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16/08/2014

La Russie et le Nouvel Ordre Mondial

La Russie et le Nouvel Ordre Mondial

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La tribune d’Aymeric Chauprade n’en finit pas de susciter des réactions et des commentaires. Comme on pouvait s’y attendre, la mouvance (plurielle) des anti-sionistes y voit une trahison ou un reniement là où d’autres se félicitent de cette prise de position au nom de la lutte contre l’islam radical.

En revanche un élément ne semble jusqu’à présent n’avoir suscité aucun commentaire, l’optique russe clairement expliquée dans ce texte et qui fait suite à un certain nombre de prises de positions personnelles d’Aymeric Chauprade ou du parti dont il est désormais le conseiller pour l’international, le Front National. Les communiqués de nationpresseinfo ne font aucun mystère sur le fait que le FN n’est pas sur une ligne d’équilibre dans les relations entre l’Ukraine et la Russie mais prend délibérément parti en faveur de la Russie et de ses intérêts. Des personnalités du FN ont même soutenues publiquement l’insurrection du Donbass amalgamée avec le soutien aux populations.

Si nous lisons les sites « dissidents » depuis plusieurs mois (et années), cette double optique à la fois russe et israélienne pourrait apparaître contradictoire. En effet on nous rebat les oreilles sur l’opposition de Poutine au Nouvel Ordre Mondial et sur le rôle de la Russie dans l’opposition à l’axe « atlanto-sioniste ». Nous allons y revenir, mais avant cela il nous faudra faire un historique très lapidaire du dialogue entre l’Europe, l’Occident et la Russie et surtout du rapport que nous entretenons avec la Russie.

La Russie, que ce soit l’empire russe, l’URSS ou la Russie moderne a toujours joué un rôle clef sur le plan géopolitique à l'époque contemporaine. Ainsi la Russie appartenait à la Triple Alliance lors de la Première Guerre mondiale avec le Royaume-Uni (et son empire) et la France (et son empire). La création de l’URSS par Lénine rebattra les cartes, ce sera au tour des mouvements communistes de prôner l’alliance avec la Russie. Au sein de la révolution conservatrice allemande, le « national-bolchevique » Ernst Niekisch sera un partisan du rapprochement avec l’URSS. Hitler lui-même, pourtant hostile à Niekisch, fera sceller le pacte germano-soviétique. Puis vint la Seconde Guerre mondiale. L’URSS se rallia aux Alliés contre l’Axe à la suite de la rupture du pacte germano-soviétique. Les Alliés et l'URSS remportent la guerre. La bipolarité qui s‘instaure véritablement à partir de 1947 avec le fameux « rideau de fer » éloignera la Russie pour les européens qui seront inféodés peu à peu aux Etats-Unis à l’exception des communistes, des gaullistes  et des partisans de Jean Thiriart. Vient alors le temps de la construction européenne et de la lutte anti-communiste. Puis vient la chute de l'URSS et du « bloc de l'Est ». La Russie sort du jeu, les Etats-Unis deviennent une hyperpuissance, pour reprendre  Hubert Védrine, c'est le Nouvel Ordre Mondial.

Depuis la chute de l’URSS, la Russie demeure une énigme. Nain géopolitique sous Eltsine, le président Poutine a quant à lui œuvré au redressement de son pays, c’est un fait indéniable. Très rapidement, la Russie et les Etats-Unis ont donné la sensation que l’action de Vladimir Poutine plaçait le plus grand pays du monde par sa superficie à être une épine dans le pied du projet hégémonique des Etats-Unis, en particulier pour le contrôle du heartland. Les mouvements « nationalistes révolutionnaires » et « identitaires » ont commencé à regarder la Russie comme un pays avec lequel nous pourrions construire une Europe libérée des chaînes atlantistes et mondialistes, d’autant que Poutine a chassé de Russie certains oligarques peu scrupuleux à cette période. En parallèle, la presse occidentale a commencé à mener régulièrement des campagnes de presse hostile à Vladimir Poutine pouvant aller jusqu’à la désinformation. Parce que je considère les Russes comme des cousins et la Russie comme une sœur de la vieille Europe, je faisais partie de ceux – quoi que beaucoup plus jeune à l’époque évidemment – à être favorable au projet d’Eurosibérie énoncé par Guillaume Faye. Ce projet qui permettrait à l’Europe de s’assurer un destin et de ne plus dépendre des manœuvres atlantistes. Guillaume Faye préconisait en effet une « autarcie des grands espaces [pour] rompre avec les dogmes très dangereux de la mondialisation ». En parallèle, la pensée du national-bolchevique Limonov et de son ancien acolyte Alexandr Douguine s’est peu à peu popularisée et diffusée en France, notamment à travers les travaux d’Alain de Benoist, du site VoxNR ou de la revue Rébellion. Il en va de même pour son corollaire, l’eurasisme, sur lequel j’ai déjà donné mon sentiment en un paragraphe qui me semble se suffire à lui-même. Aymeric Chauprade quant à lui a beaucoup œuvré à diffuser la vision géopolitique d’un monde multipolaire, notamment au sein de la Nouvelle Revue d’Histoire alors qu’elle était dirigée par Dominique Venner. Un débat a pu se nouer entre des partisans de l’Eurosibérie, projet identitaire européen et ceux de l’Eurasie, moins attachés au fait ethnique. La question de l’islam étant une pierre d’achoppement essentielle.

Les derniers événements en Ukraine auront pu entériner le fait que la parole de Faye, Chauprade ou Douguine, chacun à leur façon, a été reçue 5/5 chez la grande majorité des nationalistes, des identitaires, des nationaux-bolcheviques ou des dissidents. Le soutien à la Russie est sans faille et le Kremlin peut compter sur une petite armée de propagandistes zélés. Pourtant, à mesure que le tropisme russe s’accroît, la réalité du pouvoir russe se fait de plus en plus visible. La répression des nationalistes russes allant jusqu’aux assassinats, l’arsenal répressif contre « l’extrémisme » ou contre les idées politiquement incorrectes se fait de plus en plus fort et n’a strictement rien à envier à ce que nous connaissons en Europe de l’ouest. Aucun de ces éléments n’a été relayé dans ses mouvances en Europe, à l’exception de quelques officines confidentielles souvent reliées à la mouvance dite « ultranationaliste ». A côté de cela les relations entre Poutine et Israël se sont renforcées.

