Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/12/2016

Chronique de livre : Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde

 Chronique de livre : Sylvain Tesson, Petit traité sur l'immensité du monde

petit traité.jpgSylvain Tesson a 33 ans en 2005 lorsqu'il publie son Petit traité sur l'immensité du monde aux Éditions des Équateurs. La plume de notre géographe-aventurier est déjà de qualité et on laisse notre regard cheminer sur les pages comme l'auteur trace son chemin dans les immensités sibériennes, sur les cathédrales françaises ou dans l'altitude tibétaine. « Quelle que soit la direction prise, marcher conduit à l'essentiel. » et l'ouvrage, assez court (167 pages), également ; abordant non seulement l'esprit du vagabondage mais aussi des réflexions autour d'éléments plus concrets comme le bivouac. Un bémol toutefois, l'auteur semble un peu trop pétri de certitudes sur un grand nombre de sujets et certains propos de ce Petit traité ... contrastent avec ceux tenus récemment dans son dernier ouvrage Sur les chemins noirs dont on connaît le contexte et qui dénote une plus grande maturité.

Sylvain Tesson exalte un goût de vivre, une soif de l'aventure et se fait le chantre d'un nomadisme romantique aux confins du monde. Il cherche à fuir la laideur du monde moderne, et on le comprend. Relatant de nombreuses expériences vécues il exhume dans le quatrième chapitre la figure du wanderer de Goethe mais également celle de l'Anarque jüngerien, ce qui n'est pas pour me déplaire. Qu'est-ce que le wanderer ? Le vagabond romantique allemand du XIXeme siècle qui chemine sans savoir où il va dormir le soir même avec son « âme ouverte à tous les vents ». Une figure qui refusait en quelque sorte les bouleversements issus du XVIIIeme siècle : sacralisation de la propriété, rationalisme scientifique, aménagement du territoire, refoulement de la nature sauvage.

En romantique, Tesson fait aussi l'éloge de la poésie : « Sur la piste, pour combattre le vide, il y a la poésie ! Le vagabond peut réciter des vers inépuisablement. La poésie remplit les heures creuses. Elle entretient l'esprit et gonfle l'âme. Elle est un rythme mis en musique. » Mais d'une poésie qui s'adapte à la géographie puisqu'il sélectionne les auteurs en fonction du terrain : « Péguy sur la plaine, arasée, Hugo dans le marais, Apollinaire en altitude, Shakespeare dans la tempête, Norge quand je suis saoul. » ce qui constitue en effet une alternative intéressante aux chansons scouts et autres chants militaires.

Mais pourquoi vagabonder, marcher, s'aventurer, voyager ? Parce que « ouvrir les yeux est un antidote au désespoir » et parce que « Voyager, ce n'est pas choisir les ordres, c'est faire entrer l'ordre en soi. ». Etant moi-même randonneur, tout cela me parle, même si je suis en désaccord avec Tesson lorsqu'il considère que la marche n'a pas à régler nos questionnements existentiels. Voilà d'ailleurs une de ses certitudes battues en brèche par sa chute et ses chemins noirs... Il n'y a pas simplement une seule façon d'aborder l'aventure et la marche. L'ouvrage de Tesson fait écho par certains points au récit d'Erik L'Homme dans Des pas dans la neige, pas seulement parce que le Petit traité... évoque le yéti qui nous rappelle l'homme sauvage, mais parce qu'il y a ici une démarche et une expérience de vie, un regard face à l'existence qui se rapproche. Pourtant là où Erik L'Homme n'hésite pas à dire que chaque pas nous rapproche de nous-même, on ressent un peu chez Tesson une volonté quasi ascétique de s'éloigner de soi-même.

Ce Petit traité... est un essai riche, à lire au moins une fois et à emmener avec soi lorsqu'on se décide à affronter les plaines et les forêts, ou à escalader les parois qui se dressent face à nous, y compris dans notre existence.

