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25/08/2015

Intervention de Jean Terroir à Academia Christiana

« Résister au capitalisme dans un système capitaliste »

Cette allocution a été donnée, de façon sensiblement modifiée, le vendredi 21 août de 21h à 22h lors de l'université d'été d'Academia Christiana à Sées. Il s'agit d'une version adaptée à la publication écrite.

Les références à l'Encyclique Papale Laudato Si' qui complètent le propos sont indiquées entre crochets.

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L'intervention de ce soir tournera autour du thème suivant : Résister au capitalisme dans un système capitaliste ou les alternatives au capitalisme dans un système capitaliste.

Deux façons d'aborder le sujet suivant, à savoir comment sortir de la matrice : on parlera plutôt d'opposition dynamique que d'alternative. Résister et opposer me semblent être les termes adéquats.

Sur le groupe Facebook, sous le visuel de présentation il est écrit : « Consommation, individualisme, déracinement, peut-on guérir notre société de ces maux ? Peut-on échapper à ces phénomènes ? » Je vais effectivement donner des pistes.

Débutons par un cadrage rapide. La France est un système hybride entre étatisme et capitalisme, notre propos doit donc prendre place dans le cadre national, quand bien même nous sommes dans une société marquée par la mondialisation. Mais on ne peut pas aborder en France une « résistance au capitalisme » sans aborder la résistance à l'Etat.

Si l'omnipotence de l'Etat est pour beaucoup de « libéraux » le signe que la France n'est pas vraiment un pays libéral au sens où eux l'entendent : c'est à dire la liberté complète en matière économique, qui effectivement n'existe pas en France pour la majorité des citoyens, c'est en revanche l'Etat qui a permis au capitalisme de devenir dans notre pays un fait anthropologique total. L'Etat en France, c'est en grande partie l'administration et la bureaucratie. Exemple simple : c'est l'Etat qui a contribué au développement de l'agriculture productiviste, donc de l'industrie-agro-alimentaire, donc des grandes surfaces, donc des zones commerciales, donc de la mort de la paysannerie traditionnelle et des commerces de proximité, de la sociabilité locale au profit de territoires entièrement dédiés à la consommation (et de la vente des centres villes aux enseignes comme H&M, Zara, Starbucks, Subway, Carrefour contact, etc...). Cette consommation entraîne d'importantes mobilités, et ces mobilités sont donc un élément du déracinement et de l'atomisation des rapports sociaux (via la voiture individuelle).

Par cet exemple simple, on comprend mieux le lien entre consommation, déracinement et individualisme. On comprend mieux aussi pourquoi on parlera de « fait anthropologique total ». Le rapport à l'Etat a aussi pour conséquence de renforcer l'individualisme : puisque l’État papa ou l’État maman est là (c.a.d : la version rassurante ou répressive de l'Etat), alors quel intérêt d'entretenir des liens de solidarité ? Nous sommes « seuls ensembles ». On devient un « sujet de l'Etat » et finalement tout le monde accepte tacitement le contrat : payer ses impôts pour avoir des « droits à » mais aussi le « droit de ». La loi prend la place de la coutume (locale) ou de la décence commune (pour replacer direct du Michéa).

Le Leviathan étatique permet l'intégration de la quasi totalité de la population, d'une manière ou d'une autre, au système capitaliste : par la formation (école), par l'aménagement du territoire (routes, permis de construire, grands travaux, etc...), par la culture qui est diffusée (télé, théatre, pub, ...), par (tout simplement) les modes de vie, par la consommation (on peut consommer grâce aux aides sociales) [Encyclique Laudato Si' – VI - 203]. Personne n'échappe réellement à la matrice et l'Etat doit vérifier que rien n'échappe à la matrice. Mais cela n'est pas étonnant, puisque tout pays capitaliste a besoin de l'Etat, au moins pour deux institutions : l'armée et la police. L'armée qui sécurise l'approvisionnement, et la police qui protège la propriété privée et les appareils de production. Mais l'armée et la police ont aussi pour fonction de protéger les citoyens et donc de déplacer le rapport de force des communautés humaines vers les Etats (c'est à dire que les peuples n'entrent plus en confrontation que si l'Etat le décide).

Par conséquent, je disais dès le début que résister au capitalisme c'était résister à l'Etat, mais résister à l'Etat c'est se mettre hors la loi. C'est donc la quadrature du cercle, comment résister au capitalisme de façon légale ? A la lumière de mon introduction, on pourrait s'imaginer que c'est contradictoire. En réalité, sauf sur quelques éléments, il est possible de se soustraire légalement à l'Etat sur un certain nombre de domaines, d'utiliser une partie du système contre lui. Toute sortie intégrale d'un quelconque système que ce soit est de toute façon chimérique. Citons en ce sens Serge Latouche : « Si la rigueur théorique exclut les compromissions de la pensée, le réalisme politique suppose des compromis pour l'action ». Même les moines ont besoin des touristes qui achètent leurs bières ou leurs confitures... car l'échange, même commercial, n'est pas forcément la recherche de l'enrichissement. Partons des moines pour poser notre plan : 1) comme le moine résister c'est donc d'une part une démarche individuelle (retourner le système c'est sûrement retourner l'individu contre l'individualisme), 2) résister au capitalisme c'est constituer une communauté sur des valeurs et d'une identité communes, 3) comme le moine, résister au capitalisme, c'est s'approprier un lieu, un territoire

    1) Résister c'est agir soi-même

Démarrons par un extrait de Dominique Venner : « Etre un insoumis ne consiste pas à collectionner des livres impies, à rêver de complots fantasmagoriques ou de maquis dans les Carpates. Cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. »

Résister au capitalisme partira toujours d'une démarche individuelle. C'est bien l'intérêt d'une formation comme Academia Christiana, faire germer en chacun de vous un questionnement sur ce sujet pour qu'ensuite vous puissiez agir: seul, avec les autres et sur un territoire souvent en consommant différemment.

