comprendre la religion [qui] consiste à la traiter comme l’une des nombreuses activités auxquelles les hommes participent […]. La vérité, cependant, est que c’est dans la religion que l’on trouve l’être même de l’homme. ».  Et pour conclure cette entrée en matière, l'auteur émet quelques suggestions, développées plus en détail dans un appendice inédit, pour parachever cette fameuse ouverture. Ces suggestions, nous préférons ne pas les dévoiler et laisser le lecteur les découvrir par lui-même. Elles ne font pas figure de lois mais de pistes, sans doute perfectibles, voir discutables. Nous conclurons en citant Collin Cleary : « Les dieux se trouvent aux limites extérieures de notre perception de la réalité, définissant le réel pour nous. L’explication prend place seulement à l’intérieur de ces limites ».

II. L’appel aux Dieux, la phénoménologie de la présence divine

Ce second essai qui, à l’instar du premier, fut publié dans la revue TYR : Myth – Culture – Tradition est une continuation de Connaitre les dieux ; texte pionnier dans la démarche spirituelle de Cleary et faisant également office de « mindset ». Après un bref rappel des causes de notre  « fermeture aux dieux » (« pour les modernes, la nature n’a essentiellement pas d’Être : elle attend que les humains lui confèrent une identité » et « en nous fermant à l’être de la nature, nous nous fermons simultanément à l’être des dieux. ») l’auteur rentre dans le vif en exprimant sa thèse : « notre émerveillement devant l’être de choses particulières est l’intuition d’un dieu, ou d’un être divin. »

A travers un développement où se côtoient Platon, mais aussi les études linguistiques indo-européennes, Heidegger ou l’alchimie taoïste, Collin Cleary apporte une perspective nouvelle et originale de notre relation et de notre compréhension du divin, a fortiori d’une manière intelligible. Mais une fois de plus, nous pensons qu’il n’est pas de notre rôle de faire découvrir les observations et conclusions de l’auteur. En un sens cela briserait la « magie » et priverait l’auteur de déployer son talent envers son tout nouveau public francophone. Toutefois nous nous devons d’apporter quelques précisions :

Primo : les conceptions du divin polythéistes et monothéistes sont essentiellement dissemblables. Dès lors le lecteur devra faire attention à ne pas user (involontairement ou non) de réflexes trompeurs issus d’une culture monothéiste, même sécularisée. Pour autant il n’est pas non plus nécessaire de faire partie d’un « coven » de Wiccas pour comprendre la weltanschauung polythéiste.

Deuxio : Il serait maladroit d’utiliser le terme de paganisme. En effet le terme paganisme vient du latin paganismus/paganus communément traduit par « paysan ». Il est donc question dans ce cas-là d’un ancrage territorial, en l’occurrence la ruralité, avec ses particularismes, notamment ses lieux de cultes (les sources par exemple) et ses geniiloci. Hors, Cleary ne parle pas de nature en tant que Bios mais comme l’en soi ainsi (ensemble de forces, en particulier de la vie, ou principe supérieur, considéré comme à l'origine des choses du monde, de son organisation). En bon lecteur de Julius Evola, il s’orienterait plutôt vers une spiritualité solaire et ouranienne telle qu’elle fut défendue par l’auteur de Révolte contre le monde moderne.

Tercio : Il ne faut  pas s’attendre à un déballage de Modus Operandi pour faire apparaître Thor, Lugh ou Hekate dans votre salon comme si quelconque formes de théophanie pouvaient être commandées et livrées chez vous comme une vulgaire pizza. Les réflexions de Collin Cleary appartiennent plus au domaine métaphysique, au sens « Evolien » du terme. Mais pas de méprise : L’appel aux dieux n’est pas un essai pompeux et abscons. Malgré moultes références mythologiques et philosophiques, Cleary réussit avec brio à rendre son sujet accessible grâce des exemples clairs.

Quartio : le lecteur ne sera peut-être pas d’accord avec l’auteur. Soit car sa vision et son expérience du divin sont différentes, soit car le rationalisme avec lequel nous sommes nourris depuis notre plus jeune âge est encore trop présent. Vouloir expliquer le divin par la raison ne fut pas toujours une réussite (comme détaillé dans l’essai Connaître les dieux).

