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02/07/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Cycle arthurien

Issu d'un ensemble de textes médiévaux autocentrés autour de la figure du roi Arthur, le Cycle arthurien compte parmi les plus merveilleuses gestes européennes. Loin de constituer un texte unique, la légende arthurienne s'est au contraire enrichie, à partir du 9ème siècle, de divers apports issus des traditions orales bretonnes et, plus généralement celtiques, compilés par plusieurs générations d'écrivains. C'est le poète du 12ème siècle Chrétien de Troyes qui, le premier, fixe par écrit la légende dans ses Romans de la Table Ronde et fait émerger la Quête du Graal, voyage initiatique parsemé d'embuches visant à la découverte du vase contenant le Sang du Christ. De la même manière, l'amour que se portent le chevalier Lancelot et Guenièvre préfigure-t-il les romans d'amour courtois qui dicteront une part importante de la littérature médiévale. Et la Quête de transcender très rapidement les frontières du monde celte pour s'internationaliser et former la quintessence de l'aventure européenne, jusque dans les mondes germanique et slave qui conservent le souvenir de la Table Ronde dans le Royaume mythique de Bretagne, regroupant une majeure partie de l'Angleterre contemporaine et un territoire non défini de la Bretagne armoricaine. L'unité de temps est également conservée quelque soit sa forme et les influences internationales subies. Aussi, le Cycle arthurien prend-il place après le départ des troupes romaines d'Angleterre à la fin du 5ème et au début du 6ème siècles. Transformée, réécrite, adaptée, la littérature arthurienne parvient jusqu'à notre monde moderne, popularisée de nouveau par les écrits de Xavier de Langlais ou Jean Markale au 20ème siécle. Et il ne sera pas exagéré d'indiquer, qu'avec Homère et Virgile, le Cycle arthurien est père de toute la littérature de contes et légendes initiatiques ; Le Seigneur des anneaux de John Ronald Reuel Tolkien demeurant la plus parfaite illustration. Païen et chrétien solaire, le Cycle arthurien a massivement débordé le cadre de la littérature pour être largement repris dans l'ensemble des autres arts, de la peinture au théâtre en passant par le chant, et bien évidemment le cinéma. Plus ou moins inspirés, dans tous les sens du terme..., du Cycle arthurien, plus ou moins fidèles aux textes initiaux ou, au contraire, en totale confrontation, on dénombre pas moins d'une soixantaine de films, téléfilms, dessins animés et séries s'y rattachant. Et le phénomène semble s'accélérer dans la seconde moitié du 20ème siècle. Rentré de plein fouet dans notre ère désenchantée et matérialiste, le cinéma, majoritairement anglo-saxon , entreprit de contribuer au réenchantement du monde. Le chef-d'œuvre en la matière est signé John Boorman qui rend à la légende ses lettres de noblesse païenne, évolienne et eliadienne pourrait-on dire. Par ailleurs déjà auteur de Lancelot et la reine chevalerie hyperboréenne et féminité, l'écrivain Nicolas Bonnal, dans son dernier ouvrage Le Paganisme au cinéma, indique qu'Excalibur "est une grande réussite : la fin de cette chevalerie arthurienne est une fin de notre monde. Bienvenue après au centre commercial et à la salle de bains américaine". Plus qu'un film, Excalibur est un crachat lancé à la figure hideuse de la médiocrité contemporaine. Excalibur et quelques autres à découvrir maintenant ! Et la Quête ne fait que commencer en réalité. Le destin de l'Europe est à ce prix...

 

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LES BRUMES D'AVALON

Titre original : The Mists of Avalon

Film américano-germano-tchèque d'Uli Edel (2001)

Une invasion barbare se précise sur les côtes anglaises. Les hommes de Camelot se préparent à défendre le Royaume d'Avalon dont Viviane est la grande prêtresse de ce monde invisible aux impies. Elle est la Dame du Lac chargée de la préservation des traditions et mythes païens du royaume. Même pour les fidèles, Avalon devient un lieu mystérieux de plus en plus introuvable tant sont nombreux ceux qui se détournent de la Déesse-Mère. Il faut un roi à la Bretagne ! Et c'est aux femmes qu'il revient de le trouver. Viviane est rejointe dans sa quête par Morgaine, désignée à sa succession un jour, et sa sœur Morgause, femme du Roi Lot qui, au prix de nombreuses infamies, intrigue en vue de capter l'héritage du trône à son profit. L'irréversible combat que vont se mener ces trois femmes va changer à jamais la destinée du Royaume d'Arthur Pendragon et de ses chevaliers...

Réalisée pour la télévision, cette mini-série de deux téléfilms est bien évidemment tirée de deux romans du Cycle d'Avalon de l'écrivaine américaine Marion Zimmer Bradley qui assume une réécriture de fond en comble des mythes arthuriens. Sacrilège !, ne manquerons pas de hurler certains d'entre nous. Fidèle au roman, Edel filme son histoire à l'aune de ses personnages féminins narrant l'histoire d'Arthur au cours de trois heures de téléfilm à grand spectacle qui contiennent cependant de nombreuses longueurs. Et c'est peu dire... Le réalisateur filme, en revanche, magnifiquement certaines scènes, à l'instar des feux de Beltaine. On pourrait croire au premier abord à un film de contes et légendes pour enfants. Les têtes blondes feront pourtant bien de ne pas regarder certaines scènes de mœurs assez... "païennes".

 

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CAMELOT

Film américain de Joshua Logan (1967)

Roi du pays pacifié de Camelot, ceint par une merveilleuse forêt enchantée, Arthur épouse Guenièvre et fonde la confrérie des chevaliers de la Table Ronde. Ce mariage arrangé devenu romance procure au royaume une forte période de stabilité, de liberté et de justice, dont les chevaliers doivent constituer le fer de lance. Arrive de France Lancelot du Lac qui formule le vœu de rejoindre l'ordre chevaleresque. Arthur voit en celui-ci un fils mais le chevalier trahit son roi en tombant éperdument amoureux de la reine Guenièvre dont il devient bientôt l'amant. Cet amour interdit précipite la fin de la confrérie...

Le Cycle arthurien se décline à toutes les sauces. Aussi en 1960, Alan Jay Lerner et Frederick Loewe produisent-ils une comédie musicale à Broadway, adaptée d'un roman de Terence Hanbury White, dont la réalisation de Logan constitue l'adaptation cinématographique revisitée. A titre d'exemple, sont manquants les personnages de Viviane et la fée Morgane. Idem, la Quête du Graal. Camelot est l'anti-Excalibur de Boorman et développe un curieux univers Flower Power, il est vrai bien contemporain en 1967. Une plaisante mise en scène, des décors et costumes soignés, et pourtant, Camelot laisse un goût amer. La faute peut-être à une théâtralisation trop académique qui peine à convaincre. A plus forte raison, le film dure trois heures... De même, la qualité des chansons mises en scène laisse à désirer. Pour une camelote musicale, c'est un comble !