Jean / C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source

Sur le même thème :

Chronique de livre : Sylvain tesson, Sur les chemins noirs

Chronique de livre : Erik L'Homme, Des pas dans la neige

Chronique de livre : Erik L'Homme, Le regard des princes à minuit

 

28/12/2016

Grâce de Jacqueline Sauvage : un autre regard

 Grâce de Jacqueline Sauvage : un autre regard

648x415_plusieurs-centaines-personnes-rassemblees-paris-23-janvier-2016-defendre-jacqueline-sauvage.jpgHollande ne cesse pas de nous surprendre et la grâce accordée à Jacqueline Sauvage en est une nouvelle démonstration.

Beaucoup se sont réjouis de cette décision, souvent pour de mauvaises raisons. Les féministes considérant que Jacqueline Sauvage n'avait fait que réagir à un mari criminel et les milieux nationalistes s'insurgeant qu'on condamne cette mère de famille alors qu'on laisse en liberté la racaille... Oui mais voilà, tout cela n'a rien à voir avec le fond de l'affaire et il faut en revenir à quelques principes simples pour comprendre en quoi c'est une mauvaise décision.

Bien sur, on ne souhaite à personne de passer 10 ans en prison, et pas particulièrement à une mère de famille qui a déjà dû subir, comme n’ont cessé de le rabâcher ses défenseurs, un mari violent. Mais la loi est la loi et si certaines lois sont stupides et illégitimes, nous en convenons, ici la loi n'est en l’occurrence pas trop mal faite.

Dans un état de droit, c'est à la justice de condamner les actes délictueux et c'est aux citoyens de la saisir. La condamnation de Jacqueline Sauvage était donc plutôt logique, car elle n'a pas eu recours à la justice, et parce qu'elle a privilégié le meurtre au droit. Jacqueline Sauvage a été condamnée par deux fois par des jurys populaires, représentants le peuple français. C'est donc contre une décision prise par les représentants du peuple français qu'Hollande s'est positionné. Cela démontre une nouvelle fois que les lobbies, les minorités agissantes (en l'espèce les féministes) et le quatrième pouvoir (les médias) ont plus de poids que les trois autres pouvoirs dont on peine d'ailleurs parfois à saisir ce qu'ils ont encore de séparé...

Il est évident qu'une justice idéologique comme celle rendue par de nombreux magistrats de gauche a décrédibilisé les institutions judiciaires aux yeux des Français et que si ces derniers n'ont plus confiance en la justice ou se font « justice eux-mêmes » c'est aussi en lien avec cette défiance. Oui mais voilà, en France, tout le monde a le droit à une défense, car nous ne sommes pas dans une justice tribale. Si Salah Abdelslam a droit à une défense, le mari de Jacqueline Sauvage y avait droit aussi*. Cette dernière ne lui a pas seulement retiré la vie, elle lui a aussi retiré le droit de s'expliquer, le droit de nous approcher un peu plus près de la vérité, cette vérité que les jurys ont cru déceler en la condamnant deux fois.

Si on autorise le meurtre du mari de Jacqueline Sauvage, tué de coups de fusil dans le dos, alors que des buralistes qui prônent la légitime défense sont condamnés (comme dans le Tarn à 7 ans de prison), c'est la défiance envers la justice qu'on accroît, c'est un permis de tuer qu'on octroie, c'est l'ensauvagement généralisé qu'on autorise. On ouvre la boîte de Pandore des vengeances et des justices différenciées, on rompt avec le principe d'égalité devant la loi. C'est en quelque sorte un saut en arrière vers l'Ancien Régime, où le souverain rend la justice (ici Hollande prenant une décision allant contre la décision populaire) où on est jugé en fonction de ses soutiens (comme c'est hélas trop souvent devenu une habitude, le cas de Christine Lagarde en est un autre exemple), bref si il n'y a plus d'égalité devant la loi, c'est la rupture du pacte qui fait le peuple français. Il n'y a plus UN peuple français mais DES Français.

Je ne cesse de penser que tous les signes d'une forme de néo-féodalité (bien que je maintiens la critique de ce terme comme je l'avais fait par le passé) sont présents. L'a-société tribalisée de consommation, hyper-connectée et nourrie à l’émotionnel détruit à petit feu le modèle français qui prétendait revenir aux sources gréco-romaines en ré-inventant le citoyen et en adossant la justice à la Raison. Certains s'en réjouissent, vouant aux gémonies la République, ils ont tort et ils s'en apercevront quant il sera trop tard.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Note :

* l'illustration de l'article montre bien la confusion mentale des lobbies féministes qui comparent des situations matrimoniales difficiles au terrorisme islamique. De Daesh à M. Sauvage, oppression patriarcale ?

