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30/08/2014

Réponse à Michel Geoffroy à propos de la Peste Verte

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Un texte publié initialement en 2012 sur le site Polémia, vient d'être, à la faveur de la coupure estivale, remis en ligne opportunément à la fin du mois de juillet. Sous le titre « Ecologie : la peste verte ? », son auteur, Michel Geoffroy, lance de nombreux anathèmes qu'il nous a paru intéressant de relever tant ils nous semblent cruciaux dans le cadre d'un projet de société future.
Disons le tout de suite, nous n'adhérons en rien à l'image bien souvent caricaturale que l'auteur dresse de l'écologie. L'écologie radicale ne peut être confondue avec les slogans et les fanfaronnades des « écotartuffes », pour reprendre la belle formule du mensuel La Décroissance. Europe-écologie-les-verts et consorts plaident pour un capitalisme vert, oxymore génial. Notre écologie tient de la sacralité de la nature, comme aimait à la définir Dominique Venner, sacralité que les générations précédentes respectaient et oubliée depuis (1). La question qui se pose à nous désormais se résume dans la place que l'Homme se doit de trouver au sein d'un cosmos qu'il ne peut, et ne doit pas, dominer.
Le texte de Michel Geoffroy s'inscrit dans la ligne idéologique de cette droite ultra libérale qui ne voit en l'écologie qu'une barrière à commercer librement, à vivre égoïstement sans contrainte d'aucune sorte (2). C'est le fameux contrat social axé sur le tout liberté. Nous pensons qu'il se trompe d'époque et de combat. Pire, ce sont précisément ces raisonnements qui nous conduisent lentement vers l'abysse depuis des décennies.

Car l'ennemi principal de nos sociétés sur-modernes aujourd'hui n'est pas l'écologie mais « la mondialisation, stade suprême de l'expansion du capital » (3) et dans lequel les états ne sont devenus que de « simples assistants de l'économie globale », des fonctionnaires de firmes transnationales. Jean-Claude Michéa a très bien expliqué la nature profondément révolutionnaire du développement capitaliste et à quel point il a changé la face du monde (4). C'est désormais un phénomène total qui touche tous les secteurs de la vie publique comme privée. Il faut garder à l'esprit que l'essence du capitalisme trouve son expression dans l'accumulation de marchandises non utiles et uniquement destinées à être vendues. C'est la baisse tendancielle de la valeur d'usage qu'avait défini Guy Debord en son temps.
L'accumulation illimitée du capital se définit également sous le terme de croissance. Ce phénomène repose sur un ancrage anthropologique : l'homo économicus, où l'Homme se voit mué en consommateur illimité, dicté par ses seules envies. L'accession au crédit et la manipulation publicitaire incitent à penser qu'il existe une forme de bonheur par la marchandise. Bonheur insatiable, qu'il convient sans cesse de renouveler. Ainsi, nous entrevoyons aujourd'hui le triomphe absolu de la liberté individuelle (celle là même défendue par Michel Geoffroy), avec tous ses excès, et dans lequel le marché « devient le seul lieu de socialisation » reconnu (5).
C'est un système intrinsèquement fondé sur la démesure qui ne connaît plus aucune limite dans aucun domaine. Pour reprendre les termes de Serge Latouche, nous vivons au sein d'une société phagocytée par l'économie de croissance.

La métaphysique du progrès, dont l'idée maîtresse était que le développement devait apporter le bonheur à l'humanité, a failli. Pire, la croissance comme bienfait et espérance, s'estompe de notre horizon économique. D'après les chiffres récents de l'office européen des statistiques (Eurostat), la zone euro à vu son PIB stagner au 2e trimestre après avoir progressé seulement de 0,2% au 1er trimestre. En France, la croissance est restée à zéro au T2, l'Allemagne a subi un brutal coup de frein au T2 en reculant de 0,2%6. L'Italie est retombée en récession au 2e trimestre avec un PIB se repliant de 0,2%. L'austérité est désormais ce qui attend nos sociétés industrielles addictes à une croissance qui n'est plus là.
Parallèlement, le tout-économie que nous connaissons depuis des décennies se heurte aux limites de la finitude de la biosphère. La capacité régénératrice de la terre n'arrive plus à suivre la demande (7).
C'est ce que Michel Geoffroy semble ne pas comprendre, prisonnier d'une idéologie productiviste profondément mortifère.

Bernard Charbonneau avait reconnu cette idéologie de droite en ce qu'elle estime comme secondaire les conséquences du progrès et du délire quantitatif de la société de croissance.
A l'instar de Serge Latouche, nous pensons qu'une croissance infinie est incompatible avec un monde fini, et qu'il est plus que temps de penser à modifier nos manières de produire et de consommer sous peine de nous heurter très vite à l'iceberg écologique (J.C Michéa).
Dominique Venner, dans son ouvrage posthume, avait tenu à marquer son adhésion à l'école de pensée de la décroissance. « L'une des questions cruciales de l'avenir sera celle de l'arrêt de la croissance, et mieux encore celle d'une décroissance », écrivait-il (8).
Michel Geoffroy nous assène tous les poncifs réactionnaires récurrents de ce qu'il croit être l'écologie : l'opposition au nucléaire, l'opposition au gaz de schiste (9), et surtout la réduction de la liberté de circulation automobile, « inventée par les européens justement pour faciliter les déplacements ». C'est oublier un peu vite que la mobilité fut en France le premier impératif catégorique de l'ordre économique durant les années cinquante/soixante, comme le rappelle Jean-Claude Michéa, et que l'automobile facilita le concept de l'Homme disponible qu'elle a contribué à déraciner (10). L'hypermobilité ne sert que l'intérêt du capital.

Les « grandes opérations d'aménagement » citées par l'auteur de La peste verte ne sont rien d'autres que des écrans de fumée visant un dissimuler une inactivité chronique du secteur « travaux publics ». Elles n'ont pour but que d'occuper artificiellement des salariés sur de grands projets inutiles et destructeurs de l'environnement. L'exemple du chantier pharaonique de la Ligne à Grande Vitesse Bretagne-Pays de la Loire est symptomatique d'un saccage inutile : 182 kilomètres de lignes nouvelles, 32 kilomètres de raccordement, 2 bases de travaux 2700 hectares d'emprise, pour gagner seulement 37 minutes entre Paris et Rennes ! Les voyageurs pressés sauront apprécier !
Quant aux affirmations « écologie devenue argument publicitaire », elles rejoignent ce que nous dénoncions en ouverture : ce fameux capitalisme vert mis en avant par les « écologistes » du système, adeptes d'un développement durable et d'un écotourisme qui n'ont « pour fonction que de maintenir les profits et d'éviter le changement des habitudes en modifiant, à peine, le cap » (11). Il va sans dire que l'écologie radicale ne se reconnaît pas dans ces mystifications en phase avec l'anthropologie consumériste.

