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24/02/2016

L’épopée napoléonienne : l’éternité d’un mythe (partie 1)

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« Qui de nous, Français ou même étrangers de la fin du XIXe siècle, n’a pas senti l’énorme tristesse du dénouement de l’Epopée incomparable ? Avec un atome d’âme c’était accablant de penser à la chute vraiment trop soudaine du Grand Empire et de son Chef ; de se rappeler qu’on avait été, hier encore, semble-t-il, à la plus haute cime des Alpes de l’Humanité ; que, par le seul fait d’un Prodigieux, d’un Bien-Aimé, d’un Redoutable, comme il ne s’en était jamais vu, on pouvait se croire, aussi bien que le premier Couple dans son Paradis, maîtres absolus de ce que Dieu a mis sous le ciel et que, si tôt après, il avait fallu retomber dans la vieille fange des Bourbons ! »

Cette évocation est extraite du bref essai de Léon Bloy, L’âme de Napoléon, dans lequel il présente une vision très personnelle de celui qu’il désigne aussi comme « la Face de Dieu dans les ténèbres ». Un ouvrage foncièrement partial, ouvertement élogieux mais surtout éminemment mystique. L’auteur du Sang du Pauvre y développe ses réflexions sur l’Empereur ou plutôt sur la signification de ce dernier dans l’Histoire. Léon Bloy défend l’idée que l’apparition de Napoléon ne relèverait pas de simples contingences humaines mais qu’elle s’inscrirait dans un « plan » dont les modalités ne seraient connues que de Dieu seul. L’auteur va même plus loin en qualifiant l’épopée napoléonienne d’événement le plus important depuis le passage de Jésus Christ sur terre. Selon lui, la grandeur infinie qu’a répandue cet homme tout au long de son existence et la fin misérable qu’il a subie ne peuvent signifier qu’une chose : l’annonce de la fin des temps, l’ultime manifestation divine avant la parousie finale. Nous laissons Léon Bloy à ses interprétations qui ont le mérite d’être exposées dans un style grandiose qui saisirait jusqu’au plus profond de son âme l’athée le plus convaincu (interprétations qui rappellent d’ailleurs celles de Savitri Devi à propos de la venue d’un autre chef de guerre, dont la chute est advenue cent-trente ans après celle de son « prédécesseur »).

Si nous avons choisi d’évoquer cet exemple, c’est avant tout pour sortir du carcan habituel et à nos yeux trop simpliste qui voit dans Napoléon un serviteur zélé de la révolution française (et donc d’une forme de subversion qui n’aurait pour objectif que de renverser un ordre catholique et royal) et un facteur de sa diffusion dans toute l’Europe (ainsi la personne de l’Empereur est très mal vue au sein des milieux radicaux dans nombre de pays européens, notamment en Italie). En effet, Léon Bloy est un auteur profondément croyant, catholique convaincu mais aussi un « désespéré » face au terrifiant spectacle d’un siècle qui a érigé l’appauvrissement spirituel en facteur de progrès et le positivisme en horizon indépassable, ce qui ne l’empêche aucunement de percevoir en l’héritier politique de la révolution l’ultime émanation de la grandeur divine. Sa démarche nous encourage à regarder au-delà des enchaînements factuels qui s’offrent à nos yeux afin d’en tirer l’essence, la signification véritable. Il faut savoir faire la distinction entre des événements historiques tels qu’ils sont perçus par la majorité, de manière prétendument objective, et le sens profond que leur donnent les personnes qui décident de cette Histoire (dont fait partie l’Empereur) et qu’ont pu déceler certains auteurs comme Léon Bloy. De cette manière, il est possible à nos yeux de tirer au moins quatre grandes leçons de cette épopée formidable, leçons qui font écho avec la lutte actuelle et donnent à l’aventure napoléonienne une dimension éternelle qui transcende le temps et l’espace.

Un premier élément est qu’il faut voir dans les guerres napoléoniennes l’archétype du conflit qui depuis l’aube de l’Humanité oppose la mer à la terre. En effet, peu d’événements historiques nous offrent un aussi bel exemple de cette confrontation entre deux empires, deux mondes, deux univers fondés sur les deux grandes conceptions antagonistes de l’existence. C’est la thalassocratie carthaginoise face à l’irrésistible émergence de la patrie de Cincinnatus, c’est la flotte du Commodore Perry au service des puissances commerciales occidentales face au shogunat Tokugawa, ce sont les communes italiennes face à la puissance impériale de Frédéric le Grand. Mais l’Angleterre qui s’oppose à Napoléon et à son bloc continental en ce début de XIXe siècle assume dans son idiosyncrasie un caractère qualitativement différent de ce qui avait été connu jusqu’alors. Les nations qui ont depuis l’aube de l’histoire humaine, fondé leur développement sur le commerce ont toujours su tracer des limites et garder à l’esprit une certaine hiérarchie de valeurs. Ce n’est plus le cas de cette Angleterre pré-victorienne à qui la voie est laissée libre de dominer le monde depuis sa victoire lors de la guerre de sept ans et qui a déjà entamé sa révolution industrielle. La digue a été brisée. Les transformations en cours en Grande-Bretagne annoncent celles qui contamineront le monde dans les décennies et les siècles à venir : déracinement, industrialisation (préparant la voie à la tertiarisation), spéculation financière, marchandisation et embourgeoisement de l’existence, sans parler évidemment de l’indigence de la condition ouvrière.