Mi-avril, Israël fait faux bond aux Etats-Unis sur l’Ukraine et début juin une ligne directe et sécurisée est créée entre Poutine et Netanyahou. Ces informations qui m’avaient échappées à l’époque mettent en lumière les propos d’Aymeric Chauprade et ceux d’Israël Shamir que j’ai cités dans mon article précédent :

"Certes Israël est aujourd’hui encore très lié aux États-Unis mais ceux-ci commencent à s’en détourner et Israël adopte une posture multipolaire en construisant des relations fortes avec la Russie, l’Inde, la Chine." Aymeric Chauprade

"La semaine dernière [NDLR: en juin], l'historien militaire israélien Martin van Creveld est passé par Moscou. En 2003, il s'était rendu célèbre en menaçant l'Europe d'anéantissement nucléaire (l'option "Sanson") en disant: "Israël a la capacité de couler le monde entier avec nous, et c'est ce qui va se passer, avant qu'Israël se soumette à d'autres". Cette fois-ci il a expliqué aux Russes la nouvelle politique israélienne: tandis que les US entrent dans leur déclin, Israël doit diversifier et consolider ses projets en se rapprochant de Moscou, de Pékin et de Delhi, a-t-il écrit dans le quotidien Izvestia." Israël Shamir

De là à penser que la « multipolarité » telle qu’elle nous est vendue est une nouvelle tartufferie, je ne suis pas loin de franchir le pas. Les Etats-Unis, au sein duquel le courant isolationniste se renforce, seraient peut-être bien tentés de lâcher du lest et de sous traiter à leurs partenaires l’intervention dans les différents conflits du monde. Ainsi Obama n’a pas mis les pieds en Israël lors de son premier mandat et sous-traite aux Européens le conflit en Libye, aux Qataris le conflit en Syrie contre al-Assad ou aux Kurdes la contre-offensive envers l’EIIL. Les Israéliens n’étant pas dupes de cette tendance et du refroidissement des liens qui les unissent aux Etats-Unis au profit des pétromonarchies, seraient tentés de trouver de nouveaux partenaires. La Russie est de ceux-là et cela prend tout son sens si on regarde un peu l’histoire d’Israël et du sionisme et les relations russo-israéliennes.

On a tendance à ignorer la place importante des juifs russes lors la fondation de l’Etat d’Israël et leur omniprésence à la Knesset. Beaucoup de personnalités de l’histoire israélienne ont des origines familiales en Russie comme Chaim Weizmann, premier président de l’Etat d’Israël, son neveu Ezer Weizmann, militaire et septième président de l’Etat d’Israël, Ariel Sharon ou encore Avigdor Eskin, journaliste et politicien de la droite radicale israélienne qui exhorta la Russie à s’engager contre Maïdan et qui pointa bien avant les événements en Ukraine le (soit disant) retour en grâce de Stepan Bandera dans l’opinion publique ukrainienne.  D’après Israël Shamir : « Il clame que le gouvernement israélien a d'ores et déjà décidé de sauter du train US pour monter dans les wagons russes, que des commandos israéliens sont en route pour aller se battre pour les Russes à Donetsk, et que les autorités israéliennes vont retirer sa nationalité israélienne à Kolomoysky. ». Bien que cela soit exagéré, ces témoignages de nouvelles orientations se font de plus en plus nombreux. Par ailleurs, mi-avril, le journal le Point rapporte des propos d’Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie israélienne qui aurait déclaré : "Un jour, nous aurons un ministre de la Défense russophone, un président russophone, et peut-être bientôt un Premier ministre russophone !". Dans le même article, nous apprenons que la ministre de l’intégration des immigrants, Sofa Landver, a grandi à Léningrad (Saint-Petersbourg). En France le conservateur William Goldnadel, président de l’association France-Israël est également d’ascendance russe. Intéressant également, ce que nous pouvons lire sur le site de géopolitique diploweb : « La visite officielle en Russie est devenue un passage quasi incontournable pour tout dirigeant israélien soucieux de s’attirer l’électorat russophone dont les voix sont réellement déterminantes dans l’issue des élections en Israël. Les responsables politiques russes semblent quant à eux désireux de rencontrer leurs homologues israéliens à la fois pour saluer les Russes d’Israël mais aussi pour encourager la signature de nouveaux contrats au service des intérêts russes. L’ancienne élite technique et scientifique juive soviétique a constitué un indéniable moteur à la croissance économique israélienne. Très représentés dans les métiers de la technologie de pointe, les Russes ont apporté un savoir-faire qui a consolidé le potentiel d’excellence d’Israël dans le domaine. Ces Israéliens d’origine russe représentent d’ailleurs un véritable « pont économique entre les deux pays. ».  Par ailleurs beaucoup de juifs russes sont dans l’entourage de Poutine comme nous l’avions déjà indiqué  comme Arcady Rothenberg – (métallurgie, construction), Roman Abramovitch – 107e fortune mondiale (hydrocarbures, sport), Mikhail Friedman - 41e fortune mondiale (pétrole, secteur bancaire, télécommunications), Len Blavatnik – 44e fortune mondiale (divers), Oleg Deripaska (aluminim, services publics)  ou encore Leonid Mikhelson – 47e fortune mondiale (gaz, produits chimiques). Certains occupent même des postes dans les congrès et organisations liés à leur communauté.

Tout cela n’est pas étonnant, beaucoup de juifs vivaient et vivent toujours en Europe de l’est et 20% des israéliens ont aussi la nationalité russe, beaucoup le revendiquant même avec fierté en Israël en affichant des drapeaux russes. Même la presse française « officielle » l’a déjà évoqué. Sans oublier les liens entretenus par Poutine et le judaïsme orthodoxe. Citons par exemple le rabbin loubavitch Berel Lazar, grand rabbin de Russie. Né à Milan formé dans une école rabbinique de New York (Collège rabbinique d’Amérique, Morristown, New Jersey). En 1990, Berel Lazar a été nommé rabbin de la synagogue Maryina Roshcha de Moscou. En 1992, Lazar rencontre à Moscou le diamantaire israélien Lev Leviev avec qui il se lie d’amitié.  Ce dernier le présente aux hommes d’affaire juifs russes Boris Berezovski  et Roman Abramovich. Abramovich, ami intime et appui politique de Poutine le présente au futur président de Russie qui une fois au pouvoir le fera grand Rabbin et citoyen russe. (Les deux extraits en italique proviennent d’un article publié en avril d’Arnaud de Robert).

Le constat que nous pouvons établir, c’est que sans diminuer les mérites d’Egalité & Réconciliation, il apparaît que le travail sur le sionisme russe et la « question juive » en Russie n’a été fait nulle part à l’exception notable de celui d’Hervé Ryssen et de Pierre Hillard. L’autre constat que nous pouvons établir, c’est que Poutine, conformément à sa stratégie, s’appuie sur les minorités russes partout où elles sont et Israël ne fait pas exception à la règle.

Vous allez me dire: oui mais au fond, quel intérêt de raconter tout ça? Je pense que si il faut éviter les monomanies et ne pas "essentialiser" la question juive, au sens où chaque juif incarnerait le mal absolu (ce n'est pas le propos), il faut dans le même temps ne pas se faire berner sur la question de la lutte contre le sionisme, le mondialisme et le capitalisme. Le sionisme, le mondialisme et le capitalisme, qui sont trois sujets distincts pouvant se recouper, sont d'abord et avant tout une affaire de réseaux. Sur ce point, il convient donc de faire abstraction des apparences et de constater le caractère transnational de ces réseaux, qui vont indistinctement de New-York à Moscou en passant par Londres, Paris, Bruxelles ou Tel-Aviv et ne se limitent pas, d’ailleurs, à la communauté évoquée précédemment. L'erreur pour beaucoup de « nationalistes » est donc d'être rentré à l'instar des anciens communistes devenus dissidents "patriotes" dans une dialectique post-guerre froide reprenant les mêmes ingrédients qui opposerait un impérialisme atlanto-sioniste à des nations non-alignées, résistantes, défendant la civilisation européenne, chrétienne ou d'autres formes de spécificités (comme le chiisme), le tout dirigé par la Russie. Les réseaux sionistes, mondialistes et capitalistes sont dans les deux camps et les deux schémas (l'hegemon atlantiste et la multipolarité) peuvent être deux formes de contrôle par les mêmes types de réseaux. Il est donc impossible d'analyser l'optique israélienne de Chauprade sans se poser la question dans le même temps de son tropisme russe. Il est possible qu'au sein même de ces réseaux, deux factions s'opposent, une faction "libérale", favorable aux Etats-Unis (incarnée chez nous par BHL par exemple) et une faction "conservatrice" favorable à la Russie. Les nationalistes, les dissidents et les anti-capitalistes sont en train de se faire manipuler par des schémas maintes fois rebattus où on oblige les gens à « choisir leur camp » alors que tous les camps appartiennent d’une façon ou d’une autre au Système. Vladimir Poutine est par exemple citoyen d'honneur de la City (Pierre Hillard) et pendant que certains s’enfoncent dans le bourbier du Donbass, il entérine les accords entre Rosneft et Exxon (compagnie pétrolière dont JP Morgan est actionnaire et dans laquelle des membres de Goldman Sachs sont au conseil d‘administration).

