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09/11/2016

Une nouvelle révolution atlantique ?

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 Une nouvelle révolution atlantique ?

 
La victoire de Trump s'inscrit dans une dynamique d'ensemble de l'Occident que nous allons tenter de décrypter.

Les « révolutions atlantiques »

A la suite de Jacques Godechot auteur de La Grande Nation en 1956, de Robert R. Palmer avec The Age of Democratic Revolution en 1959 et 1964 puis des Atlantic Studies s'affirme le concept de « révolutions atlantiques ». Il s'agit d'une approche globale des mouvements d'idées et des révolutions de la deuxième moitié du XVIIIeme siècle qui permet d'appréhender les bouleversements aux Amériques et en Europe comme un phénomène commun.

En effet, outre les Lumières, véritable phénomène européen qui s'exporte aux Etats-Unis notamment via Jefferson (ambassadeur en France sous Louis XVI), le monde occidental subit de nombreux bouleversements autour de 1780/1790. Les deux principales révolutions, américaine (1774-1783) et française (1789-1799) auxquelles on peut ajouter celle des Caraïbes dès 1791 puis d'autres révolutions, inachevées, en Belgique (1786-1791) ou en Pologne (1791-1794) ou même l'échec aux Provinces-Unies de la révolte contre le Stadhouter (1783 – 1787).

Aux Etats-Unis et en France, les deux révolutions ont une certaine proximité. Elles mobilisent toutes les deux une symbolique et des préoccupations issues de l'Antiquité gréco-romaine comme l'affirmation du citoyen, idéal du propriétaire terrien (1) qui doit être un soldat et un acteur de la vie publique. Toutes deux excluent les femmes de la citoyenneté. Le député montagnard Amar proclamera même devant la Convention le 30 octobre 1793 : « En général, les femmes sont peu capables de conceptions sérieuses. [...] Nous croyons donc qu'une femme ne doit pas sortir de sa famille pour s'immiscer dans les affaires du gouvernement. ». Plus tard, Bonaparte, dans le Code Civil, placera le père au centre du foyer et les femmes seront considérées comme mineures. Les Noirs aux Etats-Unis et les étrangers en France, terre d'invention de la « nation », sont aussi exclus de la citoyenneté.

Si, dans le monde protestant, les révolutions sont plutôt lockienne (de John Locke) ou hobbesienne (de Hobbes) et centrées sur les libertés individuelles, en France celle-ci sera plutôt rousseauiste et centrée sur les libertés collectives. De là le fédéralisme d'un côté et le jacobinisme de l'autre.

On le comprend, depuis les Grandes Découvertes initiées par les Portugais puis par les Espagnols, l'Europe a basculé vers l'Atlantique et cette « mer occidentale » est le théâtre sur lequel s'est joué une partie de notre histoire comme l'atteste l'exemple des « révolutions atlantiques ».

Du 9 novembre au 9 novembre

Le 9 novembre 1989, les habitants de Berlin-est font une brèche puis franchissent le mur de Berlin. C'est alors un vent de liberté qui souffle en Occident et, avec la fin de l'URSS en 1991, c'est la fin du bloc de l'est et du communisme dont il subsiste toutefois quelques scories comme en Corée du Nord ou quelques nostalgies comme en Russie. Fukuyama publie en 1992 La fin de l'histoire ou le dernier homme. L'idée d'un monde en paix, unifié et uniformisé par le libre-échange sous le regard paternaliste des Etats-Unis fait alors son chemin.

Oui mais voilà, la mondialisation heureuse est en réalité depuis 25 ans un cauchemar qui n'a profité qu'aux 1% les plus riches et à une caste d'oligarques et d'apparatchiks qui a su s'entendre avec ces 1%. Le reste ? Ils n'ont plus que la consommation et la société du spectacle pour seul horizon. Endettement, chômage, délocalisation, précarisation, violence, communautarisme, terrorisme, sans oublier le basculement vers le Pacifique, le quotidien des sociétés occidentales s'est profondément dégradé depuis 1991 et l'influence des puissances occidentales a progressivement diminué. Le chaos multiethnique sous fond d'économies arasées par la finance et les pays asiatiques.

A l'international, si quelques puissances émergentes tirent leur épingle du jeu c'est au détriment des conditions de travail, de l'environnement ou des populations autochtones comme les nombreuses populations amérindiennes menacées en Amérique du sud ou les minorités ethno-confessionnelles décimées au Moyen-orient (Chrétiens, Yezidis). Les conflits pour les ressources n'ont fait que s'accroître pour nourrir la bête de la consommation et enrichir quelques privilégiés occasionnant des guerres à répétition en particulier au Moyen-Orient mais aussi en Afrique. Aujourd'hui, la mer de Chine est un territoire explosif du fait des prétentions chinoises.

L'idéologie mondialiste s'est diffusée partout via les médias, le cinéma et la terreur politique : aux Etats-Unis, un propos jugé offensif peut vous valoir une diffusion publique sur Youtube par un.e cinglé.e qui prétend défendre les « minorités » ethniques et sexuelles. Le politiquement correct est omniprésent, les grosses entreprises pratiquent la discrimination positive, vous pouvez être traqué chez vous ou sur votre lieu de travail si vous refusez l'utopie multiculturelle de la mondialisation heureuse.

Voila ce que le peuple des Etats-Unis a envoyé valser le 9 novembre 2016.

Une nouvelle révolution atlantique ?

Après la constitution du groupe de Visegrad, la victoire volée au FPÖ en Autriche, les hauts scores du Front National, le Brexit, voilà que les Etats-Unis portent Trump à la plus haute fonction sur un programme assez clair : rendre l'Amérique grande à nouveau. Comment ? Et bien en s'attaquant à la finance, à l'immigration illégale ou au terrorisme islamiste. Le fera-t-il ? Difficile à dire. Mais ce n'est pas important, comme au XVIIIème siècle, car malgré les différences évidentes entre l'Europe et l'Amérique, l'Occident bat en rythme autour des mêmes préoccupations. Cocus de la mondialisation, menacés dans leur identité, les classes moyennes et populaires blanches, pour la plupart, ont entamé un processus de reprise en main du pouvoir, de rejet de l'oligarchie, de la défense de leurs pays d'un même pas. Le FPÖ, le FN, le Brexit ou Trump sont autant un symptôme qu'un baromètre, à l'instar de ce que fut le « printemps-arabe » dans l'ère civilisationnelle arabo-islamique.