Et Léon Bloy d’évoquer celle qu’il appelle « l’île infâme » en ces termes :

« (…) L’abjection commerciale est indicible. Elle est le degré le plus bas et, dans les temps chevaleresques, même en Angleterre, le mercantilisme déshonorait. Que penser de tout un peuple ne vivant, ne respirant, ne travaillant, ne procréant que pour cela ; cependant que d’autres peuples, des millions d’êtres humains souffrent et meurent pour de grandes choses ? Pendant dix ans, de 1803 à 1813, les Anglais payèrent pour qu’il leur fut possible de trafiquer en sécurité dans leur île, pour qu’on égorgeât la France qui contrariait leur vilénie, la France de Napoléon qu’ils n’avaient jamais vue si grande et qui les comblait de soucis ».

Comme l’explique admirablement Jacques Bainville dans son Napoléon, les événements européens des années 1800-1815 se comprennent à l’aune de cette problématique : toute la légitimité du pouvoir du consul devenu empereur (à qui l’on accordera jamais une légitimité de fondateur d’une nouvelle dynastie « royale ») repose sur la perception que seul lui est capable de sauver les acquis de la révolution française, les territoires de la rive gauche du Rhin inclus. Or la France agrandie de ces nouveaux territoires acquiert une puissance intolérable pour la perfide Angleterre dont la suprématie repose sur la division de ses « voisins » continentaux. L’histoire géopolitique de l’Europe depuis cinq-cents ans et du monde depuis un siècle peut d’ailleurs se résumer schématiquement comme suit : une thalassocratie (anglaise, puis américaine) qui utilise sa ruse et ses ressources financières pour corrompre, diviser et avilir la première puissance continentale, tout en apportant un soutien aux puissances continentales secondaires. C’est ce qu’a fait l’Angleterre en arrosant continuellement de liquidités les successives coalitions des autres puissances européennes jusqu’à ce qu’elles parviennent à renverser le géant français. Mais il ne s’agit pas ici d’un simple conflit politique entre plusieurs états, il faut plutôt y voir un conflit entre plusieurs conceptions du monde. C’est l’alliance du paysan et du soldat face à la révolte du marchand, du bourgeois et du banquier. Le véritable conflit est là, entre une France continentale certes contaminée par le poison libéral et démocratique mais qui continue à porter des valeurs terriennes, sédentaires, enracinées et donc spirituelles, ne serait-ce que de manière latente, face à une Angleterre nomade, commerçante et ploutocratique (comme la Russie contaminée par le communisme continuera à porter les valeurs terriennes face aux Etats-Unis).

Les soldats prussiens et russes servaient donc les intérêts de la classe dominante anglaise en même temps que leur propre cause « nationale ». C’est là tout le malheur de notre continent depuis que le concept de nation a supplanté celui d’empire : l’impossibilité d’être unifié autrement que par la domination d’une de ses composantes, emprunte d’une conception galvaudée de l’identité collective, ce qui ne peut être inévitablement perçu que comme une domination étrangère intolérable et donne l’opportunité aux ennemis de l’Europe de la tenir sous un joug perpétuel. C’est seulement lorsque l’Europe aura renoué avec cette conception organique et spirituelle de l’Imperium, reposant sur les valeurs « continentales » dans leur pureté originelle, qu’elle pourra reconquérir sa place dans le monde.

Dans un autre ordre d’idées et poursuivant nos réflexions sur l’épopée napoléonienne, nous souhaitons aborder un second élément, crucial à nos yeux : la place du mythe napoléonien dans l’histoire de France et sa possible utilisation comme facteur de fierté et d’orgueil national. Nous l’avons déjà dit, le nationalisme, même entendu dans son acception traditionnelle et non libérale, constitue une forme de représentation collective inférieure relativement à une vision plus « impériale ». Cependant nous devons admettre qu’en s’autonomisant, les nationalismes ont su acquérir leur propre légitimité, notamment à travers la construction progressive des différents mythes ou romans nationaux. A nos yeux, une vision à l’échelle continentale ou civilisationnelle n’est aucunement incompatible avec une vision nationale à partir du moment où les deux sont envisagées comme « emboîtées » l’une dans l’autre, en coexistence organique, l’une contribuant à la compréhension et à l’enrichissement de l’autre. Or peu de périodes de l’histoire offrent un aussi bel exemple de grandeur pour la France et ses habitants que cette aventure qui nous a vus, pendant une décennie entière, vains instants d’éternité mais d’une intensité à déformer la courbe du Temps, dominer l’Europe et inspirer la crainte et l’admiration au monde entier. Il est vrai que nous avons échoué et il est aussi vrai que cette épopée marque la dernière tentative sérieuse pour la France d’accomplir son destin d’héritière de la Rome des Césars, l’épisode le plus tragique peut-être de cette Mélancolie Française, mais aussi le plus grandiose et le plus capable d’inspirer les poètes et les hommes d’aujourd’hui. Une tragédie que Léon Bloy évoque en ces termes :

« Ah ! Ce n’est pas la Garde seule qui recule à Waterloo, c’est la Beauté de ce pauvre monde, c’est la Gloire, c’est l’Honneur même ; c’est la France de Dieu et des hommes devenue veuve tout à coup, s’en allant pleurer dans la solitude après avoir été la Dominatrice des nations ! »

