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03/10/2016

Chronique de livre: Varg Vikernes « Magie et religion en ancienne Scandinavie »

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Varg Vikernes, Magie et religion en ancienne Scandinavie

(Editions du Rubicon, 2016)

 

Connu avant tout pour son projet musical Burzum (dont les premiers albums ont été l'une des drogues de ma jeunesse), Varg Vikernes est aussi l'auteur de quelques livres dont le dernier en date, Sorcery and religion in ancien Scandinavia, vient d'être traduit en français. C'est grâce aux bons soins des éditions du Rubicon, réputées pour la qualité de leurs parutions (Casapound ; une terrible beauté est née et La jeunesse au pouvoir notamment) que le public francophone peut enfin découvrir les écrits du plus sulfureux des musiciens de (Black) Metal. Sulfureux ? Oui, Vikernes l'est indubitablement par son rejet du monde moderne et sa défense de l'Europe, tant culturellement que racialement.

Vikernes étudie depuis des années la mythologie, le folklore (dont les contes de fées qui sont « les histoires païennes qui ont le plus longtemps perduré en Europe ») et les traditions nordiques. Il livre dans Magie et religion en ancienne Scandinavie le résultat de ses recherches et analyses personnelles. Loin d'être une simple synthèse sur le sujet, cette étude se singularise par son originalité, loin des canons universitaires. Le lecteur est mis en garde dès le début : il lui faudra « ouvrir son esprit et accepter l'inexactitude de ce qu'il connaît déjà ». Il devra par ailleurs avoir de sérieuses notions de mythologie nordique car un novice pourrait se retrouver noyé sous la profusion des informations contenues dans certaines parties du livre.

Si, comme son titre l'indique, Magie et religion en ancienne Scandinavie, se focalise sur les croyances et la culture du nord de l'Europe, Varg Vikernes considère que « toutes les tribus de l'Europe antique avaient initialement la même religion ». A cet égard, on lira avec attention les pages où sont décrites les évolutions des croyances de l'homme du néolithique. A la base, celui-ci « ignorait presque tout du monde dans lequel il vivait ». Il observa la nature et essaya progressivement de comprendre les forces et esprits qui composaient celle-ci. C'est ce qui lui permit peu à peu de passer de l'animisme puis de la magie à une religion à proprement parler. La religion, c'est le moment où l'homme commence à prier les esprits pour leur demander de l'aide; il ne tente plus de les contrôler par la magie (même si celle-ci perdura sous certaines formes). Dès lors, « les esprits de la nature, omniprésents et impersonnels, devinrent des divinités anthropomorphes » auxquelles on donna des noms. Ces derniers divergent selon les endroits car c'est à cette époque que se développèrent des langues légèrement différentes d'une région à l'autre de notre continent (le terme indo-européen n'est, curieusement, pas employé).

Etudiant nombre de composants de l'ancienne religion nordique (des fêtes aux runes en passant par la Völuspá dont l'interprétation courante est, selon lui, « incorrecte »), Vikernes entend avant tout, par cet ouvrage, aider les Européens conscients à comprendre leur héritage et à retrouver leurs racines car : « Tous les peuples d'Europe ont les mêmes racines. Nous venons des mêmes. Nous sommes les mêmes. »

« La magie et la religion de l’Europe antique sont les fondements sur lesquels notre culture et notre civilisation se sont édifiées. Nous en voyons les traces tout autour de nous, dans chaque chose que nous faisons, construisons et dont nous nous entourons, ainsi qu’en nous-mêmes. Il est temps de nous en rendre compte et d’en prendre la juste mesure. »

Pour l'auteur, étudier les anciennes croyances européennes sert en outre à nous remémorer une chose fondamentale: notre culture est basée sur l'honneur. « De toutes nos anciennes croyances, il s'agit peut-être de celle que nous devons nous rappeler et mettre en valeur aujourd'hui, et qu'il nous faut porter avec nous pour l'avenir. » On ne saurait lui donner tort... à qui ce mot (cette conception de la vie) parle-t-il encore ?

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

26/09/2016

Chronique de livre : Laurent Obertone "Guerilla"

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Laurent Obertone, Guerilla (Ring, 2016)

Obertone connait la France. Ses rouages, ses ressorts secrets. Il sait que tout cela est potentiellement déjà mort, que la structure est branchée sur respirateur artificiel et que « l’incident » qui tranchera les câbles peut survenir à tout instant.

Obertone imagine et montre.

Il imagine le scénario du pire et le pousse à son paroxysme. Ainsi, l’effondrement de la structure France qu’il dépeint se fait en trois jours. Trois jours entre notre situation actuelle et l’univers de Mad Max. Et oui, Laurent Obertone n’y va pas avec le dos de la cuillère!

Certains verront là une forme d’outrance et une dimension « irréaliste ». Mais là n’est pas le fond de l’ouvrage. Ce livre est le récit du « collapse » du système, de sa faillite à tous niveaux. Certes. Mais là n’est pas l’essentiel.

Car Guerilla, plus que l’histoire de l’effondrement, est plutôt le récit de la dépression occidentale, de la xénophilie à outrance, de l’ethnomasochisme total. Guerilla est un constat froid et résolument implacable sur l’état de notre société. Et surtout sur l’état de la psyché de « l’homme blanc » contemporain. De ses manies, de ses tares.

Obertone, par ce texte fort et acéré, prononce une accusation. Une accusation lourde et remuante. Pour formuler son réquisitoire, l’auteur se contente de montrer. Le livre bien qu’œuvre de fiction, et offrant au lecteur des revirements parfois surprenants, parle surtout du réel… Et le constat qu’il en tire est terrifiant.

Dans ce livre vous ne trouverez pas de héros, ou peut-être quelques rares figures attachantes mais résolument désenchantées, lucides. Trop lucides... Les personnages que l’auteur décrit avec une grande acuité sont, pour la plupart, atteints d’une forme de peste intérieure. Cette peste est incurable et nombre des protagonistes que vous rencontrerez à travers les quelques 400 pages du texte en crèveront… Et de manières peu réjouissantes.

Dépressifs s’abstenir… Ce texte vous collera au cerveau pendant plusieurs semaines. Et les lueurs d’espérance n'y sont guère nombreuses.

Guerilla est aussi le récit de l’ultra-violence, du déchaînement absolu. Du ré-ensauvagement brutal des villes et des campagnes de l’Hexagone. De la livraison des cités de France aux barbares. D’ailleurs, l’auteur brille par ses descriptions. Il dévoile la violence totale. Pas de fard ni d’entourloupe. Toutefois, à aucun moment nous ne tombons dans le gore et l’outrance. Cela est un beau tour de force.

Vous trouverez aussi quelques passages truculents, car le chaos absolu que décrit ce livre peut être le prétexte à une forme d’humour. Un humour sombre : le meilleur.

Le récit est aisé à lire. Le style est clair, net. Les paragraphes sont courts et accompagnent les respirations du lecteur. Les amateurs de « punchlines » seront satisfaits.

Guerilla est à mettre dans toutes les mains. Certains se diront mal à l’aise en le lisant. D’autres y verront une prophétie. Parfois on vous hurlera dessus, on vous accusera de faire de la sinistrose et d’être un fasciste primaire. Il s’agit incontestablement de très bonnes raisons de l’acquérir et de le lire. Et surtout de l’offrir sur un ton narquois en affirmant : « Tiens, voici la France qui vient. Tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas ».