III. Paganisme sans dieux : Alain de Benoist et Comment peut-on être païen ?

Dans la quatrième remarque au sujet du texte précédent, nous mettions en évidence que le lecteur ne sera pas forcément en phase avec la vision du polythéisme de Cleary. Il est justement question ici d’une confrontation de visions entre celle de l’auteur et celle d’Alain de Benoist, plus précisément le Alain de Benoist de l’époque de Comment peut-on être païen ? (1). Bien que l’on sente le respect de Cleary envers le chantre historique de la Nouvelle Droite Française, il décoche néanmoins des flèches aiguisées comme des lames de rasoir : « Essentiellement, ce que Benoist nous présente est un humanisme athée qui se réapproprie certaines attitudes et des valeurs des anciens païens, mais qui évite leur religion ».

Effectivement, nombre d’entre nous furent plus que surpris lors de la lecture du livre d’Alain de Benoist. Pour commencer le titre a de quoi  induire en erreur et aurait plutôt dû être Comment ne pas être monothéiste ? Alors certes, les critiques envers les religions abrahamiques sont valides et pertinentes mais demeurent prépondérantes par rapport au développement de la « paganité ». Nous y voyons, comme le souligne Collin Cleary,  l’influence capitale de Nietzsche sur de Benoist : «  l’approche de Benoist dans Comment peut-on être païen ? est, du début à la fin, nietzschéenne. Il ne fait aucune tentative pour le dissimuler : Nietzsche est cité à de nombreuses reprises dans tout le livre. En fait, un commentaire peu charitable sur la position de Benoist dans cet ouvrage serait de dire que c’est un humanisme nietzschéen déguisé en paganisme ».

Le « paganisme faustien » défendu par Alain de Benoist a forcément de quoi déplaire à Collin Cleary car, qui dit « paganisme faustien » dit « esprit faustien », soit une forme paroxystique de la « Volonté » concept défini par l’auteur dans Connaître les dieux. C’est ce qui fait dire à Cleary qu’Alain de Benoist se réapproprie maladroitement le concept nietzschéen d’Übermenschen (surhommes) pour caractériser ontologiquement nos ancêtres païens ; « l’anthropocentrisme […] est l’essence du nouveau paganisme de Benoist », c’est-à-dire une erreur primordiale quant à la compréhension du polythéisme pratiqué par nos ancêtres.

Pour Alain de Benoist les dieux seraient des créations humaines dont le substantif consisterait en des valeurs anthropomorphisées, ce qui confirmerait la thèse d’un humanisme athée d’essence nietzschéenne et paganisant. Là se situe la divergence première entre Alain de Benoist et Collin Cleary : « Sa position est fondamentalement athée ; la mienne théiste ». D’où un questionnement légitime quant à la notion objective de vérité (religieuse), et encore une fois l’auteur de Comment peut-on être païen ?, au même titre que Nietzche, se complait dans un relativisme moral qui « découle de son engagement en faveur d’un relativisme général concernant la vérité en tant que telle ». « Là se trouve le problème-clé avec l’approche de Benoist concernant la vérité et les valeurs : il a simplement accepté la prémisse du monothéisme, selon laquelle le seul standard d’objectivité devrait se trouver à l’extérieur du monde. Rejetant l’idée qu’il existe un tel standard transcendant, il en tire la conclusion que l’objectivité est donc impossible ». Et en conclusion « le relativisme de Benoist concernant la vérité et les valeurs semble être tout à fait étranger au paganisme » si bien que « ces difficultés philosophiques avec cette position sont très graves, et probablement insurmontables ».

