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18/10/2016

Chronique de bande dessinée : Morgan Navarro "Ma vie de réac"

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Morgan Navarro, Ma vie de réac

Dargaud en partenariat avec Le Monde vient de publier les planches de bande dessinée du blogueur Morgan Navarro hébergées sur le site du journal. (http://morgannavarro.blog/lemonde.fr)

Ce dernier apparaît comme un observateur impuissant mais lucide de notre époque, comme il l'écrit lui-même en quatrième de couverture :

« On me traite de réac, mais je ne le suis pas. 

Je suis lucide, c'est tout.

Est-ce être réactionnaire de voir à quel point le monde court à sa perte ?

N'est-cd pas normal d'être atterré

par la bêtise crasse de notre époque ?

Une époque où les enfants commandent, où l'idiotie est cool, où le savoir est moqué,

où on se demande si c'est pas machiste

de tenir la porte aux dames ?

Bon, je sais, parfois je m'énerve un peu trop,

mais c'est plus fort que moi.

Attaqué par la connerie, je réagis, c'est tout.

Bon ok, je suis réac. »

Réac ? Vraiment ? Qui ne s'est jamais fait traité de « réac » dans un univers majoritairement « de gauche » ? Ou tout simplement dans un univers où seuls ceux qui l'ouvrent sans arrêt sont à gauche ? D'ailleurs de quelle gauche parle-t-on ? Quant on lit les planches parfois très drôles, parfois, il faut l'admettre, un peu plates, de cette BD, on imagine sans peine que Morgan Navarro est un type normal, plutôt « à gauche », au sens où il ne semble pas être dans le camp du patronat et qu'il doit pas trop aimer la loi travail, mais qui se retrouve brocardé sans arrêt parce qu'il trouve ridicule ou incompréhensible les délires genderistes où il se demande ce que sont « les personnes agenres ? » entre autres bizarreries du gauchisme post-moderne militant. Les planches sur Nuit Debout (pages 93/94/65) sont, à ce titre, particulièrement efficaces.

Ma vie de réac dépeint assez bien ce quotidien de plus en plus difficile pour les types de bon sens, pas forcément à droite, vivant dans un environnement parisien totalement déconnecté du réel et avide de toutes les modes sociologisantes deconstructivistes. Le bon sens, n'est-ce pas habiter en tant que borgne ce royaume d'aveugles ? Car il ne s'agit ici ni de politique ni de revendication mais bel et bien d'un homme usant de son bon sens et se heurtant à la bêtise ambiante tout en choisissant de continuer à la côtoyer, et d'être ainsi pointé du doigt en tant que reac. Dans "accouchement avec plaisir", on ressent parfaitement tout le cynisme de l'auteur face aux influences américaines. La planche croque avec réalité l'impossibilité du dialogue. Face à une énième facétie, la réaction de l'auteur lui vaut un immanquable « macho ». On est toujours « réac », « macho », « raciste », « islamophobe »… Même sa femme semble mal à l'aide, gênée souvent, par ses saillies.

Bien sûr comme Michéa ou Onfray, jamais l'auteur ne franchit le Rubicon de la question qui fâche : l'identité. Mais ce qu'apporte cette BD c'est un bol d'air frais pour le Français lambda, qui déjà pris dans un rituel journalier souvent stressant (bouchons, etc...). Et dans le fond on ne sait jamais vraiment ce que pense l'auteur sur le sujet. Est-il fondamentalement en désaccord ? Rien n'est jamais sûr.

L'ouvrage se termine par les publications des commentaires de son blog. On imagine sans peine les réactions conditionnées du lecteur moyen du journal Le Monde à la lecture d'une planche vaguement sexiste ou superficiellement « réac ». Le gauchiste, à force d'insulter tout le monde, a sûrement l'impression que la société « se droitise », mais si, au fond, c'était surtout lui qui s'enfonçait dans la connerie ?

Bien loin de la violence volontairement exagérée de Marsault, plus réaliste, plus intime, cette BD peut être placée entre beaucoup de mains.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

16/10/2016

Chronique de film : Captain Fantastic de Matt Ross

 Captain Fantastic de Matt Ross (2016)

captain fantastic.jpgMarteau de Thor autour du cou, Viggo Mortensen nous conduit dans Captain Fantastic à vivre une véritable aventure entre deux mondes que tout oppose. Lui, en père de famille écolo vivant avec ses enfants dans une forêt du nord-ouest des Etats-Unis, et le reste de sa famille, représentant l'Amérique industrielle, consumériste, protestante et bourgeoise. Mais ne nous y trompons pas, le film n'est pas véritablement manichéen. Il est plutôt une porte ouverte à la réflexion sur notre monde, mais aussi sur les façons de s'en extraire.

Car l'éducation des enfants de Ben Cash, le nom du personnage qu'incarne Viggo Mortensen, n'est pas du tout une éducation babacool. L'idéal de ce père de famille omnipotent, c'est la République de Platon, celle des philosophes rois et les enfants sont élevé à la dure : entraînement intensifs, maniement des armes, alpinisme extrême, chasse au couteau, etc... on est loin des caricatures du hippie loufoque refaisant le monde entre deux pétards. De drogue d'ailleurs ici il n'en est pas question. On parle de nourriture bio et locale et les enfants maîtrisent les sciences, la philosophie politique ou la musique classique dès le plus jeune âge.

