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25/05/2015

La décroissance pour les nuls

 La décroissance pour les nuls

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Qu'est-ce que la décroissance ? Ni une insulte, ni un gros mot, ni même une nouvelle variété de légumes transgéniques. Pour reprendre la belle formule de Serge Latouche, il s'agit plus sûrement d'un slogan politique aux implications théoriques. Un drapeau en quelque sorte, une bannière sous laquelle se rassemblent toutes celles et tous ceux qui luttent contre la société de l'illimité et le développement effréné.

« Comme le mot socialisme à ses débuts, celui de décroissance reste incertain, polémique et scandaleux, étirable dans des directions contraires. C'est sa force et sa richesse de ne pas être enfermé dans une doxa sclérosante, tout en offrant un vocabulaire alternatif à la novlangue envahissante du management » écrit fort justement François Jarrige, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne1.

De fait, la décroissance n'est ni de droite ni de gauche, si tant est que ces notions ont encore un sens pour certains. Elle est par contre radicalement anticapitaliste car opposée à la croissance pour la croissance, c'est à dire à l'accumulation illimitée du capital, et à l'exploitation des gens ordinaires par des minorités oligarchiques. Elle s'oppose avec force à l'idéologie du progrès et au modernisme, vus par certains comme émancipateurs, mais fabriquant en réalité, à la chaîne, un être abstrait arraché à toutes ses racines, un zombie pousseur de caddie guidé par ses seuls intérêts.

L'idée maîtresse de la décroissance réside dans l'analyse qu'une croissance infinie est incompatible avec un monde fini. D'après l'ONG WWF, l'humanité est entrée en situation de dette écologique depuis les années 70. Depuis, le phénomène n'a fait que s'aggraver. Aujourd'hui, notre empreinte écologique excède de 50% la bio-capacité de la terre, autrement dit sa faculté à régénérer les ressources naturelles et absorber le CO2. La revue Science estime que la planète atteint de nos jours ses limites dans quatre domaines : changement climatique, érosion de la biodiversité, changement rapide d'usage des sols et perturbation des cycles de l'azote et du phosphore2.

La décroissance appelle donc à une remise en cause de notre mode vie et à la construction d'un société conviviale, autonome et économe. La simplicité volontaire doit remplacer la servitude volontaire. Pour ce faire, un simple changement de cap ne saurait suffire. Décoloniser notre imaginaire nécessitera une véritable révolution culturelle et anthropologique. Une subversion totale.

Comme le rappelait André Gorz, la critique de la croissance n'a de sens, et de portée révolutionnaire, qu'en référence à un changement social total.

Certains s'imaginent que décroissance rime avec archaïsme, retour à la bougie ou au primitivisme. D'autres fantasment sur une croissance négative, expression absurde. Décroître pour décroître est aussi ridicule que croître pour croître.

Il s'agit en réalité de sortir de la logique de l'accumulation illimitée et du toujours plus. Il nous faut retrouver des limites pour donner un sens à notre vie étriquée, malmenée par l'hyper-technologie et l'obsession du changement. Serge Latouche parle de réaliser l'abondance frugale, autrement dit la prospérité sans croissance.

A l'origine de la décroissance, on trouve deux sources quasi simultanées et convergentes : la remise en question de la société de consommation, animée dans les années 60 par des hommes comme André Gorz, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau ou encore Ivan Illitch, et la prise de conscience de la crise de l'environnement sur laquelle travaillera notamment Nicholas Georgescu-Roegen au cours des années 70.

En 2002, le slogan sera repris par Vincent Cheney et Bruno Clémentin au travers de la revue Silence.

Toutes ces études montrent à quel point nous vivons dans une véritable addiction à la croissance et comment l'Homme s'est transformé en consommateur illimité. François Hollande affirmait encore le 5 janvier 2015 sur France Inter : « Ce que je veux, c'est que la France crée durablement des emplois. Or elle ne le fera que si la croissance dépasse 1% ». Le moins que l'on puisse dire c'est que nous sommes loin de les atteindre. Malgré l'action de la banque centrale européenne, l'estimation pour le mois d'avril signale un ralentissement de l'activité globale dans la zone euro par rapport au plus haut de 11 mois enregistré en mars3.