Si Christophe Guilluy parlait de « France périphérique », on pourrait désormais parler « d'Occident périphérique » tant les cartes électorales se ressemblent. Les grandes métropoles multiethniques et les territoires gagnants de la mondialisation soutiennent systématiquement les candidats du Système (Vienne, Paris, Londres, New-York, Los Angeles, etc...) là où les territoires des périphéries et des marges voient leur électorat soutenir massivement les candidats « anti-Système » ou anti-establishment. Même un milliardaire comme Trump car il représente le capitalisme entrepreneurial national et non le capitalisme financier international. Si ce phénomène était isolé à la seule France, on pourrait en tirer des conclusions nationales, mais aujourd'hui, ce n'est plus possible. La victoire de Trump, c'est la victoire des « petits blancs » de l'Amérique oubliée. La victoire de ceux qui en ont marre de subir la culpabilisation en plus du déclassement et de la criminalité.

Dans les années 60 les Occidentaux battaient en rythme autour de la libération des mœurs, du rock n' roll ou des revendications politiques contre la guerre du Vietnam, désormais ils ont des inquiétudes en lien avec les différentes formes d’insécurités : économique, sociale, culturelle ou identitaire. N'en déplaise aux anti-occidentalistes et aux anti-américains primaires, l'Occident fonctionne comme un organisme. Aujourd'hui c'est un organisme qui se défend. La victoire de Trump est donc bien plus significative pour nous que la main mise de Poutine sur la Russie. Pourquoi ? Car Poutine est dans la tradition russe de l'impérialisme tsariste d'origine eurasiatique là où Trump porte une contestation de la mondialisation dans son cœur, les Etats-Unis. La Russie a une histoire très différente de l'Occident sur le plan politique et son rythme lui est propre. L'Angleterre, les Etats-Unis ou la France sont des piliers de la civilisation occidentale (telle que déterminée par Huntington). La victoire de Trump valide donc au moins symboliquement nos orientations récentes sur la Russie et l'Occident.

L'imprévu dans l'histoire ?

Dominique Venner était un passionné de l'histoire des Etats-Unis et il avait bien vu qu'il existait deux Amériques. Mais peut-on pour autant affirmer que l'imprévu dans l'histoire vient de l'élection de Trump ?

Le développement du numérique a beaucoup contribué à ce phénomène, au même titre que l'imprimerie avait pu favoriser le développement de la Réforme au XVIeme siècle qui était un mouvement d'émancipation de Rome assez classique chez les populations germano-nordiques. Perçu comme un moyen de connecter l'humanité, internet a au contraire accentué le phénomène de tribalisation en regroupant les utilisateurs par groupes d'intérêts. Les mouvements patriotes, identitaires et populistes ont su tirer profit d'internet qui permet de contourner la presse officielle, acquise à la mondialisation, par le biais des medias de réinformation. L'imprévu dans l'histoire porte peut-être un nom : Julian Assange. Les révélations de Wikileaks ont grandement aidé Trump, bien qu'évidemment aucun média traditionnel n'en ait parlé. Cela vient en tout cas appuyer une idée que j'ai depuis longtemps et qui déplaira à une partie de notre lectorat, les hackers sont plus utiles que des bataillons de militants impuissants. La victoire de Trump scellera par exemple probablement le sort du TAFTA, ce que n'aurait permis aucun collage d'affiche et aucune manifestation.

La victoire de Trump illustre un phénomène assez récurent : l'homme qui porte les aspirations de son époque et bénéficie des nouvelles méthodes de communication. Même si cela pourra paraître caricatural, reconnaissons que l'excommunication de Luther ne l'a jamais empêché d'impulser la Réforme, car il pouvait s'appuyer sur la création de l'imprimerie dans des territoires qui lui étaient favorables. De la même façon, les mandats d'arrêts contre Julian Assange n'ont pas pu empêcher l’œuvre de Wikileaks. La « nouvelle opinion publique occidentale » est désormais une réalité et elle a peut-être conquis la première puissance mondiale. Il ne s'agit pas ici de voir Trump comme le héraut d'une révolution quelconque, mais d'analyser le phénomène comme un événement de l'histoire immédiate dans le temps long historique.

Une question se pose désormais : la France sera-t-elle à la hauteur de son histoire dès 2017 ?

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Relire notre article : Trump sans l'aimer ?

Notes :

1 Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 2 : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. »

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 17 : « la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé [...]»

07/11/2016

L'européiste

 

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L'européiste

Encore plus ringard que le chauvin "patriote" de base : l' « européiste » (comprenez pro-UE) convaincu.

Quand les agriculteurs de son pays crèvent en vendant de la merde pesticidée à perte, l'européiste suit année après année le grand spectacle de la PAC de la même manière qu’il suivrait une partie de jeu de stratégie sur son Mac.

Quand l'européiste signe plein de bons sentiments et de la main gauche une pétition pour sauver 15 emplois d'une entreprise industrielle, il tamponne de la main droite l'inscription de 15 Chinois dans ton école d'ingénieurs.

Quand l'européiste lève des fonds pour sauvegarder la chrysomèle de l'asclépiade dans son habitat naturel et qu'il acclame le député qui a osé faire retirer le Roundup de la vue des jardiniers du dimanche pour 6 mois, il soutient l'agriculture productiviste, le TAFTA et le CETA.

Quand l'européiste réfléchit à la manière légale d'augmenter le salaire du routier polonais de quelques euros pour limiter l'impact du dumping social, il fait venir 2 millions d'immigrés par an en Europe.

Quand l'européiste pinaille sur l'augmentation de la TVA dans la restauration, il regarde avec indifférence les multinationales présentes sur son sol se soustraire aux impôts tout en se félicitant de l'incroyable attrait économique de l'UE pour les grandes entreprises.

Et quand un attentat aura touché une centrale électrique, l'européiste sera toujours en train de discuter de l'écartement des bornes des prises électriques pour la nouvelle norme EN.

Le summum est atteint quand l'européiste se rend compte de sa futilité. Il affirme alors qu'il faut "rajeunir l'Union Européenne", que cette union est trop "éloignée des préoccupations des gens" et qu'il faut réfléchir à un "nouveau mode de fonctionnement".

Il se donne alors pour mission de changer tout ça, réunit quelques personnes importantes autour de lui (un délégué de promo par exemple) et réalise un Power Point qu'il présentera devant le parlement des jeunes où tout le monde verra en lui le nouveau Schumann.

Puis il recommencera sa masturbation intellectuelle après chaque nouvelle élection, après chaque échec de référendum européen, après chaque étude d’opinion.