Ce qui se joue en Ukraine est donc symptomatique de la confrontation de deux réseaux qui ont surement des divergences sur le plan économique et géopolitique voire même philosophique (libéralisme vs conservatisme) mais qui ont aussi des points communs dans les objectifs visés (libre-échange, multiculturalisme, contrôle des matières premières, affaiblissement de l’Europe, etc…). Alexandre Soljenitsyne, l’auteur de « l’Archipel du Goulag » mais aussi de « Deux siècles ensembles » a écrit en 1981: « Cette intolérance furieuse dans la discussion sur la question russo-ukrainienne (nuisible pour les deux nations et utile seulement pour leurs ennemis) me fait particulièrement mal parce que je suis moi-même d'origine russo-ukrainienne, que j’ai grandi dans une ambiance imprégnée par ces deux cultures et que je n'ai jamais constaté et que je ne discerne toujours aucun antagonisme entre elles. J'ai eu maintes occasions d'écrire et de parler en public de l'Ukraine et de son peuple, de la tragédie de la famine ukrainienne, j'ai beaucoup de vieux amis en Ukraine, j'ai toujours été au courant des souffrances russes et des souffrances ukrainiennes subies sous le communisme. Dans mon cœur il n'y a pas de place pour le conflit russo-ukrainien et si, que Dieu nous garde, les choses en arrivent aux dernières extrémités, je peux dire que jamais, en aucune circonstance je n'irai moi-même ni ne laisserai mes fils participer à un affrontement russo-ukrainien, quelque zélées que fussent les têtes folles qui nous y pousseraient. ».

Cet extrait devrait nous faire réfléchir sur ceux qui tiennent les manettes de chaque côté et poussent à la fracture ukraino-russe déjà entamée par l’URSS. Nous ne pouvons feindre d’ignorer que les oligarchies prospèrent sur le chaos qu’elles engendrent fait de confrontation, d’instabilité, de faiblesse du pouvoir, de cinquième colonne et de réseaux apatrides. Le conflit indirect entre l’Ukraine et la Russie sert les intérêts de l’Oligarchie au même titre que celui entre Européens et arabo-musulmans qui détourne de la lutte contre la submersion migratoire ou entre chiites et sunnites qui affaibli durablement le Moyen Orient. Ces conflits conduisent à accroître la polarisation entre des groupes sociaux et ethniques pour générer un chaos propice à la prédation capitaliste. De fait, à moins d’aspirer à un chaos général d’où on ne sait pas bien ce qui en sortirait de positif, il nous faut être très prudent dans les positions que nous prenons et dans les soutiens que nous affichons.

Vous pouvez continuer de fermer les yeux si ça vous arrange et résumer la géopolitique en un conflit entre les méchants atlanto-sionistes et les gentils russes défenseurs de l’Europe éternelle et de la libératrice multipolarité. On vous aura prévenu. D’ailleurs qu’a fait concrètement la Russie de Poutine au Kosovo, en Libye ou à Gaza pour parler de trois exemples si chers à certains ? Rien.

Gabriele Adinolfi fait partie des rares à avoir envisagé le conflit actuel en Ukraine comme un nouveau Yalta, position que nous pouvons élargir à d’autres conflits et à d’autres régions du monde. En 1985, Guillaume Faye, qui est aujourd'hui dans la même optique qu'Aymeric Chauprade, écrivait alors dans son Nouveau discours à la nation Européenne : « Depuis Yalta, l'Union Soviétique et les Etats-Unis sont des puissances associées qui collaborent « naturellement », pour empêcher leur concurrent commun de s'unir et de se relever. Aussi maintiennent-ils l'Europe à terre, démembrée et impuissante, sans même avoir besoin de se concerter. Un tel réflexe d'autodéfense géopolitique – La constitution d'une ligue implicite contre un concurrent – est commun dans l'histoire : Athènes et Thèbes contre Sparte, Romains et Gaulois contre Germains, François 1er et le Grand Turc contre l'Empire des Habsbourg, l'Angleterre et la Prusse contre Napoléon, etc... » . Cette vision des choses peut surprendre, mais à l’heure où Poutine choisit de s’exprimer depuis Yalta, le jeu d’échec américano-russe se fait encore aujourd’hui au détriment des Européens. Les sanctions actuelles par exemple pénalisent bien plus les Européens que les Etats-Unis, ce ne sont pas les chantres du Traité transatlantique qui vont s’en plaindre, trouvant ici un argument pour faire avancer le projet.

En 2011, Nicolas Sarkozy a commandé à Jean-Pierre Thomas, ancien député et gérant-associé de la banque Lazard, un rapport sur les relations économiques euro-russes. Publié en 2012, il préconisait une zone de libre-échange entre l'UE et la Russie. Dans le même temps, Vladimir Poutine, alors premier ministre, lançait l’idée d’une Union eurasiatique inspirée de l’Union européenne et Dimitri Medvedev, alors président, signait les accords pour une Commission eurasiatique, copie de la Commission européenne. Ce projet pourrait logiquement englober des pays non européens. Les Etats-Unis y sont bien surs opposés, mais cela est-il une raison valable pour approuver ce projet ? Dans le cas présent aussi, on constate que les Russes copient non seulement le si nuisible projet « eurocratique » mais que les rapports avec les Russes sont toujours traités sous l’angle du libre-échange. A l’instar du projet européen, volé par les technocrates et les libéraux, le projet eurasiste suit la même voie et les accords euro-russes également. Il n’y a ici aucune logique civilisationnelle. L’Argent est la seule valeur commune.

Or quels sont nos objectifs ? La renaissance de l’Europe et la préservation des Européens sur le plan culturel et identitaire ainsi que la sortie du capitalisme sur le plan économique. Ces objectifs ne sont pas ceux défendus ici.

A la lumière de cet article, il ne sera j’espère plus possible de faire avaler des couleuvres au sujet de la Russie de Poutine ni chez les anti-sionistes, ni chez les partisans de l’Europe libérée.

Il convient donc à mon sens de définir un positionnement clairement alter-européen qui adopte une position équilibrée sur la Russie: partenariat mais avec lucidité et fermeté. C’est ce qu’on aurait pu attendre du FN.

Que la Russie soit un partenaire stratégique et économique, soit, personne ne le conteste, qu’elle soit une sœur de notre l’Europe, personne ne le conteste non plus, mais fermer les yeux sur la nature réelle du pouvoir russe, c’est non. Nous ne pouvons pas appuyer aveuglément les oligarchies qui divisent les Européens entre eux. C’est une nouvelle fois une question de principe. Surtout quand celles-ci usent d’une rhétorique antifasciste et hostile à l’ethno-nationalisme et qu'elles n'ont pas de projet de sortie du capitalisme. Pour court-circuiter les réseaux mondialistes, il ne faudra probablement compter sur personne d’autre que nous même. Comme souvent.