Jacques Thomas / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

24/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur Cuba

Quasi toutes anciennes possessions espagnoles, rien ne prédestinait les Îles Caraïbes à bénéficier d'un tel prestige chez nos contemporains européens. Pas les meilleurs, peut-être, on le concèdera. Plus que la Jamaïque et le reggae, plus que les Bahamas et son tourisme de luxe, plus que les Îles Caïmans et son opacité financière, plus que la République Dominicaine et sa Mecque des couples fraichement mariés et bientôt divorcés, plus que toutes les autres et surtout de Haïti, Cuba est très certainement l'île bénéficiant de la plus grande sympathie. Le communisme exotique de Fidel Castro et d'Ernesto Guevara, passé à la postériorité sous le surnom du Che, y aura largement contribué. Toute l'île garde la mémoire du souvenir révolutionnaire, qu'il semble lointain néanmoins, par des milliers de fresques, il est vrai remarquables, disséminées ça-et-là sur les murs des villes et campagnes. La Havane ou le Belfast latino! Symbole de l'antiaméricanisme aux Amériques, l'île avait avant cela conquis son indépendance contre l'occupant espagnol lorsqu'éclatait la Guerre de dix ans qui démarra en 1868. Indépendance relative. Les Etats-Unis ne manquèrent pas, à leur habitude, d'intervenir dans la lutte pour l'auto-détermination de l'île pour mieux l'occuper de 1898 à 1902, puis de 1905 à 1909. Les Américains définitivement chassés au début du 20ème siècle, l'ingérence américaine ne cessa pourtant guère jusque 1934 et plus tard, plus officieusement, jusque l'arrivée au pouvoir de la guérilla castriste le 1er janvier 1959 qui déchoit le dictateur Fulgencio Batista. Très tôt reconnu diplomatiquement par les Etats-Unis, Castro demeurait l'objet de toutes les convoitises américaines, alliées à plusieurs milliers de cubains anticommunistes qui avaient pris le soin de fuir l'île. La nationalisation des avoirs étrangers est le prétexte du misérable débarquement de la Baie des Cochons du 17 au 19 avril 1961. Si l'embargo est décrété par les Etats-Unis, la première puissance mondiale renonce à toute intervention militaire quand bien même elle craint l'alignement progressif de Cuba sur le bloc soviétique. Cuba aurait d'ailleurs pu devenir un nouveau Sarajevo lorsque le dépêchement par la Russie sur l'île de trente-six missiles nucléaires, l'année suivante, faillit plonger le globe dans la Troisième Guerre mondiale. Progressivement, les relations entre Cuba et la puissance américaine se normalisent autant que le bloc de l'Est vacille et que la santé de Castro décline. Cuba, c'est aussi une série de clichés qui courent du cigare au rhum en passant par le mambo et le cha-cha-cha ou les automobiles américaines hors d'âge qui défilent dans La Havane. Bien évidemment, le cinéma cubain ou sur Cuba privilégia les bouleversements sociaux qui ne manquèrent pas de radicalement transformer la société lorsqu'elle entreprit sa mutation d'une société traditionaliste sud-américaine pour s'adapter au dogme marxiste. Mais il n'est pas aisé de s'extirper de son identité latine, quand bien même l'on souhaite contribuer à l'émergence de l'Homme nouveau. Mal connu en France, le cinéma cubain mérite pourtant que l'on s'y attarde à bien des égards. Et l'on y découvre une société attachante un peu en-dehors du temps...

 

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ADIEU CUBA

Titre original : The Lost city

Film américain d'Andy Garcia (2005)

1958 à Cuba. L'île vit sous le régime autoritaire et militaire de Batista. La contestation gronde dans les champs de canne à sucre et dans la jungle de la chaîne de montagnes orientale. Emmenées par le duo Castro et le Che, les guérilleros du Mouvement du 26 juillet se préparent à une irrésistible avancée sur la capitale havanaise. C'est justement à La Havane que Fico Fellove dirige El Tropico, le plus élégant cabaret de la ville. Soucieux de n'être impliqué dans aucun tumulte tandis que ses frères et amis se déchirent, Fellove n'entend que mener le combat de l'amour pour conquérir le cœur d'une femme. Mais en des temps aussi troublés, il n'est pas aisé d'observer la plus stricte neutralité. El Tropico va devenir, malgré son propriétaire, un lieu de toutes les passions révolutionnaires...

Acteur passé derrière la caméra pour la première fois avec cette réalisation, Garcia prend le risque de se lancer dans le projet ambitieux de la reconstitution d'une grande fresque familiale s'étendant de la fin de la dictature militaire à l'exercice du pouvoir par les rebelles communistes. Né à La Havane en 1956, Garcia ne connut son île que les cinq années qui précédèrent l'exil de toute sa famille en Floride. Pari risqué donc que son enfance meurtrie prenne le pas. Adieu Cuba sonne comme une thérapie et le cinéaste ne laisse le soin à personne d'interpréter le rôle principal. L'écriture du scénario par l'écrivain anticastriste Guillermo Cabrera Infante ne fait pas mystère d'un certain anticommunisme coloré de belles nuances dans un film dénonçant les légitimes aspirations progressistes du peuple vite trahies par la nature tyrannique du régime soutenu par Moscou. L'œuvre présente une tendre et nostalgique évocation d'un Cuba disparu auquel Garcia demeure plus fidèle qu'à Fidel. Malgré une certaine indolence et un trop grand académisme, le cinéaste y met toutes ses tripes et transforme l'essai.

 

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LES AVENTURES DE JUAN QUIN QUIN

Titre original : Aventuras de Juan Quinquín

Film cubain de Julio Garcia Espinosa (1967)

Juan Quin Quin est un ancien sacristain. Avec Jachero, les deux amis sont inséparables. Sa vie? Il la gagne en exerçant les professions les plus improbables, parmi lesquelles, enfant de chœur, clown, montreur de fauves, démonstrateur de foires, torero ou dans des combats de coq. Dans ce Cuba mené par le régime autoritaire de Batista, les deux originaux ne cessent de se heurter aux autorités policières. Alors décident-ils de rejoindre les forces révolutionnaires castristes. Loin d'être motivés uniquement par une parfaite adhésion aux thèses progressistes de la Révolution, les deux compères sont surtout séduits par l'opportunité de continuer leurs pérégrinations de saltimbanques. Quin Quin est nommé chef d'une bande de guérilleros combattant dans les montagnes. Plus anarchiques qu'anarchistes mais rétifs à toute discipline, les menées révolutionnaires de nos compères ne se révèlent guère couronnées de succès...

S'inspirant du roman Juan Quin Quin en pueblo mocho de Samuel Teijoo, Garcia Espinosa, castriste convaincu, livre un curieux western picaresque qui constitue l'un des fleurons du vieux cinéma cubain. Il est vrai que cette comédie violente offre de belles images de la ruralité cubaine. Par ailleurs, le réalisateur ne manque pas d'imagination en faisant figurer à l'écran des bulles, à la manière de la bande dessinée, dans lesquelles le spectateur lit les pensées des protagonistes. Si ces intentions sont louables, le film paraitra néanmoins confus, irrégulier et maladroit à bien des égards. On rit quand même en maintes occasions.

 

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CHALA, UNE ENFANCE CUBAINE

Titre original : Conducta

Film cubain d'Ernesto Daranas (2014)

Chala est un jeune adolescent de douze ans aussi débrouillard qu'espiègle. Elevé par une mère manquant d'amour pour sa progéniture, l'éducation est évidemment assez lâche. Chala est ainsi livré à lui-même dans La Havane de notre époque mais ne manque jamais de prendre soin de sa mère alcoolique et toxicomane. Pour rapporter quelque argent au sein du foyer, l'enfant élève des chiens de combat. Il aurait tôt fait de devenir un voyou sans le soutien que lui témoigne son institutrice sexagénaire Carmela qui veille sur toute sa classe avec la même dévotion que sur ses propres enfants. Chala a également l'âge des premiers émois amoureux. Sa camarade Yeni est l'heureuse élue. Grâce à elles, l'adolescent semble finalement gagner un droit chemin. Mais Carmela est bientôt terrassée par une crise cardiaque. Sans son ange gardien, Chala doit faire face seul aux services sociaux qui veulent l'enfermer dans une maison de correction...

Daranas livre un très intéressant métrage doté d'une incroyable énergie douce-amère et désinvolte à l'image de son jeune héros! L'énergie du film, c'est en cela que le réalisateur prend totalement le contre-pied du sombre mélodrame. Film magnifiquement servi par le duo de personnages principaux. Profitons-en pour leur tirer un coup de chapeau tant il n'est pas impossible qu'on ne les retrouve guère sur les écrans français: Armando Valdes Freire en Chala et Alina Rodriguez en l'institutrice bourrue et emplie de compassion. Au-delà de ce duo, c'est Cuba qui est le troisième personnage principal. Cuba qui ne s'en sort plus d'une Révolution agonisante oppressant l'île de sa tentaculaire bureaucratie. Cuba, le Paradis coco-latino plongé aussitôt dans la misère, ne parvenant pas à gommer les différences de classe. Aux séides du régime font face la pauvreté des cubains, l'abandon de la jeunesse et de ceux sombrés dans la marginalité. De belles images enfin... A voir !