Aux européistes pro-UE, que vous soyez jeunes ou moins jeunes, chrétiens ou laïcs, libéraux ou « social-démocrates », écologistes ou productivistes; votre projet est mort quelles que soient les idées toutes plus révolutionnaires les unes que les autres que vous y apporterez.

Les millions d'Africains et d'Asiatiques que vous importez n'en ont rien à faire de vos pinailleries. Lorsque vous comprendrez que le jour où vous aurez éventuellement réussi à faire interdire l'utilisation du colorant bleu dans le Canard WC vous n'aurez plus d'eau courante dans vos chiottes, il sera trop tard.

Vos chinoiseries n'intéressent que vous. Vous êtes ringards et presque déjà oubliés (oui, même vous qui avez déjà présenté votre Power Point pour révolutionner le fonctionnement de l’Union). Le Brexit, le groupe de Visegrad et la montée inexorable des partis « eurosceptiques » sont là pour vous le rappeler.

L'Europe, la vraie, se fera dans la solidarité concrète et guerrière entre les peuples. Elle sera avant tout populaire et supranationale.

Elle s’étendra de l’Islande à la Grèce, du Portugal à la Finlande, sans distinction de PIB, de salaire moyen ou du pourcentage de plombiers dans la population. Et plus personne ne fera l’affront de se demander si la Suisse, l’Ukraine ou la Norvège en font partie.

Votre Europe représente le passé. L’Europe à venir, notre Europe, sera impériale ou ne sera pas.

Vinzenz K. / C.N.C.

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03/11/2016

Chronique de livre : Sylvain Tesson "Sur les chemins noirs"

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs

(Gallimard, 2016)

sur les chemins noirs.jpgSylvain Tesson est géographe, aventurier et écrivain. Aucun de ces trois termes n'est usurpé pour le qualifier.

Géographe, Sylvain Tesson l'est par ses diplômes – un DEA de géographie – mais aussi, et peut-être surtout, par son regard sur le monde.

Aventurier, car il a fait un pas de côté pour se rendre dans les confins du monde : la Sibérie, les altitudes de l'Himalaya et bien d'autres territoires inaccessibles.

Ecrivain, avec une vingtaine d'ouvrages dont le dernier, Sur les chemins noirs, paru en 2016 chez Gallimard, que nous allons présenter.

Sylvain Tesson a perdu sa mère et aussi l'équilibre, se fracassant huit mètres plus bas du toit où il faisait le pitre. Les deux événements, tragiques, vont agir sur lui comme un révélateur. Perdre sa mère et une partie de ses facultés quand on est un cœur aventureux, voilà deux épreuves que l'on doit surmonter. Si le deuil est inévitable, les limites physiques, elles, peuvent être repoussées. C'est ainsi qu'à sa sortie de l'hôpital, Sylvain Tesson se décide à une aventure assez banale pour un aventurier du bout du monde : traverser la France du sud-est (aux alentours du Mercantour) vers le nord-ouest (la presqu'île du Cotentin, en Normandie).

Pendant deux mois et demi, du 24 août au 8 novembre, Sylvain Tesson va parcourir ce qu'il nomme les chemins noirs, d'après le titre du livre de René Frégni, Les chemins noirs. S'appuyant sur un très sérieux rapport traitant de « l'hyper-ruralité », il va bâtir sa route grâce aux précieuses cartes IGN au 1/25000e. Une façon au passage de nous rappeler que nos cartographes ont effectué de très notables progrès depuis la guerre de 1870... Il pourrait paraître étonnant que notre écrivain baroudeur ne se soit pas aventuré sur la route du sud-ouest au nord-est, la fameuse « diagonale du vide » aujourd'hui appelée « diagonale des faibles densités », mais il n'en est rien car son objectif est de rallier la Manche pour terminer son périple du haut des falaises surplombant l'horizon maritime.

Le regard de Sylvain Tesson sur la France est, fait rare chez lui, emprunt de nostalgie. Témoin impuissant d'une France rurale et enracinée qui disparaît sous les coups de boutoir de l'aménagement du territoire, de l'Union européenne et de la mondialisation, ce périple constitue un témoignage nécessaire autant que cynique. Agrémenté de nombreuses réflexions personnelles et de quelques développements que ne renieraient pas la géographie libertaire des éditions l'Echapée, puisant ses références dans un panel varié de philosophes et d'auteurs comme Xénophon, Jünger, Maurras, Braudel ou Vidal de la Blache, cheminer avec Sylvain Tesson est riche d'enseignement et ne peut laisser insensible le lecteur.

Bien qu'assez court, 142 pages, on ne sait pas dire en refermant le livre si on en voudrait plus ou pas. Peu de mots suffisent parfois à capturer une réalité complexe et Sylvain Tesson est passé maître dans l'art de faire fuser ses phrases comme des balles. Véritable géographe du sensible, il porte un regard acéré sur le monde, faisant sienne une philosophie qui puise dans la géographie. Celle de Tesson a une âme, elle n'est pas la discipline parfois rébarbative des bancs de l'école ou celle des Commissaires au plan, des gestionnaires ou des économistes.

A la lecture du livre, pour ceux qui en doutent, on mesure que la France n'est pas juste un territoire qui doit être compétitif et que « l'hyper-ruralité », ce concept terrible, n'est pas une malédiction. Les croyants en la religion du progrès peuvent-ils vraiment comprendre cela ? Comprennent-ils la France éternelle ? La lecture de Sylvain Tesson sonnera sûrement comme une sentence : ceux qui refusent cette France des ZAC, des ZUP, des périph' et autres stigmates sont de la confrérie des chemins noirs.

« Certains hommes espéraient entrer dans l'Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie. »

Un livre à lire et à offrir, pour que les chemins noirs de la littérature ramènent nos contemporains dans le réel. Une ode à la redécouverte de notre pays et au dépassement de soi. Un signe des temps.

Jean / C.N.C.

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02/11/2016

La société des souffreteux

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La décence devenant rare, il n'est guère étonnant d'assister à une surenchère de la douleur et de la maladie tout autour de nous. Réelles ou fantasmées ? On en finirait par choisir la seconde option tant on a l'impression de vivre au milieu d'une société d'hypocondriaques.

