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19/10/2016

Copier-Cloner (court métrage de Louis Rigaud)


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16/10/2016

Chronique de film : Captain Fantastic de Matt Ross

 Captain Fantastic de Matt Ross (2016)

captain fantastic.jpgMarteau de Thor autour du cou, Viggo Mortensen nous conduit dans Captain Fantastic à vivre une véritable aventure entre deux mondes que tout oppose. Lui, en père de famille écolo vivant avec ses enfants dans une forêt du nord-ouest des Etats-Unis, et le reste de sa famille, représentant l'Amérique industrielle, consumériste, protestante et bourgeoise. Mais ne nous y trompons pas, le film n'est pas véritablement manichéen. Il est plutôt une porte ouverte à la réflexion sur notre monde, mais aussi sur les façons de s'en extraire.

Car l'éducation des enfants de Ben Cash, le nom du personnage qu'incarne Viggo Mortensen, n'est pas du tout une éducation babacool. L'idéal de ce père de famille omnipotent, c'est la République de Platon, celle des philosophes rois et les enfants sont élevé à la dure : entraînement intensifs, maniement des armes, alpinisme extrême, chasse au couteau, etc... on est loin des caricatures du hippie loufoque refaisant le monde entre deux pétards. De drogue d'ailleurs ici il n'en est pas question. On parle de nourriture bio et locale et les enfants maîtrisent les sciences, la philosophie politique ou la musique classique dès le plus jeune âge.

Privilégiant la discussion et l'élévation intellectuelle, les enfants de la famille Cash sont en complet décalage avec leurs cousins, ignares et férus de jeux videos violents et abrutissants. Une éducation que tout oppose. Chez les Cash, on ne cache pas la vérité aux enfants, même à leur plus jeune âge, il n'y a pas de tabou, ni sur la nudité, ni sur la sexualité, ni sur la violence, ni sur la mort. A l'inverse de la famille de leurs cousins, où les tabous sont nombreux. La question se pose ici, les adultes ne pensent-ils pas trop souvent à la place de leurs enfants, les préservant de la réalité de la vie dans ce qu'elle peut avoir de dur, mais les exposant à bien d'autres dangers : l'ignorance ou la bouffe chimique.

C'est parce qu'ils connaissent la vérité que les enfants apprennent à gérer le décès de leur mère, élément qui va permettre à l'histoire de prendre son envol. A travers ce drame, qui se mue souvent en comédie, et qui vous conduira sûrement à manifester une palette d'émotions très différentes, on peut trouver des allusions à d'autres films comme Little Miss Sunshine ou La Route. La mort de la mère et la complicité qui existe entre M. Cash et son fils, Bodevan, n'est pas sans rappeler le film de John Hillcoat qui amène à réfléchir sur notre dépendance à la société industrielle.

Mais ce film est aussi un moyen de pointer les contradictions d'un père qui peut se muer en despote. Son aversion pour le christianisme touche ses limites dans une allusion subtile aux communautés chrétiennes vivant en marge de la modernité. Le protestantisme ne se limite pas au capitalisme de Max Weber et aux éléments caricaturaux du parti républicain. Son anti-nationalisme new age tranche avec une éducation enracinée, hygiéniste et guerrière. Sa soif de liberté avec son refus d'accepter les choix de ses proches.

De limite, il est question dans ce film, car c'est bien l'absence de limite qui conduit les deux modèles vers l'absurde. Tout l'intérêt du film réside donc dans la dernière partie à savoir comment ces contradictions vont se résoudre. Si la trame narrative est assez classique, Captain Fantastic est un film à voir d'urgence, qui mettra mal à l'aise les hommes post-modernes que nous sommes mais qui espérons le, conduira à de substantielles évolutions dans notre rapport à notre environnement, à l'éducation des enfants, à notre corps et aux autres.

Jean/C.N.C.

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12/10/2016

Chronique de livre : Georges Bernanos "La France contre les Robots"

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Georges Bernanos, La France contre les Robots

C’est sur les ruines de la Seconde Guerre Mondiale, en 1945, que Bernanos écrit un pamphlet prophétique, véritable déclaration de guerre à la civilisation des Machines, au culte de la vitesse et du rendement effréné, à l’idolâtrie du profit matérialiste.