Dès lors, comment ne pas voir dans le mythe napoléonien une des pièces incontournables du roman national français et donc un outil formidable pour sortir la France de sa léthargie, un levier qui doit redresser les consciences assoupies de nos compatriotes en même temps qu’un irrésistible marteau capable de briser à tout jamais le miroir de la honte et de l’autoflagellation ? Face au déplorable constat de la pression exercée sur les esprits de nos contemporains et visant à en extraire les derniers reliquats de dignité et de fierté que ni quinze années d’éducation républicaine, ni la couardise infinie de nos présidents successifs agenouillés au nom des Français en signe de perpétuelle expiation n’ont pu complétement annihiler, nous ne pouvons considérer qu’avec le plus grand intérêt l’opportunité offerte par les souvenirs de la grandiose épopée de contrebalancer la propagande en cours. Que peut bien le discours du plus talentueux des sophistes, adepte de l’ethno-masochisme le plus pathologique, face à la grandeur infinie qui a irradiée sur le monde par l’intermédiaire de notre Empereur, grandeur gravée à tout jamais dans le marbre solennel de l’immuable Vérité de l’Histoire ? Que peut l’infâme journaliste aux ordres, le frêle et flasque chrétien de gauche de centre-ville, le cacochyme antifa enturbanné dans son foulard hermès, l’apologète du métissage et de la sodomie comme facteurs de progrès humain, que peuvent-ils face à la merveilleuse beauté répandue sur le monde par le plus grand des Français ? Que peuvent tous ces agents des forces de désintégration face au Sacre de David, face à l’Arc-de-Triomphe et face à tous les récits hagiographiques que notre littérature a produits sur ces événements ? Ces chefs d’œuvre sont la preuve de leur vilénie et de la justesse de notre combat. Ils sont le témoignage vivant que nous nous battons pour ce qu’il y a de plus grand et noble en l’Homme et que nous souhaitons dès-à-présent voir renaître des cendres d’une histoire consumée le phénix d’une France et d’une Europe égales à elles-mêmes.

Dans la deuxième partie de cet article, nous poursuivrons nos réflexions sur l’épisode napoléonien en évoquant deux autres aspects fondamentaux de la grande épopée : tout d’abord la figure de l’Empereur en tant que « grand homme », génie national et surhomme. Dans un deuxième temps nous évoquerons le sens du sacrifice qui a mu ses millions de fidèles et la signification à donner à celui-ci, notamment dans sa dimension anti-bourgeoise, anti-utilitariste et anti-individualiste, véritable combat contre le Temps.

Valérien Cantelmo pour le C.N.C.

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21/02/2016

Réédition: Absurd "Facta Loquuntur" (The final version)

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20/02/2016

7 films à voir ou à revoir sur la Littérature russe

Il est un fait évident que la littérature russe compte parmi le fleuron des arts littéraires du Vieux continent, au sein duquel le 19ème siècle fait figure d'âge d'or. Jugeons-en plutôt à la lecture de l'école romantique d'Alexandre Pouchkine, Nicolas Gogol, Ivan Tourgueniev, Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï ou Anton Tchekhov ! Avec moins de faste, le début du 20ème siècle poursuit un certain classicisme russe dont Maxime Gorki constitue la figure de proue. L'avènement du bolchévisme au pays du Grand Ours marque un coup d'arrêt dans la magnificence de la littérature russe, tant il est vrai que si le génie personnel de tout écrivain est la condition première à la réalisation d'un chef-d'œuvre, il est des climats politiques qui compliquent la tâche, voire la rendent impossible. Notons tout de même les œuvres de Boris Pasternak, Mikhaïl Boulgakov et Mikhaïl Cholokhov. Ces listes ne sont, bien entendu, pas exhaustives. Et comment pourrions-nous évoquer les lettres russes sans évoquer le caractère plus fiévreux des ouvrages d'Alexandre Soljenitsyne, bien sûr, dissident politiquement incorrect qui renvoie dos à dos le communisme et le capitalisme, mais également les théoriciens de l'anarchisme Mikhaïl Bakounine et Pierre Kropotkine ? Et plus proche de nous, l'inclassable écrivain franco-russe, fondateur du parti national-bolchévique, Edouard Limonov. Si comme toutes les littératures nationales, les lettres moscovite et saint-pétersbourgeoise furent très influencées par la littérature occidentale, plus particulièrement française, elles n'en conservent pas moins des aspects particuliers. Plus que tout autre, la littérature russe est certainement déterminée géographiquement et psychologiquement par l'âme de sa Nation, dont la construction identitaire est marquée par la violence des soubresauts de son Histoire récente. Le lecteur profane en Histoire russe pourrait rapidement se heurter à une littérature absconse qui lui ferait manquer la dimension charnelle de l'œuvre. Littérature pessimiste, voire nihiliste, dans laquelle les cicatrices et fractures morales de l'individu constituent des aliénations, littérature dense faisant figurer de nombreux protagonistes, acteurs d'une intrigue diffuse et compliquée, la littérature russe est très difficilement transposable sur une pellicule. Il est d'ailleurs à noter que ce ne sont pas des cinéastes russes qui s'attaquèrent aux monuments littéraires de leur patrie éternelle. Adapter, c'est trahir dit-on ! Cela vaut certainement encore plus pour Dostoïevski et Tolstoï ! Aussi, qui est exégète de ces œuvres littéraires, dont la force et la beauté demeurent un apport incommensurable à l'identité européenne, sera déçu des films présentés. Pour les autres, il s'agira d'une formidable découverte.

 

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ANNA KARENINE

Film américain de Clarence Brown (1935)

La Russie tsariste dans la seconde moitié du 19ème siècle. Anna Karénine est l'épouse d'un sombre et despotique noble, membre du gouvernement. Prisonnière d'un mariage de raison, l'épouse délaissée n'a jamais vraiment manifesté de sentiment amoureux pour son mari, à la différence de son jeune garçon Sergeï qui constitue son seul rayon de soleil. L'amour qu'elle porte à son enfant ne lui suffit néanmoins pas. Sa vie faite de convenances bourgeoises et de respectabilité sociale l'ennuie terriblement. Aussi, lors d'un voyage à Moscou, succombe-t-elle aux avances du colonel Comte Vronsky, jeune cavalier impétueux. Vronsky ne tarde pas à suivre Anna à Saint-Pétersbourg. L'idylle adultère est bientôt découverte et provoque un scandale. Anna est chassée de la maison sans possibilité de revoir son enfant. Elle va tout perdre, d'autant plus que si le Comte est un fougueux prétendant, sa véritable maîtresse est l'armée du Tsar...

