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28/06/2014

20 ans de Sognametal - Vreid / Windir / Ulcus - Octobre 2014

20 ans de Sognametal - Vreid / Windir / Ulcus - Octobre 2014

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11 oct.: Metal Invasion / Straubing / Deutschland
[...]
15 oct.: Traffic Club / Roma / Italia
16 oct.: Circolo Colony / Brescia / Italia
[...]
18 oct.: Secret Place / Montpellier / France
19 oct.: Razzamatazz 3 / Barcelona / España
20 oct.: Caracol / Madrid / España
22 oct.: Divan Du Monde / Paris / France
23 oct.: The Underworld / London / UK
24 oct.: The Devils Corner / Leffinge / België (Belgique)
25 oct.: Aurora Infernalis / Arnhem / Nederlands

Plus d'info (en anglais) : Vreid

Vreid au Hellfest: Arte

24/06/2014

Conférence du Cercle Non Conforme: La révolution conservatrice allemande par R. Steuckers - 27 juin 2014

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19/06/2014

Chronique de livre: J.-C. Rolinat "République Sud-Africaine: La faillite de Mandela"

Jean-Claude Rolinat "République Sud-Africaine: La faillite de Mandela"

(Les bouquins de Synthèse Nationale, 2014)

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Mandela a été durant de longues années une icône planétaire de l’antiracisme et de la bien-pensance. On a encore pu constater lors la période de son récent décès (décembre 2013) à quel point il était une divinité solidement implantée dans le panthéon des aveugles. Ce fut, vous vous en souvenez sans doute, une réelle « Mandelamania » qui s’est emparée de nombreuses personnalités politiques, de journaleux et de gauchistes hystériques tout autour du monde.

On le sait tous, ceux qui le louent restent en général très discrets sur son bilan réel en Afrique du Sud. Car oui, même s’il n’est pas seul à avoir mené ce pays là où il en est aujourd’hui (Mbeki et Zuma, présidents qui lui ont succédé, ont été encore pires), il est l’un des principaux responsables de la faillite totale d’un Etat autrefois sûr, prospère et comparable à nul autre sur le continent africain… Etat unique que la République Sud-Africaine (RSA), resté avant tout gravé dans les mémoires pour son système de développement séparé mis en place dès 1948, l’Apartheid, qui permit pendant des années aux blancs de ce pays de survivre en tant que communauté face à l’implacable montée démographique des noirs.

Jean-Claude Rolinat, qui nous a fait l’honneur il y a quelques semaines de venir présenter à Lille cet ouvrage, est un auteur qui s’est déjà fait remarquer grâce à plusieurs livres traitant des nationalismes lointains (le dernier en date, son Qui suis-je consacré à Peron est sorti en 2013 chez Pardès). Mêlant histoire, politique et souvenirs personnels servis par une plume qui sait rappeler son activité de journaliste, Rolinat nous offre ici une excellente synthèse sur ce qu’est devenue l’Afrique du Sud depuis 1994, date à laquelle le pouvoir politique fut remis par les blancs, à la suite de nombreuses tractations, entre les mains du parti communiste longtemps interdit, l’ANC (African National Congress) de Mandela. Rolinat éclaire aussi l’avant 1994 et revient entre autres sur l’histoire de ce fameux apartheid, certes dur au départ mais qui fut vite assoupli sous les pressions diverses des Etats étrangers, de la finance et de la franc-maçonnerie sud-africaine…

