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23/11/2013

Front of Hell "Avanguardia" (CD 2013)

Front of hell.jpg

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19/11/2013

Paris Violence "Mornes horizons" (Clip officiel)


17/11/2013

Chronique: "Un Samouraï d'Occident" de Dominique Venner.

 

 
chronique d'"Un Samouraï d'Occident" de Dominique Venner.

J’aborde aujourd’hui un exercice difficile : la chronique/critique de l’incontournable ouvrage de Dominique Venner : « Un samouraï d’occident. ». Je ne fais pas cela en qualité de détenteur d’une quelquonque vérité. Simple étudiant nationaliste de 25 ans, j’ai conscience de ne pas arriver à la cheville de l’auteur en question, et si je m’autorise une critique de son ouvrage, c’est d’abord à titre d’exercice littéraire et universitaire, puisque je suis moi-même une formation d’historien et un parcours militant. Dominique Venner a en partie contribué à cet éveil durant ma jeunesse, grâce à sa revue « enquête sur l’histoire », que je subtilisais à mon père dés mes 6 ans. Au-delà, je veux écrire cet article parce que Dominique Venner, par delà la mort, a dédié son livre à ma génération, parce que ce livre a été lu par la quasi-totalité des jeunes nationalistes, et par leurs ainés. « Un Samouraï d’Occident » a reçu de leur part une appréciation unanime d’excellence. Pour certains, c’est une révélation. J’ai donc voulu moi aussi le lire, pour en témoigner. J’en ai tiré une impression mitigée, ou plutôt très inégale. Certains aspects m’ont particulièrement interpellé. A l’heure ou plus que jamais, il est essentiel que le nationalisme émerge du brouillard idéologique et de ses éternels contresens, afin de pouvoir assurer la relève historique qui se prépare, le livre de Venner nous offre un exemple parlant des principales fractures idéologiques qui parcourent le nationalisme français depuis 1945.
A propos de l’auteur : je ne m’engagerai pas dans une dissertation frontale sur les idées politiques de Dominique Venner. Je les solliciterai au fur et à mesure de la critique de son propos dans ce livre. Je ne suis évidemment pas bien placé pour juger les choix idéologiques de Venner. Il a connu la guerre, pas moi. Au-delà de cette distinction fondamentale, Dominique Venner a connu cette période d’après-guerre qui a été, pour le nationalisme français, une véritable traversée du désert, tant sur le plan conceptuel que sur la pertinence des choix de chacun. Certains aujourd’hui traitent Venner de sioniste, de vendu aux juifs ou d’Atlantiste. Je pense personnellement que c’est hors de propos, et déplacé dans le sens ou l’on sent, tout au long de la lecture, une franchise implacable. D’ailleurs, concernant cette franchise, le geste ultime de Dominique Venner ne laisse planer aucun doute. Les arrivistes et les opportunistes ne se tirent pas sereinement une balle dans la tête en pleine cathédrale de Paris, après avoir écrit un testament de 300 pages.