Être sa propre norme par fidélité à une norme supérieure, dans un contexte chrétien, cette « norme supérieure » est évidemment religieuse et biblique.

Retenons simplement ce passage de l'Evangile selon Saint Matthieu au Chapitre VI verset 24: « Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et la Richesse. » (Mammon) [Encyclique Laudato Si' - VI - 217]

Pour résister au capitalisme il faut donc adopter une éthique. Éthique de la responsabilité, éthique de la limite. Il faut être responsable dans l'action et accepter la limite. Pour les chrétiens, comme pour la philosophie païenne greco-romaine, la limite est liée au divin, qu'il soit sous sa forme païenne ou sous sa forme chrétienne. On songera bien sur à l'orgueil. Chez les Grecs, l'hybris est suivi de la colère des dieux (c'est ainsi qu'Herodote explique la défaite des Perses du roi Xerxès). Dans le christianisme, l'orgueil sera rangé au rang des péchés. Mais dans une société où « Dieu est mort » pour reprendre Nietzsche, il n'y a plus de limite. Dans la religion du progrès, qui ne se limite pas au capitalisme mais aussi à certaines formes de socialisme, marquée par l'économisme et le fétichisme de la croissance, l'objectif est de toujours « repousser les limites ».

La première étape de la résistance au capitalisme et ses corollaires consiste donc à adopter cette double éthique de la responsabilité et de la limite et à décoloniser son imaginaire (lire le papier de Serge Latouche dans le dernier numéro de La Décroissance). Cette décolonisation de l'imaginaire est une étape essentielle. Pour un catholique, la Bible devrait être un moyen de décoloniser l'imaginaire de la société capitaliste marquée par le matérialisme, l'accumulation et la soif d'enrichissement. Il ne faut pas accorder d'intérêt à tout ce qui nous pousse à consommer. Il faut résister à la séduction publicitaire (à la tentation). Il faut sans cesse se questionner : est-ce responsable ? Est-ce juste ? Est-ce bon ? Il n'y a pas de résistance au capitalisme sans recul sur le monde et la société et donc une prise de distance avec ces normes. La réussite, est-ce être un homme riche ou est-ce être un homme juste et bon ?

Autre élément qu'on pourrait citer dans la décolonisation de l'imaginaire : le rapport au temps. Une des mutations anthropologique majeure induite par le progrès technique, c'est le changement de notre rapport au temps. On ne peut aller plus vite que le cheval que depuis la fin du XIXeme siècle. La « société de la vitesse » a donc émergée et aucun régime, y compris les régimes qui voulaient lutter contre l'homme libéral, n'a été contre la société de la vitesse. Il est nécessaire qu'il y ait une part prométhéenne mais on n'en maîtrise pas toujours les conséquences. La vitesse, si elle a contribué à la « grandeur des nations », a aussi favorisé une philosophie puis une pratique néo-nomadiste. Le déplacement fait parti de notre façon d'habiter le territoire. J'y reviendrai en troisième partie. Il faudrait donc repenser notre rapport au temps, prendre le temps, faire moins de « choses » mais mieux : la « philosophie de l'escargot » des décroissants.

Une fois qu'on a entrepris cette démarche, elle peut se retranscrire dans un certain nombre de gestes quotidiens, qu'ils soient marchands ou non marchands. Dans les gestes marchands il y aura évidemment ce que nous achetons et ce que nous n'achetons pas. 1 euro qui ne part pas dans la matrice ou 1 euro qui part à soutenir un projet économique alternatif et c'est 1 euro que l'on retire du circuit économique classique. Il faudra donc viser peu à peu la désertion des grandes surfaces, le refus d'acheter certains produits (huile de palme, en raison des conditions de production, le propriétaire de telle ou telle entreprise comme Monsanto ou Coca-Cola) [Encyclique Laudato Si' - VI - 208]. Dans les gestes non marchands, il y a tout ce qu'on peut faire au quotidien chez soi : par exemple utiliser des outils non électriques dans certaines tâches, se déplacer à pied ou à velo. [Encyclique Laudato Si' - VI 211]. Prendre le temps pour écrire des lettres ou pour lire : la lecture demeure une activité de résistance au capitalisme (encore faut-il bien choisir ce qu'on lit et donc ne pas être sensible aux phénomènes de mode). Plus de télé (aliénation). Tendre vers la frugalité volontaire. « Un homme heureux consomme peu. » S. Latouche [Encyclique Laudato Si' - VI - 204 et VI - 223]

Continuer d'acheter des revues et journaux papier, aller pour certains ouvrages dans des librairies indépendantes (donc pas la FNAC). Aller chez les bouquinistes. Et c'est possible aussi dans d'autres domaines comme la musique ou l'habillement. Il est possible d'aller chez les revendeurs ou les friperies (exemple : Oxfam). Privilégier la réutilisation, le rapiéçage, la revente ou le don, à l'achat dans des magasins. Selon l'ADEME chaque habitant se débarrasse de 17 kilos de textile par an dont 9 kilos de vêtements. Agir en refusant de contribuer à la société du jetable, c'est forcément passer par des petits commerces (le bouquiniste, le cordonnier, la mercerie, ...). Possibilité également d'acheter dans des magasins de qualité et français comme 1083 pour les jeans ou les chaussures.