 

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LES CHEVALIERS DE LA TABLE RONDE

Titre original : The Knights of the Round Table

Film anglais de Richard Thorpe (1953)

Au 6ème siècle, au sein d'un royaume miné par les dissensions internes, le Roi Arthur s'appuie sur Merlin l'Enchanteur et le chevalier Lancelot pour ramener la paix sur l'ensemble de ses terres. L'ordre des Chevaliers de la Table Ronde qu'Arthur fonde doit pourvoir à ce but. A la cour, l'intrépidité et l'élégance du chevalier Lancelot font l'unanimité auprès de tous. Presque tous..., car Mordred, un des chefs de clan rebelle jalouse le prestige dont jouit le chevalier et cherche par tous les moyens à ourdir contre lui. La reine Guenièvre est son talon d'Achille ; Lancelot et la reine éprouvant de forts sentiments auxquels leur loyauté empêche de se livrer. La fée Morgane, mère de Mordred, diffuse la calomnie dans tout le royaume. Afin de faire taire les médisances, Lancelot épouse dame Elaine et fuit la cour pour guerroyer. Les périls pointent à l'horizon. Lancelot absent, la malédiction s'abat sur le royaume sans protection face à l'appétit saxon, affaibli qu'il est par les tensions au sein de l'ordre de chevalerie...

Une année après Ivanhoé, la société de production hollywoodienne Metro-Goldwyn-Mayer récidive en confiant à Thorpe une adaptation du Cycle du Graal. Et la M.G.M. met le paquet dans cette superproduction à très haut budget pour l'époque. Pour qui n'est pas un héraut fanatique de l'imaginaire arthurien, le résultat est à la hauteur grâce à un subtil mélange de romance dramatique et de guerre chevaleresque, accompagné d'une sublime musique de Miklos Rózsa. Il est une curieuse tradition pour chaque réalisateur s'essayant au cinéma arthurien : gommer certains personnages et parties de l'intrigue. Ici, c'est à Viviane d'en faire les frais tandis que Merlin et la Quête du Graal ne sont quasiment pas évoqués. Une fois n'est pas coutume, Ava Gardner peine à convaincre, à la différence de Robert Taylor, grande figure de la geste cinématographique médiévale anglo-américaine. Un petit bijou.

 

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EXCALIBUR

Film américain de John Boorman (1981)

De Merlin l'Enchanteur, Uther Pendragon reçoit l'épée Excalibur sortie des eaux par la Dame du Lac. A Uther revient la mission d'unir et de pacifier le Royaume de Bretagne. Mais les espoirs de Merlin sont bientôt ruinés par les amours du Roi qui convoite la belle Ygraine, épouse du duc de Cornouaille. Afin qu'Uther séduise Ygraine, Merlin use de sa magie et offre les traits du duc à Uther. Du lit illégitime nait Arthur qu'enlève Merlin à son père en échange de l'utilisation de ses pouvoirs. A la mort d'Uther, Excalibur demeure scellée dans une stèle de granit. Il est dit que seul celui qui parviendra à retirer l'Epée deviendra Roi. Seul Arthur parvient à extraire le métal de la pierre et le brandir. Quelques années plus tard, le nouveau Roi épouse Guenièvre en même temps qu'il fonde la Table Ronde. Sa demi-soeur, la fée Morgane intrigue et parvient à enfanter un bâtard d'Arthur. L'enfant va provoquer la perte du Roi...

Si le film de Boorman peut sembler avoir vieilli sous certains aspects, quel chef-d'œuvre il demeure ! Le réalisateur livre l'adaptation cinématographique la plus fidèle au Cycle arthurien dans sa chronologie malgré quelques entorses imposées par la nécessité de ne pas produire une œuvre trop longue. Elle est également la transposition la plus païenne de la légende au cinéma tant un grand soin est apporté aux rapports de l'homme à Dame Nature et aux apports prodigués par celle-ci. Boorman fait également la part belle à la Quête du Graal en opposition avec les autres réalisations arthuriennes. Cet Excalibur résonne, en outre, comme une tragédie grecque dans laquelle le destin de chacun est aliéné, empêchant toute possibilité d'échappatoire. Quant aux mélomanes, ils apprécieront, à n'en pas douter, l'immixtion précieuse d'œuvres de Richard Wagner et Carl Orff. A voir et à revoir !

 

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LANCELOT DU LAC

Film franco-italien de Robert Bresson (1974)

La Quête du Graal se solde par un échec et a décimé les chevaliers de la Table Ronde l'un après l'autre au cours de furieux combats. Parmi les derniers survivants contraints au désespoir maintenant que l'ordre chevaleresque est sur le point de disparaître, le chevalier Lancelot regagne la cour du Roi Artus. Il y retrouve Guenièvre qui, bien que Reine entretient une relation adultérine avec le noble chevalier. Lancelot se persuade que l'échec de sa Quête est une punition divine exigée par Dieu pour que le chevalier expie sa relation cachée. Humblement, Lancelot demande à son amante de le délivrer de son serment de l'aimer ; ce que la Reine refuse. Gauvain exhorte à la poursuite de la Quête tandis que Mordred, souffrant du prestige du chevalier, entend user de tous les stratagèmes pour le déshonorer. Plus que tout autre, il devine la passion adultère qui unit les amants et en apporte la preuve irréfutable à Artus...

Spécialiste de l'adaptation au cinéma des œuvres de Georges Bernanos, mais encore de Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski, Bresson prend le risque de s'attaquer au mythe arthurien. Le film n'est pas le meilleur du genre mais conserve un intérêt certain dans l'"identité" cinématographique française de l'œuvre. A la différence des adaptations américaines ou anglaises, le présent film offre une transcription plus austère et plus dépouillée, plus cérébrale et plus théâtrale également. Cela manque certainement de panache mais l'intention est louable. Bresson ne conserve qu'un seul personnage féminin en la personne de Guenièvre. Exit les autres ! Mais on ne restera pas insensible à la scène lors de laquelle elle prend un bain. Moins spectaculaire que les autres, il n'en est pas moins à voir. Le Lancelot de Bresson est largement supérieur en tout cas à celui de Jerry Zucker réalisé deux décennies plus tard.

 

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MONTY PYTHON, SACRE GRAAL

Titre original : Monty Python and the Holy Grail

Film anglais de Terry Gilliam et Terry Jones (1974)

Recruter des chevaliers de la Table Ronde, tel est le défi qui anime le Roi Arthur. L'entreprise n'est pas sans difficultés et les tentatives d'approches du chevalier noir ou de paysans anarcho-syndicalistes s'avèrent vaines. Au cours du procès d'une sorcière, Sir Bedevere le Sage accepte de se joindre au Roi, bientôt rejoints par d'autres chevaliers sans montures. Cheminant vers Camelot, la petite troupe part en Quête du Graal à la suite d'une divine rencontre. Un château renfermant des soldats français serait détenteur d'un Graal. Qu'à cela ne tienne, nos courageux chevaliers entreprennent la construction d'un lapin de Troie afin de pénétrer à l'intérieur des lieux. Mais le sort s'acharne contre les chevaliers qui oublient de se cacher à l'intérieur de la structure. Les hommes d'Arthur sont contraints d'abandonner toute velléité de tenir plus longtemps le siège car les Français se battent vaillamment en lançant des vaches domestiques depuis la muraille. Et encore ne sont-ils pas au bout de leur dangereuses aventures. Heureusement, la police motorisée veille...

Hilarant que cette parodie du mythe arthurien, la plus montypythonesque qui soit ! Ça n'est que succession de gags tous plus loufoques les uns que les autres, anachronismes surréalistes, danses absurdes, redondances abrutissantes ; le tout apparaissant dès la première seconde du générique. Il paraît que les loufiats Gilliam, Jones et consorts ne pouvaient produire que des navets. Alors l'industrie cinématographique anglaise refusa d'y mettre le moindre penny. Le film put quand même être produit grâce aux largesses de Led Zeppelin, Pink Floyd ou encore des Rolling Stones. Comme quoi l'Angleterre a quand même pu léguer à l'humanité quelques bonnes choses. En cherchant bien... Même Henri Béraud eut pu esquisser un sourire à la vision de ce film irrésistible ! A côté de Monty Python, la série, quoique réussie, de Kaamelott, fait figure de thèse d'histoire médiévale !

