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08/09/2015

Chronique musicale: Akitsa "Grands tyrans"

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Akitsa « Grands Tyrans »

(Hospital Productions, 2015)

A l’instar de Peste Noire, Akitsa fait partie de ces rares groupes de Black Métal qui cultivent un univers propre et original. Nous sommes ici bien loin des pitreries de la plupart des formations du style qui ne savent bien souvent que se copier les unes les autres et se parfaire dans le ridicule. Originaire du Québec et chantant donc en français, le duo O.T. / Néant aura produit en 15 ans une discographie respectable où se mêlent de nombreux splits, EPs ainsi que 5 albums. Grands Tyrans est justement le dernier LP d’Akitsa et fait suite au très réussi Au crépuscule de l’espérance, sorti il y a 5 ans déjà.

Le style Akitsa étant tout à fait unique, il aurait été étonnant de ne pas le retrouver sur ce cinquième album. Grands Tyrans reprend sans surprise tous les ingrédients qui ont fait le succès du groupe : un Black Métal noir et froid influencé par les sonorités punk/oï, une production crade et ces titres construits sur l’inévitable format répétitif développé dès les débuts du groupe. La musique d’Akitsa pourrait se résumer en quelques mots : nuit, froid, solitude, haine, oppression, mort. L’atmosphère inimitable du groupe transparaît dans chacun des 9 titres de ce nouvel opus, titres assez diversifiés en réalité et qui ont le mérite de montrer plusieurs facettes des Québécois : vocaux écorchés façon nazgul ou voix claires, titres midtempo ou d’une lenteur macabre…


L’auditeur est plongé, par les paroles et l’imagerie (sobre mais toujours très soignée), par cette musique pénétrante aux relents mélancoliques et bestiaux, dans un monde sans espoir où « seule la mort vous ouvrira grands ses bras ». Notre époque, celle du « Naufrage contemporain » que nous vivons, « vouée à la dégénérescence, à la décadence et à la déviance » pourrait très bien avoir Grands Tyrans comme bande sonore lors de son inévitable chute.

Rüdiger / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

07/09/2015

Sortie du premier album de Sub'sist (projet d'Act of Violence)

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05/09/2015

7 films à voir ou à revoir sur le Cirque

Issue des jeux antiques romains, la tradition du cirque se perpétue à travers l'Histoire au sein des cours et charivaris médiévaux et modernes. On songe à l'exquise description de la Cour des miracles dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Destiné au divertissement des princes qui se moquaient des pitreries de ces équilibristes jouant un rôle de bouffon, le cirque est devenu progressivement socialement correct. Aujourd'hui, on ne rigole plus des pitres, mais avec les pitres. Si nos chères têtes blondes sont bien évidemment facilement émerveillées par le spectacle, il s'en trouve pour juger les clowns effrayants. Stephen King est passé par-là à l'adolescence. Il est vrai que nous n'avons jamais réellement su si ceux-ci sont des amuseurs frappés du syndrome de Peter Pan, la volupté évanescente en moins, ou des pédophiles refoulés, toujours prêts à s'assurer les faveurs de jeunes enfants à l'aide de fleurs ou de sucreries. Si les arts du cirque apparaissent légitimement comme d'extraordinaires prouesses physiques promptes à offrir le plus beau des spectacles, l'envers du décor impose un lourd prix à payer. Au nom de l'amusement, personne ne semble trop s'émouvoir de ces enfants à l'ossature nécessairement déformée pour les besoins du spectacle. Au nom de l'émerveillement, les pouvoirs publics semblent peu enclins à prendre le relais des associations de protection animale pour dénoncer la maltraitance subie par ces animaux sauvages contraints de demeurer chaque année, des mois durant, dans des cages emprisonnées dans des remorques de 38 tonnes, pour ne recevoir que des coups de fouet lorsqu'ils en sortent. Quel plaisir y-a-t-il à regarder un ours se prendre pour un cycliste du dimanche ? Le cirque, une citadelle à laquelle le politiquement correct n'osera jamais s'attaquer ? Quelques dizaines de films ont évoqué le monde du cirque. L'immense majorité de ceux-ci ne manque pas d'allier à la féérie une atmosphère glauque tendue par des rapports humains difficiles. Entrez en piste à l'aide de sept films !