Privilégiant la discussion et l'élévation intellectuelle, les enfants de la famille Cash sont en complet décalage avec leurs cousins, ignares et férus de jeux videos violents et abrutissants. Une éducation que tout oppose. Chez les Cash, on ne cache pas la vérité aux enfants, même à leur plus jeune âge, il n'y a pas de tabou, ni sur la nudité, ni sur la sexualité, ni sur la violence, ni sur la mort. A l'inverse de la famille de leurs cousins, où les tabous sont nombreux. La question se pose ici, les adultes ne pensent-ils pas trop souvent à la place de leurs enfants, les préservant de la réalité de la vie dans ce qu'elle peut avoir de dur, mais les exposant à bien d'autres dangers : l'ignorance ou la bouffe chimique.

C'est parce qu'ils connaissent la vérité que les enfants apprennent à gérer le décès de leur mère, élément qui va permettre à l'histoire de prendre son envol. A travers ce drame, qui se mue souvent en comédie, et qui vous conduira sûrement à manifester une palette d'émotions très différentes, on peut trouver des allusions à d'autres films comme Little Miss Sunshine ou La Route. La mort de la mère et la complicité qui existe entre M. Cash et son fils, Bodevan, n'est pas sans rappeler le film de John Hillcoat qui amène à réfléchir sur notre dépendance à la société industrielle.

Mais ce film est aussi un moyen de pointer les contradictions d'un père qui peut se muer en despote. Son aversion pour le christianisme touche ses limites dans une allusion subtile aux communautés chrétiennes vivant en marge de la modernité. Le protestantisme ne se limite pas au capitalisme de Max Weber et aux éléments caricaturaux du parti républicain. Son anti-nationalisme new age tranche avec une éducation enracinée, hygiéniste et guerrière. Sa soif de liberté avec son refus d'accepter les choix de ses proches.

De limite, il est question dans ce film, car c'est bien l'absence de limite qui conduit les deux modèles vers l'absurde. Tout l'intérêt du film réside donc dans la dernière partie à savoir comment ces contradictions vont se résoudre. Si la trame narrative est assez classique, Captain Fantastic est un film à voir d'urgence, qui mettra mal à l'aise les hommes post-modernes que nous sommes mais qui espérons le, conduira à de substantielles évolutions dans notre rapport à notre environnement, à l'éducation des enfants, à notre corps et aux autres.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

15/10/2016

Ernst von Salomon révolutionnaire, conservateur, amoureux (PHILITT)

ErnstvonSalomon-1-e1474909265787-531x330.jpgDans Les Réprouvés (1930), Ernst von Salomon retrace sa folle aventure politique au lendemain de la Grande Guerre. Son personnage littéraire devient emblématique de la Révolution conservatrice allemande et l’ouvrage une prophétie pour les générations perdues. Son enseignement : le nihilisme peut être vaincu par une passion plus vive que les tourments de l’Histoire. Le réprouvé trouve alors son salut dans l’expérience guerrière à laquelle succède l’élévation de l’esprit. 

Les Réprouvés s’ouvre sur une citation de Franz Schauweker : « Dans la vie, le sang et la connaissance doivent coïncider. Alors surgit l’esprit. » Là est toute la leçon de l’œuvre, qui oppose connaissance et expérience et finit par découvrir que ces deux opposés s’attirent inévitablement. Une question se pose alors : faut-il laisser ces deux attractions s’annuler, se percuter, se détruire et avec elles celui qui les éprouve ; ou bien faut-il résoudre la tension dans la création et la réflexion.

Amoureux éperdu d’une Allemagne en lambeaux, éconduit par l’Histoire au soir de la Première Guerre mondiale à laquelle son trop jeune âge l’a empêché de participer, Ernst von Salomon incarne la passion révolutionnaire conservatrice en acte lorsqu’il choisit de s’engager au sein des corps francs pour poursuivre la lutte. Mais si Dominique Venner a pu décrire cette épopée mythique comme une aventure nihiliste, l’obstination déraisonnable de Salomon apparaît comme une authentique quête de sens qui se poursuit tout au long de son parcours de guerrier puis de militant. Malgré le désarroi ambiant et l’absence de but dont certaines têtes brûlées semblent souffrir, le marginal Salomon exprime toujours l’instinct de reconquête d’une nation chérie. À ses yeux, seule la révolution peut redonner à l’Allemagne sa splendeur d’antan, celle pour qui on lui avait appris à mourir.