« En parlant ainsi, je me moque de scandaliser les esprits faibles »

Dans le style incisif caractéristique des Grands cimetières sous la lune, l’auteur entraîne avec lui son lecteur dans la fièvre de la révolte. L’écrivain vétéran de la Première Guerre distille sa passion dans chaque mot et son sens de la formule nous laisse un texte aussi beau par la forme que vrai par le fond.

« Si vous êtes trop lâches pour regarder ce monde en face afin de le voir tel qu’il est, détournez les yeux, tendez les mains à ses chaînes. »

Un monde gagné pour La technique est perdu pour la Liberté

Ce livre est tout d’abord le livre d’un constat : celui de la marée montante de la Machine qui submerge et détruit tout sur son passage. Pour Bernanos, cette invasion prend racine dans l’idéologie révolutionnaire de 1789 et sa rupture anthropologique qui fait chanter aux hommes l’hymne au Progrès, non plus dans l’homme, mais dans la technique. Des pages terribles peignent cette rupture dans les tous les liens profonds et sacrés de la vie. Le sens de l’honneur, les délicates racines qui attachaient l’homme du XVIIIème à la terre de ces ancêtres, à ses coutumes, tout, depuis un siècle et demi, tombe et se déchire. Les exemples les plus visibles en sont l’architecture, la mode et le vêtement.

« La France du XIXème à l’air de porter le deuil de sa révolution manquée. Elle a commencé par habiller les Français de noir. Jamais, en aucun temps de notre histoire, les Français n’ont été aussi funèbrement emplumés ; le coq gaulois s’est changé en corbeau. »

Le Moloch technique est un phénomène entièrement nouveau qui écrase ce que le monde avait connu jusque-là : des instruments plus ou moins perfectionnés, mais qui étaient « comme le prolongement des membres ».

A la manière d’Ortega y Gasset, Bernanos voit les vraies causes du problème dans l’aspect religieux : « On ne comprend rien à notre révolution si l’on refuse de tenir compte d’un fait historique d’une importance incalculable : depuis le XVème siècle, la Chrétienté Française subsistait, je veux dire la société chrétienne avec ses institutions, ses mœurs, sa conception traditionnelle de la vie, de la mort, de l’honneur et du bonheur, mais la Politique se paganisait de plus en plus… »

L’auteur critique cette recherche effrénée d’une nouvelle liberté dans la technique. Nous nous fuyons nous-mêmes afin de l’atteindre, alors que la liberté n’est pourtant qu’en nous.

« Notre révolution se fera contre le système actuel tout entier, ou elle ne se fera pas. »

La France contre les Robots, plus qu'un constat, une simple plainte, un aveu de défaite, est aussi un message d'espoir et de combat. Le combat de La France CONTRE les Robots. Et un combat, on doit le gagner. En opposition au futur noir qu’il décrit en 1945, et que nous sommes en train de vivre, Bernanos veut nous rappeler que nous sommes avant tout des héritiers. Il nous (ré)enseigne l’amour vrai de la Patrie, maison, refuge, foyer et Liberté des Français.

« Ils m’ont appelé d’un nom qui évoque d’abord à l’oreille le mot de paternité, mais ils ont fait ce mot féminin, parce qu’ils pensent naturellement à moi comme leur mère, et c’est vrai qu’ils m’aiment comme les enfants aiment leur mère ».

Les faits annoncés par Bernanos sont, à la manière d’Orwell ou de Barjavel, en train de se révéler juste. Donnons-lui raison jusqu’au bout ! « Nous allons connaître des temps difficiles, mais l’humanité n’est tout de même pas au bout de ses ressources, elle se renouvellera une fois encore dans le chaos ; c’est toujours par les plus grandes convulsions que s’annoncent les plus grandes Restaurations de l’Histoire… » Un clin d’œil à la Restauration de la Monarchie, idéal de ses débuts à l’Action Française ?

Arnaud Danjou / C.N.C.

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14/08/2016

Une société possible

 Une société possible

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Il existe un archipel européen composé de neuf îles, situé à cheval entre les plaques eurasienne et nord-américaine dont la population totale est de 250000 habitants. L'île la moins peuplée compte 430 habitants et la plus peuplée 134000. Sa superficie totale est de 2333 km2 ; sa langue, le Portugais. J’arrêterai ici l’énumération de données, le but de cet article n’étant pas d’élaborer une brochure touristique ni un manuel de géographie pour débutants destinés à des randonneurs de Basse Saxe en Birkenstock, mais plutôt de comprendre en quoi cette société s’approche de la définition de « la société parfaite ».