 

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PERCEVAL LE GALLOIS

Film français d'Eric Rohmer (1978)

Perceval est un jeune valet éduqué par sa mère loin de toute présence masculine. Aussitôt qu'il croise par hasard des chevaliers, Perceval rêve d'en épouser le code et ses dangers. Malgré la farouche opposition de sa mère qui a vu mourir au combat son mari et ses deux autres fils, Perceval quitte le château maternel afin de gagner la cour du Roi Arthur et être adoubé à son tour. Il y apprendra le maniement des armes et aura à venger une offense faite à une damoiselle dont l'honneur a été bafoué par un triste personnage que Lancelot tue sans sourciller. Il est désormais temps pour le preux chevalier de partir en Quête mais auparavant de saluer sa mère. Se dresse alors sur son chemin un étrange château où le chevalier est invité à demeurer le temps d'un étrange festin...

A l'instar de Bresson, Rohmer fait une brève incursion dans l'imaginaire médiéval avec cette curieuse adaptation du Perceval de Chrétien de Troyes. Curieuse mais réussie ! Curieux décors en papier mâché en effet qui ne sont pas sans rappeler l'art de l'enluminure médiévale, en ce qui concerne la disproportion des perspectives, mélangés à des décors de séries animées pour enfants des années 1970 et en contraste total avec le grand soin apporté aux costumes. D'aucuns seront effarés de cette hardiesse mais le style esthétique est intéressant. A plus forte raison, si Rohmer traduit en langue moderne le roman courtois du 12ème siècle, il en conserve la versification. La musique est composée de chœurs s'inspirant d'airs médiévaux. Loin de l'argot célinien, Fabrice Luchini dans l'un de ses tous premiers grands rôles. Ce film est un bijou majestueusement conservé dans son écrin !

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

16/06/2016

"Pierre-Antoine, l'Autre Cousteau", une biographie de Pierre-Antoine Cousteau par son fils

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Qui ne connaît les milliers d’heures d’exploration sous-marine du célèbre commandant Jacques-Yves Cousteau ? Qui n’a jamais parcouru l’un ou l’autre de ses albums et apprécié son style d’écriture ? Il est pourtant « un autre Cousteau », son frère aîné Pierre-Antoine, né en 1906 à Paris, journaliste, polémiste et écrivain voltairien. Son fils Jean-Pierre présente ici sans langue de bois ni complaisance celui qui fut, d’après Jean Galtier-Boissière, « le plus brillant des chroniqueurs de sa génération ».

Venu de l’extrême gauche, il évolue vers le fascisme, notamment sous l’impulsion de Pierre Gaxotte et devient avec Lucien Rebatet et Robert Brasillach l’âme du quotidien collaborationniste Je suis partout. Auteur de canulars fameux dans les années trente, on lui doit le mythe d’un Édouard Herriot promu au grade supposé de colonel de l’Armée rouge lors de sa visite en URSS, et plusieurs livres d’une écriture exquise empreinte d’impertinence : Mines de rien, Les Lois de l’hospitalité, Hugothérapie, Proust digest, ainsi que Intra-muros, journal de prison encore inédit, et un recueil de Pensées. Condamné à mort à la Libération, il parvient à plusieurs reprises lors du procès à provoquer l’hilarité de l’assistance, et reçoit le soutien de Jacques Yonnet, résistant membre du parti communiste, qui témoigne à décharge : « c’est un ennemi loyal », et celui de son frère Jacques-Yves, résistant lui aussi, qui ose revêtir pour l’occasion son uniforme d’officier de marine, ce que De Gaulle ne lui pardonnera jamais. Gracié par Vincent Auriol en 1947, libéré en juillet 1953, il meurt prématurément des suites de sa captivité en 1958.

Cardiologue, le professeur Jean-Pierre Cousteau est le fils de Pierre-Antoine. Il avait cinq ans lorsque son père quitta Paris en catastrophe avec sa mère en août 1944, et ne le revit, derrière les grilles de Fresnes, que cinq ans plus tard, pour ne l’embrasser, enfin, qu’à sa sortie de prison en juillet 1953.
Jean-Pierre et sa sœur Françoise furent d’abord recueillis à Sanary pendant deux années par leur oncle Jacques-Yves, le commandant et futur académicien, et leur tante Simone (la future “bergère” de la Calypso) puis par leurs grands-parents en Angleterre où ils furent pensionnaires pendant cinq ans. Ils vécurent avec PAC quatre des cinq années qui s’écoulèrent de sa libération à sa mort en décembre 1958.

Préface de Franz-Olivier Giesbert.

11/06/2016

7 films à voir ou à revoir sur l'Adolescence

Plus tout à fait un enfant, pas encore un adulte, l'adolescence a très certainement toujours été l'âge le plus difficile à vivre pour l'entourage, surtout pour l'entourage, mais également, soyons de bonne grâce, pour l'adolescent en question. Ainsi François Truffaut clamait-il que "l'adolescence ne laisse un bon souvenir qu'aux adultes ayant mauvaise mémoire". Mais est-on encore adolescent aujourd'hui ? Soucieux de s'accaparer une part de marché numériquement très nombreuse, le capitalisme n'a pas manqué de lorgner sur ces proies faciles, extirpées de la tutelle parentale depuis 1968, que le mimétisme social oblige aux épousailles avec une société de consommation parfaite dans ses capacités d'adaptation du marketing. La cigarette, le rap, le sexe précoce et les vêtements de marque constituent un uniforme de la jeunesse tandis que les nouvelles technologies, téléphone et jeux vidéos, ouvrent grandes les portes des interdits sociaux. L'adolescent est aujourd'hui un adulte comme les autres et l'adulte commun se revendique un enfant comme les autres. La déresponsabilisation individualiste de chacun devient un programme existentiel favorisant le triomphe du système dictatorial de la masse. Peut-être est-il faux d'écrire, d'ailleurs, que l'on n'est plus adolescent tant on l'est peut-être désormais toute notre vie. C'est finalement l'âge adulte qui a disparu. Oh bien évidemment, tous les boutonneux pubères et lolitas qui se maquillent comme une voiture volée ne sont pas à jeter dans le même sac. Personne ne doute que vous ayez été vous-même un adolescent différent ! Ben voyons ! Thème majeur du Septième art, le cinéma sur l'adolescence, à ne pas confondre avec le teen movie à destination des adolescents, dresse un large panel de cet âge, passage rituel obligé, duquel n'est jamais absent la quête de la première fois et les tourments des premiers émois. Le cinéma entend agir ici comme un miroir qui reflète à celui devenu adulte ce qu'il a été. A l'analyse des jeunes portraitisés dans les films suivants, on se fera immanquablement la remarque : avoir des enfants, pourquoi pas ?, mais pourvu qu'ils ne deviennent jamais adolescents !