Là aussi, paradoxalement, accepter dans un premier temps ses limites : vous ne pourrez pas tout faire, tout de suite, et dans certains domaines ce sera plus compliqué que dans d'autres pour x raisons. Vous serez par exemple confrontés à des réalités financières, il est possible de se nourrir bien pour pas trop cher, mais il est difficile de s'habiller bien pour pas trop cher. Par ailleurs la problématique de l'habillement nous renvoie à un autre élément qui moi me paraît central dans la société actuelle : les gens sont souvent mal habillés, la culture « sportswear » y est extrêmement développée. Là aussi c'est un signe de l'influence de la société capitaliste : le bougisme, la culture urbaine moderne, encouragent à se vêtir avec des chaussures de sport ou des vêtements de sport. Mais cela contribue souvent à l'enlaidissement et à la vulgarité de la foule. (voir un ouvrier avant et après). S'habiller correctement en ville, c'est une façon de ne pas succomber à la médiocrité et à la facilité ambiante. C'est la « tenue » chère à Dominique Venner. C'est aussi l'esthétique.

En définitive comme le dit André Gorz : « la critique de la croissance n'a de sens, et de portée révolutionnaire, qu'en référence à un changement social total. »

A l'issue de cette première partie, nous aurons vu la quasi totalité des 8 R de Serge Latouche : réévaluer, reconceptualiser, réduire, réutiliser et recycler. Il nous resterai restructurer, redistribuer et relocaliser à traiter.

    2) Résister c'est agir avec les autres

Restructurer et redistribuer c'est agir avec les autres. C'est adopter de nouvelles façons d'organiser la vie sociale et économique. Zentropa a publié un article intitulé « la communauté ou le cauchemar du système ». La communauté, ce n'est pas le communautarisme. La communauté c'est l'affirmation des liens qui unissent des individus, qui favorisent l'entraide et la coopération dans une perspective d'autonomie. L'entraide est un facteur d'évolution chez Kropotkine, par opposition au darwinisme social de la loi du plus fort. La foi par exemple, ne peut pas simplement se vivre seul, elle se vit aussi dans la messe. Qu'est-ce que l'Eglise si ce n'est l'Ecclesia grecque, l'assemblée. Même le moine (du grec monos, seul), vit dans une « communauté monastique ». Ce n'est ni un ermite, ni un anachorète. Dans l'histoire du christianisme, la communauté a été prépondérante et la force de la communauté d'autant plus. Lors des persécutions, la force de la communauté a empêché l'empire romain de vaincre le christianisme. [Encyclique Laudato Si' – VI – 219]. Aujourd'hui, pour résister à l'empire de la marchandise il faut agir en communauté. Le troc, le don, les systèmes associatifs (AMAP), les coopératives, les SEL (systèmes d'échanges locaux), les monnaies locales, les microcrédits, le prêt au sein de la communauté, l'autogestion, etc... Le Mouvement d'Action Sociale est un exemple de réponse.

Cela nous réapprend l'organisation collective, le partage, la confiance, etc... Il faut monter des ateliers : cuisine, couture, jardinage, lecture, … tout ce qui favorise le partage, la mutualisation. Il est important de prendre le temps de cuisiner, de partager un repas, sans avoir la télé qui hurle dans le salon. Faire des activités sportives ensemble: la marche, l'auto-défense. (on ne fait pas du sport simplement pour faire du sport, mais aussi pour être ensemble). Vous pouvez inventer vos propres formes de communauté. La communauté est également la garantie de maintenir vivante la norme (à laquelle sont attachés des valeurs et des principes) et de pouvoir trouver un « refuge » en cas de doute. On peut faire part de ses doutes à sa communauté. C'est aussi la nourrir, la réorienter, l'approfondir.

Il est nécessaire de pouvoir exclure du groupe, et sanctionner (et non de punir, la sanction est éducative, pas la punition), la communauté a des règles, elle «pose le « NON ». Dans la société individualiste, c'est l'absence de règle qui devient la norme. D'où l'inversion des valeurs. L'argent permet de tout s'acheter, de tout transgresser, d'échapper à la loi, etc... La première communauté à faire vivre : c'est le couple, première sphère d'entraide, de coopération d'échange, de complémentarité, de prise de décision collective.

Il ne s'agit pas ici d'une utopie (du grec u-topos qui signifie absence de lieu) mais bien au contraire de la mise en place de quelque chose de concret, de réel, de palpable, de sensible... la communauté est-elle même un « lieu », elle a en tout cas la capacité à s'inscrire et à sa manifester dans des lieux, sur un territoire.

    3) Résister c'est agir sur un territoire

Tous les actes de la vie se déroulent dans des lieux : logement, travail, école, commerce, … Fréquenter d'autres lieux, c'est aussi résister aux « lieux du Capital ». Le choix de son logement, de son travail, de l'école de ses enfants, de là où on consomme, de là où on voyage, tout cela a une importance. Privilégier la densité du bâti à l'étalement urbain, le microfermage, l'agroforesterie, le bocage, la permaculture, etc... à l'openfield. C'est ce qu'on lit dans l'AT : « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'espace, Et qu'ils habitent seuls au milieu du pays » (Isaïe 5,8)

La communauté devra s'enraciner sur un territoire dans lequel elle agit. La communauté aura donc d'autant plus de pertinence qu'elle peut agir localement. D'une façon générale le localisme est une façon de rompre peu à peu avec la matrice. La maîtrise de son propre territoire est fondamentale. Dans l'idéal il faudrait en connaître la faune ou la flore. Il faut donc se réapproprier le territoire par la marche (ou le vélo).

Paradoxalement l'urbain maîtrise mieux son territoire que le néo-rural. Le territoire c'est l'enracinement (qui peut être incomplet / imparfait). S'enraciner, ce qui suppose donc un territoire, ce n'est pas refuser les mobilités, c'est se questionner sur la pertinence de nos mobilités et sur la façon donc nous nous déplaçons sur le territoire. Bien évidemment on adoptera pas la même « stratégie » si on est au centre-ville d'une métropole ou dans un petit village de la Creuse. Mais il y a pour tous les types de territoire des façons d'agir et des questionnements à avoir. L’Église elle même a constitué un maillage territorial au sein duquel elle agit.