 

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BALADA TRISTE DE TROMPETA

Film espagnol de Alex de La Iglesia (2010)

Madrid, pendant la guerre civile, un clown est recruté de force par l'armée républicaine. D'une cruauté extrême, il massacre des combattants franquistes à l'aide de sa machette avant d'être jeté en prison. A son fils, il ne lègue que son désir de vengeance. Bien plus tard, en 1973, son fils Javier est un clown triste qui travaille dans un curieux cirque de banlieue. Javier découvre progressivement que son compère, le clown gai Sergio terrorise l'ensemble de la compagnie par son caractère tyrannique. Entre les deux pitres, les tensions s'exacerbent bientôt et il ne peut y avoir d'autre issue que l'affrontement. D'autant plus que chacun aspire à remporter l'amour de Natalia, jolie et cruelle acrobate...
La Iglesia, figure du nouveau cinéma espagnol, livre ici un film noir et déjanté qui dresse un parallèle habile entre les horreurs perpétrées par les combattants anti-franquistes et la misère sociale de nos sociétés contemporaines dans une péninsule hispanique irréconciliable et durablement imprégnée par la Guerre civile. Loin des clichés enchanteurs du monde du cirque, la présente œuvre fournit une excellente occasion de faire défiler des gueules patibulaires mais presque, comme disait le camarade Coluche, autre clown triste. Un film baroque dans lequel le sublime côtoie le grotesque et le romantique. Le générique du début constitue à lui seul une œuvre d'art.

 

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BRONCO BILLY

Film américain de Clint Eastwood (1980)

Bronco Billy McCoy dirige une misérable petite troupe ambulante produisant des spectacles de western dans l'Ouest américain. A chaque représentation, Billy lance des couteaux sur une jeune femme attachée à une roue de chariot tournante. Mais le spectacle ne fait plus recette et Billy est en cessation de paiement. La situation s'aggrave encore lorsque la jeune héroïne fuit bientôt la troupe. Billy fait alors la connaissance d'Antoinette Lily dans une station-service. Billy l'engage aussitôt sans se soucier du passé de la jeune femme. Son roi du lasso appréhendé pour désertion, la toile du chapiteau qui prend feu..., très rapidement, la poisse semble s'abattre sur un cirque déjà mal en point...
Largement méconnu dans la filmographie d'Eastwood, Bronco Billy mérite pourtant qu'on s'y attarde. Il est vrai que le western était passé de mode au début de la décennie 80. Alors un western qui épouse le thème du cirque... A la fois réalisateur et acteur principal du film, Eastwwood se livre comme un anti-héros déboussolé à la recherche d'un far west mythique et adulé dont il sent bien que la quintessence ne peut que lui échapper. Autoritaire, désenchanté et nihiliste, Eastwood entame sa sempiternelle Révolte contre le monde moderne sans jamais être avare d'émotions. Le film a bien évidemment été honni par toute la critique bien-pensante. Voilà donc une excellente raison de se divertir de ces deux heures.

 

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DE L'EAU POUR LES ELEPHANTS

Titre original : Water for elephants

Film américain de Francis Lawrence (2011)