Révolutionnaire éperdu

Ernst von Salomon a tout juste 16 ans lorsque l’armistice est signé le 11 novembre 1918,  âge des folies, des idées à couper au couteau et des passions qui empêchent la résignation. Si la confusion est le premier sentiment que confesse l’auteur à l’ouverture des Réprouvés, l’espérance lui succède aussitôt et c’est cette tension permanente entre deux penchants contraires qui fait de la lutte acharnée sa raison de vivre. Car la vie de l’auteur, au début de son œuvre, ne semble tenir qu’à la poursuite de son idéal, dont il entrevoit déjà sans doute qu’il est un mirage mais refuse pourtant de l’abandonner. Ainsi confesse-t-il : « Aussi nous étions prêts à agir sous la seule impulsion de nos sentiments ; et il importait peu que l’on pût démontrer par la suite la justesse de nos actes. Ce qui importait c’est qu’en ces jours des actes fussent accomplis. » Ce n’est pas la raison, ce n’est pas l’idée qui guide l’aspirant épris d’Allemagne et vexé par une paix humiliante, mais une rage sentimentale qu’il ne maîtrise pas. De là naît l’instinct révolutionnaire, instinct destructeur par essence qui se donne pour seul objectif de renverser l’ordre établi, y compris l’ordre intérieur, spirituel et moral, de celui qu’il anime. Il s’agit d’éprouver le monde en s’éprouvant soi-même, d’expérimenter avant de prétendre connaître.  

Le mouvement avant toute autre chose, l’action tous azimuts apparaissent comme les seules voies du salut, l’unique conviction de cette génération frustrée étant celle que rien de bon ne pourra surgir de l’ère du parlementarisme et de la bourgeoisie régnante. Peut-être ne le comprend-il pas encore, mais c’est contre l’immobilisme de la pensée systématique, qu’elle soit libérale ou marxiste, qu’il importe de lutter. Et si nous parlons de salut, il ne s’agit pas uniquement d’un salut collectif dans la restauration de la grandeur allemande. La guerre, puis la défaite et les conditions de la paix ont comme détruit moralement l’individu. Le mouvement est donc la condition de la survie de chacun, une tentative vitale de retrouver du sens : « Dans l’attaque nous espérions trouver une délivrance, une suprême exaltation de nos forces ; nous espérions être confirmés dans la conviction d’être à la hauteur de tout destin, nous espérions sentir en nous les véritables valeurs du monde. Nous marchions, nourris par d’autres certitudes que celles qui pouvaient valoir pour notre pays. » Des lignes qui rejoignent celles de La guerre comme expérience intérieure d’Ernst Jünger et montrent à quel point l’esprit de revanche anime les individus et fabrique des guerriers plutôt que des soldats, des hommes affranchis plutôt que des fonctions révocables.

C’est là l’expression d’une folie impatiente, d’une folie amoureuse. Refuser l’immobilisme, sans cesse se mettre en péril comme on se remet en question, c’est le signe de ce que la révolution nationaliste rejette l’amour platonique d’une idée. Parce que la nation tant aimée a été perdue, il convient de la conquérir à nouveau, d’en occuper les frontières comme on épouse les replis, et non pas de la séduire. Pourtant vient un moment où l’acte ne suffit plus à nourrir l’espérance. La violence exalte peut-être autant qu’elle détruit celui qui la subit comme celui qui l’exerce. « Nous avions allumé un bûcher où il n’y avait pas que des objets inanimés qui brûlaient : nos espoirs, nos aspirations y brûlaient aussi, les lois de la bourgeoisie, les valeurs du monde civilisé, tout y brûlait, les derniers restes du vocabulaire et de la croyance aux choses et aux idées de ce temps, tout ce bric-à-brac poussiéreux qui traînait encore dans nos cœurs », avoue l’auteur. L’idéal s’annihile, l’idéaliste tend vers le nihilisme. La fatalité de plus en plus évidente oblige le guerrier à considérer à nouveau ses aspirations, ou à mourir d’avoir consumé tout ce qui habitait son cœur. Pour survivre, il faut projeter de nouveau un idéal, tailler une alternative dans l’étendard terni que l’on brandit encore sans y croire. Le mouvement devient une coquille vide qui ne demande qu’à être remplie par une production de l’esprit, l’expérience est vaine sans la connaissance. Il ne s’agit plus seulement de se mouvoir pour survivre, mais de savoir dans quel sens se mouvoir, et dans quel but. Alors, la passion révolutionnaire, se souvenant qu’elle était née de la réaction, se propose un but conservateur audacieux.

Intellectuel et violent : le jaillissement de l’esprit

L’enchevêtrement permanent des considérations collectives et individuelles dans l’œuvre en fait un parfait portrait psychologique du révolutionnaire, du militant au sens strict (c’est-à-dire aux méthodes militaires). Mais dans la lutte politique de l’immédiat après-guerre, c’est d’abord le jeune Ernst von Salomon qui se révèle à lui-même, intellectuel et violent, bien plutôt qu’une idée qui avance. À ses débuts, la volonté politique de l’auteur et de ses complices est au mieux une quête, une volonté de retrouver des repères dans le brouillard de la crise ambiante, plus qu’une véritable velléité. Mais si la simple réflexion n’est pas au départ de cette quête, c’est un symptôme de ce que l’idéal allemand de la Révolution conservatrice naissante n’est pas purement philosophique. Il est plus englobant, plus total : c’est une « vision-du-monde » (Weltanschauung) certes imprégnée de philosophie, digérée par l’intellect, mais aussi concrètement éprouvée, viscérale. Cette vision du monde se nourrit autant de la pensée que de la volonté et se livre sous les traits du sentiment en des termes lyriques, oniriques, suggestifs ou allégoriques qui défient les jargons et les découpages conceptuels rationalistes. Style emblématique de la Révolution conservatrice allemande que l’on retrouve aussi bien sous la plume d’Ernst Jünger ou de Carl Schmitt, et qui vise à suggérer, toucher, projeter plutôt qu’à simplement exposer. Car le réprouvé qu’incarne Salomon n’est pas un homme de salon. Il n’éprouve pas non plus la connaissance, chez lui, l’expérience prime. Le ressenti du jeune homme précède sa formation intellectuelle et sa conscience métapolitique. Ce n’est qu’en écrivant qu’il recherche la vérité de valeurs éternelles dans l’extrémité des expériences vécues, pour muer l’expérience en connaissance. Pour la surélever, l’ériger au rang de l’utile et de l’accessible à tous, alors l’œuvre prend son sens. 