Dans l'histoire, toutes les communautés se sont appropriées un territoire. Au sein d'un territoire il est plus simple de définir des rôles, complémentaires. Chaque personne peut exprimer ses talents sur le territoire et trouver une place au sein de la communauté. On ne définit pas arbitrairement des rôles, on les définit en fonction des besoins, ou on agit en fonction des talents comme c'est le cas dans un réseau. Ce territoire n'est pas une forteresse bastionnée mais peut être un camp de base, un centre, un point de ralliement et un lieu à partir duquel on s'ouvre au monde. Par définition le territoire est marqué par la limite : il est délimité, et il est possible pour la communauté de définir, sur le plan géographique, ce qui peut ou non passer la limite. Par exemple, le touriste, parfois mal vu par l'autochtone, qui « transgresse son territoire quotidien ».

Transgression des distances, des limites : on ne s'en rend même plus compte. On assiste à un retour au réel dans les banlieues : ces zones de non-droit sont en réalité des zones d'un autre-droit ce qui démontre l'importance du territoire. Quels sont nos espaces d'autonomie ? Où sont nos Républiques autonomes? Où est la souveraineté populaire ? C'est ce qu'on retrouve au sein des ZAD ou au sein des BAD, quant elles ne sont pas abordées sous l'angle du survivalisme anglo-saxon du seul contre tous, mais comme précisément une BASE, AUTONOME et DURABLE. Plutôt que durable, je préférerai le terme de « collective ». Ne cherchez pas plus loin la force du capitalisme, celle des gauchistes ou des « jeunes de banlieue »: c'est leur capacité à s'approprier le territoire qui fait leur force. Les premiers par les rapports de prédation marchande et de spéculation, les deuxièmes par des alternatives et les derniers par le contrôle social, l'économie souterraine et la violence (qui peut trouver une explication sur le plan anthropologique).

Conclusion :

1a) Décoloniser son imaginaire, éthique de la responsabilité et de la limite
1b) Modifier ses habitudes quotidiennes (dé-consommation, frugalité volontaire)
1c) Faire attention à sa Tenue et à l'esthétique (image)
2 a) Agir avec les autres (entraide, coopération)
2 b) Monter et soutenir des projets collectifs (autonomie)
2 c) Savoir dire NON (limite)
3a) Fréquenter d'autres lieux
3b) Agir sur un territoire (localisme, enracinement)
3c) Constituer des lieux et s'approprier un territoire (ZAD, BAD)

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source


Bibliographie indicative:

Ouvrages :

ALLEMAND, Sylvain, ARSCHER François, LEVY Jacques, Les Sens du mouvement. Modernité et mobilités, Paris, Belin, 2005

BAUDRILLARD, Jean, La société de consommation, Paris, Denoël, 1970

CHEYNET, Vincent, Décroissance ou décadence, Vierzon, Editions « le pas de côté », 2014

COLLECTIF OFFENSIVE, Divertir pour dominer, La culture de masse contre les peuples, Montreuil, Éditions l’Échappée, 2010

DARDEL, Eric, L'homme et la Terre, Nature de la réalité géographique, Paris, Éditions CTHS, 1990

DEBRY, Jean-Luc, Le cauchemar pavillonnaire, Montreuil, L'Echappée, 2012

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TRUILHE, Mathilde, GIBELIN, Fanny, Tour d'Europe, 6000 kilomètres à pied, Les Amis du Livre Européen, 2015

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LATOUCHE, Serge, Le pari de la décroissance, Paris, Fayard Pluriel, réed. 2010

LUSSAULT, Michel, De la lutte des classes à la lutte des places, Paris, Grasset, 2009

LUSSAULT, Michel, L'homme spatial, Paris, Seuil, 2007

MAUSS, Marcel, Essai sur le don, Paris, PUF, réed. 2008

MICHEA, Jean-Claude, La double pensée, retour sur la question libérale, Paris, Flammarion, 2008

NAESS, Arne, Ecologie, communauté et style de vie, trad. Charles Ruelle, Paris, Editions MF, 2009

OZON, Laurent, France, les années décisives, BIOS, 2014

PAPE FRANCOIS, Loué sois-tu, Lettre encyclique Laudato Si' sur la maison commune, Éditions Artège, 2015

TURKLE, Sherry, Seuls ensembles, De plus en plus de technologies de moins en moins de relations humaines, L'Echappée, Montreuil, 2015

VENNER, Dominique, Un Samouraï d'occident : Le bréviaire d'un insoumis, PGDR, 2013

WEIL, Simone, L'enracinement, Paris, Gallimard, réed. 2011

Articles :

LATOUCHE, Serge, LE CARBONEL, Guillaume, NAUDIN, Arnaud, "Serge Latouche : "la décroissance n'a pas à se situer sur l'échiquier politique", fr.novopress.info, 2014

LATOUCHE, Serge, "Pourquoi la décroissance implique de sortir de l'économie", La Décroissance n°121, juillet/août 2015

LE CARBONEL, Guillaume, "La décroissance pour les nuls", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

LE CARBONEL, Guillaume, "Ecologie politique et combats locaux", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

FELTIN-TRACOL, Georges, "Villes - banlieues, un constat accablant", europemaxima.com, 2012

Franck, "Chronique de livre : Fanny Truilhé et Mathilde Gibelin, Tour d'Europe", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

GRIMAL (de), Frédéric, "Coca-Cola:entre boycott et alternatives locales", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

MARTIN, Aristide, "Chronique de livre: Eric Dardel et l'homme et la Terre", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

NAUDIN, Arnaud, "Chronique de livre : Thierry Paquot, désastres urbains", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