En 1931, les Etats-Unis poursuivent leur dépression économique issue du krach financier de 1929. Après la mort de ses parents, Jacob Jankowski, jeune étudiant vétérinaire, plonge dans l'indigence la plus totale et rejoint le minable cirque ambulant des frères Benzini. Jacob, embauché comme soigneur, est très tôt séduit par la charmante écuyère Marlena, qui n'est autre que l'épouse d'August, le directeur du cirque ; un être cynique et violent coupable de maltraitance envers sa troupe et ses animaux. L'arrivée d'une éléphante fait bientôt se rapprocher le soigneur et la cavalière qui mettent en place un nouveau spectacle. La proximité des deux êtres se fait de plus en plus palpable...
Séduisante œuvre adaptée du roman éponyme de Sara Gruen. Taillé pour le box-office, le film n'ose guère aller trop loin dans sa noirceur et se contente de freiner sa dénonciation de l'univers impitoyable du monde du cirque au sein duquel hommes et animaux sont réduits à l'état d'esclaves impudiques contraints à l'exhibition. Le cinéma hollywoodien, empêtré dans une logique de rentabilité financière, semble décidément désormais incapable de s'extirper du mélodrame romantique. Si on ne se lassera quand même pas de la délicieuse Reese Witherspoon, dont ça n'est pourtant pas la meilleure prestation, le film aurait gagné à être plus inquisiteur. Allez ! Il se laisse quand même voir !

 

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FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE

Titre original : Freaks

Film américain de Tod Browning (1932)

Dans les années 1930, le cirque Tetrallini, composé de phénomènes de foire, sillonne toute l'Europe. L'illusionniste Hans, atteint de nanisme est fiancé à l'écuyère Frieda, atteinte du même ralentissement de la croissance. Mais Hans éprouve des sentiments de plus en plus forts pour la jolie trapéziste Cléopâtre, l'une des rares de la troupe à être dépourvue de tout handicap. Si Cléopâtre s'amuse gentiment des avances de Hans, elle n'en refuse pas moins ses cadeaux, provoquant la jalousie de Frieda. La relation entre la belle et le nain semble devoir être un amour impossible, d'autant plus que Cléopâtre entretient une relation secrète avec Hercule, le colosse de la troupe. Mais celle-ci apprend bientôt que Hans vient d'hériter d'une immense fortune. La cupidité de Cléopâtre lui fait échafauder un plan diabolique. La belle épouse le lilliputien...
Un couple de nains, des êtres androgynes, une femme à barbe, des sœurs siamoises, un homme-tronc..., freaks peut être traduit par monstres. Le film n'a pas pris une ride en huit décennies et demeure toujours aussi cultissime ! Le tour de force de ce film étrange et oppressant réside bien dans son absence de voyeurisme. Freaks, c'est tout sauf une galerie de monstres puisque ce sont les gens "normaux" qui sont étrangers au monde de ces bêtes de foire bien réelles et sans aucun trucage. Pas de voyeurisme, pas de misérabilisme humaniste non plus, juste un féroce humour noir. Un véritable chef-d'œuvre du cinéma fantastique longtemps censuré. Faut pas choquer le bourgeois !

 

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LE PLUS GRAND CIRQUE DU MONDE

Titre original : Circus world

Film américain de Henry Hathaway (1964)

Impresario d'un grand cirque américain, Matt Masters emmène toute sa troupe de l'autre côté de l'Atlantique pour une grande tournée européenne. Secrètement, il a l'espoir de retrouver une femme qu'il aima jadis, en la personne de Lili Alfredo, une ancienne trapéziste de la compagnie enfuie quatorze années plus tôt après la mort de son mari ; mort dont elle se sent responsable. Parmi ceux les plus désireux de retrouver sa trace, l'écuyère Toni, l'actuelle star de la troupe et fille de Lili. Arrivés à Barcelone, un naufrage suivi d'un incendie détruisent la totalité des équipements. Matt est anéanti et ruiné. Mais comme il sied dans le monde des arts, il faut que le spectacle continue ! Tandis que la troupe entreprend une répétition à Madrid, une femme assiste à celle-ci en cachette. Elle n'est autre que Lili...
Certes, plusieurs scènes d'acrobatie sont spectaculaires. Certes, Claudia Cardinale est belle comme un cœur... Et pourtant, on peine à entrer pleinement dans cette intrigue alourdie par une histoire d'amour convenue. Et le scénario ne fait émerger que trop peu de personnages ; les autres faisant office de simples figurants. Le film se laisse néanmoins regarder bien que l'on se dit que John Wayne est définitivement incapable de ne pas camper un rôle de western, même au cirque ! Pour l'anecdote, la scène de l'incendie faillit bien coûter la vie à ce dernier qui continuait à jouer la comédie tandis que l'équipe ne maîtrisait plus le feu du chapiteau.