C’est en effet bien une société (du latin societas, socius étant le compagnon, l’associé: chacun incarne sa fonction dans le corps sociétal, comme un membre d’un corps qui ne fonctionne que parce que chacune de ses parties connaît sa place et sa fonction, et s’associe aux autres afin que tout soit coordonné pour le bien commun. Le taux de chômage y est bien plus bas que sur le continent. Les habitants ne passent pas le commencement de la journée agglutinés contre la sueur et les pores les uns des autres, dans les transports en commun. On travaille là où l’on habite. On ne « perd pas de temps » : on habite la durée Bergsonienne. Le fruit du travail est concret, ses retombées sur le quotidien aussi, on est impliqué et responsabilisé dans ce que l’on fait.

Ici, on connaît ses voisins, leurs noms, leur histoire. On leur parle, on les respecte. On connaît les dates, les tragédies et les anecdotes, tout ce qui fait l’histoire d’une famille. On accorde de la valeur aux pierres et aux fantômes. Les maisons et objets de famille sont gardés et les vieilles photos chéries ; les musées sont vivants, à l’intérieur des maisons. On comprend la valeur de l’héritage et de la transmission. La population est homogène à tous les niveaux. 99% de Portugais, 99% catholiques. Il n’existe pas de conflits liés au « choc de cultures », à l’imposition d’une « façon de vivre », ces questions n’ont pas lieu d’être, puisque tout le monde partage les mêmes codes et les mêmes valeurs.

On ne ferme pas toujours sa porte à clé, on laisse les fenêtres ouvertes. On ne se méfie pas, on est bienveillant et obligeant. Les rares véhicules de police prennent racine devant le commissariat, faute heureuse de besoin de courses poursuites endiablées dans les rues. On se promène à toute heure et en tout endroit sans crainte. Il n’y a ni grande criminalité, ni gangs, ni attentats, ni violences, ni agressions quotidiennes. Les rares problèmes sont dus au trafic de drogue sur les bateaux qui font escale, ou aux émigrants revenus car chassés des Etats-Unis.

On plante ce qui pousse naturellement, sans engrais, sans pesticides ; on mange ce que l’on pêche et ce que l’on cultive, et ce que l’on y cultive ferait envie au jardin des Hespérides.

Les paysages sont d’une beauté fière et indomptée, et se méritent au prix d’heures de marche et d’efforts pour en admirer la sublime palette de couleurs, contrastes et variétés. Des cratères de volcans succèdent aux massifs d’hortensias, des plateaux lunaires se détachent de sentiers perdus dans la brume, une flore luxuriante côtoie des sommets arides. Certains villages ne sont accessibles que par des sentiers glissants que l’ont ne parcourt qu’à pied ou à dos d’âne. Il s’en dégage une puissance humble, sûre d’elle même, d’avoir su conserver et chérir la splendeur de ce qui est et existe de Beau et de naturel.

Pas d’immeubles, pas de tours, peu de constructions laides modernes, un respect de la nature, jusqu’ici miraculeusement préservée, une compréhension et acceptation de ce qu’ « habiter un territoire » signifie réellement. La menace la plus grande actuelle étant le tourisme qui se développe. Espérons que l’appât du profit ne supplante pas ici aussi la volonté de préserver et de respecter. Des séismes et éruptions volcaniques ont souvent lieu, des pertes animales, humaines et matérielles sont à déplorer, mais cela paraît un bien maigre coût à payer dans le temps en comparaison de ce que l’on vit quotidiennement sur le continent, avec malheureusement plus aucun des avantages cités ci-dessus.

Comment revenir alors sans ressentir avec grande violence le contraste entre cette société cohérente et la nôtre, qui n’aurait jamais du cesser de l’être ? Ce n’est ni l’Atlantide ni les îles des Bienheureux, mais bel et bien un exemple de société vivante, vivable et possible qui subsiste, forte, de nos jours. Les raisons de ce succès ont-elles besoin d’être évoquées ?

Ad augusta per angusta

Aspasie/C.N.C.

