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30/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur les 7 péchés capitaux

Chiffre fort de la symbolique chrétienne avec le 3, la religion catholique détermine en la paresse, l'orgueil, la gourmandise, la luxure, la colère, l'avarice et l'envie, les Sept péchés auxquels le dominicain Saint-Thomas d'Aquin préfère le terme de vices, dont découle la définition du Mal contenu dans l'Homme. Le meurtre, la violence mais encore le blasphème, dont la gravité de l'acte sont largement supérieurs au péché, ne sont ainsi que les conséquences de ces passions exacerbées. Influencé par la Somme théologique de Thomas d'Aquin, le Catéchisme de l'Eglise catholique maintint, au 6ème siècle, la liste des péchés capitaux au nombre de sept ; le pape Grégoire le Grand refusant l'incorporation de la vaine gloire. Les péchés capitaux sont à ne pas confondre avec les péchés véniels affaiblissant la charité et les péchés mortels, commis en connaissance de cause, et affectant la Grâce de Dieu sans l'interdire. Défini théologiquement, le thème des Sept péchés passa rapidement de la philosophie religieuse à une représentation artistique sous forme d'allégories. On peut d'ailleurs considérer que ce thème préexista dans la littérature bien avant Thomas d'Aquin, notamment dans l'œuvre de Tertullien, écrivain berbère et païen, converti au Christianisme à la fin du 2ème siècle. Tertullien, écrivain visionnaire à maints égards qui égratigna La Première société du spectacle dans un texte paléo-debordien que les Editions des Mille et une nuits ont eu l'heureuse initiative de rééditer. A la suite de Thomas d'Aquin, Dante Alighieri décline les péchés sous une multitude de formes dans sa magistrale Divine comédie. Eugene Sue, Georges Bernanos et Paul Valéry prendront, entre nombreux autres, la relève auxquels répond Thomas Edward Lawrence, passé à la postérité sous le nom de Lawrence d'Arabie, dans Les Sept piliers de la sagesse. Il apparut, dès la création de l'art filmé, que le cinéma ne pouvait pas ne pas s'inspirer de ce thème majeur de l'identité du monde catholique. Bien évidemment, la sélection présentée ici n'aura pas la prétention d'analyser chaque péché à l'aune de la religion catholique. Aussi, nous attacherons-nous à un cinéma "laïc" s'attaquant à la représentation, sous de multiples formes, des traits de caractère dénoncés par Thomas d'Aquin.

 

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L'AMI DE LA FAMILLE

Titre original : L'Amico di famiglia

Film italien de Paolo Sorrentino (2006)

Geremia de' Geremei, ironiquement surnommé Cœur d'or, est un homme de 70 ans qui cumule nombre de défauts. Monsieur est affreusement laid et sa laideur est enrichie par un cynisme froid et moqueur. Il pratique également l'usure et est farouchement radin ; c'est ainsi qu'on devient riche après tout ! Et Geremia est fantastiquement riche. Il entretient un rapport morbide avec l'argent qui demeure sa grande obsession et lui permet de dominer la vie de sa famille et de sa mère avec qui il partage une vieille demeure délabrée. Individu parfaitement insupportable, Geremia entend intervenir dans l'utilisation que font ses emprunteurs de l'argent remis. Pour autant, il ne comprend pas les raisons pour lesquelles il demeure seul et boudé par les femmes. L'un de ses voisins sollicite bientôt le riche septuagénaire afin qu'il prête de l'argent pour marier sa fille Rosalba. A son habitude, Geremia pratique l'usure à un taux exorbitant. L'usurier découvre en la future mariée une jeune fille ravissante et en tombe immédiatement amoureux...

Avarice. Sorrentino fait de son héros exécrable et avare un personnage que l'on croirait tout droit sorti d'Affreux, sales et méchants d'Ettore Scola. Le spectateur ne ressent aucune empathie pour cet usurier impitoyable et gisant dans son cloaque glauque qui tient lieu de succursale bancaire qu'encombre la mama. Le film vaut d'être vu rien que pour cet individu laid que ne rachète aucun trait de caractère. Pourtant, à l'exception de ce premier rôle remarquablement interprété par Giacomo Rizzo, le film pêche par de nombreux défauts. La galerie de seconds rôles englués dans leur impossibilité de recouvrer leur dette est malheureusement trop faiblement dessinée. La mise en scène laisse également à désirer malgré quelque habileté à montrer les désirs sexuels du hideux héros pour la belle mariée. Pas le meilleur Sorrentino mais ça reste du Sorrentino !

 

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THE ARTIST

Film français de Michel Hazanavicius (2011)

Hollywood en 1927. George Valentin est une star du cinéma muet, au faîte de sa renommée, et dont rien ne semble pouvoir stopper la carrière. Al Zimmer, son producteur convie la star à la projection de son dernier film, lors de laquelle il croise une jeune débutante dans le Septième art, Peppy Miller. La jeune comédienne est engagée sur le prochain film de Valentin qui ne reste pas insensible à son charme mais refuse de s'engager auprès de la jeune femme. Lui qui se sentait intouchable disparaît pourtant bientôt des écrans. La révolution du cinéma parlant bouleverse l'art filmé de fond en comble. C'est au tour de jeunes étoiles d'être propulsées au rang de vedettes. Parmi elles, Peppy. L'arrogant Valentin juge éphémère l'avènement du cinéma parlant et congédie Zimmer afin de produire lui-même son prochain film muet. C'est le début de la descente aux enfers...