Quiconque espérait un développement théiste de la « paganité » fut assez déçu de constater que cette dernière se résumait, dans le livre d’Alain de Benoist, à une Weltanschauung ainsi qu’à l’affirmation d’une pseudo « paganité » à travers l’opposition radicale et viscérale aux monothéismes abrahamiques. Du même coup, la Weltanschauung exprimée par Alain de Benoist est sujette à caution. On peut en conclure que trop de Nietzsche tue le païen. Collin Cleary se réfère comme nous l’avons vu à Heidegger ainsi qu’à Aristote. Sa « paganité » n’est pas figée dans le passé, d’autant plus qu’elle est évolutive. Bref, la brillante critique théiste qu'il fait remet les pendules à l’heure, pour ne pas dire les idées à l’endroit…

 

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« Paganisme nordique » et « Parmi les ruines »

Bien que nous ayons préféré nous attarder sur la première partie du recueil, les deux autres sont loin, très loin d’être dépourvues d’intérêt. Une fois de plus Collin Cleary s’affirme comme un érudit et un penseur brillant. De nature spéculative pour la plupart, ces essais sont, au même titre que les deux premiers textes présents dans L’appel aux dieux, des portes d’entrée vers de nouveaux espaces : libre au lecteur de scruter l’horizon à travers ces portes entrouvertes ou bien de franchir le pas.

Les textes de la partie intitulée « Paganisme nordique » démontrent les connaissances de l’auteur pour les théogonies germano-nordiques, « indiennes », la tradition indo-européenne et la Tradition au sens où l’entendirent René Guenon et Julius Evola. Il faut en outre saluer la sagesse acquise par Cleary via sa pratique et ses études personnelles sur le Zen, le tantrisme, le yoga ou encore le taoïsme. Ce cocktail détonnant ne doit aucunement dérouter le lecteur, bien qu’à première vue cela puisse être compréhensible : Quel rapport y a-t-il entre la tradition scandinave et la tradition indo-aryenne des Vedas ? Pour Collin, ces doctrines et ces mythologies contiennent des morceaux de ce que put être la Tradition. Evola la décrivait en ces termes : « au-delà de chaque tradition, plus profondément que chacune d’elles, il y a la Tradition – un corpus d’enseignements de caractère métaphysiques, donc totalement indépendant des contingences humaines et temporelles » (2).

L’interpénétration des philosophies grecques et allemandes, des mythes européens et des doctrines orientales et ce, malgré leurs différences de nature, s’avère particulièrement efficiente. C’est l’un des points forts de l’auteur. Les essais Quel dieu Odin adorait-il ? et Notes philosophiques sur les runes sont les travaux les plus intrigants de cette partie. Le premier aborde le thème de l’obtention de la connaissance runique par Wotan/Odin, déité primordiale de la théogonie nordique mise en perspective avec une autre déité, du panthéon indien celle-ci : Rudra/Shiva. Le deuxième essai, quant à lui, traite de la runologie d’un point de vue philosophique en usant de la tripartition hégélienne. Cette association a priori farfelue est pourtant cohérente. Mais n’étant (malheureusement) pas spécialiste des runes, nous nous garderons de proclamer cette démarche comme probante.

Enfin la dernière partie, « Parmi les ruines » est plutôt surprenante car elle analyse, sous la forme de deux textes, la cultissime série Le Prisonnier, puis l’autobiographie du cinéaste Alejandro Jodorowsky. Le premier est plus « politique » que le deuxième qui cherche à démontrer le caractère tantrique des expériences du réalisateur d’El Topo. Les arguments se tiennent, comme toujours chez Collin Cleary mais cette dernière partie est peut-être moins exaltante que le reste de l’ouvrage à défaut d’être originale.

A la fin de l’essai Le voyage spirituel d’Alejandro Jodorowsky, Cleary pose une question cruciale : « Mais comment revenir aux dieux, ou les faire revenir vers nous ? C’est la question qui tenaille les Traditionalistes radicaux et les neo-païens. Comment pouvons-nous faire cela alors que toutes les forces culturelles sont déployées contre nous, et alors que nous sommes tous – pour dire la vérité – des enfants de la modernité ? ». Nous citerons une fois de plus Julius Evola, car la réponse de Collin Cleary est une paraphrase du premier : « Dans une époque de dissolution générale, la seule voie que l’on peut essayer de suivre, c’est justement La Voie de la Main Gauche, malgré tous les risques que cela comporte » (3). La Voie de la Main Gauche est ni plus ni moins, si on l’envisage de façon imagée, la faculté à devenir imperméable à la dissolution du Kali Yuga. C’est opérer à une mithridatisation dont le monde moderne est, en totalité, le poison. Pour ceux qui sont éclairés par la Lux Evoliana cela fait office de simple rappel ; cela sera sans doute pour d’autres une occasion de découvrir l’œuvre d’Evola.