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

04/08/2014

Le couple franco-allemand doit-il faire chambre à part?

Le couple franco-allemand doit-il faire chambre à part?

Les résultats des Européennes ont montré un véritable euroscepticisme dans certains pays. Bien que nous soyons heureux de ce (modeste) sursaut des Européens contre la technocratie capitaliste euro-atlantiste, il pose tout de même la question de l’avenir de notre continent. Soyons clairs, nous sommes initialement des défenseurs de l’Europe carolingienne, celle dont rêvait aussi Bonaparte, et qui fut à l’origine de l’Europe des 6. Le « repli national » n’est donc pas pour nous la solution optimale. C’est à la limite un truc d’Anglais de se replier sur son île et d’œuvrer à saborder toute puissance continentale européenne. Le rôle de la France, c’est d’être le cœur politique de l’Europe, comme c’est le cas depuis de nombreux siècles. La France se doit donc de « penser l’Europe ».

Du rêve à la réalité, il y a un pas, donc soyons pragmatiques. Aujourd’hui il parait évident qu’il n’existe aucun couple Franco-allemand, on aura beau le fantasmer, dessiner des cartes de la Grande Europe sur Paint ou photoshop, la réalité est évidente, comme c’est malheureusement le cas depuis maintenant 150 ans, la France et l’Allemagne ne parviennent pas à agir de concert, à ne pas se vampiriser. Le couple franco-allemand ne vit que dans le spectacle médiatique fait des sourires hypocrites de leurs chefs d'états respectifs. Par ailleurs, combien de Français parlent l'allemand et combien d'Allemands parlent français? Il faut donc envisager la constitution de l’Europe sur des bases neuves, ou pas.

La France doit retrouver sa place, celle d’une grande nation d’Europe. La France a plusieurs forces. Tout d’abord elle dispose de la deuxième ZEE du monde (espace maritime), ce qui est essentiel vis-à-vis des Etats-Unis et de la Chine. De plus, elle est aussi un carrefour, un passage obligé entre l’Europe du nord et celle du sud et l’isthme de tous les trajets partant de l’est vers l’ouest. Enfin, elle est une puissance agricole (la première d’Europe). La France est aussi, intrinsèquement, une « mini Europe ». Il suffit par exemple de voir la diversité du bâti, entre les maisons en briques du nord, qui rappellent la Belgique voisine ou l’Angleterre, les grandes maisons en pierre du Pays-Basque ou les maisons au crépis chaud du sud méditerranéen qui rappellent l’Espagne ou l’Italie. La France ne peut donc pas aller contre l’Europe, au risque de renier une partie d’elle-même. C’est en s’appuyant sur ses forces (il y en a d’autres) qu’elle pourra se permettre de revenir ensuite vers l’Allemagne. La France se positionne aujourd'hui comme le seul pays capable de construire une autre Europe.

Dans l’état actuel des choses, il faut réfléchir sur quelles bases constituer l’Europe. Une idée, qui n’est pas neuve mais pourrait être pertinente me traverse l’esprit régulièrement : Diviser l’Europe actuelle en deux grandes familles et organiser des rapports bilatéraux entre la France et l’Allemagne. D'un côté une "union/confédération latine", de l'autre une "union/confédération germanique".

1004122-Charles_Maurras.jpgL'union latine est déjà un projet évoqué par Charles Maurras, qui lui même mentionne que cette idée a été défendue par des "révolutionnaires": Mazzini ou Victor Hugo. C'est d'ailleurs un projet qui a eu une actualité dans la deuxième moitié du XIXe siècle à la suite de l'unité italienne et des relations établies avec le Second empire.

La France pourrait coopérer avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Wallonie et disposerait de son importante ZEE. La France serait ainsi le moteur de cette union latine, ouverte directement sur deux mers et un océan et pouvant compter sur les territoires ultra-marins. Cette union latine disposerait d’une monnaie en rapport avec ses atouts économiques comme l’agriculture et le tourisme et pourrait aussi développer des technologies maritimes et s’engager sur la voie de la protection des océans. Elle serait un passage obligé pour le commerce international, en raison de son contrôle sur Gibraltar et le rail d’Ouessant et dispose de plusieurs villes portuaires comme Gênes, Marseille-Fos, Barcelone, Bilbao ou le Havre. Elle pourrait donc lourdement taxer les produits d’Asie de l’Est et du sous-continent indien, favorisant ainsi le développement d’un tissus de PME et engageant une forme de démondialisation. Elle aurait aussi en charge la lutte contre l’immigration et la coopération avec le Maghreb. Elle pourrait aussi être un partenaire de certains pays d'Amérique latine hostiles à la doctrine Monroe.

Bundesarchiv_Bild_183-R68588,_Otto_von_Bismarck.jpgLa "confédération germanique" quant à elle rappellera la situation avant l'unité allemande, à l'époque où celle-ci était dominée principalement par l'Autriche. Les prussiens ayant affaibli la position de l'Autriche, il reviendrait très naturellement à l'Allemagne rhénane de mener cette confédération. D'autant que la réunification n'est pas encore totalement réussie.

L’Allemagne est la maîtresse de la Mitteleuropa, son espace géostratégique et économique comprend la Baltique, une partie du Danube et les pays de l’Europe orientale. Ainsi l’Allemagne pourrait structurer un espace de coopération avec l’Autriche, la Flandre, les Pays-Bas, la République-Tchèque et le Danemark. Je préfère ne pas trop élargir pour définir une union resserrée. Elle serait en tête dans l’industrie de qualité, la recherche ou les énergies « vertes »*. Cet espace aurait le contrôle sur le Rhin, le Danube et bénéficiait des grands ports comme Rotterdam ou Anvers.

L’établissement de ces deux grandes unions ou confédérations pourrait ensuite permettre la mise en place de rapports d’égal à égal entre la France et l’Allemagne, entre les latins et les germains, entre une Europe ouverte sur les mers et une Europe continentale, entre une Europe agraire et une Europe plus industrielle (ce qui n’exclue pas l’existence d’agriculture du côté de l’union allemande et d’industrie dans l’union latine). Bien sur tout cela relève de la fiction et il faudrait passer au-dessus de certaines blessures historiques, comme celle entre la France et l’Espagne ou celle entre l’Allemagne et la République-Tchèque qui serait le seul état "slave" de cette confédération, à moins que la Pologne s'y joigne. Pourtant ce serait dans l’immédiat la meilleur façon de sortir de la crise que traverse l’Europe en repositionnant les deux grands pays sur leur espace géopolitique naturel et en coupant l’Europe en deux grandes zones économiques structurellement différentes.

Ces deux unions œuvreraient ensuite pour une politique internationale commune, ou du moins, non divergente. Ce qui pose par exemple la question d‘un partenariat avec la Russie, beaucoup plus simple à réaliser pour l’Allemagne que pour la France mais qui garantit le fameux axe "Paris-Berlin-Moscou" sur des bases équitables. L’Angleterre quant à elle serait repliée sur son île et chercherait à favoriser le libre-échange avec les Etats-Unis, comme elle l’a toujours fait. L’union latine serait sa principale concurrente sur les mers.