On retrouve ici une expression magnifique du paradoxe de la pensée révolutionnaire conservatrice, moderne parmi les anti-modernes en ce qu’elle se propose de retourner la modernité contre elle-même, mais aussi et surtout en ce qu’elle peut sembler accorder la priorité à l’action, l’impulsion naissant du domaine du sensible et non de celui des idées. Ce qui ne s’éprouve pas n’est que tergiversation bourgeoise, comme semble le suggérer l’un des camarades d’Ernst von Salomon à qui l’ouvrage de Walter Ratheneau — assassiné avec la complicité de notre auteur par l’Organisation Consul — intitulé Des choses futures n’inspire que ce commentaire lapidaire : « Tant d’étincelles et si peu de dynamite. » Primat dont le naufrage est admis par Salomon lui-même, lorsqu’il avoue avec dépit que les considérations de la haute politique font des corps francs des idiots utiles au service des intérêts étrangers. Et la volonté d’agir envers et contre tout dans une fuite en avant permanente ne semble épargner que ceux qui, comme lui, se trouvent capables de sublimer l’action par la pensée et en extraire un peu de vérité, éclaircir une vision du monde, se proposer un but. La folie révolutionnaire, pulsion anarchique et déraisonnable, est comme canalisée, équilibrée par l’instinct conservateur qui appelle une plus grande sagesse et un effort de conceptualisation indispensable.

Mais cet équilibre, Salomon ne le trouvera cependant pas, bien qu’il en ait l’intuition, avant sa sortie de prison. Encore trop brûlant, trop extrême dans sa volonté d’agir à tout prix, jusqu’au crime, jusqu’à une damnation qu’il ne semble même pas craindre. Les réprouvés sont des éconduits que la gifle de l’histoire a jetés dans les bras du démon, des marginaux que l’exclusion détruira pour les plus faibles, confortera dans une citadelle assiégée pour les autres. Peu avant sa mort, plus de 40 années après la publication des Réprouvés, il confesse s’être réellement interrogé sur le sens de son action lors de sa seconde détention, après laquelle il épouse pleinement le mouvement de la révolution conservatrice en amorçant pour de bon la « révolution de l’esprit » déjà évoquée et présente en germe dans son oeuvre. C’est-à-dire un travail de redéfinition des concepts, à l’image de celui des encyclopédistes français du XVIIIème siècle, précurseurs présumés de la Révolution française. Mais comme si la tension entre connaissance et expérience était fondamentalement indépassable, l’histoire confrontera ce travail, cette connaissance, à l’expérience du politique et le fera dépérir par le détournement idéologique et politicien du national-socialisme.

/ PHILITT

Source : PHILITT

12/10/2016

Chronique de livre : Georges Bernanos "La France contre les Robots"

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Georges Bernanos, La France contre les Robots

C’est sur les ruines de la Seconde Guerre Mondiale, en 1945, que Bernanos écrit un pamphlet prophétique, véritable déclaration de guerre à la civilisation des Machines, au culte de la vitesse et du rendement effréné, à l’idolâtrie du profit matérialiste.

« En parlant ainsi, je me moque de scandaliser les esprits faibles »

Dans le style incisif caractéristique des Grands cimetières sous la lune, l’auteur entraîne avec lui son lecteur dans la fièvre de la révolte. L’écrivain vétéran de la Première Guerre distille sa passion dans chaque mot et son sens de la formule nous laisse un texte aussi beau par la forme que vrai par le fond.

« Si vous êtes trop lâches pour regarder ce monde en face afin de le voir tel qu’il est, détournez les yeux, tendez les mains à ses chaînes. »

Un monde gagné pour La technique est perdu pour la Liberté

Ce livre est tout d’abord le livre d’un constat : celui de la marée montante de la Machine qui submerge et détruit tout sur son passage. Pour Bernanos, cette invasion prend racine dans l’idéologie révolutionnaire de 1789 et sa rupture anthropologique qui fait chanter aux hommes l’hymne au Progrès, non plus dans l’homme, mais dans la technique. Des pages terribles peignent cette rupture dans les tous les liens profonds et sacrés de la vie. Le sens de l’honneur, les délicates racines qui attachaient l’homme du XVIIIème à la terre de ces ancêtres, à ses coutumes, tout, depuis un siècle et demi, tombe et se déchire. Les exemples les plus visibles en sont l’architecture, la mode et le vêtement.

« La France du XIXème à l’air de porter le deuil de sa révolution manquée. Elle a commencé par habiller les Français de noir. Jamais, en aucun temps de notre histoire, les Français n’ont été aussi funèbrement emplumés ; le coq gaulois s’est changé en corbeau. »

Le Moloch technique est un phénomène entièrement nouveau qui écrase ce que le monde avait connu jusque-là : des instruments plus ou moins perfectionnés, mais qui étaient « comme le prolongement des membres ».