L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu est un appel à ceux qui aspirent à incarner « l’homme contre le temps »de Savitri Devi, c’est-à-dire à l’être qui va inlassablement à contre-courant, le courant étant, vous l’aurez compris, le monde moderne. L’un de ses attributs, le plus néfaste à coup sûr, est la désacralisation et la dé-spiritualisation absolues ; le remède est par conséquent la réouverture au divin prôné par Collin Cleary. Nous lui sommes redevables de mettre en lumière de nouvelles perspectives et de nouvelles possibilités pour cette réouverture. Une chose appréciable demeure dans le fait qu’à aucun moment il n'y a distanciation entre lui et nous. Pas de ton ex cathedra mais une honnêteté, un sentiment de simplicité qui mettent en confiance et qui pondèrent une impressionnante connaissance philosophique et mythologique.

En conclusion, L’appel aux dieux, essai sur le paganisme dans un monde oublié de dieu est, selon nous, un ouvrage capital et assurément un futur classique. Nonobstant les nombreuses références philosophiques et théogoniques, le message qui sous-tend l’ouvrage est limpide. En conséquence, ces références ne doivent nullement rebuter le néophyte. Ce recueil s’adresse aux néo-païens et aux tenants de la Tradition Primordiale quel que soit leur niveau ou leur approche de la spiritualité. Dans l’introduction de Julius Evola, le visionnaire foudroyé(4), Jean Mabire déclarait à propos du penseur du haut des cimes que « Ceux qu’il a éveillés ne pourront plus jamais se rendormir ». Nous espérons qu’il en sera de même pour Collin Cleary et son œuvre.

Donatien/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

  • Alain de Benoist,Comment peut-on être païen?, Albin Michel, 1981.
  • Julius Evola, Impérialisme Païen, Éditions Pardès, 2004.
  • Julius Evola, Le Chemin du Cinabre, Éditions Archè, 1983.
  • Collectif, Julius Evola, le visionnaire foudroyé, Editions Copernic, 1977

18/03/2016

Méridien Zéro #268 : "Robert Dun, un éveilleur de la conscience européenne"

Ce soir, Méridien Zéro vous propose de revenir avec notre camarade Robert Steuckers sur la vie et l'oeuvre de Robert Dun, figure sulfureuse et souvent méconnue du XXème siècle. 

A la barre et à la technique, Eugène Krampon et Wilsdorf.

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16/11/2015

Du côté des nationalistes russes pro-ukrainiens et anti-Poutine…

Du côté des nationalistes russes pro-ukrainiens et anti-Poutine…

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Le 11 octobre dernier s’est tenue à Kyiv une conférence inaugurale de l’organisation nationaliste Russe « Centre Russe ».

Cette toute nouvelle structure regroupe plusieurs douzaines d’émigrés politiques qui ont dû fuir la répression dans leur pays et qui combattent dorénavant l’agression initiée par Vladimir Poutine dans l’est de l’Ukraine.

Le simple fait que cette organisation nationaliste russe ait été créée à Kyiv, main dans la main avec les nationalistes Ukrainiens, constitue en soi un signal politique fort.

Au moment même où le régime de Poutine fomente une guerre fratricide à l’est et que les ploutocrates capitalistes se servent de l’Ukraine pour marchander avec les anciens agents du KGB en Occident, nous,les ethno-nationalistes blancs, avons choisi la troisième voie – celle de la coopération et de la solidarité nationale.

L’événement a débuté dans la salle de l’hôtel de ville et s’est poursuivit dans la plus grande salle de conférence du pays, celle de l’agence de presse UNIAN.