Serge Latouche est parmi les objecteurs de croissance celui qui a le mieux définit ce que peut être une société de décroissance. Pour lui, la société moderne est basée sur une triple illimitation : dans la production de marchandises (avec destruction des ressources), dans la consommation (besoins artificiels, obsolescence programmée) et dans la production de déchets. Il appelle donc à sortir de ce piège mortifère au travers d'étapes indispensables. Ce sont ce qu'il nomme les « 8R » : réévaluer, reconceptualiser, redistribuer, relocaliser, réduire, restructurer, réutiliser et recycler.

Le but étant de retrouver une empreinte écologique égale ou inférieure à une planète, de relocaliser les activités, de restaurer l'agriculture paysanne et de lancer la production de biens relationnels, c'est à dire réinventer le bien commun en retrouvant une autonomie économique locale.

L'ancrage anthropologique de l'homo économicus doit disparaître au profit d'une société plus humaine. Il n'est plus question de « sauver des emplois » mais de sortir de la société travailliste et productiviste. André Gorz parle de bâtir la civilisation du temps libéré. Il faut changer les valeurs sur lesquelles repose la société, réduire l'incitation à la consommation ostentatoire, définir un projet collectif enraciné, encourager le commerce local, réduire le tourisme de masse, lutter contre le bougisme obsessionnel et la marchandisation du vivant, contre l'isolement engendré par le numérique et contre les grands projets inutiles.

On le voit, la décroissance est un projet révolutionnaire infiniment plus dense que ses détracteurs veulent bien le laisser croire. Il est surtout le seul paradigme véritablement nouveau qui offre un contre-projet de société viable et sans cesse en évolution. C'est la nouvelle utopie du XXIe siècle, un art de vivre, une vocation à reprendre la main et à façonner littéralement son mode de vie4.

Guillaume Le Carbonel

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

 1La Décroissance N°118, avril 2015.

 2Le Monde, 15.01.2015

 3Challenge.fr, 23.04.2015

 4Clara Breteau, La Décroissance N°114 novembre 2014

21/05/2015

Chronique de livre: Capitaine Paul Watson "Earthforce, le manuel de l'eco-guerrier"

Capitaine Paul Watson,  Earthforce , manuel de l'eco-guerrier, Actes sud, 2015

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Le présent ouvrage est l'édition française de Earthforce, An Earth Warrior's Guide to Strategy, paru en 1993 dans la langue de Shakespeare. Il s'agit d'un ouvrage clef de la bibliographie du Capitaine Paul Watson, activiste écologiste canadien qui serait un des fondateurs de Greenpeace en 1971, mais surtout le fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) en 1977 suite à des désaccords avec les dirigeants de Greenpeace. Il a également participé comme personnel soignant à la défense de Wounded Knee, dans le Dakota du sud en 1975 avec l'American Indian Movement, contre les forces etats-uniennes.

Engagé dès son plus jeune âge, Paul Watson est un homme d'expérience, souvent dépeint comme « le dernier pirate ». Il est une source d'inspiration, comme ce fut le cas pour Alice Ferney qui préface le manuel. C'est tout naturellement à Lamya Essemlali, présidente de la branche française de Sea Shepherd, qu'il est revenu de rédiger l'avant-propos de la présente édition. C'est grâce à elle que la SSCS a connu un fort développement en France sur les dernières années.

Paul Watson présente tout d'abord ses quatre sources d'inspiration : Sun Tzu, général et stratège chinois du VIe siècle av. JC, Miyamoto Musashi, bushi et philosophe japonais du XVIIe siècle, Marshall McLuhan, théoricien de la communication décédé en 1980, et enfin Paul Watson lui-même. L'édition française débute par une autre source d'inspiration : Napoléon. L'objectif de Paul Watson est d'utiliser le savoir stratégique, tactique, médiatique et opérationnel de ses différentes sources d'inspiration pour les appliquer à l'écologie profonde. Il enrichit son propos de nombreuses citations de personnages plus ou moins célèbres et de nombreuses locutions latines. Le livre se termine d'ailleurs par les trente-six stratégies de Miyamoto Musashi actualisées et appliquées à l'écologie, comme par exemple l'art de l'invisibilité, la stratégie du grand frère ou même la stratégie du charme féminin...