 

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A DERIVA, UN DERNIER ETE

Titre original : A Deriva

Film brésilien de Hector Dhalia (2009)

Dans les années 1980. Filipa est âgée de quatorze ans. Cet été, c'est sur la plage brésilienne de Buzios que la jolie adolescente passera ses vacances avec ses parents, son frère et sa sœur cadets. La jeune fille est extrêmement proche de son père Mathias tandis qu'elle entretient des rapports plus tendus avec sa mère Clarice, dépendante à l'alcool. A cet âge, ce sont les premiers émois amoureux qui doivent tenir lieu d'actualités estivales. Mais Filipa surprend l'adultère de son père, célèbre romancier frappé du syndrome de la page blanche qui trompe son épouse avec Angela, une américaine établie à proximité du village. Certes Filipa avait bien deviné la morosité qui gagnait l'union de ses parents mais l'adultère lui semblait impensable. La découverte de l'infidélité est la première d'une série de désillusions qui feront entrer l'adolescente dans le monde des adultes. S'initiant maladroitement aux problèmes des adultes, l'adolescente tient Angela pour responsable de la séparation de ses parents...

Les tourments de l'adolescence..., voilà un thème que le cinéma n'aura pas manqué de traiter. La présente réalisation tire pourtant largement son épingle du jeu.  La localisation de l'intrigue dans une partie sauvage de la côte brésilienne brûlée par le Soleil plutôt que sur les grandes étendues de Copacabana y est très certainement pour beaucoup. Quels paysages magnifiques ! La jeune Laura Neiva est époustouflante dans son rôle d'adolescente sensuelle qui apprend le monde des adultes à l'aune de la trahison qui fait s'écrouler son monde enfantin rempli de certitudes en même temps que l'éveil à l'émoi sentimental auquel s'oppose la complexité des rapports amoureux entre adultes. Dhalia évite tous les écueils mélodramatiques du genre et livre un film au charme indéniable malgré quelques longueurs, disons plutôt langueurs, et quelques scènes inutiles.

 

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L'AMOUR, C'EST LA HONTE

Film français de Bruno Bontzolakis (2010)

La Gironde est agréablement baignée de Soleil cet été. A quinze ans, Mélissa vient d'emménager dans un lotissement résidentiel lorsqu'elle fait la connaissance d'Océane et Jessie avec lesquelles elle se lie d'amitié. Le pavillon de Mélissa devient un lieu de villégiature. S'ennuyant fermement, les trois jeunes filles invitent un groupe de cinq garçons, qui traînent dans le quartier, à profiter des lieux. Il y a Fred qui dirige le petit groupe de mâles, mais aussi Omar, Arthur, Tom et son grand frère Bruce. Mélissa tombe bientôt amoureuse de ce dernier, âgé de 17 ans. L'idylle naissante est soumise à rude épreuve de la part de la bande nouvellement formée. Bruce éprouve bien des sentiments réciproques à l'égard de Mélissa mais il subit l'ascendant de Fred qui estime qu'aimer, c'est la honte...

De la même manière qu'il vaut mieux boire un bon crémant qu'un mauvais champagne, il est préférable de regarder un bon téléfilm qu'un mauvais film ! Produit pour la télévision, la réalisation de Bontzolakis manque évidemment de moyens que le réalisateur a le génie de compenser par un procédé narratif d'une remarquable originalité et efficacité. Les 86 minutes du film sont divisées en deux parties de durée sensiblement égales présentant la même histoire par le prisme de Mélissa puis de Bruce. Une adolescente s'éveille à l'amour en compagnie d'amis qui font l'apprentissage des jeux sensuels. Passées les quarante premières minutes qui s'apparentent à une banale bluette "téléfilmique", l'histoire prend une toute autre tournure, ô combien plus tragique, lorsque Bruce prend le contrôle de la narration. La bluette se transforme progressivement en drame sordide et désenchanté à l'atmosphère pesante parfaitement entretenue. Le film est puissamment servi par une kyrielle de jeunes acteurs jusqu'alors inconnus. A voir !

 

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EKA ET NATIA, CHRONIQUE D'UNE JEUNESSE GEORGIENNE

Titre original : Grzeli nateli dgeebi

Film géorgien de Nana Ekvtimishvili et Simon Groẞ (2013)

Au lendemain de l'effondrement du régime soviétique en 1992, Eka Khizanishvili et Natia Zaridze sont deux amies inséparables âgées de quatorze ans. Si la mère de Natia pense que sa fille subit la mauvaise influence d'Eka, elle est bien impuissante à les faire se séparer. A Tbilisi, les deux jeunes filles mènent une adolescence normale partagée entre la famille, l'école et les copains avec lesquels elles se promènent dans les rues de la capitale. Les deux amies ne se sentent pas toujours libres dans une société postsoviétique dans laquelle la pénurie alimentaire se fait ressentir et qui conserve l'ensemble de ses attributs patriarcaux. Natia est harcelée par le jeune Kote qui souhaite l'épouser. L'amoureux-voyou éconduit ne supporte pas de voir sa courtisée décliner ses avances. La tradition veut que les jeunes filles se fassent enlever en vue d'être mariées. Aussi, Natia l'est. Pour fuir son père violent, elle épousera finalement bien Kote...

S'inspirant des propres souvenirs de son adolescence passée dans une Géorgie indépendante faisant chemin depuis le communisme vers le capitalisme et encore en guerre avec la province sécessionniste d'Abkhazie, Ekvtimishvili cosigne une remarquable œuvre d'une vérité sociologique sans aucun défaut bien que l'on s'attarde parfois trop sur quelque détail. La Géorgie est filmée elle-même telle une adolescente en même temps que le duo de réalisateurs sublime une tendre amitié entre deux jeunes filles obligées de se débrouiller dans une société qui a perdu tous ses repères. Loin de sombrer dans la réalisation dramatique, le film se veut léger et espiègle. Les deux héroïnes sont stupéfiantes de fraicheur empreinte de gravité. Un film qui sonne fort et juste sur un pays largement méconnu en Europe.

 

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NAISSANCE DES PIEUVRES

Film français de Céline Sciamma (2007)

L'été à Cergy-Pontoise. Trois adolescentes se croisent à la piscine municipale. Toutes gravitent autour du club de natation synchronisée et c'est dans le vestiaire qu'elles apprennent à mieux se connaître. Entraineuse des poussines, Anne est boulotte et complexée par ses formes. Amoureuse de François, joueur de l'équipe locale de water-polo, elle espère être aimée en retour. Son amie Marie, quant à elle, est troublée par Floriane, la capitaine des minimes. Et Floriane, si une réputation de vertu légère lui colle au maillot, elle appréhende en réalité sa première fois aussi désirée que terrifiante. Floriane s'en confie à Marie. En plus de la pratique sportive, toutes ont pour point commun d'être submergées par ce désir qui doit faire de cet été un moment inoubliable. Les espoirs et les drames se jouent. Au cours d'une soirée, c'est Floriane qui sort avec François, laissant Anne effondrée...

Premier long-métrage de la jeune réalisatrice qui révèle Adèle Haenel. Si la pratique de la natation synchronisée constitue le thème central du film, ceux que cette pratique ne révulse pas fanatiquement regarderont l'essai sans déplaisir. Si le rythme peut paraître parfois trop lent, il est à l'image de ses héroïnes ennuyées et ennuyeuses, aussi seules que leur cité de Cergy-Pontoise est morne. Dans ce film liquide, naïades, sirènes et poissons moins fluides se confrontent à leurs doutes en matière de sexualité. Leur première fois pourrait être synonyme de noyade et dans ce cas, il n'est pas toujours facile de se jeter à l'eau. Parfois drôle, parfois émouvant, chaque femme y retrouvera une partie de ses quinze ans dans ce portrait complexe et abouti de l'adolescence. Une première réalisation intéressante malgré ses défauts.