Les organisateurs ont porté un soin particulier à la symbolique utilisée pour cette première rencontre.

Ainsi les participants ne pouvaient pas ne pas remarquer la présence des drapeaux russe et ukrainien dans la salle qui accueillait l ‘événement.

L’ouverture de la cérémonie se fit au son de l’hymne national Ukrainien mais aussi avec la « Chanson patriotique » de Mikhaïl Glinka, qui fut l’hymne national russe de 1991 à 2000, après quoi il fut remplacé par le vieil hymne soviétique lors de l’avènement de Poutine à la présidence.

Mis à part la présence des drapeaux nationaux, les auditeurs de la conférence purent également observer le logo créé pour cette nouvelle organisation : un drapeau à fond bleu orné d’une épée et d’un cercle, tous deux de couleur blanche.

ua5.jpgLes racines de ce symbole antibolchevique sont vieilles d’un siècle car ce dernier fut utilisé durant les années trente par les militants de l’organisation « Idée Blanche » fondée par un officier tsariste des gardes blancs, Viktor Larionov. L’objectif principal de cet « Idée Blanche » était alors de libérer la Russie de la tyrannie bolchevique.

Au cours de la conférence de presse qui suivit, les fondateurs du « Centre Russe » ont souligné que l’organisation poursuivrait des objectifs à la fois d’ordre local et général.

Les objectifs locaux se concentreront sur l’aide légale à fournir aux réfugiés politiques russes qui ont dû fuir les persécutions dans leur pays, mais également au soutien à apporter aux volontaires russes engagés dans les rangs des formations armées ukrainiennes. Malgré sa désignation, le « Centre Russe » est, bien entendu, prêt à apporter son aide, non seulement aux volontaires Russes, mais aussi aux Bélarussiens et tous autres volontaires européens se battant du côté Ukrainien.

En ce qui concerne les buts plus généraux, le « Centre Russe » mettra en œuvre toute l’aide possible à destination de l’opposition politique en Russie, tâchera de renforcer son influence parmi la population russe et de préparer le terrain pour de futurs projets d’actions et de manifestations au sein même de la Fédération de Russie.

Cela fait presque un siècle que le peuple ethnique russe ne possède pas sa propre patrie. Les Russes, dépouillés de leur terre natale après la révolution bolchevique de 1917, n’ont pu reprendre leur pays à la fin des années 90, lorsque Poutine – un héritier direct du système soviétique- est arrivé au pouvoir.

Le désir de revanche et de reconquête de leur pays amena les volontaires russes à se battre contre la bête rouge en de multiples occasions au cours vingtième siècle et ce dans plusieurs partis d’Europe, notamment en France, en Pologne et en Serbie. Dans l’Espagne du général Franco victorieux, les Russes représentaient une brigade entière au sein des forces armées nationalistes. Au cours de la Seconde guerre mondiale, les volontaires russes représentaient la majorité des volontaires étrangers engagés dans la Wehrmacht. La création de l’armée de libération russe (ROA) du général Vlassov fut le moyen d’expression du peuple russe quant à sa volonté de reconquérir sa terre natale. Aujourd’hui, soixante-dix ans après, les Russes créent, à nouveau et toujours depuis l’étranger, des organisations d’opposition visant à reconquérir leur terre et certains d’entre eux ont bravé la répression du régime pour défiler lors de la récente « Marche Russe » du 4 novembre dernier à Moscou avec des banderoles appelant à la fin de la guerre fratricide en Ukraine.

Rencontre avec un de ces Russes qui se battent pour l’Ukraine, Artiom « Essenine ».

ua2.jpg« Je crois que je ne pourrai jamais retourner chez moi », déclare Artiom Chirobokov, tête baissée, alors qu’il parcourt le sol poussiéreux de Ukraine orientale.

« Le régime de Poutine sait que je suis ici. Ils connaissent mon nom. » Cela fait plus d’un an que Chirobokov, originaire de Samara dans le sud de la Russie, participe à la guerre qui fait rage en Ukraine de l’est.