Il est plus qu'intéressant de noter que Michel Geoffroy parle de l'écologie comme d'une religion, « inaccessible à la raison scientifique » précise t-il. Si religion il y a, c'est bien celle de l'économie, du progrès et du développement. Les thèses transhumanistes qui font discrètement leur apparition ces dernières années sont là pour nous le prouver.
L'écologie n'est pas une fin en soi, comme certains voudraient le faire croire, mais l'aboutissement logique d'une critique du développement. Depuis le rapport du Club de Rome de 1972, nous savons que le développement n'est ni souhaitable ni soutenable. La publication de The Limits to growth ou « rapport Meadows », préparé par une équipe de scientifiques du Massachusetts Institute of Technology, affirme que le système planétaire va s’effondrer sous la pression de la croissance démographique et industrielle, à moins que l’humanité ne décide délibérément de stabiliser sa population et sa production.
Il est à noter que cette année, le 19 août 2014 marque la date à laquelle l'humanité a épuisé le budget écologique annuel de la planète. Chaque année, le jour de dépassement intervient de plus en plus tôt. Ce jour était tombé le 21 octobre en 1993 et le 22 septembre en 2003 (12). Chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus du mur.

Le texte de Michel Geoffroy est à l'image d'une droite qui ne comprend pas les mutations qui sont en train de s'opérer au sein de nos sociétés sur-modernes. Les Trente Glorieuses sont derrière nous (et c'est tant mieux compte tenu de leurs effets dévastateurs irrémédiables sur le patrimoine et l'environnement). La croissance s'essouffle et le poids environnemental de notre mode de vie est sans équivalent sur la biosphère.
La vision défendue par Michel Geoffroy d'une « décadence européenne » au sein « du grand hôpital qu'est devenu l'occident » est une vision fantasmée, aveugle et irraisonnée d'un modèle qui n'a plus cours. C'est la France de Giscard d'il y a quarante ans.
Tous les régimes politiques modernes ont été productivistes, y compris le modèle soviétique qui ne fut rien d'autre qu'un capitalisme d'état axé sur le développement de l'industrie lourde.
Il nous faut inventer de nouveaux paradigmes en vue d'élaborer une troisième voie qui devra passer par une sortie du capitalisme, destructeur des cultures au nom d'une folle homogénéité planétaire.
L'objectif sera de retisser du lien social et de construire une société à dimension humaine, conviviale, autonome et économe, dans le respect de la tradition.
Il y a urgence. Car plus nous nous hâterons « et plus il restera de chances pour que le processus de sortie progressive du capitalisme ressemble à un atterrissage en douceur » nous avertit Jean-Claude Michéa.


Guillaume Le Carbonel

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

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1) Dominique Venner, Un samouraï d'occident, Pierre Guillaume de Roux, 2013, p.66
2) Il nous suffira de relever quelques expression pour s'en convaincre : « La liberté d'initiative des Européens », augmentation de « réglementations et de normes », « difficulté croissante d'entreprendre et de conduire de grandes opérations d'aménagement » etc ...
3) Alain de Benoist, in Eléments N°150 janvier-mars 2014, p.46
4) Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche, Climat, 2013
5) Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche, Climat, 2013
6) Libération, édition du 14 août 2014
7) Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et Une Nuits, 2007, p.42
8) Dominique Venner, Un samouraï d'occident, Pierre Guillaume de Roux, 2013, p.63
9) Des chercheurs du laboratoire national Lawrence-Berkeley et de l'université du Pacifique (Californie) viennent d'alerter les Etats sur la toxicité de certains additifs utilisés lors de la fracturation hydraulique, notamment les produits biocides qui visent à tuer les bactéries. Le Monde, édition du 14 août 2014. Rappelons qu'il y a quelques mois, l'institut américain des sciences de la santé environnementale avait estimé qu'il y avait « des preuves de risques potentiels pour la santé publique dus au développement du gaz de schiste », Le Monde, édition du 17 avril 2014.
10) Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche, Climat, 2013
11) Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, Le Seuil, 2007, cité par Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, p.26
12) Rapport de l'organisation Global Footprint Network, AFP du 19.08.2014

26/08/2014

Entretien avec Konstantinos d'Aube Dorée par Zenit Belgique

Entrevue réalisée par nos camarades de Zenit Belgique avec Konstantinos, assistant Euro-député au parlement européen pour le parti Aube Dorée (juillet 2014)






20/08/2014

"Libye: entre nuées démocratiques et réalités tribales" par Bernard Lugan

Au moment où le parlement libyen appelle à une intervention étrangère "pour protéger les civils", nous pouvons lire dans le quotidien Le Monde en date du 12 août 2014 un titre insolite: "La transition en Libye est un échec, il faut la repenser".

Que s'est-il donc passé pour que la "bible des bien-pensants", ce point oméga du conformisme intellectuel français, se laisse ainsi aller à une telle constatation après avoir soutenu avec une arrogante indécence l'intervention militaire contre le colonel Kadhafi, cause directe de la situation actuelle ?
 
Le but de la guerre calamiteuse décidée par Nicolas Sarkozy était officiellement l'établissement d'un Etat de droit à la place d'un régime dictatorial. Après le lynchage du colonel Kadhafi par les islamo-mafieux de Misrata, un processus démocratique fut imposé aux nouveaux maîtres du pays. Il se mit en place à travers plusieurs élections et par la rédaction d'une Constitution. Les observateurs, à commencer par les journalistes du Monde, louèrent alors ces "avancées démocratiques", preuve de la "maturité politique" des "démocrates" libyens. La "guerre du droit" ayant été gagnée, accompagné de BHL, Nicolas Sarkozy alla ensuite sur place goûter aux félicités triomphales du "libérateur"...
 

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Le résultat de ces illusions, de cet aveuglement, de ce décalage entre l'idéologie et la réalité, de cet abîme existant entre les spasmes émotionnels et les intérêts nationaux français, est aujourd'hui tragiquement observable. Les dernières structures étatiques libyennes achèvent en effet de se dissoudre dans des affrontements aux formes multiples s'expliquant d'abord par des logiques tribales. Sur ces dernières viennent, ici ou là, se greffer avec opportunisme des groupuscules islamistes soutenus par le Qatar et la Turquie.
 
Un retour au réel s'impose donc afin de tenter de sortir la Libye de l'impasse. Or, ce réel tient en quatre  points:
 
1) La Libye n'a jamais existé comme Etat de facture occidentale.
2) Le  colonel Kadhafi avait réussi à établir une réelle stabilité en se plaçant au centre, à la jonction, des deux grandes confédérations tribales de Cyrénaïque et de Tripolitaine.
3) Son assassinat a fait que, ayant perdu leur "point d'engrenage", ces deux confédérations se sont tournées sur elles-mêmes dans une logique d'affrontements tribaux régionaux ayant pour but la conquête du pouvoir dans chacune des deux grandes régions du pays éclatées en cités-milices aux intérêts tribalo-centrés.
4) La clé de la stabilité libyenne passe par la reconstitution du système d'alliances tribales mis en place par le colonel Kadhafi. Or, les responsables politiques libyens ne sont pas en mesure de mener cette politique car ils sont tous sont ethno-géographiquement liés par leurs origines.
 