Trois autres parties d'inégale longueur constituent le manuel, les fondamentaux, le fondement spirituel de l'eco-guerrier et le continuum ; cette dernière partie peut elle-même être divisée entre une introduction plus philosophique et un développement en 13 points centré sur les aspects purement stratégiques. Les réflexions philosophiques ne sont pas dénuées d'intérêt dans ces différentes parties car elles permettent d'en apprendre plus sur ce qui motive Paul Watson et les siens, en particulier dans la partie intitulée « le Continuum ».

La base même de sa philosophie, et donc de son engagement, est l'opposition entre la pensée biocentrique et la pensée anthropocentrique. Dans la pensée biocentrique, l'homme est une partie du vivant et il ne doit pas agir seulement pour son intérêt propre, mais pour l'ensemble du vivant. Cette pensée s'accompagne d'un respect des ancêtres, et de la conscience que nous ne faisons qu'emprunter notre planète à nos enfants. Nous sommes connectés entre générations mais également avec les êtres non-humains. La Terre y est « sacrée ». Nous pouvons voir ici l'influence chez Watson de la pensée amérindienne, d'autant qu'il fait également référence dans son ouvrage au rôle du chaman.

La pensée anthropocentrique, à l'inverse, consiste à placer l'homme au centre de nos préoccupations et à faire passer l'humanité avant le reste du vivant. Paul Watson est donc plutôt critique envers le christianisme qui est, selon lui, une religion totalement anthropocentrique, ce qui rejoint d'ailleurs une partie de la pensée dite « néo-païenne » en Europe. Pour Paul Watson, les sociétés anthropocentriques accordent par exemple plus d'importance à la quantité de vie qu'à la qualité de vie, ce qui conduit à des périls mortels. Il défend au préalable l'avortement et considère que « […] vous êtes obligés, au sein du Continuum, d'assumer la responsabilité de la protection, de l'alimentation, du soutien et de l'éducation de l'enfant ». Il critique également le fait que les Etats-nations cherchent à accroître leur population par des politiques natalistes et par l'immigration dans le seul but de produire (industrie, agriculture) et de faire la guerre. On décèle dans l'ensemble une pensée malthusienne, anti-productiviste et anti-technicienne. Vous serez peut-être heurtés par certaines de ces considérations, l'auteur allant jusqu'à critiquer l'agriculture et à considérer qu'il ne faut pas accorder trop d'importance aux différentes créations humaines.

Quant à l'aspect stratégique, qui est l'essentiel de l'ouvrage, il saura être utile quelque soit la cause qu'on défend. Il définit tout d'abord six stratégies (la stratégie du guérisseur, la stratégie du communicateur, la stratégie de l’artiste, la stratégie de l'agent infiltré, la stratégie de l'instigateur et la stratégie du chaman) qui correspondent surtout à des « profils militants ».

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Il consacre également de nombreuses pages au commandement et aux chefs dans la sous-partie 1, intitulée « Les préparatifs », et il détermine neuf sortes de chef (les chefs humanistes, les chefs dévoués, les chefs courtois, les chefs intelligents, les saints, les chefs de terrain, les chefs de première ligne, les chefs charismatiques et les grands chefs). On comprend assez vite que là aussi, tout est une question de profil et qu'il est assez absurde de déterminer des « chefs de tout » qui deviennent rapidement « les hommes orchestres » dont parlait Dominique Venner. Surtout, il insiste sur l'importance de la METHODE et de la DISCIPLINE [NDR : les mots sont en lettres capitales dans l'ouvrage]. Les 12 autres sous-parties sont également très intéressantes : « La duperie . L'art et l'usage de la duperie stratégique », « L'art de se battre sans se battre » (dont une page est consacrée à « Combattre vos alliés »), ou encore « L'utilisation des agents de renseignements » (agents locaux, agents infiltrés, agents doubles ou convertis, agents pions et agents survivants). On y sent la forte influence de Sun Tzu. Bien sûr, P. Watson explique également l'importance de contrôler son image, de connaître le monde des medias, de travailler sa communication et recommande la lecture de MacLuhan.