Ce nationaliste russe, tout juste âgé de vingt-et-un ans, a pris les armes au sein du bataillon Azov, une unité de volontaires pro-ukrainienne et ultra nationaliste qui combat les forces séparatistes dans l’est du pays.

« Dès le commencement de ma vie d’adulte, j’ai considéré le régime de Poutine comme un régime anti-russe, un régime qui va à l’encontre du peuple » explique Artiom dans ce qui fut sa maison pendant un an, c’est à dire l’une des casernes d’Azov, située à Marioupol.

Il parle à voix basse, son regard fatigué tranche avec son apparente jeunesse. Il arbore sur son bras gauche un tatouage en noir et blanc représentant un squelette. Celui-ci est orné de quelques mots de son auteur favori, Serguei Essénine, un poète lyrique Russe du vingtième siècle. « Il fut un grand Russe » dit-il, pendant qu’il montre le tracé du dessin avec son doigt. Artiom avait essayé auparavant de rejoindre des organisations anti-Poutine dans sa ville natale mais sans succès : ils n’en existait tout simplement pas. « En Russie il est quasiment impossible de devenir un vrai activiste et d’exprimer son opposition au régime» se plaint-il, « c’est pourquoi j’ai senti que je devais aller en Ukraine. »

L’endroit où se tient maintenant Artiom était à l’origine un complexe touristique, désormais transformé en caserne improvisée, qui avait appartenu à l’ancien président Viktor Ianoukovytch. Ce dernier avait été évincé du pouvoir lors de la dernière phase des manifestations de la place Maidan qui eurent lieu en février 2014 et s’était enfui en Russie. L’endroit est à présent méconnaissable.

Concernant les convictions politiques défendues par Artiom, tout ce qu’il l’intéresse est la chute du gouvernement de Poutine. De par sa citoyenneté Russe il n’a pu rejoindre l’armée Ukrainienne, celle-ci n'acceptant alors uniquement que ses nationaux ; il décida par conséquent de rejoindre une unité composée de volontaires. La majorité des volontaires qui croisèrent sa route venaient de l’est du pays, là où le Russe, sa langue maternelle, est couramment employé contrairement à l’Ukrainien. Pour lui, rejoindre le bataillon Azov était un choix naturel.

Il se met à rire lorsqu’on lui demande ce que cela fait de combattre des volontaires russes du camp adverse. « Les Russes qui combattent au côté des séparatistes ne sont pas vraiment Russes ; ce sont en fait des vatniks (terme dépréciatif pour désigner l’ « homo sovieticus », NDT) à la mentalité bien soviétique. Je n’ai pas l’impression de me battre contre les miens » affirme-t-il.

Les parents d’Artiom sont morts peu de temps après son arrivé en Ukraine. Dorénavant, la seule personne de sa famille à résider en Russie est sa grand-mère. « Elle a une mentalité de vatnik. Des types des services secrets se sont fendus d’une petite visite, histoire de la questionner à mon sujet », indique-t-il, « du coup elle me suspecte de faire des choses illégales. »

Comme il ne craint plus pour la vie de ses parents, Artiom se sent désormais capable de parler librement de ses activités en Ukraine.

ua3.jpgCependant, il doit admettre qu’il est inquiet. Le gouvernement Ukrainien s’active à réduire le pouvoir des bataillons de volontaires, à l’image du régiment « Azov », en intégrant ces hommes dans l’armée régulière. S’il n’acquiert pas la citoyenneté Ukrainienne, il craint d’être renvoyé en Russie et de subir indubitablement des persécutions de la part du gouvernement russe. « Je veux devenir citoyen ukrainien, j’en ai besoin, mais le gouvernement semble y faire obstacle » explique-t-il, son visage enfantin affichant un regard triste. « Ils n’arrêtent pas de me dire tout va bien, tu es le bienvenu ici , mais rien ne se passe. Pourtant je risque ma vie pour ce pays en étant au front. Je risque ma vie en combattant, et maintenant après tout ce que j’ai fait, la seule chose que je demande est que la citoyenneté ukrainienne me soit accordée. J’en ai besoin. »

Le 17 octobre dernier, il avait manifesté avec nombre de ses frères d’armes, russes ou bélarussiens notamment, devant l’Administration présidentielle à Kyiv pour rappeler au gouvernement sa promesse d’octroyer la nationalité ukrainienne aux ressortissants étrangers qui versent leur sang pour la défense du sol sacré de la patrie et une alternative aux systèmes oligarchiques toujours en place dans leurs patries d’origine et d’adoption.