Rüdiger, "Une sortie au Centre commercial", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2012

Rüdiger, "Les vacances dont tu ne veux pas …", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

Rüdiger et Ann, "Et toi, tu passes ta vie dans les bouchons", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2013

Rüdiger et Ann, "Le goût de rien, où comment l'homme se perd", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

Rüdiger et Ann, "Notre Sainte bagnole", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

TERROIR, Jean, "Chronique de livre: Jean-Luc Debry, le cauchemar pavillonaire", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

TERROIR, Jean, "La France du localisme.", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

TERROIR, Jean, "Chronique de livre: Christophe Guilluy, La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

TERROIR, Jean, "Chronique de livre: Laurent Ozon, France les années décisives", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

TERROIR, Jean, "Chronique de livre: Vincent Cheynet, Décroissance ou décadence", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

TERROIR, Jean, "Chronique de livre : Anarchie et Christianisme", cerclenonconforme.hautetfort.com, 2013

ZENTROPA, "La communauté ou le cauchemar du système", zentropa.tumblr.com, 2012

17/08/2015

Regard sur l’actu #16: la Terre n'en peut plus des bipèdes!!!

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Une croissance démographique démentielle

10 milliards d’humains sur terre pour 2050 : les derniers chiffres des Nations Unies ne nous surprennent pas mais continuent à nous horrifier en prouvant à eux seuls à quel point nous vivons dans une époque devenue folle. La croissance démographique est la première plaie du monde moderne et là encore, on ne pourra pas accuser directement les Européens qui vont voir d’ici 35 ans leur continent se dépeupler. Les données ci-dessous présentent l’évolution entre 2015 et les prévisions des Nations Unies pour 2050 (source avec carte et toutes les données).

-Europe. Notre continent va se dépeupler et les pays de l’Est seront les plus touchés. Dans certains d’entre eux, Roumanie, Ukraine ou Bulgarie, la chute va être spectaculaire. La Bulgarie perdra par exemple 2 millions d’habitants en 35 ans pour parvenir en 2050 à une population d’à peine plus de 5 millions d’âmes (soit une baisse de 28%) ! Le reste des pays de l’Est –Balkans, Pologne, Hongrie ou pays baltes- n’est pas en reste même si la chute n’est pas aussi rude en pourcentage : autour de 15% quand même ! Prenons le cas polonais : la baisse présagée de 14% lui ferait perdre plus de 5 millions d’habitants. En Europe de l’ouest, la tendance est double. D’une part, des pays qui se dépeuplent plus ou moins doucement (Italie : -5% ; Allemagne : -8% ; Espagne : -3%) et d’autres qui gagnent de la population à l’image de la France (+10%), du Royaume-Uni (+16%) et surtout de la Suède (+21%) et de la Norvège (+28%). Ne criez pas victoire, ces hausses énormes seront tout simplement dues à la démographie incontrôlable des immigrés qui, dans des pays à l’origine peu peuplés comme ceux de Scandinavie, vont balayer la démographie des autochtones en moins de deux (ils ont bien commencé d’ailleurs) et constituer une part de plus en plus énorme d’une population qui n’aura bientôt plus grand-chose à voir avec les Vikings. Demain, c’est des dizaines de Malmö qui fleuriront…

-Amérique. Le continent dans son ensemble gagne de la population et plutôt beaucoup. Le Mexique devrait passer ainsi de 127 millions d’habitants aujourd’hui à 163 en 2050 soit une augmentation de 29%. Plus 21% aux Etats-Unis (où les immigrés mexicains sont très productifs niveau des naissances…) qui arriveront à 388 millions d’habitants en 2050… L’évolution sera énorme aussi en Océanie ; l’Australie gagnant près de 10 millions d’habitants (+40%).

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-Asie. Une seule bonne nouvelle : la Chine va rester plus ou moins stable et devrait se maintenir autour de 1,35 milliards d’habitants. L’Inde par contre verrait augmenterson nombre d'habitants de 30% et gagnera sur la période mentionnée 400 millions d’habitants pour atteindre en 2050 une population qui aura depuis longtemps dépassé sa voisine chinoise avec 1,71 milliards d’individus ! Les hausses seraient importantes voire très importantes dans certains pays (Pakistan : +64% ; Afghanistan : +72%) et seuls la Thaïlande et le Japon perdront une part significative de leur population. Le pays du soleil-levant se verra ainsi amputé d'après l'étude de 20 millions de Japonais en 35 ans, ce qui ne saurait étonner ceux qui connaissent la situation actuelle du pays.

-Afrique. En 2050, un humain sur quatre sera Africain. D’ici cette date, absolument tous les pays verront leur population augmenter. Les plus faibles évolutions si vous me permettez de parler ainsi viendront des pays les plus avancés : Afrique du Sud et Maghreb. Attention : l’Algérie (+42%) gagnera plus de 15 millions d’âmes et le Maroc près de 10 millions (+27%), ce qui vous donne une idée des lendemains qui vont déchanter pour nous en Europe mais vous ne connaissez pas encore les résultats pour l’Afrique Noire ! Joie ! Le Niger prendrait plus 263% ! 2015 : 19,9 millions / 2050 : 72 millions… Le Nigeria a un pourcentage de croissance démographique moindre mais incroyable également : +119% ! De 182,2 millions aujourd’hui, le pays parviendrait à près de 400 millions d’habitants en 2050. Je m’arrête là, c’est pareil partout : Tchad, Mali, Tanzanie, Angola, Soudan, Congo… Toi comprendre ?