 

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NOCE BLANCHE

Film français de Jean-Claude Brisseau (1989)

A Saint-Etienne en 1989. Mathilde Tessier est une adolescente écorchée vive, solitaire et mal dans sa peau. Son professeur de philosophie, François Hainaut, découvre la jeune fille évanouie à proximité d'un arrêt de bus. Le professeur pense pouvoir venir en aide à son élève en développant ses qualités intellectuelles qu'il croit certaines. François a raison de défendre son élève devant le conseil de discipline car Mathilde devient en effet plus assidue aux cours et ses notes progressent en même temps que baisse sa consommation de drogue. Mais le professeur quinquagénaire n'avait pas prévu que la lycéenne tombe follement amoureuse de lui et manque de pudeur en sa compagnie. Lui-même ne tarde d'ailleurs pas à succomber et se détacher de son épouse. François sait bien que cette aventure ne peut durer éternellement...

Le film révéla au cinéma Vanessa Paradis, alors âgée de seize ans, dans cette réalisation naturaliste de Brisseau qui résonne comme une tragédie grecque. Talentueux cinéaste sexualisant, Brisseau fait se transcender son héroïne à la dérive qui ne remonte difficilement la pente que pour mieux chuter jusqu'à son dénouement le plus extrême et entrainant dans sa chute son Roméo qui, s'il survivra, demeurera à jamais meurtri de cette voluptueuse rencontre empoisonnée. Une provinciale histoire d'amour interdit, plaisamment localisée dans une cité stéphanoise, dont l'âpreté colle aussi durement que majestueusement à l'intrigue. Doit-on condamner ce professeur sur ses gardes qui succombe malgré lui à la fragilité de cette femme-enfant incapable d'être aimée ? Il se pourrait que le débat déchaîne les passions. En se privant de tout jugement moral, Brisseau a décidément réussi son film.

 

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NOS 18 ANS

Film français de Frédéric Berthe (2007)

Le baccalauréat 1990, c'est dans quelques jours ! Profitant de ces derniers instants au lycée, Lucas conspue le professeur qu'il hait le plus, en la personne de Monsieur Martineau qui enseigne la philosophie. Pas de chance ! Martineau fera partie des membres du jury de la session de rattrapage orale et Lucas devine qu'il n'aura pas la moyenne à la session écrite. Le soir de la dernière épreuve, le jeune homme tombe éperdument amoureux de Clémence qu'il rencontre dans une soirée. Les choses se compliquent un peu plus lorsqu'il comprend que la jolie jeune fille n'est autre que celle du professeur qu'il a insulté de raté et de salaud. Les deux lycéens se séparent et passent les jours suivants, en compagnie de leurs amis respectifs, à réviser pour les rattrapages et mener de front leur vie sentimentale qui semble aussi compliquée qu'une leçon de physique quantique...

Si on devient adulte à 18 ans, on ne l'est pas pour certains qui peinent à quitter l'insouciance de leur adolescence. Le thème des lycéens drôles, pas méchants, un peu branleurs et que rien ne préoccupe, Berthe n'est pas le premier à s'y essayer et de ce point de vue, Nos 18 ans ne révolutionne pas le genre. Les lycéens potaches sont plus préoccupés par les travaux pratiques de leurs cours d'anatomie que par leurs classeurs. Le film manque autant de profondeur que le cerveau de nos jeunes sous-doués et on les jugera bien énervants en priant ne pas avoir été comme eux. En teen movie qu'il est, le film n'évite pas les clichés tant de fois rebattus, mais met en scène un pléiade de sympathiques acteurs. Des scènes sont drôles. Pour la petite histoire, il est rare qu'un film français soit un remake d'un film étranger. En voici un ! Berthe retranscrit en France la réalisation Notte prima degli esami, tourné une année auparavant par Fausto Brizzi.

 

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UN POISON VIOLENT

Film français de Katell Quillévéré (2010)

Cet été, plus rien ne sera comme avant pour Anna, quatorze ans. Fraichement rentrée de l'internat, elle découvre que son père a quitté le domicile conjugal. Sa mère, effondrée, trouve quelque réconfort auprès du jeune prêtre du village breton qui ne la rend pas insensible. Quant à Anna, la consolation, c'est son mécréant de grand-père qui la lui procure. Anna prépare pieusement sa confirmation qui constitue la prochaine étape de sa foi catholique. Mais surgit Pierre qui fait chavirer le cœur de l'adolescente. Déboussolée par ses déboires familiaux et sentimentaux, Anna se met à fréquenter les enterrements. Ses croyances religieuses sont d'autant plus ébranlées que le regard des autres sur son corps en pleine puberté change. Pierre éprouve un désir ardent pour Anna, loin d'être insensible, tandis que sa mère, succombant à la crise de la quarantaine, la jalouse. C'est au prêtre qu'il reviendra de palier l'absence du père et tentera de prodiguer ses meilleurs conseils pour qu'Anna reste dans le droit chemin...

Douce mélancolie... Quillévéré dresse un tendre et délicat portrait d'Anna, immergée dans une famille bretonne très pieuse, très croyante elle-même, dont l'harmonie vole soudainement en éclat lorsque le démon de minuit enlève la figure paternelle. A cet âge, est-on armée pour faire face aux convoitises qui se font pressantes lorsqu'il faut privilégier la toute première foi à la toute première fois ? Une mère qui maîtrise mal le sacerdoce de chasteté cléricale, un grand-père mourant qui confond sa petite-fille et un tableau de Gustave Courbet. L'adolescente tourmentée se confronte au feu démoniaque de la puberté et Anna s'autorise quelques écarts avec le dogme. Le prêtre fait figure de phare bienveillant dans cet océan passionnel déchainé. C'est assez rare pour être souligné ! "Un poison violent, c'est ça l'amour"..., chantait Serge Gainsbourg. Un premier long-métrage encourageant qui embrasse plusieurs thèmes mais peine à les approfondir.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