Orgueil. Chacun aura très certainement vu le film et tout a déjà été écrit au sujet de The Artist qui transpose l'Antiquité du cinéma en plein Troisième millénaire. Il est de bon ton de bouder les succès internationaux mais la réalisation de Hazanavicius n'aura pourtant pas volé ses dizaines de récompenses. Jean Dujardin et Bérénice Bejo non plus ! Jean Dujardin qui, d'ailleurs, n'a rien à envier à Fred Astaire. L'occasion est ici fournie d'analyser le film sous l'angle original du trait de caractère orgueilleux du héros qui refuse que l'art qu'il domine puisse lui échapper. Le cinéma parlant ne peut pas être tout simplement parce que, lui, Valentin, n'a jamais parlé dans ses films ! Notre star déchue préfère la déchéance alcoolique, la vente de tous ses biens immobiliers, la ruine et l'idée du suicide plutôt que se remettre en question. Mais le film se conclue bien évidemment sur un happy end. C'est fort bien fait. Le film ne révolutionne pas pour autant le genre disparu du muet.

 

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BOF... (ANATOMIE D'UN LIVREUR)

Film français de Claude Faraldo (1971)

Lui exerce la profession de livreur de vin, ce qui le lasse au plus haut point. Surtout de gravir les étages... Son mariage avec Germaine permet à la jeune femme de quitter son emploi de vendeuse et de profiter de la vie de femme au foyer. Devenu veuf après avoir assassiné son épouse et maquillé le meurtre en suicide, le père du jeune homme se dit que lui aussi a bien le droit d'être lassé de son emploi à l'usine. Alors décide-t-il de s'installer dans l'appartement des jeunes noceurs. L'oisiveté ambiante lui convient parfaitement, à plus forte raison qu'il partage avec son fils l'amour de Germaine. Boubou, un balayeur noir, ami du fils, voit dans ce foyer la société idéale. Lui aussi ne tarde pas à plaquer son métier et rejoindre la communauté oisive. Mais se prélasser au Soleil est nettement plus agréable. Qu'à cela ne tienne !, nos quatre héros partent en direction du Midi...

Paresse, autrefois désignée sous le terme d'acédie. Vous avez aimé le Manifeste contre le travail du Groupe Krisis ? Alors ce film anarchisant devrait vous plaire. Siestes et jeux de cartes, l'oisiveté est un sujet finalement assez peu traité au cinéma, et plus particulièrement au sein de la classe prolétaire. Poussant le sujet un peu plus loin, Faraldo expose les vues de son idéal post-soixante-huitard qui exalte la vie en communauté et l'amour libre délivré des tabous conformistes bourgeois. Et contre toute attente, ça n'est pas le fils qui épouse les formes les formes les plus radicales de ce libertarisme prolétaire mais bien son quinquagénaire de géniteur. Le film a évidemment vieilli de ce point de vue et il est permis de tacler la candeur de la réalisation. Elle est néanmoins plaisante à regarder et souvent drôle malgré la rareté des dialogues et un criant manque de budget.

 

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LA GRANDE BOUFFE

Film français de Marco Ferreri (1973)

Marcello est pilote de ligne, Michel est réalisateur à la télévision, Philippe, juge d'instruction et Ugo restaurateur. Ce sont de fins gourmets que ces quatre amis qui décident de se retrancher le temps d'un week-end dans un hôtel particulier parisien, en cette fin d'automne,  afin de se livrer à un gargantuesque repas. Aussi, la satisfaction de ce séminaire gastronomique nécessite-t-elle le stockage d'un volume dantesque de nourriture. La motivation du banquet pantagruélique est bien plus funèbre en réalité puisqu'il s'agit pour nos compères de se suicider en se gavant jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les plats les plus divers se succèdent à un rythme infernal. Marcello insiste auprès de ses amis afin que trois prostituées rejoignent leur cérémonie mortifère, en compagnie d'Andréa, une institutrice du voisinage arrivée là un peu par hasard. Ecœurées et épuisées, les filles de joie quittent bientôt les quatre amis. Seule la plantureuse institutrice persévère et assiste impuissante à la déchéance des corps...

Gourmandise. Un véritable scandale que provoqua le film de Ferreri au Festival de Cannes. Les journalistes s'en donnèrent à cœur joie pour détruire la réputation de cette œuvre perçue comme une insulte aux arts de la table. Mais, plus que cela, c'est bien l'hédonisme gratuit et la jouissance bachique et sans entraves d'une société bourgeoise et égoïste qu'a voulu épingler le talentueux italien habitué aux provocations filmiques. Les libations ayant cours dans cet hôtel coupé du monde sont le reflet d'un monde englué dans une consommation effrénée qui se condamne à la mort dans la plus parfaite indifférente opulence. Il est bien plus politiquement incorrect que ne purent l'analyser les journalistes cannois... Ce film obscène et indigeste n' pas perdu une miette de sa force provocatrice, ni de son actualité bien au contraire. Un chef-d'œuvre eschatologique et scatologique !

 

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L'HISTOIRE DE RICHARD O.