Au final, cet ouvrage me paraît incontournable sur le plan de la réflexion, mais surtout de la stratégie pour quiconque désire agir avec sérieux et crédibilité. C'est une synthèse intéressante de diverses influences sur le sujet. Les principes qui animent P. Watson ne sont pas tellement différents de ceux de la droite radicale des années 70 (selon la terminologie alors en vigueur) : joindre l'action à la pensée, importance de la discipline, de la stratégie, de la tactique, de bien définir ses objectifs et l'importance d'accepter l'idée de la mort. En conséquence, je ne me suis pas senti vraiment en terres inconnues à la lecture de cet ouvrage, qui pourrait aisément être enrichi par une pensée plus « européo-centré » : je pense en particulier à la ruse incarnée par Ulysse dans l'Iliade et l'Odyssée, qui ne diffère pas tellement de la duperie dans la stratégie chinoise, à la pensée de Machiavel ou encore l'importance accordée à la nature dans les mythologies européennes.

Jean / C.N.C.

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19/05/2015

Ingénierie sociale et contrôle mental : l'Institut Tavistock (04/04/2015) par Maurice Gendre et Thibault Philippe

Partie 1 :

Partie 2 :

14/05/2015

Chronique de livre: Charles Robin "La gauche du capital"

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Charles Robin, La gauche du capital, libéralisme culturel et idéologie du marché

Krisis, 2014

Dernièrement, on a beaucoup entendu parler de Charles Robin dans nos sphères, que ce soit dans Eléments ou lors de la récente et passionnante émission de Méridien Zéro (émission 214 du 26 décembre 2014 ; voir ici) qui était consacrée au présent essai et m’a convaincu de l’acheter et de le lire. Charles Robin est un jeune enseignant de l’Université Paul Valéry de Montpellier dont les travaux s’inspirent et complètent ceux de Jean-Claude Michéa sur le libéralisme en tant que « double pensée ». L’auteur démontre dans La gauche du capital que le libéralisme est loin de n’être qu’un projet économique mais constitue, au contraire, un « programme philosophique global », ce qui n’est jamais mentionné par l’extrême-gauche qui, par ses positionnements idéologiques, se fait le complice numéro un de la domination capitaliste qu’elle pense combattre.

Pour comprendre le libéralisme et son emprise sur nos sociétés, l’auteur nous convie à décortiquer ses origines philosophiques qui sont avant tout politiques et s’enracinent dans les Lumières du XVIIIème siècle. Les idées d’alors font de plus en plus de place à l’individu et à ses aspirations personnelles (dont le bonheur et la liberté). L’homme doit devenir libre de vivre selon ses valeurs et ses conceptions du vrai, du beau, du bien sans devoir rendre de compte à l’Etat sur ses choix de vie. L’Etat n’a plus à montrer l’exemple ni à imposer ses normes, il doit respecter les conceptions de tous les individus. Il devient « axiologiquement neutre ». S’il s’avise de vouloir décider à la place de son sujet, il nie celui-ci et porte atteinte à sa liberté, qui est fondamentale et lui sert à s’affranchir de toute dépendance et de « l’état de tutelle » pour reprendre Kant. On le constate ici : la philosophie libérale place la liberté individuelle au-dessus de toutes les formes de conventions sociales, de toutes les formes de « grands signifiants » (morale, religion, identité, valeurs…). De cette liberté personnelle et politique découle logiquement la liberté économique, bien souvent considérée à tort comme le seul apanage du capitalisme…  La philosophie libérale du XVIIIème siècle considère logiquement l’intérêt individuel comme clé de voute de son système de valeurs. Chaque homme est, selon elle, foncièrement égoïste et recherche son intérêt et la satisfaction de ses désirs avant tout. Cela ne devrait pas vraiment faciliter les choses de base mais, miracle !, les libéraux, à l’instar d’Adam Smith ou plus tard de John Stuart Mill, estiment que la recherche par chacun de son intérêt particulier concourt à l’intérêt général et donc au bonheur du plus grand nombre ! Il est donc évident pour ce courant de pensée d’avoir le marché le plus ouvert possible car chacun pourra y poursuivre son intérêt propre et satisfaire ses désirs. Le commerce mènerait ainsi à la paix et « aux mœurs douces », en conséquence à un monde idéal de joie, de bonheur personnel et de prospérité. Les entraves et les barrières au marché, à la croissance doivent donc être écartées pour atteindre cet idéal étranger à la limite et à la frontière. Et ces barrières au commerce sont ? Les sociétés enracinées et traditionnelles, les Etats forts et indépendants, les systèmes de valeurs, les religions, l’autorité familiale…  On comprend donc aisément que libéralisme politique et libéralisme social et économique travaillent de concert et se nourrissent l’un l’autre et permettent la domination capitaliste totale que nous connaissons. Michéa résume d’ailleurs la situation avec une grande clarté : « il apparaît évident que l’accumulation du capital (ou « croissance ») ne pourrait se poursuivre très longtemps si elle devait s’accommoder en permanence de l’austérité religieuse, du culte des valeurs familiales, de l’indifférence à la mode ou de l’idéal patriotique ». On suivra donc allégrement Charles Robin dans son analyse de la doctrine libérale comme source des plus profondes mutations que connaît notre époque.