 

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FRAISE ET CHOCOLAT

Titre original : Fresa y chocolate

Film cubain de Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabio (1991)

1979, Diego est un homme cultivé menant une vie de bohême dans la capitale. Diego aime profondément son île, sa culture et... les hommes. David, lui, est tout le contraire. Il est étudiant en sciences sociales et hétérosexuel fraichement désavoué en amour. Sa courtisée en a épousé un autre. Il est, en outre, adhérent aux Jeunesses communistes. A la terrasse d'un glacier, Diego et David se rencontrent par hasard. Bientôt invité par l'artiste, le révolutionnaire découvre un univers qui lui est étranger et étrange. S'ils se revoient, c'est surtout parce que David soupçonne le bohême de dissidence et est chargé de l'espionner. Petit à petit, les deux hommes vont apprendre à se connaître dans un curieux jeu de dupes. Et le militant gay ne tardera pas à tomber amoureux de son espion. Quant à David, il devine que leurs oppositions de vues ne sont pas un obstacle à une amitié naissante bien qu'il refuse plus si affinités. A plus forte raison, Nancy la prostituée voisine de Diego gagne le cœur de l'étudiant...

Inspiré de la nouvelle El Bosque, el lobo y el hombre nuevo de Senel Paz, le duo de réalisateurs livre un film dans lequel un militant gay initie un étudiant communiste aux plaisirs interdits. Nullement ceux de la chair mais bien la littérature et les arts conspués par le régime castriste. En retour, le révolutionnaire pénètre dans un univers épicurien qui remet progressivement en question l'orthodoxie de son idéal politique. Le film ne manqua pas de créer la polémique dans un Cuba oscillant entre un machisme traditionnel et une homophobie encouragée par le pouvoir qui affirme l'homosexualité comme contre-révolutionnaire dès 1965. Nul militantisme gay dans ce film ouvertement anticastriste et constituant un pamphlet contre l'intolérance, l'œuvre ne sombre pas pour autant dans la caricature mièvre et se laisse agréablement regarder.

 

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MEMOIRES DU SOUS-DEVELOPPEMENT

Titre original : Memorias del subdesarrollo

Film cubain de Tomás Gutiérrez Alea (1968)

La junte militaire de Batista vient de s'effondrer une année plus tôt à La Havane. Sergio Carmona Mendoyo voit d'un mauvais œil ce changement de régime. Sa famille d'extraction bourgeoise désormais émigrée à Miami depuis la confiscation de la totalité de leurs biens, l'intellectuel décide de ne pas quitter son île natale. L'avènement d'un régime communiste entraîne de nombreux bouleversements politiques et économiques. Sergio ne se sent décidément guère à l'aise, tiraillé qu'il est entre la dictature militaire qui ne recueillait guère ses faveurs et l'échec de la justice sociale du nouveau pouvoir qu'il a tôt fait de deviner. Peut-on être heureux à Cuba? Sergio se livre à une forte introspection et entreprend la rédaction de ses mémoires dans lesquels il passe en revue son passé et ses amours avec son ancienne femme et Elena, son nouvel amour. C'est avec cette dernière qu'il semble retrouver quelque bonheur. Mais refusant de l'épouser, Sergio se voit dénoncé aux autorités par la famille de la jeune femme...

Sergio est-il le cubain par procuration que Gutiérrez Alea aurait pu être ? Lui-même, issu d'une famille bourgeoise ayant fui l'installation de Castro? En tout cas, le roman original d'Edmundo Desnoes semble avoir été écrit pour lui. A travers le prisme de son héros, c'est l'histoire sociale de ces quelques années remuée de fond en comble qui intéresse le cinéaste qui procure à cette œuvre une remarquable mise en scène. Tourné en plein temps fort du castrisme et influencé par le néo-réalisme italien, pays dans lequel le réalisateur séjourna deux années durant, les Mémoires de Gutiérrez Alea demeurent l'un des documents sociopolitiques les plus intéressants sur le castrisme. Quasiment tombé dans l'oubli bien que considéré comme le chef-d'œuvre du cinéma cubain, le film renaît grâce à une restauration financée par... George Lucas, pourtant peu suspect de sympathie pour cette Guerre des Etoiles rouges ! Il serait dommage de bouder son plaisir et de ne pas le voir désormais.

 

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LA PREMIERE CHARGE A LA MACHETTE

Titre original : La Primera carga al machete

Film cubain de Manuel Octavio Gómez (1969)

La tension monte en ce mois d'octobre 1868 dans la province d'Oriente. La puissance espagnole ne le sait pas encore mais vient de débuter une guerre longue de dix années. Un avocat et gros propriétaire terrien, Carlos Manuel de Cespedes, est l'organisateur de la rébellion visant à bouter la domination hispanique hors de l'île. Retranchés dans la ville de Bayamo, les indépendantistes opposent une résistance héroïque aux deux colonnes expéditionnaires espagnoles dépêchées dans le sud-est de l'île par le gouverneur Francisco Lerchundi. Face à la supériorité en hommes et en armes de l'occupant, les guérilleros cubains adoptent diverses techniques d'embuscade. Pour palier le manque de fusils et de poudre, c'est bientôt à la machette que les rebelles cubains affronteront les détachements de l'armée coloniale...

La première guerre d'indépendance de Cuba est un épisode héroïque totalement méconnu en Europe. Gómez a-t-il vu La Bataille de Culloden, réalisé par Peter Watkins, cinq années plus tôt? En tout cas, le réalisateur cubain utilise avec talent l'anachronisme de la mise en scène et la caméra portée à l'épaule pour offrir une consistance plus immersive, un peu à la manière d'un film tourné par un reporter de guerre, utilisant l'interview pour mieux faire comprendre au spectateur le déroulé du combat. Cinéaste documentaire avant de passer à la fiction, Gómez maîtrise parfaitement l'art de la mise en scène historico-journalistique. A ce titre, l'interview du gouverneur soucieux de mâter toute révolte nationaliste constitue un petit bijou. Film des plus intéressants donc, notamment, de par son exotisme latino. En revanche, ceux qui auront déjà visionné le Culloden de Watkins déploreront un goût amer de copié-collé, pour ne pas dire de plagiat...

 

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RETRATO DE TERESA

Film cubain de Pastor Vega (1979)

La Havane à la fin de la décennie 1970. Teresa occupe le poste de chef d'équipe dans une entreprise textile dans laquelle elle est également déléguée syndicale et médiatrice culturelle. Rentrée du travail, c'est une autre journée qui commence avec l'intégralité des taches domestiques à accomplir, trois enfants et Ramón, un mari ombrageux qui reproche à son épouse le temps passé hors du foyer qu'il considère mal entretenu. Egoïstement, il refuse l'engagement révolutionnaire de Teresa au service du peuple. Un soir et une énième dispute conjugale, Teresa décide que les choses au sein du foyer doivent changer. Surtout, elle apprend l'infidélité de son époux. Ils se séparent et Ramón se prend en main en montant une petite entreprise. Ramón échoue dans la reconquête de son épouse, ne parvenant jamais à comprendre que les temps ont changé et qu'elle aussi veut sa part d'indépendance...

Affirmant son désir de justice et d'égalité sociale, le communisme cubain ne parvint jamais tout à fait à s'affranchir du machisme propre aux sociétés d'Amérique latine. Ainsi de Teresa plus révolutionnaire que féministe, constamment reléguée par un époux, lui, plus traditionaliste que révolutionnaire, à son rôle de femme au foyer. En démontrant l'incompatibilité de ces couples dont les vies seront désormais radicalement modifiées par la révolution triomphante, Vega livre un film empreint d'une très grande sobriété qui refuse le pamphlet. C'est un premier long-métrage réussi pour le réalisateur qui brosse une magnifique galeries de portraits, à commencer bien entendu par celui attachant de Teresa, brillamment interprété par Daisy Granados. Film malheureusement inédit en France.

Virgile / CNC

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22/09/2016

Le destin de l'Europe s'est-il joué à Gettysburg ?

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Le destin de l'Europe s'est-il joué à Gettysburg ?

Voilà une bien curieuse question!... Comment et pourquoi l'avenir du Vieux continent aurait-il pu être radicalement transformé dans cette paisible bourgade de l'Etat de Pennsylvanie, fut-elle le lieu de la plus célèbre bataille de la Guerre de Sécession ?

Tenter d'y apporter quelque réponse ne serait que pure spéculation. Mais la question mérite d'être posée.

Le présent article n'a pas la prétention de dresser un minutieux détail de la fameuse bataille qui se déroula du 1er au 3 juillet 1863. Le lecteur intéressé se reportera aux ouvrages de Lee Kennett, de même qu'au Blanc Soleil des vaincus de Dominique Venner que les Editions Via Romana ont eu l'heureuse idée de rééditer, enrichi d'une préface d'Alain de Benoist.