Pour en savoir plus :

Vu du droit : Hollande a un don

Vu du droit : Affaire Sauvage, le culte des coupables innocents

Bellica : Jacqueline Sauvage a-t-elle été victime de la justice patriarcale ?

 

16/12/2016

Syriennes (reportage de Julien Rochedy pour TV Libertés)


15/12/2016

Lip, la renaissance d'une marque française

Lip, la renaissance d'une marque française

logo lip 2.pngLes Français nés après 1995 n'ont pas connu les derniers vestiges de ce monde où la France avait encore une industrie de qualité. La plupart des marques françaises ont soit mis la clef sous la porte, soit été rachetées par d'autres firmes transnationales. Certaines pour survivre ont du baisser en qualité, c'était le cas des montres Lip, un fleuron de l'horlogerie française. Après une grave crise sociale en 1973 et une autogestion ratée, la marque a pris une orientation qui scella, pensait-on, sa destinée en devenant le cadeau des revues pour personnes âgées. Fabriquées en Chine avec des composants de piètre qualité, l'image des montres Lip se dégrada fortement.

Fondée à Besançon en 1867, Lip a eu son heure de gloire après guerre en étant associée par exemple au Général de Gaulle et c'est sur cette image positive que le nouveau PDG de la marque, Philippe Bérard, cherche à lui donner un nouveau souffle au bout de quatre décennies d'errance. Après un exil dans le Gers, à Lectoure, où la marque fut détenue jusqu'en 2000 par un industriel local, Jean-Claude Sensemat, elle effectue depuis 2015 son retour en Franche-Comté. L'objectif est de vendre 30000 montres par an et de recréer des emplois autour du savoir-faire franc-comtois.

Les gammes actuelles proposées par Lip sont abordables et permettent d'avoir à son poignet des montres au design recherché et qui mobilisent un esprit retro. La stratégie de Lip consiste depuis 2015 à remettre à la vente les montres qui ont fait la réputation de la marque, comme De Gaulle, Churchill ou Himalaya. Mais c'est avec la gamme dessinée par Roger Tallon (décédé en 2011), le célèbre concepteur graphique français qui a notamment travaillé sur le TGV et le Minitel que la marque ose de nouveau faire de la montre un manifeste esthétique. L'audace d'une France qui ne doutait pas encore d'elle-même fait irruption dans notre époque marquée par le déclin. La gamme Mach 2000 ne sera pas au goût de tous, mais la collection pour femme propose des montres d'une grande qualité esthétique pour un prix abordable (autour de 170€).

lip mach 2000.jpg

Une montre Lip, ce n'est pas un simple gadget. Et la marque l'a bien compris, profitant de la tendance actuelle chez les Français à préférer la fabrication hexagonale, le fameux « made in France ». Au-delà de l'aspect marketing, déclamé malheureusement en anglais dans les revues spécialisées, le goût pour la fabrication française est en effet au cœur du succès actuel de Lip. Plus de 300 bijouteries vendent aujourd'hui la marque (à Lille chez Maty), au-delà des espérances de son PDG. Et ce succès suscite de l'intérêt avec déjà quelques reportages télévisés et quelques articles dans la presse. Au Cercle Non Conforme nous souhaitons apporter notre modeste contribution à cette renaissance.

lipster montres.jpg

Il faut dire que la marque sait viser un public diversifié. Nos aînés seront heureux de porter une marque leur rappelant les Trente glorieuses et les trentenaires et les quadra de posséder un objet retro, de qualité, fabriqué en France participant d'une démarche de consommation citoyenne, ou militante. D'où le développement de l'image du « lipster ». Acheter Lip c'est préférer le style et le savoir-faire français au bling bling post-moderne ou aux montres en plastique pour des prix allant de 150€ à 400€. Pour Noël, vous pouvez faire un beau cadeau français, autour d'un repas français, avec du vin français et du champagne français.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

 

12/12/2016

Que faire de Xavier Moreau et de sa vision de la Pologne ?