Une ballade identitaire

A la lecture de son œuvre, on peut affirmer par commodité de définition que Dominique Venner était issu du courant « identitaire », avec une légère sensibilité « de droite » (au sens philosophique et historique du terme). Le propos contenu dans « le Samouraï d’Occident », ainsi que son style, rappellent énormément « l’âme européenne » de Robert Dun, ou encore « l’Ordre Naturel » de Maxime Laguerre. D’une manière générale, on y retrouve en partie la pensée d’un Guillaume Faye nouvelle période (c'est-à-dire un autre Guillaume Faye que celui qui opposait systématiquement l’Occident à l’Europe).
Dominique Venner nous épargne le doute dés son avant-propos. Son livre n’a rien de politique. Nous resterons dans le domaine de la philosophie et de la réflexion civilisationnelle, ce qui n’est pas pour me surprendre, puisque ce sont les marqueurs essentiels de ce mouvement identitaire (courant idéologique à séparer objectivement du mouvement politique éponyme). Une réflexion fortement teintée de symbologie, c'est-à-dire de la confrontation des archétypes inconscients culturels, méthode chère à Robert Dun, que l’on retrouvera tout au long du « Samouraï d’Occident ».
L’auteur se présente en une série de traits. Le Samouraï d’Occident c’est Dominique Venner, et non une figure archétypale illustrant un traité philosophique. Certains pourraient trouver cela prétentieux ou vaniteux. Rappelons que Venner, vétéran de guerre, activiste, intellectuel, s’est donné la mort non dans un geste de désespoir, mais comme un aboutissement logique de son cheminement intellectuel. Cette « mort volontaire », notion qu’il oppose au « suicide par défaut », occupera moins de place dans le livre qu’on ne pourrait s’y attendre. Si le verbe peut paraître pompeux à certain, ce verbe a été suivit de l’acte. Ne négligeons pas ce fait décisif.
Le plan est plutôt fantaisiste. Nous n’avons pas affaire à un ouvrage scientifique, mais à une promenade intellectuelle. Nous suivons Dominique Venner au grès de ses errances et de son bilan personnel, tiré sur 60 ans de réflexions politiques. Inutile de s’attendre donc à un bouquin très structuré ni à un enchaînement hyper-logique (même si une certaine logique argumentative se détache du plan). Les sujets se suivent aux grés de la pensée. C’est plutôt contraire à ce à quoi je m’attendais. Pourtant, ce n’est pas sans intérêt. On se trouve transporté dans le cerveau de l’auteur. Dominique Venner n’a visiblement éprouvé aucune difficulté à partager avec nous ce qu’il voyait et ressentait. C’est à mon avis l’une des prouesses de son testament. Testament contemplatif ou philosophique donc, et non testament politique, comme on a pu l’entendre trop souvent.

Paganisme contre christianisme : religion ou philosophie ?
Il est établi que le noyau du propos de Venner, sa substance essentielle, tient en l’opposition presque systématique qu’il établit entre d’une part, sa vision personnelle du paganisme (là encore dans la continuité de la pensée de Robert Dun) et la pensée chrétienne qu’il envisage comme la première religion étrangère à s’être imposée à l’Europe. Là ou Robert Dun opposait le polythéisme nordique aux monothéismes en général, Venner se base sur une lecture littérale des passages qui l’arrangent dans la Bible. Cette lecture faussement naïve, au mot près, volontairement sélective dans ce que la chrétienté a pu produire de rébutant ou d’anti-européen, constitue ma principale déception concernant l’ouvrage de Dominique Venner.

J’ai moi-même été païen pratiquant durant 9 ans. Je me suis intéressé aux pensées européennes pré-chrétiennes, à l’acculturation de l’âme européenne et à son absorption, ou plutôt à sa relecture du christianisme. Le dégoût du néopoaganisme folklorisant, le refus de son caractère antisocial et de son individualisme nihiliste finalement très compatible avec le modernisme, m’ont menés au christianisme orthodoxe. Pour autant, les valeurs fondamentales de l’ancienne religion de nos ancêtres sont compatibles avec ce choix. Le paganisme européen réel, en tant que religion pratiquée tout autant que philosophie de vie, tend à replacer l’homme au centre du processus naturel, au centre du cosmos et donc de ce que les chrétiens appellent la création. Cette guerre menée contre tous les mondialismes, (fussent-ils humanistes, protestants, progressistes, marxistes, capitalistes ou islamistes) ne peut passer que par la mise en valeur d’une notion qui échappe souvent à l’humain : l’humilité.
C’est cet éloge de l’humilité que Venner prend de manière complètement déplacée pour une castration mentale des hommes. Il semble mettre sur le même plan le libre arbitre de l’individu face à la masse bêlante, et la vanité face à l’humilité. On tombe alors dans la lecture caricaturale des néo-païens actuels à l’eau de rose : le christianisme, c’est l’esclavage, la castration, la haine de l’excellence, le nivellement par le bas. Le paganisme ce serait…quoi au juste ? L’élitisme, la virilité, la liberté, l’épanouissement, le culte de la beauté. C’est là ou Dominique Venner commet une erreur grave pour un historien. Premièrement, il oublie de souligner que le paganisme s’est effacé suite à la croissance démographique des sociétés humaines. Une religion qui convenait à des sociétés rurales extrêmement réduites ou, à une conception de la citoyenneté (Romaine ou grecque) allant de pair avec un effectif humain réduit (cité grecque = pas plus de 2000 citoyens dans la plupart des cas), ne pouvait convenir à des ensembles émergents et constitués d’Etats centraux, administrés féodalement, regroupant plusieurs ensembles ethniques. Un état central nécessite une religion d’Etat, ce qui fut la religion civique romaine au début de l’empire (notamment avec le culte d’Octave). La religion de Caton d’Utique était donc opposée à la définition du paganisme individualiste de Venner.