04/06/2016

7 films à voir ou à revoir sur Paris

Paris est la plus belle ville du monde ! Au risque de décevoir titis et gavroches, il se pourrait que la sentence péremptoire ne soit pas ou plus communément partagée. Seuls les apaches s'en étaient peut-être déjà convaincus. Oh certes, on peut comprendre que Jean-Baptiste Gresset ait pu écrire qu'"on ne vit qu'à Paris, et l'on végète ailleurs." Paris jouit d'un prestige mondial inégalé et la Ville lumière offre, il est vrai, un remarquable exemple d'unité architecturale du 19ème siècle, un petit joyau d'orfèvrerie dessiné par le préfet Georges-Eugène Haussmann. La révolution haussmannienne ne manqua néanmoins pas de se faire au détriment d'un Lutèce définitivement enterré et du Paris médiéval, cher à Victor Hugo, dont il ne subsiste plus ça-et-là que quelques minuscules quartiers, vestiges d'îlots villageois, perdus au centre de voraces immeubles. "Respirer Paris, cela conserve l'âme", écrivait d'ailleurs l'auteur de Notre-Dame. Mais respire-t-on encore Paris ?, cette vieille dame au maquillage dégoulinant qui ne survit plus que grâce au souvenir de ses heures joyeuses et insouciantes d'une vieille gloire perdue. Il est vrai qu'il est de bon ton aujourd'hui de mépriser l'oppression citadine. "Qui est assez fort désormais pour vivre dans les villes qui prolifèrent comme des cancers ? Et qui est assez fort pour n’y plus vivre ?", questionnait Raymond Abellio. L'injustice certaine de la métaphore de la vieille dame peut certainement, et doit !, s'appliquer à toutes les cités tentaculaires. Que les Parisiens, qui eux-aussi n'aiment pas Paris mais ne peuvent vivre ailleurs, pour reprendre la formule d'Alphonse Karr, nous excusent de la férocité du langage. Mais il sera autorisé d'être plus féroce à l'égard de Paris que de Londres ou Berlin tant il faut être le plus dur avec soi-même. Paris est devenue sale, Paris est devenue dangereuse, Paris est devenue moche, Paris est devenue aussi ennuyeuse que la province française... Telle une fille de Pigalle, Paris a perdu son âme en s'offrant à l'étranger, qu'il soit provincial en quête de reconnaissance sociale ou étranger en conquête de reconnaissance territoriale. Il paraît que c'était mieux avant ! C'était en tout cas différent et Paris n'avait pas à s'infliger de condenser en son sein un échantillon exhaustif de cultures africaines et orientales qui ont cessé de coexister avec le titi depuis bien longtemps en l'étouffant et le remplaçant. Oui, Paris a perdu de sa superbe de jour comme de nuit. Il en va jusqu'à l'Ecole de Guerre économique qui publia, voilà deux ans, un pamphlet des plus sérieux et remarquablement détaillé au titre inquisiteur : Pourquoi les nuits parisiennes (et ne créent pas d'emploi). Elles le sont d'autant plus depuis un certain 13 novembre... Il n'y a plus qu'à espérer une nouvelle Commune. Les Versaillais sont déjà arrivés place de la République...

 

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CHERI

Film franco-anglo-allemand de Stephen Frears (2009)

Paris au début du vingtième siècle. Léa de Lonval est une riche courtisane qui entame sa fin de carrière après le retour de son comte russe dans son pays natal. Approchant la cinquantaine, elle n'en demeure pas moins d'une beauté toujours aussi remarquable. Mais le déclin de son activité de courtisane est inéluctable. Aussi, Léa s'autorise-t-elle de séduire Chéri, de son véritable nom Fred Peloux, 19 ans et jeune fils de Charlotte, une ancienne consœur et rivale. Ces six années passées auprès de Nounoune, ainsi que Chéri la surnomme, lui apprennent un savoir inestimable sur l'amour et les femmes. La mère du jeune homme entend bien désormais mettre un terme à la relation afin que Chéri se construise un avenir. Chéri est promis à Edmée, fille unique de Marie-Laure, autre courtisane. Les amants savent désormais que les jours de leur relation sont comptés. Si chacun feint l'indifférence, il se pourrait que leur lien amoureux soit plus fort qu'ils ne voulaient bien l'admettre. Leur liaison ne devait ainsi durer qu'une saison...

Le Chéri de Frears constitue la seconde adaptation du roman éponyme de Colette après une première par Pierre Billon en 1950. Avec plusieurs scènes tournées en Angleterre et à Biarritz, Chéri n'est pas un film parisien stricto sensu. Il demeure néanmoins une plaisante illustration de société mondaine parisienne de la Belle époque que le réalisateur dénature quelque peu en anglicisant largement l'œuvre. Si les costumes et décors du Vieux Paris sont majestueusement représentés, le film manque cruellement de souffle. Frears se trompe rarement au cinéma. Il s'emmêle pourtant ici les pellicules. Michelle Pfeiffer n'en demeure pas moins époustouflante, comme toujours, dans un rôle d'amante initiatrice, prisonnière d'un monde bourgeois qui la quitte petit à petit mais dont la courtisane refuse d'abandonner les artifices.

 

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LE DERNIER TANGO A PARIS

Titre original : Ultimo tango a Parigi

Film franco-italien de Bernardo Bertolucci (1972)

De nationalité américaine et d'âge mûr, Paul s'est établi à Paris. Sa femme qu'il n'est jamais vraiment parvenu à comprendre s'est suicidée récemment. Il n'en demeure pas moins anéanti par la mort de Rosa. Tandis qu'il visite un grand appartement désert à louer par une matinée d'hiver, Paul fait la connaissance de Jeanne, jeune parisienne aussi belle qu'envoutante. Les deux êtres font l'amour dans le lieu sans rien connaître de l'autre, pas même le prénom. L'américain loue l'appartement dans lequel il donne rendez-vous à Jeanne pour leurs ébats sexuels d'une violence sans cesse croissante. Rapidement, la situation devient insoutenable. Paul est ivre de sexe et de mort. Car comble de l'horreur, le cadavre de sa femme gît dans l'une des chambres de l'appartement du seizième arrondissement, dans laquelle Paul lui rend visite avant de décider de l'inhumation. Progressivement, le brutal Paul se dévirilise complètement au contact de la mystérieuse Jeanne qui prend l'ascendant sur lui...

Le film se déroule sur trois jours qui s'échelonnent du suicide de Rosa à ses obsèques. Trois jours pendant lesquels les deux héros se livrent à des jeux érotiques désespérés et violents ; chacun retournant ensuite à ses préoccupations quotidiennes. Né d'un fantasme de Bertolucci, le film provoqua un scandale monstre, de par ses scènes de sexe, jugées bien au-delà de la révolution sexuelle nouvellement admise, au point que l'œuvre fut classée X dans nombre de pays dont la France. Bertolucci et ses deux acteurs principaux furent même condamnés par la justice italienne pour pornographie, sur pression du Vatican. On a vu pire depuis... Le réalisateur évoque avec son indiscutable talent le Paris post-soixante-huitard tandis que certaines images du quartier Montparnasse raviront les nostalgiques. Marlon Brando et Maria Schneider sont au sommet de leur art ; l'allemande qui n'en ressortit pas moins traumatisée par certaines scènes et ne pardonna jamais au réalisateur. Il y aurait encore mille choses à écrire au sujet de ce chef-d'œuvre de critique des rapports humains contrariés par la nouvelle redéfinition des schémas socio-sexuels entre hommes et femmes. A voir absolument !

 

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DOUCE

Film français de Claude Autant-Lara (1943)

L'année 1887 à l'approche des fêtes de la Nativité, la comtesse de Bonafé héberge dans son hôtel particulier son fils le comte Engelbert et sa petite-fille Douce, âgée de 17 ans. Irène Comtat est la gouvernante de la jeune Douce. La jeune fille est follement amoureuse de Fabien Marani, le régisseur, dont Irène est l'amante. Si le régisseur caresse l'idée de faire naviguer Irène jusqu'au Canada, afin de s'établir avec sa chère et tendre, cette dernière ambitionne plutôt des épousailles avec Engelbert, veuf depuis peu. Marani s'aperçoit de la duplicité d'Irène après que le comte ait demandé en mariage la douairière. Tandis que la comtesse entre dans une rage folle, Marani se venge en enlevant la jeune Douce, fort consentante à cette idée au demeurant. Les turpitudes bourgeoises de la maisonnée ne manquent pas de scandaliser le Tout-Paris. Devenus amants, le régisseur et Douce se rendent à une représentation théâtrale à l'Opéra comique. Un incendie ravage bientôt les lieux...