Film français de Damien Odoul (2007)

Un homme, Richard O., est assassiné par une jeune femme qu'il refusa de violer pendant son sommeil... Nous sommes à Paris au mois d'août. Quelques semaines plus tôt, Richard O. déambule dans la capitale à la recherche du sujet de son prochain film. Le Grand est son fidèle serviteur, tout occupé qu'il est à racoler des proies faciles et faire obtenir des rendez-vous explicites à son mentor. Les élues sont des femmes qu'il croise ça-et-là dans au hasard des rues. Richard se montre incapable de résister aux nombreux désirs qu'il ressent pour les femmes. Face à lui, les amazones se livrent en exposant leurs secrets et fantasmes les plus intimes. A travers treize rencontres et autant d'expériences sexuelles, le fornicateur errant tente de briser les tabous et assouvir les pulsions de ces inconnues avant d'aller chercher quelque réconfort dans les bras de sa voisine et de son ex-compagne...

Luxure. Le titre fait bien évidemment écho au film érotique Histoire d'O de Just Jaeckin sorti en 1975 avec la délicieuse Corinne Cléry en Madame O. Sauf qu'ici, Monsieur O, en la personne de Mathieu Amalric, ne suscite guère l'enthousiasme sexuel. L'idée n'est pourtant pas absurde de présenter un héros à la recherche unique d'un plaisir sexuel hérité de rencontres sans lendemain. D'autant plus que le héros a la prétention d'intellectualiser ses expériences.  Si l'on se prend de quelque empathie pour cet érotomane paumé et aliéné par ses propres désirs, Odoul passe à côté de son sujet avec des dialogues trop souvent prétentieux qui ne trouveront écho qu'auprès d'un public bourgeois-bohême. Parmi les corps nus qui défilent, il y en a pas pour tous les goûts mais le portrait psychologique de ces naïades offertes au héros est plus restreint. Toutes ont pour point commun le souhait d'être violentées et souillées. Non seulement le film flirte avec l'apologie de la violence sexuelle mais c'est filmé avec tellement de maladresse que la provocation en est désolante. Malgré tous les efforts du réalisateur, rarement la luxure n'aura paru aussi peu excitante. On est loin de Gaspar Noé !

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SELON LA LOI

Titre original : Po Zakonu

Film russe de Lev Koulechov (1926)

Au fin fond du territoire canadien du Yukon, le long de la rivière Klondyke, un groupe de pionniers cherche le précieux métal jaune. Hans Nielsen et son épouse Edith, l'Irlandais Michael Deinin, Detci et Herke composent le groupe qui partage la même cabane de fortune. Les Nielsen découvrent un recoin de la rivière riche en métal. L'exploitation du site démarre aussitôt dans la bonne humeur. Aux journées harassantes succèdent des soirées monotones lors desquelles la petite assemblée s'enivre de vin. Mais l'accumulation de l'or fait tourner les têtes. Le cupide Deinin abat à bout portant Detci et Herke afin de devenir seul propriétaire de l'or. Les Nielsen parviennent à maîtriser l'assassin et l'attachent solidement. Malgré la contrainte qu'impose la surveillance du prisonnier, le couple se refuse à l'exercice de toute justice expéditive et organise le procès de l'Irlandais. La fonte des neiges renforce l'isolement des lieux...

Envie. Cinéaste phare de la période soviétique, Koulechov adapte à l'écran une nouvelle de Jack London, inédite en français, The Unexpected. L'attrait du réalisateur pour la littérature anglo-américaine le rendit suspect aux yeux du pouvoir communiste qui ne manqua pas de lui reprocher sa fidélité à l'œuvre. La critique de la voracité capitaliste est certes bien faible dans ce muet soviétique qui ne démérite pas. Découpé en deux parties, la seconde est intégralement consacrée à un regard juridique "amateur", les Nielsen n'étant pas homme et femme de loi, sur la façon dont il convient de châtier l'envie cupide. Koulechov maîtrise à la perfection ce huis clos esthétique qui renseigne sur la dégradation physique et psychologique des corps fatigués par le dur travail et la pluie. Un western claustrophile et poétique qui impose l'idée que le cinéma n'a mis que peu de temps à acquérir ses lettres de noblesse. A voir !

 

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LE TONNERRE DE DIEU

Film français de Denys de La Patellière (1965)

Le vétérinaire Léandre Brassac réside dans un majestueux manoir de la campagne nantaise en compagnie de son épouse allemande Marie, de ses chevaux et de nombreux chiens errants qu'il recueille. Brassac, que l'on pourrait croire généreux, est pourtant tout le contraire et se revèle être un misanthrope au caractère sombre et violent. Ça n'est pas un énième chien que le vétérinaire ramène ce soir mais Simone, une prostituée rencontrée dans un bar. Si Marie, qui n'a pu offrir de descendance à son alcoolique d'époux, ne se risquerait pas à contester la présence au domicile d'une fille légère, Marcel, le souteneur, ne l'entend pas de cette oreille. Brassac calme les ardeurs de ce dernier et permet à Simone de durablement loger au manoir. Mais la fille de petite vertu tombe amoureuse du voisin cultivateur Roger et craint le courroux de Brassac...