Le choc des générations

Je ne m’acharnerai pas à reproduire ici tous les exemples et les citations qui mont fait tiquer. Il semble que le défaut principal du néopaganisme est de se constituer uniquement par opposition superficielle au christianisme. En faire une lecture au premier degré et caricaturale, pour lui opposer quoi au final ? Le même individualisme, la même vanité, le même égoïsme qui ont enfanté la société de consommation, que Venner dénonce à juste titre mais paradoxalement, un peu plus loin ? Une sorte d’anarchisme un peu puéril, en gros : « Nous sommes des hommes libres et virils, ha ha ! Nous n’avons pas besoin de Dieux ». On pourrait s’acharner encore à déconstruire cette tare culturelle de la droite identitaire, si l’on ne prenait pas en compte le contexte dans lequel elle s’est forgée intellectuellement.

Cette pensée qui peut nous paraître absurde, à nous les enfants isolés de la modernité matérialiste et individualiste, était au contraire totalement logique pour des hommes comme Dominique Venner ou Robert Dun, qui eux, avaient connu un peu la grande Europe. Ils ont pu entrevoir, dans leur jeunesse et dans le fracas des batailles auxquelles ils ont participé, le visage de celle que nous abandonnions. La décadence, la descente de notre continent vers l’enfer, ils l’ont vécu comme une nouveauté effrayante et déroutante, alors que ma génération, elle, y est née. Notre avilissement, ils l’ont imputé à la dégradation des mœurs humaines, alors qu’avec notre recul et notre regard centré sur le fait économique, nous interprétons plutôt cet avilissement comme la conséquence de la volonté de puissance prométhéenne du progressisme capitaliste qui a émergé au XIXème siècle, et même auparavant. Prométhéisme qui nous a déconnectés de l’Ordre Naturel, Ordre Naturel que le christianisme originel défend par-dessus tout, puisque la nature n’est autre que l’expression de Dieu, la création pure et vierge de toute corruption.
En réalité le décalage de la pensée identitaire dont Dominique Venner se fait le véhicule, et de la pensée Nationaliste Révolutionnaire en construction se fait sur d’autres plans. Elles se rejoignent paradoxalement sur certains points. Le courant dont s’extrait Venner mène au fédéralisme, à l’européisme et se trouve compatible avec une vision anglo-saxonne du monde, d’où la notion « d’Occident ». En découle un élitisme tendant à l’individualisme (ou à une vision anachronique de la société, basée sur un hellénisme athénien qui n’est pas sans nous rappeler la vision civique des colons puritains qui ont fondé l’Amérique du Nord sur leurs townships, au contact avec le « wilderness ».). Au contraire, notre génération qui a connu l’isolement du à l’élitisme technocratique et à l’hyper-libéralisme, rêve quant à elle de socialisme réel et appliqué. Non d’un nivellement par le bas, mais d’une progression vers le haut, dans le sens chrétien ; le Salut, la possibilité pour chacun de s’améliorer et de contribuer à la construction d’une société adaptée à la réalité actuelle, et non à une nostalgie déplacée d’une antiquité impossible à ressusciter. Pour autant, nous pouvons nous rapprocher de Dominique Venner sur de nombreux points, et un certain nombre de choses sauvent son ouvrage.

Conclusion : une impression mitigée mais plutôt positive.