 

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ROSELYNE ET LES LIONS

Film français de Jean-Jacques Beineix (1988)

Thierry est animé par une passion, celle de devenir dompteur de fauves, pour laquelle il sacrifie son baccalauréat. Au zoo de Marseille, il apprend le métier auprès du maître dresseur de lions Frazier. Thierry fait bientôt la connaissance de Roselyne qui voue une même passion au domptage de lions et tigres. Thierry et Roselyne sont faits pour s'aimer et vivre leur passion commune. Ensemble, ils prennent la route avec l'espoir d'une embauche dans un cirque. Mais l'apprentissage de ce métier risqué est long. Aussi, nos amoureux doivent-ils se contenter dans un premier temps de ramasser le crottin des chameaux et, pour la belle, de se faire découper chaque jour par un illusionniste. C'est dans un grand cirque munichois qu'ils finissent par être engagés. Elle sera dresseuse, sous les feux des projecteurs, lui, entraineur dans l'ombre...
Deux jeunes adultes prêts à tout pour consumer fanatiquement leur passion dévorante, tel est l'un des thèmes de prédilection du cinéma de Beineix, à la suite de 37°2 le matin. Le film passe malheureusement à côté de son sujet tant les rapports entre les personnages eux-mêmes et entre les héros et les fauves manquent d'épaisseur. Ce qui est un comble lorsque l'on sait que Beineix a exigé de ses acteurs de longs mois d'apprentissage du métier de dompteur qui, chacun en conviendra, est un rôle particulièrement ardu à appréhender pour tout acteur ! Le film ne manque pourtant pas d'une certaine grâce voluptueuse. Il fit un flop. Certainement ne méritait-il pas cela.

 

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36 VUES DU PIC SAINT-LOUP

Film français de Jacques Rivette (2009)

Tandis que le cirque s'apprête à partir en tournée, le directeur de la troupe décède brutalement. Kate, la fille aînée est appelée à la rescousse pour permettre à la troupe de maintenir les spectacles. Contre toute attente, Kate, qui avait juré qu'elle n'y reviendrait plus, abandonne ses activités professionnelles et reprend du service. En panne sur le bord d'une route provençale, elle fait la rencontre inopinée de l'Italien Vittorio. Fasciné par la jeune femme, Vittorio accompagne la troupe dans sa tournée et va progressivement s'insérer dans la vie sociale de la compagnie. Décelant une fracture dans la vie de Kate, l'Italien entreprend de percer le mystère de son ancienne rupture avec l'univers du cirque...
Habitué des longs, très longs-métrages, Rivette a décidé, une fois n'est pas coutume, de condenser son film en moins de quatre-vingt-dix minutes. Condenser ou bâcler ? Si l'œuvre ne fait pas l'économie de scènes extrêmement fortes et d'une intensité fidèle au réalisateur, on ne peut que déplorer la totale invraisemblance de ce cirque dont les artistes aussi vifs qu'un nonagénaire feraient salle comble dans des villages vides d'habitants. Et tout s'écroule quand on apprend les véritables raisons de la fragilité de Kate, néanmoins remarquablement interprétée par Jane Birkin. Mais l'exploitation métaphorique du cirque est originale. Bref, qu'en penser ? Le cinéma de Rivette est toujours aussi irritant. Certains adoreront, les autres s'en seront remis au marchand de sommeil bien avant le générique de fin.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

03/09/2015

Concert: In Memoriam en Belgique (16.01.16)

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31/08/2015

Chronique d'exposition : D’or et d’ivoire – Paris, Pise, Florence, Sienne – 1250-1320