Fait rare ! Greta Garbo interprètera à deux reprises l'héroïne du roman éponyme de Tolstoï, après une première adaptation muette d'Edmund Goulding sept années plus tôt. La présente adaptation de Brown est soignée mais la retranscription hollywoodienne de la Russie tsariste a un côté "image d'Epinal" très décevant. On n'y croit guère ! On ne peut que se rendre compte qu'adapter à l'écran la richesse d'une œuvre dense de plusieurs centaines de pages est une gageure. Egalement, peut-être la volonté du réalisateur était-elle justement de gommer le caractère russe de l'œuvre de Tolstoï afin de délivrer une vision plus universelle de cet amour interdit. A cet égard, la mise en scène est impeccable, de même que les décors et les costumes. Garbo et Fredric March ont un jeu impeccable.

 

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LE DOCTEUR JIVAGO

Titre original : Docteur Zhivago

Film américain de David Lean (1965)

Moscou en 1914, peu avant que la Première Guerre mondiale n'achemine la Russie tout droit vers la Révolution bolchévique. Le docteur Youri Jivago est un médecin idéaliste dont la véritable passion demeure la poésie. Jivago mène une vie paisible auprès de son épouse Tonya et leur fils Sacha, que vient bientôt bousculer Lara, fiancée à un activiste révolutionnaire, dont le médecin tombe immédiatement amoureux. Lorsqu'éclate la guerre, Jivago est enrôlé malgré lui dans l'armée russe et opère sans relâche les blessés sur le front. Sa route croise de nouveau celle de Lara devenue infirmière. D'un commun accord, ils se refusent mutuellement cette histoire sans lendemain. Après la Révolution d'octobre 1917, la vie devient précaire dans la capitale moscovite. Jivago se réfugie dans sa propriété de l'Oural avec sa famille afin d'échapper à la faim, au froid et à une terrible épidémie de typhus qui ravage le pays...

Film librement inspiré du roman éponyme de Pasternak et là aussi, un pavé de plusieurs centaines de pages à porter à l'écran. Lean s'en sort à merveille au cours de ces trois heures-et-demi, en retranscrivant magnifiquement l'épopée de ce jeune médecin en quête de vérité dans le tumulte de l'aube du vingtième siècle. Aussi, à la différence du livre, le film est-il recentré sur les protagonistes principaux. Pour que celui-ci soit à la hauteur, les producteurs y ont mis les moyens et ne se sont pas montrés avares en dépenses ! Le film, longtemps censuré au pays des Soviets, reprend bien évidemment avec la plus grande fidélité la critique du régime bolchévique par Pasternak. Ce qui n'est pas très surprenant non plus, concernant une production américaine en pleine période de guerre froide. Omar Sharif est convaincant. Une fresque grandiose qui a quand même un peu vieilli.

 

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LE JOUEUR

Film franco-italien de Claude Autant-Lara (1958)

En 1867, Le général Comte russe Alexandre Vladimir Zagorianski prend du bon temps avec sa famille à Baden-Baden en attendant le décès de sa riche tante Antonina dont il espère l'héritage prochain. Le général est accompagné d'Alexeï Ivanovich, précepteur des enfants. L'oisiveté à laquelle la vie du général est toute dévouée le pousse à s'abandonner dans les bras de Blanche, habile intrigante. Quant à sa fille Pauline, elle est la maîtresse du marquis des Grieux, un riche aristocrate français qui entretient toute la famille du général tant qu'Antonia n'a pas expiré. Et la tante ne semble guère pressée de trépasser. Certes en fauteuil roulant, elle rend visite à son général de neveu en Allemagne. Ivanovich, qui avait prévu de retourner à Moscou après qu'il se soit fait éconduire par Pauline, change ses plans à l'arrivée de la riche tante qui le prend à son service. Antonia épouse le démon du jeu et a tôt fait de dilapider la fortune qui faisait tant l'espoir de Zagorianski...

Autant-Lara ne tire pas son meilleur film de sa libre adaptation du roman éponyme de Dostoïevski. Loin de là... Et Liselotte Pulver, Gérard Philipe et Bernard Blier ne sont pas au mieux de leur forme. Certes, Dostoïevski n'est pas l'auteur dont les personnages sont les plus simples à camper... Le film d'Autant-Lara est plus proche du Vaudeville que de la restitution de l'hédonisme russe en Allemagne. Néanmoins, cette fantasque description de l'univers du jeu au 19ème siècle, parfois trop caricaturale et mièvre, revêt des caractères plaisants bien rendus par les décors et l'atmosphère des villes d'eaux du duché de Bade. A réserver aux inconditionnels du réalisateur de La Traversée de Paris.

 

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LOLITA

Film anglais de Stanley Kubrick (1962)

C'est l'été dans la petite ville de Ramslade dans le New Hampshire. Humbert Humbert est un séduisant professeur de littérature française récemment divorcé qui cherche une chambre à louer dans la ville. C'est dans la demeure de Charlotte Haze, veuve érudite en mal d'amour, qu'il trouvera son bonheur, surtout après avoir entraperçu Dolorès, quatorze ans, surnommée Lolita, la charmante fille de Charlotte. La propriétaire essaye par tous les moyens de s'attirer les faveurs du professeur bien plus tenté par le charme de la juvénile Lolita. Afin de pouvoir continuer à demeurer chez les Haze à l'issue de sa location, et ainsi à proximité de l'adolescente , Humbert n'hésite pas une seconde et épouse la mère. Le bonheur marial est de courte durée. Charlotte ne tarde pas à démasquer les véritables intentions de son nouveau mari...