Colère. La Patellière offre un rôle sur mesure pour Jean Gabin en homme irascible qui inonde de sa verve piquante le premier quart d'heure du film. Et Michèle Mercier, débarrassée de ses oripeaux Angéliques, est également très à l'aise dans ce mélodrame rural. Le réalisateur du Taxi pour Tobrouk fut l'un des cinéastes les plus prolifiques des décennies 1950-1960 bien que sa filmographie soit de qualité inégale. Inspiré du roman Dieu est Dieu, nom de Dieu de Maurice Clavel, Le Tonnerre est un film plaisant et soigné auquel il manque peut être quelque prise de risque, notamment dans les dernières dizaines de minutes. Si le film s'essouffle progressivement du début à la fin, il demeure un classique du cinéma français et est malheureusement tombé dans l'oubli.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

29/04/2016

Concert: Tana del Tigri 2016 (Rome, 21.05)

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11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

26/04/2016

Compte-rendu d’exposition : Jheronimus Bosch, Visions de Génie (Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc)

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Voici maintenant cinq cents ans que le vénérable Jheronimus van Aken s’en est allé.

Plus connu sous le nom de Jérôme Bosch, cet artiste hors du commun est né aux alentours de 1450 dans la ville de Bois-le-Duc, s’Hertogenbosch en néerlandais. C’est à ce toponyme que l’artiste doit son nom, et c’est au sein du Noordbrabants Museum de cette charmante localité que se tient, depuis février et jusqu’au 8 mai 2016, une exposition exceptionnelle en son honneur.

L’œuvre de Jérôme Bosch, si elle est relativement restreinte – seulement 25 peintures de sa propre main, et à peu près autant de dessins, nous sont parvenus – n’en finit pas de nous émerveiller. Au-delà des formules iconographiques totalement novatrices pour l’époque, à l’image du Chariot de foin ou du Vagabond dont on ne connait aucun antécédent pictural, c’est surtout l’étourdissante profusion de formes et des figures contrefaites et tourmentées, démons, monstres et créatures hybrides, confrontés à des anges, à des pécheurs ou à des saints, qui marque le plus durablement quiconque se laisse prendre au jeu de la contemplation d’une peinture de l’artiste néerlandais.

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Le Jugement Dernier, vers 1495-1505, huile sur bois, Bruges, Groeningenmuseum

L’exposition du Noordbrabants Museum présente une vingtaine de peintures de Bosch, dont quatre triptyques et quatre panneaux peints des deux côtés, ainsi que dix-neuf dessins et sept panneaux issus de son atelier ou de suiveurs confirmés, en plus de quelques soixante-dix œuvres variées destinées à éclairer certains aspects de la peinture du maître, et parmi lesquels on se réjouira de trouver une magnifique gravure de Dürer, Saint Jérôme dans le Désert.

Il faut souligner que c’est une prouesse tout à fait remarquable pour le musée néerlandais d’être parvenu à réunir un tel nombre d’œuvres de Jérôme Bosch sans toutefois en posséder une seule dans son fonds propre, une prouesse d’autant plus grande que des musées des quatre coins du monde ont été sollicités pour l’occasion : le Metropolitan Museum de New York, le Pallazo Grimani de Venise et le Prado de Madrid, pour ne citer que ces trois institutions. La monnaie d’échange proposée pour ces prêts exceptionnels s’intitule BRCP, Bosch Research & Conservation Project, un vaste programme international comprenant plusieurs restaurations et une analyse extrêmement approfondie de l’œuvre de Bosch, dont on peut apprécier l’étendue et le résultat sur le très instructif site internet : http://boschproject.org/

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Le Vagabond, vers 1500-1510, huile sur bois, Rotterdam, Museum Boijmans

Cette campagne de conservation, d’étude et de restauration, sur le modèle de celle qui est menée depuis 2012 sur le retable de l’Agneau mystique des frères van Eyck aujourd’hui visible au sein de la cathédrale de Gand, permet pour la première fois d’apprécier douze peintures de Jérôme Bosch sous un jour nouveau.

La scénographie de l’exposition est irréprochable, l’ensemble des moyens déployés pour mettre en valeur chaque œuvre est remarquable. Le parcours articulé autour de six thèmes – le pèlerinage de la vie humaine, Jérôme Bosch à Bois-le-Duc, la vie du Christ, Bosch dessinateur, les saints, la fin des temps – est très intéressant, et ponctué de moniteurs permettant d’apprécier encore davantage de détails, ou de prendre connaissance de repentirs bouleversant la composition originale par exemple. La pénombre qui baigne le vaste espace d’exposition est une excellente idée, elle permet de s’immiscer pleinement dans les univers bigarrés, à la fois grotesques et émouvants, du peintre de Bois-le-Duc. Il faut noter qu’en dépit de la fragilité extrême de ces panneaux datant d’un demi-millénaire, les conditions d’exposition sont telles qu’il est tout à fait possible de s’approcher à loisir de chaque peinture, ce qui est particulièrement bienvenu ici.

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Paysage Infernal, plume et encre brune sur papier, 25,9x19,7, collection privée

L’ensemble des dessins exposés est tout particulièrement appréciable et émouvant : il faut souligner que presque aucun dessin des contemporains de Bosch ne nous est parvenu. Les feuilles du maître néerlandais que nous connaissons regorgent à la fois de scènes qui témoignent d’une fine observation de la nature, parfois dans ce qu’elle peut offrir de plus incongru, mas aussi de figures inventées, souvent des croisements entre des hommes, des animaux et des objets, qui semblent d’ailleurs avoir été conçues comme des œuvres autonomes, ce qui ajoute encore à la valeur de ce corpus exceptionnel.