Après les victoires confédérées d'Antietam, Perryville et Fredericksburg et celle de Chancellorsville en mai, Gettysburg constitue le dernier verrou de l'armée des Etats-Unis, dont une nouvelle défaite autoriserait l'enlèvement, par les troupes confédérées, des grandes cités septentrionales de Washington et Philadelphie, puis New York et Boston. Que serait devenue la Nation américaine si le drapeau confédéré avait triomphé sur le Stars 'n' Stripes ? On peut sereinement juger que l'Histoire géopolitique des Etats-Unis en eût été profondément modifiée. Et ainsi, le destin de notre Vieille Europe.

Car Gettysburg constitue une incompréhensible défaite de l'armée de Virginie du Nord, dont le commandement est assuré par le général Robert Lee, face à l'armée du Potomac, dirigée par le général George Mead. Malgré une faible infériorité numérique, la victoire semble acquise à Lee l'Invincible. C'est sans compter sur le talent tactique du général nordiste John Buford qui parvient à imposer le choix du terrain au profit des troupes Unionistes. Tournant décisif de la Guerre de Sécession, Gettysburg consacre le Stalingrad des Confédérés qui perdent une large part des territoires acquis au cours des derniers mois. La bataille fut, en outre, la plus coûteuse en vies humaines dans chaque camp.

Quelques mois plus tard, en novembre, le président Abraham Lincoln rend hommage aux combattants des deux camps dans un célèbre discours prononcé sur les lieux mêmes de l'affrontement. La guerre terminée, l'heure est à la construction du lieu de mémoire de l'un des sites majeurs de l'Histoire des Etats-Unis d'Amérique.

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Le voyageur qui se trouverait sur la côte Nord-Est des Etats-Unis aurait tort de ne pas faire un détour par cette charmante petite ville qui se situe à une heure de route de la Maison blanche. Toute la bourgade vit bien évidemment du souvenir de la bataille mais évite l'écueil de sombrer dans la "Disneylandisation". Antiquaires militaires de tous les conflits, bouquinistes et magasins souvenirs de qualité avec une prédominance nordiste, même Picsou y perdrait quelques plumes et dollars...

Voyager, c'est aussi déguster ! Si la gastronomie américaine ne mérite guère que l'on s'y attarde plus, il sera conseillé d'oser (et le verbe n'est pas trop fort) franchir la porte du Hunt's Café et commander un cheesesteak. Le regarder, c'est déjà accuser deux kilos supplémentaires sur la balance mais Dieux que c'est bon !

C'est le ventre plein qu'il vous sera permis d'effectuer les trente kilomètres du circuit remarquablement aménagé reliant l'ensemble des sites de la bataille. Et que cela est impressionnant de voir cette immense plaine de plusieurs dizaines de kilomètres carrés constellée de centaines de monuments à la gloire de chaque brigade de chaque Etat. Difficile d'accorder son attention à tous mais la vue est impressionnante.

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Gettysburg, c'est aussi le symbole d'une histoire assumée. Le grandiose monument du général Lee est le plus majestueux des centaines d'autres à la gloire des Confédérés. Contraste saisissant quand on analyse les rapports de la France à sa propre histoire et à ses Réprouvés ; le Maréchal Pétain en tête dont le nom n'est plus honoré que par le village du Moule en Guadeloupe, quand douze villes américaines lui dédient une rue ou une avenue.

Ainsi, Gettysburg serait le trait d'union d'une Nation américaine qui a parfaitement digéré sa guerre civile. Et pourtant...

La Guerre de Sécession a cessé, ça c'est sûr ?

Polémique sur le drapeau Sudiste, le Waterloo de la liberté de penser au pays d'Oncle Sam

Lorsque Obama ne tient plus la Barack, c'est toute la société multiraciste américaine qui s'enflamme. Si les tensions raciales aux Etats-Unis n'avaient jamais complètement disparu, l'accession d'Obama à la présidence en 2008 ne manqua pas de les exacerber.

Sous les feux des projecteurs, nul Ku Klux Klan moribond, ni quelque mouvement suprémaciste condamné à une existence marginale... Non ! Oussama ben Laden désormais mort et offert au tumulte des flots, c'est un drapeau sur lequel se concentrent toutes les attentions de la bien-pensance occidentale.

Identifié au Klan et au souvenir de l'esclavagisme, le drapeau sudiste, dont les onze étoiles figurent les onze Etats confédérés, est la cible de nombreuses polémiques qui traversent l'Atlantique et sont relayées jusqu'en Occident comme une actualité internationale majeure. L'Etat du Mississipi qui arbore le drapeau confédéré comme emblème officiel est montré du doigt. Idem le sénat de Caroline du Sud sur lequel flotte la bannière étoilée du Sud. On a l'actualité qu'on mérite !

Il fallait bien un incident pour asseoir définitivement la revanche des minorités sur le Sud. Le 17 juin 2015, à Charleston, en Caroline du Sud justement, Dylann Roof, âgé de 21 ans, ouvre le feu dans une église noire de la ville. La fusillade fait 9 morts et consacre la condamnation définitive du Dixie Flag.

Cité par son porte-parole Eric Schultz, Obama indique que la bannière confédérée conserve toute sa place aux Etats-Unis... dans un musée. Sous la pression, l'Etat de Caroline du Sud met son drapeau dans sa poche.

Bien loin de faiblir, les tensions grandissantes font couler le sang. Le 24 juillet 2015, à Oxford dans le Mississipi, Anthony Hervey, homme noir de 49 ans et défenseur infatigable du drapeau confédéré, voit son véhicule percuté par un autre bondé de jeunes afro-américains. L'embardée de l'automobile tue Hervey sur le coup. Cinq jours plus tard, à Columbus dans l'Ohio, trois hommes blancs sont poignardés et une femme reçoit une balle dans le cou devant leur maison qui arbore le drapeau honni. Le 15 août, à l'université d'Austin au Texas, des groupes de pression obtiennent le retrait de la statue de l'ancien Président des Etats confédérés, Jefferson Davis. Le 16 octobre, à Bradenton, en Floride, un afro-américain tire à trois reprises sur un véhicule arborant un autocollant sudiste sur le parking d'un supermarché. Le 30 décembre, le cimetière confédéré de Raleigh est profané. Les exemples pourraient être multipliés à l'infini. Curieusement, les nouvelles se noient en mer et ne parviennent pas aux rédactions françaises...

Gettysburg, un passé qui ne passe plus ?

L'essayiste Martin Peltier a récemment trouvé 20 bonnes raisons d'être anti-américain. La Nation, passée maître dans l'art de la subversion en vue d'asservir le reste du globe, conservait quelques traits séduisants pour qui a traîné ses guêtres au pied des gratte-ciels d'Oncle Sam et autour des majestueuses maisons coloniales d'Oncle Ben's. Son travail de mutilation quasiment achevé, les Etats-Unis semblent bien déterminés à se saborder eux-mêmes dans leur démente vision eschatologique judéo-protestante.

Et les espoirs que place la frange réactionnaire et droitarde européenne dans la candidature du new yorkais Donald Trump semblent bercés des illusions d'une Europe incapacitante dans le choix de son avenir qui se joua autant sur la verte plaine de Gettysburg que chaque jour sur notre Vieux continent.

Donald Trump, on dirait le Sud... Mais le temps dure longtemps...