Le seul qui, dans l'état actuel de la complexe situation libyenne pourrait jouer ce rôle de rassembleur-catalyseur est Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi. Actuellement détenu avec des égards par les miliciens berbères de Zenten qui constituent le fer de lance des forces anti-islamistes en Tripolitaine, il est soutenu par les Warfallah, la principale tribu de Tripolitaine, par les tribus de la région de Syrte, par sa propre tribu et il pourrait l'être également par les Barasa, la tribu royale de Cyrénaïque, sa mère étant Barasa. Autour de lui pourrait être refondée l'alchimie politico-tribale, le pacte social tribal de Libye.

Mais pour cela il importe que la CPI, perçue en Afrique comme un instrument du néocolonialisme "occidental",  lève le mandat d'arrêt de circonstance lancé contre lui.   

Bernard Lugan

Source: Le blog de Bernard Lugan (publié le 17 août 2014)

"Ukraine ? Le « réalisme » n'est pas la réalité" par Zentropa

Nous assistons depuis plusieurs mois à l'offensive d'une farouche et véhémente armée : celle des « réalistes » et de ses bataillons de « pragmatiques », d'analystes, de visionnaires à long terme qui comprennent et dissèquent la situation internationale et ses arcanes avec une redoutable et sourcilleuse acuité. Leur Dieu se nomme « Géopolitique » et à celui-ci ils sont prêts à tout sacrifier, à commencer par les aspirations des autres.
Au nom de cette nouvelle idole, par exemple, il refuse à l'Ukraine et à son peuple jusqu'à l'espoir d'être une nation souveraine et indépendante, libre de ses choix et de son destin. Les Ukrainiens seraient irrémédiablement condamnés à n'être que des pions soumis aux stratégies des uns ou des autres. Ils ne pourraient être que des pantins manipulés par l'Ouest ou par l'Est, n'ayant comme alternative que de choisir la vassalité à un impérialisme ou un autre au sein d'un néo bi-polarisme qui nous ramène au temps béni des choix simples et manichéens de la bonne vielle guerre froide. A ce titre, des jeunes gens animés par la flamme du nationalisme et l'espoir d'un état patriotique et social, prenant les armes pour libérer leur terre d'un gouvernement corrompu et asservi à l'étranger et voulant renouer avec l'indépendance et la gloire nationale se voient qualifiés de traîtres et de mercenaires à la solde d'intérêts américano-européistes et de projets tactiques de l'Otan (c'est à dire ces mêmes intérêts qui règnent en maîtres depuis des décennies dans les pays ou pérorent les fameux « réalistes » qui ne se sont pourtant pas faits tuer sur des barricades pour s'en débarrasser). Au mieux, ces jeunes gens idéalistes qui mettent leur peau au bout de leurs idées, qui ressemblent pourtant si étrangement aux héros des livres que dévorent, le soir dans leur lit douillet, les « réalistes » (et c'est d'ailleurs sans doute aussi un peu cette ressemblance qui énerve et aigrit...) seraient des « idiots utiles » qui finiront trahis et éliminés par leurs maîtres cachés. Au nom de ces prévisions inlassablement argumentées par les pythies du net et de Facebook, le rêve révolutionnaire, le combat de libération nationale leur seraient interdit. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et les discours ethno-identitaires s'arrêtent là où commence la sphère d'influence de la Russie. On en vient même à espérer que ces combattants nationalistes, aveugles à l'impérieuse nécessité et à la joie de vivre en larbins de leur puissant voisin, soient bien vite éradiqués par les armes glorieuses et pures, elles, de toutes arrières-pensées et de tous calculs, du néo-Tsar vénéré.
Etrange vision des choses et surtout des hommes pour des lecteurs et admirateurs d'Ernst Von Salomon (qui devrait, selon leur nouvelle grille de lecture, être rangé parmi les imbéciles et les salopards manipulés, ayant servi les intérêts de la bourgeoisie) et de Dominique Venner (« L'imprévu dans l'histoire » étant interdit aux Ukrainiens).
Parce qu'il y a de très grandes probabilités qu'en Ukraine les oligarques vendus à l'Occident décadent remportent la mise après s'être débarrassés des nouveaux corps-francs nationalistes, il faudrait préventivement et à priori leur demander de rendre les armes et de cesser leur lutte ? Parce qu'il y a 90% de chances que les bataillons nationalistes ne parviennent pas à marcher sur Kiev pour se débarrasser des profiteurs et imposer un gouvernement social et national renvoyant dos à dos les appétits impérialistes de l'Oncle Sam et de l'ours Russe, il faudrait leur reprocher de tenter le coup, d'espérer cette issue, de vouloir bousculer l'histoire, le destin ? Abominable fatalisme, écœurante soumission aux puissants du jour, mentalité de comptables, de petits boutiquiers que cette optique qui se veut rationnelle, « anti-romantique » mais qui n'est que glaciale et sans âme, terriblement moderne, à l'exact opposé des valeurs aristocratiques, chevaleresques et prométhéennes dont par ailleurs on se gargarise quand il ne s'agit que de conférences et de conversations de fins de soirées. Car même s'il n'y avait qu'une chance sur cent que cette étincelle mette le feu à la prairie, que ces bataillons autonomes échappent au rôle auquel on veut les limiter et brisent les projets des puissances financières internationales qui tirent les ficelles d'un côté comme de l'autre, celle-ci mériterait d'être tentée, soutenue et encouragée.
Sommes-nous encore des révolutionnaires ou sommes-nous devenus de simples apprentis diplomates de sous-préfecture de l'Empire, de futurs notables de province aux ordres de l'une ou l'autre des deux grandes puissances qui aura réussi à imposer ses intérêts à l'Europe ?
Il y a en Ukraine, chose extraordinaire en soi, des hommes armés, organisés, équipés, volontaires et déterminés qui combattent sous nos emblèmes, avec nos chants, porteurs de notre idéal immense et rouge, et il ne faudrait ni les soutenir ni même simplement les respecter au nom de je ne sais quel grand plan géopolitique millénariste, sorte de gigantesque partie de Risk où il conviendrait de sucer sous la table le lanceur de dés de son choix, parce que la victoire de cette poignée hommes libres n'est pas « réaliste » ?
Mais à tout prendre, est-il beaucoup plus réaliste de croire à la « remigration », à la sortie de l'Union Européenne, à la mise au pas des banques, au localisme et aux autres projets qui nous habitent et pour lesquels nous tentons d'oeuvrer, nous, français et européens ? Les régionalistes ne font-ils pas le jeu des mondialistes face aux Etats-nations ? Les anti-islamistes radicaux ne sont-ils pas à la solde des intérêts sionistes ? Les pro-musulmans ne font-ils pas le jeu de la submersion migratoire ? Les souverainistes ne sont-ils pas les fossoyeurs du rêve européen pour le plus grand bénéfice des USA (et de la Russie) ? Les écologistes ne ruinent-ils pas l'espoir de renouer avec la puissance ? Etc... Etc.
Et pourtant, malgré ces questions, ces interrogations, malgré ces instrumentalisations réelles ou fantasmées, certains (bien peu il est vrai) se lèvent tous les matins pour militer, pour mener le combat qu'ils croient juste et bon, ils y travaillent avec acharnement, obstination, y sacrifiant parfois carrière professionnelle, relations familiales et amicales, sécurité et confort. Il le font car leur cœur est pur et leur objectif clair, ils le font au nom de leurs valeurs et de principes qui ne varient pas en fonction des soubresauts de l'actualité, des rumeurs, des propagandes ou des plans plus ou moins imaginaires de la CIA, du FSB, de l'état-major de l'Otan ou des cabinets secrets d'un gouvernement ou d'un autre, dont ils ne savent au fond rien et sur lesquels ils n'ont pas de prise. Ils agissent au nom de leur conscience, de leur cœur, de leur foi et de leur espérance. Comme les combattants nationalistes ukrainiens.
Au nom du « réalisme », on ne fait plus rien, on se borne à calculer, à jauger et à attendre, pour finir par obéir à un nouveau maître.