Au final, je pourrais reprocher bien d ‘autres choses au livre de Dominique Venner. J’ai par exemple trouvé qu’il se fourvoyait dans sa description longue et ennuyeuse de l’Iliade et de l’Odyssée, qu’il définit (avec raison pourtant !) comme le texte fondateur de la culture européenne (texte que j’ai eu le bonheur de découvrir à 5 ans). Cette reprise tombe souvent la paraphrase, erreur numéro 1 que tout historien apprend pourtant à éviter lorsqu’il fait du commentaire de document. Toutefois, j’ai moi-même commis une autre erreur en oubliant de citer les phrases précises du livre qui m’ont énervé. Il est toujours plus facile de critiquer que de créer, n’est ce pas ? (Cela dit, la présente chronique est assez grosse pour qu’il ne me vienne l’envie de la doubler en citant massivement le « Samouraï d’Occident ». C’est aussi un ouvrage assez court pour que ses lecteurs reconnaissent immédiatement les passages que je remets en cause).
Tout n’est pas négatif dans l’ouvrage de Venner, loin de là. Certaines phrases sonnent comme des slogans, et le sont déjà devenues. Elles le méritent largement. Je pense à « la nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon » qui résume parfaitement ce que le national-socialisme (qu’il soit mussolinien ou baathiste) a pour raison d’exister. Au-delà, une myriade de faits, de rappels historiques, de petites réflexions philosophiques qui esquissent ce qu’est un européen libre. La dernière partie (conseils pratiques pour exister et transmettre) est particulièrement intéressante : une application pratique, tellement simple qu’elle décevra surement certains, mais au final totalement salutaire. Autre chose de positif : personne n’ayant lu ce livre ne pourra confondre le suicide (l’auto-euthanasie) et la mort volontaire, départ digne au terme d’une œuvre achevée.
Ouvrage pour lecteurs avertis, à ne lire qu’avec un certain recul, à ne pas considérer comme intouchable mais plutôt pour ce qu’il est, c'est-à-dire un bilan personnel, ce livre est donc au final l’ultime illustration du courant idéologique identitaire (encore une fois, bien antérieur au mouvement du même nom). Peut-il être considéré à la fois comme le testament et l’héritage de ce courant idéologique ? Ce livre revendique lui-même être romantique et philosophique plutôt que politique. Il signe la fin d’une nostalgie et l’ouverture vers de nouveaux combats, ou plutôt vers l’ultime combat, celui de la renaissance. C’est un livre positif. A lire en le remettant dans son contexte, à prendre avec un certain recul, à remettre en cause, mais surtout à envisager comme la mort d’un nationalisme nostalgique, poétique et mélancolique, et la relève d’un nationalisme conscient, positif, politique, dialectique, efficace, ordonné et porteur d’un projet d’avenir clair et cohérent. Nous souhaitons à Dominique Venner un agréable repos, ou qu’il soit, et respectons son combat et son acte ultime. Nous honorerons la confiance qu’il a placé en notre génération, en tirant des leçons de la chute vécue par nos aïeux.

Que meurt l’Occident et que vive l’Europe !

Guillaume Lenormand

Source: Rouge & Noir

13/11/2013

Chronique musicale: Evil "Twilight and Mourning / Where the sun was never born"

Evil "Twilight and Mourning / Where the sun was never born" (Darker than Black / Hammer of Damnation, 2013)

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Le célèbre duo brésilien, dont j’avais déjà parlé à propos de son album Hammerstorm, revient en cette fin d’année 2013 avec une production pouvant être pratiquement considérée comme un nouvel album. Comprenant les titres utilisés sur les splits (sold-out depuis belle lurette) partagés avec Drowning the Light et Lone Suffer, je vois d’un bon œil le fait de les regrouper de cette manière sur un seul support qui permettra à tous les malheureux qui avaient manqué les références précitées de se délecter de ces excellents titres qui font partie de ce qu’Evil a fait de mieux ces dernières années.

Le style des brésiliens est incomparable et ce CD ne fait que le confirmer : un Black Metal pur, cru et véritable qui n’a pas besoin de complexité outre-mesure ou de brutalité trop étoffée pour sortir du lot. Non, ici, la structure est simple, plutôt répétitive d’ailleurs mais la musique d'Evil est pleine de ces petits plus qui font la différence: des vocaux certes typiques du genre mais diablement efficaces, une batterie jouant un rôle important dans la plupart des cas et venant supporter des riffs d’une profondeur certaine vous faisant voguer entre fureur, désolation et mélancolie. C'est justement là toute la force d'Evil qui, sans utiliser d'artifices, arrive à faire ressentir par sa musique de vraies émotions que 90% du cirque Black Metal n'a même jamais réussi à approcher.