A travers ce modeste article, qui relève de la prospective fictionnelle, j’ai cherché à proposer une sortie de crise possible pour résoudre les problèmes que nous traversons : difficultés monétaires, austérité en Europe du sud (particulièrement en Italie), immigration, asphyxie économique, absence de protectionnisme, absence de politique étrangère, relations avec la Russie, résistance à l’impérialisme anglo-américain, riposte économique et géostratégique à la Chine et à l’Inde. Peut-être que certaines personnes bien placées seront à même de soulever cette idée, pas neuve, mais qui pourrait retrouver une actualité.

Jean/C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

NB: ces considérations n'entrent pas en conflit avec des volontés localistes, auto-gestionnaires ou décroissantes qui peuvent aussi nous préoccuper. Ces dernières sont essentiellement le produit d'une politique intérieure alors que cet article concerne simplement la politique extérieure.

06/07/2014

Entretien avec Alain de Benoist sur le Traité transatlantique (Rébellion)

Entretien avec Alain de Benoist sur le Traité transatlantique

AlainDeBenoist.jpgPour la revue Rébellion, Alain de Benoist revient sur les enjeux du Traité Transatlantique.

Rébellion / Quelle sont les origines des négociations pour le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement ? Quelles sont les parties en présence ?

La « libéralisation » totale des échanges commerciaux est un vieil objectif des milieux financiers et libéraux. Dès le 22 novembre 1990, un an après la chute du Mur de Berlin, les Etats-Unis et l’Europe avaient adopté une première « Déclaration transatlantique » par laquelle ils s’engageaient à « promouvoir les principes de l’économie de marché, à rejeter le protectionnisme, à renforcer et ouvrir davantage les économies nationales à un système de commerce multilatéral ». S’ensuivirent différentes initiatives allant toute dans le sens d’un partenariat commercial euro-américain. En mai 1998, lors du sommet américano-européen de Londres, un premier Partenariat économique transatlantique fut signé.

Le projet fut réactivé en juin 2005, au sommet américano-européen de Washington, sous la forme d’une déclaration solennelle en faveur d’un « Nouveau partenariat économique transatlantique ». Le 30 avril 2007, un « Conseil économique transatlantique » était mis en place par George W. Bush, président des Etats-Unis, Angela Merkel, alors présidente du Conseil européen, et José Manuel Barroso président de la Commission européenne, sous la direction conjointe de Karel De Gucht, commissaire européen au Commerce, et de l’Américain Michael Froman. Cette nouvelle instance se fixait pour objectif de négocier le marché transatlantique dans tous ses aspects législatifs liés à la production, au commerce et aux investissements. Il fut convenu de se réunir tous les ans.

Le 2 février 2009, le Parlement européen adoptait une résolution sur l’« état des relations transatlantiques » invitant à la création effective d’un grand marché transatlantique calqué sur le modèle libéral et impliquant une liberté de circulation totale des hommes, des capitaux, des services et des marchandises. Le texte précisait que ce partenariat transatlantique se fondait « sur des valeurs centrales partagées, telles que la démocratie, les droits de l’homme et l’Etat de droit », et qu’il devait « demeurer la pierre angulaire de l’action extérieure de l’Union ». Le processus pouvait alors s’engager concrètement. Le 13 février 2013, Obama signait avec José Manuel Barroso et Herman Van Rompuy une déclaration adoptant le principe d’un accord de partenariat transatlantique. François Hollande, représentant la France, aissait faire. Le 12 mars, la Commission européenne approuvait le projet de mandat concernant la conclusion d’un tel accord avec les Etats-Unis. Enfin, le 14 juin 2013, les gouvernements des 27 Etats membres de l’Union européenne donnaient officiellement donné mandat à la Commission européenne pour négocier avec le gouvernement américain la création d’un grand marché commun transatlantique, qui a reçu le nom de Partenariat transatlantique de commerce et d’investissements (Trasantlantic Trade and Investment Partnership, TTIP), l’objectif affiché étant de « lier le niveau de libéralisation des deux parties au plus haut niveau de libéralisation obtenu suite aux accords de libre-échange déjà conclus, tout en cherchant à atteindre de nouveaux accès au marché en éliminant les obstacles qui demeurent ». Les négociations officielles se sont ouvertes à Washington le 8 juillet 2013. Elles se poursuivent toujours actuellement, les partenaires espérent parvenir à un accord d’ici 2015.

Rébellion / Décrit comme le plus important accord commercial bilatéral de l'histoire (800 millions de consommateurs, la moitié du PIB mondial et 40% des échanges mondiaux sont directement concernés), il est pourtant négocié dans le plus grand secret par Washington et Bruxelles. Alors que les peuples sont globalement tenus à l'écart des négociations, il semble que les représentants des multinationales et des grands intérêts financiers soient des membres actifs des réunions de préparation. Pourquoi autant de d'opacité autour de ce projet ? Que révèle pour vous ce basculement anti-démocratique du système mondialiste ?

On retrouve dans cette affaire la volonté des milieu libéraux de tenir le plus possible les peuples dans l’ignorance de ce qui va engager leur avenir. Ni l’opinion publique ni ses représentants n’ont en effet eu accès au mandat de négociation. La classe politique, dans son ensemble, s’est réfugiée dans un silence qui laisse pantois. Les traités confiant à la Commission européenne une compétence exclusive en matière commerciale, le Parlement européen n’a même pas été saisi. Beaucoup n’hésitent pas à parler de « négociations commerciales secrètes » pour qualifier ces tractations qui se déroulent à huis-clos. Ce que l’on en sait provident uniquement de « fuites ». Les citoyens n’en ont en rien été informés – ce qui n’est pas le cas, en revanche, des « décideurs » appartenant aux grands groupes privés, aux multinationales et aux divers groupes de pression, qui sont au contraire régulièrement associés aux discussions.

Rébellion / Le contenu du projet de traité semble viser à une libéralisation totale des rapports économiques entre l'Europe et les Etats-Unis. Que recouvrerait exactement le futur accord ?

C’est à la fois simple et immensément ambitieux. Il s’agit de déréglementer complètement les échanges entre les deux plus grands marchés de la planète. Le projet vise pour cela à la « suppression totale des droits de douane sur les produits industriels et agricoles », mais surtout se propose d’« atteindre les niveaux les plus élevés de libéralisation des investissements ».

Pour quel objectif ? L’élimination des barrières commerciales transatlantiques, dit-on, apporterait entre 86 et 119 milliards d’euros par an à l’économie européenne, et entre 65 et 90 milliards aux Etats-Unis, ce qui pourrait entraîner d’ici quinze ans une augmentation moyenne des revenus de 545 euros par ménage européen (chiffres fournis par la Commission européenne et par le Center for Economic Policy Research). Selon un rituel bien au point, on assure que l’accord bénéficiera à tout le monde, qu’il aura un effet favorable sur l’emploi, etc. Rapportées à l’horizon 2027, qui est celui que l’on a retenu, de telles promesses sont en réalité dépourvues de sens. En 1988, la Commission européenne avait déjà affirmé que la mise en place du grand marché européen, prévue pour 1992, créerait entre 2 et 5 millions d’emplois en Europe. On les attend toujours.

Rébellion / Les conséquences du traité, s’il devait être mis en place, seraient sans précédent pour l'Europe. Quels seraient les secteurs les plus touchés ?