Que faire de Xavier Moreau et de sa vision de la Pologne ?

drapeau pologne + blason.jpgXavier Moreau a publié voila plusieurs jours une vidéo intitulée « Que faire de la Pologne ? », pendant d'un article précédemment publié sur feu le site realpolitik.tv (Site du non-moins disparu Aymeric Chauprade) traitant les relations Franco-polonaises de l’entre-deux-guerres à aujourd'hui. D'aucuns pourra remarquer que le titre de la vidéo pose déjà le constat d'une question biaisée dans sa formulation avant même d'avoir été abordée. Si le présent article n'a pas pour but de dédouaner les nombreux errements qu'ont pu avoir les élites polonaises depuis l’entre-deux-guerres avec le recul que nous pouvons avoir aujourd'hui, il s’agira malgré tout de recadrer de très grossières déformations, allant jusqu'à la propagande, qu'a pu commettre le dit X. Moreau et de les replacer dans leurs contextes historiques effectifs. Il est à noter que le point de vue de Xavier Moreau en tant que « Français » est celui d'un « Français » ouvertement pro-russe, et gérant une entreprise à Moscou, ville où il habite.

Le premier problème que peut poser la vidéo de Xavier Moreau, avant même de rentrer dans son contenu, concerne bien évidemment le titre choisi. En effet, celui-ci, plutôt que de poser une problématique à laquelle répondre par une argumentation, donne un constat et une conclusion dans le choix des mots avant même d'avoir donné son exposé des faits. Il donne un constat et en propose la solution. La Pologne poserait donc nécessairement un problème à la France, et il s'agirait de le régler. Le problème étant d'après lui le suivant : démontrer que les « ambitions géopolitiques polonaises sont déstabilisantes pour l'Europe en général ».