Virgile / CNC

Texte paru à l'origine dans Livr'arbitres #20 (site; notre revue de presse ici)

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

10/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Gestaporn

Le premier, Wilhelm Reich, médecin psychanalyste autrichien, avait, dès 1933 dans son ouvrage La Psychologie de masse du fascisme, établi un lien entre les fascismes et la sexualisation du désir organique insatisfait des masses, faisant tendre ces dernières vers l'autoritarisme. Aussi, Reich écrivait-il que "Le désir inconscient de bonheur sexuel et de pureté sexuelle, s'ajoutant à la peur simultanée de la sexualité normale et à l'horreur de la sexualité perverse, ont résultat l'antisémitisme sadique fasciste. " Alors frigides, frustrées, coincées que ces dizaines de millions d'hommes et de femmes qui épousèrent les théories de l'Homme nouveau ? Déjà peu débattues dans les années 1930, les théories de Reich sombrent bientôt dans l'oubli. Remilitarisation de la Rhénanie, rapprochement de l'Allemagne et de l'Italie, constitution d'un bloc contre les forces de l'Axe, poursuite de la percée japonaise en Mandchourie, le conflit mondial se profile inévitablement dont la Guerre d'Espagne constitue le hors-d'œuvre. 1945, le monde panse ses plaies béantes et l'heure n'est plus aux discussions frivoles... 1976, un film sorti sur les écrans fait l'effet d'une bombe. Pier Paolo Pasolini vient de commettre son chef-d'œuvre, Salò ou les 120 journées de Sodome. Epousant partiellement les vues de Reich, Pasolini entend dénoncer le fascisme italien par la mise en image de sévices et tortures psychologiques et sexuels dont le régime abusait secrètement selon le génial cinéaste. Nombre de réalisateurs érotiques italiens, au talent plus modeste que ceux-là, flairent la juteuse rentabilité et se lancent dans la réalisation de films pour adultes alliant sexe, violence et fascisme. Le Gestaporn est né ! Plus connu sous le nom de Nazisploitation, ce sous-genre du cinéma érotique va connaître ses heures de gloire de 1976 à 1978. Certains réalisateurs s'étaient bien essayés au genre dès les années 1960 mais sans parvenir à créer une mode cinématographique. Ainsi de Werner Klingler, dès 1961, avec Les Fiancées d'Hitler, mais encore Lee Frost en 1969 avec Love Camp 7 et Ilsa, la louve des S.S. de Don Edmonds qui devance Salò de quelques mois. En tout, un peu plus d'une vingtaine de films, majoritairement produits par la société Eurociné en Italie, France et aux Etats-Unis, dans lesquels le national-socialisme sert surtout de prétexte à la présentation d'irréprochables poitrines en même temps que les réalisateurs rivalisent pour montrer au spectateur voyeur les scènes de tortures les plus obscènes. Films à petit budget, il n'était pas rare que plusieurs réalisations soient tournées en même temps afin que soient mieux supportés les coûteux frais de location d'uniformes et engins militaires. Lorsque les mêmes acteurs jouent des rôles similaires dans plusieurs films produits simultanément, il n'est guère étonnant que les cinéastes se soient parfois emmêlés les bobines. Et lorsque ces films ressortaient sur les écrans quelques mois plus tard sous un autre nom, là, c'est au tour du spectateur de s'emmêler les pellicules. Il n'est pas rare qu'un spectateur achète un billet pour un film déjà visionné quelques mois plus tôt! Voilà qui apprendra à celui soucieux de tendre à l'exhaustivité du genre. Bien évidemment, d'aucuns ne manquèrent pas de considérer l'érotisme nazi comme moralement douteux, et ce, au sein même du monde du cinéma B, pourtant avare de commentaires sur le mauvais goût... De là à considérer que les cinéastes de Gestaporn aient voulu faire l'apologie des régimes fascistes, il y a un grand pas de l'oie... Certains Etats refusent d'ailleurs toujours la distribution de ces films. Il est certain que le Gestaporn ne ravira pas les nostalgiques et doit être regardé comme un objet de curiosité...

 

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BORDEL S.S.

Film français de José Bénazéraf (1978)

A Paris pendant l'Occupation, une maison de tolérance de haute tenue devient le lieu de débauche de prédilection d'officiers S.S. Les prostituées entendent bien jouer un rôle supérieur au simple écartement de cuisses. Usant de la confidence sur l'oreiller, les filles renseignent secrètement la Résistance. La situation devient désespérée sur le front de l'Est tandis que les craintes de l'ouverture d'un nouveau front après un débarquement allié se précisent. Les sujets d'indiscrétion ne manquent pas. Wilhem est l'un de ces soldats parmi les plus imprudents et fidèles de la maison. Epris de la belle Amélia, la fille de joie mène le jeune officier également par le bout du nez. Wilhem devine bien que sa galante dame répète aux ennemis du Reich ses confessions. Mais il est amoureux...

Brigitte Lahaie, alors brune, dans un rôle, évidemment déshabillé et à l'aube de sa carrière dans ce moyen métrage réalisé par l'un des pontes du film pornographique français. Le film ne tomba pas dans l'oubli grâce à la future carrière de la star du X français des décennies 1970 et 1980 bien qu'elle ne tienne pas encore le haut de l'affiche. Evidemment, les dialogues sont rares et les scènes explicites sont privilégiées. La réalisation de Bénazéraf réserve néanmoins quelques passages intéressants notamment dans la structuration psychologique étonnamment mesurée des personnages masculins. Des efforts sont également consentis à la mise en scène et au déroulement de l'intrigue. Cela est plutôt rare pour ce type cinématographique. La bande son est également satisfaisante. A réserver aux amateurs avertis du genre...

 

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LE CAMP DES FILLES PERDUES

Titre original : Lager SSadis Kastrat Kommandantur

Film italien de Sergio Garrone (1976)

Retenues dans un camp de prisonniers à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des jolies jeunes femmes subissent d'ignobles sévices. Tandis que certaines sont destinées à devenir prostituées ou génitrices d'enfants aryens, d'autres sont vouées à toutes sortes d'expériences. Le commandant du camp et colonel S.S. von Kleiben fut jadis castré par une jeune fille qu'il venait de violer. Cherchant à se faire greffer un nouveau sexe, Kleiben sélectionne ceux de ses plus beaux officiers. Soucieux de s'assurer de la valeur sexuelle du membre, le commandant teste les éventuels donneurs sur les prisonnières qui, de plus en plus nombreuses, emplissent le camp....

Egalement sorti sous le titre Horreurs nazies mais encore Sadisme S.S. L'évocation des camps de concentration dans lesquels les prisonnières servent d'esclaves sexuelles ou sont l'objet d'expérimentations terrifiantes dont on peine à comprendre la finalité sont des thèmes phares du genre. S'il s'agissait de condamner les exactions nazies tel que Garrone s'en targue, la dénonciation est bien mince et s'efface rapidement devant le spectacle dénudé et lubrique. Le réalisateur satisfait surtout la volonté voyeuriste du spectateur. Et le film ne recule devant aucun plan sanglant et sexuel dès les premières minutes. L'histoire est invraisemblable mais évidemment, là n'était pas l'objectif. Pas très original, on devine un film avec un budget famélique réalisé à la va-vite.

 

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LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH

Titre original : L'Ultima orgia del Terzo Reich

Film italien de Cesare Canevari (1976)

Un homme au volant de son véhicule écoute à la radio le déroulement d'un procès pour crime de guerre. C'est dans les ruines d'un camp concentrationnaire qu'il retrouve une femme. Ils font l'amour. Flash-back. Lisa est une jolie jeune femme blonde. Mais parce qu'elle est juive, Lisa Cohen est envoyée dans un camp de concentration dirigé d'une main de fer par le commandant S.S. Conrad von Starker. La prisonnière, responsable de l'extermination de l'ensemble de sa famille, se résigne à sa propre mort. Contre toute attente, Starker tombe éperdument amoureux de la jeune juive et se refuse à assister à la mort prématurée de Lisa. Au moins pour quelques temps. Car le sadique Starker entend bien tuer à petit feu, en la torturant tant physiquement que psychologiquement, la jeune femme qui semble endurer la souffrance au-delà de tout entendement...

Bourreaux S.S., Des Filles pour le bourreau, La Séquestrée des S.S., faites votre choix ! Et encore, nous ne les citerons pas tous. Canevari prend le pari de compliquer l'intrigue en racontant l'histoire de Lisa en flash-back. Reprenant les codes du mythique Portier de nuit de Liliana Cavani, Canevari joue la carte de l'immoralité jusqu'au bout. Le couple qui s'unit dans le camp en ruines est bien sûr l'ancien commandant et la prisonnière juive qui témoignera d'ailleurs en faveur de son bourreau au tribunal et lui fera éviter la condamnation à mort. Suggérant plus qu'il ne montre, la réalisation comporte quelques séquences d'anthologie alliant sadomasochisme, anthropophagie, torture, infanticide, scatophagie et autres. Beaucoup d'autres... D'un érotisme moindre et plus sombre et froid que les autres films de Gestaporn, le scénario peut exprimer une intrigue mieux ficelée. La mise en scène et le jeu des acteurs sont également soignés. Louables intentions qui ne parviennent pas à masquer de lourdes faiblesse et une forte platitude.

 

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ELSA FRAULEIN S.S.