La suppression des droits de douane sera surtout sensible dans le secteur du textile et dans le secteur agricole : elle devrait entraîner une chute des exportations agricoles françaises, une industrialisation accrue de l’agriculture européenne, et l’arrivée massive en Europe de soja et de blé américain. Globalement, le démantèlement des droits de douane sera en outre préjudiciable à l’Europe, car le taux moyen de droits de douane est de 5,2 % dans l’Union européenne, tandis qu’il n’est que de 3,5 % aux Etats-Unis. S’ils sont supprimés, les Etats-Unis en retireront donc un avantage de 40 % supérieur à celui de l’UE. Cet avantage sera spécialement marqué dans certains secteurs : les droits de douane sur les matériels de transports sont de 7,8 % en Europe, contre 0 % aux Etats-Unis. Leur suppression portera donc directement atteinte à l’industrie automobile européenne. Et la faiblesse du dollar par rapport à l’euro profitera également aux Etats-Unis au détriment des productions européennes, qui seront incitées à délocaliser, ce qui aggravera d’autant le chômage. Cela dit, la disparition des barrières douanières n’aura pas d’effets macro-économiques véritablement décisifs, puisque les Etats-Unis sont déjà les premiers clients de l’Union européenne, et inversement. A l’heure actuelle, quelque 2,7 milliards de dollars de biens et de services sont échangés chaque jour entre les deux continents !

Rébellion / La fin des normes protectrices et les poursuites possibles pour faire « sauter » les dernières barrières au libre-échange mondial ouvrent-elles la voie à une « privatisation » du droit au service des grands groupes ?

C’est en effet le point essentiel. Beaucoup plus importante que la suppression des droits de douane est l’élimination programmée de ce qu’on appelle les « barrières non tarifaires » (BNT), c’est-à-dire l’ensemble des réglementations que les négociateurs jugent nuisibles parce qu’elles constituent autant d’« entraves » à la liberté du commerce. En clair, les normes constitutionnelles, légales et réglementaires qui, dans chaque pays, seraient susceptibles d’entraver une liberté commerciale érigée en liberté fondamentale : normes de production sociales, salariales, environnementales, sanitaires, financières, économiques, politiques, etc. Pour ce faire, les accords en cours de négociation se proposent d’aboutir à une « harmonisation progressive des réglementations et de la reconnaissance mutuelle des règles et normes en vigueur ». José Manuel Barroso a lui-même précisé que « 80 % des gains économiques attendus de l’accord viendront de la réduction du fardeau réglementaire et de la bureaucratie ». L’enjeu normatif est donc énorme.

Pour libéraliser l’accès aux marchés, l’Union européenne et les Etats-Unis sont censés faire « converger » leurs réglementations dans tous les secteurs. Le problème est que, dans presque tous les cas, les règlements en vigueur aux Etats-Unis sont moins contraignants que ceux qui existent en Europe. Comme les Américains n’envisagent évidemment pas un instant de durcir leur législation, et que l’objectif est de s’aligner sur le « plus haut niveau de libéralisation existant », la « convergence » se fera nécessairement par l’alignement des normes européennes sur les leurs. En fait d’« harmonisation », ce sont les Etats-Unis qui vont imposer à l’Europe leurs règles commerciales.

Dans le domaine agricole, l’ouverture du marché européen devrait entraîner l’arrivée massive des produits à bas coûts de l’agrobusiness américain : bœuf aux hormones, carcasses de viande aspergées à l’acide lactique, viands aux OGM, etc. Jugées depuis longtemps « trop contraignantes » par les Américains, toutes les normes sanitaires européennes pourraient ainsi être condamnées comme « barrières commerciales illégales ». En matière environnementale, la réglementation encadrant l’industrie agro-alimentaire serait démantelée. Les groupes pharmaceutiques pourraient bloquer la distribution des génériques. Les services d’urgence pourraient être contraints de se privatiser. Il pourrait en aller de même de l’eau et de l’énergie. Concernant le gaz de schiste, la fracturation hydraulique deviendrait un droit intangible. En outre, comme aux Etats-Unis les « indications géographiques protégées » ne sont pas reconnues, les « appellations d’origine contrôlées » (AOC) françaises seraient directement menacées. En matière sociale, ce sont toutes les protections liées au droit du travail qui pourraient être remises en cause, de même que le statut des services publics et des marchés publics.

Mais il y a pire encore. L’un des dossiers les plus explosifs de la négociation concerne la mise en place d’un mécanisme d’« arbitrage des différends » entre Etats et investisseurs privées. Ce mécanisme dit de « protection des investissements » (Investor State Dispute Settlement, ISDS) doit permettre aux entreprises multinationales et aux sociétés privées de traîner devant un tribunal ad hoc les Etats ou les collectivités territoriales qui feraient évoluer leur législation dans un sens jugé nuisible à leurs intérêts ou de nature à restreindre leurs bénéfices, c’est-à-dire chaque fois que leurs politiques d’investissement seraient mises en causes par les politiques publiques, afin d’obtenir des dommages et intérêts. Le différend serait arbitré de façon discrétionnaire par des juges ou des experts privés, en dehors des juridictions publiques nationales ou régionales. Le montant des dommages et intérêts serait potentiellement illimité (c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de limite aux pénalités qu’un tribunal pourrait infliger à un Etat au bénéfice d’une multinationale), et le jugement rendu ne serait susceptible d’aucun appel. Un mécanisme de ce type a d’ailleurs déjà été intégré à l’accord commercial que l’Europe a récemment négocié avec le Canada (CETA).

Les firmes multinationales se verraient donc conférer un statut juridique égal à celui des Etats ou des nations, tandis que les investisseurs étrangers obtiendraient le pouvoir de contourner la législation et les tribunaux nationaux pour obtenir des compensations payées par les contribuables pour des actions politiques gouvernementales visant à sauvegarder la qualité de l’air, la sécurité alimentaire, les conditions de travail, le niveau des charges sociales et des salaires ou la stabilité du système bancaire. La capacité des Etats à légiférer étant ainsi remise en question, les normes sociales, fiscales, sanitaires et environnementales, ne résulteraient plus de la loi, mais d’un accord entre groupes privés, firmes multinationales et leurs avocats, consacrant la primauté du droit américain. On assisterait ainsi à une privatisation totale de la justice et du droit, tandis que l’Union européenne s’exposerait à un déluge de demandes d’indemnités provenant des 14 400 multinationales qui possèdent aujourd’hui plus de 50 800 filiales en Europe.

Rébellion / L'Union européenne se révèle un acteur de l'arrimage de notre continent aux intérêts des Etats-Unis. Pensez-vous que cette orientation atlantiste cache une course vers le vide d'une institution technocratique qui tente de renforcer son emprise sur les peuples ?

Ce qui est terrible en effet, c’est que les négociateurs de l’Union européenne semblent s’être engagés dans ces discussions sans le moindre souci de faire passer en premier les intérêts des Européens. On ne peut s’en étonner, puisque l’idéologie de l’Union est cette même idéologie capitaliste et libérale dont se réclament les Etats-Unis. Dans certains domaines, les Européens vont même plus loin que les Américains. Un exemple : le 1er juillet dernier, un document qui a « fuité » grâce à un groupe bruxellois appelé Corporate Europe Observatory (CEO) a révélé que, dans le cadre des négociations sur l’accord commercial transatlantique, les Européens s’aprrêtent à demander eux-mêmes moins de règles pour les banques et les marchés financiers, cet appel à déréglementer la finance, qui résulte du travail de lobbying des banques européennes, remettant directement en cause tout le travail d’encadrement de ce secteur realisé depuis le début de la crise. L’intégration des services financiers à l’accord transatlantique permettrait ainsi aux banques européennes d’opérer aux Etats-Unis avec leurs propres réglementations.