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30/06/2016

Regard sur l'actu #29 : L'échec des zadistes à Notre-Dame-des-Landes

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Regard sur l'actu #29 : L'échec des zadistes à Notre-Dame-des-Landes

Dimanche soir le verdict tombait : 55% des électeurs de Loire-Atlantique se déclaraient favorables au nouvel aéroport de NDDL. Ce résultat qui peut sembler surprenant, traduit l'autisme des d'activistes qui se sont emparés du sujet.

Un référendum, pourquoi faire ?

Le recours au référendum local a paru être la seule solution pour en terminer avec ce conflit de territoire autour d'un grand projet d'aménagement. L'expression populaire sert ici de caution aux actions des politiques qui défendent le projet en coopération avec Vinci. Mais les « zadistes » qui occupent le site contestent la légitimité de ce referendum. D'une certaine manière, ils sont pris à leur propre piège, eux qui réclament souvent une démocratie directe et une démocratie plus locale, découvrent que le recours au referendum n'est pas la panacée. Avec le Brexit, le referendum est paré de toutes les vertus, alors qu'à NDDL, il devient suspect de toutes les tares.

Avec NDDL, ce résultat permettra à Manuel Valls de demander aux zadistes de respecter l'expression populaire. Ce qui n'empêchera aucune association d'introduire un énième recours pour s'opposer au projet. Quitte à agacer encore plus les habitants... Mais ce résultat peut tout de même poser question, car si l'aéroport est un projet local, il est bel et bien destiné au rayonnement global de l'aire urbaine nantaise. Il y a donc une contradiction apparente à demander en local si on est d'accord avec un projet global qui aura aussi un impact sur le territoire français dans son ensemble et sur le trafic aérien international. Partant de là, on est bien dans le « glocal », cette tendance à passer du global au local en faisant fi des échelles intermédiaires. Et qu'est-ce que le « local » quant on voit des hordes d'étudiants débouler des facs vétustes des grandes métropoles pour se confronter à des riverains qui ont une approche différente de la situation ? Si à NDDL les riverains semblent hostiles à l'aéroport (en raison des nuisances, le fameux NIMBY), à Sivens, les agriculteurs locaux étaient pour beaucoup favorables au projet de barrage. Conflits et montée aux extrêmes...

Les zadistes, coupés du monde

« Quiconque se met à fréquenter les milieux radicaux s’étonne d’abord du hiatus qui règne entre leurs discours et leurs pratiques, entre leurs ambitions et leur isolement. Ils semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent. On ne tarde pas à comprendre qu’ils ne sont pas occupés à construire une réelle force révolutionnaire, mais à entretenir une course à la radicalité qui se suffit à elle-même – et qui se livre indifféremment sur le terrain de l’action directe, du féminisme ou de l’écologie. »

-Comité Invisible, A nos amis, pp. 144-145

Cet extrait de l'opuscule A nos amis résume en grande partie ce dont il est question. Alors que les ZAD réunissaient à l'origine paysans, associatifs, étudiants et radicaux, elles se sont progressivement resserrées autour d'une poignée de radicaux parmi les radicaux faisant la chasse à tout ce qui n'est pas suffisamment comme eux et s'opposant frontalement à certains riverains. Les ZAD ont aussi servi d'abris à un grand nombre de marginaux et de pseudo-anarchistes et n'ont pas su apparaître pour ce qu'elles devaient être : des espaces d'autonomie populaire pour tous les citoyens. Des espaces d'échange, de débat et d'autogestion a-politique. Car partout la seule préoccupation demeure l'intransigeance. Dans cette folle montée aux extrêmes avec les autorités, personne n'est sorti gagnant, ni les zadistes, ni les riverains, ni les autorités. A Sivens, cela aura coûté la vie à Rémy Fraisse.

Le refus de la jonction

Parmi les stratégies perdantes, une nous semble évidemment importante car elle a concerné directement certains de nos camarades : le refus de recevoir des militants sincères des milieux catholiques, identitaires et souverainistes. Militants LMPT chassés, militants du MAS dénoncés, FN considéré comme illégitime à parler d'écologie, le zadiste aura refoulé toutes les tentatives de jonction, perçues comme de l'infiltration ou de la récupération, et aura voulu garder pour lui sa petite lutte égotique pour l'écologie telle qu'il l'imagine. Pourtant le seul moyen de vaincre était sur un combat ponctuel d'accepter tout le monde. Les militants classés par le système à « l'extrême-droite » n'étaient pas venus à NDDL ou à Sivens pour parler immigration ou islamisation, mais pour parler décroissance, relocalisation, territoire, économie solidaire, microcrédit, etc... Le rejet de toute forme de discussion sous prétexte qu'il y a des gens « avec qui on ne discute pas » est un des éléments clef de l'échec des zadistes.