Film français de Patrice Rhomm (1976)

L'année 1943, les troupes du Reich ont le moral au plus bas. Afin de revigorer ses officiers supérieurs, Adolf Hitler, conseillé par le Major Müller, entreprend d'envoyer sur le front un train pourvu d'armes particulières. Point de mitrailleuses ou de pièces d'artillerie mais de jolies jeunes femmes destinées au repos des guerriers. La colonel S.S. Elsa Ackermann est la commandante du convoi et poursuit, en réalité, une toute autre mission. Dans son train truffé de micros, la Fraulein S.S. s'assure de la vigueur combattante des officiers en plus de les satisfaire sexuellement. Ceux qui manifestent quelque lassitude ou sentiment défaitiste et complotiste sont éliminés inexorablement. Tandis que le train s'apprête à pénétrer le territoire français, la Résistance entend détruire le convoi à tout prix. Liselotte Richter, l'une des filles de joie, renseigne d'ailleurs les rebelles. De la traitresse tombe amoureux Franz Holbach, interprète du convoi d'origine alsacienne et ancien amant d'Elsa. Revenu du front soviétique, Franz n'est guère plus le national-socialiste convaincu qu'il fut...

Huis clos ferroviaire opposant une maquerelle national-socialiste fanatique à son ancien amant revenu de son idéal en même temps que de l'horreur du front. Erotisme et violence font bon ménage à l'aide d'un scénario relativement travaillé, en tout cas bien plus que dans les autres films de Nazisploitation. Il n'évite pourtant pas les lourdeurs et longueurs. On regrettera presque qu'il s'agisse d'un film érotique tant l'idée scénaristique est séduisante. Les scènes dénudées, pourtant moins nombreuses, nuisent bien évidemment à une parfaite exploration du scénario. Certains considéreront que Rhomm défend malgré lui une certaine vision apologétique et jusqu'au-boutiste du national-socialisme. Elsa Fraulein reprend le même thème que Train spécial pour Hitler d'Alain Payet, en tournage simultanément, et auquel il est infiniment supérieur. Quelques risibles incohérences néanmoins inhérentes au genre. Charmantes en revanche que Patrizia Longo et Malisa Longo en Elsa Fraulein qui fait passer l'envie de rester accroché aux Porte Mantaux...

 

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ILSA, LA LOUVE DES S.S.

Titre original : Ilsa, she wolf of the SS

Film américain de Don Edmonds (1975)

Lentement mais inexorablement, la défaite du Reich se dessine. L'officier S.S. Ilsa est la diabolique gardienne d'un camp de concentration mixte isolé dans la campagne allemande. Ilsa sélectionne impitoyablement les dernières arrivées. Certaines travailleront jusqu'à l'épuisement fatal. Pour les autres, ne souffrant aucune pitié, elle soumet ses détenues aux expériences pseudo-médicales les plus ignobles. Son objectif ? Démontrer scientifiquement que les femmes supportent la douleur plus facilement que le sexe opposé. Sur tous les fronts, les armées allemandes refluent tandis que les renforts manquent cruellement. En démontrant la puissance d'endurance des femmes en matière de souffrances, rien ne devrait s'opposer à ce qu'elles prennent aussi le chemin de la première ligne de front pour sauver le Reich. Les hommes ne sont pas logés à meilleure enseigne. Sont ainsi émasculés ceux incapables de satisfaire les pulsions et fantasmes de la Louve...

Après Elsa, Ilsa endosse l'uniforme de la S.S. sadique et brutale qui prend un malin plaisir à torturer et exercer sa domination sexuelle. Anti-Emmanuelle, elles figurent de curieuse représentations d'un univers tortionnaire pourtant largement masculin. Certainement, est-on autorisé de penser qu'Ilsa tire son prénom d'Ilse Koch, célèbre pour sa cruauté, et épouse de Karl Koch, premier commandant du camp de Buchenwald. En revendiquant les honneurs de la guerre pour les femmes, Ilsa fait même montre d'un certain féminisme et demeure partisane de la guerre totale chère à Joseph Goebbels. Preuve, s'il en est besoin, de la maigreur des budgets consentis à ces réalisations, les décors d'Ilsa sont ceux utilisés par un soldat allemand peu prompt à émoustiller notre louve en la personne de Papa Schulz... Bref, on rit plus que nous ne sommes effrayés ou choqués. Il est le premier film d'une tétralogie au sein de laquelle même le grand Jésus Franco s'est compromis.

 

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NATHALIE DANS L'ENFER NAZI

Film français d'Alain Payet (1977)

En pleine Seconde Guerre mondiale, un officier allemand est assassiné par des partisans dans un village soviétique et tous les habitants arrêtés en représailles. Parmi eux, Nathalie Baksova est une jeune médecin ukrainienne antifasciste. La Résistance parvient à intriguer en favorisant son transfert à la forteresse de Stillberg en Pologne et lui confier une mission de la plus haute importance. La jeune femme est chargée, par son chef Vassili, d'y retrouver la trace d'une espionne anglaise prénommée Ingrid Vassering. Détenue à la forteresse qui tient lieu de bordel, Nathalie subit les avances de Helga Horst, la directrice des lieux, aussi tyrannique que sadique. C'est au contraire dans les bras du bel officier allemand Erik Müller que Nathalie s'abandonne. La Résistance, elle, prépare l'offensive finale pour s'emparer du château. Avec l'aide de Müller, Nathalie doit veiller à se préserver de la tyrannie de Helga...

Egalement sorti sous le titre Nathalie rescapée de l'enfer. La forteresse place l'intrigue, enfin l'intrigue..., dans un conte de Roméo et Juliette transposé en plein camp de concentration avec la jolie et vaillante princesse antifasciste Nathalie confrontée à une vilaine sorcière nazie et sauvée par le prince charmant nazi Müller. D'un érotisme soft, d'une violence également atténuée par rapport aux productions transalpines, la réalisation de Payet reprend tous les codes du genre et tous les poncifs aussi. C'est kitsch au possible et parfois réussi. Affirmons néanmoins qu'il s'agit là de l'un des meilleurs du genre. La scène d'ouverture qui figure des combats entre soldats allemands et partisans soviétiques a au moins le mérite de recueillir le minimum de crédibilité nécessaire. Et on y retrouve Patrizia Gori !

 

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SALON KITTY

Film franco-italo-allemand de Tinto Brass (1976)

La Seconde Guerre mondiale embrase l'Europe depuis quelques mois. Les autorités du Reich manifestent le souhait de gérer intégralement le Salon de Madame Kitty, le plus cossu des bordels berlinois. Plus que satisfaire la libido des dignitaires fréquentant les lieux, les services de sécurité du régime voient une excellente occasion d'espionner ambassadeurs étrangers, financiers, hommes d'affaires et autres officiers allemands succombant aux charmes des plantureuses teutonnes. Chargé de diriger secrètement le salon, Helmut Wallenberg, capitaine S.S. arriviste, s'emploie à sélectionner les plus jolies filles convaincues de la grandeur du national-socialisme. Les prostituées militantes remplissent leur mission à la perfection et la surveillance est couronnée de succès. En tombant amoureuse d'un officier de la Luftwaffe hostile au Führer, Margharita se compromet. Sa trahison rejaillit sur toutes les autres filles...

Réalisateur de films à petit budget jusqu'alors, Brass prend une toute autre envergure lorsque sort son Kitty, deux ans avant son chef-d'œuvre Caligula. Pasolini est entre temps passé par-là... Long-métrage bénéficiant de moyens conséquents, Brass reconstitue à la perfection le décor du Berlin des années 1940. Excellant dans la démesure dépravatrice, Brass offre une hallucinante scène de partouze à but pédagogique et militant mais n'en disons rien de plus. Maîtrisant sa mise en scène et un goût certain pour le décorum, Brass fut suspecté de se vouloir un héritier décadent de Leni Riefenstahl par une certaine bien-pensance outrée de tant de provocation. Accusation bien entendu à tort. Dominant tout le casting, Helmut Berger est impeccable dans son rôle d'officier parvenu. D'un érotisme assez osé et battant en brèche tous les tabous, l'on apprend que le sexe mène aussi à la trahison. Ce salon sent le souffre! Le fleuron du genre malgré quelques longueurs dans sa deuxième partie.

Virgile / C.N.C.