La satire sociale constitue l'une des clés du cinéaste réprouvé Autant-Lara. Issue d'une adaptation du roman éponyme de Michel Davet, la présente œuvre ne déroge pas à la règle et l'hypocrisie de la bourgeoisie parisienne y est allégrement épinglée. Et finalement, la classe populaire en prend également pour son grade. Douce est bien plus qu'un simple mélodrame comme le cinéma sous l'Occupation a pu en fournir parmi les plus insipides. La censure vichyssoise entreprit de supprimer quelques répliques jugées trop critiques à l'égard des mœurs de la bonne société conservatrice et plus ostentatoirement qu'intrinsèquement catholique. Par bonheur, il fut possible de les restaurer par la suite. Autant-Lara est définitivement un cinéaste non-conforme et on revoit toujours avec le même plaisir Odette Joyeux à l'écran. La reconstitution du Paris de la fin du 19ème siècle est, en outre, formidablement faite.

 

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LE FABULEUX DESTIN D'AMELIE POULAIN

Film français de Jean-Pierre Jeunet (2000)

Lorsqu'elle était enfant, son père lui a diagnostiqué un cancer qu'elle ne portait pas. Aujourd'hui âgée de 22 ans, Amélie Poulain est serveuse dans un bar-tabac de la butte Montmartre. Un trésor caché dans sa salle de bains et Amélie découvre un coffret empli de souvenirs d'enfance qu'elle entend bien restituer à son propriétaire. De nature profondément débonnaire, faire le bonheur des autres est la plus belle récompense de la jeune femme. Chaque jour, elle observe les gens et se laisse emporter par son imagination fertile. Sans l'air d'y toucher, la serveuse intervient dans la vie de chacun pour arranger les petits tracas quotidiens de tous ceux qui entourent son monde enchanté. Plus que tout autre, Nino Quincampoix recueille toute l'attention d'Amélie. Quincampoix dont la vie est rythmée par le train fantôme et la fréquentation d'un sex-shop et qui cherche inlassablement à retrouver les visages des photos d'identité oubliées dans les Photomatons. Ne pensant qu'aux autres, la belle Amélie en arriverait presque à oublier son propre bonheur. Il lui apparaîtra sous les traits de Quincampoix....

Delicatessen, La Cité des enfants perdus, L'Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet..., cinéaste avare en réalisations, Jeunet, passé maître dans le cinéma français en matière de création d'un univers, ne cesse d'approcher les plus grands. Et pourtant, il manque toujours ce petit quelque chose. Amélie Poulain ne déroge pas à la règle bien qu'il demeure un excellent film qui fonctionne comme un machine à remonter le temps. On a envie de s'immerger dans ce Montmartre disparu. Jeunet excelle dès lors qu'il s'agit d'offrir au spectateur une galerie de personnages tous aussi tendres que loufoques. Un film qui rend tout simplement joyeux, même les plus irascibles grincheux, à l'exception notable des xénophiles fanatiques qui se plaignirent du peu de diversité ethnique de ce Paris féérique et qui se délectent qu'"un drapeau frappé d'un croissant flottera sur Paris"... Jeunet livre un plaisant hommage au village parisien.

 

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LES MYSTERES DE PARIS

Film français de Jacques de Baroncelli (1943)

En 1820 à Paris, Fleur de Marie est une jeune femme habituée aux quartiers les plus infâmes. Un certain Rodolphe l'extraie des bas-fonds. Ce mystérieux personnage s'avère en réalité être le grand Duc de Gerolstein, parti à la recherche d'une fille qu'il eût autrefois avec la comtesse Sarah MacGregor, sa maîtresse à la méchanceté diabolique, qui fit disparaître l'enfant. MacGregor ne voit pas d'un bon œil que Gerolstein s'entiche à venir en aide à la pauvresse dont le cœur est d'une pureté sans faille. L'amante fait enlever Fleur et la séquestre à la prison Saint-Lazare. Le duc bienfaiteur part de nouveau en quête, cette fois à la recherche de Fleur. Mais se pourrait-il que Fleur et l'enfant disparu constituent la même personne ?...

Le roman éponyme d'Eugène Sue fut l'objet de nombreuses adaptations à la qualité inégale. Plus encore que la version d'André Hunebelle en 1962, l'œuvre de Baroncelli demeure la meilleure adaptation du pavé de l'auteur du 19ème siècle. Il est vrai que le Baron de Baroncelli, cinéaste prolixe, n'en était pas à son coup d'essai en matière d'adaptation cinématographique de classiques de la littérature française. Le film est servi par une talentueuse pléiade de premiers et seconds rôles tandis qu'un grand soin est apporté aux costumes et décors malgré la disette qui frappait la production cinématographique sous l'Occupation. La réalisation a néanmoins quelque peu vieilli et d'aucuns jugeront la mièvrerie de certaines scènes parfaitement insupportable.

 

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LES RENDEZ-VOUS DE PARIS

Film français d'Eric Rohmer (1995)

Paris n'est-elle pas la ville de l'Amour ? Esther est très amoureuse d'Horace. Tout s'effondre lorsqu'un ami l'informe que Monsieur entretient des rendez-vous galants avec d'autres femmes dans un café du parvis de Beaubourg. Esther pense piéger Horace en utilisant un beau jeune homme et Aricie, une jeune femme à propos de laquelle elle ignore qu'elle est une récente conquête de son ami. Benoît enseigne la philosophie en province mais réside en banlieue parisienne. Il rencontre un jour une jeune femme qui s'ennuie de son fiancé et de leur relation morne. Une histoire d'amour naît entre les deux êtres mais la jeune femme ne parvient pas à quitter son fiancé jusqu'à ce qu'elle le croise par hasard en galante compagnie dans un quartier de Paris. Une suédoise débarque dans la capitale pour visiter la ville. Une jeune peintre lui sert de guide. La jeune scandinave est loin d'être impressionné par la peinture du gavroche. Vexé, il fixe néanmoins à la femme dans un restaurant le soir. Le peintre fait la connaissance d'une autre femme un peu plus tard qui, elle, se montre enthousiasmée par son coup de pinceau. Mais elle doit retourner auprès de son mari. Le peintre se résigne à rejoindre la suédoise au restaurant. Qui ne vient pas...

Film composé de trois sketches présentant autant de jeux de séduction dans autant de quartiers parisiens. Ces trois histoires sublimées par le talent impressionniste de Rohmer enseignent la vanité des apparences trompeuses et de la frivolité des cœurs. D'aucuns jugeront le scénario trop intellectualisant avec des paroles trop empreintes et précieuses de littérature. De Beaubourg au Marais, en passant par Montparnasse et Luxembourg, Rohmer offre une balade romantique et désenchantée de cette capitale romantique qu'est Paris. Ce film est une carte-postale. Rohmer excelle une fois de plus. C'est une bonne habitude pour ce cinéaste non-conforme que fut le regretté Rohmer, décédé il y a six ans.

 

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LA TRAVERSEE DE PARIS

Film franco-italien de Claude Autant-Lara (1956)

Paris est occupée par les armées du Reich en cette année 1943. La pénurie d'essence, sévissant en France, réduit à l'inactivité le chauffeur de taxi Marcel Martin. Le chauffeur survit en transportant clandestinement des colis destinés à l'alimentation du marché noir. L'activité n'est pas sans risque et Martin apprend que son compère vient d'être arrêté par la police. Il lui faut le remplacer au plus vite. Dans un bistrot, Martin fait la connaissance impromptue de Grandgil, qu'il prend pour un plâtrier, qui acceptera d'entreprendre la traversée de Paris. Le duo se rend chez Jambier, épicier de la rue Poliveau. L'épicier les charge de convoyer un cochon réparti dans quatre valises dans une boucherie de la rue Lepic. Six kilomètres périlleux au cours desquels toutes les péripéties peuvent se produire. A plus forte raison lorsque le nouvel acolyte Grandgil se révèle vite incontrôlable...