Seule bémol concernant l’exposition dans son ensemble : le célèbre triptyque du Jardin des Délices fait figure de grand absent au sein du magnifique corpus d’œuvres réunies à Bois-le-Duc. Le musée du Prado n’a pas jugé souhaitable de se défaire de ses précieux panneaux de bois, officiellement pour des raisons de conservation, peut-être aussi en partie parce que le déclassement par le BRCP de la Tentation de Saint Antoine et de la Lithotomie, qui ne seraient pas de la main de Bosch lui-même mais de son atelier, a quelque peu irrité l’institution espagnole, au sein de laquelle ces deux œuvres sont conservées… Il faudra donc se contenter à Bois-le-Duc du panneau central et du volet de gauche du Jardin des délices de la main de suiveurs, très qualifiés cependant.

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Un joli picture disc de Jérôme Bosch : La Passion, 1490-1495, huile sur bois, Berlin, Staatliche Museen zu Berlin

Comme bien souvent avec les expositions majeures, celle de Bois-le-Duc est victime de son succès et l’affluence y est souvent terrible. Cependant je ne saurais trop vous recommander de vous rendre au Noordbrabants Museum avant le 8 mai si vous en avez la possibilité, c’est une occasion unique de vous confronter à l’une des plus grandes figures de l’art médiéval européen. Au reste la ville de s’Hertogenbosch est charmante, la cathédrale est étonnante et mérite largement le détour. Et si le vent froid des terres nordiques vous effraie, sachez qu’une exposition similaire se tiendra à Madrid à partir du 31 mai 2016 !

Lydéric / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Vente de billets en ligne :https://tickets.hetnoordbrabantsmuseum.nl/nl/jheronimus-b...

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 Triptyque du Chariot de foin, 1510-1516, huile sur bois, Madrid, Musée du Prado

23/04/2016

7 films à voir ou à revoir sur Napoléon

Sans aucune hésitation, l'Empereur Napoléon Bonaparte compte parmi les plus grandes figures de l'Histoire de France. Et pourtant ! Assez curieusement, ses héritiers sont quasi-inexistants dans notre société politique contemporaine. Est-ce parce que l'héritage institutionnel et législatif légué par l'Empereur est demeuré présent dans les Républiques qui succédèrent aux périodes de l'Empire ? Si la Monarchie française compte de nombreux partisans qui se réclament du Roi, l'Action française en tête, les structures qui se réclament du napoléonisme sont bien faméliques... Son Altesse Impériale la Princesse Napoléon, née Alix de Foresta, chef de file légitime de la dynastie impériale du Troisième millénaire, n'évoquera que bien peu de choses au plus grand nombre. Certes, il existe bien un Renouveau bonapartiste, un Mouvement bonapartiste, France bonapartiste et un Comité central bonapartiste qui, tous regroupés, doivent peser autant que Jacques Cheminade aux élections présidentielles. Définitivement, Napoléon appartient à l'Histoire, et depuis aussitôt la défaite de Sedan d'ailleurs. Le grandiose écrivain malouin François-René de Châteaubriand n'écrivait-il pas dans ses Mémoires d'Outre-tombe que "Bonaparte n'est plus le vrai Bonaparte, c'est une figure légendaire composée des lubies du poète, des devis du soldat et des contes du peuple." ? Napoléon est bien désormais une figure légendaire qui n'a plus prise avec les choses de ce bas monde. Certainement, cela ne le gênera-t-il pas d'ailleurs, lui qui affirmait que "Les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle." Alors oui, Napoléon 1er est un homme de génie pour lequel chacun ressent une inexplicable attirance, parfois inconsciente, similaire à celle, qui s'applique à chaque homme qui, sous une forme ou une autre, a tenté de réaliser l'unité du continent européen par la guerre. Et cette fascination pour les conquêtes napoléoniennes n'exclut nullement une paradoxale mollesse de chacun dans l'adhésion à la mystique de l'Empire... Loin devant Alexandre le Grand, Jules César, Cléopâtre, Mahomet, Gengis Khan, Winston Churchill ou Charles De Gaulle, Napoléon 1er compte parmi les personnages les plus interprétés au cinéma et partage cet honneur avec Jésus Christ, Jeanne d'Arc et... Adolf Hitler. Le chancelier allemand avec lequel l'Empereur partage bien plus et surtout une curieuse similitude dans leurs épopées respectives. Le lecteur intéressé sera renvoyé à l'ouvrage de Saint-Paulien, Napoléon, Hitler, deux époques, un destin. Les films traitant du personnage de Napoléon 1er sont donc légions et se rattachent au genre biographique. Une débauche de moyens accompagne l'immense majorité de ces œuvres bien que l'exercice de la restitution biographique amenuise considérablement toute liberté de traitement par le réalisateur et le scénariste. Il y a à voir et à oublier parmi les 700 films évoquant la figure de l'Empereur. En voici sept...

 

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ADIEU BONAPARTE

Film franco-égyptien de Youssef Chahine (1984)

Le 1er juillet 1798, Bonaparte, à la tête de ses troupes, débarque à Alexandrie et délivre bientôt l'Egypte de l'oppression des mamelouks ottomans après la victoire de la bataille des Pyramides. Parmi la soixantaine de scientifiques accompagnant Bonaparte, le général Maximilien Caffarelli, infirme à la jambe de bois, prend part à la Campagne d'Egypte dont l'objectif est de couper la route des Indes aux Britanniques. Homme affable, il se lie d'amitié avec de jeunes cairotes, en même temps que le savant qu'il est, est séduit par les splendeurs du Caire et du reste du pays. De libérateur, Bonaparte est progressivement perçu comme un conquérant sans scrupules et avide de gloire. La résistance égyptienne s'organise. Caffarelli prend ses distances avec Bonaparte au point d'épouser la cause de ses amis autochtones, Ali, épris de poésie et philosophie et son jeune frère Yehia, initiés par le général à la chimie et l'astronomie...