A la manière d’Ortega y Gasset, Bernanos voit les vraies causes du problème dans l’aspect religieux : « On ne comprend rien à notre révolution si l’on refuse de tenir compte d’un fait historique d’une importance incalculable : depuis le XVème siècle, la Chrétienté Française subsistait, je veux dire la société chrétienne avec ses institutions, ses mœurs, sa conception traditionnelle de la vie, de la mort, de l’honneur et du bonheur, mais la Politique se paganisait de plus en plus… »

L’auteur critique cette recherche effrénée d’une nouvelle liberté dans la technique. Nous nous fuyons nous-mêmes afin de l’atteindre, alors que la liberté n’est pourtant qu’en nous.

« Notre révolution se fera contre le système actuel tout entier, ou elle ne se fera pas. »

La France contre les Robots, plus qu'un constat, une simple plainte, un aveu de défaite, est aussi un message d'espoir et de combat. Le combat de La France CONTRE les Robots. Et un combat, on doit le gagner. En opposition au futur noir qu’il décrit en 1945, et que nous sommes en train de vivre, Bernanos veut nous rappeler que nous sommes avant tout des héritiers. Il nous (ré)enseigne l’amour vrai de la Patrie, maison, refuge, foyer et Liberté des Français.

« Ils m’ont appelé d’un nom qui évoque d’abord à l’oreille le mot de paternité, mais ils ont fait ce mot féminin, parce qu’ils pensent naturellement à moi comme leur mère, et c’est vrai qu’ils m’aiment comme les enfants aiment leur mère ».

Les faits annoncés par Bernanos sont, à la manière d’Orwell ou de Barjavel, en train de se révéler juste. Donnons-lui raison jusqu’au bout ! « Nous allons connaître des temps difficiles, mais l’humanité n’est tout de même pas au bout de ses ressources, elle se renouvellera une fois encore dans le chaos ; c’est toujours par les plus grandes convulsions que s’annoncent les plus grandes Restaurations de l’Histoire… » Un clin d’œil à la Restauration de la Monarchie, idéal de ses débuts à l’Action Française ?

Arnaud Danjou / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

09/10/2016

Robert Steuckers présente son ouvrage "Europa" (vidéo)

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Courant décembre, les éditions BIOS vont publier Europa, un ouvrage de Robert Steuckers comptant 3 tomes.

Dans la vidéo ci-dessous, l'auteur présente Europa.


08/10/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Drogue

 Et si la drogue venait à disparaître ? En Amérique du Sud, en Asie, la production de cocaïne, héroïne et cannabis connaît une baisse constante. Certes, de nouvelles drogues font leur apparition mais, globalement, la tendance se révèle être à la baisse. La lutte contre les cartels de Colombie et du Mexique semble enfin porter ses fruits tandis que les pressions internationales s'accentuent sur les pays producteurs du centre asiatique dont les gouvernements semblent prendre le problème à bras le corps. Egalement dans le reste du monde. Moyennant contreparties, ça aide... A l'exception de l'Amérique du Sud et contre toute attente, les producteurs de stupéfiants n'opposent pas la résistance la plus farouche. Plus particulièrement en Afghanistan, au Pakistan, en Iran, en Turquie, en Egypte, au Maroc, au Kenya, au Burkina Faso ou au Nigéria. Oh !... pas par philanthropie rassurez-vous ! Quelles sont les nouvelles marottes des narcotrafiquants ? Le trafic d'armes ? Trop cher et dangereux ! La fausse monnaie ? Les organes ? Trop contraignant ! Non, le top du top, le nec plus ultra aujourd'hui, c'est le trafic d'êtres humains. La prostitution direz-vous alors ? Mais c'est que ça coûte cher de loger, nourrir et soigner des damoiselles. Quel trafic d'êtres humains alors ? Curieuse coïncidence ? Les Etats mentionnés plus haut calquent quasi-parfaitement ceux concernés par le déferlement migratoire, pays d'émigration ou de transit, qui sévit et s'accentue sur notre vieux continent. C'est pratique des migrants. Pas de stockage, pas de coûts de production. Juste quelques frais logistiques et encore... la marchandise n'est pas regardante. Etablir ce lien est-il signe de pensée démente ? En réalité, pourquoi les trafiquants se priveraient-ils d'abandonner les trafics traditionnels pour d'autres transactions tout aussi juteuses et moins risquées ? Car les nouveaux clients des dealers ne sont autres que les nouvelles élites négrières. Avouons que ça change du junkie obligé de faucher un téléphone pour se payer sa dose ! Gouvernants et financiers se délectent de voir arriver la marchandise en quantités toujours plus importantes. Les autorités sont même prestement dépêchées pour recueillir le fruit illicite des nouvelles routes de trafics internationaux. C'est un peu comme si les douaniers du port de Marseille accouraient, sourire aux lèvres et bras grands ouverts, pour demeurer ébaubis devant des containers débarquant moult cocaïne et résine de cannabis. Les migrants sonneront peut-être le glas de la came... Et si la drogue venait à disparaître, arrêterions-nous pour autant d'être tous des toxicomanes en puissance ? Car si la drogue est un produit de synthèse, que d'autres sont les additifs alimentaires comme la cellulose microcristalline E460 contenue dans cette délicieuse saute risotto que vous appréciez tant ou l'acide benzoïque E210 qui fait de vos raviolis préférés un véritable délice pour vos papilles ? Le junkie du coin de la rue est juste un peu plus drogué que les autres... Il est même finalement plus traditionaliste ou conservateur ! Plus de dealers, plus de drogues, l'empoisonnement légal est devenu obligatoire ! Tels des hackers qui conceptualisent des virus pour mieux vendre l'anti-virus, Monsanto crée des cancers qu'entretient Bayer, bailleur de fonds du nouveau cartel supranational qui se dessine. Bayer rachète donc Monsanto. Si Pablo Escobar avait épousé Al Capone, on ne serait qu'à des années lumières de ce mariage criminel. La lune de fiel, c'est vous qui la payez ! Récapitulons ! Des trafiquants convoient des migrants pour travailler à bas salaire dans des usines, pour certaines participant de l'empoisonnement général de la population mondiale. La boucle est bouclée. Schéma simpliste ? Tant pis ! Snif...