M. Moreau, en entamant son argumentaire historique sur l’entre-deux-guerres, avance tout de suite le fait que l'alliance Franco-polonaise aurait avant tout bénéficié à la Pologne. Une première remarque, celui-ci choisira volontairement d'entamer son exposé des relations entre les deux pays en faisant l'impasse de toute les périodes antérieures allant du Haut Moyen Âge, période de fondation d'un Etat polonais en Europe,  au XVIIIeme siècle. Or, et c'est la première remarque à faire, la France et la Pologne ont des relations depuis le XIème siècle*, en témoigne la première chronique en latin sur l’État polonais rédigée par un moine Franc, Gallus Anomymus. Sans rentrer dans les détails, on peut citer une alliance de revers pour contrebalancer (déjà) la puissance du Saint-Empire romain germanique pendant les périodes médiévale et moderne, mais également un fort engagement de la part des Polonais auprès de Napoléon et de la France de la Révolution. Pour revenir à la théorie du bénéfice avant tout Polonais du soutien Français, plusieurs éléments peuvent être établis. Les critiques de X. Moreau sont les suivantes. D'après lui, les volontés expansionnistes polonaises à l'Est pour reconstituer un grand empire, le refus du pacte oriental Français en 1936 et le fait que la Pologne trahisse la France dans sa politique centro-orientale à travers la figure du partisan de l'alliance avec l'Allemagne, J. Beck. En premier lieu, les « volontés expansionnistes » sont avant tout dictées par les questions des minorités, sujet particulièrement prégnant dans une Europe centro-orientale parsemée de conflits frontaliers destinés à réunir sous un État ses populations. Il en est de même pour la Pologne de l'époque autour de deux villes à majorité polonaises, Wilno (Vilnius aujourd'hui en Lituanie.) et Lwów. (Lviv aujourd'hui en Ukraine). Pour cela, les forces Polonaises vont se faire le devoir de ramener ces deux villes et leurs alentours dans l'orbite polonais, avec il est vrai, un certain impérialisme hérité de la nostalgie de la Rzeczpospolita**. Pour autant son argumentaire de déstabilisation de la région qui aurait entraîné l'intervention soviétique ne tient pas. Les soviétiques avaient de toute façon pour but de se saisir de la Pologne, et de reprendre possession des anciennes dépendances de la Russie tsariste avant de s'attaquer au reste de l'Europe. La guerre Polono-soviétique de 1919-1921 répond tout à fait à cet impératif. Mais, grâce à la victoire Polonaise dans ce conflit, aidée il est vrai d'Ukrainiens par exemple, et grâce au renfort en matériel fourni par la France, l'invasion en Europe des bolcheviques aura été repoussée. Chose que ne met pas du tout en avant M. Moreau, alors que c'est pourtant un événement essentiel. Il faut également rappeler une chose, que X. Moreau n'énonce pas non plus, c'est l’ambiguïté de la France durant tout l'entre-deux-guerres : soutenant d'abord les Russes blancs dans leur combat contre les Bolcheviques pour inclure ensuite les Bolcheviques dans leurs projets de pacte oriental contre Hitler. Dans les deux cas, les Russes blancs comme les Bolcheviques nourrissaient des appétits impérialistes sur la région centro-orientale rendant complètement schizophrène et contre-productive la position Française qui restera de manière pathologique attachée au fait de traiter avec la Russie tout en voulant jouer la carte de la diplomatie des nations d'Europe centrale. Le refus du pacte oriental par Beck en 1936 ne vient pas en réalité de son favoritisme envers l'Allemagne, même si à posteriori, sa politique Allemande très sûrement héritée de son passé au sein de la Prusse peut être critiquée, mais bien surtout et avant tout du fait de l'inclusion de l'URSS à ce pacte. Il ne faut pas oublier que la Pologne se retrouvait dans la situation difficile d'être entourée par les deux puissances qui s'étaient partagé le pays précédemment, et qui nourrissaient des vues sur le pays à nouveau. Beck, dans son tropisme prussien, fera tout pour éviter à la Pologne d'être avalée par les appétits allemands par la négociation, et par les appétits russes par la volonté de les combattre auprès de cette même Allemagne. La France fut écartée de la vision de Beck du fait du maintien de liens avec la Russie, même soviétique, dans son combat contre l'Allemagne. Comme le dit si bien Daniel Beauvois***, la Pologne aura dû jongler entre « la peste brune et le choléra rouge » jusqu'à sa nouvelle disparition des cartes en 1939. Jusqu'à l'invasion de la Pologne en 1939, durant laquelle les Français attendront derrière la ligne Maginot sans aucune réaction, on peut donc noter que l'inconsistance et l'incohérence de la diplomatie Française seront d'importants facteurs dans les choix Polonais à devoir se protéger contre ses deux anciens bourreaux.