Réalisation très librement inspirée du roman éponyme de Vladimir Nabokov qui ne fit pas l'unanimité. Certains allèrent jusqu'à hurler à la trahison de l'œuvre du moins russe des écrivains russes, dont la famille s'exila après la Révolution d'octobre 1917. Il est vrai que le film de Kubrick, qui n'a pourtant jamais craint d'érotiser son œuvre, contient une sensualité moindre que le roman. Il est vrai aussi que la censure exerçait encore de nombreuses contraintes à l'orée de la décennie 1960. Kubrick avait d'ailleurs déclaré, après avoir dû couper plusieurs scènes, qu'il aurait préféré ne pas tourner cette adaptation critique de la libéralisation sexuelle outre-Atlantique. La jeune Sue Lyon est merveilleuse, de même que James Manson. Il est difficile de juger si Lolita figure parmi les meilleurs Kubrick. Mais ça reste du grand Kubrick !

 

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LES POSSEDES

Film français d'Andrzej Wajda (1987)

Vers 1870, dans une ville de province de l'Empire russe, un group d'activistes révolutionnaires tente de déstabiliser la Sainte-Russie. Aux réunions, grèves et diffusions de tracts, succède bientôt l'action clandestine. Conduits par l'exalté fils d'un professeur humaniste, Pierre Verkhovenski, la cellule nihiliste confie la direction du mouvement à Nicolas Stavroguine, de condition aristocrate, mais cynique et désabusé. Fanatique et charismatique, Stavroguine exerce un pouvoir sans pitié sur le groupe. Aussi, ordonne-t-il l'exécution de Chatov, ouvrier honnête qui manifestait ses distances avec la bande au sein de laquelle les tensions s'exacerbent. Verkhovenski intrigue afin que Kirilov, un athée mystique, endosse le crime. Kirilov est contraint au suicide...

Au risque de se répéter, une nouvelle fois, le film est inférieur au roman, bien que la présente réalisation de Wajda conserve un intérêt majeur et de splendides images. Le fond de l'intrigue est survolé et perd, ainsi, en intensité, au regard des centaines de pages de l'œuvre de Dostoïevski, mais comment pourrait-il en être autrement ? Si Omar Sharif incarne, de nouveau et de manière satisfaisante, un héros de la littérature russe, les personnages du film pourront être perçus comme excessifs à l'exception de Sjatov, révolutionnaire qui garde raison plus que les autres. Wajda semble assez peu à l'aise dans sa représentation de l'esprit révolutionnaire qu'il apparente trop vulgairement à une soif de violence gratuite. A voir quand même !

 

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LE PREMIER CERCLE

Titre original : The First circle

Film américain d'Aleksander Ford (1972)

En 1949, un jeune diplomate découvre, à la lecture d'un dossier, l'arrestation imminente d'un grand médecin. Le diplomate prend la décision de prévenir anonymement le futur embastillé, ne se doutant que des oreilles mal intentionnées enregistrent la conversation téléphonique. La mise sur écoute n'est pas encore jugée suffisamment au point par les services secrets. Nombre de savants s'ingénient ainsi à perfectionner le système dans une charachka, laboratoire de travail forcé, de la banlieue moscovite. L'un des ingénieurs, conscient que l'écoute téléphonique est une arme coercitive précieuse pour les services secrets, entreprend de détruire sa création perfectionnée. Ce sabotage n'a d'autre issue que sa déportation en Sibérie. De même pour le diplomate bientôt identifié qui avait tenté de sauver la liberté du médecin. Parmi tout l'appareil répressif communiste, les laboratoires dans lesquels sont mis au point les armes de répression massive constituent le premier cercle de l'Enfer stalinien.

Il est surprenant que ce soit le cinéaste polonais rouge Ford qui se soit porté volontaire pour adapter à l'écran un roman de Soljenitsyne... Certainement revenu de ses illusions sur la nature du régime stalinien, Ford livre un plaidoyer en faveur de la liberté et de la dignité humaines. Soucieux d'une recherche esthétique, celle-ci n'est pourtant pas toujours réussie mais livre des passages intéressants que magnifie le noir et blanc. Le film est malheureusement tombé dans les oubliettes du Septième art. Quant au titre du récit éponyme et largement autobiographique de Soljenitsyne, il fait référence aux neufs cercles de l'Enfer de la Divine comédie de Dante Alighieri.

 

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UN DIEU REBELLE

Titre original : Es ist nicht leicht ein Gott zu sein

Film germano-franco-russe de Peter Fleischmann (1989)

La Terre dans un futur loin de plusieurs siècles. Les Terriens sont parvenus à une parfaite maîtrise de leurs émotions afin de vivre dans une paix perpétuelle. A des fins d'étude, une équipe de chercheurs est envoyée en observation d'une autre civilisation humaine sur une lointaine planète. Afin de ne pas dévoiler leur présence, seul Richard est choisi parmi les siens pour aller à la rencontre des habitants. Un seul impératif guide son action : la non-ingérence dans les affaires autochtones. Le temps passe et Richard ne donne plus aucun signe de vie au reste de l'équipage demeuré dans le vaisseau spatial. Inquiet, Alan fait à son tour le voyage vers la planète semblable à la Terre mais sur laquelle les mœurs des habitants, brutales et cruelles, et la technologie accusent plusieurs siècles de retard...