Le moindre problème physique (ou psychologique!) est devenu l'occasion de se plaindre inlassablement et d'étaler sans pudeur aucune son pauvre sort aux yeux de ses contemporains... qui renchérissent dès que cela leur est possible ! Via ces complaintes incessantes, on comprend qu'aujourd'hui, tout prend une proportion démesurée dès qu'il s'agit de la santé. Les gens n'ayant plus rien à se dire, plus rien à partager, ils cherchent à exister de la plus misérable manière possible : attirer la compassion voire la pitié.

Bienvenue dans la société des souffreteux qui remplissent les salles d'attente des médecins en tout genre ou des urgences ! Du vrai pain béni pour les laboratoires, les pharmacies et les traficoteurs de cerveaux ! Un rhume ? Un eczéma ? Une « dépression »? C'est l'occasion d'aller quémander un arrêt de travail ou une bonne dose de médicaments (qui permettent à chacun de se convaincre de la véracité de la « maladie »). Cela tombe bien, notre société favorise et entretient le glissement des individus vers un état de faiblesse psychologique et physique constant. « Mais oui, vous êtes malade ! »

Tout le monde doit se trouver des problèmes ! Vous pensez ne pas en avoir ? Ouvrez donc l'un de ces magazines « santé-psycho », vous vous trouverez bien une pathologie à somatiser ! La société de consommation se double d'une société de victimisation. Etre une victime, c'est commode ! On peut justifier tous ses travers et s'en faire excuser.

La société du spectacle ne fonctionne pas autrement : toutes les stars ont, un jour ou l'autre, « confié » dans Télé 7 Jours ou chez Ardisson, un traumatisme d'enfance ou un combat contre le cancer. Ca les rend presque accessibles et ça les rapproche de la plèbe. Ils sont comme vous : malades et ils le disent ! Soyez comme tout le monde, ne vous a-t-on pas dit qu'il fallait parler de ses problèmes et ne pas tout garder pour soi ? Répandez-vous ! Couinez sur les réseaux sociaux ou auprès de vos collègues ! Vous n'en existerez que mieux aux yeux des autres.

Nos anciens disaient que « les grandes douleurs sont muettes »... La discrétion est avant tout une question d'honneur personnel.

Quelles dégénérescences que cette déification de la fragilité et de la surenchère du gémissement! C'est la pitié que l'on cherche, c'est la faiblesse que l'on brandit, c'est la Grande Santé (et donc la Vie) que l'on écarte d'un revers de la main pour se vautrer dans le Xanax et les antibiotiques.

Une société de malades est docile, facilement contrôlable et ne présente aucun risque pour le système. Au contraire, elle le nourrit et le fait perdurer.

Ann et Rüdiger / C.N.C.

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31/10/2016

Résister au capitalisme dans un système capitaliste (Intervention de Jean Terroir à Academia Christiana)

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« Résister au capitalisme dans un système capitaliste »

Il s’agit d’une version adaptée à la publication écrite.Cette allocution a été donnée, de façon sensiblement modifiée, le vendredi 21 août de 21h à 22h lors de l’université d’été d’Academia Christiana à Sées.

Les références à l’Encyclique Papale Laudato Si’ qui complètent le propos sont indiquées entre crochets.

 

L’intervention de ce soir tournera autour du thème suivant : Résister au capitalisme dans un système capitaliste ou les alternatives au capitalisme dans un système capitaliste.

Deux façons d’aborder le sujet suivant, à savoir comment sortir de la matrice : on parlera plutôt d’opposition dynamique que d’alternative. Résister et opposer me semblent être les termes adéquats.

Sur le groupe Facebook, sous le visuel de présentation il est écrit : « Consommation, individualisme, déracinement, peut-on guérir notre société de ces maux ? Peut-on échapper à ces phénomènes ? » Je vais effectivement donner des pistes.

Débutons par un cadrage rapide. La France est un système hybride entre étatisme et capitalisme, notre propos doit donc prendre place dans le cadre national, quand bien même nous sommes dans une société marquée par la mondialisation. Mais on ne peut pas aborder en France une « résistance au capitalisme » sans aborder la résistance à l’Etat.

Si l’omnipotence de l’Etat est pour beaucoup de « libéraux » le signe que la France n’est pas vraiment un pays libéral au sens où eux l’entendent : c’est à dire la liberté complète en matière économique, qui effectivement n’existe pas en France pour la majorité des citoyens, c’est en revanche l’Etat qui a permis au capitalisme de devenir dans notre pays un fait anthropologique total. L’Etat en France, c’est en grande partie l’administration et la bureaucratie. Exemple simple : c’est l’Etat qui a contribué au développement de l’agriculture productiviste, donc de l’industrie-agro-alimentaire, donc des grandes surfaces, donc des zones commerciales, donc de la mort de la paysannerie traditionnelle et des commerces de proximité, de la sociabilité locale au profit de territoires entièrement dédiés à la consommation (et de la vente des centres villes aux enseignes comme H&M, Zara, Starbucks, Subway, Carrefour contact, etc…). Cette consommation entraîne d’importantes mobilités, et ces mobilités sont donc un élément du déracinement et de l’atomisation des rapports sociaux (via la voiture individuelle).

Par cet exemple simple, on comprend mieux le lien entre consommation, déracinement et individualisme. On comprend mieux aussi pourquoi on parlera de « fait anthropologique total ». Le rapport à l’Etat a aussi pour conséquence de renforcer l’individualisme : puisque l’État papa ou l’État maman est là (c.a.d : la version rassurante ou répressive de l’Etat), alors quel intérêt d’entretenir des liens de solidarité ? Nous sommes « seuls ensembles ». On devient un « sujet de l’Etat » et finalement tout le monde accepte tacitement le contrat : payer ses impôts pour avoir des « droits à » mais aussi le « droit de ». La loi prend la place de la coutume (locale) ou de la décence commune (pour replacer direct du Michéa).

Le Leviathan étatique permet l’intégration de la quasi totalité de la population, d’une manière ou d’une autre, au système capitaliste : par la formation (école), par l’aménagement du territoire (routes, permis de construire, grands travaux, etc…), par la culture qui est diffusée (télé, théatre, pub, …), par (tout simplement) les modes de vie, par la consommation (on peut consommer grâce aux aides sociales) [Encyclique Laudato Si’ – VI – 203]. Personne n’échappe réellement à la matrice et l’Etat doit vérifier que rien n’échappe à la matrice. Mais cela n’est pas étonnant, puisque tout pays capitaliste a besoin de l’Etat, au moins pour deux institutions : l’armée et la police. L’armée qui sécurise l’approvisionnement, et la police qui protège la propriété privée et les appareils de production. Mais l’armée et la police ont aussi pour fonction de protéger les citoyens et donc de déplacer le rapport de force des communautés humaines vers les Etats (c’est à dire que les peuples n’entrent plus en confrontation que si l’Etat le décide).