Librement inspiré de la nouvelle éponyme de Marcel Aymé, Autant-Lara signe l'un des films les plus cultes du cinéma français, remarquablement emmené par le trio gouailleur Bourvil, Louis de Funès et Jean Gabin. Les répliques cinglantes font mouche, surtout lorsqu'il s'agit de railler l'enrichissement scandaleux de certains Français sur le dos de ces "Salauds de pauvres" qui ont tout autant à se reprocher avec les compromis qui deviennent des compromissions et les petites lâchetés du quotidien. La réalisation au vitriol ne manqua d'ailleurs pas de choquer les bonnes consciences qui préféraient garder un souvenir plus manichéen de l'Occupation, en cette période des Trente glorieuses lorsque le film sortit en salles. Le cinéma français est sur le point d'enfanter la Nouvelle vague qui rebat toutes les cartes de l'art cinématographique. Un certain cinéma populaire va disparaître. Il est interdit de ne pas l'avoir vu !

Virgile / C.N.C

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

24/05/2016

Exposition: "La mode au Moyen Âge" (Paris, à partir du 11.05)

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L’aristocratie de la fin du Moyen Âge est l’instigatrice d’un renouvellement et d’une diversité des vêtements et des accessoires. Ce sont là les prémices des phénomènes de mode tels que nous les connaissons aujourd’hui. L’exposition rend compte, du bout des poulaines à la pointe du chaperon, de l’évolution de la silhouette à cette époque.

Adresse de l’exposition : Tour Jean sans Peur. 20, rue Étienne Marcel. 75002 Paris

22/05/2016

Chronique de comics : Fight Club 2

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 Fight Club 2 : une suite surprenante pour l’œuvre culte !

Bonne nouvelle pour les uns, scandale pour les autres : Fight Club est de retour ! Sur un scénario de Chuck Palahniuk, auteur du roman original Fight Club, Tyler Durden et consorts reviennent dans un Comics sobrement intitulé Fight Club 2, les dessins sont signés Cameron Stewart.

Contexte

Si, comme moi, vous connaissez l’adaptation cinématographique sortie en 1999 par cœur mais n’avez pas lu l’œuvre originale, sachez qu’il y a quelques différences notoires entre les deux versions.

La fin du film change radicalement de celle du roman. Dans le long métrage de David Fincher, le personnage aux troubles de la personnalité (qui s’appelle Jack et est interprété par Edward Norton) tue son alter-égo psychopate Tyler Durden (joué par Brad Pitt) en se mettant une balle dans la tête, qui supprime son double et lui redonne la maîtrise des événements. Il assiste cependant à la réalisation du plan de Tyler Durden et regarde depuis le dernier étage d’un gratte-ciel l’effondrement des bâtiments symbolisant le pouvoir économique du pays, main dans la main avec son amante Marla. On imagine alors que le « projet chaos » est un succès et que le monde a basculé. Dans le roman, le héros est anonyme. Après s'être tiré une balle dans la tête, il se retrouve dans ce qu'il croit être le paradis, mais semble être en hôpital psychiatrique...

C’est donc la fin du roman qu’il faut considérer avant d’entamer la lecture de Fight Club 2.

L'histoire (sans spoiler)

On retrouve le narrateur (qui se fait désormais appeler Sebastian) dix ans après les faits relatés dans Fight Club. Il est marié à Marla, a un fils, une vie rangée et monotone qu’il supporte en ingurgitant divers antidépresseurs et médicaments. Lassée par la situation, Marla trafique les gélules de son mari. Lorsqu’il s’endort ou que les effets de ses médicaments s’estompent, Tyler Durden réapparaît, « baise Marla », et poursuit son objectif de toujours : l’instauration du chaos, mais cette fois à l’échelle mondiale. L’homme n’a pas chômé depuis dix ans, et est à l’origine de divers conflits, massacres et catastrophes à travers le globe.

Son fils suit son chemin, prépare des explosifs et semble parfois possédé. Kidnappé dans une obscure histoire d'incendie, l'enfant est au cœur de révélations choquantes faites par Tyler à Sebastian.

Après le kidnapping, Sebastian et Marla vont tout faire pour retrouver leur fils et se débarrasser de Tyler, avec l'aide de compagnons de route particuliers...

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Critique (avec spoilers)

Comme on pouvait l’attendre, Chuck Palahniuk insère de nombreuses références à l’histoire originale dans cette suite. On retrouve des lieux et des personnages secondaires bien connus. Les fight clubs clandestins font également leur retour, avec des bagarres plus violentes que jamais. Quelques éléments sont maladroitement introduits, sortant d'on ne sait où, et l'alliance de Sebastian et Marla avec une armée d'enfants malades ne (me) convainc pas.

Les enjeux ne sont plus les mêmes que dans le premier opus : Tyler Durden n’est plus l’échappatoire de Sebastian permettant à ce dernier d’accomplir tous ces fantasmes et ses désirs. Il s’en prend désormais au monde entier et cherche ni plus ni moins à l’anéantir pour rebâtir un monde nouveau où il pourra dominer en compagnie des hommes qu’il a façonné. Les critiques du monde moderne, de la marchandisation et de la mondialisation, si elles sont encore présentes, le sont de manières plus diffuses voire anecdotiques et parleront moins à notre génération en manque de repères que le premier Fight Club (certains diront sans doute « le vrai Fight Club»).

 

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L’intrigue autour du fils de Sebastian et les révélations faites par Tyler sur sa présence de longue date dans la famille sont à mon sens les principales réussites de cette suite, elles donnent de la profondeur à l'histoire et un réel intérêt à ce Fight Club 2.

C’est toutefois à la conclusion du Comics que l’auteur prend une direction aussi originale qu’inattendue, qui devrait faire débat. Il s’incorpore à l’histoire en brisant le quatrième mur, mais ce n’est pas comme on le voit habituellement le personnage de fiction qui met un pied dans la réalité, mais un personnage réel (l’auteur en personne) qui rejoint la fiction.

Il se met donc en scène en train d’imaginer le destin de ses personnages, et cherche un moyen d’éliminer Tyler Durden et la menace qu’il représente. Il trouve une solution, et va plus loin encore en incluant les lecteurs, qu’il présente comme déçus par cette conclusion et l’incitent à la modifier. Il ose également la provocation et l’autodérision, en montrant les fans de Fight Club comme des fans du film et non de son roman.

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 Chuck Palahniuk vous réserve des surprises

La scène finale, que je me garderai de raconter pour les futurs lecteurs éventuels, achève en apothéose cette conclusion délirante.

Comme vous l’aurez compris, Fight Club 2 surprend, ne tombe pas dans la facilité, et finalement, ne se prend pas au sérieux.

Je le vois comme un accompagnement du premier livre (ou du film) plus que comme une véritable suite, il n'est pas indispensable mais ne me semble pas être une insulte au Fight Club que nous connaissions, même s'il aura sans doute son lot de détracteurs.

Infos pratiques: Fight Club 2, 264 pages, édité en français par les éditions Super 8. vendu 25 euros en librairie.

Marceau /C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.