Zentropa

16/08/2014

La Russie et le Nouvel Ordre Mondial

La Russie et le Nouvel Ordre Mondial

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La tribune d’Aymeric Chauprade n’en finit pas de susciter des réactions et des commentaires. Comme on pouvait s’y attendre, la mouvance (plurielle) des anti-sionistes y voit une trahison ou un reniement là où d’autres se félicitent de cette prise de position au nom de la lutte contre l’islam radical.

En revanche un élément ne semble jusqu’à présent n’avoir suscité aucun commentaire, l’optique russe clairement expliquée dans ce texte et qui fait suite à un certain nombre de prises de positions personnelles d’Aymeric Chauprade ou du parti dont il est désormais le conseiller pour l’international, le Front National. Les communiqués de nationpresseinfo ne font aucun mystère sur le fait que le FN n’est pas sur une ligne d’équilibre dans les relations entre l’Ukraine et la Russie mais prend délibérément parti en faveur de la Russie et de ses intérêts. Des personnalités du FN ont même soutenues publiquement l’insurrection du Donbass amalgamée avec le soutien aux populations.

Si nous lisons les sites « dissidents » depuis plusieurs mois (et années), cette double optique à la fois russe et israélienne pourrait apparaître contradictoire. En effet on nous rebat les oreilles sur l’opposition de Poutine au Nouvel Ordre Mondial et sur le rôle de la Russie dans l’opposition à l’axe « atlanto-sioniste ». Nous allons y revenir, mais avant cela il nous faudra faire un historique très lapidaire du dialogue entre l’Europe, l’Occident et la Russie et surtout du rapport que nous entretenons avec la Russie.

La Russie, que ce soit l’empire russe, l’URSS ou la Russie moderne a toujours joué un rôle clef sur le plan géopolitique à l'époque contemporaine. Ainsi la Russie appartenait à la Triple Alliance lors de la Première Guerre mondiale avec le Royaume-Uni (et son empire) et la France (et son empire). La création de l’URSS par Lénine rebattra les cartes, ce sera au tour des mouvements communistes de prôner l’alliance avec la Russie. Au sein de la révolution conservatrice allemande, le « national-bolchevique » Ernst Niekisch sera un partisan du rapprochement avec l’URSS. Hitler lui-même, pourtant hostile à Niekisch, fera sceller le pacte germano-soviétique. Puis vint la Seconde Guerre mondiale. L’URSS se rallia aux Alliés contre l’Axe à la suite de la rupture du pacte germano-soviétique. Les Alliés et l'URSS remportent la guerre. La bipolarité qui s‘instaure véritablement à partir de 1947 avec le fameux « rideau de fer » éloignera la Russie pour les européens qui seront inféodés peu à peu aux Etats-Unis à l’exception des communistes, des gaullistes  et des partisans de Jean Thiriart. Vient alors le temps de la construction européenne et de la lutte anti-communiste. Puis vient la chute de l'URSS et du « bloc de l'Est ». La Russie sort du jeu, les Etats-Unis deviennent une hyperpuissance, pour reprendre  Hubert Védrine, c'est le Nouvel Ordre Mondial.

Depuis la chute de l’URSS, la Russie demeure une énigme. Nain géopolitique sous Eltsine, le président Poutine a quant à lui œuvré au redressement de son pays, c’est un fait indéniable. Très rapidement, la Russie et les Etats-Unis ont donné la sensation que l’action de Vladimir Poutine plaçait le plus grand pays du monde par sa superficie à être une épine dans le pied du projet hégémonique des Etats-Unis, en particulier pour le contrôle du heartland. Les mouvements « nationalistes révolutionnaires » et « identitaires » ont commencé à regarder la Russie comme un pays avec lequel nous pourrions construire une Europe libérée des chaînes atlantistes et mondialistes, d’autant que Poutine a chassé de Russie certains oligarques peu scrupuleux à cette période. En parallèle, la presse occidentale a commencé à mener régulièrement des campagnes de presse hostile à Vladimir Poutine pouvant aller jusqu’à la désinformation. Parce que je considère les Russes comme des cousins et la Russie comme une sœur de la vieille Europe, je faisais partie de ceux – quoi que beaucoup plus jeune à l’époque évidemment – à être favorable au projet d’Eurosibérie énoncé par Guillaume Faye. Ce projet qui permettrait à l’Europe de s’assurer un destin et de ne plus dépendre des manœuvres atlantistes. Guillaume Faye préconisait en effet une « autarcie des grands espaces [pour] rompre avec les dogmes très dangereux de la mondialisation ». En parallèle, la pensée du national-bolchevique Limonov et de son ancien acolyte Alexandr Douguine s’est peu à peu popularisée et diffusée en France, notamment à travers les travaux d’Alain de Benoist, du site VoxNR ou de la revue Rébellion. Il en va de même pour son corollaire, l’eurasisme, sur lequel j’ai déjà donné mon sentiment en un paragraphe qui me semble se suffire à lui-même. Aymeric Chauprade quant à lui a beaucoup œuvré à diffuser la vision géopolitique d’un monde multipolaire, notamment au sein de la Nouvelle Revue d’Histoire alors qu’elle était dirigée par Dominique Venner. Un débat a pu se nouer entre des partisans de l’Eurosibérie, projet identitaire européen et ceux de l’Eurasie, moins attachés au fait ethnique. La question de l’islam étant une pierre d’achoppement essentielle.