Partons du bilan que l’on observe aujourd’hui, en 2014. L’Afrique du Sud est un pays au bord de la faillite, miné par la corruption et l’insolence d’une nouvelle bourgeoisie noire qui se vautre dans le luxe et les privilèges pendant que l’essentiel de la population vit dans la misère la plus totale. L’ANC, sorte de « parti-Etat », autrefois communisto-révolutionnaire mais passé depuis à l’économie de marché, contrôle malheureusement la quasi-totalité d’un pays qu’il ne sait pas gérer... L’insécurité est endémique, le chômage est énorme, les inégalités sont partout : sur un plan tant social que régional et surtout racial. Car l’Afrique du Sud est une mosaïque de peuples (noirs, blancs, asiatiques, métisses) d’un peu plus de 50 millions d’individus : 80% de noirs (d’ethnies différentes), 9% de blancs, 9% de métisses, le reste d’asiatiques pour 11 langues officielles ! Cet Etat « arc-en-ciel » est dominé largement par une oligarchie noire qui, revancharde et de plus en plus raciste envers les blancs, a tout fait pour les évincer de ce pays qu’ils ont bâti depuis des siècles. Non contents de subir une politique de discrimination positive radicale (le BEE, Black Economic Empowerement), les blancs ont été poussés vers la sortie tant dans les sphères politiques qu’administratives et beaucoup ont émigré, fuyant la pauvreté ou les violences. Remplacés dans nombre de postes clés par des noirs parachutés à leur place en vertu de leur couleur et non de leurs compétences, on constate aujourd’hui à quel point l’ANC s’est tiré une balle dans le pied en les rejetant : il suffit de prendre les cas de la police ou de l’armée sur lesquels Rolinat revient en détail. Notons également que les fermiers blancs manquent de plus en plus à un pays qui, au lieu d’utiliser leur savoir-faire ancestral, a préféré les livrer en pâture à une populace avide de vengeance qui s’est vue distribuer leurs terres qu’elles ne savent même pas exploiter. Résultat, la production agricole ne fait que baisser, la famine guette et on peut se demander si l’Afrique du Sud ne deviendra pas un désert agricole comme le Zimbabwe…

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La RSA a longtemps été un Etat à part sur la scène internationale, avant tout à cause de l’apartheid. Dénigrés en Europe, les sud-Africains blancs font partie des parias de l’histoire et on les a largement culpabilisés, eux et leur politique de développement séparé. Pourtant, on oublie de dire que les noirs avaient une vie meilleure sous l’apartheid, qu’ils avaient leurs Etats autogérés (tel le Qwa Qwa des Sothos du Sud qui fut supprimé comme les autres par l’ANC en 1994) et contrôlaient des centaines de municipalités. Les asiatiques et les métisses avaient quant à eux leur parlement. Tout n’était peut-être pas parfait mais le pays était le fer de lance de l’Afrique sous tous les aspects (niveau de vie, armée, technologie…). La gestion du pouvoir blanc d’alors marchait et c’est petit à petit qu’il s’est délité comme le narre Jean-Claude Rolinat. Le début des années 1990 sonnera le glas de l’Afrique du Sud : le sinistre Frederik De Clerk libère Mandela, légalise l’ANC et entame un processus de passation de pouvoir aux noirs qui se soldera par la victoire de l’ANC aux élections de 1994. Celles-ci verront Nelson Mandela devenir le premier président noir du pays… Certes, les blancs ont été trahis par leurs élites prenant leurs ordres des milieux d’affaires et du Broederbond (franc-maçonnerie sud-Africaine), mais ils sont coupables eux aussi car ils ont voté lors du référendum de 1992 majoritairement en faveur de la poursuite des réformes engagées par De Clerk et en faveur des négociations avec l’ANC… Et pourquoi ? Pour de basses espérances économiques, pour que cessent les torts apportés au pays par l’apartheid à ce niveau-là… Belle leçon, non ? Ayant accepté de ce fait le principe du « one man, one vote », il est évident que leur position actuelle et la démographie des noirs (sans compter l’immigration massive qui sévit dans le pays) leur interdiront tout sursaut politique. Les blancs ne reprendront jamais le pouvoir en RSA. D’ailleurs, ils ont très peu résisté (hormis certains cas comme celui d’Eugène Terreblanche et de son AWB) et semblent désormais destinés à subir ou fuir le pouvoir noir… d’autant que l’idée de « blanctoustan » basée sur les politiques réalistes des bantoustans de la période d’apartheid (développement des différentes ethnies noires en autonomie selon le principe d’une terre pour un peuple) semble malheureusement bien peu les séduire…