L’auteur s’attache à retrouver les conséquences de cette philosophie libérale dans le monde moderne et, en premier lieu, dans le discours d’extrême gauche qui avalise, comme on le sait, toutes les « avancées » sociales et sociétales possibles, ne comprenant pas qu’elles sont une condition incontournable pour l’extension infinie du système libéral (qui serait, selon elle, caractérisé uniquement par la liberté économique et le marché ouvert). Cette extrême-gauche moderne milite en effet, sous l’égide de la sacro-sainte liberté, pour l’abrogation de toutes les barrières idéologiques (religion, autorité, structure familiale, identités…) et soutient toutes les transgressions possibles et imaginables (sexuelles notamment) en vertu du combat pour les droits individuels de chacun (homosexuels, féministes et immigrés en tête !). Olivier Besancenot ne dit d’ailleurs pas autre chose, en témoigne cette citation psychédélique : « les révolutionnaires se sont toujours battus pour l’épanouissement individuel »... C’est d’ailleurs pour cela que Mai 68 est, pour eux, un élément phare de leur mythologie. Beuglant qu’il fallait « jouir sans entraves », ils se faisaient les alliés de poids d’un changement sociétal total guidé par l’édification des valeurs du capitalisme moderne. L’individu devant se soustraire de toute norme culturelle ou morale, il devient prêt à répondre à ses envies et à ses pulsions, celles-ci étant de plus en plus guidées par l’idée de transgression à tous niveaux… Transgressions dont le marché offre toujours une version « consommable ». Il suffit de regarder autour de nous pour vérifier toute la véracité de la chose ou d’aller voir ce que dit Charles Robin à propos de la manière dont on considère le sex-toy au NPA de Besancenot ! Désormais, tous les désirs de l’individu sont dirigés vers le marché, celui-ci n’existe que par ce qu’il consomme. Il est l’homo œconomicus parfait, sans attache, nomade (comme le veut Attali !), seul au milieu de tous, affranchi de toute communauté qui aurait brimé ses désirs. Il peut même jouer le provocateur ou le révolutionnaires comme la plupart des militants d’extrême-gauche qui se trouvent bien résumés dans leur pseudo-combat par cette phrase de Michel Clouscard : « Consommer, c’est s’émanciper ; transgresser, c’est être libre ; jouir, c’est être révolutionnaire ». L’extrême-gauche a comme idéologie première la recherche de l’intérêt individuel et participe ainsi activement à la domination du capital. La situation est d’ailleurs bien représentée par la couverture de l’ouvrage où les deux personnages, le capitaliste et le gauchiste, l’air satisfait, se partagent quasiment tout l’espace disponible (en noir) et ne laissent que peu de marge de manœuvre (le blanc) à ceux qui les combattent et qui devront, pour être efficaces, apporter une réponse globale et radicale à l’idéologie libérale. Cet essai fondamental de Charles Robin devrait les y aider de par sa richesse et l’étendue de la réflexion qui y est proposée et que je n’ai fait ici que survoler.

Rüdiger / C.N.C.