Les derniers événements en Ukraine auront pu entériner le fait que la parole de Faye, Chauprade ou Douguine, chacun à leur façon, a été reçue 5/5 chez la grande majorité des nationalistes, des identitaires, des nationaux-bolcheviques ou des dissidents. Le soutien à la Russie est sans faille et le Kremlin peut compter sur une petite armée de propagandistes zélés. Pourtant, à mesure que le tropisme russe s’accroît, la réalité du pouvoir russe se fait de plus en plus visible. La répression des nationalistes russes allant jusqu’aux assassinats, l’arsenal répressif contre « l’extrémisme » ou contre les idées politiquement incorrectes se fait de plus en plus fort et n’a strictement rien à envier à ce que nous connaissons en Europe de l’ouest. Aucun de ces éléments n’a été relayé dans ses mouvances en Europe, à l’exception de quelques officines confidentielles souvent reliées à la mouvance dite « ultranationaliste ». A côté de cela les relations entre Poutine et Israël se sont renforcées.

Mi-avril, Israël fait faux bond aux Etats-Unis sur l’Ukraine et début juin une ligne directe et sécurisée est créée entre Poutine et Netanyahou. Ces informations qui m’avaient échappées à l’époque mettent en lumière les propos d’Aymeric Chauprade et ceux d’Israël Shamir que j’ai cités dans mon article précédent :

"Certes Israël est aujourd’hui encore très lié aux États-Unis mais ceux-ci commencent à s’en détourner et Israël adopte une posture multipolaire en construisant des relations fortes avec la Russie, l’Inde, la Chine." Aymeric Chauprade

"La semaine dernière [NDLR: en juin], l'historien militaire israélien Martin van Creveld est passé par Moscou. En 2003, il s'était rendu célèbre en menaçant l'Europe d'anéantissement nucléaire (l'option "Sanson") en disant: "Israël a la capacité de couler le monde entier avec nous, et c'est ce qui va se passer, avant qu'Israël se soumette à d'autres". Cette fois-ci il a expliqué aux Russes la nouvelle politique israélienne: tandis que les US entrent dans leur déclin, Israël doit diversifier et consolider ses projets en se rapprochant de Moscou, de Pékin et de Delhi, a-t-il écrit dans le quotidien Izvestia." Israël Shamir

De là à penser que la « multipolarité » telle qu’elle nous est vendue est une nouvelle tartufferie, je ne suis pas loin de franchir le pas. Les Etats-Unis, au sein duquel le courant isolationniste se renforce, seraient peut-être bien tentés de lâcher du lest et de sous traiter à leurs partenaires l’intervention dans les différents conflits du monde. Ainsi Obama n’a pas mis les pieds en Israël lors de son premier mandat et sous-traite aux Européens le conflit en Libye, aux Qataris le conflit en Syrie contre al-Assad ou aux Kurdes la contre-offensive envers l’EIIL. Les Israéliens n’étant pas dupes de cette tendance et du refroidissement des liens qui les unissent aux Etats-Unis au profit des pétromonarchies, seraient tentés de trouver de nouveaux partenaires. La Russie est de ceux-là et cela prend tout son sens si on regarde un peu l’histoire d’Israël et du sionisme et les relations russo-israéliennes.

On a tendance à ignorer la place importante des juifs russes lors la fondation de l’Etat d’Israël et leur omniprésence à la Knesset. Beaucoup de personnalités de l’histoire israélienne ont des origines familiales en Russie comme Chaim Weizmann, premier président de l’Etat d’Israël, son neveu Ezer Weizmann, militaire et septième président de l’Etat d’Israël, Ariel Sharon ou encore Avigdor Eskin, journaliste et politicien de la droite radicale israélienne qui exhorta la Russie à s’engager contre Maïdan et qui pointa bien avant les événements en Ukraine le (soit disant) retour en grâce de Stepan Bandera dans l’opinion publique ukrainienne.  D’après Israël Shamir : « Il clame que le gouvernement israélien a d'ores et déjà décidé de sauter du train US pour monter dans les wagons russes, que des commandos israéliens sont en route pour aller se battre pour les Russes à Donetsk, et que les autorités israéliennes vont retirer sa nationalité israélienne à Kolomoysky. ». Bien que cela soit exagéré, ces témoignages de nouvelles orientations se font de plus en plus nombreux. Par ailleurs, mi-avril, le journal le Point rapporte des propos d’Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie israélienne qui aurait déclaré : "Un jour, nous aurons un ministre de la Défense russophone, un président russophone, et peut-être bientôt un Premier ministre russophone !". Dans le même article, nous apprenons que la ministre de l’intégration des immigrants, Sofa Landver, a grandi à Léningrad (Saint-Petersbourg). En France le conservateur William Goldnadel, président de l’association France-Israël est également d’ascendance russe. Intéressant également, ce que nous pouvons lire sur le site de géopolitique diploweb : « La visite officielle en Russie est devenue un passage quasi incontournable pour tout dirigeant israélien soucieux de s’attirer l’électorat russophone dont les voix sont réellement déterminantes dans l’issue des élections en Israël. Les responsables politiques russes semblent quant à eux désireux de rencontrer leurs homologues israéliens à la fois pour saluer les Russes d’Israël mais aussi pour encourager la signature de nouveaux contrats au service des intérêts russes. L’ancienne élite technique et scientifique juive soviétique a constitué un indéniable moteur à la croissance économique israélienne. Très représentés dans les métiers de la technologie de pointe, les Russes ont apporté un savoir-faire qui a consolidé le potentiel d’excellence d’Israël dans le domaine. Ces Israéliens d’origine russe représentent d’ailleurs un véritable « pont économique entre les deux pays. ».  Par ailleurs beaucoup de juifs russes sont dans l’entourage de Poutine comme nous l’avions déjà indiqué  comme Arcady Rothenberg – (métallurgie, construction), Roman Abramovitch – 107e fortune mondiale (hydrocarbures, sport), Mikhail Friedman - 41e fortune mondiale (pétrole, secteur bancaire, télécommunications), Len Blavatnik – 44e fortune mondiale (divers), Oleg Deripaska (aluminim, services publics)  ou encore Leonid Mikhelson – 47e fortune mondiale (gaz, produits chimiques). Certains occupent même des postes dans les congrès et organisations liés à leur communauté.

Tout cela n’est pas étonnant, beaucoup de juifs vivaient et vivent toujours en Europe de l’est et 20% des israéliens ont aussi la nationalité russe, beaucoup le revendiquant même avec fierté en Israël en affichant des drapeaux russes. Même la presse française « officielle » l’a déjà évoqué. Sans oublier les liens entretenus par Poutine et le judaïsme orthodoxe. Citons par exemple le rabbin loubavitch Berel Lazar, grand rabbin de Russie. Né à Milan formé dans une école rabbinique de New York (Collège rabbinique d’Amérique, Morristown, New Jersey). En 1990, Berel Lazar a été nommé rabbin de la synagogue Maryina Roshcha de Moscou. En 1992, Lazar rencontre à Moscou le diamantaire israélien Lev Leviev avec qui il se lie d’amitié.  Ce dernier le présente aux hommes d’affaire juifs russes Boris Berezovski  et Roman Abramovich. Abramovich, ami intime et appui politique de Poutine le présente au futur président de Russie qui une fois au pouvoir le fera grand Rabbin et citoyen russe. (Les deux extraits en italique proviennent d’un article publié en avril d’Arnaud de Robert).