Blancs comme noirs, on peut toutefois dire que tout le monde (ou presque) y perd en RSA actuelle hormis les nouvelles classes supérieures noires qui copient et se lient peu à peu avec l’ancienne bourgeoisie blanche. Car, en effet, l’adoption des mœurs « occidentales », l’attrait du blanc, le désir de fréquenter ses écoles ou ses quartiers existent toujours alors que le petit blanc rase les murs ou s’exile… Ce n’est la seule contradiction de l’Afrique du Sud post-apartheid que l’auteur a ici dépeint avec brio pour que l’on en tire bien des leçons…

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

17/06/2014

Graveland "Ogien Przebudzenia" CD (nouvelle version de "The fire of Awakening")

11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

16/06/2014

Chronique musicale: Mayhem "Esoteric Warfare"

Mayhem "Esoteric Warfare" (Season of Mist, 2014)

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Mayhem fait partie de ces légendes du monde de la musique qui ne laissent personne indifférent. Précurseur du son et de l’éthique/esthétique de la seconde vague du Black metal , le groupe créé en 1984 par Øystein Aarseth (alias Euronymous) devient vite la locomotive de la scène métal extrême Norvégienne.  Le groupe sent le soufre : attitude extrême, rébellion contre le christianisme ou encore têtes de cochons empalées sur des piques durant les concerts. La scène extrême locale comprenant des groupes autrefois pratiquant un style Death metal vont, sous l’influence d’Euronymous et de Mayhem, se tourner vers le Black metal et la philosophie radicale qui le caractérise. Une série d’incendies d’églises embrase alors la Norvège, suscitant une vive émotion à travers tout le pays. Cette société au niveau de vie très confortable s’apprête à découvrir une jeunesse qui rejette ses codes et sa morale chrétienne, le tout mêlé à un satanisme qui reste cependant très puérile et provocateur. Les évènements s’accélèrent et tournent au drame quand Varg Vikernes, tête pensante de Burzum, tue Euronymous une nuit d’aout 1993. Varg est condamné à 21 ans de prison et le groupe cesse ses activités. Néanmoins Mayhem va renaitre de ses cendres sous l’impulsion du batteur Hellhammer et du bassiste Necrobutcher qui font appel à l'un de leurs anciens chanteurs, Maniac, et au guitariste Blasphemer. « Wolf’s lair Abyss » sort en 1998 et s’en suivra plusieurs albums. Le style du groupe a évolué, empreint d’expérimentations soniques et d’influences electo/industrielles. Le groupe a tourné la page, le vieux Mayhem n’est plus.