Délaissons quelque peu l'univers de la littérature classique russe pour nous intéresser à un chef-d'œuvre méconnu de la littérature de science-fiction. Le présent film est une adaptation du roman Il est difficile d'être un Dieu des frères Arcadi et Boris Strougatski et est supérieur à la seconde adaptation éponyme d'Alexeï Guerman. Le présent film ne manque pas d'être subversif et peut être considéré comme une vive critique du soviétisme et, dans une perspective plus large, de la barbarie de la soumission à autrui qu'exerce la violence. La mise en scène est néanmoins faible, les cadrages serrés curieux au regard de l'immensité du décor et les effets spéciaux peu travaillés. Et pourtant ! Voilà un petit bijou que les passionnés de science-fiction considéreront comme culte. Les plus rationnels des spectateurs pourraient, quant à eux, s'endormir longtemps avant la fin. Tourné au Tadjikistan pour les décors naturels, il offre, en outre, de splendides paysages.

Virgile / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

18/02/2016

Documentaire: Peste Noire "À la Chaise-Dyable"

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Notre entrevue avec Peste Noire: ici

17/02/2016

Nouvel album de Paris Violence: "Promesses d'immortalité"

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13/02/2016

7 films à voir ou à revoir sur le Huis clos

Le huis clos est un sous-genre du cinéma qui n'est pas à négliger. Inspiré de l'art théâtral classique, le huis clos embrasse l'ensemble des genres cinématographiques, du film sentimental au film d'horreur, en passant par la comédie, le thriller ou la science-fiction. On peut le définir comme un exercice de style imposant que la totalité ou l'immense majorité de l'intrigue tienne dans une même unité de lieu, de temps et d'action. Le huis clos présente également l'avantage d'être un cinéma économe qui évite de somptueuses dépenses de multiplicité des grands espaces filmés et peut se décliner à toute échelle si l'on ne craint pas d'épouser une définition plus élargie. Aussi, un salon, une forêt, un immeuble, une automobile, une cabane, une fusée, une tranchée, un ascenseur ou même... un cercueil peuvent-ils devenir des personnages à part entière. Econome, donc très rapidement adopté par nombre de réalisateurs et producteurs qui, s'ils sont avares de leurs dépenses, ne le sont nullement en astuces scénaristiques et techniques pour que la facilité de l'unité de lieu ne se transforme pas en un cinéma ennuyeux pour qui sait maintenir un certain tempo filmique dans un espace fermé. Le huis clos possède surtout l'avantage de faire se concentrer l'attention et le regard du spectateur sur des personnages sublimant les drames de la vie, tant il est vrai que ceux-ci ne se jouent que rarement sur la place publique. Ce sous-genre ne cesse d'être réinventé par une nouvelle génération de cinéastes qui voient, à cet égard, Alfred Hitchcock ou Roman Polanski comme leurs maîtres.

 

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A UNE HEURE INCERTAINE

Titre original : A huma hora incerta

Film portugais de Carlos Saboga (2015)

L'année 1942, au Portugal sous António de Oliveira Salazar. Boris et Laura sont deux réfugiés Français arrêtés après un contrôle. L'inspecteur de la police politique Vargas ne tarde pas à succomber au charme de la jolie Laura et prend la décision de cacher les réfugiés dans sa demeure, à l'insu de sa famille et de la bonne Deolinda, et en contradiction totale avec la nature de sa fonction d'inspecteur. Le grand hôtel dans lequel il vit est désert. Seules sa femme gravement malade et végétative et leur fille Ilda, dont la beauté n'a d'égale que son espièglerie, occupent les lieux. La jeune fille nourrit des sentiments étranges à l'égard de son père. L'amour incestueux n'est pas loin... De la même manière, les Français, qui entretiennent également une curieuse relation entre liberté et jalousie. La jeune fille, prise d'une terrible jalousie, ressent très vite la présence d'étrangers dans le complexe. Jasmin, le collègue de Vargas devine aussi que ce dernier n'est pas étranger à l'évaporation des deux Français...

Saboga livre un huis clos très oppressant qui a pour cadre ce grand hôtel désaffecté, qui n'est pas sans rappeler le Shining de Stanley Kubrick. Le réalisateur maîtrise remarquablement l'utilisation du clair-obscur magnifié par un décor très fantomatique avec ses pièces inoccupées dont les meubles sont intégralement recouverts de draps blancs. La petite Ilda demeure le seul être de vitalité dans cet univers feutré et évoluant au ralenti qui semble hors du temps. Ilda ambitionne de remplacer, auprès de son géniteur, sa mère inerte dans son grand lit et comme endormie dans un sommeil éternel. Tout aussi mystérieux sont les réfugiés dont on ne sait s'ils sont frères et sœurs et, ainsi, incestueux. Le film n'en indique guère plus mais on devine leur judaïté qui détermine leur fuite de France. L'hôtel hors du temps constitue une métaphore du Portugal de la première moitié de la décennie 1940. Un pays isolé de l'Histoire en marche que Salazar a mis à l'abri des tumultes de la guerre et qui fut une terre d'exil pour des milliers de réfugiés. C'est bien fait mais un peu court.