Par conséquent, je disais dès le début que résister au capitalisme c’était résister à l’Etat, mais résister à l’Etat c’est se mettre hors la loi. C’est donc la quadrature du cercle, comment résister au capitalisme de façon légale ? A la lumière de mon introduction, on pourrait s’imaginer que c’est contradictoire. En réalité, sauf sur quelques éléments, il est possible de se soustraire légalement à l’Etat sur un certain nombre de domaines, d’utiliser une partie du système contre lui. Toute sortie intégrale d’un quelconque système que ce soit est de toute façon chimérique. Citons en ce sens Serge Latouche : « Si la rigueur théorique exclut les compromissions de la pensée, le réalisme politique suppose des compromis pour l’action ». Même les moines ont besoin des touristes qui achètent leurs bières ou leurs confitures… car l’échange, même commercial, n’est pas forcément la recherche de l’enrichissement. Partons des moines pour poser notre plan : 1) comme le moine résister c’est donc d’une part une démarche individuelle (retourner le système c’est sûrement retourner l’individu contre l’individualisme), 2) résister au capitalisme c’est constituer une communauté sur des valeurs et d’une identité communes, 3) comme le moine, résister au capitalisme, c’est s’approprier un lieu, un territoire

 1) Résister c’est agir soi-même

Démarrons par un extrait de Dominique Venner : « Etre un insoumis ne consiste pas à collectionner des livres impies, à rêver de complots fantasmagoriques ou de maquis dans les Carpates. Cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. »

Résister au capitalisme partira toujours d’une démarche individuelle. C’est bien l’intérêt d’une formation comme Academia Christiana, faire germer en chacun de vous un questionnement sur ce sujet pour qu’ensuite vous puissiez agir: seul, avec les autres et sur un territoire souvent en consommant différemment.

Être sa propre norme par fidélité à une norme supérieure, dans un contexte chrétien, cette « norme supérieure » est évidemment religieuse et biblique.

Retenons simplement ce passage de l’Evangile selon Saint Matthieu au Chapitre VI verset 24: « Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et la Richesse. » (Mammon) [Encyclique Laudato Si’ – VI – 217]

Pour résister au capitalisme il faut donc adopter une éthique. Éthique de la responsabilitééthique de la limite. Il faut être responsable dans l’actionet accepter la limite. Pour les chrétiens, comme pour la philosophie païenne greco-romaine, la limite est liée au divin, qu’il soit sous sa forme païenne ou sous sa forme chrétienne. On songera bien sur à l’orgueil. Chez les Grecs, l’hybris est suivi de la colère des dieux (c’est ainsi qu’Herodote explique la défaite des Perses du roi Xerxès). Dans le christianisme, l’orgueil sera rangé au rang des péchés. Mais dans une société où « Dieu est mort » pour reprendre Nietzsche, il n’y a plus de limite. Dans la religion du progrès, qui ne se limite pas au capitalisme mais aussi à certaines formes de socialisme, marquée par l’économisme et le fétichisme de la croissance, l’objectif est de toujours « repousser les limites ».

La première étape de la résistance au capitalisme et ses corollaires consiste donc à adopter cette double éthique de la responsabilité et de la limite et à décoloniser son imaginaire (lire le papier de Serge Latouche dans le dernier numéro de La Décroissance). Cette décolonisation de l’imaginaire est une étape essentielle. Pour un catholique, la Bible devrait être un moyen de décoloniser l’imaginaire de la société capitaliste marquée par le matérialisme, l’accumulation et la soif d’enrichissement. Il ne faut pas accorder d’intérêt à tout ce qui nous pousse à consommer. Il faut résister à la séduction publicitaire (à la tentation). Il faut sans cesse se questionner : est-ce responsable ? Est-ce juste ? Est-ce bon ? Il n’y a pas de résistance au capitalisme sans recul sur le monde et la société et donc une prise de distance avec ces normes. La réussite, est-ce être un homme riche ou est-ce être un homme juste et bon ?

Autre élément qu’on pourrait citer dans la décolonisation de l’imaginaire : le rapport au temps. Une des mutations anthropologique majeure induite par le progrès technique, c’est le changement de notre rapport au temps. On ne peut aller plus vite que le cheval que depuis la fin du XIXeme siècle. La « société de la vitesse » a donc émergée et aucun régime, y compris les régimes qui voulaient lutter contre l’homme libéral, n’a été contre la société de la vitesse. Il est nécessaire qu’il y ait une part prométhéenne mais on n’en maîtrise pas toujours les conséquences. La vitesse, si elle a contribué à la « grandeur des nations », a aussi favorisé une philosophie puis une pratique néo-nomadiste. Le déplacement fait parti de notre façon d’habiter le territoire. J’y reviendrai en troisième partie. Il faudrait donc repenser notre rapport au temps, prendre le temps, faire moins de « choses » mais mieux : la « philosophie de l’escargot » des décroissants.

Une fois qu’on a entrepris cette démarche, elle peut se retranscrire dans un certain nombre de gestes quotidiens, qu’ils soient marchands ou non marchands. Dans les gestes marchands il y aura évidemment ce que nous achetons et ce que nous n’achetons pas. 1 euro qui ne part pas dans la matrice ou 1 euro qui part à soutenir un projet économique alternatif et c’est 1 euro que l’on retire du circuit économique classique. Il faudra donc viser peu à peu la désertion des grandes surfaces, le refus d’acheter certains produits (huile de palme, en raison des conditions de production, le propriétaire de telle ou telle entreprise comme Monsanto ou Coca-Cola) [Encyclique Laudato Si’ – VI – 208]. Dans les gestes non marchands, il y a tout ce qu’on peut faire au quotidien chez soi : par exemple utiliser des outils non électriques dans certaines tâches, se déplacer à pied ou à velo. [Encyclique Laudato Si’ – VI 211]. Prendre le temps pour écrire des lettres ou pour lire : la lecture demeure une activité de résistance au capitalisme (encore faut-il bien choisir ce qu’on lit et donc ne pas être sensible aux phénomènes de mode). Plus de télé (aliénation). Tendre vers la frugalité volontaire. « Un homme heureux consomme peu. » S. Latouche [Encyclique Laudato Si’ – VI – 204 et VI – 223]

Continuer d’acheter des revues et journaux papier, aller pour certains ouvrages dans des librairies indépendantes (donc pas la FNAC). Aller chez les bouquinistes. Et c’est possible aussi dans d’autres domaines comme la musique ou l’habillement. Il est possible d’aller chez les revendeurs ou les friperies (exemple : Oxfam). Privilégier la réutilisation, le rapiéçage, la revente ou le don, à l’achat dans des magasins. Selon l’ADEME chaque habitant se débarrasse de 17 kilos de textile par an dont 9 kilos de vêtements. Agir en refusant de contribuer à la société du jetable, c’est forcément passer par des petits commerces (le bouquiniste, le cordonnier, la mercerie, …). Possibilité également d’acheter dans des magasins de qualité et français comme 1083 pour les jeans ou les chaussures.