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« Esoteric Warfare » nous arrive après une attente de sept longues années et fait suite à « Ordo Ab Chaos » l’album qui marqua le retour d’Attila Csihar (le chanteur qui eut la lourde tâche de remplacer Dead sur l’album « De Mysteriis Dom Sathanas »). Le guitariste Blasphemer a, quant à lui, quitté le groupe après 13 années de service et c’est Teloch (Nidingr, Gorgoroth, Orcustus, Umoral) qui se charge dorénavant de la six-cordes. Nombreux sont les fans (ceux de la première heure surtout) qui attendaient un retour en arrière salvateur de la part de Mayhem et force est de constater que ce revirement n’est pas à l’ordre du jour. En effet Mayhem persiste dans la ligne directrice qu’il s’était donné sur l’album précédent sans pour autant faire du sur place ; mieux: il aiguise son style. Tout d’abord le groupe a opté pour une production différente, beaucoup moins brouillonne que celle de son prédécesseur, où chaque instrument est parfaitement audible. La guitare de Teloch est tour à tour acérée, tour à tour aride. Son jeu irréprochable est indéniablement marqué par celui de Blasphemer, assurant une continuité quasi parfaite, alternant riffs assassins typiquement Black metal et arpèges sinistres rappelant la scène Black metal orthodoxe (Ondskapt, Malepeste voire Deathspell Omega).  Necrobutcher reste solide comme un roc avec sa basse et soutient l’ensemble des compositions avec une certaine discrétion. Côté batterie la prestation de Hellhammer est une de fois plus impressionnante: blast beats, double pédale hyper sonique, le tout avec ce style reconnaissable entre mille. Celui qui est considéré par beaucoup comme le meilleur batteur de la scène Black metal jouit (enfin !) d’un son de batterie beaucoup plus organique que sur les précédents albums qui avaient tendance à sonner très synthétiques, pour ne pas dire plastiques. Enfin, Attila délivre une nouvelle fois une performance vocale qui pousse toujours plus loin la limite de ses cordes vocales avec des cris inhumains, des "growls" caverneux au possible et des déclamations de texte très théâtrales. Son style ne fait pas dans la demi-mesure c’est le moins qu’on puisse dire mais il se révèle être terriblement efficace dans les moments où l’atmosphère et l’ambiance priment sur la violence pure. On peut distinguer deux types de chansons sur « Esoteric Warfare ». D’un côté des morceaux haineux et rentre dedans tel le single « Psywar », « Throne of time » ou « Trinity » qui sont très efficaces tout en gardant ce côté maléfique caractéristique du groupe. De l’autre, on a des morceaux plus mid tempo basés sur l’ambiance et malheureusement, en dépit de quelques passages savoureux à vous glacer le sang (« Corpse of care », « Posthuman »), ces derniers ne décollent pas vraiment et peuvent à la longue s’avouer pénibles car souffrant de certaines longueurs inutiles… Les expérimentations et autres bidouillages sont nettement moins présents, même si un sample, un effet, voire un clavier très discret apparait çà et là s’intégrant parfaitement à la musique du quatuor.  


Au final « Esoteric Warfare » ne déçoit pas mais ne transcendera pas non plus l’auditeur. Bien que la musique de Mayhem soit plus concise, ne vagabondant plus dans des expérimentations laborieuses, elle reste coincée entre un lourd héritage, qui fit sa renommée et l’unanimité chez les fans, et une volonté de repousser les limites, quitte à déboussoler et à perdre en efficacité. Néanmoins, malgré quelques imperfections qui subsistent, le groupe semble être sur la bonne voie, la qualité de « Esoteric Warfare » l’atteste indéniablement, et il se doit d’être souligné que Mayhem est toujours là, envers et contre tout, quand bien des groupes de la scène Norvégienne sont tombés en désuétude face au déluge de groupes qui inondent de nos jours la scène Black metal. 

Antoine/C.N.C

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15/06/2014

« L’Effacement du politique » de Pierre Le Vigan

« L’Effacement du politique » de Pierre Le Vigan

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Impuissance et inexistence de l’Union européenne

Le livre de Pierre Le Vigan est consacré au nihilisme qui sévit dans l’Union européenne à un tel point que toute référence à une identité autre qu’individuelle y est interdite ; or, comme l’écrit l’auteur, il ne peut y avoir de politique en l’absence d’identité collective. C’est sans doute la raison pour laquelle cette Union, qui se veut la seule patrie des droits de l’homme, est incapable d’avoir quelque politique que ce soit :

« Partons de la situation que nous connaissons, en Europe. Notre continent est sans existence politique, sans volonté, sans défense. Un embryon de gouvernement européen existe, mais en fait, ce sont des équipes de technocrates. Le pouvoir européen n’a pas de légitimité démocratique. Il n’a pas non plus acquis une légitimité par son efficacité. Il a beaucoup réglementé mais n’a guère construit. Il est de plus en plus contesté par les peuples (…) Le pouvoir européen prétend faire de l’économie, mais pas de politique. En conséquence, en politique internationale l’Europe n’existe pas. Elle agit, quand elle agit, en éclaireur de la superpuissance américaine. »

Et il ajoute :