Rüdiger

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

05/11/2013

Venedae "Venedae" CD (réédition fin 2013)

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04/11/2013

Chronique de livre: Friedrich Nietzsche "Ainsi parlait Zarathoustra/Par-delà bien et mal".

Friedrich Nietzsche "Ainsi parlait Zarathoustra/Par-delà bien et mal" (1885-1886)

nietzsche.jpgS’il existe bien une philosophie capable de former des personnalités libres au détriment des simples individus, autrement dit de ces unités interchangeables et malléables qui plaisent tant à notre conception du monde et dont la somme de ceux-ci constitue l’appareil étatique par excellence selon Rousseau ; s’il y a bien une philosophie en mesure de disloquer cette vérité déjà trop usée pour des précurseurs, et qui serait capable d’en précéder une nouvelle, il s’agit bien de la philosophie Nietzschéenne.

J’ai voulu présenter « Ainsi parlait Zarathoustra » et « Par-delà bien et mal » ensemble car ces deux livres se marient bien ; mais en sachant que Nietzsche qualifie le second de commentaire du premier, il est préférable d’entreprendre d’abord la lecture de celui-ci. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, le mode de pensée communément admis est sévèrement bousculé, seule varie la forme avec pour l’un la prépondérance esthétique, métaphorique, poétique tandis que l’autre reprend la forme aphoristique, en tout cas le but reste le même : transmutation générale des valeurs. De plus, étant donné la complexité, sinon l’impossibilité d’interpréter les métaphores du Zarathoustra sans laisser transparaître l’indélicatesse de ma personnalité, il m’a semblé plus approprié d’en faire un commentaire lié au « Par-delà bien et mal ».

« Ainsi parlait Zarathoustra » fut pour moi une fulguration disait Vial dans « une terre, un peuple ». « Leçon d’exigence, d’intransigeance, ce livre est destiné aux hommes qui, refusant les miasmes des basses terres, veulent respirer à haute altitude ».

Vers le Surhumain

Nietzsche estime qu’il appartient à celles et ceux que la nature a doté d’esprit suffisamment élevé de gravir les pentes escarpées du destin, sans relâchement, avec vigueur, en tournant tout à son avantage s’il le faut, quoi qu’il en soit avec la volonté de l’homme libre, détaché du troupeau que le « progrès » mène vers le contraire du Surhumain à travers un monde de « Tchândâla ». Si la volonté est capable de pénétrer les déterminismes, ce ne peut être que par une volonté de domination, et non celle-là même d’un monde décadent inféodé à la morale et à une échelle de valeurs de nivellement. Cependant, il ne faut pas confondre cette volonté avec l’anthropocentrisme : bien trop de maux découlent de cette erreur jusqu’aux doctrines les plus décadentes de l’humanisme, du positivisme, de l’égalitarisme, du féminisme etc. C’est pour cela qu’il est impératif, avant tout, de détruire toutes les tables de valeurs anciennes afin de conquérir le plus de puissance possible sur les choses, et de déterminer la vie non plus à travers le bien et le mal mais plutôt à travers une échelle de puissance, à travers ce qui élève la personnalité, ce qui ennoblie, en tant que l’homme est une puissance parmi d’autres. Que tout ce qui élève soit aujourd’hui systématiquement rabaissé est une chose - tant mieux, dirait Nietzsche, cela forme et entretient la bonne santé ! - mais le Surhumain cherche la vie et les hautes cimes, il est comme un arbre qui a besoin d’enfoncer ses racines dans les ténèbres pour faire fructifier la vie ; en tout cas le pont qui mène au Surhumain n’a que faire de la bonne convenance, car il est l’éducateur de la vertu à venir ; et qu’on le considère comme un pont diabolique fait de feu et de flammes n’a rien de surprenant. « Le bien est toujours la transformation d’un mal ; tout dieu a pour père un diable ».