 

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LE BATEAU PHARE

Titre original : The Lightship

Film américain de Jerzy Skolimowski (1985)

1955, la capitaine Miller est à la tête du bateau phare Hatteras mouillant au large des côtes de la Virginie. Lors de sa carrière militaire chez les Marines, le patronyme germanique du capitaine n'a jamais manqué d'attirer sur lui la méfiance de sa hiérarchie. Miller est surtout suspecté d'avoir abandonné ses hommes au feu durant une mission. La mauvaise réputation qui le poursuit le fait croupir sur le Hatteras. Son fils, Alex, qu'il ne voit presque plus, est arrêté après une bagarre dans un bar et ramené à son père par la police militaire afin que son engagement sur le navire lui fasse éviter la maison de correction. Trois nouveaux venus sont recueillis quelques jours plus tard alors qu'ils dérivaient à bord d'un canot. Très rapidement, l'équipage se rend compte que ce sont des fuyards recherchés par la police. Les gangsters prennent les marins en otage...

Contraint de s'exiler du régime communiste au milieu des années 1960, la présente œuvre est le premier film américain du réalisateur polonais Skolimowski qui n'en est pas à son coup d'essai dans sa riche filmographie. Aussi, la réalisation révèle-t-elle la parfaite maîtrise du cinéaste. Le scénario paraîtra convenu, "à l'américaine" pourrait-on dire. Mais Skolimowski applique sa patte européenne et livre un film en huis clos émouvant faisant s'entremêler deux conflits psychologiques. Celui entre le capitaine solitaire et les malfrats bien évidemment, mais surtout celui entre ce même capitaine et son délinquant de fils désinvolte en rupture avec la figure paternelle. Très beau film !

 

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CUISINE ET DÉPENDANCES

Film français de Philippe Muyl (1992)

Respectables bourgeois parisiens, Jacques et Martine s'apprêtent à recevoir deux convives ce soir. Cela fait dix ans qu'ils ne se seront pas revus et les retrouvailles sont déterminées par la réussite des uns et la banalité quotidienne des autres. La star de la soirée est incontestablement l'ex-petit ami de Martine devenu une vedette que se disputent les médias. Il viendra accompagné de son épouse Charlotte, talentueuse journaliste autocentrée sur sa carrière. Jacques et Martine espèrent la plus grande réussite de la soirée et ont mis les petits plats dans les grands. Mais les invités accusent deux heures de retard, ce qui a le don de faire péter les plombs de Martine. D'autant plus que certains ont le chic pour se greffer à une soirée sans y être invités. Ainsi de Georges, copain de Jacques, parfaitement misanthrope, antipathique et râleur. Ainsi également du frère de Martine, Fred, gentil mais fauché et très envahissant puisqu'il squatte l'appartement depuis des mois. Et Fred a surtout pour petite amie une certaine Marylin au décolleté ravageur. La soirée ne débute pas sous les meilleurs auspices. Et si, en plus, le plat est trop salé...

Film issu d'une pièce de théâtre écrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui qui fut un grand succès et dont l'adaptation est souvent drôle. On peut d'ailleurs parler de théâtre filmé. Comme l'indique le titre, l'intrigue se passe dans intégralement dans la cuisine. Aussi, ne voit-on jamais certains invités, tels la vedette et Marylin, ce qui renforce le suspense. Dépeints de la sorte, on attend que cela et pas seulement pour la tenue vestimentaire de Marylin ! La truculence des dialogues fait mouche et offre un menu complet et raffiné de basses veulerie et de flagornerie mielleuse qui moquent ces convenances petites-bourgeoises de bienséance. Tout est suggéré en nuances et on mesure les non-dits accumulés tout au long de ces années qui masquent des fêlures enfouies prêtes à jaillir ce soir. Tous sont des médiocres bien trop occupés à scruter l'insignifiance de l'autre. Jean-Pierre Darroussin est exquis en looser. On peut ne pas aimer Bacri et Jaoui mais difficilement contester qu'ils sont de bons acteurs, au jeu certes limité. Bacri est jouissif en peau de vache qui n'a pas la langue dans sa poche et est la parole qui délivre toutes les frustrations. On voudrait tous être à sa place ce soir-là et dégueuler les mêmes vacheries. Parfait pour se détendre et se moquer !

 

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FURTIVOS

Film espagnol de José Luis Borau et Manuel Guttiérez Aragón (1975)

Angel est un braconnier taciturne qui vit avec Martina, sa mère tyrannique dans une ferme rustique au cœur de la forêt à proximité de Ségovie. Il occupe la curieuse profession d'alimañero, chargé d'abattre loups et autres prédateurs afin de protéger les cerfs de la réserve et en profite également pour braconner et revendre viande et peaux des animaux de la forêt. Milagros, une jeune femme, en fuite d'une maison de redressement, séduit Angel et le suit dans la ferme. La jeune fugitive est, en réalité, la petite amie d'El Cuqui, délinquant notoire des environs. L'arrivée de Santiago, gouverneur allaité au même sein qu'Angel, perturbe encore un peu plus les habitudes des lieux. Entouré de riches amis, il s'accorde une partie de chasse au chevreuil et cerf. El Cuqui, lui, est bien décidé à retrouver la trace de sa petite amie dont l'arrivée dans la ferme met Martina dans une fureur noire. Angel est bien décidé à conserver son amoureuse auprès de lui. Le drame sourd de la forêt...

Film tout simplement extraordinaire dans lequel la mort animale constitue le prélude d'un drame dont l'intensité monte crescendo tout au long du film. Une mère despotique, gardienne jalouse de la solitude de son fils, qui manifeste le furieux désir d'entraver toute liberté à celui-ci. La ferme délabrée, au sein d'une forêt humide et asphyxiante, ne comporte qu'un seul lit. Aussi, devine-t-on l'ascendant incestueux que la mère exerce sur son fils. Sorti deux mois avant la mort du général Francisco Franco, certains ont pu y voir une critique du régime en place par le truchement du gouverneur, aussi paternaliste que clair dans ses annonces de pouvoir coercitif qu'il menace d'appliquer à tout moment si ses desiderata se voyaient contrariés. Il est certain que la censure causa de nombreux problèmes aux réalisateurs.