Dans la suite de son analyse, les événements de la lutte de la Résistance polonaise aux côtés des Alliés, la trahison de ces derniers à Yalta et toute la période de l'occupation soviétique jusqu'en 1989 sont complètement passés sous silence pour directement aborder la situation post-Guerre froide, en expliquant que la Pologne à nouveau indépendante se retrouve entre une Allemagne réunifiée (malgré l'amputation de ses territoires historiques à l'Est de l'Oder.) et le Belarus. La « nouvelle Russie post-communiste » à l'Est n'ayant pas de frontières avec la Pologne en dehors de l'enclave de Kaliningrad. X. Moreau considère la Russie comme ayant effectivement tourné la page de son passé communiste, alors que tout dans la Russie d'aujourd'hui, à commencer par ses élites et ses structures politiques, sont des héritages directs de l'URSS. En ayant dressé ce tableau, Moreau explique à juste titre que la Pologne va se tourner vers les Etats-Unis d'Amérique, première puissance mondiale plutôt que vers la France ou l'Angleterre (vus comme faibles, et ayant trahis de manière directe la Pologne depuis 1939) pour garantir son indépendance et permettre de retrouver des outils de puissance militaire, notamment via l'objectif d'adhésion à l'OTAN. Mais par la suite, il explique que la Pologne, en ayant rejoint l'Union européenne, aurait pour objectif de « concentrer tous les pays européens contre la Russie », de combattre la Russie, « grande puissance concurrente en Europe centrale de la Pologne », de « diriger le projet politique de l'Intermarium contre la Russie », et surtout de « reconstituer une Grande Pologne », un « Empire polonais » en « utilisant les autres États d'Europe contre la Russie ». Aucune de ces affirmations n'est vraie. Et je n'ai fait ici que synthétiser les plus folkloriques de ses propos, la vidéo en possédant énormément d'autres de cet acabit. En premier lieu, il ne fournit aucun argument pour justifier de la volonté polonaise d'utiliser les autres pays européens contre la Russie, et au contraire, des alliés proches de l'actuel gouvernement Polonais, comme Orban en Hongrie, ont une attitude neutre vis-à-vis de la Russie. Ensuite, la Pologne n'a pas de vue impérialiste sur ses voisins d'Europe centro-orientale aujourd'hui. Si les dirigeants actuels du PIS (la parti au pouvoir) ont effectivement en vue un rôle assumé de pont entre le V4, l'Union européenne et l'Europe orientale (notamment l'Ukraine), rien ne justifie d'une volonté de conquête sur ses différents voisins. Ensuite, et surtout, l'Intermarium n'a jamais été un simple projet d'opposition. Cette vision géopolitique trouve racine dans l'histoire de la région avec les alliances nombreuses du Royaume de Pologne avec la Hongrie au Moyen Âge, et surtout l'importance de la Rzeczpospolita polono-ruthène à l'époque moderne qui garantissait à cet espace des liens culturels et civilisationnels uniques pour combattre les volontés d'expansion de l'Ouest Allemand, comme de l'Est Moscovite ou du Sud Ottoman. Plus tard, ce projet repris par Pilsudski notamment, mais aussi par Petliura en Ukraine, échouera mais restera vivace comme faisant parti d'une certaine vision d'une Europe centrale et orientale maîtresse de son espace, non pas comme zone tampon mais bien comme espace civilisationnel unique. Si les Polonais sont aussi méfiants et critiques concernant la Russie, c'est bien avant tout parce que ces derniers savent à juste titre que la Russie post-communiste n'a en réalité pas tourné le dos à ses visions impérialistes. Que ce soit en Ukraine (Crimée et Donbass), en Géorgie, en Tchétchénie, en Transnistrie ou par ses menaces régulières sur les Pays baltes, cette dernière reste une puissance déstabilisatrice directe pour toute la région orientale, qui place la Pologne dans une posture de défense.

Fort de ses analyses précédemment critiquées, Moreau se lance dans une diatribe consistant à dire que les Polonais ont trahis les Français à deux reprises, dans l'affaire des Mistrals et dans l'affaire des hélicoptères Airbus, justifiant pour la France que, avec le cas de l'entre-deux-guerres, « l'alliance Franco-polonaise depuis 1918 n'a jamais servit à rien pour la France, les Polonais n'ont jamais tenus leurs paroles vis-à-vis de la France. »

Pour revenir tout d'abord sur l'affaire des Mistrals, le gouvernement de Hollande n'a pas rompu le contrat du fait des pressions américano-polonaises avant tout, mais du fait de l'annexion illégale de la Crimée, de l'envoi de troupes russes sur le sol ukrainien et du soutien à des entités séparatistes menaçant l'intégrité de l'Ukraine, le tout en ayant violé le mémorandum de Budapest signé en 1994****. En supplément de ces faits, les Polonais ont simplement, sous le gouvernement du PO de l'époque, offert à la France un appel d'offre avantageux sur un contrat en hélicoptères en cas d'annulation de l'affaire des Mistrals, dont de toute façon l'intégrité était déjà en branle devant les actions russes en Ukraine. La suite de l'annulation du contrat des hélicoptères Airbus n'est dû qu'à une chose, le changement de gouvernement du PO au PIS, qui a préféré négocier avec leur partenaire militaire habituel états-unien tout en privilégiant des entreprises polonaises.

En définitive, ce qui place en négatif les liens franco-polonais ne sont pas les trahisons supposées de la Pologne vis-à-vis de la France, mais la faiblesse de cette dernière sur le plan diplomatique et sur la projection géopolitique en Europe depuis les partages de la Pologne au XVIIe siècle, la France et ses élites ayant depuis ce moment privilégié des contacts avec la Russie, même lorsque cette même France tentait d'adopter une posture de soutien à une politique centro-orientale. La France fut depuis la fin de l'époque moderne toujours trop évasive et incohérente dans ses projection pour représenter un véritable allié pour la Pologne, alors même que la France possédait une tradition diplomatique en Europe centrale et orientale, notamment pour faire contrepoids aux tentations impériales Allemandes, et sous Napoléon aux gémonies impériales Russes. Ce sont pourtant bien les Français qui aujourd'hui sont les suiveurs béats de l'Allemagne au sein de l'UE pour la majorité de la classe politique française modérée, et les idiots utiles de la Russie pour les néo-conservateurs et conservateurs français.