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13/05/2015

La Décroissance #119: "Débarquons-là des écoles"

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09/05/2015

Chronique de livre: Gabriele Adinolfi "L’Europe"

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Gabriele Adinolfi, L’Europe

Les bouquins de Synthèse Nationale, 2015

 « L’Europe est une nécessité absolue, mais elle ne se fera jamais si elle n’est pas d’abord une identité consciente et combattante, à la hauteur du Mythe qu’elle représente. » Militant exemplaire au parcours tumultueux, penseur politique actif et auteur de plusieurs ouvrages, dont un abécédaire remarquable et remarqué, Pensées corsaires : abécédaire de lutte et de victoire (Éditions du Lore, 2008), Gabriele Adinolfi est l’un de ces hommes dont l’idéal se résume en un mot : l’Europe. Pour lui, l’Europe est un projet politique vital face au bloc occidental et au triumvirat Washington – City de Londres – Tel-Aviv, comme autrefois face au bloc soviétique. L’Europe comme projet est toujours d’actualité dans un monde globalisé d’où émergent de nouvelles menaces. Parmi elles, notamment, la monté des « BRICS », ce groupe de pays constitué du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. A l’heure où certains voient en l’Europe un frein, voire un problème, incarné par un conglomérat de technocrates et de porteurs de valises, Gabriele Adinolfi affirme, envers et contre tout, la nécessité d’une troisième voie. L’Europe Puissance, « nation des patries » (selon une formule du MSI), devant  être « l’Imperium», le pilier central qui incarne l’axe vertical qui relie le tellurique et le céleste ; en un mot la solution.

Gabriele Adinolfi commence par faire le lien entre passé et présent en inspectant, entre autre, de façon critique, la notion d’avant-garde. Le recul métaphysique évolien est, selon l’auteur, une condition sine qua non pour résister aux assauts mortifères du monde actuel. S’ensuit la genèse et un historique, en quelque sorte, du concept d’Europe Nation. L’influence de Jean Thiriart et surtout de Pierre Drieu La Rochelle y est omniprésente (l’ouvrage leur est dédicacé). « La grande Europe », dont les racines remontent au début du XXe siècle, est bien plus qu’un concept intellectuel, elle est le support de notre destin et de notre identité. C’est pourquoi un chapitre est consacré à l’identité européenne. Ce sentiment d’appartenance à un socle identitaire remonte pour Gabriele Adinolfi à la célèbre bataille des Thermopyles. A travers d’autres exemples, on réalise alors à quel point cette notion d’identité est centrale et va au-delà de la dimension ethnique prônée comme un absolu par beaucoup trop de militants ; l’identité relève davantage des concepts de « race de l’âme » et de « race de l’esprit » chers à Evola, et aussi de l’axe vertical qu’est le pôle viril, dont les symboles sont le sceptre, l’épée, la lance ou le faisceau. Avant de vouloir une nouvelle Europe, il faut d’abord l’incarner soi-même. L’Union européenne est bien entendu passée au crible: l’auteur renvoie dos à dos européistes et eurosceptiques. Il analyse de nombreux lieux communs, comme l’influence maçonnique et américaine sur l’UE ou le rôle de l’Allemagne que certains considèrent comme responsable de tous nos malheurs. Après cette critique vient naturellement le temps des propositions. D’ordres économique, structurel ou militaire, elles sont le point de départ de la reprise d’une souveraineté salvatrice.

N’étant ni un livre « programme » ni une diatribe assenant des coups de marteau à l’aveugle,  L’Europe de Gabriele Adinolfi est une synthèse – trop courte diront certains. L’auteur y réaffirme avec un point de vue différent, peut-être plus posé, voire serein, ce que les militants nationalistes révolutionnaires paneuropéens ont toujours appelé de leurs vœux : une Europe Nation, une Europe Puissance et une Europe politique. Malgré une traduction parfois hasardeuse, cette brochure demeure indispensable pour tous nationalistes « alter-européens ». Faisant le lien entre passé, présent et futur, cet ouvrage vous invite à une seule chose : prendre le témoin et brandir l’étendard de l’Europe, la « nation de nos patries ».

« Les masses ne peuvent s’ébranler pour la défense de l’Europe que si le mythe d’Europe et le mythe du socialisme se sont clairement unis et si cette union se manifeste par des actes décisifs. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. » disait Pierre Drieu La Rochelle dans un article de mars 1944...

Donatien / C.N.C.

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