Le FN par exemple s'est positionné contre l'aéroport de NDDL, une position qui vient d'un travail de fond et d'une véritable révolution en terme de paradigme pour le mouvement. Révolution attestée par le travail des députés européens qui combattent contre les lobbies (Monsanto), contre le Traité transatlantique, pour la défense des abeilles ou même contre les baleiniers japonais. Le FN aurait pu être une arme dans ce combat et la victoire au referendum serait passée par la mobilisation de ses électeurs, peu enclin à se déplacer habituellement sur ce type de sujet.

L'ultra-gauche ou la religion en politique

Ce qui manque à l'ultra-gauche c'est une dose de machiavélisme. En raisonnant « politique » on accepte certains compromis, mais si on raisonne « religion » et qu'on fait de la doctrine un dogme, alors on court au désastre. Il n'y a que chez eux qu'on écrit des livres pour savoir si on doit dialoguer avec « l'ennemi » ... Le militant d'ultra-gauche est un véritable ayatollah de la doctrine embourbé dans des mythes sclérosants comme « le soulèvement populaire », « la grève générale » ou le non moins célèbre « antifascisme ».

Alors que la ZAD esquisse un retour au réel et une réflexion en phase avec l'actualité, dans la pratique, le militant agit toujours selon des paradigmes datés (exactement comme dans l'ultra-droite, d'ailleurs). En effet les conflits pour le territoire obligent à réviser totalement la vulgate marxiste, car les combats territoriaux sont par définition interclassistes. La colère populaire (et populiste) est aujourd'hui celle des classes moyennes en voie de paupérisation. Dans sa recherche fantasmée d'un néo-prolétariat métissé, l'ultra-gauche passe totalement à coté des réalités sociologiques et géographiques de l'Occident. Pire encore, comme à Calais où les No Borders sont détestés par une population souvent frappée par un chômage endémique et qui se sent abandonnée par les autorités, elle devient une arme des forces capitalistes et même, parfois, des mouvements islamistes (comme l'illustre certaines unions incestueuses au prétexte de la lutte pour la Palestine ou contre « l'exclusion » dans les banlieues). L'influence de l'ultra-gauche états-unienne des années soixante qui a transféré la lutte des classes du terrain économique vers le terrain de la société (contre l'homme hétérosexuel blanc) n'y est pas pour rien (on songera au combat pour les minorités ethniques, à un certain féminisme, au gender, …). L'ultra-gauche a été intégralement digérée par la post-modernité et même son écologie est post-moderne. C'est à dire qu'elle a tenté de déconstruire une vision de la nature forgée par la pensée occidentale depuis l'Antiquité pour faire de la nature une sorte de nouvel absolu. Mais poussé à son paroxysme, cette optique conduit paradoxalement à envisager une nature qui n'a plus rien de naturel, une nature fantasmée, hors-sol, globale, qui n'a précisément plus rien de naturel, c'est à dire qu'on évacue certaines dimensions propre à la nature comme la hiérarchie, la prédation ou le territoire au profit d'une prétendue coopération entre espèces qui est précisément une manifestation de l'anthropomorphisme et de l'anthropisation du monde. C'est ce qui donne entre autre l'antispécisme et le végétalisme (ou veganisme) et certaines délires New Age.