Le constat que nous pouvons établir, c’est que sans diminuer les mérites d’Egalité & Réconciliation, il apparaît que le travail sur le sionisme russe et la « question juive » en Russie n’a été fait nulle part à l’exception notable de celui d’Hervé Ryssen et de Pierre Hillard. L’autre constat que nous pouvons établir, c’est que Poutine, conformément à sa stratégie, s’appuie sur les minorités russes partout où elles sont et Israël ne fait pas exception à la règle.

Vous allez me dire: oui mais au fond, quel intérêt de raconter tout ça? Je pense que si il faut éviter les monomanies et ne pas "essentialiser" la question juive, au sens où chaque juif incarnerait le mal absolu (ce n'est pas le propos), il faut dans le même temps ne pas se faire berner sur la question de la lutte contre le sionisme, le mondialisme et le capitalisme. Le sionisme, le mondialisme et le capitalisme, qui sont trois sujets distincts pouvant se recouper, sont d'abord et avant tout une affaire de réseaux. Sur ce point, il convient donc de faire abstraction des apparences et de constater le caractère transnational de ces réseaux, qui vont indistinctement de New-York à Moscou en passant par Londres, Paris, Bruxelles ou Tel-Aviv et ne se limitent pas, d’ailleurs, à la communauté évoquée précédemment. L'erreur pour beaucoup de « nationalistes » est donc d'être rentré à l'instar des anciens communistes devenus dissidents "patriotes" dans une dialectique post-guerre froide reprenant les mêmes ingrédients qui opposerait un impérialisme atlanto-sioniste à des nations non-alignées, résistantes, défendant la civilisation européenne, chrétienne ou d'autres formes de spécificités (comme le chiisme), le tout dirigé par la Russie. Les réseaux sionistes, mondialistes et capitalistes sont dans les deux camps et les deux schémas (l'hegemon atlantiste et la multipolarité) peuvent être deux formes de contrôle par les mêmes types de réseaux. Il est donc impossible d'analyser l'optique israélienne de Chauprade sans se poser la question dans le même temps de son tropisme russe. Il est possible qu'au sein même de ces réseaux, deux factions s'opposent, une faction "libérale", favorable aux Etats-Unis (incarnée chez nous par BHL par exemple) et une faction "conservatrice" favorable à la Russie. Les nationalistes, les dissidents et les anti-capitalistes sont en train de se faire manipuler par des schémas maintes fois rebattus où on oblige les gens à « choisir leur camp » alors que tous les camps appartiennent d’une façon ou d’une autre au Système. Vladimir Poutine est par exemple citoyen d'honneur de la City (Pierre Hillard) et pendant que certains s’enfoncent dans le bourbier du Donbass, il entérine les accords entre Rosneft et Exxon (compagnie pétrolière dont JP Morgan est actionnaire et dans laquelle des membres de Goldman Sachs sont au conseil d‘administration).

Ce qui se joue en Ukraine est donc symptomatique de la confrontation de deux réseaux qui ont surement des divergences sur le plan économique et géopolitique voire même philosophique (libéralisme vs conservatisme) mais qui ont aussi des points communs dans les objectifs visés (libre-échange, multiculturalisme, contrôle des matières premières, affaiblissement de l’Europe, etc…). Alexandre Soljenitsyne, l’auteur de « l’Archipel du Goulag » mais aussi de « Deux siècles ensembles » a écrit en 1981: « Cette intolérance furieuse dans la discussion sur la question russo-ukrainienne (nuisible pour les deux nations et utile seulement pour leurs ennemis) me fait particulièrement mal parce que je suis moi-même d'origine russo-ukrainienne, que j’ai grandi dans une ambiance imprégnée par ces deux cultures et que je n'ai jamais constaté et que je ne discerne toujours aucun antagonisme entre elles. J'ai eu maintes occasions d'écrire et de parler en public de l'Ukraine et de son peuple, de la tragédie de la famine ukrainienne, j'ai beaucoup de vieux amis en Ukraine, j'ai toujours été au courant des souffrances russes et des souffrances ukrainiennes subies sous le communisme. Dans mon cœur il n'y a pas de place pour le conflit russo-ukrainien et si, que Dieu nous garde, les choses en arrivent aux dernières extrémités, je peux dire que jamais, en aucune circonstance je n'irai moi-même ni ne laisserai mes fils participer à un affrontement russo-ukrainien, quelque zélées que fussent les têtes folles qui nous y pousseraient. ».

Cet extrait devrait nous faire réfléchir sur ceux qui tiennent les manettes de chaque côté et poussent à la fracture ukraino-russe déjà entamée par l’URSS. Nous ne pouvons feindre d’ignorer que les oligarchies prospèrent sur le chaos qu’elles engendrent fait de confrontation, d’instabilité, de faiblesse du pouvoir, de cinquième colonne et de réseaux apatrides. Le conflit indirect entre l’Ukraine et la Russie sert les intérêts de l’Oligarchie au même titre que celui entre Européens et arabo-musulmans qui détourne de la lutte contre la submersion migratoire ou entre chiites et sunnites qui affaibli durablement le Moyen Orient. Ces conflits conduisent à accroître la polarisation entre des groupes sociaux et ethniques pour générer un chaos propice à la prédation capitaliste. De fait, à moins d’aspirer à un chaos général d’où on ne sait pas bien ce qui en sortirait de positif, il nous faut être très prudent dans les positions que nous prenons et dans les soutiens que nous affichons.

Vous pouvez continuer de fermer les yeux si ça vous arrange et résumer la géopolitique en un conflit entre les méchants atlanto-sionistes et les gentils russes défenseurs de l’Europe éternelle et de la libératrice multipolarité. On vous aura prévenu. D’ailleurs qu’a fait concrètement la Russie de Poutine au Kosovo, en Libye ou à Gaza pour parler de trois exemples si chers à certains ? Rien.

Gabriele Adinolfi fait partie des rares à avoir envisagé le conflit actuel en Ukraine comme un nouveau Yalta, position que nous pouvons élargir à d’autres conflits et à d’autres régions du monde. En 1985, Guillaume Faye, qui est aujourd'hui dans la même optique qu'Aymeric Chauprade, écrivait alors dans son Nouveau discours à la nation Européenne : « Depuis Yalta, l'Union Soviétique et les Etats-Unis sont des puissances associées qui collaborent « naturellement », pour empêcher leur concurrent commun de s'unir et de se relever. Aussi maintiennent-ils l'Europe à terre, démembrée et impuissante, sans même avoir besoin de se concerter. Un tel réflexe d'autodéfense géopolitique – La constitution d'une ligue implicite contre un concurrent – est commun dans l'histoire : Athènes et Thèbes contre Sparte, Romains et Gaulois contre Germains, François 1er et le Grand Turc contre l'Empire des Habsbourg, l'Angleterre et la Prusse contre Napoléon, etc... » . Cette vision des choses peut surprendre, mais à l’heure où Poutine choisit de s’exprimer depuis Yalta, le jeu d’échec américano-russe se fait encore aujourd’hui au détriment des Européens. Les sanctions actuelles par exemple pénalisent bien plus les Européens que les Etats-Unis, ce ne sont pas les chantres du Traité transatlantique qui vont s’en plaindre, trouvant ici un argument pour faire avancer le projet.