Exposition D’or et d’ivoire – Paris, Pise, Florence, Sienne – 1250-1320

Jusqu’au 28 septembre 2015 au musée du Louvre-Lens

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L’intitulé de l’exposition qui se tient au Louvre-Lens jusqu’au 28 septembre est un peu trompeur. Si les œuvres précieuses - éléments sculptés en ivoire ou travaux d’orfèvrerie en métal doré – y ont en effet la part belle, l’exposition présente en fait un ensemble de pièces très varié : éléments d’architecture ou figures sculptées en pierre ou en bois, enluminures, peintures à fond d’or, restitutions de vitraux… un choix judicieux qui permet d’apprécier l’art du XIIIe siècle dans sa diversité, en cette période gothique où la peinture n’occupait pas encore la place prépondérante qui lui sera dévolue plus tard.

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Giovanni Pisano, Christ en Croix, Toscane, 1290-1310
Ivoire d’éléphant, H. 15,3 ; L. 6 ; P. 5 cm

L’exposition s’articule autour d’une thématique un peu complexe : la question des influences et des transferts artistiques entre Paris et les grandes cités toscanes. Si ce sujet peut sembler quelque peu abrupt pour un néophyte, il faut souligner qu’au-delà de son propos, l’exposition peut s’enorgueillir de rassembler de très belles œuvres – la valve de miroir dite « le jeu d’échec », en ivoire d’éléphant, les petits ouvrages sculptés de Pisano, le fabuleux groupe de la Descente de croix en ivoire, déjà présenté lors de l’exposition Saint Louis à la Conciergerie [lien], ou encore la sculpture de Jeanne de Navarre en fondatrice, pour ne citer que ces quelques pièces – qui ne manqueront pas de retenir l’œil averti, mais sauront aussi charmer le visiteur non initié.

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Valve de miroir : Le Jeu d’échecs, Paris, vers 1300
Ivoire d’éléphant, diam. 11,5 cm.

Sur le fond, l’exposition est passionnante. Les croisements artistiques entre les cités toscanes - Pise, Florence, Sienne – et la capitale du royaume de France, dans un contexte de fort développement économique et démographique, sont mis en lumière par de très frappantes confrontations d’œuvres issues de ces différents foyers artistiques. L’idée est stimulante et bienvenue – comme le rappelle le conservateur du musée, Xavier Dectot, jusqu’à aujourd’hui cette question des allers-retours stylistiques entre Paris et la Toscane n’avait encore jamais constitué le cœur d’une exposition – mais sa mise en application ne coule pas de source : il faut en effet faire preuve de bonne volonté pour saisir toutes les subtilités du parcours scénographique. A mon sens, même si les cartels sont toujours très remarquablement documentés, certains rapprochements d’œuvres auraient mérité d’être davantage explicités.

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Reliquaire des saints Maxien, Lucien et Julien, Paris, Sainte Chapelle, vers 1261.
Argent gravé, ciselé et doré, H. 19,6 ; L. 13,5 ; P. 2,9 cm.

C’est peut être la première salle de l’exposition qui gère le mieux l’équilibre entre pédagogie et richesse du propos : on peut y consulter une vaste carte de l’Europe pendant la période concernée, une frise comparative sur laquelle on peut évaluer les dimensions respectives de certaines des plus singulières prouesses architecturales de la période, ainsi que quelques indications relatives à la typologie des drapés – un élément déterminant pour l’étude des transferts et des influences stylistiques.

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Jeanne de Navarre en fondatrice, Paris, vers 1310
Calcaire lutécien autrefois polychrome, H. 82 ; L. 25 ; P. 18 cm

Les autres salles de l’exposition réservent leur lot de petites merveilles, dont l’étrangeté le dispute parfois au raffinement. L’une des pièces les plus remarquables de l’exposition nous toise de toute son élégance faussement moderne dans la dernière salle du parcours : La Vierge de l’Annonciation d’Agostino di Giovanni et Stefano Acolti n’accuse guère ses sept siècles d’existence, et ressemble bien davantage à un mannequin art déco qu’à l’une de ses homologues du XIIIe siècle. Entièrement articulée afin d’être parée comme il se doit en certaines occasions liturgiques, cette sculpture de bois polychrome a vraiment de quoi surprendre.