Oscillant entre le film historique et le conte philosophique, Chahine livre une plaisante évocation de la révolte du Caire pendant la campagne d'Egypte. L'intrigue est déterminée par le prisme de l'humaniste général Caffarelli, remarquablement interprété par le truculent Michel Piccoli, et d'Aly, homme cultivé et pétri de littérature française. Le scénario est néanmoins brouillon et il est parfois difficile de démêler l'intrigue du contexte historique auquel le réalisateur privilégie la petite Histoire intimiste à la fresque somptueuse. La mise en scène, empreinte d'un beau lyrisme, rachète quand même le scénario. Le pays égyptien dévoile des splendeurs malheureusement mises à mal aujourd'hui. Chahine, catholique de confession melkite peinerait à reconnaître sa terre et son peuple. Le cycle des saisons est immuable et l'hiver revient toujours, tôt au tard, après le printemps... même arabe.

 

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AUSTERLITZ

Film français d'Abel Gance (1960)

En 1802, la Paix d'Amiens consacre la paix entre la France et le Royaume d'Angleterre et laisse entrevoir une période de stabilité sur le continent. Adulé par le peuple et conseillé par le diplomate Talleyrand, le Premier consul Napoléon Bonaparte est sacré Empereur par le pape Pie VII dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. La période d'accalmie guerrière espérée sera de courte durée. L'Autriche et la Russie scellent leur coalition. Napoléon reprend les armes et les troupes napoléoniennes remportent toutes les batailles en 1805. Ulm consacre un nouveau triomphe du 1er Empire. Le 2 décembre, à Austerlitz, petit hameau de Moravie-du-Sud, les troupes napoléoniennes font face à la coalition de l'Empereur François II d'Autriche et du tsar Alexandre 1er de Russie. Une nouvelle bataille se prépare...

Dans cette fresque qui retrace l'Histoire de l'Europe et des tumultes de la guerre qui secouèrent le Vieux continent trois années durant, Gance dresse un large panel psychologique de Napoléon 1er. Tour à tour impulsif, tyrannique, charismatique, irascible mais aussi fin stratège et capable de décisions militaires rapides qui font la différence et accroissent l'étendue du pouvoir du 1er Empire vers l'Est . On sent le charme qu'exerce l'Empereur sur le cinéaste qui choisit clairement son camp et ne manque pas d'offrir un profil qui n'est pas à l'avantage de ses ennemis. On frise la caricature. Remarquablement filmées et dirigées, les scènes de la bataille finale occupent une large place et furent tournées avec le concours de l'armée de la République socialiste de Yougoslavie. Déjà auteur d'une première biographie plus large de Napoléon, le réalisateur réitère son propos avec plus de moyens. Très agréable à visionner, Austerlitz ne tient pourtant pas toutes ses promesses dans sa première partie. La faute peut être à une distribution trop riche en célébrités internationales.

 

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LES DUELLISTES

Titre original : The Duellists

Film anglais de Ridley Scott (1977)

L'année 1800 à Strasbourg. Le territoire français connaît enfin une période de quiétude après les guerres révolutionnaires et celles du Directoire. Le lieutenant du 7ème régiment de Hussards Armand d'Hubert et son homologue du 3ème, Gabriel Féraud, sont deux officiers de l'armée napoléonienne. Irascible querelleur, Féraud blesse gravement le neveu de l'édile strasbourgeois au cours d'un duel. La pratique de cet art étant proscrite par le règlement militaire, d'Hubert se voit confier la mise aux arrêts du belliqueux duelliste tandis qu'il se trouve chez une amie qui tient salon. L'offense est jugée trop grave par Féraud pour ne pas provoquer d'Hubert en duel au sabre. Celui-ci tourne à l'avantage d'Hubert, ce que ne peut accepter Féraud qui ne cache pas vouloir vengeance et triomphe. Les deux hommes vont dès lors se vouer une haine inextinguible et vont régulièrement s'affronter, quinze années durant dans toute l'Europe jusqu'en Russie, dès lors que leurs carrières militaires respectives feront se recroiser leurs chemins...

Alors évidemment, il s'agit moins d'un film sur la figure de l'Empereur que sur la France et l'armée napoléoniennes. L'œuvre est une adaptation de la nouvelle Le Duel de Joseph Conrad. Premier long-métrage de Scott qui signe immédiatement un prodigieux chef-d'œuvre. La mise en scène est grandiose. Les décors, les costumes et l'atmosphère restituent admirablement l'Europe du début du 19ème siècle et la rigidité de la tradition militaire de l'époque. Et ne parlons pas des scènes de duel magnifiquement filmées. Les deux héros sont merveilleusement campés par Harvey Keitel et Keith Carradine : Féraud en officier de condition populaire élevé au rang de lieutenant par le mérite et d'Hubert, l'aristocrate distancié pétri de convenances. Tout simplement somptueux et il y aurait encore beaucoup de choses à louer. A la vision du film, on comprend mieux l'engagement de Bernard Lugan en faveur du rétablissement du duel...