Là aussi, paradoxalement, accepter dans un premier temps ses limites : vous ne pourrez pas tout faire, tout de suite, et dans certains domaines ce sera plus compliqué que dans d’autres pour x raisons. Vous serez par exemple confrontés à des réalités financières, il est possible de se nourrir bien pour pas trop cher, mais il est difficile de s’habiller bien pour pas trop cher. Par ailleurs la problématique de l’habillement nous renvoie à un autre élément qui moi me paraît central dans la société actuelle : les gens sont souvent mal habillés, la culture « sportswear » y est extrêmement développée. Là aussi c’est un signe de l’influence de la société capitaliste : le bougisme, la culture urbaine moderne, encouragent à se vêtir avec des chaussures de sport ou des vêtements de sport. Mais cela contribue souvent à l’enlaidissement et à la vulgarité de la foule. (voir un ouvrier avant et après). S’habiller correctement en ville, c’est une façon de ne pas succomber à la médiocrité et à la facilité ambiante. C’est la « tenue » chère à Dominique Venner. C’est aussi l’esthétique.

En définitive comme le dit André Gorz : « la critique de la croissance n’a de sens, et de portée révolutionnaire, qu’en référence à un changement social total. »

A l’issue de cette première partie, nous aurons vu la quasi totalité des 8 R de Serge Latouche: réévaluerreconceptualiserréduireréutiliser et recycler. Il nous resterai restructurerredistribuer et relocaliser à traiter.

2) Résister c’est agir avec les autres

Restructurer et redistribuer c’est agir avec les autres. C’est adopter de nouvelles façons d’organiser la vie sociale et économique. Zentropa a publié un article intitulé « la communauté ou le cauchemar du système ». La communauté, ce n’est pas le communautarisme. La communauté c’est l’affirmation des liens qui unissent des individus, qui favorisent l’entraide et la coopération dans une perspective d’autonomie. L’entraide est un facteur d’évolution chez Kropotkine, par opposition au darwinisme social de la loi du plus fort. La foi par exemple, ne peut pas simplement se vivre seul, elle se vit aussi dans la messe. Qu’est-ce que l’Eglise si ce n’est l’Ecclesia grecque, l’assemblée. Même le moine (du grec monos, seul), vit dans une « communauté monastique ». Ce n’est ni un ermite, ni un anachorète. Dans l’histoire du christianisme, la communauté a été prépondérante et la force de la communauté d’autant plus. Lors des persécutions, la force de la communauté a empêché l’empire romain de vaincre le christianisme. [Encyclique Laudato Si’ – VI – 219]. Aujourd’hui, pour résister à l’empire de la marchandise il faut agir en communauté. Le troc, le don, les systèmes associatifs (AMAP), les coopératives, les SEL (systèmes d’échanges locaux), les monnaies locales, les microcrédits, le prêt au sein de la communauté, l’autogestion, etc… Le Mouvement d’Action Sociale est un exemple de réponse.

Cela nous réapprend l’organisation collective, le partage, la confiance, etc… Il faut monter des ateliers : cuisine, couture, jardinage, lecture, … tout ce qui favorise le partage, la mutualisation. Il est important de prendre le temps de cuisiner, de partager un repas, sans avoir la télé qui hurle dans le salon. Faire des activités sportives ensemble: la marche, l’auto-défense. (on ne fait pas du sport simplement pour faire du sport, mais aussi pour être ensemble). Vous pouvez inventer vos propres formes de communauté. La communauté est également la garantie de maintenir vivante la norme (à laquelle sont attachés des valeurs et des principes) et de pouvoir trouver un « refuge » en cas de doute. On peut faire part de ses doutes à sa communauté. C’est aussi la nourrir, la réorienter, l’approfondir.

Il est nécessaire de pouvoir exclure du groupe, et sanctionner (et non de punir, la sanction est éducative, pas la punition), la communauté a des règles, elle «pose le « NON ». Dans la société individualiste, c’est l’absence de règle qui devient la norme. D’où l’inversion des valeurs. L’argent permet de tout s’acheter, de tout transgresser, d’échapper à la loi, etc… La première communauté à faire vivre : c’est le couple, première sphère d’entraide, de coopération d’échange, de complémentarité, de prise de décision collective.

Il ne s’agit pas ici d’une utopie (du grec u-topos qui signifie absence de lieu) mais bien au contraire de la mise en place de quelque chose de concret, de réel, de palpable, de sensible… la communauté est-elle même un « lieu », elle a en tout cas la capacité à s’inscrire et à sa manifester dans des lieux, sur un territoire.

 3) Résister c’est agir sur un territoire

Tous les actes de la vie se déroulent dans des lieux : logement, travail, école, commerce, … Fréquenter d’autres lieux, c’est aussi résister aux « lieux du Capital ». Le choix de son logement, de son travail, de l’école de ses enfants, de là où on consomme, de là où on voyage, tout cela a une importance. Privilégier la densité du bâti à l’étalement urbain, le microfermage, l’agroforesterie, le bocage, la permaculture, etc… à l’openfield. C’est ce qu’on lit dans l’AT : « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, Et qui joignent champ à champ, Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace, Et qu’ils habitent seuls au milieu du pays » (Isaïe 5,8)

La communauté devra s’enraciner sur un territoire dans lequel elle agit. La communauté aura donc d’autant plus de pertinence qu’elle peut agir localement. D’une façon générale le localisme est une façon de rompre peu à peu avec la matrice. La maîtrise de son propre territoire est fondamentale. Dans l’idéal il faudrait en connaître la faune ou la flore. Il faut donc se réapproprier le territoire par la marche (ou le vélo).