Cinq jours plus tard, lors d’une cérémonie nocturne au décorum renvoyant à la droujina slavo-varègue de la Rou’s Médiévale, il avait rendu hommage aux combattants d’Azov morts au champ d’honneur, avec ses camarades du régiment.

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Olena Semenyaka (avec le concours de Donatien Bleugée et Pascal Lassalle pour l’adaptation et la traduction).

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N.B. : Programmée avant les attentats du vendredi 13 novembre, nous avons décidé de maintenir la publication de cette information ce lundi. Nous reviendrons ultérieurement sur l'actualité française récente.

11/11/2015

Quelle mémoire pour le 11 novembre ?

 Quelle mémoire pour le 11 novembre ?

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Le 11 novembre 1918, l’Armistice mettait fin à un conflit débuté en août 1914. Militairement du moins. En effet, pour nos peuples et pour l’Europe, la Grande Guerre ne s’est pas arrêtée dans un wagon à Rethondes.

Les effets de cette guerre furent absolument dévastateurs. Et le sont toujours. L’Europe perdra près de 18 millions de personnes, des familles sont brisées, voire décimées, des enfants grandiront sans leurs pères, le déficit démographique sera terrible, les mutilés hantent les rues, les frontières sont remaniées de façon souvent arbitraires, l’Allemagne est condamnée à de lourdes amendes, le drapeau rouge est hissé à Moscou, les Etats-Unis s’imposent déjà comme la nouvelle puissance occidentale, la brutalité de la technique déroute les contemporains, le pacifisme et l’unité européenne vont poindre leur nez…

Cette guerre est le grand désastre du XXe siècle dont ne s'est toujours pas relevée l'Europe.

Cette guerre est aussi synonyme de fraternité, de courage, d’héroïsme de la part des soldats. Des millions d’européens, arrachés à leur campagne, arrachés à leur famille, se sacrifièrent. Des européennes furent réduites à l’état d’esclaves dans des usines chargées de fabriquer les obus qui tueraient les fils et les pères, de ceux d’en face. Des hommes seuls résistèrent parfois à des bataillons entiers et reçurent pour cela des médailles.

Soldats ! La France réelle, celle qui se lève aujourd’hui, est admirative de ses Poilus. Elle n’est pas admirative parce que vous avez été contraints de tuer des Allemands, elle est admirative de votre courage, de ses journées dans la boue, la puanteur, où la faim et la soif tiraillaient vos tripes. Vous n’avez rien lâché. Pour la patrie.

Jadis vous avez été trahis. Trahis par des prétendues élites qui vous ont utilisé comme des pions et vous ont sacrifié pour leurs intérêts. Soldats, vous n’êtes pas « morts pour rien », vous avez prouvé que seul le peuple est capable de défendre sincèrement la patrie. Vous avez démontré que seul le peuple, uni dans le combat, pouvait faire l'histoire.

Aujourd’hui nos dirigeants sont bien embarrassés de devoir célébrer à partir de 2014 un centenaire qui leur rappelle ce que fut jadis le peuple Français, un peuple courageux, honnête et droit, dont l’ardeur au combat n’a jamais été démentie. Nos dirigeants ont peur que ce peuple Français en dormition se réveille et qu'il pointe ses baïonnettes non plus vers l'Allemagne, mais vers des élites corrompues, qui nous sacrifient, nous spolient, nous manipulent, nous humilient et n’hésitent pas à nous réprimer quand nous nous opposons à leur dessein mortifère.

En ce 11 novembre, réfléchissons comment nous pouvons être les dignes héritiers des soldats de la Grande Guerre. La patrie est en danger, plus que jamais.

Le Cercle Non Conforme

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Première publication : 11/11/2013