 

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MONSIEUR N.

Film français d'Antoine de Caunes (2003)

En 1840, le général anglais Heathcote assiste au retour des cendres de l'Empereur à l'Hôtel des Invalides. Les souvenirs de son service refont surface alors qu'il n'était qu'un jeune officier. Défait à Waterloo en 1815 peu après la période des Cent-Jours, Napoléon 1er avait été déporté par les Anglais à Sainte-Hélène. C'est sur cette minuscule île atlantique au climat inhospitalier et balayée inlassablement par les vents, que celui, désormais déchu, qui avait mis l'Europe à genoux termina ses jours. L'exil ne fut guère marqué du sceau de la quiétude et les intrigues étaient nombreuses parmi les proches, fidèles ou intrigants, qui accompagnèrent le célèbre prisonnier. Sous la surveillance du général Hudson Lowe, Napoléon y dicta ses mémoires en même temps qu'il livra sa dernière bataille. Les mystères de sa mort demeurent et Heathcote croit bien détenir la vérité...

On attendait certainement pas de Caunes se glisser dans la peau d'un cinéaste. Il s'en tire pourtant honorablement. La mort de l'Empereur est encore entourée de nombreuses théories. Aussi, le film a-t-il le mérite d'inviter à la réflexion sur les dernières années de son existence et de les confronter à l'historiographie officielle. Mort prématurée mais naturelle ? Empoisonnement ? Assassinat ? L'Empereur est-il bien mort à Sainte-Hélène ou avait-il pu fuir aux Etats-Unis avec l'aide de son fidèle ami corse, Cipriani ? Dernière supputation qui a la préférence du réalisateur pour mieux épaissir le mystère. Toutes les pistes demeurent ouvertes. Monsieur N. est plus un film d'historien qu'historique et aussi ludique qu'un Cluedo. Philippe Torreton y est à son aise. Plaisant ! Le film subit pourtant un inexplicable échec commercial.

 

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NAPOLEON

Film français de Sacha Guitry (1954)

Parmi les témoins majeurs de la période napoléonienne figure Talleyrand. A l'annonce de la mort de Napoléon, en 1821, Talleyrand, meurtri, est assailli de questions sur la vie de celui qui fit trembler l'Europe. Le diplomate évoque à un petit auditoire d'amis, avec force souvenirs, ce que fut, de 1769 à 1821, l'épopée de Napoléon 1er depuis sa naissance à Ajaccio à sa déportation sur l'île de Sainte-Hélène. Une vie contrariée remplie de rêves de gloire qui se dessinent dès ses études à l'école militaire de Brienne qui précèdent son arrivée à Paris et sa prochaine conquête du pouvoir politique. Celle qui amènera le futur Empereur à étendre son pouvoir sur des terres lointaines à l'aide de furieuses conquêtes d'Arcole à l'anéantissement de Waterloo. Talleyrand n'oublie pas les souvenirs plus intimes de celui qu'il a servi avec obséquiosité : sa rencontre avec Joséphine de Beauharnais et ses fiançailles à Toulon. Et d'autres conquêtes moins militaires...

Difficile de juger qui de Guitry ou de Gance aura le mieux filmé Napoléon. La biographie de Guitry se distingue de celle de Gance en cela qu'elle se veut moins fidèle à une minutieuse reconstitution historique. La magnifique pléiade d'acteurs composant la distribution y est pour beaucoup ; chacun s'accaparant son rôle pour mieux le personnaliser. Afin de mieux rendre hommage à l'Empereur, le réalisateur a l'idée géniale d'évoquer sa figure par le prisme de Talleyrand. Autant homme de théâtre, de littérature que de cinéma, Guitry démontre avec le talent qui lui est propre qu'il demeure parmi les plus grands amoureux des grandes figures de l'Histoire de France. Plus de trois heures d'un grandiose spectacle sur la vie d'un génie qu'on aime le personnage ou non. On ne s'ennuie guère. Guitry sera toujours Guitry !

 

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NAPOLEON VU PAR ABEL GANCE

Film français d'Abel Gance (1925)

1781, le futur Napoléon intègre l'école militaire de Brienne. Brillant étudiant, l'écolier sait qu'il est promis à une fulgurante carrière. Peu après son arrivée à Paris, Bonaparte côtoie le Club des Cordeliers, au sein duquel il rencontre Georges Danton et Claude Joseph Rouget de Lisle qui ne tardera pas à composer la Marseillaise. De retour en Corse, Bonaparte est contraint de fuir son île natale, chassé par les partisans de Pascal Paoli. Le futur Empereur prend part au tumulte révolutionnaire qui secoue la capitale. Grâce à Paul Barras, l'ajaccien est promu général d'infanterie avant d'épouser son plus grand amour Joséphine de Beauharnais, que Bonaparte parvint à ravir au général Lazare Hoche. C'est au tour de la guerre de ravir Bonaparte à Madame de Beauharnais. Le 16 avril 1796, la campagne d'Italie est sur le point de s'achever...