En 2011, Nicolas Sarkozy a commandé à Jean-Pierre Thomas, ancien député et gérant-associé de la banque Lazard, un rapport sur les relations économiques euro-russes. Publié en 2012, il préconisait une zone de libre-échange entre l'UE et la Russie. Dans le même temps, Vladimir Poutine, alors premier ministre, lançait l’idée d’une Union eurasiatique inspirée de l’Union européenne et Dimitri Medvedev, alors président, signait les accords pour une Commission eurasiatique, copie de la Commission européenne. Ce projet pourrait logiquement englober des pays non européens. Les Etats-Unis y sont bien surs opposés, mais cela est-il une raison valable pour approuver ce projet ? Dans le cas présent aussi, on constate que les Russes copient non seulement le si nuisible projet « eurocratique » mais que les rapports avec les Russes sont toujours traités sous l’angle du libre-échange. A l’instar du projet européen, volé par les technocrates et les libéraux, le projet eurasiste suit la même voie et les accords euro-russes également. Il n’y a ici aucune logique civilisationnelle. L’Argent est la seule valeur commune.

Or quels sont nos objectifs ? La renaissance de l’Europe et la préservation des Européens sur le plan culturel et identitaire ainsi que la sortie du capitalisme sur le plan économique. Ces objectifs ne sont pas ceux défendus ici.

A la lumière de cet article, il ne sera j’espère plus possible de faire avaler des couleuvres au sujet de la Russie de Poutine ni chez les anti-sionistes, ni chez les partisans de l’Europe libérée.

Il convient donc à mon sens de définir un positionnement clairement alter-européen qui adopte une position équilibrée sur la Russie: partenariat mais avec lucidité et fermeté. C’est ce qu’on aurait pu attendre du FN.

Que la Russie soit un partenaire stratégique et économique, soit, personne ne le conteste, qu’elle soit une sœur de notre l’Europe, personne ne le conteste non plus, mais fermer les yeux sur la nature réelle du pouvoir russe, c’est non. Nous ne pouvons pas appuyer aveuglément les oligarchies qui divisent les Européens entre eux. C’est une nouvelle fois une question de principe. Surtout quand celles-ci usent d’une rhétorique antifasciste et hostile à l’ethno-nationalisme et qu'elles n'ont pas de projet de sortie du capitalisme. Pour court-circuiter les réseaux mondialistes, il ne faudra probablement compter sur personne d’autre que nous même. Comme souvent.

Jean/C.N.C

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12/08/2014

La France face à la question islamique : les choix crédibles pour un avenir français

La France face à la question islamique : les choix crédibles pour un avenir français

La France face à la question islamique : les choix crédibles pour un avenir français

Il est loin le temps où le monde arabe rêvait de développement, de modernisation, de sécularisation d’un islam sunnite toujours menaçant pour les minorités chrétiennes et chiites. Ce temps là c’était celui du nationalisme arabe, de Nasser jusqu’à Saddam Hussein en passant par Hafez el Assad. Le temps de régimes autoritaires tournés vers le développement et qui offraient aux femmes, aux chrétiens et à toutes les minorités un rempart face au fondamentalisme sunnite autant que d’inéluctables perspectives d’ouverture démocratique si l’on avait bien voulu laisser les processus internes se dérouler à leur rythme historique. C’était aussi le temps où la cause palestinienne était encore une cause nationaliste et pas encore une cause islamique. Seulement voilà, de l’eau a coulé sous les ponts et l’Autorité palestinienne comme le Fatah ont été effacés par le Hamas.

Prendre acte de la disparition du nationalisme arabe

Ce temps des nationalismes arabes est bien révolu. Rongé par la corruption de ses propres élites, dévasté volontairement par la politique américaine (ennemie des nationalismes pétroliers) autant que par l’énorme erreur stratégique d’Israël avec lequel il aurait pu s’entendre pour assurer à la fois l’existence d’un État palestinien et la sécurité de l’État juif, le nationalisme arabe a signé son acte de décès.

En septembre 2001, la collusion probable entre une partie de l’État profond américain et l’État profond saoudien (ses services de renseignement), qui fut une sorte d’aboutissement paroxystique d’une alliance monstrueuse née dans la guerre d’Afghanistan face aux Soviétiques, créa une onde sismique mondiale. Le fondamentalisme sunnite se déchaîna tandis que les États-Unis, profitant de la “guerre contre le terrorisme” tentèrent d’opposer l’utopie d’un projet unipolaire à l’évidence du monde multipolaire.

Les partisans de la politique américaine purent successivement applaudir la guerre en Afghanistan contre des Talibans que Washington, Islamabad et Riyad avaient créés, la destruction du régime de Saddam Hussein à Bagdad, les révolutions colorées en Géorgie puis en Ukraine pour faire pièce à une Russie renaissante grâce à Vladimir Poutine, ou bien encore la politique d’isolement de Téhéran au prétexte d’une possible bombe iranienne.

Fiction occidentale, le “Printemps arabe” ne fut qu’un sombre festival qataro-saoudien. Le Qatar et ses amis “Frères musulmans” purent s’offrir les régimes Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Égypte, Kadhafi en Libye, la terreur et le chaos en Syrie. Quant à l’Arabie Saoudite, elle emporta le deuxième acte au Caire en éliminant, grâce aux généraux égyptiens, Morsi et ses Frères musulmans mais elle disputa au Qatar l’influence sur les groupes terroristes en Syrie.

Toute cette œuvre funeste d’égorgements, de décapitations, de viols des jeunes chrétiennes ou chiites vierges, d’exécutions sommaires, de prisonniers enterrés vivants, de vidéos macabres postées sur Youtube et téléchargées des dizaines de milliers de fois dans nos banlieues, tout cela nous le devons “à nos magnifiques alliés”, nos nouveaux amis du Moyen-Orient, gorgés de pétro-dollars, le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Le bilan de Sarkozy et Hollande au Moyen-Orient : chaos islamiste et crimes contre l’Humanité

La dernière fois que nos gouvernants eurent un peu de bon sens au Moyen-Orient ce fut en 2003 quand Chirac refusa de s’associer à la guerre américaine en Irak. Certes notre politique était alors à la remorque de l’Histoire ; certes elle s’accrochait à des régimes finissants, mais c’était une politique “du moindre mal” et ce n’était déjà pas mal. Du moins nos ambassadeurs arabisants de l’époque, avant que Sarkozy et Hollande ne remplacent ceux-ci par des humanitaires naïfs quand ils n’étaient pas des hommes d’affaires cyniques, du moins ces vrais ambassadeurs (comme celui qui m’avait accueilli en février 2003 à Bagdad pour rendre à Tarik Aziz sans doute l’une de ses dernières visites) connaissaient-ils cet Orient compliqué et anticipaient-ils les horribles carnages communautaires qui devaient inéluctablement se produire en lieu et place des vieux régimes “laïcs”.