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03/09/2016

7 films à voir ou à revoir sur les Mers et océans

Que Charles Baudelaire a raison de vanter les Hommes libres qui toujours chériront la mer. Eléments consubstantiellement étrangers à l'animal terrestre qu'est l'être humain, les mers et océans n'ont de cesse que de refuser de se laisser apprivoiser. Les mythologies regorgent de récits dans lesquels la Nature reprend ses droits. Ainsi de Poséidon, Dieu des mers et océans, coupable de furieuses colères. De même, les récits de raz-de-marée et de cités englouties comme l'Atlantide font se sentir l'Homme vulnérable face à l'imprévisibilité de l'élément aquatique. Elément prédominant tel que l'indique la Genèse, élément destructeur tel qu'elle apparaît dans le Déluge, la mer revêt des attributs similaires dans les religions monothéistes. Le combat entre l'homme et les mers et océans apparut dès l'organisation des premières sociétés humaines établies sur les côtes. Tout à la fois objet d'émerveillement et de terreur, l'imaginaire voyait ces vastes étendues mouvantes peuplées de créatures monstrueuses. Mare incognita, les mers furent longtemps considérées comme des fins du monde, à plus forte raison avant la révolution galiléenne affirmant la sphéricité de la Terre, amorcée par Pythagore dès le 5ème siècle avant Jésus-Christ. Les rapports de l'homme à la mer évoluent au fur et à mesure des améliorations des techniques de navigation. Au cabotage succèdent les grandes traversées maritimes. S'il est un fait acquis aujourd'hui que Christophe Colomb ne mit les pieds sur le continent américain que de nombreux siècles après les Vikings, l'anthropologue Jacques de Mahieu va plus loin en indiquant que les Hommes du Nord descendirent jusqu'en Amérique du Sud, et furent, avant eux, devancés par les Troyens. Ce sont néanmoins les Grandes découvertes qui modifièrent radicalement la perception de l'Homme aux territoires maritimes ou "merritoires" pour reprendre l'expression du géographe Camille Parrain. Indéniablement, les Grandes découvertes confirment de la manière la plus empirique la sphéricité du globe terrestre. Mais on ne dompte jamais les océans, quand bien même on les traverse. Sans évoquer les furieuses et meurtrières batailles navales des Guerres du Péloponnèse à Guadalcanal, en passant par Lépante, la mer demeure un danger constant que ne vaincra aucune technologie. Nombreuses sont les fois lors desquelles La Mer n'a pas voulu..., pour reprendre le titre de l'un des ouvrages trilogiques de Saint-Loup. L'écrivain-guerrier qui écrit justement que "Maintenant que des milliers de plaisanciers découvrent la mer, et particulièrement la navigation traditionnelle à la voile, avec plus de bonne volonté et d'enthousiasme que d'expérience, nous voyons que si les amateurs ont multiplié les bêtises de tout ordre, l'Océan n'a pas voulu en prendre acte et leur a fait crédit. " Alain Colas sur Manureva, Loïc Caradec, Eric Tabarly, mais encore Daniel Gilard, co-équipier d'Halvard Mabire, même des navigateurs parmi les plus expérimentés ne revinrent pas de leur long voyage. L'Homme ne prend jamais tout à fait la mer... Nombreux furent les peintres, écrivains et poètes à rendre hommage à la mer à travers leur art. Les cinéastes ne furent en reste et ne manquèrent pas de s'inspirer justement de Daniel Defoe, Jules Verne ou Michel Tournier. Plongée, c'est le cas de le dire, dans sept films de ce genre cinématographique.

 

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ALL IS LOST

Film américano-canadien de Jeffrey C. Chandor (2013)

Traverser les océans n'est pas sans danger. Tandis qu'il traverse en solitaire l'Océan indien, un navigateur découvre à son réveil que la coque sur tribord de son voilier de douze mètres a été éventrée lors d'une collision avec un container à la dérive. Privé de radio et de tout matériel de navigation, le monocoque est pris dans une furieuse tempête. C'est de justesse que le navigateur expérimenté survit. Notre marin n'en est pas pour autant tiré d'affaire. L'océan est infesté de requins et les réserves alimentaires fondent à vue d'œil sous un Soleil implacable. Seuls un sextant et quelques cartes marines permettent au navigateur de tenter de gagner une voie de navigation empruntée par des cargos et demander de l'aide...

Un seul acteur et aucun dialogue, si l'on fait exception de quelques jurons bien compréhensibles, au cours d'une centaine de minutes qui illustrent huit jours de naufrage. Un seul acteur dont on ne sait rien. Seulement, devine-t-on l'existence d'une famille à l'aide d'une photographie. Chandor séquestre le spectateur sur le monocoque malmené en ne procédant à aucun flash-back, ni scène extérieure à l'embarcation. Un tel exercice de style peine évidemment à tenir le spectateur en haleine tout au long de l'œuvre et l'on peut reprocher un certain manque d'intensité dramatique. Un seul acteur donc, mais c'est Robert Redford, monstre redoutable du cinéma, qui réalise une grosse performance scénique à 77 ans. Le film n'en est pas moins plaisant.

 

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LE CRABE-TAMBOUR

Film français de Pierre Schoendoerffer (1977)

Quittant Lorient, l'escorteur d'escadres Jauréguiberry est chargé d'assister des chalutiers de pêche sur les bancs de Terre-Neuve pour sa dernière mission avant démilitarisation. Au cours de la traversée, le commandant, le médecin-capitaine et le chef mécanicien se remémorent Willsdorff, dit le Crabe-Tambour, un personnage qu'ils ont côtoyé naguère tandis qu'il participait aux guerres d'Indochine et d'Algérie. Partisan du maintien de l'Algérie française, le Crabe-Tambour avait rejoint les rangs de l'Organisation de l'Armée secrète. Préférant le légalisme à la clandestinité, le commandant avait été contraint de manquer à sa parole et rompre le contact avec le Crabe-Tambour, aujourd'hui patron de l'un des chalutiers escortés. Si proches après tant de temps. Et pourtant, les mauvaises conditions météorologiques empêchent le commandant de saluer l'ancien O.A.S. en personne. Le cancer du poumon qui condamne le commandant à une mort imminente est bien peu de choses face aux tourments de sa trahison à l'égard de Willsdorff...

A-t-on besoin de présenter ce splendide drame de la Marine militaire ? Il est un crime de ne pas l'avoir vu. Cinéaste militaire par excellence, Schoendoerffer ne laissa le soin à personne d'adapter à l'écran son propre roman, inspiré de la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume qui participa d'ailleurs au tournage comme conseiller technique. Un film à l'ambiance mortifère dans lequel la Grande faucheuse rode, prête à enlever les soldats tourmentés à jamais que la France a trahi. Eux qui avaient choisi De Gaulle plutôt que leur idéal et prendre les armes au sein de l'O.A.S. Une part d'eux-mêmes est morte en Algérie et les tourments de l'honneur, bafoué ou manqué, hanteront leurs nuits jusqu'à leur dernier souffle. Quelques critiques bien-pensants se sont étranglés du portrait nostalgique et nationaliste de la France coloniale puissamment interprété par Jean Rochefort, Claude Rich, Jean Perrin et Jacques Dufilho, qui rivalisent d'une souveraine sobriété. Adieu Vieille Europe, que le Diable t'emporte ! Un chef-d'œuvre !

 

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THE DISCIPLE

Titre original : Lärjungen

Film finlandais d'Ulrika Bengts (2013)

L'été 1939, âgé de treize ans, Karl Berg débarque sur la petite île déserte de Lågskär, perdue en pleine mer Baltique, afin d'être l'apprenti du gardien du phare, Hasselbond, accompagné de son épouse et de ses deux enfants. Jugé trop jeune, le gardien refuse son enseignement à l'apprenti, pourtant bien contraint de demeurer sur l'île, le bateau désormais reparti. Karl va s'échiner à se lier d'amitié avec Gustaf, le souffre-douleur et fils de Hasselbond. Karl se révèle entreprenant et dégourdi et est progressivement accepté du gardien-tyran, au point que ce dernier commence à favoriser l'apprenti à son propre fils. L'amitié entre les deux jeunes garçons se double bientôt d'une forte rivalité. Par-dessus tout, Hasselbond interdit tout mensonge dans son entourage. Mais lui-même ne semble pas exempt de reproches...

Un huis clos à ciel ouvert ! Aussi paradoxale que puisse paraître cette assertion, c'est bien ce tour de force que réalise la réalisatrice en situant son intrigue sur une minuscule île des 6.500 sauvages îles Aland, situées au beau milieu de la Baltique, dont la Suède et la Finlande se disputaient la souveraineté. La Société des Nations mit un terme au conflit en attribuant l'île à la Finlande malgré que le dialecte parlé par la maigre population soit rattaché au suédois. Mais parlons plutôt du film pour indiquer que Bengts dresse de magnifiques portraits de chacun de ses personnages vivant sous l'emprise d'un ombrageux gardien de phare dont la vie est dédiée au seul exercice de sa profession. Le film est intégralement filmé en lumière naturelle, offrant à la réalisation un caractère diaphane des plus envoutants. Il est également servi par un époustouflant trio d'acteurs principaux. Un bijou froid.