Paradoxalement l’urbain maîtrise mieux son territoire que le néo-rural. Le territoire c’est l’enracinement (qui peut être incomplet / imparfait). S’enraciner, ce qui suppose donc un territoire, ce n’est pas refuser les mobilités, c’est se questionner sur la pertinence de nos mobilités et sur la façon donc nous nous déplaçons sur le territoire. Bien évidemment on adoptera pas la même « stratégie » si on est au centre-ville d’une métropole ou dans un petit village de la Creuse. Mais il y a pour tous les types de territoire des façons d’agir et des questionnements à avoir. L’Église elle même a constitué un maillage territorial au sein duquel elle agit.

Dans l’histoire, toutes les communautés se sont appropriées un territoire. Au sein d’un territoire il est plus simple de définir des rôles, complémentaires. Chaque personne peut exprimer ses talents sur le territoire et trouver une place au sein de la communauté. On ne définit pas arbitrairement des rôles, on les définit en fonction des besoins, ou on agit en fonction des talents comme c’est le cas dans un réseau. Ce territoire n’est pas une forteresse bastionnée mais peut être un camp de base, un centre, un point de ralliement et un lieu à partir duquel on s’ouvre au monde. Par définition le territoire est marqué par la limite : il est délimité, et il est possible pour la communauté de définir, sur le plan géographique, ce qui peut ou non passer la limite. Par exemple, le touriste, parfois mal vu par l’autochtone, qui « transgresse son territoire quotidien ».

Transgression des distances, des limites : on ne s’en rend même plus compte. On assiste à un retour au réel dans les banlieues : ces zones de non-droit sont en réalité des zones d’un autre-droit ce qui démontre l’importance du territoire. Quels sont nos espaces d’autonomie ? Où sont nos Républiques autonomes? Où est la souveraineté populaire ? C’est ce qu’on retrouve au sein des ZAD ou au sein des BAD, quant elles ne sont pas abordées sous l’angle du survivalisme anglo-saxon du seul contre tous, mais comme précisément une BASE, AUTONOME et DURABLE. Plutôt que durable, je préférerai le terme de « collective ». Ne cherchez pas plus loin la force du capitalisme, celle des gauchistes ou des « jeunes de banlieue »: c’est leur capacité à s’approprier le territoire qui fait leur force. Les premiers par les rapports de prédation marchande et de spéculation, les deuxièmes par des alternatives et les derniers par le contrôle social, l’économie souterraine et la violence (qui peut trouver une explication sur le plan anthropologique).

Conclusion :

1a) Décoloniser son imaginaire, éthique de la responsabilité et de la limite
1b) Modifier ses habitudes quotidiennes (dé-consommation, frugalité volontaire)
1c) Faire attention à sa Tenue et à l’esthétique (image)
2a) Agir avec les autres (entraide, coopération)
2b) Monter et soutenir des projets collectifs (autonomie)
2c) Savoir dire NON (limite)
3a) Fréquenter d’autres lieux
3b) Agir sur un territoire (localisme, enracinement)
3c) Constituer des lieux et s’approprier un territoire (ZAD, BAD)

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Première publication sur academiachristiana.wordpress.com

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Bibliographie indicative:

Ouvrages :

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BAUDRILLARD, Jean, La société de consommation, Paris, Denoël, 1970

CHEYNET, Vincent, Décroissance ou décadence, Vierzon, Editions « le pas de côté », 2014

COLLECTIF OFFENSIVE, Divertir pour dominer, La culture de masse contre les peuples, Montreuil, Éditions l’Échappée, 2010

DARDEL, Eric, L’homme et la Terre, Nature de la réalité géographique, Paris, Éditions CTHS, 1990

DEBRY, Jean-Luc, Le cauchemar pavillonnaire, Montreuil, L’Echappée, 2012

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Articles :

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Rüdiger et Ann, « Et toi, tu passes ta vie dans les bouchons », cerclenonconforme.hautetfort.com, 2013

Rüdiger et Ann, « Le goût de rien, où comment l’homme se perd », cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

Rüdiger et Ann, « Notre Sainte bagnole », cerclenonconforme.hautetfort.com, 2015

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TERROIR, Jean, « Chronique de livre: Laurent Ozon, France les années décisives », cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

TERROIR, Jean, « Chronique de livre: Vincent Cheynet, Décroissance ou décadence », cerclenonconforme.hautetfort.com, 2014

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26/10/2016

Création d’un parti politique par le mouvement Azov et « Marche de la Nation », le 14 octobre 2016 à Kyiv, Ukraine

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Création d’un parti politique par le mouvement Azov et « Marche de la Nation », le 14 octobre 2016 à Kyiv, Ukraine

Le 14 octobre 2016, journée du défenseur et du guerrier traditionnel de l’Ukraine, s’est tenu à Kyiv le congrès inaugural du parti politique du mouvement AZOV, le Corps National (Natsional’niy Korpous).

Fondé sur la base du Corps civil AZOV, il unit les vétérans du régiment AZOV, des patriotes et des militants.



Andriy Biletskyi, fondateur et premier commandant du régiment AZOV, député à la Verkhovna Rada (Parlement), a été élu à l’unanimité chef du parti par 292 délégués venus de toutes les régions de l'Ukraine.

Levko Loukianenko et Myroslav Symtchytch, anciens prisonniers des camps soviétiques et vétérans de la lutte pour l'indépendance, ainsi que le célèbre écrivain ukrainien Vassyl Shkliar, entre autres auteur du livre « Sur le chemin glorieux du régiment AZOV », ont célébré l’émergence de la nouvelle force nationaliste devant les participants du congrès.

Le musicien Arseniy Bilodoub, chanteur du célèbre groupe Sokyra Peruna, au nom du Secteur Droit (Praviy Sektor), a souhaité bonne chance au Corps National et a souligné que les organisations nationalistes ukrainiennes entretenaient des liens de camaraderie, non des relations de rivalité.

Le régiment AZOV était représenté à la tribune en la personne de son commandant par intérim qui a précisé que le nouveau parti défend les intérêts supérieurs de l'Etat et de tous les soldats ukrainiens qui se sont battus et ont donné leur vie pour l’Ukraine : leur objectif n'a jamais été la capitulation, presque signée par les autorités ukrainiennes actuelles.

Avant la présentation du programme du parti, une vidéo qui retraçant l’histoire du mouvement AZOV a été projetée. Ensuite, les délégués ont approuvé le programme et la charte du Parti.