 

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KEY LARGO

Film américain de John Huston (1948)

Le major Frank McCloud, ancien officier de la Seconde Guerre mondiale terminée depuis peu, arrive sur la petite île de Key Largo, en Floride, pour visiter James Temple dans l'hôtel vétuste qu'il dirige. Temple est le père de son ami et subalterne, George, tué dans les combats en Italie qui laissent Nora veuve. L'ancien soldat aspire à un repos loin du tumulte et des atrocités de la guerre. L'endroit est occupé par des hommes qui se révèlent bientôt être des gangsters dont Johnny Rocco est la tête pensante et patientant là jusqu'à une prochaine transaction de fausse monnaie. McCloud ne trouve plus la force de s'opposer aux gangsters même lorsque ceux-ci s'en prennent à la jeune veuve. Les plans de Rocco changent lorsqu'un ouragan isole complètement l'hôtel. Les malfrats tentent de fuir à Cuba à l'aide d'un bateau que McCloud se voit obligé de piloter. Rocco estime le major trop lâche pour tenter quoique que ce soit...

Voilà un scénario qui, de prime abord, laisserait plutôt indifférent. C'est un tort ! Key Largo est un huis clos magistralement mené par Huston et sublimé par deux monstres sacrés du Septième art en les personnes de Humphrey Bogart et Lauren Bacall, mythique couple à la ville comme à l'écran. Edward G. Robinson est également très à son aise dans l'un de ses derniers grands rôles. La tension nerveuse est somptueusement palpable et fait se souvenir qu'Alfred Hitchcock n'a jamais détenu le monopole du film noir. Les dialogues sont d'une violence froide inouïe. Œuvre issue de la pièce de théâtre éponyme de Maxwell Anderson dont la réalisation peut paraître un peu trop théâtrale. Mais ne faisons pas la fine bouche !

 

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PIONEER

Titre original : Pionér

Film norvégo-suédo-germano-français d'Erik Skjoldbjærg (2013)

Au début des années 1980, en Norvège, la découverte d'un gigantesque gisement de pétrole dans les profondeurs des fonds marins marque le début de l'exploitation off-shore de la Mer du Nord. L'Etat norvégien entame l'extraction de l'hydrocarbure avec la collaboration des Etats-Unis. Le projet commun, porteur d'enjeux économiques énormes, n'exclut nullement la plus grande méfiance entre les deux Etats. Petter et son frère Knut font partie des plongeurs envoyés dans les profondeurs pour assurer la périlleuse mission de la mise en place d'un pipeline par 500 mètres de profondeur. Lors de l'une de ces descente dans les abysses, un accident mortel aussi mystérieux qu'inexplicable survient à l'un des plongeurs norvégiens. Son frère et collègue de descente estime avoir sa part de responsabilité dans l'accident. Il ne tarde pas à découvrir que ses employeurs ne sont pas exempts de reproches et s'affairent à maquiller certaines circonstances du drame...

Film librement inspiré d'un scandale énorme en Norvège qui contraint le gouvernement à proférer des excuses et dédommager les victimes-cobayes après que l'affaire soit remontée jusqu'à la Cour européenne des Droits de l'Homme. Le tout sur fond de raison d'Etat et de rivalité américano-norvégienne. Pioneer est une réalisation à l'atmosphère oppressante et anxiogène qui invite à une plongée, c'est le cas de le dire, dans le quotidien de ces ingénieurs de l'extrême. Thriller subaquatique efficace bien qu'il peine à maintenir la même intensité tout au long de la centaine de minutes, plus particulièrement après la révélation de la responsabilité étatique. Curieusement, la partie en immersion, véritable prouesse cinématographique tournée en milieu naturel, est plus réussie que la phase policière. Film intéressant mais claustrophobes et hydrophobes, abstention !

 

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ROOM 304

Titre original : Værelse 304

Film croato-danois de Birgitte Stærmose (2011)

A Copenhague, dans un luxueux hôtel. Un coup de feu est tiré. Trois jours durant, les vies de plusieurs personnes se croisent intentionnellement ou accidentellement. Toutes ont pour points communs fêlures, solitude, deuil et frustrations. Teresa est une hôtesse au bord du désespoir en ne parvenant pas à trouver de partenaire sexuel décent. Le blanchisseur Agim est, lui, un immigré kosovar, obsédé par la vengeance après le viol passé de sa femme. Il abandonne un pistolet que récupère une femme de ménage philippine avant de le remettre à Martin, le portier. Quant à Kasper le directeur, il entretient une relation avec Nina la réceptionniste... De nombreux autres personnages tout aussi farfelus compètent le tableau. Tout ce petit monde se rencontre et se dévoile dans l'intimité des chambres. La cause de la présence du pistolet et son cheminement de main en main demeurent plus flous et indécis qu'il n'y paraît...

Room 304, c'est un peu un Cluedo sans victime ou alors avec que des victimes. Ce film à tiroirs est sympathique mais manque pourtant cruellement d'audace scénaristique. Les personnages sont nombreux mais manquent singulièrement de profondeur malgré une belle palette d'individus paumés qui accentuent l'action principale par une forte dimension émotionnelle. Néanmoins, la trame psychologique se met en place progressivement, prend le pas sur l'action, s'essouffle et fait mouche grâce au dénouement final. La réalisation de la danoise n'est pas dénuée d'esthétisme, dans ses tons bleus et gris, et est encourageante pour un premier long-métrage. Le film ne connut qu'une diffusion en festivals en France et c'est bien dommage !

Virgile / C.N.C.

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