 

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L'HOMME AU BRAS D'OR

Titre original : The Man with the golden arm

Film américain d'Otto Preminger (1955)

A Chicago, Frankie Machine est croupier dans le tripot clandestin de Schwiefka. Sa femme Zosh demeure prisonnière de son fauteuil roulant, les deux jambes paralysées, après un accident dont le croupier est responsable. Evidemment, elle ne manque pas de lui en vouloir. Pour s'extirper de son infernal quotidien, Machine a sombré dans la dépendance à la morphine. De retour dans le foyer après une énième cure de désintoxication, il manifeste un désir ardent de changer de vie et devenir batteur dans un orchestre de jazz, après s'être essayé à l'instrument en cure. Mais le toxicomane a le plus grand mal à décrocher ; tenu qu'il est par son dealer Louïe auprès de qui il a contracté des dettes. Par ailleurs, Machine se sent de plus en plus troublé par sa voisine Molly qui tente de lui venir en aider pour un sevrage total. Sentant son mari s'éloigner, Zosh voit d'un mauvais œil les ambitions artistiques de son mari qui l'éloignerait du domicile, de même que son rapprochement avec la voisine...

Adaptée du roman de Nelson Algren, l'œuvre de Preminger est la première grande production hollywoodienne à évoquer le sujet de la toxicomanie et les ravages qu'elle engendre. La drogue, ce sujet alors tabou aux Etats-Unis... C'est sans surprise que la censure y mit sa pincée de poudre en refusant le visa de sortie d'un film jugé immoral. Un film qui a bien évidemment vieilli au regard des productions contemporaines. L'Homme de Preminger montre une vision trop feutrée des prises de drogue et la réalisation sombre trop souvent dans le mélodrame le plus effroyable. Il n'en reste pas moins que sont tout simplement génialissimes les séquences de sevrage du héros, magistralement interprété par Frank Sinatra dont l'investissement fut total. Une valeur sûre du cinéma noir américain à la mise en scène brillante.

 

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LAS VEGAS PARANO

Titre original : Fear and loathing in Las Vegas

Film américain de Terry Gilliam (1998)

1971, le journaliste Raoul Duke roule en direction de la ville du péché, accompagné de son avocat Maître Gonzo. Duke est chargé par sa rédaction de couvrir la célèbre course de motos des 400 miles qui se double d'une grande fête populaire. Les deux acolytes sont effectivement parfaitement disposés à goûter à tous les plaisirs stimulants, emmenant avec eux un large panel de stupéfiants: cocaïne, marijuana, poppers, mescaline et autres psychotropes. Profondément immatures, l'avocat et le journaliste refusent la mort de l'Amérique insouciante des années 1960 et le retour d'un certain puritanisme. Défoncés aux acides, le duo ne manque pas d'attirer l'attention sur eux dès leur arrivée à l'hôtel. Leur état ne s'améliore guère le lendemain et jour de la course. Pénible est le réveil au troisième jour, à plus forte raison lorsque Duke constate que la chambre d'hôtel est saccagée et que Gonzo a repris l'avion en direction de Los Angeles. Duke prend la fuite à son tour mais la police a tôt fait de le rattraper...

Séparé des Monty Python, Gilliam passe seul derrière la caméra et entreprend l'adaptation au cinéma du roman Fear and loathing in Las Vegas : A savage journey to the heart of the American dream de Hunter S. Thompson. Si Johnny Depp et Benicio del Toro se montrent à la hauteur et sauvent la réalisation du naufrage total, Las Vegas Parano ne réjouira que les bas de plafond se complaisant dans cette succession fatigante de délires hallucinatoires de peu d'intérêt. Le film ne manque pourtant pas d'égratigner le consumérisme et l'impérialisme américain au Viet Nâm, mais le tout est noyé dans un psychédélisme confus et outrancier. Cuisant échec commercial lors de sa sortie, le film devint culte peu après pour une raison que le cinéphile ignore. La bande originale, en revanche, vaut un long détour jusque la Cité du vice.