 

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FIDELIO, L'ODYSSEE D'ALICE

Film français de Lucie Borleteau (2014)

Âgée de trente ans, Alice réalise son rêve de devenir marin. Dans quelques jours, elle embarquera comme mécanicienne sur le Fidelio parmi un équipage exclusivement masculin. Aussi, doit-elle se résoudre de laisser à quai son ami Félix. A bord du navire de marine marchande, Alice apprend que l'homme dont elle vient de prendre la place vient de mourir. Egalement, Gaël, le commandant du vieux cargo n'est autre que son premier grand amour. Si la jeune femme est éperdument amoureuse de Félix, la solitude du grand large lui impose de se questionner sur la fidélité. Alice cède aux avances de son ancien amoureux, ce qui ne manque pas de se savoir très rapidement sur le navire. Une embarcation sur laquelle tout n'est pas rose. Dans sa cabine, Alice tombe par hasard sur le carnet de l'ancien mécanicien décédé qui renseigne la jeune femme sur la vie du rafiot et de l'équipage. Elle apprend également que le navire n'est pas aux normes et est habitué aux problèmes mécaniques...

Voilà un premier long-métrage maîtrisé de bout en bout ! Borleteau filme admirablement le microcosme du personnel marin dans ce film dans lequel l'on parle français, anglais évidemment mais également le roumain et... le tagalog, dialecte philippin. Les mers sont également plaisamment filmées au gré des traversées au long cours. Certes, la jeune réalisatrice possède cet art mais c'est surtout son héroïne qui retient l'attention. Un marin a une femme dans chaque port dit-on. Mais lorsque l'on est "une" marin, on peut se permettre également d'avoir un homme dans chaque bateau. Tourmentée au début et progressivement gagnée par la solitude et la mélancolie sexuelle, Alice cède à ses pulsions. Nul portrait féministe pourtant, mais celui d'une jeune femme qui a décidé d'être actrice de son destin. Ariane Labed y crève l'écran, pleine d'une sincérité troublante. A voir !

 

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MANINA, LA FILLE SANS VOILES

Film français de Willy Rozier (1952)

Gérard Morère est un étudiant parisien de 25 ans. Tandis qu'il assiste à une conférence d'archéologie, il apprend que l'épave d'un navire phénicien coulé au large des côtes de la Corse pendant les guerres du Péloponnèse contiendrait un trésor. Immédiatement, cette révélation fait écho à une plongée sous-marine qu'il avait effectué cinq années auparavant à proximité des Îles Lavezzi et lors de laquelle il avait pu voir des fragments d'amphores. Morère se persuade qu'il sait où se trouve le trésor de Trolius et qu'il doit partir à sa recherche. Des amis et un aubergiste acceptent de financer son entreprise. A Tanger, l'étudiant s'associe avec Eric, contrebandier de cigarettes qui le convoiera jusque sur le lieu du supposé naufrage. Parvenu en Corse, le chasseur de trésor fait la connaissance de la magnifique Manina, 18 ans et fille du gardien du phare, qui prend un bain de Soleil sur les rochers... Le contrebandier Eric s'aiguise d'autant plus l'appétit que Morère préfère compter fleurette...

Second film de Brigitte Bardot, alors âgée de 18 ans et premier grand rôle après son apparition au milieu du long-métrage. Il n'est pas le meilleur film de B.B., loin de là même..., mais les acharnés de l'icône y trouveront leur bonheur. Sculpturale dans son bikini blanc ou noir, on comprend aisément qu'un chercheur de trésor y perde son latin, son grec et ses amphores ! B.B. sauve à elle seule le film du naufrage. Point de sexisme et admettons que l'acteur suisse Howard Vernon campe également son rôle avec talent. Effroyable bluette avec des dialogues d'aucune envergure, la réalisation de Rozier offre quand même de belles images de plongée sous-marine. Un Grand bleu avant l'heure. On y entend également avec plaisir des chants traditionnels en langue corse ! Si Dieu créa la femme B.B., Rozier n'inventa pas le cinéma...

 

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PÊCHEUR D'ISLANDE

Film français de Pierre Schoendoerffer (1959)

A Concarneau en 1959, l'armateur breton Mével ordonne au second d'équipage Guillaume Floury, surnommé Yan, de prendre la place du capitaine blessé dans une précédente tempête après qu'il soit parvenu à ramener l'embarcation à bon port. Yan commandera le chalutier Pêcheur d'Islande pour la première fois. Qu'à cela ne tienne que ledit chalutier ait une bien mauvaise réputation. Car on le dit porter malheur. Qu'à cela ne tienne donc et ce à plus forte raison que Yan fait la connaissance dans le bureau de Mével de sa fille Gaud, récemment rentrée de Paris. Les deux jeunes adultes ne restent pas indifférents l'un à l'autre. Au large, la pêche est bien maigre. Voulant faire ses preuves, Yan l'espérait au contraire miraculeuse. Il décide de gagner les dangereuses eaux au large de l'Irlande et de pêcher frauduleusement dans les eaux territoriales. Dénoncé par Jenny, sa maîtresse jalouse de Gaud, Yan est renvoyé. La mauvaise réputation du bateau empêche Mével de trouver un nouveau successeur. Yan reprend le commandement du Pêcheur d'Islande bientôt porté disparu...

Schoendoerffer ne fut pas le premier à porter à l'écran le roman éponyme de Pierre Loti ; Jacques de Baroncelli s'y étant déjà essayé en 1924. Le réalisateur modernise l'histoire et prend de nombreuses distances avec le texte initial, notamment en incluant des scènes maritimes à la différence du roman dont l'intrigue se passe intégralement en terre armoricaine. Il n'est d'ailleurs pas sûr que ce Pêcheur soit une adaptation de Loti. Le film n'en demeure pas moins une belle réussite bien que le Schoendoerffer de 1959 ne soit pas encore le génialissime réalisateur dont le talent explose six ans plus tard avec La 317ème Section. L'intrigue est solide et les personnages bien campés ; Charles Vanel en tête. Un film intéressant sur la pêche d'Islande, aussi dangereuse que mythique dans l'univers marin, à laquelle les Flamands préféreront le terme de pêche à Islande.

 

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TEMPÊTE

Film français de Samuel Collardey (2015)

Âgé de 36 ans, Dominique a une vie toute consacrée à son dur métier de pêcheur en haute mer. Ce n'est que trop rarement qu'il reste à terre en compagnie de ses enfants dont il a hérité de la garde après sa séparation avec son épouse Chantal. Dom fait preuve d'une inextinguible envie de se montrer à la hauteur de la tâche malgré ses longues absences et se rêve en patron de son propre chalutier associé avec son fils Matteo. Avec sa sœur Maylis, Matteo tente de ne pas trop faire payer au père de manquer nombre d'événements au sein du foyer des Sabes-d'Olonne. Les adolescents autonomes n'en mènent pas moins leur vie. Mais les choses se compliquent lorsque l'assistante sociale et la juge menacent Dom de lui retirer la garde des enfants s'il ne passe pas plus de temps à terre. Et Maylis, seulement âgée de seize ans, doit se résoudre d'affronter seule l'avortement d'un foetus non viable. Afin de les conserver auprès de lui, Dom se résout à transformer son rêve d'affaire en réalité. Sans apport financier mais de la hargne, il dépose des dossiers auprès des banques...

Dominique, Chantal, Matteo et Maylis Leborne, quatre comédiens amateurs qui campent leur propre rôle dans ce long-métrage quasi-documentaire qui gagne son pari d'avoir la force d'un coup de poing qui se reçoit avec la tendresse d'une caresse sur la joue. Collardey offre une formidable immersion dans le quotidien professionnel et familial d'un marin pêcheur vendéen. Aux longues et harassantes campagnes de pêche succèdent de trop fugaces moments de bonheur en famille bien que le père peine à offrir une éducation et se comporte plus en grand frère immature et maladroit dans ses sentiments. Et ce foutu argent qui manque immanquablement... La représentation de la figure paternelle ne manquera pas d'offusquer les plus puritains des spectateurs. Collardey révolutionne le cinéma social français. A voir absolument que ce film enthousiasmant et généreux !

Virgile / C.N.C.

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