Il appartient au méchant de créer car il est le véritable créateur – le bon et le juste, même avec toute la bonne volonté du monde, ne sont à l’origine d’aucune véritable création ; et si celui considéré comme mauvais par le troupeau aspire au Surhumain, il se fera éducateur des peuples. Encore faut-il qu’il trouve la vérité ! Cela tombe bien… Zarathoustra est le maître de la métaphore dont l’instinct de chacun se charge d’en débusquer la véracité, pourvue qu’elle soit un facteur d’élévation. De là, il appartient à la volonté et à elle seule de déterminer le chemin propice non à la généralisation éthique, chose appréciée du nihiliste qui vit dans un désert fait de son seul fardeau, mais plutôt à celui du solitaire où le désert se transforme en force de dépassement, c’est-à-dire à travers ce que Nietzsche appelle la métamorphose du lion à l’enfant, de l’affranchissement de l’attachement à « l’innocence et l’oubli », au « commencement nouveau et au premier mobile ». « Ainsi parlait Zarathoustra » est l’œuvre par excellence du solitaire, et si Zarathoustra se veut moralisateur, c’est pour démolir le fardeau de la généralisation. En vérité, le Surhumain exige le contraire en partant de l’homme seul face à la nature et non immergé dans la foule que la raison pousse vers des convenances certes de préservations mais fatalement aussi de dégénérescences. Ainsi, il n’y a rien de surprenant à ce que Zarathoustra ne soit pas compris. « Les voilà qui rient ; ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qui convient à ces oreilles. Faut-il que je leur crève le tympan pour qu’ils apprennent à entendre avec les yeux ? Faut-il battre des cymbales et hurler comme les prédicateurs de carême ? Ou ne croient-ils qu’aux propos des bafouilleurs ? »

Soit ! Zarathoustra a lancé sa flèche empoisonnée sur les corps et il a semé ses plus jolies graines. Tout cela ne demande plus qu’à murir patiemment ; il peut se retirer et ne revenir qu’une fois le travail intérieur accompli. En attendant, le moi dont est si fier l’homme sera passé au Soi car « ce que pressent l’intelligence, ce que connaît l’esprit n’a jamais sa fin en soi. » Il y a quelque chose de plus grand. « Intelligence et esprit ne sont qu’instruments et jouets. » Le Soi oriente et la pensée dispose. Que le Soi dise au Moi : « Jouis à présent ! Et le Moi ressent de la joie et se demande comment faire pour goûter souvent encore de la joie ».

Alors dans une telle disposition de l’esprit, non seulement une nouvelle évaluation de valeurs est possible mais elle est même primordiale pour se libérer du joug - et peu importe lequel - afin d’établir une demeure. Et c’est le vouloir dominateur du solitaire qui aura triomphé seul de la multitude et installé ces voyageurs dans la barque après les avoir décorés de parures et de noms ronflants - car le commun ne répond qu’aux règles préétablies et à rien d’autre. A cela, qu’importe si certains se brisent ! Poussons-les ! Ils retardent le mouvement. La somnolence n’est plus d’actualité. L’homme est une chose qui doit être dépassée, il doit se faire pont, se dépasser, autrement dit ne pas se ménager ni ménager son prochain, trouver la véritable noblesse qui « n’attend rien pour rien », et, « en règle générale, ne veut pas le plaisir » ; en fait, tout le contraire du boutiquier avec de l’or mercantile et du quémandeur éternellement insatisfait. Que la vie soit la plus dure, la plus contraignante qui soit ! Que les souffrances continues façonnent les esprits les mieux faits ! En eux se trouvera le réconfort des convalescents et des médiocres. Mais où se dirigent ces esprits biens faits ? Vers le midi ? La perfection ? Pourvu qu’ils ne s’endorment jamais…

Par-delà bien et mal

Nietzsche ne cherche pas du tout à rendre l’humanité meilleure. Meilleure en quoi d’ailleurs ? Cela laisse bien trop de place aux préjugés moraux qui sont une tare pour la véritable élévation, celle de la puissance. En vérité, cette déformation humaine a laissé place à l’idéal, sinon à un « monde-vérité » favorisant l’avènement constant de nouvelles idoles. Mais « l’humanité elle-même, à force de se pénétrer de ce mensonge, a été faussée et falsifiée jusque dans ses instincts les plus profonds, jusqu’à l’adoration de valeurs opposées à celles qui garantiraient le développement, l’avenir, le droit supérieur de l’avenir ». Au-delà de l’idéal, l’homme qui cherche la vérité doit fatalement dépasser toutes les convenances, être pour cela immoral, en tout cas ne plus être la bête de troupeau agglutinée au pied des statues « trop humaines », voire extrahumaines, au-delà du monde.