« Elle n’existe pas pour plusieurs raisons. Pour exister, il faut être porteur d’une certaine idée de soi. Or, l’Europe actuelle se veut d’abord universaliste. Sa seule identité serait d’être le réceptacle des identités des autres. »

C’est le politique qui doit trancher

Pour Pierre Le Vigan, il n’y a pas d’essence de la culture européenne :

« Il n’y a pas d’essence de la culture européenne. Il y a certes des traits communs à l’Europe : ce n’est pas une terre où l’islam ne s’est imposé autrement que par la force, lors des conquêtes de l’Empire ottoman, mais c’est aussi une terre où la christianisation ne s’est pas faite sans violence. L’Europe est une terre de grands philosophes, mais qui n’étaient en général d’accord sur rien. Ils n’ont en aucune façon développé une “philosophie européenne”, à moins d’appeler ainsi un champ de bataille intellectuelle. Il y a eu certes des créations littéraires spécifiques à l’Europe, telles celles d’Homère, mais sont-elles d’abord grecques ou d’abord européennes ? C’est là toute la question. N’est-il pas abusif (bien que séduisant) d’en faire l’emblème de l’Europe ?’ »

En effet, s’il est vrai qu’il n’y a pas plus proche d’un peuple européen qu’un autre peuple européen, il n’en reste pas moins vrai qu’il n’y a pas plus de culture européenne que de peuple européen. Les cultures des peuples européens se sont différenciées depuis fort longtemps (au moins depuis l’expansion des peuples indo-européens) mais elles ont conservé un air de famille parce qu’elles se sont influencées mutuellement quoique de manière inégale et partielle ; ce qui fait que les cultures européennes forment un patchwork assez harmonieux malgré l’existence de différences parfois importantes.

« Revenons à la définition de l’Europe par la “culture européenne”, c’est-à-dire à la thèse que les Européens sont tout d’abord des Européens, puis des Croates, des Finlandais, des Ecossais, des Danois, etc. Qu’est-ce qui caractérise cette culture européenne ? Nos “ancêtres” indo-européens ? Mais “indo-européen” désigne un groupe de langues bien plus qu’une race ou un groupe de peuples. Si l’appartenance au rameau (ethnique ou linguistique, qu’importe à ce stade) indo-européen est le critère, alors pourquoi ne pas intégrer à l’Europe Indiens, Sri-lankais (sauf les Tamouls), Afghans, Arméniens, et bien sûr Kurdes et Tziganes (Roms) ? Notons encore que l’un des principaux foyers des langues indo-européennes fut l’Anatolie, dans l’actuelle Turquie, ce qui décidément ne plaide pas pour une Turquie hors d’Europe. On se demande d’ailleurs pourquoi cette origine culturelle commune, puisqu’elle est censée exister et influer, ne produit pas une grande facilité d’intégration des Roms, authentiques indo-européens ? Tandis que nous constaterions d’incessantes difficultés d’intégration avec les Basques ou les Hongrois qui ne sont pas indo-européens ? A moins que ce critère d’indo-européanité n’ait finalement aucun sens actuel, et ne relève du simple plaisir de l’érudition. »

Il n’y a pas non plus d’essence religieuse de l’Europe, car s’il est vrai que le christianisme a marqué profondément la culture européenne, il n’en est pas moins vrai qu’il a éclaté en plusieurs rameaux qui se sont très souvent opposés de manière très violente. De plus, le christianisme n’est plus une caractéristique propre aux Européens parce qu’il a été adopté par de nombreuses populations dans le reste du monde ; il est impossible de le considérer comme étant la base d’une identité européenne et ce, d’autant plus que la déchristianisation progresse très régulièrement sur notre continent.

« Cette religion par définition universelle a essaimé hors d’Europe, sachant au demeurant qu’elle n’est pas née en Europe, et dès lors on ne voit pas très bien comment une culture européenne pourrait se définir principalement par rapport au christianisme devenu largement non européen. »

Existe-t-il une essence géographique de l’Europe qui imposerait l’union de tous les peuples vivant dans le territoire bordé par l’Atlantique, la mer du Nord, l’océan Arctique, l’Oural, le Caucase, les détroits et la Méditerranée ? Si oui, il faut considérer alors qu’une partie de la Turquie est européenne et que la partie de la Russie située au-delà de l’Oural ne l’est pas ; ce qui n’est pas très pertinent.