 

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MARIA, PLEINE DE GRÂCE

Titre original : Maria full of Grace

Film américano-colombo-équatorien de Joshua Marston (2004)

Elle est belle Maria, cette jeune colombienne de 17 printemps ! Elle est belle et elle se désespère d'étouffer dans sa petite ville de la banlieue de Bogota. Maria Alvarez est tellement belle qu'elle n'aura pas tardé à succomber à l'amour. Maria est belle et enceinte de trois mois d'un piètre mécanicien peu enclin à se soucier de son avenir. Maria vit chichement dans une petite maison surpeuplée de rien moins que sa mère, grand-mère, sœur et son neveu. Au sein de la maison, notre Cendrillon latina est exploitée par sa famille avec les tâches ménagères autant que par son employeur dans la plantation de roses dans laquelle elle travaille. Maria n'a qu'un rêve : fuir sa vie pour en commencer une autre. Elle rencontre Franklin et Javier. Les deux hommes constituent une fantastique opportunité pour aider la belle à quitter la Colombie. Mais Javier est un narcotrafiquant qui transforme Maria en mule, chargée de convoyer aux Etats-Unis 70 boulettes de cocaïne dans son estomac. Elle est belle Maria...

Au péril de leur vie, les mules franchissent les douanes l'estomac chargé de sachets compressés de cocaïne. La moindre fissure de l'un d'eux, et c'est l'overdose assurée. Le moindre doute des douaniers, et ce sont de longues années passées à l'ombre des barreaux. L'on sent immédiatement que le réalisateur américain n'a pas pris le sujet à la légère et ne manqua pas de recueillir de nombreux témoignages pour augmenter la crédibilité de son film. Et c'est parfaitement réussi ! Cette réussite, on la doit aussi à la gracieuse Maria, pleine de Grâce. Et puisque Maria est belle, citons Catalina Sandino Moreno qui campe brillamment son rôle de jeune femme aussi libre que fragile et innocente, et rêveuse d'une autre vie. La scène lors de laquelle Maria ingurgite, selon un processus strict car vital, chaque boulette de cocaïne qui va accompagner plusieurs milliers de kilomètres durant son fœtus, est une merveille de cinéma. Un film d'une force extraordinaire à voir absolument.

 

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OUBIER PALERME

Titre original : Dimenticare Palermo

Film italien de Francesco Rosi (1989)

Carmine Bonavia se déclare candidat à la mairie de New York. La lutte contre le trafic de drogue constitue le thème principal du candidat d'origine sicilienne. Au cours de sa campagne électorale, Bonavia rencontre Gianna, une jeune journaliste italienne qui lui suggère au contraire de mener son combat contre la drogue par le prisme d'une légalisation qui ruinerait la Mafia. De même, Gianna lui conseille de se rendre à Palerme. Immigré de la deuxième génération, Bonavia n'a d'ailleurs pas oublié ses racines îliennes. Aussi, l'homme politique décide-t-il de joindre l'utile à l'agréable en suivant les conseils de la journaliste et en profitant des charmes palermitains lors de son voyage de noces avec sa jeune épouse Carrie. Le piège tendu par Gianna se referme sur Bonavia bientôt accusé du meurtre d'un jeune vendeur de fleurs. Tenant entre ses mains la carrière politique de Bonavia, Cosa Nostra enjoigne au candidat d'accepter un marché...

Valeur sûre du cinéma transalpin, Rosi est au crépuscule de sa carrière lorsqu'il transpose à l'écran le roman éponyme d'Edmonde Charles-Roux. Cinéaste engagé, le caractère du réalisateur s'émousse dans cet avant-dernier long-métrage. Plusieurs curieux raccourcis mêlés à quelques invraisemblances gâchent quelque peu un film puissamment porté par la musique d'Ennio Morricone. L'idée est pourtant plaisante : un métrage sur la drogue et la Mafia qui se double d'une quête identitaire d'un homme déraciné souhaitant renouer avec l'île que son père a quitté pour s'extirper du contexte lourd de violence qui gangrène la Sicile. L'on s'y perd quand même un peu parfois et le thème de la Mafia est mieux traité dans nombre d'autres films. Palerme est en revanche superbement représentée par le cinéaste. Pas le meilleur Rosi mais du Rosi quand même.

 

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REQUIEM FOR A DREAM

Film américain de Darren Aronofsky (2000)

Héroïnomane notoire, Harry Goldfarb ne fait rien de ses journées qu'il laisse filer en compagnie de sa petite amie Marion et de son ami Tyrone. Perpétuellement dans le nirvana, le trio espère une vie meilleure, très différente de celle qui se dessine à court terme tant il s'enfonce toujours plus dans le désespoir. En matière d'addiction, Harry est allé à bonne école. Sara, sa mère, souffre d'une autre drogue : la télévision. Veuve depuis de nombreuses années et vivant seule à Coney Island, elle n'a pour seul compagnon que son petit écran. Sara en est certaine ! Elle participera un jour à son émission préférée. Afin d'épouser au mieux les codes esthétiques de la télévision, la mère juive s'astreint à un régime draconien, composé de pilules amphétaminées, pour revêtir le jour J sa plus belle robe rouge. Les rares sorties de Sara l'amènent chez le prêteur sur gage. Elle aime son fils bien que celui-ci ne cesse de déposer son écran chez le prêteur pour se payer ses doses. Chacun à leur manière, ils vont connaître l'enfer...