Mais donc, que faire de cette analyse de Xavier Moreau ? L'oublier pour lui privilégier des travaux d'historiens et des analyses d'actualités qui ne reprennent pas des éléments de propagande grossiers.

Lilian /  C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

Notes :

 * Le courant au pouvoir en Pologne n'est pas celui des nationalistes. Pour résumer, deux forces politiques pèsent durant l'entre-deux-guerres. Les fédéralistes au pouvoir autour de la personne de Pilsudski, et les nationaux-démocrates de l'opposition partisans d'une Pologne homogène ethniquement autour de la figure de Roman Dmowski.

*Voir ouvrages « L'Aigle et le Phénix : Un siècle de relations franco-polonaises, 1732-1832 » et « De tout temps amis. Cinq siècles de relations franco-polonaises ».

*** Voir ouvrage « Histoire de la Pologne » aux éditions Hatier.

**** L'Ukraine donnait toute ses armes nucléaires à la Russie en échange d'une garantie de cette dernière à la défense de sa souveraineté territoriale.

 

06/12/2016

Regard sur l'actu #33 : « Petit tableau des renouveaux et des conservatismes politiciens »


macron.jpg

Regard sur l'actu #33 : « Petit tableau des renouveaux et des conservatismes politiciens »

 

Relativisons la défaite du FPÖ en Autriche

Le FPÖ autrichien et son candidat Norbert Höfer ont perdu les élections présidentielles du 4 décembre face au candidat écologiste Alexander van der Bellen à 48,3% contre 51,7%.

Une victoire aurait été assurément une bonne nouvelle qui aurait poursuivi une certaine dynamique en œuvre en Occident. Elle aurait pu permettre un rapprochement entre l'Autriche et le groupe de Visegrad par exemple. Trop iconoclaste pour le moment.

La défaite est très largement à relativiser; elle n'a rien d'infamante et n'est en aucun cas « écrasante » comme se plaît à le dire la presse de gauche.

Pour commencer, rappelons que le poste de président en Autriche n'a pas la même importance qu'en France et qu'une défaite aux présidentielles n'empêchera pas le FPÖ de pouvoir se positionner en bonne place à d'autres échéances électorales. Le score de 48,3% est un excellent score, le meilleur en Europe pour un parti de cette nature.

Par ailleurs, il semblerait que le sujet des rapports avec l'UE, et donc avec l'Allemagne, ce qui n'est pas négligeable lorsqu'on est autrichien, ait plus pesé encore que la question migratoire. Van der Bellen aurait aussi mis de l'eau dans son vin sur l'utopie migratoire. Il s'agit donc surtout de maintenir un statu quo vis à vis de l'UE.

D'un autre côté, cette opposition marque la faillite des partis politiques traditionnels : socio-démocrates, démocratie chrétienne, liberal-conservatisme. Une défaite de la droite nationale au profit des écologistes, dans un pays assez préoccupé par sa qualité de vie, n'est pas une catastrophe et ne peut pas être perçu avec notre seul regard de Français où l'écologie politique est une vaste arnaque.

Le résultat du référendum italien est-il vraiment une bonne nouvelle ?

Mateo Renzi proposait aux Italiens une modification du fonctionnement des institutions dans un pays marqué par près de sept décennies d'instabilité et qui est au cœur des jeux de pouvoir. Vatican, Etats-Unis, franc-maçonnerie, mafias…  Une des manifestations les plus sanglantes fut la violence des années de plomb. L'Italie est un pays à la souveraineté limitée où corruption et féodalités ont encore la belle vie. Les mouvements régionalistes, même ceux qualifiés « d'extrême-droite » agissent souvent par pur égoïsme territorial, refusant par exemple de payer pour les « terroni » du sud. L'Italie est une nation inachevée.