Une écologie authentiquement citoyenne

Une écologie authentiquement citoyenne est une écologie qu'on ne laisse surtout pas aux militants de l'écologie politique ou aux militants tout court. Parmi les principaux succès de l'écologie citoyenne, il y a évidemment certaines associations locales véritablement apolitiques ou les initiatives économiques de petits producteurs (AMAP, coopératives, magasins de producteurs). Cela nous amène à revoir ce qu'est le citoyen. Le citoyen est un acteur du territoire qui possède des droits et des devoirs. Jusque là, c'est assez simple. Le citoyen est l'antithèse du militant, car le citoyen est acteur d'une communauté humaine réelle là où le militant n'en constitue qu'une portion sur des critères essentiellement idéologiques et constituant progressivement une tribu avec ses codes incompréhensibles. Or la Cité n'est pas une idéologie au sens moderne, c'est une façon d'être au monde qui est incarnée et transmise et non diffusée par une quelconque propagande. Là où le citoyen agit, le militant spécule. Les militants ne sont, sauf cas exceptionnel, jamais des acteurs de leur territoire. La plupart des zadistes de Sivens étaient des étudiants toulousains qui au lieu d'organiser un système de distribution de panier de producteurs dans leur baraquement étudiant se sont piqués d'aller jouer à la révolution au fin fond du Tarn. Or aucune lutte ne peut réellement être déconnectée du lieu où on habite, c'est ce qu'illustrent les blocages. Et comme le militant est surtout bon pour spéculer, il doit trouver les outils adaptés pour faire passer ses idées, et non son idéologie, vers le citoyen, qui lui agit. A NDDL, le combat consistait à faire prendre conscience à la population, comme dans le cas des LGV, que l'aéroport était inutile, qu'il y aurait des nuisances multiples, que cela n'aurait pas les effets économiques attendus, etc... Il fallait parler de tout sauf d'idéologie et ne surtout pas agir comme un bande de marginaux gauchistes.

NDDL traduit donc la faillite complète de l'ultra-gauche militante qui aura entraînée dans sa chute une lutte légitime contre un grand projet inutile. Le gouvernement a bien compris qu'il pouvait manipuler autant que possible l'ultra-gauche pour faire capoter toutes les luttes sociales et écologiques. Il faut rendre le combat pour les territoires aux acteurs du territoire, les citoyens. Car ils sont les seuls à pouvoir agir légitimement sur leur lieu de vie. Le révolutionnaire doit entrer en synergie avec les citoyens et incarner avec eux la lutte tout en aidant à lui donner une forme. Tout le contraire des gauchistes, en somme.

Jean / C.N.C.

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Crédit photo : europe1.fr

01/06/2016

Le défi africain : « bombe démographique » ou « dividende démographique » ?

Le défi africain : « bombe démographique » ou « dividende démographique » ?

afriques noires.jpgLe « dividende démographique » ne sera qu’un mirage s’il n’y a pas une forte accélération de la baisse de la fécondité en Afrique dans les prochaines années. Pourquoi ? Voici une réponse solidement argumentée. Le Professeur Roland Pourtier partage ici sa contribution au 8e Festival de Géopolitique de Grenoble.

LA QUESTION démographique est cruciale pour l’avenir de l’Afrique. Personne n’en doute, même si les interprétations divergent. Le rythme de croissance de la population, depuis le milieu du XXe siècle, est en effet unique dans l’histoire de l’humanité à l’échelle d’un continent et dans la longue durée.

230 millions d’Africains en 1950, 1,2 milliard en 2015, peut-être 2,4 milliards en 2050. La population aura été multipliée par 10 en un siècle, contre 3 pour le reste du monde, 1,3 pour l’Europe. Conséquence : la part de l’Afrique dans la population mondiale de l’ordre de 9% en 1950 compte pour 16% en 2016 et devrait atteindre 25% en 2050.

Cette croissance hors du commun pose d’énormes défis. Défis internes d’une croissance économique confrontée au ras de marée d’une population jeune. Défis externes des relations de l’Afrique au reste du monde, forcément marquées par les conséquences d’une explosion démographique sans précédent.

Peut-on pour autant parler de « bombe démographique » ? En 1968 paraissait aux Etats-Unis «  The Population Bomb  » de Paul Ehrlich, traduit et publié par les Amis de la terre sous le titre « La bombe P  » en 1971. Ce livre s’inscrit dans un courant intellectuel néo-malthusien né aux Etats-Unis après 1945. Parmi les ouvrages fondateurs, « Our Plundered Planet  » de Fairfield Oborn, 1948, a été réédité en 2008 par Actes Sud sous le titre « La planète au pillage  », avec une préface de Pierre Rabhi. En réalité, les préoccupations humanitaires et écologiques, masquaient alors la « menace » supposée de la croissance démographique de l’Amérique latine et de l’Asie.

Y aurait-il aujourd’hui, symétriquement, un « péril africain » - un « péril noir » qui viendrait en quelque sorte en écho au « péril jaune » agité dès la fin du XIXe siècle ? La question démographique est toujours très sensible. De nombreux Africains y voient la résurgence d’un impérialisme occidental, un reliquat de néo-colonialisme. Tout ce qui peut ressembler à une ingérence démographique provoque une levée de boucliers.