Gance est littéralement subjugué par la figure de Napoléon à qui le cinéaste souhaitait consacrer pas moins de six films muets. La faillite de son producteur contraint Gance à ne réaliser que le premier chapitre qui ne dure pas moins de 5 h 30 quand même. Cela est plus complexe en réalité tant il existe de versions d'une longueur différente. En tout cas, jamais Gance ne put revenir sur son projet pharaonique qui lui vint en tête à la vision de Naissance d'une nation de David W. Griffith. Le Napoléon de Gance compte parmi les œuvres majeures du patrimoine cinématographique mondial et constitue le chef-d'œuvre du cinéaste parisien. Une fresque biographique impressionnante, démesurée et d'une lyrisme fabuleux. Gance est talentueux lorsqu'il a l'idée d'accrocher des caméras à la selle des chevaux. Ce qui est banal aujourd'hui est d'une parfaite ingéniosité en 1925. Gance est visionnaire lorsque, pressentant l'avènement prochain du cinéma parlant, il enjoint ses acteurs de prononcer les paroles exactes du scénario. Gance, le Griffith français, est un génie !

 

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WATERLOO

Film italo-russe de Serguei Bondartchouk

1814, Napoléon 1er est contraint d'abdiquer. Louis XVIII rétablit la Monarchie et clôt définitivement, espère-t-il, la période du Premier Empire. Exilé sur l'île d'Elbe, Napoléon ne tarde pas à s'en échapper et regagne la capitale française de laquelle fuit le monarque. Le nouvel affrontement avec la coalition prussienne et anglaise est inéluctable. Le petit village de Waterloo, non loin de Bruxelles alors occupée par la France, constitue le lieu de l'ultime bataille. Face à l'Empereur, le duc de Wellington se révèle un adversaire coriace. Les charges françaises se heurtent sur une défense anglaise bien organisée. L'arrivée sur le champ de bataille du feld-maréchal prussien Gebhard Leberecht von Blücher pèse de tout son poids dans l'anéantissement définitif des velléités de Napoléon...

Waterloo, morne plaine mais pas morne film. Bondartchouk y a mis les moyens, c'est le moins que l'on puisse dire. Furent réquisitionnés pas moins de vingt mille figurants prélevés dans l'armée soviétique. Les scènes de bataille filmées depuis un hélicoptère figurent parmi les plus géniales du Septième art. Saisissante est la représentation des combats de la cavalerie. L'ensemble de la mise en scène est également d'une parfaite esthétique. La reconstitution est particulièrement soignée tant du point de vue des uniformes que des armes et des tactiques employées. Si le début du film est poussif, on demeure très rapidement captivé à mesure que la longue scène finale approche. Vrai point faible en revanche, Rod Steiger n'est guère convaincant en Empereur. Napoléon n'est plus animé de la flamme en ce crépuscule impérial, il est vrai. Mais l'acteur est trop outrancier dans son jeu. C'est dommage !

Virgile/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

21/04/2016

Chronique de livre: Freerk Haye Hamkens "Les Mystères de l'Externstein"

 

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Freerk Haye Hamkens "Les Mystères de l'Externstein"

(Auda Isarn, 2016)

Incarner son identité européenne nécessite de découvrir, ou de redécouvrir, certains des haut-lieux de notre grande patrie, de nous imprégner des forces qui les entourent ou qui les habitent toujours. Parmi ceux-ci, l’Externstein, impressionnante formation rocheuse située dans la région de Detmold en Westphalie, demeure toujours un mystère pour nombre de passionnés d’histoire et de religiosité européenne (europaïenne serait-on même tenté de dire). Premier livre sur le sujet disponible en français, et ceci grâce au travail de l’excellente maison d’édition Auda Isarn, Les Mystères de l'Externstein de l’Allemand Freek Haye Hamkens nous propose une étude complète et pluridisciplinaire sur ce haut-lieu d’Europe.

Le livre reprend les travaux de l’archéologue Wilhelm Teudt qui opéra à des fouilles sur le site des Externsteine dans les années 1934-1935. Ce dernier émit l'opinion que le lieu était bel et bien l'endroit où fut érigé l'Irminsul des Saxons avant que celui-ci ne soit détruit sur les ordres de Charlemagne. Cette thèse suscita de nombreuses réactions houleuses, notamment des milieux ecclésiastiques et, de nos jours, le lieu est également lié au national-socialisme de par l'intérêt que lui portait entre autres la SS Ahnenerbe d'Heinrich Himmler. Freek Haye Hamkens, ethnologue et folkloriste allemand, fut l'assistant de Wilhelm Teudt au moment des fouilles des années 1934-1935. Il sauva un nombre conséquent de notes et de plans établis par Teudt qu'il compila dans un rapport qui servit de base au présent ouvrage. Il faut signaler au passage que le livre comporte, en plus des nombreux plans et autres croquis, un cahier photo de seize pages, une bibliographie d'Alain de Benoist et une magnifique couverture signée Orick.

Les mystères de l'Externstein est sans aucun doute un livre vraiment complet sur le sujet. S'y mêlent archéologie, histoire de l'art et histoire, au sens large du terme, de ce haut-lieu du paganisme saxon et européen, en rapport avec le droit de propriété mais aussi avec les contes, les légendes et les chansons populaires. Ce thème est d'ailleurs prégnant et Freerk Haye Hamkens revient longuement sur les spéculations concernant l'hypothèse qui ferait des externsteine un sanctuaire païen. Le ton est certes très académique mais les informations dispensées, grâce à une énorme somme de travail, raviront à coup sûr celles et ceux qui s'intéressent de prêt ou de loin aux externsteine.

Donatien/C.N.C.

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20/04/2016

Sortie du nouvel album de Sleipnir: Totgesagte leben länger!

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