60% des électeurs ont pourtant rejeté sa réforme, ce qui est perçu comme une brillante victoire des « eurosceptiques » face à l'homme lige de Merkel. C'est peut-être vrai et l'ère politique qui s'ouvre désormais peut conduire à une majorité composée de partis politiques hostiles à l'Eurozone et à la politique germano-bruxelloise. Le M5S, Forza Italia ou la Lega Nord sont autant de mouvements qui peuvent tirer les marrons du feu. Mais il s'agit de mouvements qui sont en réalité divisés et il sera compliqué d'obtenir des majorités solides. Par ailleurs, rien n'indique que les partis qui seront en mesure de remporter d'éventuelles élections législatives vont appliquer leur programme : la Lega Nord a déjà largement déçue sur l'immigration lorsqu'elle pouvait agir et le précédent de Syriza en Grèce nous invite à la plus grande prudence.

Ce que favorise cette défaite, c'est la poursuite du statu quo actuel et le règne des partis. On se souvient que « l'extrême-droite » se réjouissait de la démission du Général de Gaulle après l'échec du référendum sur la réforme territoriale et qu'elle n'a pas hésité à soutenir Giscard en 1974. Que nous a apporté la démission du Général de Gaulle ? Le banquier Pompidou, l'européiste Giscard, la fausse droite chiraquienne, le gauchisme partout avec la victoire symbolique de 68... Une autre époque, certes, mais il y a peut-être un côté gaullien dans l'attitude de Renzi.

La fin d'une ère, sauf au FN ?

L'année 2016 est une année charnière. Avec la défaite de Clinton, c'est toute la politique américaine post-guerre froide qui a été ébranlée. Cette politique faite d'un hard power interventionniste et d'un soft power consumériste, libéral libertaire, post-moderne et multiculturel.

En Allemagne, le recul de la CDU, en particulier au profit de l'AfD, pourrait entamer lourdement la démocratie-chrétienne, un pilier du jeu politique allemand et de la construction européenne. En France aussi, nous assistons à quelques bouleversements significatifs.

Avec la primaire des Républicains, c'est la fin conjointe du chiraquisme, incarné par Juppé et sa campagne à gauche, et du sarkozysme, ou la droite bling bling. C'est la raison pour laquelle, en off, nous étions favorables à la victoire de Fillon. Bourgeois catholique du grand ouest. Stratégie payante aux primaires.

Avec Macron et Valls c'est sûrement la fin de la gauche française telle que nous l'avons connue avec sa politique d'assistanat délétère. C'est la fin du Mitterrandisme incarné par Hollande et c'est la fin, aussi, des leaders de gauche avec des passés trotskistes ou maoïstes. C'est peut-être à gauche que le « renouveau » est d'ailleurs le plus probant. A suivre.

Avec la défaite de Duflot qui fait suite au départ de J.V. Placé, c'est la fin d'une certaine façon d'agir au sein des Verts. Et peut-être l'émergence d'une écologie politique beaucoup plus proche de l'écologie associative et des préoccupations quotidiennes des Français.

Avec Mélenchon, c'est la digestion du dinosaure politique qu'est le PCF et, progressivement, de quelques officines au passé trotskiste comme la LCR (devenu NPA). Un paradoxe toutefois. Mélenchon (65 ans) sera le candidat le plus vieux avec Fillon (62 ans) et incarnera, malgré le renouveau impulsé par le Front de gauche, la « vieille gauche » des syndicats, de l'Education nationale, des luttes sociales et sociétales du deuxième XXeme siècle (autant les 35h que l'avortement).

Au FN, Marine Le Pen a sûrement bien conscience de cette tendance puisqu'elle cherche à faire du neuf avec du vieux. Son père ayant déjà été un homme politique de la IVème République et candidat à de nombreuses reprises sous la Vème, on comprend qu'elle souhaite insister sur son prénom, plus moderne, et qu'elle ait pu appuyer sur l'idée de « vague » associé au bleu marine. Dans les faits, le FN incarne pourtant encore la « vieille politique » de la Vème République : le parti dirigé par un chef charismatique visant les présidentielles sur un compromis gaullo-communiste.

Jean/C.N.C.

Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.