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Eh bien, voilà, si l’on prend au pied de la lettre ces chiffres, quelle sera la situation du monde dans un peu plus de 30 ans : globalement, les pays qui nous sont chers (Japon inclus) perdent tous des habitants et tout le reste explose sans qu’on puisse rien y faire. La surpopulation (et tout ce qu’elle implique en migrations et conflits pour les territoires et les ressources) sera l’enjeu majeur du 21ème siècle et ceux qui ne sauront résister seront balayés, un peu comme les dernières tribus d'Amazonie qui sont au seuil de l'extinction. Espérons que les Européens sauront tirer leur épingle du jeu tant les incertitudes sur l’avenir sont nombreuses… Nous savons certes que la qualité prime sur la quantité mais cela n’est pas toujours vrai… et risque de l’être de moins en moins. Le pouvoir des ventres…

La Terre étouffe !

Revenons sur un pays qui nous est cher à nous mais aussi à Pierre Bergé et Jack Lang qui apprécient fort la jeunesse locale... Le Maroc a vu son indice de fécondité faire une chute vertigineuse en 50 ans : de 7,2 enfants par femme en 1962 l’on passe à 2,19 en 2010 pour arriver à 1,8 vers 2030. « L’accroissement  de l’activité féminine, les progrès de la scolarisation, la progression de l’urbanisation et l’autonomie des femmes  sont les principaux facteurs qui expliquent cette situation. » lit-on sur Aujourd’hui le Maroc. Vous allez me dire que l’entrée dans la « modernité » de ce genre de pays en pleine transition démographique est une bonne chose car ça fait moins de rejetons par femme et puis la condition féminine blablabla mais moi, je vais vous répondre que : 1) d’ici 2050, le Maroc gagne quand même 27% d’habitants –voir plus haut- et que: 2) l’entrée dans la modernité implique bien d’autres soucis : perte d’identité, cosmopolitisme, uniformisation des races et des cultures mais aussi adoption d’un mode de vie « occidental » très peu prisé par notre mère la Terre. Pour 2015, le 13 août est la date à laquelle la population mondiale a utilisé toutes les ressources que la Terre est en mesure de renouveler en une année. Il faut donc 1,5 planètes aujourd’hui pour couvrir les besoins du monde et il en faudra 2 en 2030… Une catastrophe annoncée de longue date étant donné que le seuil avait été franchi dès les années 1970. Le site RTS Info nous fournit un exemple très parlant sur la manière dont nos modes de vie modernes d’ultra-consommateurs boulimiques saignent la planète : « 44 kilos de matières premières sont nécessaires pour un téléphone portable d'un poids de 100 grammes. D'autres appareils représentent une lourde charge pour l'environnement. Un ordinateur portable consomme 734 kilos de matières premières, un téléviseur LCD 2666 kilos. » Je vais conclure sur un cri du cœur : « Surpopulation et mode de vie occidental pour tous !!! ». Et n’oubliez pas d’aller changer votre Iphone dès que possible ! Environ 700 euros sur Amazon, c’est rien du tout ! Vous aurez la classe, resterez encore plus connecté et ferez l’admiration de tous, sans distinction de sexe, de race et de religion ! Sans compter que votre argent saura être bien utilisé, n'en doutez pas!

Rüdiger / C.N.C.

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10/08/2015

Chronique de livre : Thierry Paquot - Désastres urbains

 Thierry Paquot « Désastres urbains. Les villes meurent aussi »,

La Découverte, Paris, 2015, 222 pages.

 désastres urbains.JPGMême les villes peuvent mourir...

Le titre de l'ouvrage peut sembler paradoxal alors que depuis plusieurs années s'il est bien un phénomène mondial en croissance exponentielle c'est l'urbanisation. Pour autant Thierry Paquot dresse un tableau bien sombre en cinq chapitres de la mort de la ville au profit de métropoles et de mégalopoles, une mort de l'esprit de la ville, tel qu'on l'a connu en Europe depuis leur création...

Depuis des décennies, en effet, la ville est devenu le symbole de tout ce qui porte atteinte à l'équilibre anthropologique : gigantisme, démesure, délitement des relations traditionnelles, atomisation, technicisme, etc. Pour autant, la ville est un élément indissociable de la civilisation en Europe, que ce soient les cités grecques, Rome ou les ensembles urbains germains, celtes, slaves, etc. Au Moyen-Âge, ville et libertés sont même devenues synonymes. Il faut cependant noter que les villes se sont développées dans le cadre d'une civilisation qui restait rurale, y compris lors de la révolution industrielle du XIXème siècle. Mais depuis les années 60,la ville s'est pleinement transformée, notamment en France, à tel point que Thierry Paquot y voit des désastres urbains.

Comme l'indique la quatrième de couverture : « Grand ensembles, centres commerciaux, gratte-ciel, gated communities et "grands projets" sont les principaux dispositifs architecturalo-urbanistiques qui accompagnent l’accélération de l'urbanisation dans le monde. Emblématiques de la société productiviste et construits au nom du "progrès" et de la "marche de l'histoire", ces désastres urbains n'ont en réalité comme seule fonction que de rentabiliser des territoires désincarnés et interconnectés. »