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Agostino di Giovanni et Stefano Acolti, Vierge de l’Annonciation, Pise, 1321.
Bois polychrome, H. 165 ; L. 60 ; P. 56 cm.

Si l’élégante complexité du style gothique rayonnant ne vous laisse pas indifférent, le Louvre Lens aura de quoi vous contenter, pourvu que vous acceptiez de donner à cette exposition subtile et dense un peu de temps et de concentration.

Lyderic / C.N.C.

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Dates de l’exposition
27 mai - 28 septembre 2015

Coordonnées :
Musée du Louvre-Lens
T : +33 (0)3 21 18 62 62
www.louvrelens.fr

Horaires d’ouverture :
Tous les jours de 10h à 18h, fermé le mardi.
Nocturne jusque 22h les vendredis 5 juin et 4 septembre.
Ouverture du parc tous les jours de 7h à 21h.

30/08/2015

Chronique musicale: Chelsea Wolfe "Abyss"

Chelsea Wolfe - "Abyss"

(Sargent House - 2015)

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La Californie, ce n’est pas que le soleil et le « bling-bling ». Chelsea Wolfe en est la preuve, l’antidote. Ayant gravis les échelons de l’underground avant de connaître un succès d’estime et critique avec son album Pain is beauty, la chanteuse au magnétisme irréel est de retour avec un nouvel album plein de promesses intitulé Abyss.

chelsea wolfe.jpgC’est avec des yeux bleus qui pourraient dévorer le monde et des cheveux noirs comme la nuit que cette fille originaire de Sacramento ensorcelle un public toujours plus grandissant. Son style est aussi singulier que sa présence . Tenter de poser une étiquette sur sa musique est une perte de temps. Au contraire de nombreux musiciens, qui sont avant tout les prêtres d’un style musical orthodoxe et codifié tel un dogme, Chelsea Wolfe est une artiste dans le sens où c’est « l’idée force » qui prime et s’exprime. Par conséquent l’auditeur ne sera pas surpris par le mélange, a priori surprenant, d’influences industrielles, folk, drone et metal où la voix de la californienne est à la fois le fil d’Ariane et le chef d’orchestre.

Justement cette voix éthérée, délicieusement fantomatique et envoûtante, prend le contre-pied d’une musique souvent abrasive, lourde et anxiogène où la technique du clair-obscur est la colonne vertébrale de l’album. Pourtant à l’écoute du dit album, c’est bien ce côté obscur, ces ténèbres insondables qui dominent. Le thème majeur d’Abyss est la paralysie nocturne dont souffre Wolfe. Cette expérience qui peut se révéler traumatisante, accompagné d’hallucinations, brouille la ligne de démarcation entre le rêve et la réalité.

Les chansons possèdent toutes leurs propres identités : « Carrion Flowers » et ses coups de boutoir, « Crazy Love », chanson tempérée possédant un petit côté Jeff Buckley, ou bien encore des morceaux pachydermiques que ne renierait pas Neurosis tel « Iron Moon » et surtout « Dragged Out ». La production se devait d’être à la hauteur des ambitions de la musique et le travail de John Congleton relève ce défi haut la main. Quant à Chelsea Wolfe, elle est une fois de plus entourée d’excellents musiciens dont Mike Sullivan, guitariste de Russian Circles.

A l’évidence, Abyss est une des sorties majeures de 2015. Aux antipodes de la musique mainstream et de la superficialité ambiante, Chelsea Wolfe démontre qu’on peut allier sincérité, mélodies, violence introspective dans une musique sans concession qui touche les couches les moins hermétiques des mélomanes, le tout sans vendre son âme et sans tomber dans la niaiserie narcissique post adolescente. Ce recueil de songes made in California est une réussite.


Donatien / C.N.C.

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