En France, les interrogations sur la démographie africaine s’imbriquent étroitement avec la question des migrations ; elles suscitent compassion devant les drames qui se jouent en Méditerranée tout en alimentant des peurs. La présence au sud de l’Europe de deux milliards d’Africains dans une génération inquiète.

Dans ce contexte, l’Institut de géopolitique des populations (IGP), créé en 2000, met en exergue le rôle déterminant de la démographie sur la géopolitique, les migrations internationales, l’histoire des sociétés. Par exemple dans « L’Europe face à l’Afrique noire : du choc démographique au choc des civilisations », sous la direction d’Yves-Marie Laulan, publié par l’Harmattan en 2010. L’IGP, parfois catalogué d’extrême droite, exprime des préoccupations d’une fraction de la population française et européenne devant la « bombe démographique africaine ».

Changeons d’écurie. En 2004, un colloque organisé par Action contre la faim s’intitulait : « La bombe urbaine : comment nourrir villes en guerres et bidonvilles ?  ». La bombe était en l’occurrence appréhendée de son côté interne plutôt que de celui de ses projections externes.

Pour en terminer avec ces quelques flash historiographiques, Serge Michailof a publié en 2015 « Africanistan. L’Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? ». Au-delà du titre provocateur, des questions géopolitiques de fond, longtemps éludées, sont abordées de front.

La dramatisation des enjeux démographiques renvoie à un face à face implicite entre deux visions du monde : celle, pessimiste, des malthusiens. Celle, optimiste, des cornucopiens, en référence à la corne d’abondance. Au-delà de ces deux idéologies globales, un constat s’impose : ce qu’expérimente la démographie africaine est absolument nouveau. Et annonce des bouleversements géopolitiques que l’on pressent mais dont on a du mal à mesurer l’ampleur.

Avant d’aller plus loin, il convient de rappeler que l’Afrique n’est pas homogène. L’explosion démographique ne concerne que l’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est, pour faire simple l’Afrique tropicale. Le Maghreb est sur le point d’achever sa transition démographique, avec un nombre d’enfants par femme de 2,1 en Tunisie, de 3 en Algérie. En Afrique australe l’ISF n’est plus que de 2,7. L’Afrique tropicale est la seule grande région du monde à être restée au milieu du gué de la transition démographique. La baisse rapide de la mortalité ne s’est pas accompagnée d’une baisse significative de la fécondité. Le nombre moyen d’enfants par femme est actuellement de l’ordre de 5,5 et les scénarios n’envisagent qu’une diminution assez lente de l’ISF.

Face à ce défi majeur, que faire ? Si bombe démographique il y a, comment la désamorcer ?

Le retour depuis 2000 à un optimisme porté par les performances macroéconomiques - 5% de croissance annuelle - peut-il être durable ? Ces pourcentages doivent être relativisés car on part de très bas : la plupart des Etats africains se situent sur les échelons inférieurs du développement mesuré par l’IDH.

La vraie question est celle de l’avenir. Or la démographie ouvre une « fenêtre d’opportunité  » correspondant à une modification de la structure par âge de la population. Les projections démographiques montrent que la population en âge d’être active (15-65 ans) deviendra majoritaire. Cela réduira ce qu’on appelle le taux de dépendance, donnant accès à ce fameux « dividende démographique  » qui, depuis une douzaine d’années, a enrichi la boîte à outil de la Banque mondiale et investi le champ sémantique du développement.

Pour ne considérer que l’actualité le plus proche :
La 7ème Conférence africaine sur la population tenue à Johannesburg du 30 novembre au 5 décembre 2015 avait pour thème « Dividende démographique en Afrique : Perspectives, opportunités et défis ». La 7ème Conférence africaine sur la santé et les droits sexuels et reproductifs tenue à Accra du 10 au 12 février 2016 s’intitulait « Réaliser le dividende démographique en Afrique : l’importance cruciale de la santé et des droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes ». Enfin, le sommet de l’UA de 2017 doit porter sur le dividende démographique.

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Roland Pourtier pour diploweb

L'auteur : Professeur émérite des Universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Laboratoire de géographie PRODIG. Président de l’Association de Géographes Français (AGF). Il a notamment publié "Afriques noires", éd. Hachette Éducation