Dans son discours salutaire, Andriy Biletskyi, le chef du Corps National, a souligné ce qui suit : « Nous ne devons pas devenir le parti des mots, mais celui des actes. Assez de mots. L'Ukraine a besoin d’actes ».

Le premier principe tiré de la présentation du programme soulignait la nécessité de mettre en place l'Union Baltique-Mer Noire (Intermarium).

L'Occident, les Etats-Unis en particulier, a trahi l'obligation de défendre l'intégrité territoriale du pays au nom du mémorandum de Budapest conclu par l’Ukraine en échange de sa renonciation aux armes nucléaires.

Au lieu de développer un bloc géopolitique composé des alliés naturels régionaux de l'Ukraine, le gouvernement ukrainien et le président se mettent littéralement à genoux face à la communauté internationale, en demandant l'aide.

Ainsi, la priorité de la défense de l'Ukraine résiderait dans la restauration de son potentiel nucléaire, de ses capacités de production dans le domaine de l’aéronautique et des missiles balistiques, ainsi que dans la création de puissantes forces armées composées d'une armée professionnelle fondée sur un système contractuel et une armée de défense territoriale.

En outre, serait créée une Légion étrangère professionnelle visant à protéger les intérêts ukrainiens sur la scène internationale.

"Nous avons la connaissance en interne de la situation sur le front, ce qui nous met ainsi en mesure d'assurer la victoire de l'Ukraine", a déclaré le représentant du parti.

Dans le domaine de la politique étrangère et de défense ont été suggérées les étapes suivantes:


- La dénonciation unilatérale du traité d'amitié de 1997 entre l'Ukraine et la Russie.


- La reconnaissance de la Fédération de Russie, en tant que puissance belligérante et agresseur, ceci à tous les niveaux de la politique mondiale et de la diplomatie internationale.


- Le rétablissement des relations diplomatiques avec la Russie seulement après la désoccupation de la Crimée et du Donbass, ainsi que le paiement de réparations par la Russie.

- La légalisation du droit à l'autodéfense armée en Ukraine.

En outre, ont été mis en évidence les points économiques pour permettre de conférer à l’Ukraine le statut d'un super état : au lieu de brader les restes de l'héritage soviétique et d’offrir des ressources naturelles à bas prix à l'Ouest ainsi que des produits semi-finis, l'Ukraine devrait mettre en œuvre de nouveaux projets mondiaux sur la base de son immense potentiel dans les domaine scientifique et de l’éducation.

Elle devrait tirer parti de sa position géopolitique, de sa situation de corridor, de son sol riche, ainsi que de ses autres ressources naturelles.

Le temps du nationalisme économique est venu : l'Ukraine devrait mener la Quatrième révolution industrielle dans des domaines comme les technologies de l'information, les biotechnologies, l’énergie, les transports, le complexe militaro-industriel et l'agriculture.

L'économie de l'Ukraine doit être mixte : le Corps National suggère la nationalisation des branches stratégiques de l'économie et en même temps un soutien maximal aux entrepreneurs privés dans le reste du champ économique, national et étranger, avec la réduction du fardeau de la fiscalité en particulier.

La modernisation rapide de l'économie ukrainienne suppose la mise en place d’un Fond d'investissement national.

L’autarcie énergétique serait basée sur le développement rapide de l'industrie nucléaire et thermonucléaire.



En politique intérieure, en ce qui concerne la structure du gouvernement, l’accent est mis sur la place tenue par un puissant leader national qui serait à la fois le commandant en chef et la tête du pouvoir exécutif.

Simultanément, sa responsabilité personnelle serait garantie par une procédure stricte de mise en accusation.

La même chose vaut pour les fonctionnaires qui doivent être prêts au rétablissement de la peine de mort comme mesure exceptionnelle pour trahison et détournement de fonds publics.

Les juges et les représentants des forces de l'ordre devraient être élus sur une base régionale.

De plus, la majorité des questions sociales devrait être discutée lors de référendums locaux.

La décentralisation, la liquidation de la brueaucratie et de la corruption pourraient être, entre autres, réalisées grâce au recours à un mode de gouvernement électronique.

Force, Prospérité et Ordre sont les grands principes qui résument le programme du parti.



Le congrès a réuni des délégués étrangers en provenance d'Europe occidentale, centrale et orientale (Pologne, Lettonie, Croatie, Grèce, Italie, Allemagne).

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La célébration du congrès du parti et du Jour des Défenseurs de l'Ukraine par le Corps National s’est conclue par la massive « Marche de la Nation «  ayant réuni de plus de 10 000 personnes avec la participation du Secteur Droit (Praviy Sektor), de C14 et d'autres formations nationalistes qui ont rejoint le cortège, avec de nombreux habitants de Kyiv.

La marche, qui a duré 3 heures, était accompagnée par les hymnes de fameux chanteurs patriotes ukrainiens.

Elle a démarré au pied de la statue de la Mère Patrie pour traverser le centre historique de Kyiv jusqu’à la place Sainte Sophie et le monument de Bohdan Khmelnytskyi.

L’arrêt le plus long fut effectué dans la rue Hroutchevskyi où, il y a plus de 2 ans, au cours de l’hiver 2014, sont morts des héros de la Centurie Céleste.

Les leaders des mouvements organisateurs de la marche ont déposé des gerbes de fleurs à la mémoire de ceux qui sont tombés, pour honorer leur mémoire et celle des soldats ukrainiens de la guerre en cours.

« La paix, après la victoire », pouvait-on lire sur une des bannières brandies par les participants.

Aussitôt arrivés à destination, ces derniers ont pu écouter les discours des chefs d’organisations qui ont mis l’accent sur deux points principaux.

Ils ont envoyé tout d‘abord un message très clair au gouvernement ukrainien : « Nous avons battu le pavé pour montrer aux autorités que nous ne lâcherons rien et que nous sommes prêts à entreprendre des actions décisives au cas où elles trahiraient l’Ukraine et le peuple ukrainien ».

Ensuite, ils ont souligné l’impératif de la solidarité entre organisations nationalistes qui ont uni leurs forces au cours de la marche et sont prêtes à former un front politique commun.

« La force est dans l’unité » a souligné Andriy Biletskyi, le leader du « Corps National » et de l’ensemble du Mouvement Azov.

La marche s’est achevée avec la récitation collective de la prière du nationaliste ukrainien, un rite traditionnel du Mouvement Azov.

Olena Semenyaka

(traduction française effectuée par Björn Sigwald et Pascal Lassalle)

Toutes les photos à la source: http://reconquista-europe.tumblr.com/