Rébellion / La perte de souveraineté économique de l'Europe représentée par la mise en place du traité Transatlantique ne va t-elle pas renforcer la perte de souveraineté politique déjà existante avec son intégration dans l'OTAN ?

La réponse est dans la question ! Le Wall Street Journal l’a d’ailleurs reconnu avec ingénuité : tout comme le « Partenariat transpacifique » (Trans-Pacific Partnership, TPP) que les Etats-Unis ont également lancé en 2011 pour contenir la montée en puissance de la Chine, le partenariat transatlantique « est une opportunité de réaffirmer le leadership global de l’Ouest dans un monde multipolaire ». Un leadership que les Etats-Unis ne sont pas parvenus à imposer par l’intermédiaire de l’OMC en raison de la résistance des pays pauvres et des pays émergents. Il s’agit donc bien pour eux de tenter de maintenir leur hégémonie mondiale en enlevant aux autres nations la maîtrise de leurs échanges commerciaux au bénéfice de multinationales largement contrôlées par leurs élites financières. La création d’un grand marché transatlantique leur offrirait un partenaire stratégique susceptible de faire tomber les dernières places fortes industrielles européennes. Il permettrait de démanteler l’Union européenne au profit d’une union économique intercontinentale, c’est-à-dire d’arrimer définitivement l’Europe à un grand ensemble « océanique » la coupant de sa partie orientale et de tout lien avec la Russie.

L’enjeu final est donc bel et bien politique. Par une intégration économique imposée à marche forcée, l’objectif final est de mettre en place une « nouvelle gouvernance » commune aux deux continents. A Washington comme à Bruxelles, on ne dissimule pas que le grand marché transatlantique n’est qu’une étape vers la création d’une structure politique mondiale, qui prendrait le nom d’Union transatlantique. De même que l’intégration économique de l’Europe était censée déboucher sur son unification politique, il s’agirait de créer à terme un grand bloc politico-culturel unifié allant de San Francisco jusqu’aux frontières de la zone d’influence russe. Le continent eurasiatique étant ainsi coupé en deux, une véritable Fédération transatlantique pourrait ainsi voir le jour. Les souverainetés nationales ayant déjà été annexées par la Commission de Bruxelles, c’est la souveraineté européenne qui serait alors transférée aux Etats-Unis. Les nations européennes resteraient dirigées par des directives européennes, mais celles-ci seraient dictées par les Américains. Il s’agit, on le voit, d’un projet d’une immense ambition, dont la réalisation marquerait un tournant historique – sur l’opportunité duquel aucun peuple n’a jamais été consulté.

Rébellion / Grand absent de cette négociation, quel est le regard de la Russie sur ce renforcement des liens du bloc atlantiste ? Propose-t-elle une voie alternative ?

La Russie ne peut que s’inquiéter de la mise en place d’un tel accord, qui contribuerait à l’encercler du point de vue économique et politique, et à la couper un peu plus des pays européens. Elle pourrait bien entendu offrir une alternative aux Européens, en leur proposant de s’associer à la construction d’un grand bloc continental, mais elle sait très bien que l’Union européenne ne s’engagera jamais dans cette voie aussi longtemps qu’elle restera aux ordres de Washington. Dans le passé, Poutine semble avoir espéré que les Européens se montreraient plus soucieux de leur indépendance et prendraient conscience de ce qui rend complémentaires les intérêts russes et les intérêts européens. Je pense qu’aujourd’hui, il ne se fait plus d’illusion. C’est la raison pour laquelle il se rapproche toujours plus de la Chine, afin de créer avec elle une puissance commune qui puisse contre-balancer l’offensive américaine et affaiblir un dollar déjà bien mal en point.

Rébellion / Lors des débats à l'Assemblée nationale, l'UMP comme le PS ont rejeté l’appel à la suspension des discussions déposé par le Front de gauche. Cet alignement de la « gauche » comme de la « droite » est-il une nouvelle preuve de leur adhésion commune à logique libérale ?

Est-il encore besoin de « preuves » ? Le parti socialiste, qui depuis 1983 n’a plus de socialiste que le nom, ressemble aujourd’hui de plus en plus à l’ancienne SFIO. Il a hérité d’un atlantisme qui ne s’est pas démenti depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique que François Hollande se soit bien gardé de revenir sur la réintégration de la France dans l’appareil intégré de l’OTAN. Toute sa politique montre par ailleurs qu’il s’est officiellement soumis à la finance de marché. N’oublions pas non plus que nombre de membres de la Nouvelle Classe, qu’il s’agisse de leaders d’opinion ou de dirigeants des grands « partis de gouvernement », à commencer par François Hollande (promotion 1996), font partie des « Young Leaders » de la French-American Foundation, organisation créée en 1976 pour « renforcer les liens entre la France et les Etats-Unis », notamment par la recherche de « solutions partagées » (c’est aussi le cas de personnalités aussi différentes que Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Matthieu Pigasse, Laurent Joffrin, David Kessler, Jean-Marie Colombani, Jérôme Clément, Yves de Kerdrel, Pierre Moscovici, Valérie Pécresse, Christine Ockrent, Alain Minc, Anne Lauvergeon, Alain Juppé, etc.). Comment s’étonner alors de la déclaration de Nicole Bricq, ancien ministre du Commerce extérieur, présentant le projet de traité transatlantique comme une « chance pour la France », à laquelle on « ne peut qu’être favorable » ?

Rébellion / De José Bové à Marine Le Pen, en passant par Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélanchon, des voix se font pourtant entendre contre le projet de traité. Des initiatives de terrain sont lancées par de nombreuses associations ou individus autonomes pour sensibiliser sur cette question. Pensez-vous qu'une opposition populaire puisse faire reculer le système sur cette question ? Assistons nous à la naissance d'un mouvement transversal comme lors du référendum sur la Constitution européenne de 2005 ?

La comparaison que vous faites trouve d’emblée ses limites puisque, contrairement à ce qui s’était passé lors du référendum de 2005, le peuple n’est pas convié à donner son opinion à propos du projet de traité transatlantique. Les protestations très justifiées qui se font entendre ici ou là n’ont donc pas la moindre chance d’empêcher les négociations de se poursuivre. On constate tout simplement que le pouvoir est ailleurs ! Ce qui est vrai, en revanche, c’est que les adversaires du traité se recrutent dans des familles politiques d’origine très différente. En ce sens, il n’est pas exagéré de parler de « mouvement transversal ». C’est une preuve de plus du caractère obsolète des anciens clivages et de la mise en place de clivages nouveaux. Mais cela, on le savait déjà depuis longtemps.

Rébellion / Plus largement, que vous inspirent les contestations sociales et les sursauts « populistes » récents en Europe. Croyez-vous à la naissance d'une alternative au système ?