Nous avons le résultat de cette folie sous nos yeux et ce bilan n’est pas seulement le bilan de Washington. Non ce n’est pas seulement la faute de Washington car Sarkozy et Hollande (et avec eux Juppé et Fabius) portent une très lourde responsabilité dans les génocides communautaires (les chrétiens, les Alaouites, les chiites duodécimains, les Yazidis…) en œuvre aujourd’hui en Syrie et en Irak comme ils sont directement responsables des massacres tribaux en Libye.

Défendre militairement les Chrétiens d’Irak

À mes yeux Sarkozy et Hollande se sont rendus complices, par ces choix, de crimes contre l’Humanité. C’est à tout le moins ce qui devrait les disqualifier à jamais aux yeux des Français.

Sarkozy plus qu’Hollande d’ailleurs puisque c’est l’UMP qui, finalement, aura le plus brutalement rompu avec les fondamentaux gaulliens de la politique étrangère française pour nous aligner sur les politiques américaine, qatarie et saoudienne. Mais Hollande vaut-il mieux lui qui, en 2012, voulait envoyer notre armée attaquer l’État syrien, en tentant de nous refaire le coup américain des armes de destruction massive? Lui qui ne propose aujourd’hui comme seule aide aux Chrétiens d’Orient, face à la poussée de l’État islamique en Syrie et Irak, que l’envoi de colis alimentaires?

Nous devons aider les Chrétiens à rester chez eux, à défendre leurs villages, leurs églises, car ils étaient les premiers sur la Terre d’Orient. Je soutiens donc sans réserve les frappes militaires américaines contre l’État islamique et j’affirme que c’est l’intérêt et l’honneur de la France que de se joindre à ces frappes. Moi qui suis le premier à m’opposer à la folle politique des États-Unis en Ukraine, je sais aussi refuser le systématisme et dire que les Américains ont fait le bon choix en aidant le gouvernement irakien.

Mais la logique impose d’aller plus loin, d’avoir le courage d’accepter l’erreur occidentale en Syrie ce qui signifie s’allier à nouveau avec Bachar al Assad et l’aider à détruire les foyers islamistes qui gangrènent son pays.

Nous avons mené une guerre pour rien en Afghanistan dans laquelle de nombreux soldats sont morts pour la France et des milliers d’autres y ont perdu un membre, un œil, une aptitude physique ou mentale. Nos Rafales ont pilonné l’Armée régulière libyenne et nos hélicoptères lui ont infligé de lourdes pertes. Nos services spéciaux ont vendu, avec l’argent du Qatar des armes aux islamistes syriens dans le seul but de miner l’État syrien dans ses fondations. Devrions nous alors nous contenter d’envoyer quelques colis pour les Chrétiens d’Irak ?

Certes le principe de non ingérence est un principe essentiel auquel je tiens beaucoup. Mais je crois aussi au principe de solidarité civilisationnelle. La France reste à mes yeux la Fille aînée de l’Eglise, celle qui a secouru les Chrétiens du Liban en 1860, et ces chrétiens sont mes frères. C’est ce principe d’ailleurs qui me rend critique à l’égard du traitement injuste de De Gaulle à l’encontre des Harkis lesquels s’étaient battus pour la France. Je défends la reapolitik mais jamais contre l’honneur de la France. La France est une personne, elle a un honneur, pas seulement des intérêts. C’est donc ce principe de solidarité civilisationnelle qui peut justifier exceptionnellement l’ingérence.

Il faut choisir, soit nous accueillons ces pauvres gens au motif de la préférence chrétienne qui devrait être une évidence en matière d’asile, soit nous aidons activement (solution que Louis Aliot a préconisé le premier et qui a été malhonnêtement déformée par les médias en une forme d’indifférence à l’égard des chrétiens) les Chrétiens d’Orient à rester sur une terre où leurs prières en araméen s’entendaient à l’époque du Christ, six siècles avant l’apparition de l’islam.

Telle est donc ma position, que j’assume et que j’affirme, à savoir que la France devrait s’associer aux frappes militaires américaines pour soutenir l’armée régulière chiite et les Pershmergas kurdes dans leur combat contre l’État islamique.

Casser la dynamique califale et éliminer les djihadistes citoyens français

Il y a un enjeu essentiel dans la destruction de ce califat. C’est qu’il a muté du statut de califat régional au statut de califat mondial. Son calife s’est proclamé calife mondial et il a obtenu le ralliement de plusieurs imams radicaux influents dans le monde islamique sunnite, dont un en Indonésie le plus grand pays musulman du monde. Le risque de propagation est évident et les Américains l’ont compris. Il faut impérativement écraser sous un déluge de feu ces fous qui mutilent les femmes, les vendent comme esclaves sur les marchés de Mossoul, assouvissent sur elles leurs instincts criminels et inondent le monde de leurs vidéos macabres. Vladimir Poutine a eu des mots aussi brutaux que de bon sens vis-à-vis de ces islamistes que les Russes ont combattu en Tchétchénie (tandis que les Américains les aidaient) ou qui ont massacré des dizaines d’enfants à Beslan. “Il faut butter les terroristes jusque dans les chiottes”. Ce n’est pas très politiquement correct mais c’est le meilleur programme face à l’islamisme.

Et ce programme ne doit pas s’arrêter là. Nous savons que près de 1000 djihadistes disposant de la nationalité française sont partis combattre en Syrie et en Irak et que beaucoup ont rallié le califat islamique. Nous ne devons pas les considérer comme des égarés mais comme des ennemis qui reviendront bientôt en France, forts de leur expérience militaire, l’esprit affranchi de toute limite après les exactions commises (viols, tortures, décapitations). Nous devons les éliminer in situ et ce devrait être le rôle de nos services spéciaux de s’en occuper dès maintenant. Nous ne pouvons prendre le risque d’attendre qu’ils reviennent. Arrêtés et emprisonnés en France ils seront de puissants moteurs de conversion à l’islam dans les prisons et donc un facteur supplémentaire de propagation du fondamentalisme islamique dans notre pays. Il revient la responsabilité à chaque nation européenne (France, Royaume Uni…) d’éliminer ses ressortissants djihadistes avant qu’ils ne reviennent.

[...]

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Note du C.N.C: les propos tenus par Aymeric Chauprade n'engagent pas le C.N.C ni le M.A.S mais il nous a semblé opportun de les porter à la connaissance de notre lectorat.