Les cinq principaux dispositifs évoqués constituent autant de chapitres de cet essai. Ces cinq chapitres – aux titres éloquents : le « grand ensemble » ou l'ensemble sans ensemble, le centre commercial, ou le commerce sans échange, le gratte ciel, ou l'impasse en hauteur, la gated community, ou la vie enclavée, les « grands projets » ou la toxicité de la démesure – assez courts et rédigés dans un style et un langage accessible et parfaitement compréhensibles. Et surtout agencés dans un ordre qui rend la lecture plus qu'intéressante comme l'explique Thierry Paquot dans l'avant-propos, intitulé De l'avantage de la digression : « Ainsi la description et l'analyse de chacun des cinq "dispositifs" retenus dans cet ouvrage se trouvent doublées d'une digression, qui se veut à la fois un élargissement et un approfondissement. En fait, chaque digression zoome sur l'objet préalablement exposé et peut être lue indépendamment. J'espère que le lecteur trouvera dans ce procédé le moyen d'exercer son esprit critique et que chaque digression l'invitera, à son tour, à dériver, à s'étonner, à contester, à partager. » Digressions qui révèlent notamment l'importance de la lecture de « La poétique de l'espace » de Gaston Bachelard. Un des ouvrages fondamentaux du philosophe : «« Nous voulons examiner des images bien simples, les images de l'espace heureux... L'espace saisi par l'imagination ne peut rester l'espace indifférent livré à la mesure et à la réflexion du géomètre. Il est vécu. Et il est vécu, non pas dans sa positivité, mais avec toutes les partialités de l'imagination... Sans cesse l'imagination imagine et s'enrichit de nouvelles images. C'est cette richesse d'être imaginé que nous voudrions explorer. » On y lit aussi des extraits bien trouvé de l'oeuvre de H. G. Ballard, l'auteur du célébrissime « Crash », qui a inspiré David Cronenberg.

Philosophe et professeur des universités à l'institut d'urbanisme de Paris, Thierry Paquot est proche de Serge Latouche et en effet l'on devine de nombreuses problématiques de la décroissance dans cet ouvrage, notamment dans la critique des centres commerciaux et des « grands projets ». L'intérêt de son livre est de monter des projets alternatifs, des voies pour que nos villes redeviennent des villes, rappelant ainsi les travaux de Pierre Le Vigan.Comme ce que précise la quatrième de couverture : « Ce livre (…) vise à fournir des outils critiques pour les contester et faire advenir dans un avenir proche des alternatives architecturales, des expérimentations urbaines t des modes de vie ouverts et libérés... »

Arnaud/C.N.C.

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19/07/2015

Éléments de réflexion sur la « multipolarité », ou le capitalisme à plusieurs visages

Éléments de réflexion sur la « multipolarité », ou le capitalisme à plusieurs visages

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Que dire des BRICS ?

Les commentateurs politiques de la dissidence et de la sphère « patriote » ont une grande marotte : les BRICS. Au nom de la « multipolarité », certains nous présentent les BRICS comme LA solution face au « système américain». Certains vont même jusqu'à se réjouir du rapprochement entre la Grèce et les BRICS ou du renforcement du Yuan...

Pourtant les BRICS n'ont rien à envier aux Etats-Unis sur le plan du cauchemar libéral.

Brésil : agriculture productiviste et intensive aux mains des pires multinationales de l'agro-alimentaire (dont Monsanto) avec utilisation massive d'OGM et d'hormones pour le bétail. Déforestation occasionnant des déplacement de population de leurs territoires ancestraux. Problème des paysans sans-terre, recours au meurtre des écologistes, syndicalistes, chefs indiens, leaders paysans, empoisonnement de masses …), criminalité, bidonvilles (favelas)... (coefficient de Gini: 0.519)

Russie : producteur de gaz et de pétrole mais également d'uranium, de nickel, etc... pollution, équipements vétustes, corruption, criminalité (mafias). (coefficient de Gini: 0.420)

Inde: Agriculture productiviste et intensive extrêmement polluante depuis la mal nommée « révolution verte », industrie textile à bas coût, activités portuaires hautement polluantes, bidonvilles gigantesques.  conditions de travail cauchemardesques, absence totale de couverture sociale, de contractualisation, de protection de l’enfant au travail …, cataclysme écologique, extinction de masse des espèces, déforestation galopante …(coefficient de Gini : 0.368)

Chine : manufacture du monde abreuvant nos pays de gadgets inutiles, plus gros pollueur au charbon. Producteur de minerais rares utiles dans l'électronique et l'informatique. Activité portuaire hautement polluante (7 des 10 plus grands ports mondiaux sont chinois). Cataclysme écologique, modifications climatiques, extinction des espèces... Conditions de travail déplorables.  (coefficient de Gini: 0.610)

Afrique du sud : Pays gouverné par un clan ethnique, corruption généralisée, exploitation de matières premières par des multinationales, taux de criminalité parmi les plus élevés au monde, espérance de vie faible, racisme anti-blanc.

Et encore on pourrait également s’attarder sur les "non-alignés" (passé ou présent) du genre Algérie, Libye, Irak, Venezuela ... tous producteurs de matières premières polluantes pratiquant le népotisme et la corruption.

Voila de quoi remettre en perspective la "multipolarité" et le "non-alignement". En réalité, les BRICS constituent une face du cauchemar libéral mondialisé et ils n'ont que faire de nos intérêts vitaux d'européens et même de ceux de leurs propres peuples et encore moins de l'environnement. Par ailleurs, les BRICS n'existent qu'en raison de l'occidentalisation du monde. Le Brésil ne serait pas la « ferme du monde », la Chine ne serait pas la « manufacture du monde » et la Russie n'abreuverait pas un grand nombre de pays en gaz et en pétrole si l'Occident ne reposait pas sur la société de consommation.