Là encore, le réalisateur s'inspire d'un roman, cette fois-ci de Hubert Selby. Clint Mansell signe une des meilleures musiques de tous les temps pour ce film merveilleusement sordide ! Qui a vu Requiem en conserve un souvenir indélébile. Jamais le détail de l'existence explosivement terne d'un drogué n'a été montré avec autant de force que par Aronofsky qui use et abuse de tous les effets stylistiques modernes du cinéma. Rien ne semble pouvoir détourner les protagonistes de l'abîme destructeur dans lequel ils plongent progressivement. Les corps se désirent puis se décharnent. Marion se prostitue pour une simple dose. Le sang ne coule plus dans le bras gangréné de Harry. Sara s'inflige les pires tortures pour quelques minutes de gloire espérées à la télévision. La dernière demi-heure est un sommet hallucinant et hallucinatoire du cinéma. Bref un film magistral et éprouvant sur la toxicomanie au point qu'il demeure un sujet d'étude en faculté de psychologie.

 

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TRAINSPOTTING

Film anglais de Danny Boyle (1996)

Edimbourg dans les années 1990. Au chômage, Mark Renton a l'existence confuse de tout junkie qu'il est. Il peut difficilement compter sur ses amis pour le remettre dans le droit chemin. Lors de ses moments de lucidité, il se dit qu'il lui serait profitable de se séparer d'eux : Spud, un crétin encore plus héroïnomane que lui, Sick Boy le fan de James Bond, Tommy, ex-gars bien sous tous rapports, qui sombre dans la drogue maintenant qu'il a été plaqué par sa petit amie et Begbie. Si ce dernier est clean niveau drogue, il compense par une alcoolémie aiguë et d'inqualifiables crises de démence violente. Oui, pour Renton, décrocher de la drogue est synonyme de se séparer de ses douteux camarades. Tant bien que mal, le renaissant parvient à se sevrer et découvre d'autres plaisirs auprès de Diane, lycéenne délurée. Découvrant qu'elle n'est âgée que de quinze ans, Renton veut la quitter mais l'adolescente menace de le dénoncer. Autre vie, autres ennuis qui se cumulent bientôt aux précédents. Car le démon de l'héroïne réapparait...

Quand il n'a rien de mieux à faire, un trainspotter, ferrovipathe en français, observe les mouvements de locomotives et wagons dans les gares. Irvine Welsh est l'auteur du roman éponyme transposé à l'écran par Boyle qui lance la carrière d'Ewan McGregor au cinéma. Faisant s'alterner comédie et voyeurisme tragique, le cinéaste dépeint le quotidien d'une fine équipe de toxicomanes dans une Ecosse désenchantée, touchée de plein fouet par le chômage. L'on rit souvent à la vue de ces pieds nickelés finalement plus bêtes que méchants. Et l'on ressent un profond malaise en voyant le corps bleu de ce bébé mort faute de soins d'une mère qui ne fut pas héroïne. Lorsque le réalisateur se rend coupable de présenter le shoot comme un orgasme multiplié par mille, c'est pour mieux faire redescendre le spectateur à la glauque réalité. Un film dur, fort bien fait et sans concession. De New Order à Blur, la bande originale sonne bien.

 

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UN MAUVAIS FILS

Film français de Claude Sautet (1980)

Bruno Calgagni rentre en France après un long séjour de six années aux Etats-Unis. Condamné là-bas à cinq ans de pénitencier pour trafic d'héroïne, il n'aura guère eu le temps de faire du tourisme. Sa pauvre mère n'aura pas survécu à la douleur d'un fils emprisonné. Dès son atterrissage à Roissy, il est informé par la police des contrôles auxquels il devra se plier. Ouvrier dans le bâtiment, son père René accueille bon gré mal gré Bruno au sein du foyer familial parisien mais la situation se dégrade aussitôt ; le paternel accusant le fils du suicide de son épouse. Sur le chemin de la repentance, Bruno trouve un emploi temporaire de manutentionnaire. C'est ensuite dans une librairie que Bruno travaille. La librairie, tenue par l'homosexuel Adrien Dussart, réinsère plusieurs toxicomanes. Bruno y fait la connaissance de Catherine. Un soir de déprime, le couple replonge...

Du grand cinéma français ! Sautet nous avait habitué à croquer la bourgeoisie avec la plus grande acerbité. Il s'attache désormais au prolétariat. Que dire de ce film si ce n'est qu'il est tout ce que le spectateur recherche ? Profond, sobre, touchant, bien filmé, bien joué. Yves Robert est magistral, Jacques Dufilho extraordinaire et le couple Brigitte Fossey - Patrick Dewaere fonctionne à merveille. Un rôle malheureusement de composition pour le plus grand écorché vif du cinéma français adulé par ses compatriotes, détesté par l'intelligentsia culturelle et la critique. Au point que son nom fut supprimé de la distribution du film dans plusieurs journaux et remplacé par les initiales P.D. Dewaere avait commis le crime de lèse-majesté de frapper un journaliste qui l'avait trahi et révélé le secret de son prochain mariage. Raison de plus pour aimer Dewaere !

Virgile / C.N.C.

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