De même, il est impossible de faire de la démocratie, de l’idéologie des droits de l’homme ou des Lumières des éléments d’une essence européenne, car dans ce cas il faudrait considérer que les Turcs inspirés par la Révolution française, les Australiens et les Africains du Sud qui vivent dans des pays démocratiques sont aussi des Européens.

Pierre Le Vigan conclut très justement en disant que l’Europe ne peut être qu’une construction politique alors que la création de la CEE, puis celle de l’UE, ont été conçues dès l’origine comme une sortie du politique :

« On a en quelque sorte voulu faire l’Europe non seulement pour sortir des guerres intra-européennes (et on n’y est même pas arrivé – voir les Balkans) mais pour sortir du politique. On constate au contraire que si l’Europe se fait, elle se fera par la politique et ni par l’économie ni par la culture. »

Vers l’Empire ?

Pierre Le Vigan conclut son livre en plaidant pour la création d’un « Empire européen » mais la notion d’Empire présente l’inconvénient de manquer de précision et de recouvrir des réalités très différentes. De l’Empire romain à l’Empire américain en passant par l’Empire de Charlemagne, le Saint-Empire romain germanique, l’Empire des Habsbourg, le deuxième et le troisième Reich, l’Empire napoléonien, celui de Napoléon III et les empires coloniaux, il y en a pour tous les goûts. Pierre Le Vigan conclut son livre en écrivant :

 « L’Empire c’est le nom ancien, et, pour mieux dire, c’est le nom de toujours du principe fédératif (…) Il faut ouvrir la voie à autre chose : l’association entre nos patries, la coopération sans l’uniformité, la souveraineté commune. Cela porte un nom, et c’est l’idée d’Empire, et cela repose sur un principe, c’est la subsidiarité, et c’est donc la fédération des peuples d’Europe. »

Pierre Le Vigan ne précise pas ce qu’il entend par fédération ni d’ailleurs s’il pense à une fédération de tous les peuples (ce qui semble ambitieux) ou de certains d’entre eux seulement (ce qui serait plus raisonnable). Par ailleurs, que la notion d’empire et celle de fédération soient synonymes ne va pas de soi. Ainsi Olivier Beaud a écrit que ce sont des notions radicalement différentes parce que les empires ont toujours été coercitifs :

 « Par là, elle se distingue de la notion d’empire, qui agrège des unités politiques par la force et non par un consentement mutuel. »

Olivier Beaud distingue aussi la fédération, dans laquelle les peuples ne se fusionnent pas, de l’Etat fédéral qui est un Etat unitaire (dans lequel il n’y a pas une pluralité de communautés souveraines) respectant le principe « althusien » selon lequel les décisions doivent être prises au niveau le plus « bas » possible. Pierre Le Vigan écrit que l’Empire devra reposer sur le principe de subsidiarité et que la souveraineté deviendra commune mais Althusius, qui est le grand penseur de la subsidiarité, considérait que dans ce qu’il a appelé la « consociatio symbiotica », chacune des communautés associées conserve son entière souveraineté et délègue, sous condition, une partie seulement de celle-ci tout en en demeurant la seule détentrice (elle ne la partage pas) ; en conséquence, elle conserve la possibilité de mettre un terme à cette délégation.

Alors, fédération, empire, confédération, état fédéral ou alliance interétatique ? Il y a là un sujet pour un ouvrage passionnant.

 Bruno Guillard
10/06/2014

Pierre Le Vigan, L’Effacement du politique / La philosophie politique et la genèse de l’impuissance de l’Europe, préface d’Eric Maulin, éditions La Barque d’Or, 164 pages.

Source et compléments: Polémia