De l'intox à la réalité, un passage par la géographie économique européenne et russe

63% des échanges de l'UE se font entre pays de l'UE, les principaux partenaires des pays européens sont donc d'autres pays européens. La Grèce est un des rares pays à avoir moins de 50% de ses échanges avec ses partenaires de l'UE (48%).
La géographie est ici une donnée essentielle, la proximité géographique est pour beaucoup dans les échanges. D'après un document Eurostat du 27 mars 2015, la France par exemple exporte beaucoup en Allemagne (17%), en Belgique (7%) et en Italie (7%) et importe beaucoup d'Allemagne (19%), de Belgique (11%) et... d'Italie (8%). La Grèce qui est aux portes de l'Asie exporte beaucoup en Turquie, de même qu'elle importe beaucoup de Russie ou d'Irak. Toutefois, l'Allemagne est également un partenaire important (3eme dans les exportations et 2eme dans les importations). D'après un document de la direction générale du Trésor français, la Russie ne comptait en 2013 que pour 2% des échanges avec la France, ce qui relativise singulièrement la soit disant impérieuse nécessité de constituer un axe franco-russe. Et cela concerne essentiellement les hydrocarbures (gaz et pétrole), l'agriculture productiviste ou l'armement... Bref que des secteurs dont il va falloir interroger la pertinence dans un avenir proche. Par comparaison, les Etats-Unis sont 5ème et la Chine 6ème autour de 6,5%. La Chine est par ailleurs le premier partenaire économique pour la Russie et le deuxième pour l'UE (derrière les Etats-Unis).
Les Russes ont opté pour une politique économique eurasiatique en direction du Moyen-orient et de l'Asie de l'Est depuis quelques années, renforcée par le conflit en Ukraine (Organisation de coopération de Shanghai depuis 2001, Union économique eurasiatique effective depuis janvier 2015). De la Turquie au Japon en passant par l'Arabie saoudite, les partenariats chinois ou la Corée du sud, les contrats se multiplient ces derniers temps. Si on prend les 10 premiers partenaires économiques de la Russie en 2014, donc avant les contrats récents, six sont des pays frontaliers de la Russie (Dans l'ordre : Chine, Ukraine, Belarus, Japon, Etats-Unis, Corée du sud, auquel on pourrait ajouter la Turquie qui n'a pas de frontière terrestre mais partage un espace maritime). Les autres sont: Les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Italie. Point de France. D'après Le Courrier de Russie, « près d’un tiers des investissements russes sont réalisés vers des paradis fiscaux ». La géographie économique est donc assez révélatrice des sphères d'influence réelles des différents états et de leurs stratégies en matière économique. (cf. Document annexe).
Le niveau de relation entre la France et l'Allemagne est très bon mais leurs autres partenaires peuvent sensiblement différer. Au final le couple franco-allemand a une véritable pertinence sur le plan géographique et économique, bien plus que de chimériques axes « Paris-Moscou ».

Les réseaux russes : une offensive du capitalisme national

C'est un projet purement idéologique qui est poursuivi par la « droite souverainiste ». La germanophobie des souverainistes français, couplée de leur poutinophilie leur fait totalement perdre de vue les réalités géographiques et économiques. Nous pourrions même émettre l'hypothèse que c'est le lobbying de Total, de la FNSEA et du complexe militaro-industriel auprès des droites françaises qui est une des clefs de compréhension des positions des Républicains ou du FN à l'égard de la Russie. Un article de la Croix nous informe à ce sujet :

Lors d'une coterie franco-russe « Étaient là, notamment, Nicolas Dupont-Aignan (député Debout la République, Essonne), Yves Pozzo di Borgo (sénateur UDI, Paris), Jean-Pierre Chevènement (sénateur MRC, Territoire-de-Belfort), Aymeric Chauprade (député européen FN), Joëlle Garriaud-Maylam (sénatrice UMP des Français de l’étranger), Jean-Yves Leconte (sénateur PS des Français de l’étranger), Jean-Claude Mignon (député UMP, Seine-et-Marne), Jérôme Lambert (député Radicaux de gauche, Charentes) et Jacques Myard (député UMP, Yvelines). » Puis plus loin nous lisons : « L’organisateur de la rencontre était Thierry Mariani (député UMP des Français de l’étranger) qui est également président de l’association du dialogue franco-russe. Autour de la table se trouvaient aussi des dirigeants de grandes entreprises françaises, dont le PDG de Total Christophe de Margerie, le numéro 2 de GDF Suez Jean-François Cirelli, ou Serge Dassault (qui est également sénateur) [et également PDG dans l'aéronautique et marchand d'armes NDLR]. ». Quant à la FNSEA, cliquez ici pour avoir un aperçu. Au final, des profils parfaitement désintéressés, tout à fait hors système... On navigue entre la quenelle anti-sioniste, les défilés nationaux-bolcheviques, les cellules révolutionnaires clandestines et les zadistes, n'est-ce pas ? Je me permets un commentaire acerbe : Le bal tragi-comique de la dissidence va-t-il s'arrêter un jour ?

Les BRICS ne peuvent pas apparaître comme des solutions. Sur le plan social, économique, politique et écologique, leur modèle de développement est l'antithèse de ce à quoi nous aspirons. Certains répondrons, au nom du pragmatisme, que ce n'est pas notre problème. Mais c'est une vision à courte vue que tôt ou tard nous paierons. L'anti-américanisme repose sur des arguments souvent anti-capitalistes, alors pourquoi se jeter dans la gueule béante d'un capitalisme qui n'a même pas développé les mécanisme sociaux de compensation ?

L'Europe enracinée que nous voulons, n'aura besoin ni du soja OGM brésilien, ni des gadgets inutiles chinois ni du pétrole russe, ni du textile bas de gamme indien.

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Document annexe :

Planisphère représentant les principaux pays investisseurs pour chaque pays.

Source: VoxEurope.eu

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13/07/2015

La Décroissance #121 : "Le Progrès m'a tuer"

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10/07/2015

Méridien Zéro #240 : "La ville au risque de la modernité"

Ce soir, Méridien Zéro vous propose la dernière émission de la série consacrée aux territoires et à la problématique rural/urbain. Si nous avons traité, il y a 15 jours, du retour à la terre, Pierre Le Vigan, urbaniste, nous engage à identifier les maux de la ville moderne mais dans l'optique de les dépasser pour que la ville renaisse et redevienne ce lieu de civilisation européenne qu'elle fut par le passé.

Pour en discuter avec lui, nous recevons également Maurice Gendre et Arnaud Naudin et JLR est à la bare et à la technique.

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