Il y aurait beaucoup à dire sur les phénomènes que l’on désigne habituellement sous l’étiquette de « populisme ». Chacun sait que la poussée des mouvements populistes (qu’on aurait tort de réduire à un modèle standard, car ils peuvent être très différents les uns des autres) traduit une crise profonde de la représentation, en même temps qu’elle illustre l’épuisement du clivage droite-gauche. Mais il faut aussi préciser que le populisme n’est pas une idéologie, mais un style qui, en tant que tel, peut se combiner avec des ideologies elles aussi très variées. Il est encore trop tôt pour dire s’il peut en sortir une véritable alternative – et non pas seulement une alternance. Disons que ces phénomènes sont à surveiller de près, sans a priori idéologiques et sans idées préconçues.

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25/06/2014

Pourquoi nous sommes localistes, par Laurent Ozon

Pourquoi nous sommes localistes.

De tout temps, les hommes ont cherché à produire autour d’eux ce dont ils avaient besoin et ont en même temps ajusté leurs besoins à ce qu’ils pouvaient produire. Les échanges commerciaux ont toujours existé mais portaient précisément sur les denrées ou les produits que l’on ne pouvait produire autour de soi.

Les personnes qui consommaient ces biens étaient les mêmes ou vivaient proche de celles qui les avaient produits. Les besoins reflétaient l’expression simple du goût, de la culture et des possibilités qu’offraient la nature et le travail des hommes. Bijoux, outils de cuisine et de jardinage, matériaux de construction, jouets ou véhicules, ces produits ne répondaient pas seulement à la stricte nécessité de la survie mais permettaient aussi de satisfaire aux besoins de beauté, de spiritualité, de communication et de loisirs.

De fait, le Localisme fut le système économique et politique dans lequel vécurent des milliers de générations avant nous qui trouvèrent plus sage de chercher à satisfaire la part la plus importante possible de leurs besoins par elles-mêmes.

De là ont procédé les cultures, les goûts, les traditions culinaires et gastronomiques, les coutumes et même les paysages, tant les hommes façonnent la nature autour d’eux et déterminent aussi la typicité des territoires et tout ce qui procède de l’art de vivre.

Loin de vouloir expliquer que l’ancienneté de ces pratiques suffit à les rendre indiscutables, j’ai souhaité rappeler qu’elles ont été la norme dans des cultures et des civilisations différentes à des époques proches ou lointaines, dans des communautés structurées par des normes sociales, des valeurs et des religions différentes dans l’histoire.

L’aspiration à l’autonomie qui est l’autre nom de l’aspiration à la liberté, a été la règle durant la quasi-totalité du temps de vie de l’espèce humaine pour tous les peuples qui nous ont précédés. Nos ancêtres ont toujours voulu avoir prise sur ce qui avait prise sur eux, décider et produire chez eux ce qui était bon pour eux ! Et ces pratiques ont permis l’adaptation des histoires humaines à d’innombrables imprévus de l’histoire et des plus difficiles.

Par-delà d’éventuelles divergences sur les réponses à apporter à la crise profonde que nous traversons, la plupart des acteurs politiques peuvent comprendre l’urgente nécessité de consacrer dès aujourd’hui des efforts sans précédent afin de réanimer l’économie permettant d’assurer un degré d’autosuffisance le plus élevé possible dans les domaines énergétique, sanitaire et alimentaire. Dans ces trois domaines vitaux, notre degré de dépendance est tel qu’une accélération brutale de la crise pourrait entraîner de lourdes conséquences : famines, épidémies, violences, guerre civile et ce dans des pays déjà minés par les divisions. Comment ne pas anticiper les conséquences catastrophiques qui pourraient advenir lorsque l’on sait, pour ne prendre que cet exemple, que l'ensemble des productions européennes riches en protéines végétales (pois, colza...) couvrent 24 % des besoins des élevages et que 85% du soja consommé en UE est importé d'Amérique-du-Sud.

Par-delà nos opinions politiques, nous pensons que l’intérêt général est aujourd’hui de donner à chaque peuple les moyens de subvenir à une part importante de ses besoins par ses propres moyens. Seule notre capacité à satisfaire nos besoins vitaux pourra conjurer les explosions de violences qui ne manqueront pas d’arriver si la situation devait continuer à se dégrader.

Nous pensons qu’une politique de relocalisation est inévitable à terme et qu’elle serait, si les politiques voulaient bien sortir de leur autisme, la seule option réaliste à suivre pour anticiper les déstabilisations sociales, économiques et identitaires à venir.

Une politique qui aurait pour but de favoriser l’embauche locale et les circuits économiques courts pourrait accompagner heureusement des objectifs de qualité écologique, de protection sanitaire, de réhabilitation de la vie démocratique, de protection et de rééquilibrage social, d’inversion concertée des flux migratoires et de pacification rapide des relations internationales. Car loin d’être une utopie politique dont la mise en œuvre réclame un je-ne-sais quel grand-soir politique, les solutions localistes sont compatibles avec les aspirations les plus nobles de ceux qui ont consacré leur vie à la chose publique.

Au dessus des différences d’opinions, l’intérêt général, pour des raisons, sociales, écologiques, économiques et culturelles est de produire autour de nous ce dont nous avons besoin en priorité. Voilà en quelques mots, pourquoi nous sommes localistes.

Laurent Ozon
Président de Maison Commune
laurent.ozon@me.com

01/06/2014

Eric Maulin : "De l'occidentalisation du monde à la provincialisation de l'Europe"


Colloque de la revue Éléments

Samedi 26 avril — "Europe-marché ou Europe-puissance ?"

Le rêve européen s'est transformé en cauchemar. L'Union européenne traverse une crise de légitimité sans précédent. Et le spectacle qu'elle offre n'a rien pour enthousiasmer. Le sentiment le plus répandu est que l'Europe se construit désormais contre les Européens. Un sondage Ipsos a révélé que 70 % des Français souhaitent « limiter les pouvoirs de l'Europe ». Comment en est-on arrivé là ?

Invités du colloque
• Eric Maulin, professeur à l'université de Strasbourg et vice-président du Forum Carolus,
• Gérard Dussouy, professeur de géopolitique à l'université de Bordeaux,
• Magali Pernin, spécialiste en droit public, animatrice du site contrelacour.fr,
• Françoise Bonardel, philosophe, professeur à l'université de Paris Panthéon-Sorbonne,
• Paul-Marie Coûteaux, essayiste,
• Pierre Le Vigan, écrivain et journaliste d'Éléments,
• Alain de Benoist, essayiste et directeur de Krisis et Nouvelle Ecole.

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Magali Pernin : "Traité transatlantique, la menace"


Colloque de la revue Éléments

Samedi 26 avril — "Europe-marché ou Europe-puissance ?"

Le rêve européen s'est transformé en cauchemar. L'Union européenne traverse une crise de légitimité sans précédent. Et le spectacle qu'elle offre n'a rien pour enthousiasmer. Le sentiment le plus répandu est que l'Europe se construit désormais contre les Européens. Un sondage Ipsos a révélé que 70 % des Français souhaitent « limiter les pouvoirs de l'Europe ». Comment en est-on arrivé là ?

Invités du colloque
• Eric Maulin, professeur à l'université de Strasbourg et vice-président du Forum Carolus,
• Gérard Dussouy, professeur de géopolitique à l'université de Bordeaux,
• Magali Pernin, spécialiste en droit public, animatrice du site contrelacour.fr,
• Françoise Bonardel, philosophe, professeur à l'université de Paris Panthéon-Sorbonne,
• Paul-Marie Coûteaux, essayiste,
• Pierre Le Vigan, écrivain et journaliste d'Éléments,
• Alain de Benoist, essayiste et directeur de Krisis et Nouvelle Ecole.

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