Une chose est certaine, c’est que les oppositions populaires du vrai et du faux, du bien et du mal, de l’agréable et du désagréable etc. auxquelles les métaphysiciens ont apposé leur sceau sont déjà des appréciations arriérées, ou tout du moins des appréciations vues sous un angle particulier, « peut-être de bas en haut, dans une perspective de grenouille », c’est-à-dire étriqué. Nietzsche conçoit plutôt ces oppositions comme des complémentarités s’inscrivant sur une échelle de puissance, servant par conséquent la puissance et rien d’autre. Que l’homme croit, en tant qu’elles sont moyens de préservation de l’espèce, à l’opposition dans ces dualités est une chose ; en revanche, le fait qu’il pense être « mesure des choses » lui enlève toute crédibilité. Pourtant, même une telle falsification est nécessaire pour la vie ; ce qui d’emblée, par le fait même de cette perspective mono-forme, autorise une philosophie à se placer par-delà bien et mal. Car l’hémiplégie de la vertu, autrement dit la façon dont ce mécanisme a d’amputé systématiquement ce qu’on pourrait qualifier d’antagonisme né d’une même essence, relève d’une tartuferie de la connaissance – ou de la demi-connaissance ; de même que le stoïcisme qui consiste en une indifférence grossière vis-à-vis de la mesure – Nietzsche dit que le stoïcisme, c’est la tyrannie de soi.

A vrai dire, ce n’est pas que le stoïcisme mais toutes les philosophies antérieures à Nietzsche qui se sont basées sur des préjugés réducteurs. La décadence des organes politiques et la dégénérescence des peuples n’est en fin de compte que le résultat normal du conditionnement préétabli par des systèmes de pensée hémiplégiques. De même que ce constat produit en retour des formes de pensée novatrices, en tout cas singulières. Et on en revient alors à notre méchant créateur que l’instinct pousse à reconsidérer les tables de valeurs ; et pour ce faire, il tend à déprécier la crédibilité de l’apparence sensible. En fait, l’instinct pousse la volonté à créer une nouvelle « métaphore de langage » sur laquelle la société puisse trouver le terreau propice non seulement à sa préservation, mais aussi de son élévation.

Il faut dire que jusqu’à présent, la névrose religieuse et toutes ses niaiseries furent le rempart à un véritable terreau propice à l’élévation, ainsi qu’à tout « déploiement d’une spiritualité claire, méchante qui pourrait embrasser du haut en bas, ordonner, réduire en formule cette nuée d’expériences vécues dangereuses et douloureuses ». La prosternation constante face à des symboles ne doit être conservable qu’à partir du moment où l’on est une partie du symbole. Cela me semble en tout cas être la vocation de l’homme robuste qui ne peut s’autoriser l’engrenage d’une machination, car « à considérer le monde en profondeur, on devine sans peine quelle sagesse contient le fait que les hommes soient superficiels. C’est leur instinct conservateur qui leur apprend à être inconstants, léger et faux. »

Je terminerai par la maxime suivante : « Ce qui se fait par amour s’accomplit toujours par-delà bien et mal. » Toutes les passions agissent ainsi, quand nous voulons changer le monde aussi bien que dans le fait de succomber au charme d’une personne, par un travail ou une activité acharnée ou dans le tact, la délicatesse et la retenue de l’homme de belle vertu. Oui la nature est immorale, et avec elle doit l’être celui qui ne veut pas être absorbé par une obéissance subtile. Si, quoi qu’il en soit, nous sommes enserrés dans la « camisole du devoir », nous devons nous faire « homme du devoir » et laisser les balourds et autres laquais à leurs labeurs. Ne nous leurrons pas, « toute élévation du type « homme » fut jusqu’à présent l’œuvre d’une société aristocratique – et il ne cessera d’en être ainsi : en ce qu’elle est une société qui croit à une vaste échelle hiérarchique ainsi qu’à une différence de valeurs entre l’homme et l’homme, et qui a besoin de l’esclavage en quelque sens ».

Nicolas

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